Collection Paul Canellopoulos, VIII : Vases béotiens - article ; n°1 ; vol.99, pg 409-520

-

Documents
113 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Bulletin de correspondance hellénique - Année 1975 - Volume 99 - Numéro 1 - Pages 409-520
112 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1975
Nombre de lectures 49
Langue Français
Signaler un problème

Jean-Jacques Maffre
Collection Paul Canellopoulos, VIII : Vases béotiens
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 99, livraison 1, 1975. pp. 409-520.
Citer ce document / Cite this document :
Maffre Jean-Jacques. Collection Paul Canellopoulos, VIII : Vases béotiens. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume
99, livraison 1, 1975. pp. 409-520.
doi : 10.3406/bch.1975.2090
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1975_num_99_1_2090COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS (VIII)
VASES BÉOTIENS
Abréviations
P. N. Ure, BGP P. N. Ure, Black Glaze Pottery from Rhitsona in Boeotia
(Londres, 1913).
P. N. Ure, Classification P. N. Ure, Boeotian Pottery of the Geometric and Archaic Style
[Classification des céramiques antiques, 1926).
P. N. Ure, VIth and Vth P. N. Ure, Sixth and fifth century Pottery from Excavations
made at Rhitsona (Londres, 1927).
P. N. Ure, Aryballoi and Figurines from Rhitsona in Boeotia P. N. Ure, Aryballoi
(Cambridge, 1934).
Riche en objets grecs et byzantins de toute sorte, la collection Paul
Ganellopoulos1 est particulièrement remarquable dans le domaine de la céramique,
à la fois par la qualité artistique de certaines pièces et, surtout, par le nombre et la
variété des vases grecs qu'elle contient : depuis les temps mycéniens jusqu'à l'époque
hellénistique, il n'est guère de période qui ne soit représentée, et cela par des vases
d'origines assez diverses. Depuis longtemps ces vases se pressaient, s'entassaient
même parfois, sur les rayons d'exposition aménagés dans l'appartement athénien
de M me et M. Ganellopoulos2. En 1972, M. Ganellopoulos ayant fait don de sa collection
à l'État grec, la majeure partie des objets a été déménagée dans une grande et belle
maison du quartier de Plaka, située tout en haut de la rue de Pan, au pied même
de l'Acropole, et appelée à devenir d'ici peu le Musée Canellopoulos. La plupart
(1) Pour une présentation générale de la collection Canellopoulos, on pourra se reporter à deux articles,
abondamment illustrés, parus dans des revues de vulgarisation : The Connoisseur, vol. 150, n° 603 (mai 1962),
et l'hebdomadaire grec Eikones, n° 579 du 25-11-1966. Voir aussi l'introduction de P. Amandry, BCH 95
(1971), p. 585.
(2) Qu'il me soit permis de présenter, au seuil de ce premier article que je consacre aux vases de leur
collection, mes vifs remerciements à Mme et M. Canellopoulos pour la libéralité et l'amabilité avec lesquelles
ils m'ont toujours accueilli dans leur appartement, chaque fois que je souhaitais étudier et faire photographier
telle ou telle série de vases. JEAN-JACQUES MAFFRE [BCH 99 410
des pièces de la collection ont été mises en place, avec le plus grand art et le meilleur
goût, par les soins des responsables du Service archéologique, M. Georges Dontas
et Mme Maria Brouskari3; la céramique, en particulier, est exposée principalement
au 1er étage de l'édifice. Seuls un peu moins d'une centaine de vases sont restés dans
l'appartement de M. Canellopoulos, où ils bénéficient désormais, grâce à l'allégement
du contenu des vitrines, d'une présentation qui les met bien mieux en valeur.
Comme il se doit dans une collection essentiellement constituée en Grèce et
conservée à Athènes même, la quasi-totalité des vases est d'origine purement grecque.
La grande majorité est attique4, mais, surtout pour l'époque archaïque, d'autres
centres de fabrication sont bien représentés : d'abord l'atelier corinthien, illustré
par plusieurs dizaines de pièces5, puis les ateliers béotiens et eubéens, qui ont produit
une cinquantaine de vases de la collection, tous inédits, que nous nous proposons
de faire connaître au plus vite, en commençant par les vases béotiens, auxquels
est consacré le présent article.
