Migrations définitives vers la France et constitution de la famille - article ; n°1 ; vol.3, pg 35-53

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1987 - Volume 3 - Numéro 1 - Pages 35-53
Migrations définitives vers la France et constitution de la famille.
Eva LELIEVRE
Cet article s'appuie sur une enquête démographique rétrospective dont on a extrait un sous-échantillon d'étrangers ou de naturalisés résidant en France et âgés de 45 à 69 ans en 1981.
L'objectif est d'éclairer les influences réciproques de la migration internationale et du cycle de vie familial (mariage, naissances). La méthode utilisée permet de dépasser la traditionnelle recherche de causalité et de quantifier de manière précise des comportements socio-démographiques liés à la migration. En particulier, l'article met en évidence un changement radical : le mariage qui est un frein à la migration pour les femmes nées avant 1915, la favorise au contraire dans les générations ultérieures. D'autre part, on montre que la fécondité des naturalisés (2,64 enfants par femme) se distingue sensiblement de celle des étrangères (3,67) et rejoint donc le niveau national de cette période (2,60 enfants par femme) en quelques années.
Definitive migrations to France and family constitution
Eva LELIEVRE
This article is based on a retrospective demographic survey from which we extracted a sub-sample of aliens or naturalized citizens aged between 45 and 69 and resident in France in 1981.
The object of the study is to highlight the reciprocal influences of international migration and the family life cycle (marriage and births). The method used permits us to go beyond traditional research of causality and to quantify precisely the socio-demographic behaviour connected with migration. In particular, the article reveals a radical change : marriage, which is an obstacle to migration for women born before 1915, actually favours migration in later generations. Furthermore, the fecundity of naturalized citizens (2.64 children per woman) is shown to be markedly lower than that of foreigners (3.67) and approaches the national level of that period (2.60) in a few years only.
Las immigraciones definitivas a Francia y la formatión de la familia.
Eva LELIEVRE
Este artículo se ha realizado a partir de los datos de una encuesta demográfica retrospectiva, de la cual se obtuvo una sub-muestra de extranjeros o naturalizados residentes en Francia en 1981 y de edades comprendidas entre 45 y 69 años.
El objectivo de este estudio es esclarecer las influencias recíprocas entre migración internacional y el ciclo de vida (matrimonio y nacimientos). El método utilizado permite trascender la forma tradicional del análisis causal, y cuantificar de manera precisa los comportamientos socio-demográficos asociados a la migración.
En particular, los resultados ponen en evidencia un cambio radical : el matrimonio, que es un freno a la migración para las mujeres nacidas antes del año 1915, favorece por el contrario la migración para las generaciones posteriores. Por otra parte, se muestra que la fertilidad de las mujeres naturalizadas (2,64 hijos por mujer) se diferencia sensiblemente de las extranjeras (3,67), aproximandose al nivel nacional de ese período (2,6 hijos por mujer) en solamente pocos años.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1987
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Eva Lelievre
Migrations définitives vers la France et constitution de la famille
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 3 N°1-2. 1er-3e trimestre. pp. 35-53.
Citer ce document / Cite this document :
Lelievre Eva. Migrations définitives vers la France et constitution de la famille. In: Revue européenne de migrations
internationales. Vol. 3 N°1-2. 1er-3e trimestre. pp. 35-53.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1987_num_3_1_1126Résumé
Migrations définitives vers la France et constitution de la famille.
Eva LELIEVRE
Cet article s'appuie sur une enquête démographique rétrospective dont on a extrait un sous-échantillon
d'étrangers ou de naturalisés résidant en France et âgés de 45 à 69 ans en 1981.
L'objectif est d'éclairer les influences réciproques de la migration internationale et du cycle de vie
familial (mariage, naissances). La méthode utilisée permet de dépasser la traditionnelle recherche de
causalité et de quantifier de manière précise des comportements socio-démographiques liés à la
migration. En particulier, l'article met en évidence un changement radical : le mariage qui est un frein à
la migration pour les femmes nées avant 1915, la favorise au contraire dans les générations ultérieures.
