Los Angeles : l'économie ethnique iranienne - article ; n°1 ; vol.8, pg 155-169

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1992 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 155-169
Los Angeles : l'économie ethnique des Iraniens
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR et Claudia DER-MARTIROSIAN
Un système économique ethnique se compose de travailleurs indépendants et de leurs compatriotes ethniques. Cette étude traite du clivage entre la notion d'« économie ethnique » (et sa variante, une « économie ethnique enclavée ») et celle de « groupes nationaux d'immigrants ». Les groupes ethniques en effet ne coïncident pas nécessairement avec les origines nationales. Pour illustrer cette hypothèse, nous utilisons une enquête faite sur les Iraniens habitant à Los Angeles. Partant du fait que ce groupe national d'immigrants est divisé en quatre sous-groupes ethnico-religieux (les Arméniens, les Baha'is, les Juifs et les Musulmans), les Iraniens résidant à Los Angeles se regroupent dans des économies ethniques distinctes et non pas dans une économie unique. Chaque sous-groupe ethnico-religieux possède sa propre économie ethnique et ces économies séparées ne sont que lointainement reliées à une économie ethnique iranienne globale.
The Iranian ethnic economy in Los Angeles
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR and Claudia DER-MARTIROSIAN
An ethnic economic system is made of independent workers and their ethnic compatriots. This study deals with the cleavage between the « ethnic economy » notion (and its variant, an « enclaved ethnic economy »)and that of « national groups of immigrants ». Ethnic groups indeed do not necessarily coincide with national origins. To illustrate this assumption, we use an inquest made on Iranians living in Los Angeles. Starting from the fact that this national group of immigrants is divided in four ethnico-religious sub-groups (Armenians, Baha'is, Jews and Moslims), Iranians living in Los Angeles regroup in distinct ethnic economies and not in a unique one. Each ethnico-religious sub-group owns its own ethnic economy and those divided economies are only but far linked with a global Iranian ethnic economy.
Los Angeles : la economia étnica de Los Iraníes
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR y Claudia DER-MARTIROSIAN
Un sistema económico étnico se compone de trabajadores autónomos y de sus compatriotas étnicos. Este estudio trata de la discrepancia entre la noción de economía étnica (y su variante. « una economía étnica enclavada ») y la de « grupos nacionales de inmigrantes ». En efecto, los grupos étnicos no coinciden de forma necesaria con los orígenes nacionales. Para ilustrar esta hipótesis, utilizamos una encuesta llevada a cabo entre los iraníes que viven en Los Angeles. Partiendo del hecho que este grupo nacional de inmigrantes se divide en cuatro subgrupos étnico-religiosos (los armenios, los bahais, los judíos y los musulmanes), los iraníes que residen en Los Angeles se agrupan en economías étnicas distintas y no en una economía única. Cada subgrupo étnico-religioso posee su propia economía étnica y estas economías separadas entre sí, no se encuentran vinculadas a una economía étnica global iraninás que de manera muy remota.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1992
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Ivan Light
Georges Sabagh
Mehdi Bozorgmehr
Claudia Der-Martirosian
Los Angeles : l'économie ethnique iranienne
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 8 N°1. pp. 155-169.
Citer ce document / Cite this document :
Light Ivan, Sabagh Georges, Bozorgmehr Mehdi, Der-Martirosian Claudia. Los Angeles : l'économie ethnique iranienne. In:
Revue européenne de migrations internationales. Vol. 8 N°1. pp. 155-169.
doi : 10.3406/remi.1992.1601
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1992_num_8_1_1601Résumé
Los Angeles : l'économie ethnique des Iraniens
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR et Claudia DER-MARTIROSIAN
Un système économique ethnique se compose de travailleurs indépendants et de leurs compatriotes
ethniques. Cette étude traite du clivage entre la notion d'« économie ethnique » (et sa variante, une «
économie ethnique enclavée ») et celle de « groupes nationaux d'immigrants ». Les groupes ethniques
en effet ne coïncident pas nécessairement avec les origines nationales. Pour illustrer cette hypothèse,
nous utilisons une enquête faite sur les Iraniens habitant à Los Angeles. Partant du fait que ce groupe
national d'immigrants est divisé en quatre sous-groupes ethnico-religieux (les Arméniens, les Baha'is,
les Juifs et les Musulmans), les Iraniens résidant à Los Angeles se regroupent dans des économies
ethniques distinctes et non pas dans une économie unique. Chaque sous-groupe ethnico-religieux
possède sa propre économie ethnique et ces économies séparées ne sont que lointainement reliées à
une économie ethnique iranienne globale.
