La coupe apode à boutons en Attique et le peintre d'Athènes 533 - article ; n°1 ; vol.103, pg 195-215

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1979 - Volume 103 - Numéro 1 - Pages 195-215
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1979
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Denise Kallipolitis-Feytmans
La coupe apode à boutons en Attique et le peintre d'Athènes
533
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 103, livraison 1, 1979. pp. 195-215.
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Kallipolitis-Feytmans Denise. La coupe apode à boutons en Attique et le peintre d'Athènes 533. In: Bulletin de correspondance
hellénique. Volume 103, livraison 1, 1979. pp. 195-215.
doi : 10.3406/bch.1979.1985
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1979_num_103_1_1985COUPE APODE À BOUTONS EN ATTIQUE LA
ET LE PEINTRE D'ATHÈNES 533
1. Athènes, MN 14307. Provenance : Thèbes. Incomplet. D. sans les anses : 17 cm.
I, combat de deux hoplites nus. A, cavalier nu sur un cheval au galop vers la dr. B, deux
hommes drapés et affrontés. Palmettes verticales attachées aux anses. Zone de godrons rouges
et noirs entre des lignes triples à la base des parois. Peintre d'Athènes 533. ABV, p. 68,
no 1 (fig. 1).
2. Berlin 3151. Provenance : Égine. D. : 19 cm. I, Héraclès et le lion de Némée. Enca
drement de godrons entre des lignes triples. A, Silène prisonnier entre les deux serviteurs
de Midas. B, trois comastes nus, dont un flûtiste au centre. Palmettes horizontales appuyées
sur des entrelacs d'où partent des rinceaux au départ des anses. Signature d'Ergotimos
comme potier. ABV, p. 79, Par, p. 30' (fig. 2).
3. Athènes, MN, Acr. b 140. Fragment. Arrière-train d'un fauve, palmette horizontale
(cf. Berlin 3151). ABV, p. 80.
4. Tocra 1162. Provenance : Tocra. Incomplet. D. : 14,5 cm. Excavations al Tocra.
The archaic Deposits, I (1966), pi. 86 et p. 108 (profil reproduit ici), p. 106. Sans décor (fig. 6).
5. Rome, Villa Giulia 50464. Provenance : Caeré? Incomplet.D . 21 cm. I, cerf? Enca
drement de godrons entre des lignes triples. A, six personnages d'une anse à l'autre. B, sept
Les coupes du peintre d'Athènes 533 du Musée National seront publiées dans un prochain fascicule du
Corpus Vasorum de Grèce consacré aux coupes attiques à figures noires de ce musée. Nos recherches à leur sujet
ont pris trop de développement pour trouver une place rationnelle dans le texte du fascicule.
Nous exprimons toute notre reconnaissance à tous ceux qui nous ont donné généreusement des photo
graphies et qui nous ont permis d'étudier des pièces : à Athènes, Mme Philippaki et M. Sakellarakis au Musée
National, Mmes Knigge, Karageorgha et Hiibner de la photothèque de l'Institut allemand d'Athènes pour le
musée du Céramique; à Rhodes, Mme Pavlidou-Yannikouri ; à Berlin, M. Gehrig; à Copenhague, Mme Selskov-
Roberts ; à Rome, Mme Fabrini ; nous y joignons MM. Villard et Boardman pour nous avoir permis de reproduire
ici des relevés de profils de leurs publications. Enfin nous remercions vivement tous ceux qui nous ont aidée
par leurs renseignements : Mmes Bourlard-Collin et E. Rohde, MM. Vierneisel, Bloesch, di Vita et Michel Gras. 196 DENISE CALLIPOLITIS-FEYTMANS [BCH 103
Fig. 1. — Athènes MN 14307, peintre d'Athènes 533 (n° 1).
Fig. 2. — Berlin 3151, Ergotimos potier (n° 2).
Fig. 3. — Athènes MN 7336, coupe mycénienne de Dendra. LA COUPE APODE À BOUTONS 197 1979]
personnages d'une anse à l'autre. Zone de godrons rouges et noirs entre des lignes triples
à la base des parois. Avant le nettoyage du vase : P. Mingazzini, Vasi délia Collezione Castellani.