D'autre part, on montre que la fécondité des naturalisés (2,64 enfants par femme) se distingue
sensiblement de celle des étrangères (3,67) et rejoint donc le niveau national de cette période (2,60
enfants par femme) en quelques années.
Abstract
Definitive migrations to France and family constitution
Eva LELIEVRE
This article is based on a retrospective demographic survey from which we extracted a sub-sample of
aliens or naturalized citizens aged between 45 and 69 and resident in France in 1981.
The object of the study is to highlight the reciprocal influences of international migration and the family
life cycle (marriage and births). The method used permits us to go beyond traditional research of
causality and to quantify precisely the socio-demographic behaviour connected with migration. In
particular, the article reveals a radical change : marriage, which is an obstacle to migration for women
born before 1915, actually favours migration in later generations. Furthermore, the fecundity of
naturalized citizens (2.64 children per woman) is shown to be markedly lower than that of foreigners
(3.67) and approaches the national level of that period (2.60) in a few years only.
Resumen
Las immigraciones definitivas a Francia y la formatión de la familia.
Eva LELIEVRE
Este artículo se ha realizado a partir de los datos de una encuesta demográfica retrospectiva, de la cual
se obtuvo una sub-muestra de extranjeros o naturalizados residentes en Francia en 1981 y de edades
comprendidas entre 45 y 69 años.
El objectivo de este estudio es esclarecer las influencias recíprocas entre migración internacional y el
ciclo de vida (matrimonio y nacimientos). El método utilizado permite trascender la forma tradicional del
análisis causal, y cuantificar de manera precisa los comportamientos socio-demográficos asociados a
la migración.
En particular, los resultados ponen en evidencia un cambio radical : el matrimonio, que es un freno a la
migración para las mujeres nacidas antes del año 1915, favorece por el contrario la migración para las
generaciones posteriores. Por otra parte, se muestra que la fertilidad de las mujeres naturalizadas (2,64
hijos por mujer) se diferencia sensiblemente de las extranjeras (3,67), aproximandose al nivel nacional
de ese período (2,6 hijos por mujer) en solamente pocos años.Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 3 - nos 1 et 2
ler-3e trimestre 1987
Migrations définitives
vers la France
et constitution de la famille
Eva LELIEVRE
Cet article étudie les interactions entre les événements du
cycle de vie familial (mariage, naissances successives) et la migration internationale
vers la France. Une telle étude n'est possible que dans la mesure où nous disposons
d'une part, de données dites « longitudinales » (ou rétrospectives) et d'autre part,
de méthodes d'analyse spécifiques. En effet, l'I.N.E.D. a conduit une enquête
rétrospective auprès d'individus français et étrangers, nés entre 1911 et 1935 qui
résidaient en France au moment de l'enquête en 1981. Le questionnaire a recueilli
des informations très riches sur leur vie professionnelle, familiale et migratoire.
Nous utilisons ici le sous-échantillon des étrangers (ou naturalisés) de l'enquête.
D'autre part, les analyses proposées dans cet article sont, au même titre que nos
données, d'une facture nouvelle. Au lieu d'aborder les phénomènes en jeu d'un
point de vue mécaniste ('), notre approche est orientée vers la compréhension des
interactions en présence. L'objectif est d'éclairer l'influence qu'a eue la migration
internationale sur le rythme de la constitution de la famille des migrants, aussi bien
que d'évaluer les incidences des événements familiaux sur le départ vers la France
de cette population précisément cernée : les migrants anciens et âgés toujours
présents en France en 1981. Au lieu de considérer les événements familiaux comme
des variables explicables par des facteurs dont le plus marquant semble être la
migration internationale, il s'agit donc ici d'explorer en détail les influences réc
iproques qu'ont eues entre eux des événements appartenant à des registres diffé
rents en ne privilégiant aucune hypothèse préalable. 36 Eva LELIEVRE
PRESENTATION DES DONNEES
SOURCE UTILISEE
Sous-échantillon de l'enquête « Biographie : Familiale, Professionnelle et
Migratoire (3B) » menée à l'I.N.E.D. par D. COURGEAU. Ce qui consti
tue une population de 383 individus étrangers ou naturalisés demeurant sur
le territoire métropolitain en 1981, âgés de 45 à 69 ans.
