Fouilles de Délos, exécutées aux frais de M. le Duc de Loubat (1905). Inscriptions. Loi réglant la vente du bois et du charbon à Délos - article ; n°1 ; vol.31, pg 46-93

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1907 - Volume 31 - Numéro 1 - Pages 46-93
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1907
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E. Schulhof
P Huvelin
Fouilles de Délos, exécutées aux frais de M. le Duc de Loubat
(1905). Inscriptions. Loi réglant la vente du bois et du charbon à
Délos
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 31, 1907. pp. 46-93.
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Schulhof E., Huvelin P. Fouilles de Délos, exécutées aux frais de M. le Duc de Loubat (1905). Inscriptions. Loi réglant la vente
du bois et du charbon à Délos. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 31, 1907. pp. 46-93.
doi : 10.3406/bch.1907.3249
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1907_num_31_1_3249FOUILLES DE DÉLOS
EXÉCUTÉES AUX FRAIS DE M. LE DUC DE LOUBAT
(1905)
(PI. II-IV).
INSCRIPTIONS (1)
LOI RÉGLANT LA VENTE DU ROIS ET DU CHARRON A DÉLOS (2)
ανίϊρακας μηδέ ρυμούς μη [δε ξύλα, εάν μη χρίε
ται. τοις σταί)μοΐς τοις ξυληροΐ[ς· μηί)έν δε]
πριάμενον εν Δήλωι πωλεΐν, μηδέ ο[ντα εν τώι]
αΰτό[ν]· πλοίωι τοΰτ[ω]ν μηθέν πριάμενον εις
πωλεΐν' μηδέ 5 τήν απογραφήν ποησάμενον
επικηρυσσόμενα καθισάμενον πωλεΐν, μη
δέ τα αλλότρια ξΰλα μηδέ ρυμούς μηδέ άν
αλλ' θρακας' μηδέ εξέστω πωλεΐν αύτοΐς τοις
εϊσάγουσιν, μηδέ πλείονος πωλεΐν ή όσου αν
10 απογράψωνται προς τους πεντηκοστολό-
γους μηδέ έλάσονος' απογραφέσθωσαν
δέ καΐ προς τους άγορανόμους οι εΐσαγαγόν-
τες προ του πωλεΐν δσου αν άπογράψωνται
προς τους πεντηκοστ[ο]λόγους' εάν δέ τις
15 παρά τα γεγραμμένα πωλεί, πεντήκοντα
δραχμας οορειλέτω, και εξέστω εΐσαγγέλ-
λειν τώι βουλομένωι τώμ πολιτών προς
τους άγορανόμους' οι δέ άγορανόμοι είσα-
γόντ(ον τας εισαγγελίας ταΰτα^ς εις τους
(1) [Cette inscription et la suivante ont été trouvées en 1905: une mé
thode rigoureuse eût voulu qu'elles ne fussent publiées qu'après toutes
celles qui ont été découvertes en 1904; mais leur importance explique
assez qu'elles aient bénéficié d'un tour de faveur].
(2) M. Holleaux a donné, dans les G. R. Acad. Inscr., 1905, p. 779-781,
une traduction provisoire de cette loi. FOUILLES DE DELOS 47
20 τριάκοντα και ενα εν τώι μηνί εν ώι αν εΐσαγ-
γελΌεϊ" τον δε μισΟόν τώι δικασχηρίωι παρα-
βαλλέσθο) ό εισαγγείλας· εάν fié οφλει,
ιόν τε μισΟον αποτεισάτα) τώι παραβαλομέ-
νο3ΐ και τον γεγραμμένου επιτιμίου τα δυο
25 μερί), το δε τρίτον μέρος τώι (δ)ημοσίοη (1), καΐ οι αγ[ο]-
ρανόμοι πραξατωσαν αύτον δέκα ημερών drp' ή [ς]
αν οφλει, ανεύθυνοι οντες· έ[α]ν δε μη δΰνωνται,
εξομόσαντες προσίίεντων αύτον και τα αύ-
του τώι ειααγγείλαντι, και αναγράψαντες εΐ-
'50 ς την σανίδα ου και τα λοιπά γράμματα παραδό-
[τ]θ)σαν εις το δημόσιον ττμ βουλή ι. (Vac.)
