Τας παλαίας πεντεδραχμίας : un stratagème de Polyen et le monnayage d'argent des rois de Macédoine de 413 à 360 av. J.-C. - article ; n°155 ; vol.6, pg 123-136

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Revue numismatique - Année 2000 - Volume 6 - Numéro 155 - Pages 123-136
Résumé. - La correction de névxe ôpa%|xàç en rceviéôpaxnov dans un passage du livre III des Stratagèmes de Polyen s'avère indispensable pour la compréhension du texte, le terme jrevxéôpaxjaov désignant une monnaie frappée. La frappe de pentedrachma fut rare dans le monde antique : dans un compte de Delphes du printemps de 321, il désigne le triobole d'or (ou quart de statère d'or) de poids attique. De plus, la frappe de pentedrachma fourrés par Perdiccas III est contredite par la documentation numismatique, étant donné que les statères de 10,9 g sont frappés en bon argent. Le système de dénominations de Perdiccas III resta celui de ses prédécesseurs depuis Archélaos. L'étude des poids et des types des monnaies d'argent des rois de Macédoine d'Archélaos à Perdiccas III montre que l'introduction d'une nouvelle dénomination (ces statères de 10,9 g) fut la seule innovation. Ce passage qui témoigne de la situation critique du point de vue financier de Timothée lors des campagnes pour la reconquête d'Amphipqlis ne peut être utilisé, comme l'avait pensé M. Price, pour prouver un changement radical sous Archélaos. Trois autres passages, de Polyen (III, 10, 1 et IV, 10, 2) et de Y Economique d'Aristote (II, 24) dérivant tous de la même source antique sont aussi discutés.
Summary. - The article proposes the correction jievréopa/jiov (for jiévxe ôpa%uo:ç) in Polyaenus, Stratagemata, III, 10, 14, meaning a coin. The striking of Pentedrachms was very rare in Antiquity. In a Delphic list of accounts the term is applied to gold Attic weight staters struck by Philipp II and Alexander III. However the 10,9 g staters of Perdiccas III were all struck on a high-quality silver alloy. This denomination had been introduced by Archélaos, and it was continued by his successors, from Aeropos to Perdiccas III. The study of types and weights of the silver coins of these kings shows that they followed the system in use already by Perdiccas II, and that the only monetary innovation introduced by Archélaos was the stater of 10,9 g. Two other passages of Polyaenus (III 10, 1 and IV 10, 2) and another of Ps- Aristoteles, Œconomicus (II 24), are also discussed.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2000
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Sélènè Psoma
Τας παλαίας πεντεδραχμίας : un stratagème de Polyen et le
monnayage d'argent des rois de Macédoine de 413 à 360 av. J.-
C.
In: Revue numismatique, 6e série - Tome 155, année 2000 pp. 123-136.
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Psoma Sélènè. Τας παλαίας πεντεδραχμίας : un stratagème de Polyen et le monnayage d'argent des rois de Macédoine de 413
à 360 av. J.-C. In: Revue numismatique, 6e série - Tome 155, année 2000 pp. 123-136.
doi : 10.3406/numi.2000.2279
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/numi_0484-8942_2000_num_6_155_2279Résumé
Résumé. - La correction de névxe ôpa%|xàç en rceviéôpaxnov dans un passage du livre III des
Stratagèmes de Polyen s'avère indispensable pour la compréhension du texte, le terme jrevxéôpaxjaov
désignant une monnaie frappée. La frappe de pentedrachma fut rare dans le monde antique : dans un
compte de Delphes du printemps de 321, il désigne le triobole d'or (ou quart de statère d'or) de poids
attique. De plus, la frappe de pentedrachma fourrés par Perdiccas III est contredite par la
documentation numismatique, étant donné que les statères de 10,9 g sont frappés en bon argent. Le
système de dénominations de Perdiccas III resta celui de ses prédécesseurs depuis Archélaos. L'étude
des poids et des types des monnaies d'argent des rois de Macédoine d'Archélaos à Perdiccas III
montre que l'introduction d'une nouvelle dénomination (ces statères de 10,9 g) fut la seule innovation.
Ce passage qui témoigne de la situation critique du point de vue financier de Timothée lors des
campagnes pour la reconquête d'Amphipqlis ne peut être utilisé, comme l'avait pensé M. Price, pour
prouver un changement radical sous Archélaos. Trois autres passages, de Polyen (III, 10, 1 et IV, 10, 2)
et de Y Economique d'Aristote (II, 24) dérivant tous de la même source antique sont aussi discutés.
