Le monument de Daochos ou le trésor des Thessaliens - article ; n°1 ; vol.125, pg 305-332

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 2001 - Volume 125 - Numéro 1 - Pages 305-332
A new examination of the remains still in place and the missing blocks from the Daochos monument leads to the restoration of a brick chamber on a stone base opening to the west. There must have been statues of family members of the tetrarch and hieromnemom Daochos of Pharsala there, as well as a second group of effigies placed differently. A bunch of marks suggests that the group was destroyed by a natural accident at the time when the statues were being put in place.
Μια επανεξέταση των κατά χώραν λειψάνων και των διάσπαρτων λίθων του μνημείου του Δαόχου οδηγεί στην αποκατάσταση μιας αίθουσας με πλίνθινους τοίχους πάνω σε λίθινο κρηπίδωμα και είσοδο στα Δυτικά. Τα αγάλματα των μελών της οικογενείας του τετράρχη και ιερομνήμονα Δαόχου από τα Φάρσαλα θα πρέπει να βρίσκονταν εκεί, καθώς και ένα δεύτερο σύνταγμα ανδριάντων με διαφορετική διάταξη. Ένα σύνολο ενδείξεων επιτρέπει να υποθέσουμε ότι το κτίριο καταστράφηκε από κάποια φυσική αιτία, ενώ τα αγάλματα τοποθετούνταν στη θέση τους.
Un nouvel examen des vestiges en place et des blocs errants du monument de Daochos conduit à restituer une chambre de briques sur socle de pierre ouvrant à l'Ouest. Les statues des membres de la famille du tétrarque et hiéromnémon Daochos de Pharsale devaient y trouver place, ainsi qu'un second groupe d'effigies autrement disposées. Un faisceau d'indices laisse supposer que l'ensemble a été détruit par un accident naturel, alors que les statues étaient mises en place.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2001
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Anne Jacquemin
Didier Laroche
Le monument de Daochos ou le trésor des Thessaliens
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 125, livraison 1, 2001. pp. 305-332.
Abstract
A new examination of the remains still in place and the missing blocks from the Daochos monument leads to the restoration of a
brick chamber on a stone base opening to the west. There must have been statues of family members of the tetrarch and
hieromnemom Daochos of Pharsala there, as well as a second group of effigies placed differently. A bunch of marks suggests
that the group was destroyed by a natural accident at the time when the statues were being put in place.
περίληψη
Μια επανεξέταση των κατά χώραν λειψάνων και των διάσπαρτων λίθων του μνημείου του Δαόχου οδηγεί στην αποκατάσταση
μιας αίθουσας με πλίνθινους τοίχους πάνω σε λίθινο κρηπίδωμα και είσοδο στα Δυτικά. Τα αγάλματα των μελών της οικογενείας
του τετράρχη και ιερομνήμονα Δαόχου από τα Φάρσαλα θα πρέπει να βρίσκονταν εκεί, καθώς και ένα δεύτερο σύνταγμα
ανδριάντων με διαφορετική διάταξη. Ένα σύνολο ενδείξεων επιτρέπει να υποθέσουμε ότι το κτίριο καταστράφηκε από κάποια
φυσική αιτία, ενώ τα αγάλματα τοποθετούνταν στη θέση τους.
Résumé
Un nouvel examen des vestiges en place et des blocs errants du monument de Daochos conduit à restituer une chambre de
briques sur socle de pierre ouvrant à l'Ouest. Les statues des membres de la famille du tétrarque et hiéromnémon Daochos de
Pharsale devaient y trouver place, ainsi qu'un second groupe d'effigies autrement disposées. Un faisceau d'indices laisse
supposer que l'ensemble a été détruit par un accident naturel, alors que les statues étaient mises en place.
