Les fiefs parisiens et leurs seigneurs laïcs au XVIIIème siècle - article ; n°4 ; vol.1, pg 565-580

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Histoire, économie et société - Année 1982 - Volume 1 - Numéro 4 - Pages 565-580
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1982
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Bernard Quilliet
Les fiefs parisiens et leurs seigneurs laïcs au XVIIIème siècle
In: Histoire, économie et société. 1982, 1e année, n°4. pp. 565-580.
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Quilliet Bernard. Les fiefs parisiens et leurs seigneurs laïcs au XVIIIème siècle. In: Histoire, économie et société. 1982, 1e
année, n°4. pp. 565-580.
doi : 10.3406/hes.1982.1306
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1982_num_1_4_1306LES FIEFS PARISIENS ET LEURS SEIGNEURS
LAÏCS AU XVIHème SIECLE
par Bernard QUILLIET
Comme le rappelle Pierre Lemercier au début d'un ouvrage depuis longtemps clas
sique (1), il y avait dans Paris, à côté du Roi, deux seigneurs plus importants que les
autres : l'évêque (2) et l'Abbaye de Saint-Germain -des -Prés. L'auteur ne précise pas à
quel point de vue se manifeste cette importance, mais il pense visiblement à l'étendue
des censives. Autre élément de prépondérance : ils sont vingt-cinq seigneurs parisiens
(3), au moins jusqu'en 1674 (4), à avoir justice, censive et voirie, tandis que les autres
—un peu plus d'une centaine (5)- ne sont point justiciers. Certains d'entre eux sont
vassaux du Roi (6) ; certains le sont de divers seigneurs justiciers parisiens (7) ou non
(8), voire de non-justiciers en se situant au bas d'une pyramide assez complexe (9) ;
enfin il y aurait même eu quelques francs-alleux (10).
Les censives correspondantes pouvaient être assez vastes, ce qui était essentiell
ement le cas pour les seigneurs justiciers (évêque, abbayes de Saint-Germain-des-Prés, de
Sainte -Geneviève, de Saint-Victor, Chapitres de Saint-Germain-FAuxerrois, de Sainte-
Opportune, de la Grande Eglise de Paris, Parloir aux Bourgeois, Hôtel-Dieu, etc.), à
1. Pierre Lemercier, «Les justices seigneuriales de la région parisienne de 1580 à 1789», thèse de
droit, Paris, chez Domat-Montchrestien, 1933, in 8°, p. 23.
2. L'évêque de Paris devient archevêque au XVIIème.
3. Sans compter le Roi.
4. L'édit de février 1674 tentait en effet de supprimer les diverses justices seigneuriales au profit
de celle du Châtelet. En fait, la décision ne fut appliquée que partiellement et certains des plus import
ants seigneurs justiciers retrouvèrent par la suite une partie de leurs anciennes prérogatives.
5. Cf. infra, notes 36 et 37.
6. Ce qui est en particulier le cas pour la plupart des seigneurs justiciers.
7. C'est ainsi que les seigneurs des fiefs Tirechappe, du Roule, de Popin, de la Grande Batelière
ou des Tumbes étaient vassaux de l'archevêque (cf. en particulier A.N. : S 1121).
8. Ainsi le fief Copeaux ou Coypeau relevait à l'origine du seigneur de Brétigny-sur-Orge (Abbé
Lebeuf, «Histoire de la Ville et de tous le diocèse de Paris», Paris, rééd. de 1 883-93, tome IV, p. 344).
9. C'est ainsi que le Petit Fief dePoissy «estoit anciennement mouvant de Jean Brunetot, escuyer,
comme premier seigneur, ledit Brunetot le tenoit de sire Pierre Des Essarts comme second seigneur,
ledit Des Essarts le tenoit de Monseigneur de Paris et Mondit Monseigneur de Paris le tenoit du Roy,
duquel il est mouvant présentement à cause de son chasteau du Louvre ou de son Chastelet de Paris»,
(A.N. : N IV Seine 20, Atlas de la Censive des Chartreux, notice du f° 77).
10. La terre de Hault-Don ou Hautomne est qualifiée de franc-alleu aussi bien dans le procès-verbal
de la rédaction de la coutume de Paris en 1 580 (Charles-A. Bourdot de Richebourg, «Nouveau Coutu-
mier général... de France et des provinces...», Paris, 1724, tome III, p. 58) que dans la liste des justices
dressée par Sauvai («Histoire et recherches des Antiquitez de la Ville de Paris», Paris, 1724, tome II,
p. 427). Il y aurait eu par ailleurs un franc-alleu rue Saint-Antoine, «consistant en une maison où
pend pour enseigne Sainet Nicolas» (B.N., Ms Fs 1 1685, f° 78). Bernard QUILLIET 566
quelques exceptions près, comme celle du Bailli du Palais, dont l'étendue était assez
modeste. Les fiefs de superficie moyenne ou médiocre, au contraire, appartiennent en
général à des seigneurs non justiciers et peuvent ne s'étendre que sur quelques rues,
voire sur quelques maisons, mais avec, bien évidemment, une infinie variété dans le dé
tail (11).