Abstract
Summary. - The article proposes the correction jievréopa/jiov (for jiévxe ôpa%uo:ç) in Polyaenus,
Stratagemata, III, 10, 14, meaning a coin. The striking of Pentedrachms was very rare in Antiquity. In a
Delphic list of accounts the term is applied to gold Attic weight staters struck by Philipp II and Alexander
III. However the 10,9 g staters of Perdiccas III were all struck on a high-quality silver alloy. This
denomination had been introduced by Archélaos, and it was continued by his successors, from Aeropos
to Perdiccas III. The study of types and weights of the silver coins of these kings shows that they
followed the system in use already by Perdiccas II, and that the only monetary innovation introduced by
Archélaos was the stater of 10,9 g. Two other passages of Polyaenus (III 10, 1 and IV 10, 2) and
another of Ps- Aristoteles, Œconomicus (II 24), are also discussed.Selene PSOMA
UN STRATAGEME DE POLYEN
ET LE MONNAYAGE D'ARGENT DES ROIS
DE MACÉDOINE DE 413 À 360 AV. J.-C*
III terme dans triobole Résumé. des le jrevxéôpaxjaov Stratagèmes monde d'or - La (ou antique correction quart de désignant Polyen : de dans de statère névxe un s'avère une compte d'or) monnaie ôpa%|xàç indispensable de poids Delphes frappée. en rceviéôpaxnov attique. pour La du frappe printemps la De compréhension plus, de dans pentedrachma de la un 321, frappe passage il du désigne de texte, du fut pentelivre rare le
drachma fourrés par Perdiccas III est contredite par la documentation numismatique, étant
donné que les statères de 10,9 g sont frappés en bon argent. Le système de dénominations
de Perdiccas III resta celui de ses prédécesseurs depuis Archélaos. L'étude des poids et
des types des monnaies d'argent des rois de Macédoine d'Archélaos à Perdiccas III
montre que l'introduction d'une nouvelle dénomination (ces statères de 10,9 g) fut la
seule innovation. Ce passage qui témoigne de la situation critique du point de vue finan
cier de Timothée lors des campagnes pour la reconquête d'Amphipqlis ne peut être uti
lisé, comme l'avait pensé M. Price, pour prouver un changement radical sous Archélaos.
Trois autres passages, de Polyen (III, 10, 1 et IV, 10, 2) et de Y Economique d'Aristote (II,
24) dérivant tous de la même source antique sont aussi discutés.
Summary. - The article proposes the correction jievréopa/jiov (for jiévxe ôpa%uo:ç) in
Polyaenus, Stratagemata, III, 10, 14, meaning a coin. The striking of Pentedrachms was
very rare in Antiquity. In a Delphic list of accounts the term is applied to gold Attic weight
staters struck by Philipp II and Alexander III. However the 10,9 g staters of Perdiccas III
were all on a high-quality silver alloy. This denomination had been introduced by
Archélaos, and it was continued by his successors, from Aeropos to Perdiccas III. The
study of types and weights of the silver coins of these kings shows that they followed the
system in use already by Perdiccas II, and that the only monetary innovation introduced
by Archélaos was the stater of 10,9 g. Two other passages of Polyaenus (III 10, 1 and IV
10, 2) and another of Ps- Aristoteles, Œconomicus (II 24), are also discussed.
* KEPA. Vassileos Konstantinou 48 1/635 Athènes.
Cet article ne peut être dédié qu'à G. Le Rider qui m'a initiée aux problèmes posés par les mon
nayages des rois de Macédoine. Je suis également reconnaissante à O. Picard, M.B. Hatzopoulos,
J. Heinrichs et G. Petzl qui ont discuté avec moi ces passages. Le présent travail résulte en fait
d'une remarque pertinente de M. Jessop Price.
Revue numismatique, 2000, p. 123-136 SELENE PSOMA 124
Un stratagème de Poly en (III 10, 14) présente un intérêt considérable :
TiuoGeoç %aX,Kiôe\)ci noXe\i&v цеха Пер51кко\) Kúrcpiov %oí?ikóv
MaKe5oviK(5 vouíqmxi fii^aç ETiíorpov £ko\j/£v, cógte xàç naXaiàc,
v àpyupioa) xexapxriv uoípav, xô 8è ta)urov %aÀKoû
7tÍ£Íaxr|c £\)7торг|аас uio6oôoaiaç xoùç éuTiopouç каг xoùç ало
xfjç %oapaç ётгеюЕ, rcpoç xa^KOV rcutpáaiceiv. ávxi^opxiCóučvoi 6è xà
7iap'àA,A,r|JUov oûôèv xoû vouiaumoç £фг)?laxxov, àXkà тошо rc£pif|i£i
7iáX,iv £iç xtjv }iia0oôoaiav xrjv axpotxia>xiKf|v.
