Le système mondial de migration juive en perspective historique - article ; n°3 ; vol.12, pg 9-31

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1996 - Volume 12 - Numéro 3 - Pages 9-31
El sistema mundial de migración judía : una perspectiva histórica
Sergio DELLA PERGOLA
Este artículo examina las tendencias principales de las migraciones internacionales judías a lo largo del siglo pasado. Se encuentra el deseo de reconstruir el volumen global de dichas migraciones con procedencias y destinos múltiples. Se estima la intensidad de los flujos principales manteniendo distinción entre el peso variable de las migraciones hacia los principales países occidentales y el estado de Israel (y antes de su formación, Palestina). Se intenta exponer con todo detalle los flujos migratorios con destino a Israel con el fin de entender mejor los distintos niveles de emigración de los diferentes países, el contexto y las causas de esas migraciones.
The world system of Jewish migration in historical perspective.
Sergio DELLA PERGOLA
This article examines the main tendencies of international Jewish migrations during the last century. An emphasis has been put to reconstruct the global volume of these migrations from all departure places to all destinations. The intensity of the major trends have been evaluated at the same time as distinguishing the variable weight of migrations towards the major Western countries and towards the State of Israel (and before its creation, of Palestine). The migratory waves towards Israel are subject to a more detailed analysis through which we attempt to understand better the various levels of emigration from the different countries, the context of these migrations, and their main causes. The emigration from the State of Israel also constitutes a component of this very system of international migrations. This global picture enables us to present some hypotheses regarding the future of Jewish migrations.
Le système mondial de migration juive en perspective historique.
Sergio DELLA PERGOLA
Cet article examine les tendances principales des migrations internationales juives au cours du dernier siècle. Un effort a été fait pour reconstruire le volume global de ces migrations de toutes provenances à tous lieux de destination. L'intensité des courants principaux a été estimée, tout en distinguant le poids variable des migrations vers les principaux pays occidentaux et l'Etat d'Israël (et avant sa constitution, la Palestine). Les courants migratoires vers Israël font l'objet d'une analyse plus détaillée à travers laquelle on s'efforce de comprendre mieux les différents niveaux de l'émigration des différents pays, le contexte de ces migrations, et leurs causes principales. L'émigration de l'Etat d'Israël constitue elle-aussi une composante de ce véritable système de migrations internationales. Cette vue d'ensemble permet de présenter quelques hypothèses relatives au futur des migrations juives.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1996
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Sergio Della Pergola
Le système mondial de migration juive en perspective historique
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 12 N°3. Nouveaux visages de l'immigration en Israël. pp.
9-31.
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Della Pergola Sergio. Le système mondial de migration juive en perspective historique. In: Revue européenne de migrations
internationales. Vol. 12 N°3. Nouveaux visages de l'immigration en Israël. pp. 9-31.
doi : 10.3406/remi.1996.1987
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1996_num_12_3_1987Resumen
El sistema mundial de migración judía : una perspectiva histórica
Sergio DELLA PERGOLA
Este artículo examina las tendencias principales de las migraciones internacionales judías a lo largo del
siglo pasado. Se encuentra el deseo de reconstruir el volumen global de dichas migraciones con
procedencias y destinos múltiples. Se estima la intensidad de los flujos principales manteniendo
distinción entre el peso variable de las migraciones hacia los principales países occidentales y el
estado de Israel (y antes de su formación, Palestina). Se intenta exponer con todo detalle los flujos
migratorios con destino a Israel con el fin de entender mejor los distintos niveles de emigración de los
diferentes países, el contexto y las causas de esas migraciones.
Abstract
The world system of Jewish migration in historical perspective.
Sergio DELLA PERGOLA
This article examines the main tendencies of international Jewish migrations during the last century. An
emphasis has been put to reconstruct the global volume of these from all departure places to
all destinations. The intensity of the major trends have been evaluated at the same time as
distinguishing the variable weight of migrations towards the major Western countries and towards the
State of Israel (and before its creation, of Palestine). The migratory waves towards Israel are subject to
a more detailed analysis through which we attempt to understand better the various levels of emigration
from the different countries, the context of these migrations, and their main causes. The emigration from
the State of Israel also constitutes a component of this very system of international migrations. This
global picture enables us to present some hypotheses regarding the future of Jewish
Résumé
Le système mondial de migration juive en perspective historique.