En effet, comme à chaque fois qu'on aborde la réalité féodale, on retrouve comp
lexité (12), incertitude (13) et variations diverses (14), d'autant plus regrettables que
les études sur la féodalité parisienne sont encore rares : sauf une présentation d'ensemb
le, capitale mais concernant essentiellement le XVIIème siècle (15), des précisions sur
un point intéressant mais marginal par rapport à nos préoccupations (16) ou encore les
travaux ou enquêtes actuellement en cours (17), on ne peut guère citer que les articles
1 1. Des censives s'étendant sur plus d'une centaine de maisons —comme celles de la Grange Batel
ière ou du fief Popin (cf. supra, pp. 6-14)— sont parmi les plus importantes. Avec une vingtaine ou
une trentaine de maisons, celles du fief Tirechappe (cf. supra, pp. 14-1 6), du fief de Thérouanne (A.N. :
N. II Seine 105) ou du fief Harenc dit Cocatrix (Minutier central de Paris : II, 178, 12 et 13 septem
bre 1645) peuvent être considérées comme moyennes. Celles des fiefs de Bezée, de Marimont ou de la
Trim ouille, avec une dizaine de maisons chacune, correspondent à des cas assez fréquents (A.N. : Q I
1099 55.1 pour les deux premières ; S 1121 pour la troisième). Enfin certaines sont minuscules :1e
fief du Bourdon consiste en deux maisons voisines, sises rue du Crucifix-Saint-Jacques-de-la-Boucherie
(M.C. : II, 144) ; le fief de la Corne de Cerf, en une seule maison (id., 145), de même que le fief de
Notre-Dame-de-Liesse ou de la Cour Notre-Dame (A.N. : P.P. 7 ; 51ème vol. sup., n° 175) ; le fief de
la Râpée en trois grands corps d'hôtel, dont l'un contenait l'unique four banal des Halles (L. Tanon,
«Histoire des justices des anciennes églises et communautés monastiques de Paris», Paris, 1883, in
8°, p. 275) ; quant au fief de la Petite Bretonnerie , il consistait en 5 arpents «sur lesquels est construit
le collège de Torcy , dit Lisieux» (Sauvai, id., p. 425).
12. En particulier à cause de la vieille pratique de l'indivision, sans oublier les nombreux partages
et démembrements. C'est ainsi que le fief de Marly, qui ne comptait encore qu'un seul seigneur au
XVIème siècle, en a trois, non indivis, en 1672-73 : le prieuré de Saint-Lazare, le chapitre de Saint-
Merri et Maître Pierre-Claude de Hodicq, Maître des Requêtes ordinaires de l'Hôtel du Roi (A.N. :
P.P. 7, no 303).
13. Au XVIème siècle déjà, on ne connaissait pas toujours les diverses mouvances, puisqu'un
manuscrit de cette époque est entièrement consacré aux cas qui posaient problème (B.N. : Ms Fs
1 1685). Et, deux siècles plus tard, il arrive qu'on ne puisse pas fournir les précisions attendues : c'est
ainsi que, selon l'abbé Lebeuf {op. cit., tome I, p. 421), le fief Culdoe ou de Garges «relevoit de l'évê-
que de Paris, quoique certains crussent que c'étoit du seigneur de Berchères en Brie». De même une
notice des Archives Nationales (Q I 1099 55.1, feuille volante non cotée) recommande, à propos du
fief Harenc dit Cocatrix, de savoir «ou il est situé et s'il est bien certain qu'il soit autre que celui dit
(sic) appartenir à l'Assomption». Enfin, dans l'acte de vente des trois cinquièmes du fief Tirechappe,
le 24 novembre 1762 (cf. supra, p. 15), cet aveu révélateur : «Etant le dit fief Tirechappe en la mou
vance des seigneurs et dames dont il relève et envers eux chargé des devoirs et droits seigneuriaux que
les partyes n'ont su précisément dire ni déclarer» (M.C, CVII, 499 ; f° 2). Apparemment, tout le
monde ignore (ou feint d'ignorer) que ce fief est mouvant de l'archevêque !
14. Il peut s'agir aussi bien de modifications concernant les limites des censives (cf. en particul
ier, sous Louis XV, les tractations rapportées in «Echange fait entre le Roy et Monseigneur l'Archevê
que de Paris, pour raisons des censives et droits de lods et ventes, sur plusieurs maisons dans la Ville et
Faux Bourgs de Paris», Paris, chez Delespine, s.d. ; cf. également «Mémoires relatifs aux censives de la
Ville», (A.N. Q I 1099 185 et 186) aussi bien que les mouvances : c'est ainsi que les fiefs du Bourdon
et du Crucifix Saint-Jacques, encore mouvants du seigneur d'Ablon-sur-Seine au XVIIème siècle, le
sont du Châtelet de Paris à la veille de la Révolution Française (A.N., P.P. 7, 51ème vol. sup., n° 75).
15. R. Mousnier, «Paris au XVIIème siècle», trois fascicules, Paris, C.D.U., 1961.
16. Jean Nagle, «Un aspect de la propriété seigneuriale à Paris aux XVIIème et XVHIème siè
cles : les lods et ventes», in Revue d'histoire moderne et contemporaine, octobre-décembre, 1977,
tome XXIV.
17. Il faut rappeler en particulier que M J. de la Monneraye doit donner une histoire de la cen-
sive de l'archevêché. Par ailleurs, sous la direction de M. Michel Fleury, se poursuivent des travaux sur
le terrier du Roi. FIEFS PARISIENS ET LEURS SEIGNEURS LAÏCS AU XVIlème SIECLE 567 LES
ou opuscules, souvent anciens, de Maurice Dumolin (18), Lazare Tisserand (19), Charl
es Sellier (20), Adrien Mentienne (21), Anna Jourdan (22), L. Brièle (23) et Marcel
Fosseyeux (24), plus récemment les mémoires de Mlle Josette Vergne (25) et d'A.
Auniord (26).