Timothée, en guerre contre les Chalcidiens (de Thrace) et ayant comme
allié Perdiccas (de Macédoine), frappa de la monnaie ayant cours légal
après avoir mélangé du bronze de Chypre à de la monnaie macédonienne,
de sorte que, les anciens pentadrachmes contiennent un quart d'argent et
pour le reste du bronze sans valeur. Disposant largement de quoi verser
les soldes il persuada les commerçants et les gens du pays de faire payer
leurs marchandises en bronze. Ils se les échangeaient les uns avec les
autres sans rien garder de la monnaie mais celle-ci était toujours dispo
nible pour le paiement de la solde de l'armée1.
Le codex archetypus portait, xàç TiaÀmàç tcévxe 5ра%|шс qui n'a pas
de sens et fut corrigé par Blume en 7ievx£Ôpa%uiaç, 7i£vxotÔpaxuiaç2.
Cette correction attire Г attention sur ce qui constitue avec le récit du
stratagème l'intérêt principal du texte, la mention d'une monnaie appelée
pentadrachmia. Elle aurait pu paraître inutile si le terme pente drachmas
désignait aussi une seule monnaie correspondant au poids de cinq
drachmes ou à la valeur de cinq drachmes 3. Vu que les cinq drachmes
correspondent à la somme de drachmes, il est évident qu' on ne peut
parler de trois quart de cuivre et d'un quart d'argent. S'il s'agit de cinq
drachmes, c'est-à-dire de cinq monnaies distinctes, la phrase demeure
également incompréhensible. Comment pourrait-on additionner les trois
quarts de cuivre et le quart d'argent si nous sommes en présence de cinq
monnaies différentes ? Si Polyen avait voulu tout simplement dire que
chacune des cinq drachmes se composait de trois quarts de cuivre et d'un
quart d'argent, il aurait dû formuler la phrase autrement : xàç rcaÀmàç
Spaxuàç ë%£iv ... Il est évident que la correction s'avère tout à fait né
cessaire.
1. Edw. Woelfflin, (J. Melber), Leipzig, 1887.
2. W.H. Blume, Polyan's Kriegslisten, Stuttgart, 1833, p. 157, ad III 10, 14 : ... so dafi die
Funfdrachmenstiicke (Štatt névxe Ораэдшс vermute ich 7tevTe5pa%Miaç oder Jt£VTaôpa%(xiag, so
daB тгеутаораэдла-лЕУтабраэдюу ware) nur den vierten Teil Silber, ubrigens schlechtes Kupfer
enhielten.
3. M.N. Tod, Epigraphic Notes on Greek Coinage. IV. ДРАХМН, NC 1947, p. 1 sq. Le passage
de Polyen III 10, 14 fait allusion à une monnaie frappée, selon Tod. Celui-ci signale tout de même
que ce terme résulte en fait d'une correction de Blume.
Ж2Ш, p. 123-136 UN STRATAGÈME DE POLYEN ET LE MONNAYAGE D'ARGENT 125
Le terme 7C£VT£Ôpa%uia, 7t£vraôpaxuia que Blume choisit, pose des
problèmes également. Désignant davantage la somme de cinq drachmes
qu'une monnaie frappée ayant la valeur de cinq drachmes, ce terme est
mentionné par Xénophon dans les Helléniques A, par Dinarque5 et par une
inscription athénienne 6. Dans les sources antiques, textes et inscriptions
les multiples de la valeur sont exprimées avec le « thème » et le suffixe
-ia. D'autres sources antiques attestent que le terme 7t£vxéôpa%uoç égale
la valeur de cinq drachmes7. Dans un passage d'Aristote {Pol. 1300b 33 :
o\)vaA,À,ay(iaxcov боа брахишТа kccí Trevxáopaxjxa) les 7r£VTá8pa%ua
correspondent à la valeur de cinq drachmes. Ce même terme Ttevié-
Spa%|ioç est d'ailleurs présent dans les inscriptions 8. Dans ce cas, il cor
respond également à la valeur de cinq drachmes. Nous pouvons donc
conclure que les deux termes 7C£VT£Ôpa%uia et 7t£VTéôpa%uoç correspon
dant à la valeur de cinq drachmes, ne peuvent pas être utilisés pour cor
riger le passage.