Sergio DELLA PERGOLA
Cet article examine les tendances principales des migrations internationales juives au cours du dernier
siècle. Un effort a été fait pour reconstruire le volume global de ces migrations de toutes provenances à
tous lieux de destination. L'intensité des courants principaux a été estimée, tout en distinguant le poids
variable des migrations vers les principaux pays occidentaux et l'Etat d'Israël (et avant sa constitution, la
Palestine). Les courants migratoires vers Israël font l'objet d'une analyse plus détaillée à travers laquelle
on s'efforce de comprendre mieux les différents niveaux de l'émigration des différents pays, le contexte
de ces migrations, et leurs causes principales. L'émigration de l'Etat d'Israël constitue elle-aussi une
composante de ce véritable système de migrations internationales. Cette vue d'ensemble permet de
présenter quelques hypothèses relatives au futur des migrations juives.Revue Européenne des Migrations Internationales, 1996 (12) 3 pp. 9-31
Le système mondial de migration juive
en perspective historique
Sergio DELLA PERGOLA*
Cet article se propose de dresser un tableau comparatif des migrations
internationales des Juifs sur une période de plus d'un siècle, entre les débuts des
migrations de masse de l'Europe orientale dans les années 1880, et le nouvel exode issu
de ces mêmes régions depuis la fin des années 1980 et jusqu'à nos jours. Mais
l'essentiel concerne la période après la Deuxième guerre mondiale. Nous porterons une
attention particulière à l'État d'Israël qui fut le destinataire de la majorité des migrations
juives internationales depuis son indépendance en 1948.
VOLUME DES MIGRATIONS INTERNATIONALES
JUIVES DEPUIS LES ANNÉES 1880
La figure 1 présente le profil général des migrations internationales juives
entre 1881 et 1995. Le diagramme propose des estimations annuelles établies d'après
les données disponibles pour chacun des principaux pays de destination, et les
moyennes des mouvements sur cinq ans (Israel Central Bureau of Statistics ; Hebrew
Immigrant Assistance Service ; Sicron, 1957 ; Lestschinsky, 1960 ; Schmelz, 1971 ;
DellaPergola, 1986). Au total, près de huit millions de migrants sont pris en compte.
Comparé à une population juive totale qui, dans la période envisagée ici, s'échelonne
entre un minimum de 7,5 millions en 1880, un maximum de 16,5 millions en 1939, et
un niveau contemporain de 13 millions (DellaPergola, 1993 ; Schmelz, DellaPergola,
1994), c'est là un pourcentage très élevé de migrants. Un tel taux de mobilité, étendu
sur une période de plus de cent ans, est peut-être sans égal parmi d'autres populations
ou sociétés, à part les cas de déportations collectives ou types de
déstructurations violentes du cadre social normal. Sur le total des migrants juifs, 2,4
millions se sont déplacés entre 1881 et 1918, 1,6 million entre 1919 et 1948, 1,3
Institute of Contemporary Jewry A. Harman, The Hebrew University of Jerusalem, Mount
Scopus, Jerusalem. 10 Sergio DELLA PERGOLA
Figure 1 : Migrations internationales juives, 1880-1995
1890 1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990
— Chiffres absolus — Moyennes sur 5 ans I
million entre 1948 et 1960, environ 1,5 million entre 1961 et 1988, et près de 1,1 1989 et 1995.
L'évidence graphique des hauts et des bas continuels dans le volume des
migrations juives démontre effectivement la récurrence des crises qui ont affecté la
condition des communautés juives dans les différentes parties du monde, et la nécessité
de prompte relocalisation qui s'ensuivait. Une telle courbe, en forme de vagues
successives, suggère que l'expérience de migration juive était extrêmement constante
dans son instabilité, ce qui soulève des questions inquiétantes quant à la vulnérabilité
apparente de la présence juive en diaspora. Sans contester l'amélioration des conditions
socio-politiques des communautés juives contemporaines en comparaison avec ce
qu'elles étaient il y a un siècle, certains des facteurs capables de stimuler une
émigration à grande échelle semblent continuer à opérer.