Une liste des censives parisiennes a au moins été dressée au siècle dernier par Albert
Lenoir, dans son «Plan archéologique de Paris du Moyen Age au XVIlème siècle» (27),
ouvrage capital, malheureusement rarissime (28). Par surcroît, l'érudit et ses collabora
teurs ne nous ont point laissé les notices justificatives qui permettraient de savoir sur
quelles bases ils ont pu dresser leur tableau. Il faut donc revenir à une autre référence,
beaucoup plus célèbre, apparemment plus complète (29), plus ancienne aussi, celle que
propose Sauvai au XVIlème siècle (30), mais à condition de la passer au crible d'une
certaine critique. En effet, il ne s'agit pas, cette fois, d'une liste des censives, mais des
divers seigneurs de Paris, beaucoup plus nombreux, puisqu'un fief pouvait compter plu
sieurs coseigneurs et que Sauvai n'ignore pas systématiquement ces cas. En fait, le résul
tat ne manque pas de laisser perplexe : si l'auteur mentionne parfois en une seule rubri
que le fief et son seigneur (31), ou, en deux rubriques successives, les deux seigneurs
différents d'un même fief divisé au cours des âges (32), il lui arrive trop souvent de
citer comme seigneur un individu mort depuis près d'une siècle (33) ou, plus grave
18. «La censive du Collège des Bernardins», in Bulletin de la Société d'Histoire de Paris, 1935,
fasc. I, pp. 25-36.
19. «Les îles du fief Saint-Germain et la question des cimetières au XVIème siècle», in Bulletin
d'Histoire de Paris, tome IV, 1877.
20. «Le fief de Thérouanne», in Comptes-rendus de la Commision du Vieux Paris, 1900.
21. «Le fief de la Grange Batelière. Les grands domaines de l'ancien Paris», Paris, 1910, in 8°,
56 pages.
22. «L'immunité de la Râpée, au quartier des Halles (1137-1674», in Bulletin philologique et
historique du Comité des travaux historiques et scientifiques , 1934-35, pp. 7-13 ; et «La ville étudiée
dans ses quartiers. Autour des Halles de Paris au Moyen-Age», in Annales d'histoire économique et
sociale, 1935, pp. 285-301.
23. «L'hôpital de Sainte-Catherine», Paris, Imprimerie Nationale, 1890.
24. «La dévolution des biens de l'Hôpital Saint-Jacques-aux-Pélerins, aux XVIlème et XVIIIème
siècles», in Bulletin de la Société d'Histoire de Paris, tome 41 .
25. «Les seigneuries de l'Hôtel-Dieu de Paris», Paris, Centre de recherches sur la civilisation de
l'Europe moderne, Université de Paris-Sorbonne.
26. «Le chapitre de Saint-Opportune de Paris», Paris, Ecole Nationale des Chartes, Position des
thèses, 1977.
27. Paris, Imprimerie Nationale, Gd in f°, s.d. (circa 1906).
28. Il n'y a pas eu de dépôt légal, mais un exemplaire se trouve au moins à la Bibliothèque Histo
rique de la Ville de Paris sous la cote : Atlas Usuels n° 1 (cf. sur ce point, communication de M. Michel
Fleury , in Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 8-9 février 1959, pp. 292-294).
29. En fait, cette liste semble loin d'être exhaustive. Certains fiefs mentionnés par Lenoir ne se
retrouvent pas chez Sauvai, (à moins qu'ils n'y figurent sous un autre nom) : ainsi, entre autres, les
fiefs Saint-Georges, de Point l'Asne ou du Soleil d'Or. En outre, des atlas du XVIIIème mentionnent
certains fiefs qui ne sont cités ni par Lenoir ni par Sauvai : ainsi le fief de la Commanderie de Coigny
ou celui des Hautes-Bruyères, dont les censives sont représentées dans «L'Atlas de la Censive de l'A
rchevêché dans Paris» (publié par A. Brette, Paris, Imprimerie Nationale, M DCCCCVI, planches XXXII
et XLI).
30. Op. cit., tome II, pp. 425^27.
31. «Le fief appartenant aux Célestins de Paris» ; «Messieurs de Sorbonně, seigneurs du fief du
Franc-Rosier» ; «Le fief du Roulet qui appartient au Chantre de Saint-Denys», etc.
32. Ainsi pour le fief des Tumbes.
33. C'est en particulier le cas pour «Jacques de Paillait, seigneur du franc-alleu de Hautonne» ;
de même, en faisant de Charles Le Masuyer le seigneur du Petit Fief de Poissy, Sauvai ignore visibl
ement que celui-ci avait été revendu par celui-là dès le 30 mars 1627 (A.N., N. IV Seine 20, f° 7). 568 Bernard QUILLIET
encore, de mentionner en deux rubriques distinctes le fief et son seigneur (34), voire,
en trois rubriques, un fief et ses deux seigneurs successifs (35). Ce qui permet évidem
ment à l'auteur d'atteindre au total le nombre de 1 54 rubriques (36).
Au contraire, Lenoir ne mentionne que 97 censives (37). Mais il ne semble avoir
retenu que celles dont il pouvait faire figurer les limites exactes sur les différents plans
qui reconstituent son «Paris historique». Et cela expliquerait que les mentions com
munes à ces deux tableaux ne soient qu'au nombre de cinquante -sept : 22 pour les cen
sives des seigneurs justiciers (38), 35 pour les autres (39).