Citer ce document / Cite this document :
Jacquemin Anne, Laroche Didier. Le monument de Daochos ou le trésor des Thessaliens. In: Bulletin de correspondance
hellénique. Volume 125, livraison 1, 2001. pp. 305-332.
doi : 10.3406/bch.2001.7145
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_2001_num_125_1_7145Le monument de Daochos
ou le trésor des Thessaliens*
par Anne Jacquemin et Didier LAROCHE
L'un des monuments les plus connus de la région Nord du sanctuaire de Delphes (fig. 1)
doit sa célébrité à ses sculptures — l'un des ornements du musée — et à son dédicant, le Phar-
salien Daochos, que Démosthène fustigea comme traître à la cause grecque en le présentant
comme le premier de « ceux qui, pour satisfaire leur avidité personnelle, sacrifiaient l'intérêt
commun et corrompaient chacun leurs propres concitoyens jusqu'au moment où ils en faisaient
des esclaves »l. Le nom de Daochos n'aurait cependant pas suffi à rendre illustre le monument,
non plus que l'indéniable qualité des sculptures, si E. Preuner n'avait rapproché l'une des ins
criptions gravées sur l'assise porte-statues d'une épigramme trouvée à Pharsale sur une base de
statue portant la signature de Lysippe2. Les archéologues virent alors la possibilité de mieux
connaître l'art de ce grand bronzier sicyonien, puisqu'ils disposaient de copies d'atelier contemp
oraines des créations et non plus seulement de copies plus ou moins libres d'époque impériale.
La bibliographie relative à l'offrande de Daochos (SD 511) est ainsi pour l'essentiel consacrée
aux statues et à l'art de Lysippe3, car le monument proprement dit a peu retenu l'attention,
* Une première version de ce travail a fait l'objet d'une corn- Wm 1938 = Er. Will, «À propos de la base des Thessaliens
munication le 9 novembre 1998 à une séance de l'Associa- à Delphes», BCH 62 (1938), p. 289-304.
tion des Études grecques ; un résumé a été publié : cf. REG
112 (1999), p. X-XI. Les numéros précédés des lettres SD 1 Démosthène, Sur la couronne 395 (trad. G. Matthieu), CUF
renvoient à la numérotation des monuments dans J.-Fr. BOM- (1947). Il convient cependant de nuancer ces propos avec les
melaer, Guide de Delphes. Le site (1991), qui reprend celle remarques de Polybe (XVII 14), qui rappelle, à juste titre, que
de V Atlas des Fouilles de Delphes. l'intérêt des diverses communautés grecques ne se confon-
Abréviations bibliographiques : dait pas à celui d'Athènes.
Croissant 1991 = Fr. Croissant, Guide de Delphes. Le Musée 2 E. Preuner, Ein delphisches Weihgeschenk (1900).
(1991), Chap. Il, La sculpture en pierre, p. 77-138. 3 En dépit de l'abondance des articles et des contributions
Gardiner étal. 1909 = E. M. Gardiner, K. K. Smith, W. B. Dins- diverses, l'ensemble n'a jamais fait l'objet d'une véritable
moor, «The Group Dedicated by Daochus at Delphi », AJA publication, puisque les deux mémoires de V. Regnot portant
13 (1909), p. 447-475. sur les statues nues et les statues vêtues (1964-1965) n'ont
Homolle 1899 = Th. Homolle, « Lysippe et l'ex-voto de Dao- pas été publiés et que l'étude de T. Dohrn, « Die Marmor-
chos », BCH 23 (1899), p. 421-485. Standbilder des Daochos-Weihgeschenk », AntPI VIII (1968),
Pouilloux 1960 = J. Pouilloux, La région Nord du sanctuaire, p. 33-53, ne se proposait pas cette fin.
FDM.
BCH 125 (2001) 306 ANNE JACQUEMIN ET DIDIER LAROCHE
Illustration non autorisée à la diffusion
F!g. 1. Vue du monument de Daochos depuis le temple (cliché P. Amandry).
malgré les notes trop méconnues de H. Bulle4 et les remarques pertinentes de J. Pouilloux5. L'in
térêt s'est en effet souvent borné à la description de la base et à l'attribution des statues aux
cuvettes d'encastrement6. Ces considérations nous ont donc incités à reprendre l'étude sur le
terrain, tout en relisant le Journal de la Grande fouille et en regardant les photographies du temps
de la découverte.
