Fouilles de Délos (1904) : fouilles dans le quartier du Théâtre - article ; n°1 ; vol.30, pg 485-606

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1906 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 485-606
122 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1906
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Joseph Chamonard
Fouilles de Délos (1904) : fouilles dans le quartier du Théâtre
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 30, 1906. pp. 485-606.
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Chamonard Joseph. Fouilles de Délos (1904) : fouilles dans le quartier du Théâtre. In: Bulletin de correspondance hellénique.
Volume 30, 1906. pp. 485-606.
doi : 10.3406/bch.1906.3288
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1906_num_30_1_3288FOUILLES DE DÉLOS 485
FOUILLES DANS LE QUARTIER DU THEATRE
Les fouilles dans le Quartier du Théâtre, commencées en
189:5 à la suite de l'exploration du théâtre lui-même, avaient
permis de reconnaître, sur les deux tiers environ de sa
longueur, une rue qui semblait monter du sanctuaire dans
la direction du Sud. Sur le parcours de cette rue, les portes
des habitations étaient, de distance en distance, très appar
entes. Deux de ces habitations, par leur seuil et leurs
chambranles de marbre, étaient désignées plus particuli
èrement à l'attention. La plus proche du théâtre, déblayée
en 1894 par notre regretté camarade Couve, est restée jus
qu'ici, sinon par ses dimensions, du moins par sa décorat
ion, la plus importante des maisons découvertes à Dé-
los (1) : c'est la maison dite du Trident. L'autre a été déga
gée dans la campagne de 1904: c'est la maison du Dionys
os, étudiée ci-après. Les fouilles que AL le Directeur de
l'École a bien voulu me confier dans cette région, ont été
complétées par le dégagement intégral de la rue, dont une
partie seulement avait été reconnue en 1883, et par la r
echerche de l'aboutissement de cette voie du côté du Nord (2).
En raison de l'importance de la maison du Dionysos et
des observations d'ordre général sur la construction et la
décoration des habitations déliermes, auxquelles elle prête
plus ([lie tous les autres édifices du même quartier, c'est
la description de cette maison, détachée de celle de l'e
nsemble de la rue, où logiquement elle devrait prendre
place, que je placerai en tête de ce mémoire (3).
(1) BGH, 1895, p. 497 et pi. V.
(2) [L'extrémité septentrionale de la rue n'a été retrouvée qu'au dé
but de la campagne de 1905; l'auteur, dans la suite de son mémoire,
a fait état des résultats acquis à cette époque.]
(:>) Les plans et dessins qui l'accompagnent ont été exécutés par M.
Convert, chargé de la direction technique des fouilles. M. Convert
m'a de plus fait part d'un certain nombre d'observations intéressantes
que j'ai mises à profit et dont je le remercie. :
486 FOUILLES DE DÉLOS
I. — La maison du Dionysos (1).
(PL XI)
Cette maison se trouve sur le côté Est de la Rue du
Théâtre, à peu près à mi-chemin entre le théâtre et le sanc-
(1) Le nombre des maisons actuellement explorées à Délos, nombre
que les campagnes suivantes augmenteront sans doute encore, nécess
ite désormais, en attendant qu'on puisse les désigner par leur situa
tion dans les diverses régions et les insulae, une dénomination pour
les plus importantes. Les noms que nous leur avons donnés ont été
choisis," soit en raison de leur situation topographique,- indiquée sous
une forme très abrégée (Maisons du Lac sacré, de la Colline, de l'Ino-
pos), soit de quelque particularité de leur décoration, le plus souvent .
de leurs mosaïques (Maisons des Dauphins, du Trident, du Dionysos)
etc. Je dresse ici la liste de ces maisons; on = en trouverai aisément,
l'emplacement sur le plan général des fouilles (pi. IX), où elles portent
le chiffre XVI accompagné de la même lettre que ci-dessous.
a) Maison des Dauphins, située à l'Est du ; théâtre, en face du
Cynthe, sur la rive gauche de l'Inopos. Elle doit son nom aux quatre
groupes de dauphins chevauchés par des Éros, .qui ornent les angles
de la mosaïque de l'impluvium. Cette maison a été fouillée en 1883 par
M. Paris (BCH, 1884, p. 473 et pi. XXI).
b) Maison du Lac sacré, située près de la rive Nord -Est du Lac
sacré. Comme les quatre suivantes, cette maison a été découverte par
Couve dans la campagne de 1894 (BCH, 1895, p. 485 et pi, III).
c) Maison delà Colline, située sur la -pente de la petite colline qui,
domine, d'un côté, le chenal Est de l'île, de l'autre, la baie de Scardana.