Ainsi une conclusion provisoire semble se dégager : c'est qu'avec l'insuffisance de la
littérature érudite, les disparités entre les deux listes citées en référence et le fait que
celles-ci ne concernent au plus que la réalité du XVIIème siècle, on risque de ne pas
toujours savoir qui possède les différents fiefs au siècle suivant. Par contre, avant de
dresser enfin la liste, sinon exhaustive, du moins la plus complète possible, des diffé
rents fiefs (40) et des différents seigneurs (4 1 ) sous les règnes de Louis XV et Louis XVI,
il vaut peut-être la peine, à partir des exemples connus, de voir comment ces terres
étaient gérées et d'évaluer si possible l'importance sociale de leurs détenteurs, leur in
fluence ou plus simplement leur poids dans la vie parisienne du moment.
En effet un survol rapide de l'histoire de la Ville pourrait donner une première im
pression. Sans remonter plus haut que 1 580, le procès-verbal dressé alors pour la rédac
tion de la coutume de Paris (42) semble, sinon attribuer un rôle capital aux divers se
igneurs laïcs (43), du moins accorder une relative attention au titre de certains d'entre
eux : pour l'ordre de la noblesse, les trois coseigneurs du Fief des Trois Pucelles (44), le
seigneur du «franc alleu de Hautonne» (45), celui du fief de Tirechappe (46) et la
«dame du fief appelé le fief de la Demoiselle» (47) sont présents en cette qualité.
34. Cas pour le franc-fief de Joigny et «Maistre Nicolas Boislève», pour le fief de Marly et des
héritiers de M. Jean Budé».
35. Ainsi le fief de Thérouanne, «le Collège Maistre Gervais Chrétien» et «le Collège de Bayeux
au lieu de Maistre Gervais Chrétien».
36. 26 seigneurs justiciers, y compris le Roi ; et 128 autres mentions.
37. 22 censives de seigneurs justiciers, y compris le Roi ; 75 censives de seigneurs non justiciers.
38. Les 26 seigneurs justiciers de Sauvai, sauf le Bailli du Palais, le Grand Chambrier de France,
le prieuré de Notre-D am e-d es-Champs et les Chanoines de Saint-Maur-des-Fossés.
39. Les censives du chapitre de Saint-An dré-des- Arcs, du Couvent des Jacobins, du Prieuré de
Saint-Julien-le-Pauvre, etc. ;les fiefs de la Petite Bretonnerie, des Flamans, d'Helbic, etc.
40. En tenant compte des mentions supplémentaires fourmes par les divers atlas de la série N des
Archives Nationales (cf. supra, note 29).
4 1 . Travail que nous avons entrepris par ailleurs, au moins pour les XVIIème et XVIIIème siècles,
à partir d'un dépouillement systématique des répertoires déposés par les diverses études de notaires au
Minutier central, en raison de l'état d'avancement du fichier qui ne permet encore que des recherches
insuffisantes.
42. Bourdot de Richebourg, loc cit.
43. En ce qui concerne le clergé, sont mentionnés l'abbé de Saint-Victor, pour «les fiefs et se
igneurie du Chardonnet et Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers...», «Les Prieur et Couvent de Saint-
Martin -d es-Champs, seigneurs dudit Saint-Martin et autre terres, et eux disans hauts justiciers audit
lieu, et avoir droit de censive en plusieurs lieux et endroits de cette ville de Paris...» ;les «religieux,
prieur et couvent de Notre-Dame de la Charité des Billettes à Paris, seigneurs du fief appelé le Fief au
Flamant assis en cette ville de Paris...».
44. Le Maître des Requêtes ordinaires de l'Hôtel du Roi, Olivier Dudrac, ainsi que ses parents
Jean et Adrien.
45. Il s'agit de Jacques de Paillart (cf. note 33).
46. «Maistre Claude Frollo, advocat en la Court de Parlement».
47. «Damoiselle Catherine Desmarez, vefve Martin Lecomte, vivant bourgeois de Paris, tant en
son nom que comme tutrice de ses enfants mineurs». FIEFS PARISIENS ET LEURS SEIGNEURS LAÏCS AU XVIIème SIECLE 569 LES
II est vrai que les autres petits seigneurs laïcs (48) ne sont point mentionnés : ou
bien ils n'ont pas répondu à la convocation ou bien ils n'ont pas été convoqués : il fau
drait savoir alors sur quels critères on s'est fondé pour faire appel aux uns et non aux
autres. Quoiqu'il en soit, c'est la dernière réunion de ce type que connaîtra la Prévôté
et Vicomte. Si nous comparons avec les deputations locales aux divers états généraux,
nous constatons qu'à ceux de Blois de 1588 (49) et à ceux de 1614 (50) aussi bien
qu'à ceux de 1789 (51), aucun député de cette circonscription électorale ne semble
avoir été seigneur à Paris. En déduire une quelconque diminution d'importance sociale
ou politique serait assurément excessif et peut-être même dépourvu de toute significa
tion (52). Tout au plus peut-on faire cette remarque —banale— que la possession d'un
fief parisien ne donnait guère en de telles circonstances un surcroît de prestige à qui
que ce fût.
Par contre, à partir de la consultation des documents et recueils les plus accessibles
(53), une autre hypothèse paraît pouvoir être formulée : aux XVIIème et XVIIIème
siècles, les plus importants des seigneurs parisiens —essentiellement les seigneurs ecclé
siastiques (54)— auraient vu s'étendre leurs possessions aux dépens de celles des laïcs
détenteurs de fiefs à titre individuel (55), soit en les recueillant grâce à des dons pieux
(56), soit surtout en les achetant, et définitivement (57).
Certes il s'agissait là d'une tendance déjà ancienne, dont les bénéficiaires n'étaient
pas les seules autorités ou communautés religieuses. Si, en 1566,1a moitié du fief Halbic
passe, par le biais d'un legs charitable (58), à l'Hôtel-Dieu de Paris (59), c'est dès 1331
que le Roi avait acheté le fief de Thérouenne à son dernier propriétaire laïc et incor
poré définitivement à son domaine (60), même si, peu après, il en abandonne —pour
48. Et il est sûr qu'iï y en a d'autres dans l'ordre de la noblesse à la même époque : cf. Ms Fs
1 1685, passim.