Vases béotiens et eubéens ... Si, dans l'état actuel de nos connaissances, il est
possible d'attribuer avec quelque certitude un certain nombre de vases à tel ou tel
atelier béotien, il est beaucoup plus difficile d'être afïirmatif pour maints vases à
figures noires que l'on tenait naguère pour attiques ou, justement, pour béotiens,
et dont certains savants proposent maintenant de chercher l'origine en Eubée, en
particulier à Érétrie. D'autre part, il est sûr qu'il y avait en Attique non seulement
les grands ateliers athéniens du Céramique, mais aussi des fabriques secondaires
dispersées dans différents dèmes, ne serait-ce qu'à proximité de sanctuaires importants
comme ceux d'Eleusis et de Brauron6; or ces ateliers locaux sont encore presque
entièrement inconnus. Dans ces conditions, il convient souvent d'être très prudent
avant d'assigner une origine précise à tel ou tel vase et, en particulier, il faut se garder
d'une tendance, peut-être encore trop répandue, à considérer systématiquement
comme béotiens, ou comme eubéens, les vases dont le dessin est grossier ou maladroit,
bien qu'effectivement un bon nombre de spécimens que l'on a de bonnes raisons de
tenir pour béotiens, ou pour eubéens — par exemple des exemplaires trouvés au cours
des fouilles de Rhitsona, J'antique Mycalessos, en Béotie orientale — , soient décorés
d'une façon très médiocre; il faut en outre se souvenir que, dans le cas des vases à
(3) II m'est agréable de les remercier ici chaleureusement pour les facilités de travail qu'ils m'ont toujours
si aimablement accordées lorsque j'ai eu à effectuer recherches ou vérifications sur ceux des vases dont ils
étaient devenus les responsables.
(4) Plusieurs de ces vases attiques, attribués par J. D. Beazley à des peintres précis, ont été signalés
dans les ARV* ou dans les Paralipomena. Un lécythe à figures noires du peintre d'Amasis, d'abord signalé par
S. Karouzou, The Amasis painter (1956), p. 41, III, a été publié par D. von Bothmer, AntKunst 3 (1960),
p. 73 et pi. 6, 2-5. Deux lécythes à figures rouges l'ont été par P. Amandry, BCH 95 (1971), p. 610-613 (avec
fig. 13-14). Les vases plastiques en forme de têtes humaines ont été étudiés par Fr. Croissant, BCH 97 (1973),
p. 205-225. Deux plats à figures noires sont présentés par D. Callipolitis-Feytmans, Les plats attiques à
figures noires (1974), p. 357, n° 31 et pi. 63, fig. 49 ; p. 380, BII 13 et pi. 75, fig. 61 ; un troisième plat est signalé
p. 343, n° 20 bis, mais il n'est pas illustré. — Les autres vases attiques à figures noires, à figures rouges et
à glaçure noire seront publiés les uns par M. G. Dontas, les autres par l'auteur du présent article.
(5) Deux aryballes et un lécythe ont déjà été publiés : P. Amandry-M. Lejeune, BCH 97 (1973), p. 189-
204 ; D. A. Amyx, supra, p. 401-407. — D'autres vases corinthiens de la collection seront publiés par D. A. Amyx
dans un prochain volume du BCH.
(6) Voir par exemple à ce sujet les remarques récentes de J. Boardman, Athenian Black Figure Vases
(1974), p. 182 (rubrique intitulée : « Athens or Attica ? »). COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS ." VASES BÉOTIENS 411 1975]
figures noires, la simple absence d'incisions, pour être sans doute plus fréquente
en Béotie ou en Eubée qu'à Athènes, n'est pas pour autant un signe assuré d'origine
non attique, surtout dans le cas des petits vases7. Seule une analyse de l'argile en
laboratoire permettrait peut-être d'éclairer les cas litigieux8.
En ce qui concerne les vases qui nous occupent, une telle analyse n'est pour le
moment pas possible. Il faut donc se contenter d'une appréciation fondée sur les
moyens de recherche traditionnels. Devions-nous alors laisser de côté les vases dont
l'origine fait problème? C'était les maintenir inédits pour un temps plus ou moins
long, et donc empêcher les chances de progrès que peut laisser espérer leur publication.