Οι δε ατελείς οντες εισάγουσιν ξΰλα ») ρυμου[ς]
Γ) άνθρακας τα πωλούμενα τώι ςυληρώι στα-
Ομώι «πογραφεσΟωσαν προς τους αγορανό-
'.)ί) μους προ του πωλειν όσου αν μέλλω σι πωλεΐν,
και μη ε;έστ(ΰ αυτοϊς μήτε πλείονος μήτε έ-
λασονος πωλεΐν ή όσου απεγράι^αντο" εάν δε τί
νες μη πειθαρχώσιν τοις γεγραμμενοις, οι àyo-
ρανόμοι αύτοΐς μη διδότωσαν μήτε τα ζυγα [ΐήτε
40 τα [,ιέτρα τα ανΌρακηρά, και τοΰ τόπου ου αν (ίύ-
τοΐς κείμενα ίμ τα ξΰλα ή οι άνθρακες ή οι ρυμοί
τρερέτωσαν τη ι πόλει μισΟον της ημέρας δρα-
χμήν εως uv αρο^σιν, καΐ οι αγορανόμοι πραξατω-
σαν αυτούς, ανεύθυνοι οντες.
Traduction.
[Il no sera pas permis à l'importateur do vendre] du
charbon, des rondins (?) ni [du bois, s'il ne fait usage]
des poids (publics) servant au bois; [de rien] vendre ù Dé-
los qu'il y ait acheté; de vendre, [étant à bord do son]
bateau, aucune des susdites denrées qu'il aurait achetée (à
Délos) pour son usa^e personnel. Il vendra après avoir
fait sa déclaration. Il lui est interdit de vendre à la criée
sans livrer immédiatement la marchandise; de vendre
(1) Sur la pierre, on lit nettement ΛΗΜοΣΙΩΙ· 4$ FOUILLES DE DELOfi
les bois, rondins (V) et charbon d'autrui. Π no sera permis
do vendre qu'aux importateurs en personne, et à un prix
qui ne sera pas supérieur à celui qu'ils auront fixé dans
leur déclaration aux pentécostologues, ni inférieur non
plus. Les importateurs devront aussi, avant la vente, faire
aux agoranomes une déclaration où les prix marqués se
ront les mêmes que dans la déclaration qu'ils auront faite
aux pontécostologues. Si quelqu'un fait une vente contra
irement à ces prescriptions, il paiera cinquante drachmes
d'amende, et tout citoyen aura le droit de le dénoncer aux
agoranomes. Les agoranomes déféreront ces dénonciations
aux Trenie-eé-un, dans le cours du mois. Le salaire du tr
ibunal sera consigné par le dénonciateur. En cas de con
damnation, (le délinquant) devra en rembourser le mont
ant à celui qui en aura fait l'avance, et lui donner en outre
les deux tiers de l'amende fixée (par la présente loi), le
troisième tiers (étant versé) au trésor public; et les agora
nomes l'exécuteront dans le délai de dix jours après la
condamnation, sans pouvoir être poursuivis (de ce fait). S'il
leur est impossible (de recouvrer la somme), après s'être
excusés par serment, ils livreront le délinquant et ses biens
au dénonciateur, et inscriront (le nom et la dette) sur le t
ableau où ils consignent leurs autres écritures, qu'ils r
emettront ensuite au Conseil pour figurer aux archives (1).