La nature des données implique une sélection des migrants dont il convient de
se rappeler à tout instant de l'analyse. En effet, l'échantillon est formé d'individus
âgés de 45 ans à 69 ans (2) en 1981, tirés d'un échantillon représentatif de ménages
ordinaires. Aucun de ces résidents en France à l'époque de l'enquête ne vit donc
dans une institution (foyer de travailleurs par exemple). Il s'agit d'individus dont la
migration est quelquefois ancienne, certains sont même nés sur le territoire fran
çais, et dont la majeure partie de la vie familiale s'est déjà déroulée.
Les données du recensement de 1982 permettent de replacer notre échantillon
dans une perspective nationale. Elles donnent la répartition de la population par
catégories (tableau 1), qui bien que non détaillée par groupes d'âges, fait ressortir
la masse importante de résidents étrangers qui vivent au sein de ménages ordi
naires. Une fois la famille constituée — ce qui est le cas des individus de notre
échantillon — cette proportion ne peut être que plus importante. Le biais dû au
choix de tirer un échantillon de la population des ménages ordinaires n'est donc
pas important pour la population que nous analysons ici.
TABLEAU 1 :
Individus étrangers selon la catégorie de population
% parmi l'ensemble des étrangers
Population des ménages ordinaires 3 430 080 soit 93 Illustration non autorisée à la diffusion des collectifs 196 960 soit 5
Les 2 % restant font partie de la population comptée à part
Source : Recensement de 1982.
A la date du recensement, un ressortissant étranger sur deux à moins de trente
ans et la faible proportion des plus de 65 ans (3) (7,5 %) varie de façon sensible
selon la nationalité (plus de 20 % pour les Italiens et Espagnols et moins de 2 %
pour les Algériens). Si on compare le poids de notre groupe d'âge par rapport à
l'ensemble des âges représentés, ces générations constituent un quart de la popula
tion étrangère ou naturalisée résidant sur le territoire métropolitain. De façon plus
détaillée, près de la moitié des Français par acquisition ont plus de 47 ans en 1982
(contre seulement un sixième des étrangers), ce qui suggère que les individus de
notre échantillon quelquefois âgés, représentent assez bien les migrants qui se sont
installés de façon quasi-définitive en France (tableau 2). Migrations définitives vers la France et constitution de la famille
TABLEAU 2 :
Population des générations nées entre 1911 et 1935
Proportion par rapport à l'ensemble de l'échantillon de 3B
et de la population française née entre 1911 et 1935.
Echantillon Ensemble
de l'enquête de la population
française** rétrospective
Illustration non autorisée à la diffusion
Etrangers (1) 3,5% 4,8%
Français par acquisition* (2) 4,8%
(1) + (2) 8,3% 9,6%
* ** Naturalisation, Source : Recensement mariage, de déclaration 1982. ou option.
Ils sont un peu sous-représentés dans l'enquête, et ceux qui ont acquis la
nationalité française y sont majoritaires : ces écarts ne sont cependant pas signifi
catifs par rapport à la distribution d'ensemble. Environ 30 % d'entre eux sont
arrivés en France avant l'âge de 12 ans. Et les 70 % restants, leur arrivée se concent
re entre 19 et 25 ans chez les hommes et se trouve dispersée sur l'ensemble des âges
chez les femmes. Enfin, en raison de la taille de l'échantillon toutes les nationalités
seront considérées ensemble. Les pays d'origine les plus représentés sont l'Italie,
l'Espagne, la Pologne. On compte également quelques Belges, des Maghrébins, des
Allemands...
LES METHODES D'ANALYSE
MODELE NON-PARAMETRIQUE
II permet, dans un premier temps, d'examiner les interactions entre la migrat
ion et le mariage, puis entre la migration et la première naissance en appliquant un
modèle qui ne fait aucune hypothèse sur la répartition de ces événements dans le
temps.