Devions-nous les classer sous une rubrique spéciale du genre : « vases d'origine indéter
minée » ? Il nous a paru préférable de prendre le plus souvent parti, sauf dans quelques
rares cas désespérés, et de présenter d'abord tous les vases de la collection Ganellopoulos
— exception faite des vases à glaçure noire9 — · que nous pensons pouvoir être rattachés,
au moins à titre d'hypothèse provisoire, au groupe béotien ou eubéen, dussions-nous
préciser dans le détail des notices les autres possibilités d'attribution qui nous parais
sent susceptibles d'être envisagées. Les vases de la collection qui sont sûrement
attiques et ceux qui, bien que posant des problèmes, nous semblent tels, seront
publiés à part. Dans ce premier de deux articles complémentaires, voici les vases
que nous tenons pour béotiens10, présentés dans un ordre qui essaie de respecter
à la fois la chronologie et la morphologie.
(7) Même certaines coupes « des petits maîtres », que l'on peut, semble-t-il, tenir pour purement athé
niennes, présentent un décor figuré sans incisions : ainsi par exemple la coupe de la collection Z. Piérides (à
Larnaca, Chypre) publiée dans le BCH 95 (1971), p. 647-649, et d'autres coupes de ce genre signalées ibid.,
p. 649, n. 67. — Une simple promenade dans les réserves du Musée de l'Agora et du Musée du Céramique montre
en outre que d'assez nombreux petits vases de la fin du vie ou du début du ve siècle, trouvés à Athènes
même et apparemment fabriqués sur place, sont ornés d'un décor sommaire exécuté en pure silhouette noire.
(8) Voir par exemple l'exposé des résultats obtenus récemment, d'une part à Oxford, dans un article de
J. Boardman et F. Schweizer, BSA 68 (1973), p. 267-283 et pi. 53-55, d'autre part à Oxford et à Paris, dans
le dernier fascicule du Corpus Vasorum du Louvre : CVA France 26, Louvre 17 (1975), p. 57-67.
(9) II y a en effet parmi les vases à glaçure noire de la collection Canellopoulos un certain nombre d'exemp
laires typiquement béotiens, en particulier des canthares. Ils forment une catégorie bien définie, que nous
n'avons pas retenue pour le présent article.
(10) Brève, mais substantielle mise au point sur les vases béotiens en général, accompagnée d'une bibli
ographie très complète au fil des notes : B. Sparkes, JHS 87 (1967), p. 116-130 et pi. 12-22. Voir aussi P.
Pelagatti, «Beotici Vasi », EAA, Supplemento 1970 (1973), p. 146-148 (avec flg. 151-155, et bibliographie
systématique à la p. 148) ; on rajoutera seulement à la liste des publications de matériel plusieurs fascicules
récents du Corpus Vasorum qui font connaître de nombreux vases béotiens : CVA Ail. 31, Heidelberg 4
(H. Gropengiesser, 1970), p. 14-15 et pi. 141 ; CVA Ail. 33, Berlin 4 (N. Kunisch, 1971), p. 54-79 et pi. 184-
206 ; CVA Ail. 35, Cassel 1 (R. Lullies, 1972), p. 33-37 et pi. 12-14 ; CVA Ail. 36, Tubingen 1 (Κ. Wallenstein,
1973), p. 71-94 et pi. 39-51 ; CVA DDR. 2, Leipzig 2 (E. Paul, 1973), p. 48-50 et pi. 45-47 ; surtout enfin
CVA Ft. 26, Louvre 17 (A. Waiblinger, 1974), p. 7-48 et pi. 1-46 : ce fascicule donne, en tête de chaque
groupe de céramique béotienne, une bibliographie particulière pratiquement exhaustive, à laquelle nous nous
contenterons de renvoyer en tête de nos propres subdivisions. JEAN-JACQUES MAFFRE [BCH 99 412
I. VASE DE STYLE GÉOMÉTRIQUE11.
1. Pyxis plate, avec couvercle. Inv. 713. — Fig. 1, a-e12.
Intacte, mais présentant cinq épaufrures vers le haut de la paroi. Sur l'épaule, deux
paires de petits trous, diamétralement opposés, et correspondant à des trous à peu près
également espacés sur le couvercle, certainement afin que l'on ait la possibilité d'assujettir
celui-ci à la pyxis au moyen de cordelettes. Ce couvercle est presque complet, quoique recollé
de quatre fragments; un petit complément au plâtre sur la périphérie. — Dim. max. :
ht. : 6,4/6,513; ht. avec couvercle : 9,7; diam. : 13,7/13,8; diam. à l'embouchure : 8,7/8,8;
diam. à la base : 6,5.