Les αιελεΐς qui importent du bois, des rondins ('?) ou du
charbon, lesquels doivent être vendus au moyen des poids
(1) A vrai dire, le complément de παραδότωσαν n'est pas σανίδα, mais
bien le complément (sous-entendu) de αναγράψαντες· c'est le nom du
débiteur et sa dette, que les agoranomes livrent en quelque sorte à la
Boulé, pour qu'ils soient conservés aux archives. On trouve des phrases
analogues, où la construction est encore plus évidente, dans Aristote,
Άϋ. ΙΙολ., 17, 1ί: και τα τέλη τα εις ένιαυτ[ό]ν πεπραμένα, αναγράψαντες εις
λελευκωμένα γραμματεία τόν τε .τριάμενοΛ' και [δσ]α αν πρίηται, t[j βουλΐ|
παραδιδόασιν (les polètes); — et dans une inscription d'Éphèse sur le
règlement des dettes hypothécaires ( Inscr. jurid. yrecq., I, V Dit-
tenberger, Sylloge, 510), 1. 19-21: — αναγράψαντες τά τε ονό|ματα των αν
δρών και τους τύπους και τοίις όρους τώμ μερισμών οι δέ ήιρημέ|νοι γράψαν-
τες εις λευκοΊματα παραδύχωσαν τοις νεοιποίαις ϋεΐνσ.ι ίττ'ι τύ έ'δεΟλον. DE DÊLOS 49 FOUILLES
(publics) servant au bois, déclareront aux agoranomes,
avant la vente, les prix qu'ils comptent demander, et il ne
leur sera pas permis de vendre à un prix supérieur ou
inférieur à celui qu'ils auront déclaré; à ceux qui enfrein
draient ces prescriptions, les agoranomes ne remettront
ni les balances, ni les mesures servant au charbon, et,
comme droit de location de l'emplacement où ils auront
déposé leurs bois, charbons ou rondins (V), (les importat
eurs) paieront à la ville une drachme par jour, jusqu'à ce
qu'ils lèvent l'ancre (ou: jusqu'à ce qu'ils enlèvent leurs
marchandises), et les agoranomes devront les exécuter,
sans pouvoir être poursuivis (de ce fait).
I.
L'inscription a été découverte à Délos, le 3 juillet 1905,
dans les fouilles qui avaient pour but le dégagement comp
let de l'extrémité Sud du Portique de Philippe. Elle est
gravée sur une stèle de marbre blanc, haute de 0m#74, large
de 0m§305 en haut et de 0m\33 en bas, épaisse de 0m'12 en
haut et de 0m'13 en bas. La stèle est entière, sauf une cas
sure à l'angle supérieur droit, qui a mutilé les quatre pre
mières lignes. Les lettres, hautes de 0mO06 (avec des inter
lignes de 0m>004), sont bien gravées, nettes et fines, pour
vues ôf apices très peu marqués; les plus caractéristiques
sont: A; M à branches légèrement écartées, les branches
du milieu descendant assez bas; H et quelquefois Ν; P;
Σ; Φ; θ, ο et -n- un peu plus petits que les autres lettres;
Γ -π. est ordinairement très ouvert.
La stèle a été trouvée en place, encore scellée au rocher
non dégrossi qui lui sert de base, bien au-dessous du n
iveau du portique, dans les fondations (v. pi. II et III). Le
niveau ancien du sol, avant la construction du monument,
devait être à la hauteur du bord supérieur du bloc de gra
nit dans lequel est encastrée la stèle. Le terminus ante
qitem semblait donc être la date même do l'érection duPor-
BULL. DE CDRRESP. HELLÉNIQUE, XXXI 4 Γ)0 FOUILLES DE DÉLOS
tique de Philippe, qui, comme on sait, est l'œuvre de Phi
lippe V de Macédoine (220-179) (l). Mais une récente étude
de M. Replat, architecte, a permis de reconnaître que ce
monument se compose en réalité de deux parties bien dis
tinctes: la travée Est constitue le Portique de Philippe pro
prement dit, la travée Ouest un second portique d'époque
postérieure. (Test dans les substructions de ce dernier que
l'inscription a été trouvée; et par conséquent on ne peut
plus faire fond, pour la dater, sur l'indication que pa
raissait fournir l'époque de la construction du Portique
de Philippe.