Récemment W. Geominy a proposé une nouvelle datation de l'ensemble7. Le dédicant
(Daochos II) avait toujours été en effet identifié avec l'hiéromnémon thessalien connu par les
listes amphictioniques entre le printemps 336 et le printemps 3328 ; pour W. Geominy, il s'agi-
4 Cf. H. P0MT0W, Delphica III (1912), p. 8-9 et 159-160. 7 W. Geominy, «Zum Daochos-Weihgeschenk», Klio 80 (1998),
M. Jacob-Felsch (Die Entwicklung griechischer Statuenbasen p. 369-402.
und die Aufstellung der Statuer) [1969], p. 71 et 137-141) est 8 Cf. Fr. lefèvre, L'Amphictionie pylé&delphique. Histoire et
l'une des rares archéologues à en avoir tenu compte, mais institutions, BEFAR 296 (1998), p. 24-25. Daochos a pu conti
elle ne persuada pas A. BORBEIN (cf. JDAI 88 [1973], p. 79) nuer à être en fonction quelque temps après, car on ignore
qui préféra la restitution habituelle du monument, dans la ver les noms des hiéromnémons thessaliens avant le printemps
sion de J. Pouilloux. 329. Voir le stemma de la famille reconstitué par J. Pouilloux
5 POUILLOUX 1960, p. 67-80. (FD III 4, 460) d'après M. SORDl (La lega tessala [1958], p. 66-
6 HOMOLLE 1899 ; GARDINER et al. 1909, p. 447-475 ; WlLL 67, 112-119, 286-301) et L. MORETTl (Olympionikai, I vincitori
1938. negli antichi agoni olimpici, Atti Accademia Lincei, Memorie,
ser. 8, vol. 8,2 [1957], p. 69-70).
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rait au contraire de son petit-fils, qui aurait dédié le groupe dans les années 287-277, tandis que
le serviteur de Philippe serait alors le Daochos Ier du monument. Nous ne discuterons pas, dans
un premier temps du moins, les arguments qui sont à l'origine du changement de datation et
qui sont fondés pour l'essentiel sur l'interprétation des épigrammes, et tout particulièrement de
celle de Daochos Ier.
Le choix éditorial des Fouilles de Delphes imposait trois lieux de publication pour cet
ensemble : l'étude de topographie et d'architecture a trouvé sa place dans le fascicule consacré
par J. Pouilloux à la région Nord ; les inscriptions ont été publiées par le même savant dans l'u
ltime livraison du fascicule 4 des FD III et les statues auraient pu faire l'objet d'un volume des
FD IV. La réalisation de la maquette de Γέπιφανέστατος τοπός du sanctuaire pour l'exposition
L'espace grec, qui marquait en 1996 les cent cinquante ans de l'École française d'Athènes, a mis
en lumière les difficultés que posait la restitution des édifices au Nord-Est du temple — base en
fer à cheval (SD 514), monument de Daochos et pseudo-téménos de Néoptolème (SD 507). La
comparaison entre les maquettes réalisées en 1992 et en 1996 permet d'ailleurs de prendre
conscience de l'évolution de la recherche ; cependant la solution retenue pour la seconde n'était
pas satisfaisante. C'est ce qui nous a également incités à reprendre l'étude architecturale du
monument.