On peut donc arriver à la conclusion suivante : la phrase est compréh
ensible sous condition que l'expression xàç тшАяшс névie ôpa%uaç
soit corrigée en un terme faisant référence à une seule monnaie. Le seul
terme ayant cette signification est le pentedrachmon. Les inscriptions et
les textes attestent que les multiples de drachmes (monnaies frappées)
sont exprimés en neutre -ôpcc%uov, sur le modèle de T£Tpaôpa%uov. Le
terme rc£VTaôpa%uov désignant une monnaie frappée apparaît rarement
dans les sources antiques et les inscriptions9. Il est mentionné par un
4. 1 6, 12 : ек %ío-u nevxeopajflaav екаахю è(|)oôiaaau£voç. A propos de Chios ; cf. Thuc. VIII
101 : ?iapovx£Ç лара xôv Xicov xpeîç хеаааракоахас ёкаахос Xtaç ; Schol. ad Thuc. VIII 101 :
àpxoâa vo(xio|iaxa ея1%сорш ; Gomme et alii, Commentary, V, p. 346-347 : il cite P. Gardner, A
History of Ancient Coinage, 251-2 qui est d'avis qu'à l'Assemblée des Femmes d'Aristophane
(798) le terme nevxcopoÀov ne fait pas allusion à une monnaie mais à la valeur de cinq oboles. Sur
le monnayage de Chios durant la guerre d'Ionie et ces deux passages; cf. W.E. Thompson, The
Chian Coinage in Thucydides and Xénophon, NC 1971, p. 323-324 ; N. Hardwick, The Solution
to Thucydides VIII 101,1: The « Chian Fortieths », NAC QT, 25, 1996, p. 59-69. Hardwick pro
pose l'identification de ces fortieths avec le tiers du statère de Chios pesant 2, 6 g qui correspond
à la valeur d'un « fortieth » du darique. Sur le passage de Xénophon, Hell. I 6, 12 : Hardwick,
op. cit. p. 60, n. 4 : « where the money comes from Chios, but is not necessarily coins or a single
coin ».
5. 1. 56 xrrv JiEVxeôpaxutav hxfiexv. Il s'agit de Dinarque, auteur attique qui vécut au IVe/ IIIe
s. av. J.-C.
6. Liste d'achat et de vente d'environ 342 av. J.-C. qui fut trouvée dans l'Agora d'Athènes :
Hesp. 5. 401, 1. 130 (Ath. Agora XIX (P. 26.475, 479 = Liddell-Scott, Supplement, éd. by P.G.W.
Glare and A.A. Thompson, Oxford, 1996, s.v. rcevxeopaxuia) : xnv nevxsSpaxuiav que B.D.
Meritt considéra (p. 41 1) comme un impôt de cinq drachmes sur les mines, tandis qu'à la 1. 133-
135 un métèque (хехаа(х) óvxa xéXoç xîïç 7tevTe8pa%uic(ç хф @r|a£/[î] : cf. R. Schâfer, Harvard
Studies, 51, p. 236-238 ; W.S. Ferguson, Hesperia Suppl, 8, p. 142-143.
7. Hérodote. VI 89 : véaç 7t£VTa5pa%uouç àrcoôouevoi et 1. 1 et 7 de l'épigramme de Diophante
d'Alexandrie, Arithm. V 30 (éd. Tannery) : окха5ра%ит)с коа jrEvxaopáxuouc xoéaç xiç ěuilje.
8. IG IF 360 = SIG 304, vers 330 av. J.-C : 9 uEOiuvovc nvpôv П ôpaxROUÇ, 30 cïxov nevxé-
ôpcxxuov (i.e. cinq drachmes pour un médimne, 68 u£Ôiuvoi>ç П ôpax^ouç, et 408. 14 а
TtévxE [ôpaxixoDç] (cf. P.Ryl. 427 frg. 14 (A.D. ii-iii) xfjc (TCEVxaopaxuau), frg. 19 xr|v
ôpaxuov).
9. M.N. Tod, Epigraphical Notes on Greek Coinage, NC 1960, p. lsq. ; FV. APAXMH, p. 15.
RN 2000, p. 123-136 SELENE PSOMA 126
compte delphique, qui date de l'archontat de Dioclès (printemps 321 10, ce
qui annule l'ancienne hypothèse qui faisait des nevTaôpa%\ia des monn
aies de Ptolémée Ier Sôter car ces dernières sont plus tardives que l'ins
cription n). Il s'agit de quarts de statères d'or (hémidrachmes ou trioboles
d'or) de Philippe II et peut-être d'Alexandre III12. Leur valeur en argent
de poids attique équivaut à cinq drachmes. Le pentadrachme signalé par
Pollux (IX 60) à Cyrène est également une monnaie d'or de 0,86 g 13.
Nous constatons donc que dans les inscriptions du IVe siècle le terme
7Xvxé(>pa%|J.ov est utilisé pour désigner la valeur en argent ď une monn
aie frappée en or. Le terme se retrouve dans un passage d'Héron, le mé
canicien, où, selon les Modernes, il désignerait une monnaie de bronze 14.
Quoi qu'il en soit, les sources antiques n'utilisent le terme que pour dé
signer une monnaie frappée en un métal autre que l'argent. Le terme étant
très rare, on comprend que le copiste ne l'ait pas compris et ait corrigé та
пакта 71егсе8ра%|ш en xàç naXaiàq névxe ôpa%uaç. La correction de
Blume est à la fois nécessaire et inexacte et nous retiendrons donc la
forme pentedrachma.