PRINCIPE DE L'ANALYSE
Les quotients sont calculés en rapportant le nombre d'événements à une populat
ion soumise au risque réévalué à chaque intervalle de temps. Pour des quot
ients de nuptialité par exemple, on fait les calculs à chaque âge, en rapportant
les mariages à la population résiduelle non encore mariée.
On compare alors à chaque âge ces quotients dits « instantanés » de migration
des célibataires et des mariés, de ceux qui ont eu le 1er enfant ou ne l'ont pas eu.
Inversement, on compare les quotients instantanés de nuptialité de ceux qui ont
migré et de ceux qui n'ont pas encore migré.
Ainsi on envisagera les influences qu'ont pu avoir les événements familiaux sur
la migration vers la France, puis la migration sera considérée à son tour comme
un événement perturbateur pour le cycle familial ce qui nous permettra de
comprendre son influence dans la précipitation ou le retard de ce cycle. Eva LELIEVRE
MODELE SEMI-PARAMETRIQUE
Nous identifierons ensuite l'effet des caractéristiques ou variables individuelles
sur ces quotients (une présentation plus détaillée du modèle se trouve en note). Des
caractéristiques de deux types seront envisagées, celles qui ne sont pas modifiées
par les événements étudiés et celles qui sont acquises ou modifiées lorsque l'un ou
l'autre des survient dans la vie de l'individu. Parmi les premières on
retiendra ici la formation, le rang de naissance, la taille de la famille d'origine,
l'année de naissance, la première profession, la profession du père. Parmi les
caractéristiques du deuxième type : le lieu de résidence au mariage, à la migration,
la profession exercée au mariage, à la migration, la du conjoint, son lieu
de naissance. Les caractéristiques seront d'abord prises en compte seules, une à
une, dans le modèle afin d'identifier leur influence propre. Puis un modèle optimal
sera donné, qui présente l'association des caractéristiques qui rend compte le plus
fidèlement de l'information contenue dans les données. Cette fois les variables sont
prises en compte simultanément dans le modèle et le résultat décrit leurs effets
conjugués.
APPAREIL STATISTIQUE
Etude non-paramétrique :
— Utilisation du logiciel ROOT mis au point à l'I.N.E. D. par E. LELIEVRE.
Etude semi-paramétrique (inclusion des variables) :
— Utilisation du logiciel EVACOV mis au point à l'I.N.E .D. par E. LELIEVRE.
L'ARRIVEE EN FRANCE ET LE MARIAGE, PREMIER ETAPE
DE LA CONSTITUTION FAMILIALE
POPULATION CONCERNEE
Rappelons que :
le sous-échantillon est constitué d'individus étrangers ou naturalisés âgés de 45 à
69 ans et présents sur le territoire français en 1981. A l'époque de leur migration
vers la France, leur projet d'installation n'est, pour la majorité d'entre eux, pas
consciemment objectivé. A ce titre, ils ne doivent pas être considérés comme des
migrants quittant leur pays d'origine sans espoir de retour. Ils constituent en fait
la fraction des migrants de l'époque qui va s'installer définitivement. Ainsi, on
ne dispose pas du témoignage de ceux qui sont repartis, ni de ceux qui n'ont
jamais migré. La population de référence dont nous disposons ici est celle du
pays d'accueil au sein de laquelle ces migrants se sont installés. Migrations définitives vers la France et constitution de la famille 39
INTERACTIONS ENTRE MIGRATION ET MARIAGE
Analyse non-paramétrique
L'ARRIVEE DES MIGRANTS EN FRANCE
Les résultats des calculs non-paramétriques montrent que l'arrivée de ces
migrants en France n'est pas influencée par le mariage ; le fait d'être marié n'exerce
sur la migration des hommes aucune influence significative, quel que soit l'âge, et
la des femmes mariées est un peu retardée par rapport à celles des
célibataires mais c'est seulement autour de 28 ans que ce retard peut être imputé au
mariage (les différences ne sont cependant significatives qu'au seuil de 15 %).