Néanmoins, d'autres considérations nous induisent à lui
conserver la date qui semblait devoir lui être assignée
d'abord, c'est à dire la seconde moitié du IIIe* siècle. Elle
ne saurait être plus ancienne: la lettre la plus caractéristi
que, à cet égard, est Γ A à barre brisée, que l'on ne ren
contre pas, dans les inscriptions de Délos, avant 250 en
viron. Elle ne semble pas être postérieure non plus: les
lettres fines, assez élancées, très peu ornées, conviennent
mieux au IIIe siècle qu'au IIe (v. pi. IV). Quelques observat
ions d'ordre grammatical viennent confirmer cette impress
ion. La diphtongue ψ est représentée tantôt par ψ (τψ βου-
λήι, 1. 31; — κείμενα ψ, 1. 41; — τήι πόλει, 1. 42), tantôt par ει
(1) On place généralement l'érection de ce portique entre 205 et 197;
cf. notamment Homolle, BCH, IV, p. 215-217; Dûrrbach, BCH, XXVI,
p. 544; von Schoeffer, ap. Pauly-Wissowa, s. o. Delos, IV, col. 2468 (ce
dernier moins affirmativement). Mais des textes nouveaux permettent
d'affirmer que Philippe joua un rôle important à Délos dès les pre
mières années de son règne: les comptes inédits de l'archontat de Sté-
siléos (208), découverts en 1904, mentionnent à plusieurs reprises des
l'êtes Philippeia, une fois notamment (1. 62) sous Apollodoros I (217).
Le Portique de Philippe peut donc fort bien être antérieur à 2u5; et il
n'est pas impossible non plus que la construction s'en soit poursuiv
ie après 197, car, même dans cette période, nous voyons que des cou
ronnes sont décernées à Philippe, jusque sous l'archontat de Démarès
(180) (comptes de Démarès, BCH, VI, p. 6 suiv., A, 1. 25, 4:-5, fil, 67, 212) ;
sous Polyxénos II (176), une couronne est offerte à son fils Pprsép
(comptes inédits de Polyxénos II, découverts eu 1904, A, 1. 18). FOUILLES DE DÊLOS Γ>1
(εάν . . . πωλεί, 1. 15; — εν ωι αν εισαγγελθεΓ, 1. 20-21; — εάν. . .
οφλεί, 1. 22; — αφ' Γ|[ς] uv οφλεί, 1. 27). L'emploi de fi pourri
commence, à Délos, dans la première moitié du IIIe siècle,
mais c'est seulement après 250 qu'il est fréquent (1); au do-
but du IIe siècle, il est presque général. Mais, dans une des
plus anciennes inscriptions du temps de l'indépendance,
la loi réglant la location des terrains sacrés (2) (fin du IVe
siècle), qui présente, comme nous le verrons plus loin,
quelque· analogie avec notre texte, nous trouvons constam
ment « pour ψ dans un seul cas: à la troisième personne
du singulier du subjonctif (3), sans doute par analogie avec
l'indicatif; partout ailleurs, ηι (4). Or, dans notre inscript
ion, il en est précisément de même: tous les exemples de
ει pour ηι proviennent de troisièmes personnes du sub.
jonctif. Il est vrai que les mots où nous avons ηι sont trop
peu nombreux pour ([iron en puisse rien conclure avec
certitude, et qu'à Délos, l'usage épigraphique est, sur ce
point, très variable; pourtant, étant donné l'emploi très
fréquent de ει pour ηι dans les derniers temps de l'indépen
dance, nous avons là une présomption en faveur de l'an
cienneté relative du monument. Un autre indice, un peu
plus probant, nous est fourni par la présence, à côté des
formes d'impératifs en τωσαν et oûcooav, ordinaires dans
la κοινή (απογραφέσ^ωσα*', 1. 11 et 34; — πραξάτωσαν, 1. 26 et
4I5-44; — παραδότωσα^, 1. 30-31; — δώότωσαν, 1. 39; — φερέ-
(1) Dans la longue inscription financière de l'archontat d'Hypsoclès
(279) (BCH, XIV, p. 3H9 suiv.), on n'en rencontre pas un seul exemple.
(2) N(1 XIII des Archives de l'Intendance sacrée de M. Homolle (Ap
pendice II). C'est la loi qui est appelée ίερα συγγραφή dans les inscrip
tions financières de Délos. Elle est inédite, mais elle a été analysée et
d'importants extraits en ont été cités par M. Homolle, BCH, VI, p. 63-
64, et XIV, p. 131 suiv. et p. 152; cf. aussi P. Guiraud, La Propriété
foncière en Grèce, p. 436 et 440, et J. Delamarre, Rev. de Philo l., XXV
(1901), p. 170 suiv.