Catalogo (1930), n° 615, pi. 92, n° 6, pi. 96, nos 3 et 5. Après nettoyage, fig. 9 et 10.
6. Athènes, Céramique HTR 22, 138. Incomplet. D. 23,5 cm. A et B, prothésis et
déploration funèbre. Zone figurée se poursuivant sous les anses. Chaîne de boutons et de
fleurs de lotus à pétales blancs à la base des parois. Lydos. ABV, p. 113, n° 81, Par, p. 45,
M. Tiberios, Ό Λυδδς και το Ιργο του (1976)/ ρΐ. 42-44 (fig. Π).
La coupe apode à boutons est considérée généralement comme étant une version
simplifiée de la coupe à munie d'un pied haut dont les exemplaires sont
plus nombreux1. Bien entendu les deux types ont des points communs, d'abord les
boutons plastiques qui sont placés verticalement sur les anses, puis la lèvre non arti
culée, se terminant en pan coupé, enfin la large zone figurée en A-B s'étendant jusqu'au
bord de la lèvre et le médaillon à motif figuré en I. En Attique, les premiers exemp
laires des deux types sont à peu près contemporains et datent du deuxième quart
du vie siècle. Malgré leurs points communs, ils appartiennent à deux types différents
et bien distincts, surtout au début de leur histoire2.
D'abord pour la coupe à pied. La vasque épanouie et peu profonde a des parois
en courbe continue, l'attache du pied est étroite puisque la tige est haute et mince;
les deux anses obliques ont la forme de l'os « en fourchette » des poulets qui est appelé
« merrythought » en anglais : ces anses sont formées de deux éléments distincts et
asymétriques qui se joignent à leur extrémité pour former une tige courte sur laquelle
se dresse le bouton plastique. Cependant deux anciens exemplaires, ceux du peintre C,
ont les anses rondes, allongées et recourbées à leur extrémité des coupes de Siana
contemporaines (ABV, p. 57, nos 113 et 114).
La coupe à pied est remarquable par la décoration dense des faces A et B. Le
dessous des anses peut être décoré d'un motif isolé, ou bien de la zone continue qui
se poursuit autour du vase. La zone noire de la face I et la surface du pied sont
décorées de lignes rouges. Les motifs secondaires occupent toute la disponible,
même le disque minuscule au sommet du bouton et la surface des anses quand elle
n'est pas noire.
Par contre, la coupe apode, qui est plus petite, a des parois presque obliques,
à double courbure, se rattachant par un listel au fond concave qui est plus large que
l'attache du pied de la coupe à pied. Les anses lourdes sont composées d'un seul
élément à section ronde qui est fort épais aux attaches.
La décoration des faces A et B se distingue par sa sobriété. En dehors des
palmettes partant des anses, les motifs secondaires sont rares et peuvent même
être absents. Enfin le fond concave, les anses et les boutons avec leur pédoncule
ont une surface réservée.
L'un et l'autre type ont été surtout exportés hors de l'Attique et l'on comprend
aisément pourquoi les coupes à pied ont été assez nombreuses et les coupes apodes
(1) Aussi sont-ils souvent confondus dans une même liste : P. Mingazzini, Vasi délia Collezione Castellani
(1930), p. 339 ; W. Kraiker, AM 59 (1934), p. 6, n. 2.
(2) J. D. Beazley a déjà attiré l'attention sur le fait dans JHS 51 (1931), p. 299. 198 DENISE CALLIPOLITIS-FEYTMANS [BCH 103
plutôt rares. La forme élégante et recherchée, la décoration minutieuse et riche devaient
séduire plus aisément une clientèle étrangère que la forme sévère, presque austère,
et la décoration simple et dépouillée des coupes apodes.
Au début de la production, la différence entre les deux types est assez marquée
pour qu'on puisse affirmer que la coupe à pied et la coupe apode ont une origine
différente et ne peuvent dériver d'un même prototype.