49. Lalourcé et Duval, «Recueil de pièces originales et authentiques, concernant la tenue des
Etats Généraux...», Paris, chez Barrois l'aîné, 1789, in 8°, t. VII.
50. Id. ,t.\X.
51. Armand Brette, «Recueil de documents relatifs à la convocation des Etats Généraux de
1789», Paris, Imprimerie Nationale, 1896, t. II.
52. Il faut surtout noter à cet égard que les divers seigneurs parisiens n'ont jamais constitué un
véritable groupe social.
53. Sans parler des archives de l'Hôtel-Dieu, dont la consultation peut être utile pour préciser les
limites de certaines censives (ce qui n'était pas véritablement notre objet), nous avons essentiellement
utilisé à la Bibliothèque Nationale (département des imprimés) —outre les ouvrages déjà mentionnés—
l'ouvrage fondamental de Léon Mirot, «Inventaire analytique des hommages rendus à la Chambre de
France», Melun, Imprimerie administrative, 1932, Gr. in 8°, fasc. I, «Prévôté et Vicomte de Paris» ;
au département des manuscrits, essentiellement les manuscrits français 11685, 11739 et 26310-26314 ;
aux Archives Nationales, plusieurs atlas de censives de la série N, ainsi que certains cartons et registres
(cités en références) des séries P (hommages rendus à la Chambre des Comptes), Q (domaine du Roi)
et S (biens des corporations supprimées) ; au Minutier central, les quelques liasses mentionnées au
fichier, sont essentiellement II, 144, 145, 147, 150, 155 et 178 ; XXXIII, 459 ; LXVI, 294 et 315 ;
CVII,499.
54. En plus du Roi, bien évidemment.
55. Nous employons cette formule pour bien faire la différence avec les communautés laïques,
comme le Parloir aux Bourgeois.
56. Ce qui était déjà une pratique courante au Moyen Age.
57. En effet jamais on n'a vu mettre ou remettre en vente un fief parisien racheté par une inst
itution religieuse ou lui appartenant.
58. Legs de défunte Marguerite de Neufville, veuve de Maître Pierre Fraguier.
59. A.N. :PIII,nO224.
60. L. Sellier, op. cit. ; Abbé Lebeuf, id., t. I, p. 133 ; J. Viard, «Documents parisiens du règne
de Philippe Vide Valois», pp. 180 et 181, note 1. Bernard QUILLIET 570
une partie seulement (61)— l'immédiate seigneurie directe (62) au Collège de Maître
Gervais Chrétien (63).
Mais le mouvement semble s'accélérer après 1600. Le transfert profite, cette fois, à
peu près exclusivement aux institutions charitables ou religieuses. C'est en 1671 que
la terre de Haultdon, Hauton ou Autonne (64) est achetée par l'Hôtel-Dieu de Paris,
pour le prix de 10 000 livres, à Nicolas Clapisson d'Ullin, conseiller à la Cour des
Aides, et à Marie de Voudy, veuve du contrôleur général de l'artillerie, Pierre Clapisson
d'Ullin (65). Un peu auparavant, la plus grande partie du fief de Marly était passée au
prieuré de Saint-Lazare, dîune part, et aux chanoines de Saint-Merri, de l'autre (65). Le
fief du Bourdon, lui, est racheté par les marguilliers «de l'œuvre et fabrique de la pa
roisse Saint-Jacques de la Boucherie» (67). A peine acquis par Charles Lemasuyer (68),
le Petit Fief de Poissy n'avait pas tardé à se trouver aux mains des «religieux, prieur et
couvent de la Chartreuse de Paris» (69). Quant au fief Harenc, dont les seigneurs suc
cessifs avaient été des membres de la famille Cocatrix au Moyen Age (70), de la famille
de Thou au XVIème siècle (71) et de la famille Privé au XVIIème (72), il devient au
XVIIIème, pour une partie, la propriété de l'Hôpital Général de Paris et, pour l'autre,
celle des Dames du monastère de l'Assomption (73). Mais seul un dépouillement syst
ématique du Minutier central des notaires parisiens permettrait de conclure, sur ce
point, à une tendance généralisée.
Il n'en reste pas moins que, sur certains fiefs parisiens, quelques laïcs parviennent à
se maintenir au XVIIIème siècle. On peut citer au moins (74) les seigneurs du fief de la
Butte, «sis à Paris» —en fait, à la Villeneuve -sur-Gravois— (75) ; ceux du «fief du Marché
61. Sauvai, loc. cit.
62. La seigneurie «directe», ou propriété éminente, permet essentiellement de toucher le sens,
privilège seigneurial. Elle est à distinguer de la seigneurie «иШе», qui donne le droit d'usage et corre
spond à ce que nous appelons aujourd'hui la propriété (cf. R. Mousnier, op. cit., pp. 221-222).
63. De même, c'est à la fin du XVème siècle que le Grand Fief de Poissy est acheté à l'audiencier
Jean Budé par les Chartreux de Paris (A.N. : N IV Seine 20, f° 65).
64. Note 10.
65. L. Tanon, op. cit., p. 146.
66. Cf. notices des plans N II Seine 82 et N III Seine 293.
67. M.C. :II, 142 ;et A.N ., P.P. 51ème vol. sup. n° 75.
68. Charles Le Masuyer, Vicomte d'Ambure, premier président au Parlement de Toulouse, avait
acheté le Petit Fief de Poissy le 19 juin 1604 (A.N. : N IV Seine 20, f° 79 vO).