Plus suggestif même, un modèle cyclique majeur émerge entre plusieurs
cycles mineurs. Les trois pointes majeures sont les suivantes :
a) précédant la Première guerre mondiale, la migration de l'Europe orientale
vers l'Amérique du nord, culminant en 1905-1906, à la suite du pogrom de Kichinev
(Moldavie) et de la révolution avortée en Russie ;
b) la vague massive de migration des survivants de la Shoah et des réfugiés des
pays musulmans vers le nouvel État d'Israël, entre 1948 et 1951 ;
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 Le système mondial de migration juive en perspective historique 11
c) la récente émigration de masse issue de l'ex-URSS - dont le niveau maximal
a été atteint en 1990-1991, et dont la plupart est venue en Israël.
Ces moments majeurs de crise internationale et d'adaptation dans le monde
juif, en réponse essentiellement aux événements majeurs du système géo-politique
global, donc de la société non-juive environnante, se sont produits à des intervalles
d'environ 40-45 ans. Une conclusion mécanique ou déterministe serait absurde.
Cependant, la question de l'existence de cycles socio-politiques - d'où le mouvement de
migrations massives - a été soulevée par plusieurs économistes et démographes
(Kuznets, 1958 ; Thomas, 1972). Il apparaît clairement qu'au cours des cent dernières
années, les Juifs des différentes parties du monde ont dû faire face à plusieurs reprises à
des dislocations qui ont rompu leur vie réglée. Face à de telles situations, les
migrations de masse internationales se sont révélées le mécanisme majeur d'adaptation
des communautés juives en danger. A présent, il convient de se demander si le nouvel
ordre géopolitique qui a émergé au début des années 1990 conduira à un monde social,
ainsi qu'à une distribution de la population juive plus stables.
Un facteur important pour régler la fréquence des migrations internationales
était la possibilité de sortie. Les limitations législatives à la possibilité de quitter la
plupart des pays de peuplement juif ou d'entrer dans les principaux pays d'immigration
ont structuré de façon significative le profil des migrations internationales juives. Les
Johnson Immigration Acts de 1921 et 1924 ont représenté un des freins majeurs : sans
le déclarer ouvertement, ils restreignaient effectivement l'immigration juive vers les
États-Unis en imposant des quotas stricts aux pays où vivaient la plupart des juifs. De
semblables limitations ont bientôt suivi dans les pays d'Amérique latine, en Afrique du
sud et dans la Palestine britannique, réduisant brusquement les possibilités de
migration au moment de la plus forte pression pour les Juifs d'Europe. Ces événements
démontrent l'extrême dépendance des migrants juifs par rapport aux options et
contraintes qui sortaient de leur maîtrise.
Après la Deuxième guerre mondiale, cette situation s'est trouvée radicalement
changée par l'indépendance d'Israël. Israël a déclaré ses portes ouvertes aux migrations
juives et mis en place un cadre légal spécial pour appliquer ce principe : la Loi du
Retour (Hok hashvout), approuvée en 1950. En vertu de cette loi, tous Juifs, enfants et
petits-enfants de Juifs, et leur famille (qu'ils soient juifs ou non) peuvent se voir
accorder la citoyenneté israélienne dès le moment de l'immigration. Cet encouragement
substantiel à la migration s'est accompagné d'une modique aide socio-économique,
dans le but d'aider à l'intégration initiale des nouveaux immigrants en Israël. Il en
résulte un ensemble de droits civils et d'aides matérielles qui contraste avec la politique
d'immigration restrictive de la plupart des autres pays.
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 12 Sergio DELLA PERGOLA
REGIONS D'ORIGINE ET DE DESTINATION
CONCURRENTES
Typologie de base
On comprend mieux les tendances globales des migrations internationales
juives dans le cadre d'un système de concurrence entre régions d'origine et de
destination (cf. un aperçu général dans Kritz, Lim, Zlotnick, 1991 ; Richmond, Verma,
1978). La figure 2 montre la typologie de base du système de migration juive dans le
monde moderne, indiquant les principales régions d'origine et de destination au cours
des cent dernières années. La typologie met en évidence deux réservoirs majeurs de
l'émigration juive, l'Europe orientale et les pays musulmans du nord-ouest asiatique et
d'Afrique du nord ; et deux principales régions de destination, les pays occidentaux et
l'État d'Israël. Les courants migratoires le long des côtés extérieurs du modèle ont
généralement bénéficié de l'aide importante de diverses organisations juives
internationales. Les migrations qui suivent les diagonales étaient relativement moins
fréquentes et plus spontanées. Le concept de « pays occidentaux » dans ce schéma
comprend, à l'évidence, bien des situations. Comme on le verra plus loin, quelques-uns
des pays occidentaux les moins stables ont parfois basculé de la position de
« destinataire » à la position d'« expéditeur » de migration juive internationale.