Cette partie de l'île est couverte d'habitations ruinées (BCH, 1895,
p. 492 et pi. V).
d) Maison du Trident, située dans la Rue du Théâtre, du côté orient
al. Le nom en est emprunté à l'un des motifs décoratifs de la mo
saïque du péristyle (BCH, 1895, p. 497 et pi. V).
e) Maison de l'Inopos, située sur la rive droite de l'Inopos, dans
le voisinage du sanctuaire des dieux étrangers (BCH, 1895, p. 506 et
pl.V).
f) Maison du Diadumètie, près du sanctuaire des Poseidoniastes.
C'est dans la cour de cette maison que fut découverte la copie du Dia-
dumène de Polyclète actuellement au Musée Central d'Athènes (BCH,
1895, p. Û09 et pi. IV).
g) Maison de Kerdon, à l'Est et près du mur d'enceinte du téménos.
Elle a été fouillée en 1{JO3«(BCH, 1905, p. -lu -et. pi. XI-XII); on ya,
trouvé une stèle funéraire au nom de Kerdon.
h) Maison du Dionysos, qui fait τ l'objet de la présente étude. Elle
est ainsi désignée en raison du sujet de la mosaïque de l'impluvium,
bui représente Dionysos chevauchant un tigre. DE DÉLOS 487 FOUILLES
tuaîre. L'entrée en était signalée par les montants et le
seuil de marbre de la- porte, restés en place, et par quel
ques tambours de colonnes affleurant le sol. Couve avait,
en 1894, dégagé l'entrée du vestibule, sans pouvoir pous
ser plus loin ses recherches. Les fouilles commencées par
moi le 2 Juillet ont été terminées le 20 Août.
La maison fait partie d'un vaste îlot, délimité à l'Ouest
par la Rue du Théâtre, au Sud et au Nord, par deux autres
rues perpendiculaires à la première, et dont les amorces ont
été retrouvées distantes l'une de l'autre de fr>m. A l'Est,
les travaux n'ont pu être poussés assez loin pour atteindre
la quatrième rue (1). Il est du moins certain qu'elle n'était
pas contiguë à la maison, car les murs de celle-ci ont été
reconnus, à l'Est, comme au Nord et au Sud, mitoyens avec
d'autres habitations (2).
Le terrain sur lequel s'élevait la maison est assez irré
gulier. Ce n'est même pas un quadrilatère complet, l'angle
Sud-Ouest étant occupé par des boutiques, et l'angle Sud-
Est par des salles appartenant à une maison voisine. La
façade sur la rue est légèrement oblique par rapport à
l'axe de la cour: elle mesure 19m'25, mais la largeur totale
de la maison sur cet axe est de 25m-7f>. La profondeur,
dans l'axe du vestibule est de 21m#10; la superficie totale
d'environ 525 mètres carrés.
/. U appareil et la, construction. — 1. Les murs. — L'ap
pareil des murs est en tous points semblable, dans cette
maison, à celui des autres édifices de Délos, déjà plusieurs
fois décrit. Les matériaux proviennent des carrières de
l'île, qui fournit en abondance le schiste et le granit. Ce
sont des moellons piqués, dont la longueur varie de OWIO
à 0m>10, en général, et l'épaisseur dans les mêmes propor-
(1) [Cette rue a été découverte et dégagée en 1/J05.]
(2) Sur cet emplacement, se trouvaient sans doute antérieurement
d'autres constructions; on suit, en effet, dans la rue, devant la façade,
les restes d'un mur parallèle au mur Est. Entre ce mur et le mur ac
tuel, le dallage n'avait pas été modifié, et la rue n'avait à cette date, en
cet endroit, qu'l m. de largeur. 488 FOUILLES DE DÉLOS
tions. Ces moellons sont assez soigneusement taillés, tout
au moins sur trois de leurs faces, la face engagée dans le
mur étant d'ordinaire moins exactement parementée. Le
schiste et le granit sont employés indifféremment dans le
même mur. En principe, on ne peut que blâmer cet emploi
simultané du granit, très dur, et du schiste, qui se délite et
se rompt facilement sous la charge : l'inégale résistance des
matériaux est une cause de tassements préjudiciables à la
solidité do l'ensemble.