Reste à identifier le pentedrachmon frappé par Timothée. Ce ne put être
que lors de la campagne menée avec Perdiccas III pour la reconquête
d'Amphipolis 15. Cette alliance se termina par une rupture, Perdiccas
10. Inv. 10061, 1. 10 : [..] TievtéSpaxixov ëv ; cf. J. Bousquet, CID II, 1989, 108, 1. 15 et
p. 237 ; 109 C. 1 . 10 (322/321) ; eiusdem. Etudes sur les comptes de Delphes, Les pentédrachmes
d'or, Paris, 1988, p. 139-142, surtout p. 141-142 (BCH, 109, 1985, p. 249-253) ; G. Le Rider,
Monnayage et Finances de Philippe II. Un état de la question, MELETEMATA, 23, Athènes, 1996,
p. 15 et 50.
11. J.K. Jenkins, MN 9. 1960, p. 35-37. Sur la date du début du IIP s. ; cf. O. Morkholm,
Ptolemy I and Cyrene, Chiron, 10, 1980, p. 145-159, surtout p. 157 (298/297) ; A. Davesne, Le
trésor de Giilnar, Gulnarll, Paris. 1989, p. 273 : 295/294.
12. G. Le Rider, Le monnayage d'or et d'argent de Philippe II, frappé en Macédoine de 357 à
294 av. J.-C, Paris, 1977, p. 410 sq. : 2,15 g ; p. 434 : vers la fin du règne de Philippe II, cette
émission devint la plus importante et ce jusqu'en 328 ; p. 441 : Alexandre III ; p. 439 : à propos
de ratio L 12 et 1/10.
13. Robinson, BMC Cyrenaïca, 1927, p. CCLXII ; Babelon, 414-417 ; Schwabacher, RE 19,
503-504 ; Wôrterbuch, 498 ; Tod, NC 1960, p. 15 ; L. Naville : Monnaie d'or de la Cyrenaïque
(1951), p. 20-29 : 2,15 g ; A. Laronde, Cyrène et la Libye hellénistique, Libykai Historiae de
l 'époque républicaine au principal d'Auguste, Paris, 1987, p. 236. Dans des inscriptions déliennes,
les тетартпиорт ov тегарта %рхюп тгтоХеитка correspondent, selon D. Knoepfler, à des tri
oboles d'or de Ptolémée 1" qui équivalent à quatre drachmes attiques : D. Knoepfler,
Tétradrachmes attiques et argent « alexandrin » chez Diogène Laërce, Museum Helveticiim, 44,
1987, p. 246, n. 59 ; 46, 1989, p. 193-230 = SEGXXXYll, 1987, p. 685.
14. Hérodote. Pneum. I. 21 (p. 110 cd. Schmidt) : éiç evta orrovôeia nevtaÔpa%(xo\) vouia-
uoaoç éuPAr|9évToç йбеор coioppéei evç то 7iepippaív£a6ai. Sur cet extrait datant du deuxième ou
premier siccle av. J.-C. cf. Tod, p. 15 : « where the coin in question is probably an Egyptian cop
per coin, the smallest denomination issued » (Head, HN1, p. 847 ; Schwabacher, be. cit.). Sur ce
passage cf. Klaus Maresch. Silber w id Bronze, Papyrologische Coloniensia, XXV, Cologne,
1995, p. 96-97. Selon Maresch, le pentadrachme fut la plus petite monnaie égyptienne à partir de
130/ 127 av. notre ère.
15. SI. Dusanic, Plato's Academy and Timotheus' Policy, 365-359 B.C., Chiron, 10, 1980,
p. 111-144.
RN 2000, p. 123-136 UN STRATAGÈME DE POLYEN ET LE MONNAYAGE D'ARGENT 127
abandonnant Athènes et envoyant une garnison (фроироу) à Amphipolis
vers 363/362 16.
Polyen (IV 10, 2) rapporte dans le même cadre historique (Перогккас,
Xoc^KiÔeûai noXe[i(ùv), que Perdiccas III frappa une monnaie de nécess
ité en bronze (xa?iKÓKpaxov Kacroíxepov é%ápač,£17) par manque de
monnaie d'argent (аругзрой vouiaumoç ájropoúuevoc), afin, ici encore,
de verser leur solde aux soldats (кса owcoç rfy ишОофора xoîç охрахш-
xaiç). Le stratagème se déroule de la même manière que celui du livre
III : les marchands acceptaient la monnaie royale (oi uèv ёцтторог xô [За-
aÍAčiov vóuiajxa è?iafipavov), mais comme elle avait un cours forcé
(ènei 5è fjv âpxeiov гжер xoùç ôpouç), ils ne l'utilisaient que pour achet
er des marchandises locales (ctvx£0opxiÇov кссрлойс тощ èîxi%cûpioi)ç).