Argile beige clair à beige rosé. Surface identique, bien lustrée. Vernis noir mat, en grande
partie viré au brun rouge ou au brun chocolat.
L'intérieur de la pyxis et le dessous du couvercle sont entièrement réservés.
Décor extérieur. — Couvercle : le dessus (fig. 1 a) est orné de deux couronnes noires
alternant avec une couronne réservée; sur la paroi du bouton de préhension, zébrures horizont
ales (fig. 1 b-e); sur le sommet, étoile schématique à huit branches (fig. I a).
Pgxis : sur l'épaule, couronne noire irrégulière entourant le rebord intérieur, là où vient
se poser le couvercle. Sur la paroi, nettement convexe, décor figuré continu : à droite de trois
zigzags verticaux parallèles suspendus (fig. I b et e), centaure haut sur pattes, efflanqué,
immobile vers la droite, se retournant à gauche et semblant tenir des palmes ou des branches
dans ses deux mains écartées14. A droite du centaure, sorte d'échassier (fig. I b) marchant
vers la droite en écartant exagérément les pattes, l'aile étirée démesurément vers l'arrière.
Sous celle-ci, motif géométrique présentant l'aspect d'un chandelier à trois branches à demi
renversé vers la gauche. Devant l'oiseau, cerf en train de paître vers la droite (fig. I c), le
museau touchant le sol, les bois se dressant au-dessus de la tête, derrière les oreilles; la queue,
assez courte, se relève au-dessus de la croupe. Sous le ventre de l'animal, losange garni d'une
sorte de croissant de lune hachuré. Sous sa croupe, se dressant en prenant appui contre l'une
de ses pattes postérieures, petit animal à longue queue et à grandes oreilles : sans doute un
(11) On trouvera la bibliographie la plus récente dans CVA Fr. 26, Louvre 17, p. 7.
(12) Les photographies qui illustrent cet article sont dues les unes à M. Emile Séraf [fig. 2 a et c, 9 b et
c, 12, 18 a-d, 24 a-b, 25 a-d, 28 b-e, 32 a-b, 37 b, 38 a-b, 39 b-c, 40 a-b, 42 b-c, 43 a, 44 b-c, 45 a-b, 48, 49, 55 a-b
et 56 a-c), les autres à M. Georges Constantinopoulos (fig. 1 a-e, 2 b, 3 a-b, 4 a-d, 5 a-d, 6 a-d, 7 a-d, 15 a-b,
16, 26 b et d-e, 27 c-d, 29 a-b, 30 a-b, 33 c, 34 c, 36 a-b, 37 a, 43 b, 46 a-d, 47 a-c, 50, 51, 52 a-b, 53, 54, 55 c-d
et 57 a-b), quelques-unes enfin à l'auteur de l'article (fig. 8 a-d, 19 a-b, 20 a-c, 21 a-d, 22 a-c, 23, 26 c, 27 b, 33 b
et 34 b). Les profils reproduits aux fig. 9 a, 26 a, 27 a, 28 a, 33 a, 34 a, 39 a, 42 a et 44 a ont été dessinés par
Mme Iro Athanassiadou.
(13) Toutes les dimensions que nous indiquons s'entendent en centimètres.