Les autres études de migration faites sur l'ensemble de la population française
ont analysé des échantillons qui contiennent des migrants (à l'intérieur du terri
toire) et des sédentaires. Dans notre cas on ne dispose que de ceux qui ont final
ement émigré, ce qui limite les comparaisons avec les analyses portées ici en réfé
rence (voir : 3, 4, 5). Ces études ont montré une forte influence stabilisatrice du
mariage sur la migration vers les métropoles urbaines ou sur les changements de
logement.
Dans notre cas, la sélection des individus de notre échantillon est à prendre en
considération pour expliquer l'absence d'influence marquante du mariage sur la
migration. Plus de la moitié — 54 % — des individus de notre échantillon ont un
conjoint de même nationalité. Ces anciens migrants, installés en 1981, ne sont pas
pour majorité issus du fort contingent d 'emigrants temporaires célibataires pour
lesquels le mariage peut éventuellement constituer un frein. Ils sont plutôt repré
sentatifs des migrants « en famille » dont le conjoint n'est pas forcément arrivé en
même temps qu'eux-mêmes. Effectivement l'immigration familiale frontalière est le
fait des nationalités les plus représentées de notre échantillon.
Ainsi le mariage n'a pas affecté la migration vers la France des individus que
nous étudions. S'il a introduit un délai dans l'arrivée des femmes mariées dans le
pays d'origine, on peut admettre qu'autour de 28 ans ces sont aussi sou
vent mères. L'effet détecté du mariage est donc, dans ce cas, plus largement dû à la
constitution de la famille.
Après avoir envisagé la migration des individus de notre échantillon en fonc
tion du mariage, a contrario nous allons maintenant faire l'étude du mariage de ces
migrants « définitifs » en fonction de la migration qui l'a précédé ou lui a succédé.
Nous obtiendrons ainsi une compréhension complète des effets d'interaction entre
ces deux événements cruciaux, sans avoir préjugé de causalités sous-jacentes.
LE MARIAGE DE CES MIGRANTS
L'analyse non-paramétrique met en évidence une influence différente selon les
sexes de la migration sur le mariage. Dans notre échantillon, si pour les hommes la
migration n'a pas favorisé leur mariage de façon significative, les femmes, elles, ont
des taux de nuptialité supérieurs lorsqu'elles ont émigré. Ceci démontre bien le fait
que beaucoup de migrantes sont arrivées en France pour rejoindre un futur époux. Eva LELIEVRE
Les cas où le mariage et la migration se produisent la même année sont d'autre
part, pratiquement absents chez les hommes alors qu'ils concernent 10 % de la
population féminine, soit 1 1 % des mariages et 36 % des femmes de notre échantil
lon arrivées entre 17 et 27 ans (tableau non reproduit).
Ces résultats viennent confirmer le caractère sexué des itinéraires de vie de ces
migrants. Le mariage, qui correspond à la première étape de la constitution famil
iale est dépendant de la migration internationale chez les femmes comparées aux
hommes. Elles émigrent non dans une optique professionnelle mais plutôt pour
rejoindre un « fiancé ». Celles qui se sont mariées avant de migrer tardent en effet
plus à migrer que les célibataires.