/. Restitution du monument
Lors de la fouille, les archéologues s'intéressèrent peu aux caractéristiques architecturales
du monument, puisque ajournai de L· Grande fouille signale seulement la découverte des fra
gments de statues9, mentionnant, à partir du 28 août 1894, en liaison avec les inscriptions du
« soubassement derrière Gélon » enregistré le 22 août 1894, « la base thessalienne ». S'il est ques
tion de soubassement, de bases, il n'est jamais fait allusion à une structure qui envelopperait « la
base thessalienne », alors que mention est faite, à propos du monument situé immédiatement à
l'Est, de « la chambre en face de PAN »10. La première présentation de la découverte par
Th. Homolle, qui donne le texte des inscriptions replacées dans leur contexte historique, se
contente de présenter le monument comme « un long soubassement dont les extrémités se retour
nent à angle droit comme celles d'une exèdre rectangulaire»11. Deux ans plus tard, lorsqu'il
publie les statues, Th. Homolle s'intéresse essentiellement au piédestal, mais mentionne le « petit
9 Le 17, le 18 et le 30 mai 1894 : fragments de Sisyphos II ; 10 Journal, le 12 septembre 1894. Le nom de Pan, qui désigne
le 22 août 1894 : Aknonios et fragment de Daochos II ; le la base SD 509, vient du nom de l'entrepreneur Pankratès
23 août 1894 : Daochos Ier ; le 28 août 1894 : Agias ; le dont les trois premières lettres figurent sur un bloc de cal-
9 octobre : Sisyphos Ier et le 11 octobre : bases des statues caire.
avec les restes de Daochos II. 11 Th. HOMOLLE, BCH 21 (1897), p. 592-594. Il y a alors
rence de confusion entre la base et ce qui la renferme.
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mur » qui l'enserre et dont il fait l'enceinte du téménos de Néoptolème restauré par les Thessa-
liens après la troisième guerre sacrée12. En 1909, le commentaire architectural de W. B. Dins-
moor, qui accompagne l'article consacré par E. M. Gardiner et Κ. Κ. Smith13 aux statues, défi
nit dans ses grandes lignes la restitution du monument qui s'est imposée : l'identification d'un
bloc à ante14 l'amène à restituer un enclos ouvert au Sud. Peu après, les remarques d'H. Bulle,
publiées dans l'étude de H. Pomtow15, n'eurent pas le même écho. L'archéologue allemand, qui
attribuait à l'édifice un seuil avec implantation de vantaux, restituait l'ensemble comme une
chambre fermée, « une sorte de leschè des Thessaliens », qui avait son homologue immédiate
ment à l'Est, alors qu'à l'Ouest s'élevait une exèdre hellénistique. H. Pomtow abandonna assez
vite l'hypothèse de son collaborateur, à cause d'une aporie, bien évoquée dans la notice de sa
topographie delphique16 : les dimensions du seuil ne coïncident pas avec celles qu'imposent les
trous de pince sur les blocs d'euthyntéria. Comme nous le verrons, H. Pomtow a renoncé trop
vite. La publication par J. Pouilloux, précise et rigoureuse, montre bien comment il est difficile
de concilier les données matérielles et la conception traditionnelle du monument, à savoir un
monument largement ouvert au Sud. Sa restitution conduit même à supposer un enclos dépourvu
d'ouverture. Malheureusement le texte de J. Pouilloux n'est pas illustré sur ce point précis.
Il convenait donc de reprendre l'examen des blocs et d'essayer les différentes solutions de
reconstitution17.
1. L'euthyntéria
En dehors des blocs en place, dix-huit blocs de cette assise ont été identifiés (fig. 2) ; ils
se répartissent en trois séries en fonction de leur largeur. Deux blocs ont une largeur supérieure
à 62 cm (D 30 et D 31), quatre ont une largeur d'environ 60 cm (D 55, D 63, D 64 et D 67)
et treize ont une largeur d'environ 57 cm (D 32, D 33, D 34, D 35, D 36, D 37 [bloc angul
aire], D 46, D 47, D 48, D 49, D 53, D 54, D 65). À l'exception du bloc D 47, tous présen
tent une encoche de levier, indiquant l'existence d'une assise supérieure. Le nombre de blocs
conservés interdit de restituer, comme on le fait traditionnellement, un enclos largement ouvert
au Sud, car on ne peut placer les blocs de la troisième série — les blocs de ca 57 cm de large —
qu'au Sud, les deux autres séries occupant les petits côtés Est et Ouest, dont la largeur est attes
tée par les blocs en place.