Nous nous bornons ici à chercher l'origine de la coupe apode à boutons.
Pendant le dernier quart du vne siècle et le début du vie siècle, les potiers
athéniens ont emprunté souvent des formes de vases aux ateliers de Corinthe. Or il
existe un vase corinthien qui présente une certaine ressemblance avec la coupe apode.
C'est la coupe basse, sans lèvre articulée, du Corinthien Ancien3 qui dérive du
« birdbowl »4. Mais elle ne peut avoir servi de modèle à la coupe apode attique parce
qu'elle a un pied en anneau et une vasque hémisphérique5.
En cherchant dans l'histoire ancienne de la céramique attique elle-même, nous
trouvons la coupe géométrique d'Athènes qui ressemble à notre exemplaire par son
fond apode. Mais elle ne peut avoir de rapports avec la coupe apode à boutons parce
que sa lèvre est articulée 5bis.
L'origine est plus ancienne encore et doit se chercher hors de Γ Attique, car
la coupe apode à boutons ressemble à un vase de l'Helladique Récent, la coupe
mycénienne apode à en argent niellé et damasquiné, MN 7336, trouvée à
Dendra en Argolide6 (fig. 3). Les proportions et les détails de la forme sont les mêmes,
car la vasque a aussi des parois obliques à double courbure et un fond cambré limité
par un listel. On verra plus loin que cette forme n'a pas été créée dans les ateliers
d'orfèvres et de bronziers de la période mycénienne, car elle était déjà en usage dans
les ateliers de potiers. De plus la coupe de Dendra est munie d'une seule anse qui
appartient au type de l'os en fourchette des poulets appelé « wishbone » pour les vases
mycéniens et « merrythought » pour les vases archaïques.
Les anses obliques à section ronde des coupes apodes d'Athènes remontent
aussi au Mycénien III. Elles étaient utilisées alors pour des vases moins précieux
et moins soignés que la coupe de Dendra, notamment pour les bols en bronze du
type n° 290 de A. Furumark (F 290). On ne peut cependant les appeler des anses
à boutons puisqu'elles ne sont décorées que d'une courte tige verticale à section
(3) H. Payne, Necrocorinthia, p. 297 ; R. J. Hopper, BSA 44 (1949), p. 227-228. Exemple de profil :
S. Weinberg, Corinth, VII, 1, p. 59, fig. 19.
(4) R. J. Hopper, loc. cit., p. 227 ; T. Dunbabin, Perachora, II, p. 77-78 : le « birdbowl » imite lui-même
la cotyle épanouie du Géométrique Moyen corinthien, oubliée à Corinthe au vne siècle. C'est là un exemple
d'influence qui s'exerce en va-et-vient, en « boomerang ». Sur l'ère de production du « birdbowl », en dehors
de Rhodes, J. Hayes, Excavations at Tocra, II (1973), p. 20.
(5) Le pied en anneau évolue vers une forme biseautée qui rapproche son profil de celui du fond apode
et cambré. Les parois obliques se redressent vers le bord qui est effilé. La décoration figurée se trouve seulement
en I et couvre souvent toute la surface de la vasque.
(5 bis) Elles dériveraient de coupes métalliques importées d'Orient suivant Brigitte Borell, Altische
geometrische Schalen (1978), p. 38, 74, 84, 87 et 95.
(6) Axel V. Persson, The Royal Tombs at Dendra near Midea (1931), pi. 12 et 13. LA COUPE APODE À BOUTONS 199 1979]
ronde, terminée en pan coupé. Cette forme d'anse a été adoptée pour les vases en
terre cuite du type F 290 et aussi pour d'autres types de bols et de coupes en terre
cuite de la même période7. Elle s'exécute plus aisément en argile que le type « wishbone »
car elle n'est pas tournée ni modelée, mais seulement roulée du plat de la main afin
d'obtenir un boudin d'argile débité en deux tronçons inégaux; le plus court devient
la tige verticale, plantée au milieu de l'anse et fixée à la barbotine.