Comme le note Regling, l'utilisation du verbe аухгфорхгСсо montre que
la source des deux stratagèmes fut la même 18.
Un passage des Economiques du Ps. Aristote (II 24) et un autre strat
agème de Polyen {Stratag., III 10, 1), rapportent les difficultés financières
de Timothée.
Ps. Tiuoôeoç' Aristote, Economiques II 24 :
ар- AGnvmoç 7coÀ,euc6v 7tpôç' OÀ,dv9îo\)ç kccï árcopoújievoc
' Ayavaicxoúvxcov 5è yupíoi), ко\|/ас %aA,KÔv ôieôîôov xoXç охрахшхац.
xôv axpaxwoxóv ёфп a\)xolç xoùç é|i7ropo\)ç xe каг àyopaioDÇ âjiavxa
cbaamcoç 7ico?ifiaeiv. Tolç ô'éjiTropoiç тхроеХле ôv âv xiç A,ápr| %aA,KÓv,
xowoi) náXxv áyopá^eiv xá х'ек xfiç %wpaç dívia ка! xà ек xcôv ^£ió5v
áyó|j,eva. ôç ô'av пгс>\кехфу\ amolç %аА,кос, ттрос awôv ш/афероухас
ápyí)piov XaupávEiv.
Trad. En guerre contre les Olynthiens et démuni de monnaie d'argent,
Timothée d'Athènes fit frapper une monnaie de cuivre et la distribua à ses
soldats. Devant leur mécontentement, il leur déclara que les petits et
grands commerçants leur vendraient toutes leurs marchandises comme
auparavant. Et aux commerçants il promit que quiconque accepterait
cette monnaie, pourrait ensuite l'utiliser pour acheter les denrées du pays
aussi bien que les produits du butin, et que si à la fin il leur en restait, ils
pourraient la lui rapporter et ils recevraient de la monnaie d'argent.
'Ev' Polyen, Axxikcû Strat. axpaxoîxéôcp III 10, 1 : anaviç ff vouiaumoç. ТгиоОеосёлеше xoùç
éuTtopovç xpríoOai vouíoumi xfj èccrnot) офраугог, à7ra?iÀ,aoGO|iévot>ç
5è à7toÔi8ovai xfyv офрау1оа коа xô ápyúpiov Àajipaveiv елшхеазоау
oi ё|Атторо1 каг xfiv àyopàv xoXç axpaxicoxaiç 7cocpéoxov é7ii хт| афрау1ог
16. Diod. de Sic. XVI, 3, 3 ; Dusanic, Chiron, 10, 1980, p. 112, n. 6, p. 114, n. 19-20, p. 115,
n.24.
17. Sur l'utilisation de cuivre et de l'étain pour la frappe du monnayage de bronze ; cf. G. Le
Rider, Antiochos IV (175-164) et le monnayage de bronze séleucide, BCH, 118, 1994, p. 17-34,
surtout p. 29-31.
18. K. Regling, Das Notgeld von Timotheos, ZfN, 39, 1929, p. 199-203, surtout p. 201.
TW2000,p. 123-136 128 SELENE PSOMA
той ахрахгг/отЗ àjiaÀÀaocrouévoiç ocùxotç év хф xécoç £x>nopr\oai %рт|-
uáxoov Tiuo0eoç xtjv xiufjv ôié?fuae xr|v cbuoXoyriuévcov.
Trad Du fait du manque de monnaie d'argent dans le camp athénien,
Timothée persuada les commerçants d'utiliser de la monnaie frappée de
son sceau; après leurs opérations commerciales, ils lui redonneraient la
monnaie au sceau et recevraient de la monnaie d'argent. Les commerç
ants eurent confiance dans le général et approvisionnèrent le marché
pour les soldats contre la monnaie frappée au sceau du général. Après
leurs opérations commerciales, comme Timothée disposait alors de
sommes importantes, il leur remboursa la somme prévue.
Les deux passages évoquent donc la frappe d'une monnaie de bronze
par Timothée durant le siège d'Olynthe 19. Des bronzes de type athénien,
avec l'ethnique А0Н, ont été trouvés dans les fouilles d'Olynthe et ident
ifiés par Robinson et Price avec les monnaies auxquelles font allusion
ces deux passages20. Cette interprétation a été acceptée par Kroll qui
montre qu'il s'agit des premières monnaies de bronze athéniennes21.