(.'5) Είαν έλασσον εΰρε< (1. 17) ; — εΐαν δε τι ένλείπεί (1. 33) ; — id. (1. 154-35);
- είάμ μί| . . . αποανεί (1. 42) ; — δ τι δ' αν είσπραχί)« (1. 42); — ε'ιΰν δέ μή
ίγγράψΜ (1. 45).
(4) Τ//< έκκλησίαι (1. 27) ; — τώι εγγυητή (1. 43 et 45). FOUILLES DE DÉLOS 52
τωσαν, 1. 42), de formes en ντων, à deux reprises (?loayovzcov,
1. 18-19; — προσθέτων, 1. 28). Dans la ιερά συγγραφή, on ne
trouve encore que des impératifs en ντων et oêcov (1); dans
un texte à peu près de la même époque, un contrat de
travaux publics de l'année 297 (2), les terminaisons en ων
et ωσάν sont en proportions a peu près égales. Notre ins
cription, où ωσάν prédomine, doit être plus récente; toutef
ois, la persistance des formes en ων nous interdit de lui
assigner une date trop basse. Elle doit se placer dans la
seconde moitié du IIIe siècle, et plus près peut-être de 250
que de 200.
Ainsi, elle demeure un témoin d'un état du terrain an
térieur à la construction du Portique de Philippe, et peut-
être aussi des autres portiques avoisinants. Il est pro
bable qu'à l'origine toute cette région située au Sud du
téménos, près du port et à l'entrée même du sanctuaire et
de la ville, était occupée par une vaste place marchande (3).
Notre stèle était sans doute exposée à l'endroit où se fa
isaient les transactions qu'elle règle ; « l'emplacement où
sont déposés le bois et le charbons, dont il est question
aux 1. 40-41 de l'inscription, devait être cette place môme.
Peut-être y élevait-on, pour l'exposition des marchandises,
des constructions provisoires; celles-ci purent être rem
placées, à une époque postérieure, par le < Petit Porti
que», qui coupa en deux cette vaste agora (4), puis aussi
par l'édifice dû à la munificence de Philippe de Macédoine.
Lorsqu'on le construisit, l'aspect de la place fut profon
dément modifié; sans doute dut-on relever le niveau du
(1) Dans les inscriptions uniques, avant iHH), on trouve un seul exemp
le de -ωοαν; au contraire, après :i()0, les formes en -ων deviennent ex
ceptionnelles; Meisterhans en compte îi exemples contre 22 de -oaav
',)" éd., p. 167). (Gramm. der ait. Inschr.,
(2) N" VIII des Archives-. CI G, 2266 -. Fabricius, Hermes, XVII
(1H82), p. 4-6.
(.'5) Durrbach, BCH, XXVI, p. îiûOsuiv.
(4) Le - Petit Portique» appartenait en effet au type des δείγματα, lieux
d'exposition et de vente des marchandises (Durrbach, /. L, p. ï>~A). FOUILLES DE DÉLOS 53
sol aux abords du Portique de Philippe, et peut-être notre
inscription so trouva-t-elle enterrée déjà avant l'édifica
tion du portique dans les substructions duquel elle a été
trouvée.
Xous devons nous poser une dernière question avant
d'entrer dans Fétude des prescriptions édictées par cette
loi: à quelles sortes de denrées s'appliquait-elle ? Les mots
ξΰλα et άνθρακες sont bien clairs; mais qu'est-ce que le mot
πυμοί, qui leur est constamment accolé V Τυμός, qui dérive
do la racine du verbe εοΰω, ηΰομαι, tirer, signifie dans la
langue littéraire timon, d'une voiture; c'est aussi le nom
d'une partie de la charrue (1). Mais, dans la langue épigra-
phique, no-us le rencontrons pris on un sens bien différent. Λ
Délos, notamment, aussi bien qu'à Athènes et dans d'autres
villes encore, il désigne, dans les inventaires des richesses
sacrées, un groupe, une rangée; d'objets. (Je sens s'explique
par celui d'un autre dérivé de ρΰομαι, ρΰμη, qui a tout en
semble la signification active do mouvement impétueux, et
la signification passive de lùjne tirée, d'où rue (2), et enfin,
par extension, quartier (d'un camp) (3). Ύνμός, lui aussi, a
parfois le sens passif de ligne tirée, trace laissée par une
chose qu'on traîne (4); Aratos (5) l'emploie!, en effet, pour
désigner la traînée d'une comète. Sans doute, par la même
extension de sens que celle qu'a subie ρύμη» ρυμός en est
arrivé à désigner, dans le style des inventaires, une di-
(1) Pollux, I, -2îr>.