Il arrive que certains exemplaires en terre cuite du type F 290 aient une tige
terminée en bouton commecelle des anses «wishbone ». D'autres peuvent avoir une
anse ronde, mais avec une tige effilée en épine et placée obliquement dans le sens
de l'anse8. Nous ne connaissons aucune coupe mycénienne ayant la forme de la
coupe de Dendra qui soit munie de deux anses rondes avec excroissance, ce qui peut
être dû aux hasards des trouvailles. Ajoutons que les anses, et surtout les excrois
sances, ne jouent qu'un rôle secondaire dans la structure du vase. L'élément principal
est évidemment la vasque.
Or la vasque de la coupe de Dendra est celle d'un type de petit vase en terre
cuite qui a été en usage pendant le Mycénien III a, b et c9. C'est le type 222 de
A. Furumark (F 222) : parois presque obliques à double courbure terminées en pan
coupé et reliées au fond cambré par un listel. Son prototype, antérieur à la période
mycénienne10, a donné naissance à différentes formes de coupes et de bols apodes11.
C'est le type F 222 qui a inspiré la fabrication d'exemplaires comme celui de Dendra.
Les coupes F 222 semblent avoir disparu de la Grèce continentale avec la période
mycénienne. Le type n'a pu survivre que dans certains centres de fabrication de
la Grèce de VEst et de la Méditerranée orientale où l'influence géométrique ne s'est
guère fait sentir. C'est là que le type F 222 du Mycénien III a pu rester en usage
jusqu'au vie siècle.
Ce phénomène n'est pas particulier à l'histoire de notre coupe, car il s'est
manifesté aussi pour un- autre vase à boire de forme apode, proche de F 222, le
« Karchésion » qui dérive du type mycénien, Furumark n° 224 (F 224)11. Il a disparu
de la Grèce propre avec le début de la période géométrique et a survécu jusqu'à la
fin de la période archaïque dans le Nord-Est de la mer Egée, d'où il est revenu en Grèce
continentale au vie siècle, peut-être par l'entremise des vases métalliques12.
(7) Pour la distinction entre les deux types d'anses, A. Furumark, The Mycenaean Pottery. Analysis
and Classification (1941), p. 94-95. Pour le type F 290, p. 53, fig. 15 et p. 635. Les autres exemplaires en terre
cuite, munis d'un même type d'anses, appartiennent à la même famille : la coupe apode cylindrique F 239 et
le bol profond F 281 {ibid., p. 48, flg. 13).
(8) Pour les exemplaires F 290 avec anses rondes, munies de boutons : en Argolide, G. Blegen,
Prosymna, fig. 47, n° 917 ; en Attique, Athènes, MN 3777, de Koprèza, BSA 42 (1947), pi. 110, n° 9 et MN 3732,
Thoricos, V (1968), p. 96, flg. 57. Pour un exemplaire F 283, avec épine oblique sur l'anse, Athènes, Agora
Ρ 23734, S. A. Immerwahr, The Athenian Agora, XIII (1971), n° 432, pi. 61 et 75, p. 131 et 251. Selon l'éditeur,
ce ne serait pas une imitation d'exemplaires cypriotes, mais une recréation attique, ce qui est vraisemblable.
(9) A. Furumark, op. cit.r p. 59, fig. 15 et p. 622. Ce sont des exemplaires sans décor. Comme coupe
décorée, C. Blegen, Prosymna, pi. 162, fig. 652, n° 385 et p. 389. Ces coupes ont généralement une seule anse
verticale qui surplombe l'embouchure.
(10) A. Furumark, op. cit., n° 204, p. 53, fig. 15, p. 52 et 619. Exemplaire sans anse.
(11) A. op. cit., p. 52-53, fig. 15.