Ces différences s'expliquent par le fait que la main-d'œuvre demandée dans le
pays d'accueil est essentiellement masculine et jeune. Ainsi les départs pour des
raisons de travail concernent des hommes pour qui un éventuel mariage ne consti
tue pas une entrave au déplacement : la jeune femme suivra, et si l'on n'est pas
marié, la future compagne viendra. Pour les femmes, au contraire, dont les dépla
cements sont induits par le départ des hommes, on voit apparaître une légère
entrave au déplacement créée par le mariage et une précipitation des mariages pour
les immigrantes. On détecte donc des sens aux influences mais celles-ci restent
néanmoins statistiquement peu significatives. ■
définitives vers la France et constitution de la famille Migrations
TABLEAU 3 :
Codification des variables retenues
Indicateur pour l'étude de
Variables la nuptialité la fécondité
— aucun
— CEP seul
Diplômes — Brevet, CAP ou Bac technique
— au moins le baccalauréat ou un brevet
de technicien supérieur
Statut d'aîné ; — aine
— autre 0 0
Frères et sœurs leur nombre leur nombre
— étranger Résidence et classif — zone fortement urbanisée ication des lieux (*) — zone de faible urbanisation
légitimité/ marié
Profession n , du , père v , — autre agriculteur °, ou ouvrier agnc. 6
femmes hommes
Première — n'a jamais travaillé 0 0
profession — agriculteur ou ouvrier agric. 1 1
(ou profession — manœuvre ou OS 2
à un autre — CQ, professions libérales,
moment patrons de l'industrie et 3
de la vie) du commerce
— cadres moyens et employés
supérieurs
— logé chez parents ou
propriétaires Type de logement (*) — locataire et autres
types de logement
Nb de résidence des parents leur nombre leur nombre
cohorte 1911 1915
1916 1920
1921 1925
1926 1930
1931 1935
(*) Mesurés à chaque échéance (migration, mariage, naissances), les zones fortement urbanisées
correspondent aux départements 75, 78, 91-95, 06, 13, 69 recouvrant les aires d'influence de Paris,
Lyon et Marseille.
Analyse semi-paramétrique
Les variables retenues (tableau 3) sont, soit des indicateurs de caractéristiques
personnelles, soit des indicateurs du contexte familial ou résidentiel dans lequel se
sont effectués migration, mariage et naissances. Par exemple, on appréhende le
rôle du niveau d'instruction des individus en utilisant leurs éventuels diplômes et Eva LELIEVRE
leur milieu d'origine au travers du métier de leur père. Le nombre de frères et sœurs
est lui un indicateur complexe qui peut aussi bien traduire la responsabilité éc
onomique du migrant vis-à-vis de sa famille d'origine, qu'être considéré comme un
indicateur de l'extraction sociale du migrant ; l'interprétation de son influence est
donc multiple.
LECTURE DES TABLEAUX 4, 5, 6
— La méthode semi-paramétrique
Le modèle fait varier le quotient de base h0 (t) qui ne dépend que de l'âge selon
les différentes caractéristiques propres à l'individu. Il permet donc de montrer
l'influence spécifique de chaque paramètre. Cette influence est différente selon
qu'elle s'exerce avant ou après l'événement que l'on considère en interaction (si
l'on étudie la migration, les événements familiaux sont considérés comme per
turbateurs s'ils surviennent avant la migration et vice versa quand on étudie les
événements familiaux, la migration est l'éventuelle perturbation).
Le quotient de base est donc multiplié par
— exp (J3\ x valeur de l'indicateur) avant la perturbation,
— exp (fi\ x val. indic. + ySo + Pi x val- indic.) après.
L'exponentielle d'une valeur positive augmente la valeur du quotient instan
tané ; d'une valeur négative diminue la valeur du quotient instantané.
EXEMPLE :
Si le père est agriculteur (pour les femmes) le quotient est multiplié par exp
(0.428 x l), après la perturbation il est multiplié par exp (0.428 + ( — 0.057)
— 0.436) — la variable n'a plus d'influence une fois la femme mariée puisque
exp (~ 0) = /.
EFFET DES CARACTERISTIQUES INDIVIDUELLES SUR L'ARRIVEE
DES MIGRANTS
Examinons le tableau 4 qui se réfère aux valeurs prises par les paramètres de
l'analyse de la migration des femmes et des hommes lorsque les indicateurs sont
pris en compte séparément.
Le nombre de frères et sœurs n'a d'effet que pour les hommes et c'est un effet
de rétention. Les plus pauvres n'émigrant pas, l'indicateur semble ici refléter plutôt
l'extraction sociale du migrant qui ne va pas tenter sa chance trop loin si sa propre
famille est nombreuse.
Nos résultats confirment également que le niveau d'instruction est détermi
nant pour décider les hommes célibataires à émigrer. Il faut signaler d'ailleurs que
ceux qui ont transité par des centres de recrutement ont subi des sélections sur des
critères d'ordre sanitaire, professionnel et judicaire (4). Pour les femmes, rarement