Contrairement à B. A. van Groningen nous estimons avec O. Picard22
que les deux passages sont issus de la même source. Les bronzes athé
niens d'Olynthe et les détails du stratagème nous amènent à penser que
cette source était bien informée. On peut songer à Ephore. Il est d'autre
part évident que le stratagème rapporté par Polyen IV 10, 2, quoiqu'il soit
attribué à Perdiccas III et non à Timothée, évoque le même épisode 23 :
une opération semblable sur deux monnayages, attique et macédonien
s'inscrit dans le cadre des opérations militaires menées en Grèce du Nord
par Athènes et son allié Perdiccas III.
Le passage de Polyen (III 10, 14) mentionnant les pentadrachmes pose
un certain nombre de problèmes. Les deux spécialistes du second livre de
l'Economique, E. von Stern24 et B.A. van Groningen25, ont souligné que
le stratagème en question était « une variante de celui de l'Economique ».
Tous deux ont souligné son caractère ambigu. Une première difficulté
tient à ce que le général athénien a altéré la monnaie royale de
19. B.A. van Groningen, Aristote, le second livre de l'Economique, Leyde, 1933, p. 150-151.
20. E.S.G. Robinson-M. Jessop Price, An Emergency Coinage of Timotheos, NC 1967, p. 1-
6 ; M. Jessop Price, Early Greek Bronze Coinage, Essays in Greek coinage presented to Stanley
Robinson, Oxford, 1968, p. 90-104, surtout p. 90 ; J.H. Kroll, The Athenian Agora XXVI,
Princeton, 1993, The Greek Coins, p. 25-26.
21. J.H. Kroll, The Athenian Agora, XXVI, Princeton, 1993, The Greek Coins, p. 25-26 pour
la bibliographe précédente.
22. Cf. supra, п. 19 et О. Picard, О pófax; хцс Mcticeôoviaç axnv e^éXify\ xov vouioumoç,
EEEME, Thessalonique, 1992, p. 133-139.
23. La source de Polyen fut, selon Melber, Ephore ; cf. J. Melber, Uber die Quellen und den
Wert der Strategemensammlung Polyans, Jahrbticher fur klassische Philologie, Suppl. 14, 1885,
p. 576. E. von Stem et B.A. van Groningen ne partagent pas cet avis.
24. E. von Stern, Zur Wertung der Pseudo-Aristotelischen Zweiten Oekonomik, Hermes, 51,
1916, p. 433.
25. B.A. van Groningen, Aristote, le second livre de l'Economique, Leyde, 1933, p. 150-151.
RN 2000, p. 123-136 STRATAGÈME DE POLYEN ET LE MONNAYAGE D' ARGENT 129 UN
Macédoine, c'est-à-dire celle d'un Etat étranger. Une deuxième difficulté
naît de la mention du кгисршс %аА,кос26. On pourrait expliquer la pre
mière en se référant à l'exemple de Callistratos d'Aphidnai qui réorga
nisa les finances du royaume quelques années plus tard27 : la mention de
Timothée apparaît alors comme un raccourci signifiant que le souverain
macédonien aurait frappé ce monnayage de nécessité sur les conseils de
celui-ci. Quant à l'expression Kwpioç %аХкос, à moins de supposer
qu'elle indiquait l'origine géographique du métal, que s'était procuré
Timothée, qui en tant que fils de Conon avait des relations ancestrales
avec Chypre, nous ne pouvons que la rapprocher du terme utilisé par
Polyen dans son récit parallèle (IV 10, 2) %aÀ,KOKpaxov Kaooixepov dont
la raison d'être nous échappe tout autant.
Dans son ouvrage, Coins of the Macedonians1*, M. Jessop Price a ment
ionné ce stratagème et proposé d'identifier les pentadrachmes avec les
statères d'Archélaos et de ses successeurs ayant un poids modal de 10,90
g. Les statères de Perdiccas III portent au droit la tête d'Héraclès imberbe
et au revers le cheval au pas de parade. U. Westermark accepta l'hypo
thèse et proposa le schéma suivant :
Pentadrachme : 10,90 g (poids modal de 10,90 g)
Drachme : 2,18 gde 2,20 g)
Triobole : 1,10 g (poids modal de 1,20 g)
Obole : 0,35 gde 0,40 g)
Hémiobole : 0,18 g (poids modal de 0,20 g)
Mais leur identification avec les pentadrachmes de Polyen se heurte à
une objection majeure, car ces statères sont frappés dans un très bon al
liage, contenant 96,5 % d'argent29.