Le tableau 1 présente les données de l'importance des migrations
intercontinentales, d'après la classification schématique de la figure 2. Pour chaque
courant migratoire majeur, le tableau 1 donne les chiffres absolus et le pourcentage de
distribution des migrants, ainsi que le taux annuel d'émigration pour 1 000 Juifs dans
les pays d'origine.
Le début de la période considérée dans ces données montre la prédominance
absolue de l'émigration juive des pays d'Europe orientale vers les pays occidentaux. Ce
flux migratoire particulier compte 95 % du volume total de migrations de l'époque,
Figure 2 : Typologie des migrations internationales juives au XXe siècle
Pays Europe
occidentaux orientale
Palestine/Israël Asie - Afrique
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 :
:
Le système mondial de migration juive en perspective historique 13
Tableau 1 : Typologie des migrations internationales juives,
selon pays d'origine et de destination, chiffres absolus, pourcentages,
et taux annuel d'émigration pour 1000 juifs dans les pays d'origine, 1881-1995
1948a Pays d'origine 1881 1919 1953 1961 1969 1977 1983 1989 1993
1948a et destination 1918 1952 1960 1968 1976 1982 1988 1992 1995
Chiffres absolus (milliers)
Totalb 2400 1615 855 460 565 445 320 250 705 390
annuelle13 Moyenne 71 42 130 63 55 190 58 56 53 176
Pourcentages
Totalb 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
97e De : Europe orientale 86 45 27 20 40 44 41 83 74
95e Vers : Pays occident. 8 7 3 8 27 34 23 26 65
Vers : Palest./Israël 2 21 37 20 17 32 17 7 60 48
3d 14 De : Asie-Afrique 5 46 55 59 16 13 6 3 2d Vers : Pays occident. 2 4 19 29 5 10 3 1 1
Vers : Palest./Israël 1 42 36 30 9 6 10 5 2 3
De : Palestine/Israële
- Vers : Pays occident. 3 4 15 14 20 22 29 8 18
De : Pays occidentaux
Vers : Palest./Israël 0 6 5 3 7 26 18 17 3 5
Totaux régionaux
Vers : Pays occident. 41 66 32 45 97 70 16 46 33 59
Vers : Palest./Israël 3 30 84 59 54 67 41 34 68 55
Taux annuel d'émigration pour 1000 juifs dans les pays d'origine
Totalb 4 17 5 6 4 4 3 14 10 6
12e De : Europe orientale 31 7 6 10 12 11 115 115 8 12e Vers : Pays occident. 6 6 2 1 2 8 9 32 40
Vers : Palest./Israël 0 2 25 5 5 8 5 2 83 75
3d De : Asie-Afrique 3 109 43 108 44 66 79 146 147
2d Vers : Pays occident. 1 15 52 14 45 19 18 53 9
Vers Palest./Israël 1 2 100 28 56 30 21 60 128 94
De : Palestine/Israël
- Vers : Pays occident. 5 6 6 4 4 3 3 4 5
De : Pays occidentaux
1 Vers : Palest./Israël 0 1 1 0 1 2 1 1 1
a 15 mai.
b : N'inclut pas les migrations internationales à l'intérieur de chaque zone typologique.
c : Inclut les migrations intercontinentales entre pays occidentaux.
d : Emigration de Palestine incluse dans la migration de l'Asie- Afrique vers les pays occidentaux.
e Inclut toute émigration d'Israël.
Source : Delia Pergola (1986) ; Israël Central Bureau of Statistics ; et estimations de l'auteur.