Abstract
The Iranian ethnic economy in Los Angeles
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR and Claudia DER-MARTIROSIAN
An ethnic economic system is made of independent workers and their ethnic compatriots. This study
deals with the cleavage between the « ethnic economy » notion (and its variant, an « enclaved ethnic
economy »)and that of « national groups of immigrants ». Ethnic groups indeed do not necessarily
coincide with national origins. To illustrate this assumption, we use an inquest made on Iranians living in
Los Angeles. Starting from the fact that this national group of immigrants is divided in four ethnico-
religious sub-groups (Armenians, Baha'is, Jews and Moslims), Iranians living in Los Angeles regroup in
distinct ethnic economies and not in a unique one. Each ethnico-religious sub-group owns its own ethnic
economy and those divided economies are only but far linked with a global Iranian ethnic economy.
Resumen
Los Angeles : la economia étnica de Los Iraníes
Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR y Claudia DER-MARTIROSIAN
Un sistema económico étnico se compone de trabajadores autónomos y de sus compatriotas étnicos.
Este estudio trata de la discrepancia entre la noción de economía étnica (y su variante. « una economía
étnica enclavada ») y la de « grupos nacionales de inmigrantes ». En efecto, los grupos étnicos no
coinciden de forma necesaria con los orígenes nacionales. Para ilustrar esta hipótesis, utilizamos una
encuesta llevada a cabo entre los iraníes que viven en Los Angeles. Partiendo del hecho que este
grupo nacional de inmigrantes se divide en cuatro subgrupos étnico-religiosos (los armenios, los
bahais, los judíos y los musulmanes), los iraníes que residen en Los Angeles se agrupan en economías
étnicas distintas y no en una economía única. Cada subgrupo étnico-religioso posee su propia
economía étnica y estas economías separadas entre sí, no se encuentran vinculadas a una economía
étnica global iraninás que de manera muy remota.Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 8 - N° 1
1992
Los Angeles :
l'économie ethnique iranienne*
Ivan LIGHT, Georges SABAGH,
Mehdi BOZORGMEHR,
Claudia DER-MARTIROSIAN
Par contraste avec une « économie ethnique enclavée »,
c'est-à-dire une concentration territoriale d'établissements appartenant à des
groupes ethniques dans une localité donnée (Portes et Jensen 1988 ; Sanders et
Nee 1987 ; Zhou et Nee 1989), une économie ethnique réfère à toutes les firmes
appartenant à des groupes ethniques et à leur personnel co-ethnique, sans tenir
compte de leur emplacement géographique. Une économie ethnique n'implique
pas de regroupement territorial. Elle existe partout où les immigrants ont implanté
leurs entreprises au sein de l'économie de la société d'accueil et son importance
économique vient principalement de l'indépendance partielle de la main-d'œuvre
ethnique qui est proposée aux entrepreneurs. Une économie ethnique donne aux
groupes ethniques le choix entre un travail dans les entreprises ethniques ou sur le
marché du travail global (Light, Bhachu et Karageorgis 1991 ; Portes et Manning
1986).
Bonacich et Modell (1980, p. 110) ont défini l'économie ethnique comme
constituée de travailleurs indépendants(') et de leurs employés co-ethniques. Dans
une formule plus générale, Reitz (1980) ajoute à ceci, tous les employés qui utilisent
leur langue maternelle au travail plutôt que l'anglais, et comprend aussi les
employés sur le marché du qui travaillent dans un milieu ethnique.