(12) Iris C. Love, Essays in Memory of Karl Lehmann (1964), p. 204. Contra N. Coldstream, Géométrie
Greece (1977), p. 264. Selon celui-ci, l'origine du vase serait éolienne. Les vases à boire qui sont portés en pro
cession par des éphèbes nus sur les scyphoi du peintre KX [ABV, p. 26, n° 21) semblent être plutôt des vases
de bronze, à cause du sujet traité. 200 DENISE CALLIPOLITIS-FEYTMANS [BCH 103
La coupe apode du type F 222 a pu faire, elle aussi, ce voyage d'aller et de
retour, en « boomerang », entre la Grèce propre et la Méditerranée orientale. Les
exemplaires en orfèvrerie ou bien en bronze ont pu jouer un certain rôle, mais le
plus important fut celui des simples vases d'argile, souvent sans décor.
On se tourne tout naturellement vers Chypre pour constater la survie du type
mycénien F 222 dans la Méditerranée orientale. Les fouilles nombreuses, systéma
tiques et bien publiées ont fourni un matériel abondant où l'on a trouvé beaucoup
de coupes apodes13. Nous savons que la fabrication du type F 222 s'y est poursuivie
à travers la période mycénienne et submycénienne jusqu'à la fin de la période archaï
que. Les exemplaires levanto-mycéniens ont la forme et les proportions de ceux
de la Grèce propre. Comme ceux-ci, ils n'ont pas d'anse14 ou sont munis d'une seule
anse verticale15. Mais ils peuvent avoir aussi une anse horizontale du type « wishbone »
ornée d'une courte tige effilée, placée dans le prolongement de l'anse16. On pourrait
croire que ce détail est inspiré d'une coupe à bouton en orfèvrerie avec une anse en
« wishbone » importée de Grèce, d'autant plus qu'un exemplaire de ce type et de cette
technique a été trouvé à Enkomi de Chypre17, presque une réplique de la coupe de
Dendra par la technique, la forme et la décoration. On peut aisément comparer les
deux exemplaires, placés côte à côte au Musée National d'Athènes, dans l'exposition
des antiquités chypriotes18. Mais ce type d'anse en « wishbone » avec tige effilée
des coupes en terre cuite n'est pas emprunté aux coupes métalliques d'Argolide
mais à un vase levanto-mycénien qui est plus ancien que celles-ci. C'est le « milkbowl »,
le bol rond à anse unique du type « wishbone », prolongée par une tige effilée en
épine.
La coupe attique à boutons du vie siècle ne peut pas dériver des exemplaires
chypriotes de la période archaïque parce que ceux-ci se sont éloignés du type mycé
nien F 222 en évoluant vers une forme épanouie et aplatie, avec des parois obliques,
sans double courbure. De nombreux exemplaires sont pourvus de deux petites anses
horizontales, à section ronde, mais sans excroissance19 ou d'une forme dégénérée du
type « wishbone »20.
(13) Pour la période géométrique à Chypre, J. N. Coldstream, Greek Géométrie Pottery, p. 384.
(14) AA, 1963, col. 534, fïg. 18 a (V. Karageorghis).
(15) Par exemple Hala Sultan Tekke. 1 (Studies in Mediterranean Archaeology 45 [1976], pi. 57, n° 257
et pi. 80, n<> 206) (V. Karageorghis).
(16) British Muséum c 623. S. A. Immerwahr, AJA 60 (1956), pi. 53, fig. 8, n° 9, trouvé à Klavdhia de
Chypre. Suivant l'auteur de l'article, serait un exemplaire mycénien importé à Chypre, mais il semble plus
probable qu'il s'agisse d'une imitation cypriote : P. Âstrôm, The laie Cypriot Bronze Age (1972), flg. 77, n° 7.
Pour la tige, placée dans le prolongement de l'anse, cf. Agora Ρ 23734 (voir n. 8), mais celle-ci est placée sur une
anse ronde.
(17) C. F. A. Schaeffer, Enkomi-Alasia (1952), pi. C, D et 116, p. 382, fig. 116-117, p. 384, flg. 118 et
p. 379 et suivantes. L'auteur rapproche l'exemplaire de la coupe de Dendra, mais il pense qu'elle est cypriote
à cause du fond qu'il croyait arrondi comme celui du « milkbowl » cypriote. En fait, le fond est légèrement
concave.