(14) Le corps du centaure est très étiré vers la droite, comme si ses jambes antérieures, primitivement
dessinées un peu plus à gauche, avaient été effacées et reportées juste à droite, donnant au monstre un caractère
longiforme. L'explication la plus plausible de ce changement semble être la suivante : dans une première
esquisse, le peintre avait tracé un quadrupède et un homme devant lui (d'où la présence de six jambes) ; dans
un second temps, il a eu l'idée de réunir les deux figures en une seule, a effacé les deux jambes devenues
superflues et a raccordé le corps animal au corps humain (d'où le caractère très allongé du corps du centaure). COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : VASES BÉOTIENS 413 1975]
Fig. 1. — Pyxis 1 : a : dessus; b-e : paroi (ca. 1:2). 414 JEAN-JACQUES MAFFRE [BCH 99
faon. Devant le cerf, triangle garni d'un second triangle hachuré. Au-dessus et à droite, échassier
cambré vers l'arrière, le cou complètement replié à l'horizontale. En avant, nouvel
(fig. 1 d) au corps rejeté en arrière, au-dessus d'un triangle identique au précédent et accosté
de six points brun rouge, placés comme s'il s'agissait de défécations de l'oiseau. Un quatrième
échassier vers la droite (fig. I d et e), semblable au deuxième par sa position, ferme la série
de ces animaux.
La ligne de sol est constituée par une bande noire d'épaisseur variable (0,5/0,7). En dessous,
une bande réservée, puis un large liseré noir. Le dessous du vase est plat et entièrement
réservé.
Le décor de cette pyxis la rattache clairement à la phase la plus récente du style
géométrique, et sans doute même déjà au style dit subgéométrique. Une origine
attique est exclue, ne serait-ce qu'à cause de l'association ici rencontrée du décor
et de la forme : ce n'est guère, en effet, qu'à l'époque du Géométrique Moyen que
les potiers d'Athènes façonnent de petites pyxides plates à paroi latérale franchement
courbe, dont le diamètre à l'embouchure est nettement supérieur à celui du pied,
comme c'est ici le cas; dès le Géométrique Moyen II, les pyxides plates attiques
deviennent plus grosses, et la base tend à avoir au moins le même diamètre que
l'embouchure15; les potiers d'Athènes laissent à d'autres le soin de perpétuer les
petites pyxides plates dont ils ont créé le type. Or la seule région, semble-t-il, dans
laquelle les petites pyxides plates de forme attique soient fréquentes est la Béotie16,
et, là, ces vases conservent jusqu'à une phase avancée du Géométrique Récent la
profondeur et la rondeur originelles17. C'est donc en Béotie que, d'un point de vue
morphologique, on placerait le plus volontiers notre pyxis. L'étude du décor confirme
une telle localisation.
Les oiseaux, en particulier, avec leur aile démesurément allongée vers l'arrière
qui, dans deux cas, se termine en se recoquillant vers le bas, semblent caractéristiques
du style géométrique récent à subgéométrique de la Béotie18. Les éléments de remplis
sage qui étoffent le corps de chaque oiseau sont remarquables par leur variété et,
apparemment, leur originalité, en particulier pour les sortes de rameaux qui garnissent
le corps de celui qui vient après le centaure; cette variété est à coup sûr le signe d'une
date relativement avancée. Quant à la curieuse façon dont les bras et la queue du
centaure se terminent en forme de rameau, on la retrouve sur des vases géométriques
béotiens à la limite du Géométrique Récent et du Subgéométrique, tels qu'un cratère
du Musée National d'Athènes sur lequel au moins quatre des personnages ont des
avant-bras ainsi ramifiés19, en une exagération cocasse du rendu des mains.
(15) Voir J. N. Coldstream, Greek Geometric Pottery (1968), p. 17 et 23.
(16) Voir à ce sujet en dernier lieu J. Bouzek, « Some notes on Greek Geometric pyxidae », Ada Univer-
sitatis Carolinae (Prague), Philosophica et Historica, 1 (1970), p. 99-103 et fig. 1-6 (en particulier p. 101, à propos
de la pyxis béotienne n° 4, de Prague). — L'étude d'A. Ruckert sur la céramique géométrique béotienne (à
paraître en 1975) n'a pu être consultée pour la préparation de la présente notice.
(17) Cf. J. N. Coldstream, op. cit., p. 199.
(18) Les meilleurs parallèles sont fournis par des oiseaux qui apparaissent sur des vases de style géo
métrique récent tenus pour béotiens : cf. par exemple Jdl 80 (1965), p. 74 fig. 22 ; R. Hampe, Frùhe griechische
Sagenbilder in Bbolien (1936), p. 25 fig. 7, et surtout pi. 21 ; J. N. Coldstream, op. cit., pi. 44 a, 44 h (même
écartement des pattes des oiseaux), 45 a.