Tout comme l'économie ethnique enclavée, l'économie ethnique, a retenu
beaucoup d'attention du fait de sa contribution économique au bien-être des parti
cipants co-ethniques(2). Dans cet article, cependant, nous n'analyserons pas les
causes économiques ou les effets des économies ethniques ou des économies ethni
ques enclavées, le sujet habituel. Nous étudierons l'ethnicité interne au sein d'une
économie ethnique, sujet négligé.
Quoiqu'elle puisse être autre chose aussi, l'économie ethnique est d'abord
ethnique. Donc, le sujet fait partie de l'étude des groupes ethniques. L'étude des Ivan LIGHT. Georges SABAGH. Mehdi BOZORGMEHR, Claudia DER-MARTIROSIAN 156
groupes ethniques est principalement celle des influences sur les frontières des (Barth 1969) ; ces frontières des groupes ethniques s'agrandissent et se
resserrent. Dans la plupart des cas, elles se fondent dans des identités ethniques
plus larges et englobent les plus petites. Une « ethnicité interne » existe quand un
groupe ethnique ou immigrant contient des sous-groupes ethniques (Bozorgmehr
1991 : ch. 1) et implique les mêmes présupposés de contacts, de confiance et de
fierté explicatifs des agrégats économiques ethniques (Light et Bonacich 1988,
pages 240-41 ; voir aussi Wong 1990). Les contacts réfèrent à la facilité avec
laquelle les groupes ethniques sont en relation et communiquent dans leur propre
langue. La confiance fait allusion à la tendance qu'ont les groupes à se fier aux uns
plutôt qu'aux autres étrangers, spécialement dans des transactions à risques. La
fierté se caractérise par le désir conscient des groupes ethniques de soutenir leur
propre économie en gardant leurs échanges à l'intérieur d'une orbite co-ethnique.
Quand un groupe ethnique ou immigrant comprend des sous-groupes ethniques,
l'ethnicité interne représente des liens plus forts que l'ethnicité globale. En d'autres
termes, il est plus avantageux pour ces immigrants de traiter avec ceux qui parta
gent une identité ethnique interne plutôt qu'avec ceux qui sont simplement co-eth-
niques ; ils se comprennent mieux et ils préfèrent soutenir le bien-être économique
d'une communauté ethnique interne plutôt que celui d'une communauté ethnique
au sens large du terme.
Ajoutons à cela que la plupart des minorités d'immigrants n'ont pas débar
qués en Amérique du Nord avec une identité ethnique coïncidant avec leur origine
nationale (Nahirny et Fishman 1965, p. 312 ; Barton 1975 ; Light 1983 : Ch. 12).
La plupart des immigrants se définissent plutôt en fonction d'une origine locale ou
régionale, et ils n'acquerront que plus tard une identité ethnique fondée sur leur
origine nationale. Ainsi, les immigrants italiens se considéraient Napolitains, Cala-
briens et Siciliens. Ce n'est que plus tard que leurs descendants ont accepté l'iden
tité ethnique d'« Italien Américain » (Dinnerstein et Reimers 1975, p. 51). Cinel
(1982, p. 14) démontre la « transition graduelle du campagnard (selon le sens de
loyauté des personnes d'un même village) du régionalisme au nationalisme pour en
arriver finalement à l'américanisation des Italiens de San Francisco.
L'ethnicité interne demande que l'on examine les frontières ethniques à l'int
érieur d'une économie ethnique. Il est étonnant qu'il y ait si peu d'ouvrages sur cet
aspect-là. Les études récentes sur l'économie ethnique se sont détachées des études
plus anciennes où l'analyse des ethnicités internes tient une place prépondérante.