(18) La coupe d'Enkomi semble être un peu plus tardive que celle de Dendra. Elle est plus grande ; les
parois ont une courbure simple ; l'attache de l'anse est en trèfle avec trois trous pour recevoir des rivets, alors
que celle de la coupe de Dendra a une attache ronde ; la décoration est plus recherchée. Les deux exemplaires
semblent être sortis d'un même centre de fabrication, malgré leur aspect différent, car la coupe de Dendra est
fort abîmée.
(19) V. Karageorghis, Salamis III. Excavations in the Necropolis ο f Salamis, I (1967), pi. 132, tombe 31.
Première moitié du vu6 siècle.
(20) The Swedish Cyprus Expédition II (1935). Amaihus. Tombe 19, pi. 25, n°s 2, 5, 24. Cypro-géomé- LA COUPE APODE À BOUTONS 201 1979]
II semble que les fouilles des sites d'Asie Mineure sont loin d'avoir produit,
comme Chypre, une suite ininterrompue de coupes apodes complètes ou presque
complètes. Gela pourrait tenir, en partie, aux difficultés que présentent les fouilles
à cause de l'épaisseur de la couche de terre arable. De plus les exemplaires mycéniens
ou submycéniens sont habituellement sans décoration et souvent fragmentaires,
aussi sont-ils peu reproduits ou même mentionnés dans les rapports de fouilles.
Il arrive que ces vases apodes soient dessinés au trait et en plein profil, de sorte qu'il
n'est pas possible de savoir s'il s'agit d'une coupe F 222 ou bien d'un bol apode de la
même famille21.
Le type F 222 s'éloigne des exemplaires mycéniens dans certains sites de l'Asie
Mineure, tout comme à Chypre. A Troie VII par exemple22, on a trouvé des coupes
de bucchero gris qui ont évolué vers une forme aplatie pendant le vne siècle23.
Par contre en Phrygie, les potiers qui produisaient surtout de la vaisselle d'usage
journalier se sont montrés routiniers et conservateurs24. Le type mycénien F 222 a
pu s'y maintenir sans changement sensible jusqu'au vne siècle. En Lydie, aussi
les fouilles de Sardes ont mis au jour des fragments de petites coupes apodes F 222
du Mycénien III et de la période submycénienne25. Il semble que la forme se soit
conservée surtout dans le Nord-Ouest de l'Asie Mineure26, tout comme celle de F 224.
Des exemplaires submycéniens ont été exportés vers les colonies grecques du rivage
de la mer Egée27 où elles ont pu entrer dans le répertoire des formes sans pouvoir
faire une concurrence sérieuse au « birdbowl » ou à la coupe « ionienne ».
Nous connaissons même deux petites coupes apodes du type F 222 qui ont une
trique II. Les exemplaires en orfèvrerie ont, eux aussi, subi d'autres influences, après la période levanto-
mycénienne. Cf. G. Richter, Greek, Etruscan and Roman Bronzes. Metropolitan Muséum, p. 200, flg. 533,
où le bouton plastique des anses s'épanouit en fleur, sous une influence orientale qui s'est exercée aussi en
Attique sur les vases en terre cuite du vne siècle. Cf. Kerameikos, VI, 2, pi. 56 (inv. 138) et 71 (inv. 50).
(21) Ce petit bol a la silhouette de F 222, mais sa lèvre est large, ce qui rend le bol impropre à servir de
vase à boire. Sur ces bols qui ont été fabriqués dans certains centres de la mer Egée orientale, M. Lambrino,
Les vases archaïques d'Histria (1938), p. 179, n. 1 et J. Hayes, Excavations al Tocra, I (1966), nos 714-716,
p. 44, p. 54, flg. 27.
(22) C. Blegen, Trou, IV, 1 (1958), A 75, p. 20, 22. Troy, IV, 2, flg. 214 b. Pour le bucchero gris et les
rapports avec Lesbos, J. Coldstream, Géométrie Greece (1977), p. 263.