(2) Act. Apost., IX, 11 ; Pollux, IX, ί>8, et les deux exemples qu'il cite
du poète comique Philippidès, etc.
(:5) Polyb., VI, -"J suiv., passim. Dans Polybe, on voit très bien le
passage du sens de rue à celui de quartier d'un camp. Il emploie (VI,
.'51, 10) ρυμοτομία, qui semble dériver de ρυμός plutôt que de (>ΰμη, pour
désigner la division en quartiers; on connaît aussi le verbe ρυμοτομώ.
(4) 'Ρυμός correspondrait assez exactement au mot trait, qui a à la
fois le sens actif et le sens passif.
(5) Arat., Phaenom., v. 'J27. 54 FOUILLES DE DÉLOS
vision, une section, une rangée d'objets. On pourrait donc
supposer que, du sens abstrait passant au s<jns concret,
ρυμός serait la planche qui porte chnque rangép dp vases (1).
Les ρυμοί de notre inscription seraient-ils donc des plan-
rhes, par opposition à ξΰλα, les bois bruts? Rion. en pffet,
ne prouve que la loi concerne uniquement les matériaux
rie chauffage; il se peut agir également de bois servant à
la menuiserie courante et à la petite construction (2), l
equel provient généralement des mêmes exploitations fo
restières que le bois à brûler, et doit par conséquent être
vendu par les mêmes marchands.
Mais d'autres inscriptions déliennes nous interdisent
d'interpréter ainsi le mot ρυμός. Si, dans les inventaires, ρυ
μός signifie rangée, dans les comptes il est employé en un
sens tout différent et qui est évidemment le même que
dans notre texte. On trouve constamment, dans les comptes
des dépenses mensuelles (τα κατά μήνα), ρυμός ou ρυμοί sur
la liste des fournitures destinées à la célébration des fêtes
(εις τους χορούς, Άρτεμισίοις, Άντιγονείοις, etc.), et le mot semble
bien désigner des matériaux de chauffage. On pourrait en
douter à la rigueur, quand on trouve ρυμός à côté de mots
comme λαμπάδες (;»), flambeaux, ou même κληματίδες (4), où M.
(1) M. Homolle (BCII, VI, p. 00, n. .'5) verrait volontiers dans les m>-
μοί les différentes planches d'une étagère.
(2) II ne peut s'agir du bois de grande construction, car, comme nous
le verrons plus loin, la loi réglemente les ventes au détail; or les bois
de grande construction se vendent en gros, et, ordinairement, non pas
aux particuliers, mais à l'État ou aux établissements publics (Fran-
cotte, L'Industrie dans la Grèce ancienne, II, p. M): les inscriptions
financières de Délos nous fournissent de nombreux exemples d'achats
de bois par les hiéropes; ces bois sont remis directement, suivant les
besoins, aux entrepreneurs de travaux publics, qui n'ont pas à les
fournir eux-mêmes (par exemple, Hypsoclès, A, 1. 47, 51, 65, Uti suiv.,
cf. BCH, XIV, p. 465-466; Sosisthénès (BGH, XXVII, p. 64 suiv.), B,
1. 144 suiv.).
(3) Notamment: Démarès, A, 1. 183 suiv., passirn: λαμπάδες ρυμοί (et
un chiffre).
(4)Sosisthénès, A, 1. 48 suiv., passim: ρυμοί και κληματί
δες (et un chiffre).