Ainsi, Aldrich et Waldinger (1990) voient dans l'ethnicité interne une dimension
négligée de la recherche ethnique sur les créateurs d'entreprises. Auparavant, Light
(1972, 66-67, 91-93, 106) a démontré que les économies ethniques chinoises et
japonaises d'avant-guerre étaient formées de noyaux bien définis liés à leurs ori
gines. D'autres ont aussi noté la tendance de la première génération d'immigrants
Japonais « Kenjin » ou personnes venant de la même préfecture, à se concentrer
dans un type particulier de petites entreprises sur la côte du Pacifique (Miyamato
1984, p. 20 ; Tsukashima 1991). Cinel (1982) montre l'acheminement des premiers
immigrants italiens d'une même ville et d'une même région vers des secteurs de
travail spécifiques, à San Francisco. Plus récemment, Kim, Hurh et Fernandez
(1989, p. 73) ont rapporté des différences importantes parmi les travailleurs ind
épendants indiens Gujerati et non-Gujerati de Chicago, en fonction de distinctions :
Los Angeles l'économie eihnique iranienne 157
ethniques internes. Cependant, avec ces données et à quelques exceptions près, les
théoriciens de l'économie ethnique ont naïvement assumé que les économies ethni
ques se délimitaient en fonction d'origines nationales non-problématiques qui
venaient en complément de l'identité nationale de leurs créateurs. Par exemple,
Bonacich et Modell (1980) ont défini l'économie ethnique japonaise américaine
comme l'activité économique des Japonais Américains. Reitz (1980), de la même
façon, a expliqué les économies ethniques chinoises et ukrainiennes au Canada en
tant qu'activités économiques des Canadiens, Chinois et Ukrainiens. Portes et
Bach (1985) ont vu l'économie enclavée cubaine comme une économie dont les
protagonistes sont nés à Cuba.
Les définitions de l'économie ethnique fondées sur l'origine nationale présup
pose une identité ethnique d'origine nationale, ce qui est une hypothèse hasar
deuse. Par exemple, dans le cas des Japonais, l'identité ethnique japonaise ne s'est
développée qu'après quelques décennies de résidence aux États-Unis et n'était qu'à
peine arrivée à maturité quand le projet de recherche sur les Japonais- Américains a
mené ses interviews en 1966-68. A l'origine, les immigrants japonais d'Hawaï et de
la côte pacifique s'identifiaient eux-mêmes selon leurs origines préfectorales, et en
aucun cas avec une nationalité japonaise. Cette identification donna naissance à
une communauté japonaise fragmentée, organisée intérieurement en petits groupes
sous-ethniques. Les « kenjin » d'Hiroshima se distinguaient des « kenjin » de
Fukuoka et vice-versa (Light 1972, ch. 4 ; Lyman 1986, parts 1,2; Miyamato
1984, pp. XIII, 25). Si l'on avait analysé les différences ethniques internes, l'éc
onomie ethnique japonaise homogène de Bonacich et Modell aurait été ainsi
conceptualisée en un large tableau contenant une pluralité d'économies sous-eth
niques basées sur l'origine préfectorale de chaque Japonais.
De la même façon, parmi les immigrants chinois contemporains d'Amérique
du Nord, ceux de Taïwan se différencient de ceux de Hong Kong et eux-mêmes se
différencient des premiers immigrants de Canton (Zhou et Logan, 1989, p. 819).
De même, le dialecte « chinois » nord-américain n'est pas réciproquement intelli
gible. Si l'on reconnaît l'ethnicite interne des Chinois d'Amérique du Nord, on doit
admettre que « l'économie ethnique chinoise » perd sa structure monolithique,
ressemblant plutôt à un tableau avec des économies sous-ethniques réelles (celle de
Taïwan, de Hong Kong, de Canton) (Hamilton 1977 ; Lai 1988). Par conséquent,
quand Reitz passe sous silence l'ethnicite interne des Chinois de Toronto, il simplif
ie le concept d'économie ethnique, probablement en affaiblissant son caractère
universel. L'analyse de Zhou et Logan (1989, p. 819) sur l'économie de l'enclave
chinoise dans le Chinatown à New York omet aussi l'ethnicite interne, oubli qui a
sans doute fait oublier les énormes différences internes de la population chinoise.