(23) Troy, IV, 2, Ν 2, flg. 317, n°* 15 et 16, Troy, IV, 1, p. 252.
(24) En Phrygie, survivance de l'anse ronde, surmontée d'une tige verticale pour une oinochoé locale
(dans la suite du type mycénien F 109), trouvée dans une tombe de Gordion de la fin du vme siècle, AJA 54
(1960), pi. 56, flg. 7 et p. 230.
(25) BASOR 186 (1967), p. 26, fig. 11, nos 8 et 9. Pour l'exportation des vases lydiens, C. Greenewalt Jr.,
California Sludies in Classical Aniiquity, 1 (1968), p. 139.
(26) Des sites assez bien connus de l'Ionie centrale, comme Milet, ou de régions plus méridionales, comme
Xanthos en Lycie, ne paraissent pas avoir produit des exemplaires F 222.
(27) Samos. Sous l'autel I de l'Héraion, on a trouvé un dépôt de petites coupes apodes et sans anses,
qui appartiennent à un type antérieur à F 222. Elles avaient donc une destination rituelle et leur forme s'est
maintenue sans changement après la période mycénienne (H. Walter, AM 72, 1957, Beil. 50, n° 1 et p. 36).
Elles ont pu donner naissance à un type de coupe apode, subgéométrique et archaïque, à parois presque obliques,
qui ne doit pas être mis en rapport avec le type F 222 (R. Eilmann, AM 58, 1933, p. 115, fig. 58 et 59). D'autre
part, on a trouvé à l'Héraion un exemple de petite coupe dont l'argile est jaunâtre (ibid., p. 115, fig. 58 a),
qui semble importé. La vasque est profonde, avec des parois à double courbure du type F 222. Ce type de coupe
est adopté à Samos au vie siècle, H. P. Isler, Samos IV (1978), p. 97, Beil. 3. L'exemplaire de Tocra, muni de
deux anses horizontales à section ronde et datant de la première moitié du vie siècle, provient d'un centre
non identifié de la Grèce orientale, J. Hayes, Excavations al Tocra, II (1973), n° 2082, fig. 14, p. 33 et p. 29. 202 DENISE CALLIPOLITIS-FEYTMANS [BCH 103
Fig. 4 a, b. — Rhodes 1322.
Fig. 5. — D'après F. Villard, Céramique de Marseille, pi. 55, 1 ( y2).
Fig. 6. — D'après J. Hayes, Tocra, I, p. 108, n° 1162 (n° 4). LA COUPE APODE À BOUTONS 203 1979]
décoration figurée et qui datent de la première moitié du vie siècle. Elles proviennent
de la Grèce orientale sans qu'on puisse identifier le lieu de fabrication, car l'une et
l'autre ont été exportées. Ce sont les coupes, Rhodes 1322 (fig. 4) des fouilles de
Ialisos28 et Berlin^ F 1662, maintenant au Pergameion, trouvée dans la région de
Corinthe29. J. D. Beazley30 les a rapprochées déjà des coupes attiques, nos nos 1 et 2,
pour la forme de la vasque. Pour le dessin, elles appartiennent au groupe des vases
du rivage de l'Asie Mineure datant de la première moitié du vie siècle qui ont subi
à tel point l'influence attique qu'on peut les qualifier d'atticisants31. Ajoutons que
la coupe de Rhodes et nos nos 1 et 2 ont une même décoration sobre qui est répartie
de la même manière sur les faces A et B. Mais les exemplaires ressemblant à ces deux
coupes orientales ne peuvent avoir inspiré les ateliers athéniens du vie siècle32 pour la
simple raison qu'ils sont munis d'anse du type « merrythought ».
Le prototype des coupes attiques doit être une coupe submycénienne ayant la
forme et les proportions de F 222, mais munie de deux anses horizontales et rondes,
avec une courte tige verticale qui peut être effilée en épine ou surmontée d'un bouton.