69. Contrat du 30 mars 1627 (id., f° 77).
70. Abbé Lebeuf, op. cit., tome V, p. 83.
71. Id., tome II, p. 620.
72. Sauvai, loc. cit.
73. M.C. : II, 78 ; A.N. :QI 1099 55.1 ;Р.Р.З,п° 1133 ;P.P. 7, n° 436.
74. Pour certains fiefs, il est assez difficile de se prononcer. C'est tout particulièrement le cas
pour n° 402) le fief ; le fief d'Ablon, de Passy qui , appartenait au Sieur Arnauld encore de à la la Briffe, famille maître Loberan des Requêtes en février ordinaires 1682 (A.N. de l'Hôtel : P.P. du 7,
Roi et Président du Grand Conseil en 1684-1685 (A.N. :P.P.3,nO 1179 et P.P. 7, n°471) ; le fief des
Porcherons, à Jean Lecoq, sous-doyen du Parlement, en mars 1682 (A.N. : P.P. 3, n° 1 1 13) ; le fief
des Tumbes qui, d'après Sauvai (loc. cit.), serait encore en partie aux mains des lointains héritiers du
Président de Saint- André ; le fief Marinier, détenu vers 1680 par Dame Raoul, veuve de feu Maître
Pierre Boulard, avocat en la Cour (id.) ; le fief de Marly, dont une partie put rester, durant le
XVIIème siècle, à la famille Danès, puis à la famille de Hodicq (A.N. : P.P. 3, n° 167, 210, 337 et
883 ;P.P. 7, no 77, 303 et 303 bis).
75. Il s'agit de membres de la famille Lepère, dits Lepère de la Butte (cf. supra, ce que nous
avons dit sur le fief Popin). FIEFS PARISIENS ET LEURS SEIGNEURS LAÏCS AU XVIIème SIECLE 571 LES
Pallu et de Gloriette» (76), du fief Marcoignet (77), du fief du Roule (78), du fief de la
Trimouille ou Trémouille (79), du fief de Joigny, du fief Tirechappe, du fief Popin et
du fief de la Grange Batelière.
Il est vrai qu'en ce qui concerne le détail des successions, la répartition des éven
tuelles indivisions, les partages, les cens, les rentes, la gestion, nous ne savons trop sou
vent que peu de choses. Fort heureusement, grâce au fichier du Minutier central (80), à
la collection des Manuscrits Français de la Bibliothèque Nationale (81) et à la bonne
tenue de certains cartons de la série S des Archives Nationales —surtout ceux de l'A
rchevêché—, nous sommes un peu mieux, ou un peu moins mal renseignés sur les quatre
deniers fiefs cités.
En ce qui concerne la terre de la Grange Batelière, la documentation est même
exceptionnellement riche. Il s'agissait d'un fief mouvant de l'évêque de Paris (82).
D'étendue assez considérable (83), sous la dépendance symbolique de son vieux ma
noir (84) et consistant essentiellement en «marais» (85), il se trouve encore entièr
ement en dehors de la Ville au milieu du XVIème siècle. En 1554, il est aux mains d'un
seul détenteur, René Vivien, seigneur de Saint-Maur près Dammartin, notaire et secré
taire du Roi (86).
Or, dans une très large mesure, la censive de la Grange Batelière correspond au sec
teur parisien qui, de 1550 au XVIIIème siècle, va changer le plus : c'est sur ces terres
qu'entre 1563 et 1635 on creusera les fameux «fossés jaunes» (87) ; là qu'un peu
76. Seigneurs appartenant à la famille Prime ou de Prisme : A.N., P. 22, n° 1958 (16 septembre
1720) et O.O. 7,no 778 (3 décembre 1729).
77. Appartenant à la famille Gilbert de Rezay (A.N. : P.P. 5, 51ème vol. sup., n° 33, 28 février
1776).
78. Cf. A.N. : S 1203 (cahier à part, non coté) où il apparaît que le seigneur se trouve être, en
novembre 1758, «Haut et puissant seigneur Messire Antoine Louis René Saguier, chevalier, Marquis
de Luigné..., seigneur... en qualité de seul et unique héritier de Haute et puissante Dame Marie Louis
de Seiglière de Belleforière, sa mère... A laquelle deffuncte veuve marquise de Luigné ledit fief du
Roulle appartenoit en qualité d'héritière... de Haute et puissante dame Marie Renée de
Belleforière de Soyecourt sa mère... A laquelle deffuncte Dame marquise de Belleforière ledit fief du
Roulle comme héritière en partie... de feu... Messire René Prosper de Longueil, marquis
de Maisons et autres lieux, fils décédé mineur de feu Monsieur de Maisons, Président du Parlement».
79. Encore aux mains, en 1685, de Dame Anne Louise Le Musnier, fuie d'un président au Par
lement de Metz qui avait acheté ce fief en 1666 (factum du 22 mars 1685, A.N. : S 1 121). Ce fief fut
vendu, moyennant 12 000 livres, par le fils de celle-ci, Claude-Charles de Laval, capitaine au régiment
du Roi, à Michel Boutet, marchand bourgeois de Paris et l'un des quarteniers de cette viïle, demeurant
rue des Bourdonnais (M.C. : LXVI, 294 ; 21 janvier 1699). Celui-ci en était encore seigneur en 1728
(id. 315).
80. Cf. note 53.
81. Cf. 53.
82. Cf. note 2.
83. Il couvrait au moins 194 arpents à la mort de René Vivien (cf. déclaration de 1575, A.N. : S
1203, chap. 6, 1ère liasse, n° 10).