Dans le cas des Cubains de Miami, Portes (1987) reconnaît l'apport des
pionniers régionaux (« municipios ») et des douze mille familles juives cubaines
dans l'émergence d'une économie enclavée cubaine (voir aussi Boswell et Curtis
1984). Cependant, dans leur ouvrage précédent, Portes et Bach (1985) ont ignoré
les uns et les autres. Cette recherche n'a rien dit de l'ethnicite interne dans l'écono
mie cubaine ethnique parce que Portes et Bach ont considéré les Cubains comme
une catégorie homogène plutôt que comme une diversité d'économies
ethniques internes fondées sur la religion et les origines. 158 Ivan LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR, Claudia DER-MARTIROSIAN
ETHNICITÉ INTERNE
Dans ces trois cas exemplaires et importants dans la recherche ethnique
(Bozorgmehr 1991 ; Cornell 1988 ; Light 1983, pp. 277-280). L'ethnicité interne
émerge lorsque le pays d'origine des immigrants est ethniquement hétérogène et
ou, dans les cas où l'hétérogénéité est moindre, il y a une sélectivité migratoire
selon des paramètres ethniques (Bozorgmehr 1991, ch. 1). L'ethnicité interne peut
aussi émerger sous d'autres aspects. Dans certains cas, des « catégories ethniques »
élargies résultent d'une agglomération de sous-groupes originellement distincts
(Esperitu 1989 ; Sarna 1978). Finalement, l'ethnicité interne se développe à partir
de vagues d'immigration successives d'un même groupe ethnique allant d'une cul
ture à une autre. Quand des immigrants minoritaires ont cultivé et partiellement
assimilé une culture dominante, ils s'en imprègnent. Cet ajustement les change,
sans pour cela oblitérer leur particularité ethnique. Quand plus tard, ils se redépla
cent, exposés une fois de plus à l'assimilation culturelle d'une autre société et d'une
culture différente, ces mêmes minorités ethniques traduisent un attachement ethni
que à la culture étrangère dont ils s'étaient auparavant imprégnés. Cette culture
étrangère fait maintenant partie de leur culture ethnique et les nouveaux immi
grants sont peu enclins à s'en débarrasser pour s'adapter à une nouvelle exigence
d'acculturation. L'origine nationale s'ajoute à l'identité ethnique pour des groupes
ethniques d'un même pays de même que pour un groupe de pays d'ori
gines différentes (Der-Martirosian, Sabagh et Bozorgmehr 1991). Dans de telles
circonstances, l'ethnicité interne émerge spontanément de migrations successives et
non d'une simple agrégation.
Faute d'informations détaillées sur le sujet pour d'autres immigrants, nous
traitons de l'influence que l'ethnicité interne a exercé sur l'économie ethnique
développée par les immigrants iraniens de Los Angeles. Les Iraniens de Los
Angeles ont une vaste économie ethnique mais qui est hétérogène intérieurement.
La catégorie « iranien » comprend les Musulmans (majorité écrasante en Iran)
mais aussi les Arméniens, les Baha'is et les Juifs, membres de minorités ethnico-
religieuses en Iran(3). Par conséquent, l'origine nationale nommée « iranien » di
ssimule une ethnicité interne d'une influence potentielle pour le fonctionnement de
l'économie ethnique iranienne. Les économies des sous-groupes (Arméniens,
Baha'is, Juifs, Musulmans) sont probablement les sources réelles d'une coopéra
tion entre Iraniens de Los Angeles alors que l'économie ethnique iranienne n'a
qu'une existence superficielle.
LES IRANIENS DE LOS ANGELES^)
Los Angeles est le centre le plus important d'Iraniens aux États-Unis
(Bozorgmehr et Sabagh 1988). Les immigrants iraniens et exilés à Los Angeles
viennent d'un pays religieusement homogène. Quatre-vingt-dix-huit pour cent de
la population iranienne est musulmane. Parmi ces Musulmans, quatre-vingt-treize
pour cent sont chiites, le reste sunnites. Les Arméniens, les Juifs et les Baha'is sont
des minorités ethnico-religieuses. Considérés comme « les gens du Livre », les Juifs
iraniens et les Chrétiens arméniens occupent un statut toléré bien que socialement
et juridiquement inférieur. Considérés comme musulmans hérétiques, les Baha'is :
Los Angeles l'économie ethnique iranienne 159
d'Iran sont sujets à des persécutions sous le régime révolutionnaire (Jones 1984).