Aucun exemplaire semblable n'a été signalé ni reproduit dans les publications de fouilles
faites en Asie Mineure, du moins à ma connaissance. Il est possible de suggérer une
hypothèse en s'appuyant sur des trouvailles faites dans des colonies grecques de la
Méditerranée occidentale où la céramique d'usage journalier est souvent apportée
de la métropole.
On a trouvé à Marseille, la colonie de Phocée, un fragment de coupe importée,
munie d'une anse ronde avec tige verticale33. Grâce aux imitations locales34, nous
(28) AnnScAtene 6-7 (1926), p. 259, fig. 165 ; CVA, 2, III F, pi. 5, η°* 1 et 2 (face I et A). Brûlé, incomplet.
Publié comme étant un vase ionien. L'argile ne semble pas être rhodienne.
(29) Mon. ined., 10, pi. 52, nos 4, 5. Je n'ai pu malheureusement en obtenir une photographie. D'autres
vases de la Grèce orientale, du vie siècle, ont été trouvés à Corinthe : Corinth VII, 1, n° 379, pi. 45 ;
Corinth XIII, X241, pi. 90, p. 152. Dans la région de Corinthe, Perachora, II, p. 373 et suivantes.
(30) Compte rendu du CVA, II, Rhodes dans JHS, 55 (1935), p. 90.
(31) Sur ceux-ci, J. M. Cook, BSA, 60 (1965), p. 115. J. D. Beazley se montre hésitant au sujet de
l'origine probable de la coupe de Ialysos : « is not Ionic, I think, but Attic » probablement à cause de la déco
ration de la face I qui ressemble à celle des coupes du peintre C et de son groupe pour le type du sphinx et
pour la zone d'encadrement, peut-être aussi pour la protome féminine de A (mèche de cheveux devant l'oreille).
O. von Vacano [Zur Entstehung und Deutung gemalter seitenansichtiger Kopfbilder auf schwarzfigurigen Vasen
des griechischen Festlandes, 1973) ne mentionne le vase ni dans la liste des exemplaires attiques, ni dans le
chapitre consacré aux vases de la Grèce orientale. Cependant les éléments orientaux ne manquent pas en A-B :
les motifs floraux en étoiles et le type du buste en B. La tête de l'homme est vue de profil et son buste est vu
de face, comme sur des vases insulaires et orientaux. Cf. Louvre B 561, de Myrina, AntKunst, Beihefl 7 (1970),
pi. 8, n° 4 (E. Walter-Karydi), et le petit plat de Troie, AJA 43 (1939), p. 225, fig. 24, l'un et l'autre de l'Ionie
du Nord. Pour l'origine de Berlin F 1662. Le vase serait attique suivant H. Payne (NC p. 346, n. 3),
K. Neugebauer (Fùhrer; p. 21), A. Greifenhagen (Eine attische schwarzftgurige Vasengattung, p. 80) et
E.Buschor (SitzBerMiinch 1943, p. 51-52). Selon ce dernier, le sujet traité doit être mis en rapport avec le mythe
de la capture de Silène. Suivant J. D. Beazley (JHS, 55, 1935, p. 90), le vase est de fabrication inconnue. Le
style nous semble être de ia Grèce orientale et annoncer les premiers vases de Fikellura (cf. Altenburg 191,
BSA 34, 1933-1934, R. M. Cook, « Altenburg Group », n° 1, CVA, 1, pi. 10-12) et les vases du style de Clazomène
(cf. British Muséum 1904.6-1.1, CVA, 8, II Dn, pi. 15, trouvé à Cumes d'Ëolide).
Rhodes 1322 et Berlin F 1662 pourraient être originaires de l'Éolide du Sud ou de l'Ionie.
(32) Le type des anses prouve que les deux coupes orientales ne peuvent pas non plus être des imitations
des coupes attiques d'Ergotimos et du peintre d'Athènes 533.
(33) F. Villard, La céramique grecque de Marseille (1960), inv. I 1.250, pi. 23, n° 10 et p. 43.
(34) Ibid., pi. 33, n° 3, pi. 34, n° 1 et pi. 55, 1. Pour leur date, p. 66-67.