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 14 Sergio DELLA PERGOLA
dont environ 85 % vont aux Etats-Unis. Pendant la période de l'entre-deux-guerres, les
migrations juives se sont diversifiées. Les Etats-Unis en ont absorbé près de 40 %, la
Palestine 30 %, et plusieurs autres pays occidentaux, en particulier l'Amérique latine,
les 30 % restants. Après la Deuxième guerre mondiale, le départ vers Israël (en hébreu
aliyah, montée) est devenu le principal flux des migrations juives, mais cette tendance a
régulièrement faibli entre 1977 et 1988. Depuis le début, en 1989, du récent exode de
l'ex-URSS, Israël a retrouvé sa primauté évidente comme principal destinataire des
migrations juives. A en juger d'après les taux de migration régionale (voir les taux pour
1 000 résidents juifs, tableau 1), la région où la fréquence d'émigration était
relativement la plus grande, regroupait l'ensemble des pays musulmans asiatiques et
africains (y compris l'Ethiopie). L'Europe orientale présentait un plus grand volume
d'émigration juive, mais, de plus faibles taux d'émigration que les pays du Proche-
Orient. Les tendances à l'émigration à partir des pays occidentaux étaient les plus
faibles, ce qui correspondait à leur récent rôle de refuge pour les immigrants venus des
autres parties du monde.
Le nombre absolu des emigrants juifs d'Israël tendait à augmenter, et la
balance migratoire nette d'Israël avec les pays occidentaux était généralement négative.
Mais, les taux d'émigration pour 1 000 habitants tendaient à être bas et stables, en
dépit des difficultés économiques et militaires de l'État d'Israël. C'est une des preuves
importantes de la tendance des migrations juives internationales à s'enraciner fortement
dans les sociétés où elles sont absorbées (Hersch, 1931) contrairement au mythe du
peuple errant. Ceci s'applique également aux deux régions qui se font concurrence
pour accueillir les migrations juives internationales, les principaux pays occidentaux et
Israël.
Tendances cycliques
Le tableau 2 présente avec plus de détails quatre cas d'émigration à grande
échelle de Juifs à partir d'un pays d'origine, se partageant entre deux ou trois pays de
destination, dans la société occidentale ou en Israël. Il s'agit des Juifs d'Egypte, du
Maroc, de Tunisie et d'Algérie ainsi que ceux d'Union soviétique pour une durée
approximative de quarante ans après la Seconde guerre mondiale. L'examen porte sur
un éventail allant de l'exode total d'une communauté jusqu'au départ d'une minorité.
Plusieurs parallélismes intéressants émergent de ces données. Les premiers à partir ont
été surtout ceux qui montraient la plus forte disposition à venir en Israël. La seconde
étape voyait le départ du plus grand nombre d'émigrants, avec une diminution parallèle
dans la proportion de ceux qui venaient en Israël. Les derniers partis, parfois dans les
pires conditions, comptaient soit les strates de la population les mieux établies du point
de vue économique, soit les plus assimilées au niveau culturel dans le cadre de la
société ambiante. Ce sont eux qui montraient le moins d'attirance pour Valiyah. Pour
chacun des cas cités, l'immigration vers Israël a cédé graduellement à la recherche
accrue de destinations alternatives à l'Ouest.
On a pu, ces dernières années, observer des modèles similaires, quoique à une
plus petite échelle, pour les Juifs émigrés d'Iran ou même de pays occidentaux quelque
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 système mondial de migration juive en perspective historique 15 Le
Tableau 2 : Quelques exemples d'émigration juive de masse :
période, volume et pourcentage emigrant en Israël, 1948-1988
Phase Egypte Maroc Algérie URSS
Tunisie
Période
Total 1948-66 1950-79 1950-79 1968-88
1 1948-55 1950-59 1950-59 1968-75
2 1956-59 1960-69 1960-69 1976-80
3 1960-66 1970-79 1970-79 1981-88
Chiffre total de migrants
Total 63 000 393 000 137 000 295 000
1 23 000 176 000 38 000 118 000
2 34 000 192 000 98 000 133 000
Illustration non autorisée à la diffusion 3 6 000 25 000 1 000 44 000
Moyenne annuelle de migrants
Total 3 300 13 100 4 550 14 050
2 900 17 600 14 750 1 3 800
2 8 500 19 200 9 800 26 600
3 850 2 500 100 5 500
Pourcentage emigrant en Israël
Total 48 72 8 57
91 1 61 77 11
72 40 2 44 7
3 25 40 0 18
Sources : adapté de : Bensimon, Delia Pergola (1984) ; Delia Pergola
(1989) ; Florsheim (1990) ; Prital (1987) ; Israël Central Bureau of Statistics.
peu instables, comme l'Afrique du Sud ou l'Argentine, où les circonstances locales ont
entraîné une émigration relativement importante. Il n'est pas invraisemblable que le
même modèle, ou un modèle semblable puisse être appliqué au flux actuel de
l'émigration venue de l'ex-Union soviétique, une fois que des conditions plus stables
seront acquises là-bas.