12 Homolle 1899, p. 421-485. Les remarques sur le monu- s'agit de la republication sous forme livresque d'un travail
ment se trouvent p. 424-425. Pour Th. Homolle, l'ancien témé- paru d'abord dans la Berliner Philologische Wochenschrift
nos de Néoptolème, qui aurait été « bouleversé par le trem- 1911-1912.
blement de terre de 374», était limité par l'imposant mur 16 RE Suppl. V, col. 133, dans la seconde partie de l'article
polygonal au Nord du temple, dont l'état d'inachèvement a de topographie delphique, publiée par F. Schober, après la
été découvert ultérieurement. mort de l'auteur. Le beau seuil de calcaire a été utilisé par
13 GARDINER et al. 1909, p. 447-476. F. Courby (La terrasse du temple, FD II, p. 230-231) pour res-
14 Ce bloc que Pouilloux (1960, p. 73, n. 1), n'avait pu retrou- tituer une porte dans un hypothétique mur de brèche.
ver a été de nouveau identifié en 1995 par M.-J. Doubroff. 17 L'illustration présentée ici s'appuie sur les relevés des
15 H. Pomtow, loc. cit. (supra, n. 4), p. 8-9 et p. 158-160. Il blocs effectués par M.-J. Doubroff en 1995.
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ne inv Longueur largeur type scellements assemblages possibles
1.1. mur Ouest (largeur supérieure à 62 cm)
62,2 bloc courant D30 89,2 gamma D Té D31 aucun
D31 89,0 63,5 bloc courant G Té aucun D30
1.2. mur Sud (largeur comprise entre 57 et 58 cm)
D32 89,6 57,0; 58,5 bloc courant Té Té D 37 ; D 49 ; D 53
D33 88,7 57,4 bloc gamma G Té D 36 ; D 65 D 34 ; D 35 ; D 65
bloc courant D34 90,5 57,5 gamma D gamma G D 35 ; D 47 ; D 65 D 32 ; D 35 ; D 47 89,3,
D35 88,6 57,5 bloc courant G D D 33 ; D 34 ; D 35; D 65 D 35 ; D 47
D36 88,0 88,9 57,5 ; 58 bloc gamma G Té D 33 ; D 65 D 46 ; D 47
D37 97,3 58; 62 bloc angulaire Té Té D 32 ; D 49 ; D 55 (Est)
sud-est
D46 88,4 89,2 57,3 bloc courant gamma G gamma D D36 D53
D47 89,2 57,5 bloc D G D 34 ; D 35 ; D 48 D 34 ; D 35
sans encoche
de levier
D48 89,2 90,0 57,3 bloc courant gamma D gamma D D 47 ; D 54 D 54 ; D 47
' Té D49 88,6 89,8 56,8; 57,5 bloc Té D 32 ; D 37 ; D 53 D 32 ; D 37 ; D 53
D53 89,3 58,5 bloc courant gamma D Té D 46 ; D 54 D 32 ; D 37 ; D 49
bloc gamma D D54 89,5 57,5 gamma D D 46 ; D 48 D 46 ; D 53
bloc courant D D65 89,0 57,5 G D 33 ; D 34 ; D 35 D 33 ; D 34 ; D 35 ; D 36
1.3. mur est (largeur comprise entre 59,6 et 60 cm)
D55 88,3 59,5 ; 60,0 bloc courant Té gamma G D64
D63 90,1 59,7 bloc gamma D G aucun D67
D64 88,5 59,6 bloc courant G gamma G D55 D67
D67 89,7 59,7 ; 60,0 bloc gamma G G D64 D63
D = gamma droit, G = gamma inversé
Flg. 2. Tableau récapitulatif des blocs d'euthyntéria non en place.