On ne trouve pas ici, dans l'appareil, de blocs de marbre,
comme il y en a en abondance dans les murs de la mai
son de VInopoH et dans quelques autres constructions. Le
marbre n'est employé que pour les seuils, les jambages
des portes et les colonnes du péristyle. C'est un marbre
blanc qui peut provenir de Délos même, notamment des
carrières situées dans la vallée tie lMnopos, près du Ka-
birion.
Enfin, dans les déblais, on a recueilli un très grand nombre
de blocs de tuf. Comme tous les murs de refend sont con
servés, on ne peut supposer que le tuf ait été employé,
comme dans une dv^ salles de la maison du Lac Sacré, pour
former des séparations entre les chambres du rez de chauss
ée. Le seul endroit où il ait été utilisé est l'escalier, dont
le limon et, peut-être, pour une partie, le massif supportant
les marches, étaient faits de tuf. Tous les blocs trouvés dans
les décombres provenaient donc de l'étage, pour lequel on
usait plus volontiers de matériaux légers.
Le rocher affleurant presque partout ou, du moins, se
retrouvant à une très petite profondeur, les fondations,
dans cette partie de l'île, se réduisent à peu de chose. El
les consistent ici, comme dans la plupart des maisons, en
une ou deux assises plus larges que le mur, qu'elles dé
passent sur ses deux faces d'environ 0m# 15.
Les murs sont formés d'assises parallèles, dont la régul
arité est peut-être plus grande que dans des maisons plus
riches, comme celle du Trident. Mais, ainsi que partout DE DÉLOS 489 FOUILLES
ailleurs, non seulement les assises n'ont pas même hauteur,
mais encore, dans chaque assise, les moellons ne sont pas
toujours de même épaisseur. De place en place, on trouve
te
un bloc dont l'épaisseur é^ale celle de deux, quelquefois
de trois des moellons moyens; il occupe donc la hauteur 490 FOUILLES DE DÉLOS
de deux assises -ou plus, et les petites différences de ni:
veau inévitables sont rachetées par.· la superposition de
plaques minces ou l'insertion de cales (fig. 1). En somme,
il ne semble pas que, hors la disposition horizontale des
matériaux, les constructeurs aient recherché la régularité;
c'est ce qu'explique le fait que les murs étaient revêtus
d'un enduit stuqué. Mais le procédé de construction adopté
a l'inconvénient d'une trop grande inégalité dans la ré
partition -des charges.
L'appareil^ comme il arrive souvent à Délos, est plus
particulièrement soigné aux angles. Là, les blocs de gra
nit sont plus nombreux; disposés en besace, ils assurent
la cohésion· des deux murs. Ces blocs atteignent quelquef
ois des dimensions considérables. A l'angle Sud-Ouest de
la maison du Lac .sacré, l'un d'eux mesure 2m*26 de longueur
sur 0m*32 d'épaisseur et 0m#40 de profondeur; un autre a 2m>40 '
sur 0m*3û; dans la maison du Dionysos, ces dimensions ex
ceptionnelles- ne se retrouvent pas, mais les blocs y sont
encore d'assez forte taille (tel d'entre eux mesure, par
exemple, Lm-O8x0m-52x0m'4O) pour égaler en hauteur trois
des assises du mur; Au lieu de former une solide chaîne ·
d'angle, ces blocs, en: l'absence d'un contre-angle complé
mentaire, forment alternativement par leur queue, harpes
de liaisonnement avec les parements des murs des faces en
retour* (fig. 2). Cette disposition ne vautévidemmentpas
une solide chaîne d'encoignure complète.. Quelques-uns
des blocs ont été fendus par le milieu, ce qui atteste, chez le
constructeur, un trop insuffisant calcul des poussées ver
ticales ou. trop peu de souci de l'exacte horizontalité des
assises.
La cohésion de tous ces matériaux est assurée par um
lit de simple mortier de terre.