84. Très visible et représenté en ruine aussi bien que le plan de Fisscher (1618) qu'à l'extrême
droite, sur la planche IV (Paris vu de Belleville) de la «Topographia Galliae» de Caspar Merian (Francf
ort, 1655,inf°,t, 1).
85. C'est-à-dire en cultures maraîchères.
86. A.N.,id., no 12.
87. C'est alors que, pour l'aménagement de ces fortifications, le Prévôt des Marchands, directeur
de travaux, aurait pris aux héritiers Vivien 26 arpents de leur fief («Item vingt-six arpents de terre que
le Roy et Messieurs les Prevosts des Marchands ont pris pour faire les fortifications dont les... seigneurs...
n'ont eu aucune récompense ainsi que cela est reconnue par adveue qu'ils ont rendue les 27 juillet
1575 et 26 mars 1622»), in A.N. : S 1203, chap. 6, 1ère liasse, pièce n° 20, cote 27). Bernard QUILLIET 572
plus tard vont s'installer d'abord des communautés religieuses (88), puis de riches et
importants personnages, soucieux d'échapper au tumulte et aux miasmes de la Ville : le
Cardinal Mazarin, le Conseiller Thévenin, le Président Tubeuf, Colbert de Seignelay.
Le fief est alors aux mains de plusieurs détenteurs, tous descendants de René
Vivien (89), et l'essor du quartier va leur permettre de faire de fructueuses affaires, en
vendant ou en baillant à titre de rentes des parts importantes de leur «seigneurie utile»
(90). Au début du XVIIIème siècle, ils s'étaient ainsi défaits de plus des deux tiers de
leurs terres, mais sans payer au seigneur suzerain ce qui lui était normalement dû sur
ces ventes et sans davantage avoir sollicité son consentement (91). Néanmoins, pour
voir réagir l'archevêque, il fallut une audace —ou une négligence— de plus : les 14 et 29
septembre 1719, l'un des coseigneurs (92) vend au Sieur John Law de Lauriston, se
igneur de Tancarville (93), sa seigneurie directe sur 7 arpents 57 perches, répartis rues
de Richelieu, Neuve des Petits Champs, Vivienne (94) et Saint-Augustin, le tout moyenn
ant la coquette somme de 258 980 livres (95). Et le quint, qui aurait dû être de quel
ques 51 796 livres, n'est point payé à l'archevêque. C'est alors que celui-ci tente sa pre
mière réclamation et obtient une satisfaction relative, avec le paiement d'un léger droit
de relief, très insuffisant en compaiaison de ce qui était dû (96). Tout devait en rester
là pendant une dizaine d'années.
88. En septembre 1628, les Augustins déchaussés, ou Petits Pères, achètent aux héritiers Vivien
6 arpents 40 perches, moyennant 12 918 livres 2 sous 6 deniers et à charge de 5 sous de cens annuel
par arpent, plus quatorze boisseaux et sept pintes de grain, deux tiers en seigle, un tiers en avoine (A.
Mentienne, op. cit., p. 34). Plus tard, en 1661, c'est Marie Vivien, épouse Bourgouin, qui vend aux
Filles Saint-Thomas l'emplacement de leur futur couvent, là où s'élève aujourd'hui la Bourse (id., p. 37).
89. Ce qui restera le cas au moins jusqu'en 1777 (cf. infra, note 107).
90. Dès avant 1644, un gendre Vivien avait vendu au Président de Chevry, pour 3 750 livres (et
aux charges d'un cens annuel d'un sous parisis et un setier de grain), une portion du futur hôtel Mazar
in ; trois ans plus tard, un autre gendre vend une maison et 4 arpents pour 3 500 livres tournois de
rente annuelle et perpétuelle ; en 1700, deux cent treize perches de «marais» sont vendues pour le
prix de 12 400 livres, etc. (A. Mentienne, op. cit., pp. 36-40).
91 . D'après la rédaction de 1 580 de la Coutume de Paris (Bourdot de Richebourg, op. cit., tome
HI, chap. I, art. LI, p. 34), «le vassal ne peut démembrer son fief au préjudice et sans le consentement
de son seigneur, bien se peut jouer et disposer, et faire son profit des héritages, rentes ou cens estans
dudit fief, sans payer profit au seigneur dominant, pourveu que l'aliénation n'excède les deux tiers...».
Une note précisant que le fait de démembrer un fief, «c'est d'un fief en faire plusieurs», les cosei
gneurs ont donc eu tort de vendre à Law, comme iïs l'ont fait, une partie de la seigneurie directe. Si le
terme d'«aliénation» pouvait désigner la vente d'une partie de la seigneurie «иШе» (ce qui fut âpre-
ment discuté durant le procès), les coseigneurs avaient également outrepassé leurs droits dans ce s
econd cas.
92. Les vendeurs sont en fait Nicolas Bertin, maître des requêtes ordinaires de l'Hôtel du Roi, et
sa femme, Louise Feydeau, qui descendait des Vivien et de qui venait la coseigneurie de la Grange
Batelière (A.N. : S 1203, pièce non cotée).
93. Il s'agit évidemment du fameux financier qui, l'année précédente, avait acheté, en cette
même censive et moyennant 200 000 livres, la seigneurie «utile» d'une grande maison, sise rue Neuve
des Petits Champs (A. Mentienne, id., p. 40). Le vendeur était Yves-Louis Malet, chevalier, seigneur
du Luzard et de Noisiel, arrière-petit-fïls de Marie Vivien et, à ce titre, sixième coseigneur du fief. Il
mourra sans postérité et sa part ira aux autres coseigneurs, ses lointains cousins.