Ensemble, ces trois minorités ethnico-religieuses représentaient moins de deux
pour cent de la population iranienne avant la révolution islamique (Bozorgmehr
1991 : ch. 3).
La révolution islamique de 1978-79 exacerba l'intolérance religieuse en Iran,
causant une détérioration rapide de la position économique et de la sécurité des
minorités ethnico-religieuses. Les Baha'is en particulier furent condamnés à des
peines de mort, leur maisons pillées et leurs propriétés confisquées. Évidemment,
les minorités étaient majoritaires parmi ceux qui ont fui la république islamique.
Les Arméniens, les Baha'is et les Juifs sont beaucoup plus nombreux parmi les
Iraniens de Los Angeles qu'ils ne l'étaient parmi la population iranienne (Sabagh et
Bozorgmehr 1987). Bien que le recensement américain de 1980 ne donne aucune
information sur la religion, les données basées sur l'ascendance (5) indiquent que
25 % des Iraniens de Los Angeles sont de souche arménienne. Les résultats de
notre enquête indiquent que les Musulmans sont le groupe le plus important parmi
les sous-groupes iraniens, suivis par les Arméniens, les Juifs et les Baha'is.
L'ÉCONOMIE ETHNIQUE IRANIENNE
L'existence d'une économie ethnique ne dépend pas de sa taille. Même petites,
les économies ethniques n'en sont pas moins considérées comme des économies
ethniques. Cependant, une découverte principale des études relatives à l'économie
ethnique tient à la part très importante des emplois accordés au groupe par son
économie ethnique. Ces résultats ont choqué les analystes qui croyaient que les
petites entreprises n'avaient plus d'importance économique. Parmi les japonais
américains étudiés par Bonacich et Modell (1980), 47 % étaient employés dans une
économie ethnique. Jusqu'à un tiers des minorités ethniques non-anglaises et non-
françaises du Canada étudiées par Reitz (1980), étaient employées dans une éco
nomie ethnique. Light et Bonacich (1988, pp. 3-4) estimèrent que l'économie eth
nique coréenne de Los Angeles comprend 62 % de travailleurs coréens. Min (1989,
p. 66) rapporte un taux encore plus élevé de 75 %.
Le recensement américain de 1980 n'a dénombré que 8,8 % de travailleurs
indépendants dans la population active du comté de Los Angeles, contre 25,2 %
parmi les personnes nées en Iran (Sabagh et Bozorgmehr 1987)(6). Le recensement
définit les travailleurs indépendants comme propriétaires, associés, employés de
leur propre entreprise, et les travailleurs de leur famille non-rémunérés, définition
que nous avons adoptée dans notre enquête. Obtenu en 1987-88, notre échantillon
des quatre groupes iraniens ethnico-religieux se trouve surreprésenté dans la caté
gorie des travailleurs indépendants de façon significative par rapport à la populat
ion active du comté de Los Angeles en 1980 (Tableau 1). Les moins indépendants
étaient les Arméniens et les Musulmans, avec 42,7 % et 46,9 % de travailleurs
indépendants. LIGHT, Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR, Claudia DER-MARTIROSIAN Ivan
TABLEAU 1 : Catégories de travailleurs avec une famille.
Échantillon d'Iraniens à Los Angeles
Sous-groupes Iraniens
Catégories Tous les Juifs Arméniens Baha'is Musulmans de travailleurs Iraniens
Salariés 57,3 46,0 17,5 53,1 43,2
Travailleurs 42,7 54,0 82,5 46,9 56,8
indépendants
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
N (143) (63) (154) (177) (537)
La catégorie des travailleurs indépendants parmi les Juifs atteint un niveau
surprenant avec 82,5 %, taux le plus élevé parmi les groupes immigrés venus
récemment aux États-Unis. Les Iraniens de Los Angeles en 1987-88 avaient un
taux de travailleurs indépendants de 56,7 %, ce qui est sept fois le taux moyen dans
le comté de Los Angeles.