26. Cf. infra.
27. Ps. Arist. Econ. II 2, 22. O. Picard, Les Thasiens du Continent et la fondation de Philippes,
Tranquillitas, Mélanges en l'honneur de Tram tam Tinh, Paris, 1994, p. 459-473. O. Picard montre
que ce Callistratos réorganisa les finances du royaume téménide au début du règne de Philippe II
(Ps. Arist. Econ. II 2, 22). On pourrait ajouter un argument de plus à sa liste : la réforme que
Callistratos d'Aphidnai réalisa en Macédoine concernant l'élévation des taxes sur les marchand
ises qui arrivaient dans les ports du royaume est incompréhensible dans le contexte du règne de
Perdiccas III, étant donné que ce dernier ne disposait d'aucun port à partir de 363, date de la prise
de Pydna et de Méthônè par Timothée. Sur les ports dont Philippe II disposait à partir de 358/357
(Amphipolis, Pydna et Oisymè) ; cf. N.G.L. Hammond, Philip's Innovations in Macedonian
Economy, Symb. Osloenses 70, 1995, p. 22-29. Pour une opinion différente au sujet de la fonda
tion de Datos cf. P. Counillon, Datas en Thrace et le Périple de Pseudo-Scylax, REA, 100, 1998,
p. 115-124, surtout p. 120, n. 25 : «le moment historique de la description ne peut se situer
qu'entre 360 et 357 ».
28. M.J. Price, Coins of the Macedonians, Londres, 1974, p. 20 ; eiusdem, NC 1979, p. 239 ;
Westermark, KME (1989), p. 303 ; eadem, Essays Carson & Jenkins, p. 17-30, surtout p. 19.
29.Essays Carson & Jenkins, p. 20.
iW2000,p. 123-136 130 SELENE PSOMA
Price et Westermark supposaient que la réforme avait été introduite par
Archélaos puis adoptée par ses successeurs. Elle aurait entraîné une dé
valuation de l'ordre de 65 % par rapport aux monnaies frappées par
Alexandre Ier et Perdiccas II. Cette hypothèse est en contradiction avec ce
que nous savons de petites fractions d'argent de poids réduit frappées par
ces deux rois : en effet les lettres du revers qui, par leur caractère excep
tionnel soulignent la nouveauté de la manipulation monétaire, permettent
d'affirmer qu'il s'agissait de trihémioboles 30 frappés par Alexandre Ier et
de trihémioboles et dioboles frappés par Perdiccas II ; le poids de ces
monnaies qui correspond à la moitié du poids modal de la valeur indiquée
montre que la réduction fut de l'ordre de 50 %. La politique monétaire de
Perdiccas II doit s'expliquer par une volonté ď économie de métal pré
cieux, tout comme la frappe de deux séries de tétroboles à des types dif
férents, qui sont les uns de poids plein et en bon alliage et les autres de
poids réduit et en mauvais alliage, quelques années avant l'introduction
du monnayage de bronze par Archélaos31.
Un changement de la valeur nominale de la monnaie est en général a
ccompagné d'un changement de type et plus rarement par l'indication de
la valeur sur la monnaie32. Un examen soigné des dénominations frappées
par les souverains téménides depuis Perdiccas II jusqu'à Perdiccas III
pour essayer de noter le rapport entre le changement de type et d'évent
uels changements de valeur, est indispensable pour vérifier la validité de
l'hypothèse de Price.
Le monnayage des rois de Macédoine de 452 à 360 av. J.-C.
Parallèlement aux dioboles, trihémioboles, oboles, tritartèmoria et hé
mioboles, Perdiccas II (452 ?-413) frappa des tétroboles de poids lourd et
léger33. Nous avons étudié ailleurs les émissions de poids réduit de dio
boles et de trihémioboles portant au revers les mentions ÀIOB et TPIH
que le père ď Archélaos frappa34. Ce souverain frappa également des dio
boles, oboles 35, tritartèmoria et hémioboles 36. Les types de fractions (t
étroboles de poids lourd et léger, dioboles, oboles, tritartèmoria, hémiob
oles) de Perdiccas II paraissent s'organiser selon le schéma suivant :
30. S. Psoma, Monnaies de poids réduit des rois Alexandre Iя et Perdiccas II de Macédoine,
ZPE 128, 1999, p. 273-282.
31. Cf. supra n. 30 et infra, n. 33.
32. O. Picard, Innovations monétaires dans la Grèce du IVe siècle, CRAI, 1989, p. 675 sq. Sur
les monnaies d'argent dont la valeur est indiquée ; cf. infra, n. 34.
33. Raymond, ANSNNM, 1953, p. 136-163.
34. S. Psoma, Monnaies aux initiales TPIH, Мущхг) M.J. Price, Athènes, 1997, p. 104-110.
35.NNM, 1953, p. 163-165 ; S. Psoma, Monnaies de poids réduit, art. cit. n. 30.
36. Raymond, p. 164-165 ; art. cit. n. 30. Sur les hémioboles de Perdiccas
II ; cf. S. Psoma, Une nouvelle hémiobole de Perdiccas II de Macédoine, BSFN 1997, p. 17-19.
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