A considérer les caractéristiques des migrants, la rupture qui survient parmi les
migrants originaires de chaque pays choisissant différents pays de destination reflète
une auto- sélection socio-démographique significative. Dans une large généralisation
d'ensemble, l'immigration vers Israël a souvent attiré davantage les couches sociales
plus traditionnelles du point de vue culturel (religieux) et moins favorisées du point de
vue socio-économique. Les couches sociales bénéficiant d'un meilleur niveau culturel
et professionnel, animées de l'esprit d'entreprise, ont préféré la France, les Etats-Unis et
d'autres pays occidentaux. L'étude des Juifs originaires du Proche-Orient immigrant
vers les pays occidentaux montre les caractéristiques généralement bonnes du capital
humain concerné, en dépit du statut relativement arriéré des pays d'origine. Par
contraste, Israël devait absorber, former et installer de larges couches d'immigrants aux
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31 16 Sergio DELLA PERGOLA
caractéristiques socio-économiques personnelles plus pauvres, et proportionnellement
plus dépendants. Ces différences de composition ont largement affecté la rapidité du
processus de mobilité des immigrants dans leur nouveau pays (Bensimon,
DellaPergola, 1984 ; Schmelz, DellaPergola, Avner, 1991). Tour à tour, les expériences
d'absorption respectives des migrants vers différents pays peuvent avoir un effet
rétroactif — dans une certaine mesure — sur les tendances migratoires des migrants
ultérieurs originaires des mêmes pays.
MIGRATION JUIVE VERS OU VENUE D'ISRAËL :
PRINCIPAUX MODÈLES
Profil général
Comme nous l'avons déjà noté, depuis son indépendance, en 1948, Israël a
représenté le principal pays de destination des migrations internationales juives. La
balance migratoire nette a constitué environ la moitié (49 %) de l'ensemble de la
croissance démographique juive en Israël entre 1948 et 1992. Le chiffre était de 69 %
pour 1948-1961. Le rôle d'Israël comme pays d'absorption est par conséquent incorporé
de façon significative dans tableau 1. On trouvera un profil plus détaillé du volume
annuel de Valiyah dans la figure 3. Les diagrammes présentent les chiffres absolus
d'immigrants, avec les taux respectifs d'immigrants pour 1 000 habitants israéliens
entre 1948 et 1995.
Dans tout pays accueillant des grandes masses d'immigrants, une migration de
retour joue un rôle significatif. Aucun des pays qui ont connu une expérience
d'immigration à grande échelle entre la moitié du XIXe siècle et le XXe siècle — tels que
les Etats-Unis, l'Argentine et le Brésil, ou l'Australie et la Nouvelle-Zélande — n'a
retenu tous ses immigrants, ni, dans la plupart de ces pays, même pas la majorité
d'entre eux. Parmi les migrants juifs qui se sont installés en Amérique, le taux des
migrations de retour n'a pas représenté plus de 5 % dans les années d'apogée qui ont
précédé la Première guerre mondiale (Hersch, 1931). Dans le cas d'Israël, la proportion
d'émigrants par rapport au nombre total d'immigrants a été estimée entre 15 à 20 %
(Bachi, 1977) — plus élevée que dans le cas de l'expérience juive américaine, mais
comparativement plus faible que pour l'immigration totale dans chacun des pays que
nous venons de mentionner. Ceci confirme le caractère fondamental de la permanence
et de la stabilité du processus d'absorption des immigrants juifs.
A cet égard, deux facteurs apparentés ont joué un rôle majeur. Le premier est
le déplacement familial plutôt que le caractère économique — désormais sélectif du
point de vue démographique — de Yaliyah. Le ré-établissement total de familles
entières avec femme, enfants et personnes âgées implique un choix d'abandon définitif
du lieu d'origine. Les migrations économiques de jeunes hommes sont plus instables et
moins définitives. Le second facteur implicite, la plupart du temps, dans l'émigration
juive consiste en l'impossibilité de retour dans le pays d'origine, où la perception de
discriminations ou les persécutions réelles ont été parmi les principaux motifs de départ
(Schmelz, 1993).
REMI 1996 (12) 3 pp. 9-31