AGRÉGAT D'EMPLOIS ET D'ACTIVITÉS INDUSTRIELLES
L'agrégat économique offre un autre moyen de tester l'unité de l'économie
ethnique iranienne. L'agrégat économique vient d'une concentration de membres
du groupe, dans des activités économiques et des emplois spécifiques à une échelle
bien supérieure à celle de leur proposition dans la population active en général
(Reitz 1990, pp. 135-136). L'agrégat d'activités économiques et professionnelles est
maintenant, et a longtemps été, un trait commun des immigrants et des minorités
ethniques (Kœning 1943 ; Light 1983, ch. 12). C'est pourquoi, il est avec la ségré
gation, une pratique courante de mise à distance ethnique.
Les quatre sous-groupes iraniens ont des profils d'activités économiques et
d'emplois différents. Comparés aux autres Iraniens, les Juifs iraniens étaient ceux
qui probablement se trouvaient le plus dans la vente en gros et la vente au détail,
spécialement pour la confection et la bijouterie. Quarante-trois pour cent se trou
vaient dans ces activités économiques traditionnelles et près de dix pour cent dans
la confection. Les Arméniens iraniens étaient concentrés dans les finances, les
assurances, l'immobilier et les services après-vente (35 % dans ces deux domaines).
Les Musulmans iraniens se trouvaient dans la construction et les industries des
biens de consommation ou d'équipement (27 % dans ces deux industries). Les
Baha'is se trouvaient le plus souvent investis dans les industries de biens de
consommation ou d'équipement et « autres services juridiques et de santé ». Ces
deux secteurs englobaient 27 % des employés baha'is.
Pour mesurer cet agrégat économique, nous avons utilisé l'indice de dissimilar
ité (ID). Cet indice fréquemment utilisé est la mesure principale de la ségrégation
résidentielle et s'applique tout aussi bien à la ségrégation professionnelle (Massey
et Denton 1988). L'indice de dissimilarité va de 0 (sans dissimilarité) à 100 (le :
Los Angeles l'économie ethnique iranienne 161
maximum de dissimilarité). L'indice est le plus souvent utilisé en tant que pourcent
age d'un groupe qui devrait changer de catégories pour céder sa distribution à un
autre groupe. Dans ce cas, cependant, nous avons utilisé parmi toutes, les deux
catégories corollaires : professions et activités économiques.
Quand nous comparons l'ensemble de la distribution professionnelle de tous
les Iraniens avec celle des quatre sous-groupes ethnico-religieux, nous étudions
dans quelle mesure les quatre diffèrent de tout l'ensemble des Ira
niens sous l'angle de la distribution professionnelle. S'il y avait seulement « une »
économie iranienne ethnique, l'indice de dissimilarité de chaque sous-groupe serait
très petit. Cet indice de dissimilarité varie de 18 pour les Musulmans, à 36 pour les
Arméniens. Cette différence interne montre que la composition ethnico-religieuse
de la population de Los Angeles doit avoir affecté l'agrégat des emplois des Iraniens.
La même technique peut être appliquée aux activités économiques. La diffé
rence entre les sous-groupes varie de 36 à 47. L'agrégat industriel des Iraniens
aurait été de 3 1 pour cent plus élevé si tous les Iraniens avaient été Juifs plutôt que
Baha'is. Par conséquent, l'étendue du regroupement d'activités économiques parmi
les Iraniens de Los Angeles dépend réellement de la composition ethnico-religieuse
de la population active iranienne.