(19) Athènes 12896 : J. N. Coldstream, op. cit., p. 205 n° 12 et pi. 44, g et j. COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : VASES BÉOTIENS 415 1975]
Les deux personnages les plus intéressants de notre pyxis sont à coup sûr le
centaure et le cerf accompagné d'un faon. Le centaure semble n'être ici que par
accident : les restes de vernis qui apparaissent montrent que le peintre avait d'abord
pensé à juxtaposer un cheval et un homme; mais, par manque de place, il a préféré,
pour éviter le télescopage, réunir en un seul être l'homme et le cheval, nous donnant
ainsi indirectement un aperçu de la façon dont a pu naître, graphiquement, le type du
centaure. Ce monstre n'apparaît, dans la céramique géométrique, qu'à la phase la
plus avancée du Géométrique Récent80." Sa présence sur notre pyxis confirmerait,
s'il en était besoin, le caractère tardif de celle-ci. Le groupe du cerf et du faon qui se
dresse contre ses pattes postérieures est, malgré la médiocrité du dessin, amusant
et touchant à la fois. On pense spontanément au petit groupe en bronze provenant
d'Olympie et conservé à Boston21, qui représente plastiquement une scène du même
genre.
Les éléments de remplissage, triangles ou losanges, n'appellent pas de remarque
particulière, excepté le curieux motif qui apparaît devant le centaure, sous la queue
de l'oiseau : on dirait un chandelier à trois branches renversé vers la gauche ! En
fait, le caractère insolite du motif n'est peut-être dû qu'à la négligence du peintre,
qui a pu mal tracer une svastika, ou omettre le quatrième côté d'un losange. Quoi
qu'il en soit, voilà encore un élément qui nous oriente vers l'époque du style subgéo
métrique.
J. N. Goldstream place le Géométrique Récent béotien entre 740 et 690, et le
Subgéométrique entre 690 et environ le milieu du vne siècle22. Dans ces conditions,
c'est de la fin du 1er ou du début du 2e quart du vne siècle que notre pyxis a toutes
chances de dater.
II. VASES DU STYLE DES COUPES A OISEAUX23
2. Coupe à pied haut. Inv. 941. — Fig. 2, a-c.
A peu près complète, mais recollée d'une douzaine de fragments; seule une des quatre
anses manque partiellement (fig. 2 b)2^. Quelques éraflures à l'extérieur du vase; quelques
replâtrages destinés à maquiller les recollages vers le centre de la vasque. — Dim. max. :
ht. (irrégulière) : 14,5/15,1; diam. sans les anses : ca. 22; diam. avec anses : ca. 28; diam. du
pied : 9,1 ; — ht. du pied : 6; profondeur de la vasque : ca. 9; section des anses : 1,3 X 0,9.
(20) Ainsi sur quatre vases attiques de l'atelier d'Athènes 894 (GR II b) : J. N. Coldstream, op. cit.,
p. 63 (avec renvoi aux vases nos 10, 17, 33 et 41, p. 58-60). — Pour une étude et une liste des représentations
des centaures aux vme et vne siècles, on se reportera à K. Fittschen, Unlersuchungen zum Beginn der Sagen-
darstellungen bei den Griechen (1969), p. 88-128 (Rossmenschen und Kentauren).
(21) Boston, inv. 98.650 (ht. : 7,2). Illustrations par exemple dans R. Hampe, op. cit., pi. 30 b, et dans
B. Schweitzer, Die geometrische Kunst Griechenlands (1969), fig. 189.
(22) Voir op. cit., tableau chronologique de la p. 330.
(23) Bibliographie la plus récente dans CVA Fr. 26, Louvre 17, p. 15.
(24) Cette anse avait été refaite partiellement au plâtre (d'où l'apparence complète de la coupe sur la
fig. 2 c) ; mais le restaurateur du Musée Canellopoulos a supprimé la partie moderne. 416 JEAN-JACQUES MAFFRE [BCH 99
Argile jaune orangé. Surface jaune orangé pâle, éclaircie par une mince pellicule d'argile
passée en badigeon. Vernis noir sur le pied et au centre de la vasque, partout ailleurs viré
au brun noir ou au brun rouge plus ou moins foncé (y compris pour l'inscription).