Les murs ont l'épaisseur uniforme, habituelle à Delos, de
0m-60, sauf sur la rue, où ils atteignent 0m>70. Cette épais
seur serait plus que suffisante pour assurer la solidité d'édi-
ficesunême plus élevés, si les murs étaient bien- liés dans DE . DELOS « 491 FOUILLES
toutes leurs parties. Mais nous retrouvons ici une défectuos
ité de construction fréquente dans les édifices de l'île: les
deux parements du mur n'ont entre eux presque' aucune
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Fig. 2.
cohésion. Il semble que, suivant un procédé : couramment
usité aujourd'hui même en Grèce, ils aient été montés sépa- 492 FOUILLES DE.DÉLOS
renient, à l'aide de- deux échafaudages, sans qu'on- ait pris
grand soin de les rendre solidaires. Les boutisses ne sont
guère employées que dans les tableaux des embrasures
des portes, et la liaison consiste seulement en un blocage
de petits cailloux, noyés eux-mêmes dans un mortier de terre
qui se résoud, lors de la chute ou de la démolition des
murs, en menue poussière. On voit aisément l'inconvé
nient grave de ce procédé: dès que le mur, ayant subi un
ébranlement, n'est plus maintenu par sa jonction avec les
murs voisins ou la superstructure des planchers, les pare
ments tendent à se dissocier, et c'est là une cause constante
de ruine pour les murs élevés. C'est ainsi qu'au cours des
fouilles, le parement externe du mur Nord de la porte de
la salle m s'étant écroulé sur toute sa hauteur (soit plus de
;)m'), il fallut abattre le parement interne, après une inutile
tentative de consolidation. Il en fut de même pour les part
ies hautes du mur Sud de la cage de l'escalier.
Ce défaut de cohésion se retrouve aux points de ren
contre de deux murs, sauf aux angles. S'ils sont perpend
iculaires l'un à l'autre, la tête de l'un est souvent sim
plement appuyée contre le parement de l'autre ou, si elle
y est engagée, elle ne l'est que trop superficiellement. Si
les murs sont sur le prolongement l'un de l'autre, il arrive
qu'ils ne coïncident pas sur leur largeur totale et ne se
juxtaposent en tête, au point de rencontre, que sur l'épais
seur du parement interne de l'un et du parement externe de
l'autre. Il faut, toutefois, faire observer que cette disposition
semble avoir été surtout adoptée, lorsque deux autres murs,
venant buter perpendiculairement contre les premiers, sont
reçus dans les angles rentrants formés au point de disjonc
tion ; peut-être, en eonséquence,doit-on voir dans cette appa
rente anomalie, un procédé de contre-butée des murs les
uns par les autres, permettant d'éviter le liaisonnement
par des harpes de magonnerie. On le trouve employé, par
exemple, à l'angle Sud-Est de la salle y, et à l'angle Sud-
Ouest de la salle -m. FOUILLES DE DÉLOS 493
2. Les portes. — L'appareil des tableaux des portes est
dans les maisons de Délos de deux sortes. Tantôt, lo t
ableau présente un appareil régulier en besace; tantôt, il est
au contraire si irrégulier que l'embrasure semble n'être
qu'une brèche, arbitrairement ouverte dans le mur. Autant
le premier procédé est rationnel et présente de garanties
de solidité, autant le second accuse de négligence dans la
construction: le revêtement stuqué étant tombé, il semble
qu'on ait sous les yeux une simple section de mur, et les
défectuosités signalées plus haut dans le liaisonnement,
apparaissent à plein. Ce dernier procédé, si médiocre, est
cependant d'un usage fréquent; et, dans certaines maisons,
commo celle de la (lolline, on le constate presque à toutes
les portes; dans d'autres, en apparence plus soignées,
comme la maison du Trident, il est employé aussi sou
vent que le premier. La maison du Dionysos forme une
exception à cet égard: toutes les ouvertures des portes
ont des tableaux appareillés en besace.
Le long du tableau est quelquefois ménagée une feuil
lure: c'est, croyons-nous, une preuve de l'existence d'une
porte pleine, et, peut-être aussi, de l'absence de montants
monolithes, qu'aurait remplacés un cadre de bois. Tel est
le cas pour les portes des salles j et m et pour celles qui
établissent la communication entre les salles g et /, h et /,
η et le couloir b (fig. ?>).
Tl no paraît pas qu'il y ait eu, à toutes les portes, des
montants de chambranle, formés de hautes dalles de marbre
ou do schiste. On ne peut, dans la maison du Dionysos,
en affirmer l'existence (pie pour la porte d'entrée donnant
sur la rue, où ils sont encore debout. Le plus souvent, il
semble qu'on se soit contenté de recouvrir le tableau d'un
revêtement de stuc: les traces en sont encore apparentes
aux portes qui font communiquer les salles k et / entre
elles et avec la cour; h et /; l et la cour ; η et le couloir b.
Les seuils sont formés d'ordinaire à Délos, d'une lon
gue dalle de schiste ou de marbre, souvent assez épaisse,