LA STRUCTURE DE L'EMPLOI
DE L'ÉCONOMIE ETHNIQUE IRANIENNE
Si une économie ethnique iranienne existait à Los Angeles à la place des
quatre sous-groupes ethnico-religieux semi-indépendants, les Iraniens d'une ident
ité ethnico-religieuse devraient travailler et coopérer aussi fréquemment avec d'aut
res Iraniens qu'avec leurs coreligionnaires iraniens. Pour évaluer l'importance des
Iraniens par opposition aux liens internes ethnico-religieux, nous avons distingué
deux relations économiques dans une analyse séparée : les rapports co-ethniques
entre employeurs et employés et, ceux entre associés. Bien entendu, seulement les
Iraniens travailleurs indépendants qui ont des employés et des associés peuvent
avoir ces rapports co-ethniques. Nous avons distingué six catégories de travailleurs
indépendants : ceux qui travaillent seuls ; avec des membres de leur famille non-
rémunérés ; avec des associés exclusivement ; avec des associés et des employés, et
avec des employés ainsi qu'avec des membres de leur famille non-rémunérés. Nous
appelons cette typologie, la structure de l'emploi de l'économie ethnique iranienne.
Le tableau 2 montre que chaque sous-groupe ethnico-religieux a une structure
de l'emploi bien distincte. Par exemple, parmi les travailleurs indépendants ira
niens, les Arméniens ont le taux le plus élevé (28,3 %) de travailleurs isolés, les
Baha'is et les Juifs ont le taux le plus faible (1 1,8 %), les Musulmans ont le taux le
plus élevé (37,3 %) de ceux qui ont des employés rémunérés et les Juifs le le
plus faible (18,8 %). Ces différences ethniques internes démontrent que la structure
de l'emploi de l'économie iranienne ethnique dépend aussi des proportions des
sous-groupes ethno-religieux dans la population active de Los Angeles. Ivan LIGHT. Georges SABAGH, Mehdi BOZORGMEHR, Claudia DER-MARTIROSIAN
TABLEAU 2 :
La structure de remploi des travailleurs indépendants chefs de famille.
Échantillon des Iraniens de Los Angeles, 1987-88
Sous-groupes Iraniens
Structure Arméniens Baha'is Juifs Musulmans de l'emploi
11,8 11,8 27,7 Travailleurs seuls 28,3
Travail avec membres 3,3 0 2,4 1,2
de famille
non-rémunérés
19,7 Associés 20,0 14,7 12,0
Travail avec 28,3 35,3 18,8 37,3
salariés rémunérés
15,1 40,2 Travail avec 32,3 16,9
employés et associés 15,1 32,3 40,2 16,9
5,0 5,9 7,1 Travail avec employés 4,9
rémunérés et
non rémunérés
TOTAL 100,0 100,0 100,0 100,0
N (60) (34) (127) (83)
L'ETHNICITÉ CHEZ LES ASSOCIÉS
ET LES COPROPRIÉTAIRES
Les rapports co-ethniques parmi les associés et les co-propriétaires montrent
la tendance des Iraniens à leur compte à choisir d'autres Iraniens pour ces impor
tantes affiliations d'affaires. Le tableau 3 classe les associés des travailleurs ind
épendants iraniens selon les liens familiaux, l'ethnicité iranienne interne, l'ethnicité
iranienne au sens large, etc.(8). Bien que les liens de parenté se trouvent normale
ment au sein d'une ethnicité interne (c'est-à-dire les coreligionnaires), nous avons
séparé les deux catégories dans le but d'isoler les coreligionnaires qui ne sont pas
apparentés mais qui bénéficient d'un statut spécial dû à la fois aux contacts et à la
confiance(9). La catégorie « Tous les autres » inclut tous les non-Iraniens de la
population active de Los Angeles. Le groupe suivant est « Autres Iraniens » qui
constitue un pour cent de la population active du comté de Los Angeles. Dans tous
les cas, le groupe d'Iraniens coreligionnaires était moindre que le groupe « Autres
Iraniens » bien que les proportions exactes aient varié d'un groupe à l'autre. Le
groupe le plus petit était toujours celui des coreligionnaires dont la définition inclut
les époux, les frères et sœurs, les enfants, les parents et autres membres de la
famille.