L· mur Est (fig. 3)
Comme le bloc angulaire D 37 ne peut venir qu'à l'angle Sud-Est — l'angle opposé Nord-
Ouest étant occupé par un bloc en place — et que le bloc D 55 lui est contigu au Nord, ainsi
que le montrent la découpe particulière de l'un des angles et la correspondance des dimensions
et des scellements, la série des blocs d'environ 60 cm de large venait à l'Est, où trois blocs sont
encore en place dans la partie Nord. Puisque la correspondance parfaite des scellements impose
de faire se suivre les blocs D 64 et D 63, quatre solutions sont théoriquement possibles, dont
trois relèvent d'une restitution à neuf blocs du petit côté (restitution large) et une d'une rest
itution à 8 blocs (restitution étroite).
Comme D 67 ne peut être contigu à D 63 ni au dernier bloc en place au Nord-Est,
du Sud au Nord, les séquences peuvent être les suivantes :
BCH125 (2001) ANNE JACQUEMIN ET DIDIER LAROCHE 310
variante 3 variante 2 variante 1
Hg. 3. Chambre thessalienne. Restitution du mur Ouest au niveau de l'euthyntéria : variantes 1 à 3.
BCH125 (2001) MONUMENT DE DAOCHOS OU LE TRÉSOR DES THESSALIENS 311 LE
O 50 100
D64
4
D67
variante 1 variante 2 variante 3 variante 4
Flg. 4. Chambre thessalienne. Restitution du mur Est au niveau de l'euthyntéria : variantes 1 à 4.
BCH125 (2001) 312 ANNE JACQUEMIN ET DIDIER LAROCHE
variante 1 : D55 + D64 + D63 + bloc inconnu + D 67 + bloc inconnu + 3 blocs en place.
D 64 offre une correspondance de scellements satisfaisante avec D 55.
variante 2 : D 55 + bloc inconnu + D 67 + bloc inconnu + D 64 + D 63 + 3 blocs en place.
D 63 offre une de scellements satisfaisante avec le dernier bloc en
place au Nord-Est.
variante 3 : D 55 + 2 blocs inconnus + D 67 + D 64 + D 63 + 3 blocs en place au Nord-Est.
D 67 offre une correspondance de scellements satisfaisante avec D 64.
variante 4 : D 55 + bloc inconnu + D 67 + D 64 + D 63 + 3 blocs en place au Nord-Est.
Il est possible d'inverser la séquence D 64 + D 63 — dans ce cas, les tenons des
blocs se trouveront à l'intérieur de l'édifice. Si la séquence D 55 + D 63 est peu
satisfaisante pour les correspondances de scellements, on peut songer à une séquence
D 55 + bloc inconnu + D 63 + D 64 + D 67 + bloc inconnu + 3 blocs en place
au Nord-Est, qui est une autre variante de la solution large.
Nous verrons bientôt le problème que pose la solution étroite. Des diverses solutions
larges, la variante 1 est celle qui correspond le mieux à ce qu'on voit de la direction selon laquelle
on a poussé les blocs.
Le mur Ouest (fig. 4)
Quatre blocs sont restés en place au Nord et la correspondance parfaite des scellements
montre que les blocs D 30 et D 3 1 se suivaient ; mais, comme on ignore si les tenons des blocs
d'euthyntéria étaient à l'intérieur ou à l'extérieur, ils pouvaient être disposés dans cet ordre ou
dans l'ordre inverse. Si la porte dont le seuil est conservé se trouvait au milieu du mur Ouest,
le seuil, dont la longueur correspond à celle de deux orthostates, reposait sur la moitié d'un bloc
+ un bloc + la moitié d'un autre bloc et avait, dans ce cas, sa partie Nord sur le dernier bloc en
place. Comme aucun bloc n'a alors été poussé sur le bloc d'euthyntéria contigu, le bloc D 30,
qui porte une encoche de levier, ne peut être jointif du dernier bloc en place. De surcroît, la
correspondance des scellements n'est pas satisfaisante, ce qui n'est pas le cas pour le bloc D 31,
en cas d'inversion de la séquence (cf. infrd).