Décor extérieur (fig. 2 a et b) : sur le rebord de la vasque et dans la zone des anses, traits
parallèles en vernis brun rouge, groupés par quatre, les uns étant le prolongement des autres ;
traits identiques sur les anses25. Sur la vasque, décor géométrique réparti en zones horizontales,
chacune étant séparée de sa voisine par un filet brun noir; de haut en bas28 : ligne ondulante
rougeâtre; points (ou godrons dégénérés) tracés de la même façon; mince bande réservée;
bande rougeâtre à rouge violacé (ht. : 1,4), bien centrée d'un côté entre les deux filets bruns
qui l'entourent, mal centrée de l'autre, au point de devenir tangente intérieurement à l'un
de ces filets; nouvelle bande réservée très fine; zone réservée (ht. : 3,7) ornée de triangles
isocèles juxtaposés dans l'intervalle desquels viennent prendre place des losanges dont les
côtés supérieurs sont doublés; l'intérieur des triangles est rempli de hachures obliques parallèles
à l'un des côtés, celui des losanges de chevrons pointés vers le bas dont les barres sont en gros
parallèles aux côtés. Sous cette zone, une nouvelle bande rouge violacé, puis une étroite bande
réservée.
Sur le pied, trois bandes noires assez minces alternent avec un filet et deux larges bandes
réservées. La tranche est ornée de traits parallèles qui rappellent ceux de la lèvre, mais en rangs
plus serrés (fig. 2 a). L'intérieur est réservé dans sa partie haute, mais le tronçon inférieur,
évasé, porte deux couronnes noires qui en encadrent une troisième, rouge violacé (fig. 2 b).
Décor intérieur (fig. 2 c) : le centre de la vasque est occupé par un cercle gris noir qu'entoure
une couronne brune à brun rouge; une seconde couronne, brun rouge, sert de bordure sous la
lèvre. Dans la bande réservée située entre les deux couronnes se développe circulairement
une inscription peinte, dont la fin se loge sous les lettres initiales : ΒΠΙΫ6 Μ6ΓΊΟΙ65:6
DORA.
3. Coupe à pied haut. Sans n° d'inventaire27. — Fig. 3, a-b.
Vasque presque complète, recollée de trois fragments; deux compléments au plâtre :
pour une petite partie du rebord et pour l'une des anses. Le pied manque presque entièrement ;
il a été cassé d'une façon régulière, comme si on l'avait scié. — Dim. max. : ht. conservée :
8/8,5; diam. sans anses : ca. 21; diam. avec anses : ca. 26; diam. du pied (à la cassure) : 5,8;
profondeur de la vasque : ca. 8,5; section des anses : 2,4x0,6.
Argile brun orangé. Surface beige à l'intérieur, jaune pâle à crème du côté extérieur,
à cause d'un léger engobe. Vernis très terne, dans l'ensemble brun jaune à sépia clair, brun
rouge sur environ le quart de la surface extérieure du vase.
Décor extérieur (fig. 3 a et b) : sur le plat et sur la partie verticale du rebord de la vasque
(25) Sur le cliché reproduit à la fig. 2 c, l'anse qui apparaît en bas à gauche n'est ornée que de trois traits
parallèles, mais c'est justement l'anse qui avait été refaite ! Comme la cassure intervient, dans la partie authent
ique, juste après le troisième trait (cf. fig. 2 b), le premier restaurateur avait sans doute cru par inadvertance
qu'il n'y avait que trois traits sur cette anse, et il n'en avait par suite tracé que trois, symétriquement, sur
la partie façonnée en plâtre.
(26) En posant la coupe sur son pied, et non sur la lèvre. Sur la façon dont il convient de placer les coupes
béotiennes « à oiseaux », voir plus loin, p. 421 n. 43.
(27) Du moins encore en octobre 1974. COLLECTION PAUL CANELLOPOULOS : VASES BÉOTIENS 417 1975]
Fig. 2. — Coupe 2 : a et b : extérieur (ca. 1:4) ; c : intérieur (1:2).
27