94. Dès 1717, Law avait installé sa «Compagnie d'Occident» (future «Compagnie perpétuelle des
Indes») dans un immeuble situé lui-même dans cette partie de censive, à l'angle de la rue Vivienne et de
la rue Neuve-des-Petits-Champs.
95. Outre le capital correspondant aux cens et aux rentes constituées par les seigneurs antérieurs
(mais dont le montant est, hélàs ! impossible à calculer), on peut supposer que le prix de cette vente a
été majoré grâce à la volonté de John Law de devenir à tout prix seigneur dans Paris —état dont cet
étranger n'a peut-être pas perçu le prestige finalement modeste—.
96. A.N. :S 1203, id., n° 24. FIEFS PARISIENS ET LEURS SEIGNEURS LAÏCS AU XVIIème SIECLE 573 LES
L'arrivée au siège archiépiscopal d'un nouveau prélat, d'humeur plus combattive,
Mgr de Vintimille, relança l'affaire. Les coseigneurs sont alors au nombre de cinq (97) :
«Messire Felix Aubery, chevalier, Marquis de Vatan,... Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy et Intendant de la Généralité de Caen» (98) ; «Messire Bruno Maxi-
milien Bertin, chevalier, seigneur de Vaugien et en partie du fief de la Grange Batelière,
conseiller du Roy en sa Cour de Parlement, commissaire aux Requêtes du Palais» (99) ;
«Messire Joachim Le Mairat, chevalier, seigneur de Bruyères-le-Chastel,... Conseiller du
Roy en ses Conseils, Président en sa Chambre des Comptes» (100) ; «Messire André
François de Paule Lefèvre d'Ormesson, chevalier, seigneur de Chéré des Tournelles»
(101 ; et tous, en cette circonstance, vont s'en remettre au cinquième, détenteur de la
plus grosse part du fief (102), vraisemblablement aussi le plus tenace et procédurier,
«Messire Anne Louis Pinon, chevalier, vicomte de Quincy, seigneur de Rebréchien et en
partie du fief de la Grange Batelière, conseiller du Roy en sa Cour de Parlement..., de
meurant en l'hôtel seigneurial de la Grange Batelière lez Paris (103), paroisse Saint Eus-
tache» (104).
Commence alors un long procès, dont les péripéties nous sont assez bien rapportées
dans la vieille étude d'Adrien Mentienne (105) et qui devait ne trouver son issue qu'en
1776 (106), grâce à un arrangement où l'archevêque reçut une partie —mais une partie
seulement !— des nombreux arrérages dûs et où, d'un commun accord, furent fixées les
sommes à lui payer chaque année (107).
Pour nous, le mérite principal du procès est précisément d'avoir suscité la rédaction
de très nombreux rapports, mémoires, conclusions, et laissé ainsi une masse exception
nellement importante de documents sur un fief particulier de Paris (108). Mais il faut
reconnaître que, malgré cette abondance, nous manquons trop souvent encore de don
nées numériques, sur les cens, les rentes et éventuellement le prix global d'une telle
97. Deux sont beaux-frères et les trois autres sont leurs cousins, par alliance ou non.
98. Né en 1692, intendant de Caen en 1727, il sera prévôt des Marchands de Paris en 1743 et
mourra la même année (J.-F. Bluche, «L'origine des Magistrats du Parlement de Paris au XVIIIème
siècle», Paris, 1956, in 8°, art. Aubery).
99. Né en 1685, Conseiller à la Ilème Chambre des Requêtes en 1709, Conseiller honoraire de
1738 à 1756 (id., art. Bertin).
100. Né en 1681, Maître des Comptes en 1710, Président des Comptes en 1718, mort en 1755
(id., art. Lemairat).
101. Né en 1693, Conseiller au Parlement en 1716, Conseiller honoraire en 1740, mort en 1761
(id., art Lefèvre d'Ormesson).
102. Sans qu'on puisse déterminer exactement cette proportion.
103. Il s'agit de l'ancien manoir en ruine, réparé au XVIIème siècle. Elégamment reconstruit vers
1750, l'«Hôtel Pinon de Quincy» sera vendu en 1820 par le petit-fils d'Anne-Louis 1er, Armand-Louis
Pinon, à la Ville de Paris, qui y établira une mairie d'arrondissement avant de le faire démolir en
1 847 , pour le remplacer par ce qui sera l'Hôtel des Ventes de la rue Drouot.
104. Conseiller à la 1ère Chambre des Enquêtes ; meurt en 1754 ou peu après (J.-F. Bluche, id.,
art Pinon).
105. Op. cit., pp. 41-45.
106. Alors que le seigneur qui réside en l'Hôtel seigneurial est Anne-Louis II Pinon de Quincy (fils
d'Anne-Louis 1er, conseiller au Parlement en 1741, Président à la IHème Chambre des Enquêtes en
1743, Président à mortier de 1758 à 1771, mort en 1787 ; cf. J.-F. Bluche, id.).
107. Mais rien n'empêchera les «aliénations» ou même les «démembrements» de continuer. Dès
l'année suivante, une portion du fief de la Grange Batelière était mis en vente par licitation et l'avis au
public précisait : «Cette portion du fief... est divisée en deux parties, l'une de 3 arpents 7 perches,
l'autre de 4 arpents et demi... Il y a dans cette portion... soixante-quinze tant hôtels que maisons»
(A.N. : S 1203, avis imprimé non coté).
108. Essentiellement les cartons des Archives Nationales S 1 121 et S 1 197-1204, en totalité ou en
partie.