Sont théoriquement possibles les séquences suivantes, du Nord au Sud :
variante 1 : les 4 blocs en place au Nord + 2 blocs inconnus (1 bloc et la moitié de l'autre sous
le seuil) + D30 + D31 + bloc inconnu (bloc angulaire Sud-Ouest — le seul bloc
manquant au Sud, puisque la longueur du monument est connue par son côté Nord).
variante 2 : les 4 blocs en place au Nord + 1 bloc inconnu (sous le seuil) + D30 + D31 + bloc
angulaire inconnu.
variante 3 : les 4 blocs en place au Nord + D30 + D31 +3 blocs.
Cette solution à 9 blocs exclut la porte à l'Ouest, puisque le bloc D 31 porte une
encoche de levier. Il est alors possible de choisir une solution à 8 blocs (les 4 blocs
au Nord + D30 + D31 +2 blocs) qui correspond à la variante 4 pour le mur Est.
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Une solution à 7 blocs, théoriquement possible à l'Ouest (les 4 blocs + D 30 + D
31 + bloc angulaire), est exclue à l'Est, où sept blocs sont conservés, mais où les
correspondances de scellements obligent à restituer au moins un huitième bloc (cf.
supra).
L· mur Sud (fig. 5)
Treize blocs sont conservés sur les quatorze que comprenait l'assise. Le bloc 47, dépourvu
d'encoche de levier, est un bloc clé. Il pourrait avoir porté le seuil, mais il y avait la place pour
treize orthostates à l'assise supérieure et le seuil occupait l'équivalent de deux orthostates : il est
donc impossible de placer la porte au milieu. Il faudrait en effet admettre que la seule porte du
monument de Daochos eût été décalée, ce qui est difficile à concevoir18. Comme l'entrée ne
peut être au Sud et qu'une entrée à l'Est, on l'a vu, est impossible, puisque, dans toutes les
variantes, la place du bloc médian qui devrait porter le seuil est occupée par un bloc présentant
une encoche de levier, la porte ne peut donc se trouver qu'à l'Ouest, ce qui exclut la variante 3
du mur Ouest, sous ses formes large et étroite. De l'impossibilité de la variante 3, on pourrait
conclure que les tenons dits « de bardage » se trouvaient toujours à l'extérieur.
Si la variante 1 paraît s'imposer pour le mur Est, le choix entre les variantes 1 et 2 demeure
possible à l'Ouest.
L'édifice ainsi restitué (fig. 6) mesure 8,90 m sur 12,63 m, soit 42 pieds sur 30 avec un
pied voisin de 29,7 cm ; ce qui donne un rapport longueur/largeur de 7/5.
Le tableau de la fig. 2 laisse entrevoir plusieurs arrangements possibles pour les blocs
conservés au mur Sud. La fig. 5 représente l'une des séries possibles, sans que l'on puisse assu
rer qu'il s'agit de la meilleure possible ; seul un rapprochement matériel permettrait de confir
mer ou infirmer la séquence proposée ici.
2. L'assise d'orthostates
Outre les quinze orthostates du mur Nord restés en place, dix blocs de cette assise ont été
retrouvés lors de la fouille et des divers travaux successifs. À la suite des remaniements liés à ces
interventions, les murs Est et Ouest n'ont plus la même apparence que lors de la fouille. Comme
la fouille du remblai progressait du Sud au Nord, il avait été nécessaire de construire un mur
pour étayer la partie de la construction encore en place. Le relevé fait par A. Tournaire (fig. 7)
et publié en 189719, qui montre le soutènement moderne construit au-dessus du mur en grand
appareil polygonal, manque de précision : deux ou trois blocs du mur Ouest semblent en place,
18 II est de règle dans les hestiatoria d'avoir des portes déca- le plan et l'occupation du côté Nord par la base interdisent
lées (cf. N. Bookidis, BCH 107 [1983], p. 149-155), mais ici cette hypothèse.
19 BCH 21 (1897), pi. XVII.
BCH 125 (2001)