Bibliographie de l'abbé Victor Carrière ; n°122 ; vol.33, pg 12-24

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Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1947 - Volume 33 - Numéro 122 - Pages 12-24
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Publié le 01 janvier 1947
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Barthélemy-Amédée Pocquet du
Haut-Jussé
Bibliographie de l'abbé Victor Carrière
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 33. N°122, 1947. pp. 12-24.
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Pocquet du Haut-Jussé Barthélemy-Amédée. Bibliographie de l'abbé Victor Carrière. In: Revue d'histoire de l'Église de France.
Tome 33. N°122, 1947. pp. 12-24.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1947_num_33_122_3033• . BIBLIOGRAPHIE
DE L'ABBÉ VICTOR CARRIÈRE
Ceux qui ont connu l'abbé Carrière ne s'étonneront' pas si
sa bibliographie reflète sa forte et originale personnalité. La
liste de ses travaux, à elle seule, trahirait ' ses , préoccupations
majeures. Si le hasard a eu quelque' part dans la choix- des
sujets qu'il a traités, ses' intentions profondes quoique trans
parentes ont fait dériver, suivant une * direction vvoulue les
problèmes soulevés fortuitement sous ses pas. La s Chair1 pagne,
sa patrie 'd'adoption, lui* a offert l'occasion de ses premiers,
écrits, la destinée tragique des Templiers l'a ensuite inquiété-
En même temps l'élaboration^ d'un volume de Pouiliés l'en
traîna vers les pays de .langue germanique et vers l'histoire
diocésaine: , Enfin frappé, de bonne heure, par la gravité de
l'offensive protestante au xve siècle, il- s'attela à la rude-miss
ion de remettre choses et gens dans leur vrai jour et de re
placer les responsabilités sur les épaules qui devaient .les
porter. Apôtre à sa -manière,* l'abbé Carrière ne s'enferma
jamais dans la science contemplative. Juge des travaux des
autres de multiples comptes rendus il ne recula -pas
devant la polémique. Animé, au plus haut -.point, du sens de
l'enseignement, le souci d'aider les autres chercheurs- et v ce
que nous appelons F « esprit d'équipe » dominèrent chez lui.
Directeur de la Revue d'histoire de l'Église de France et fon
dateur, de la, Société ecclésiastique de la France, il!
provoqua, dans le même ordre d'idée, la publication d'un ou
vrage essentiel d'initiation, l'Introduction aux études d'his-
, toire ecclésiastique locale*
Le premier maître de Victor Carrière fut Alfred Baudrillart
qui enseigna l'histoire chez les > Oratoriens puis à l'Institut
catholique de Paris dont il devint recteur en 1907. Par lui. le
jeune Carrière fut initié aux disciplines diverses de la méthode
historique et aiguillé" vers des maîtres, éprouvés dont l'em
preinte, fut j indélébile et conservée par l'élève avec une gra
titude émouvante1: Paul Fournier, le < grand historien* du di'oib
canonique, Maurice Prou, le pénétrant1 diplomatiste et- paléo
graphe, Auguste Longnon, le créateur en France de la géogra
phie historique.
Est-ce Longnon qui ouvrit les portes de sa Champagne na
tale devant l'ardeur < dévorante t du » néophyte ? Ne faudrait-il L'ABBÉ VICTOR CARRIÈRE . 13
pas' plutôt chercher en ces débuts J'influence d'un prêtre ou
blié aujourd'hui, mais dont le curriculum scientifique semble
une préfiguration de celui de M. Carrière, l'abbé Auguste
Pétel auquel M. Carrière consacra, lors de son décès en 1915,
une biographie affectueuse ? C'était un Champenois de Troyes,
historien objectif etv polémiste à ses, heures; il avait- étudié
lui aussi 'les Templiers et les i protestants et son presbytère
accueillant hébergea < parfois le «futur directeur de la Revue
d'histoire de l'Église de France dont le rapprochaient tant de
goûts et, de zèles, communs. ^
Quoi qu'il en soit, les premières pages imprimées par l'abbé
Carrière remontent à 1903; elles éditent un texte du xvie siè
cle, le rôle de l'arrière-ban du bailliage de Provins en 15871.
Le pays de Provins fut alors et pour quelque temps le fief
intellectuel de l'abbé Carrière. A l'une de ses paroisses, Melz-
sur-Seine, assise sur le rebord du* plateau v que contourne le
fleuve parisien, et à ses; établissements religieux, séculiers et
réguliers, M. Carrfère consacra' près de cent pages. C'était un
tableau d'ensemble qu'il a complété depuis par l'étude fouil
lée d'un prieuré de la même commune, celui de La Fontaine-
au-Bois2. Ultérieurement encore il revint sur ce monastère
pour consacrer quelques pages à la découverte de sarcophages
de plâtre où ses moines dormaient leur dernier sommeil3. Des*
excursus de sa bibliographie gravitent autour de Provins :
une recherche onomastique sur Chantaloup (lisez ; Chante-
Aloue) en Bèauchery; une notice sur un secrétaire et général
des finances de Louis XI, Nicole Tilhart, seigneur du Plessis-
aux-Tournelles en Provinois, et dont la bibliothèque de Pro
vins conservait l l.e testament4. Orienté' ensuite vers des hori
zons plus larges, l'abbé Carrière ne perdit pas de vue le champ •
de ses débuts et la rose qui* en est la gloire5. Dans ses der-
1. Rôle et taxe des fiefs de l'arrière-ban du bailliage de Provins en
1587, avec une introduction sur le rétablissement et l'étendue de ce bail
liage au XVIe siècle. Paris, 1903, in-8° de 62 p.
2. La Paroisse* et l'église de Melz-sur-Seine. Bulletin d'histoire et d'ar
chéologie du diocèse de>Meaux% t. IV, 1904, p. 33-69. — Les Établiss
ements religieux de Melz-sur-Seine, ib.> p. 99-140. — Bulletin d'histoire et
d'archéologie du diocèse de Meaux, t. IV, 1908,) p. 99. '
3. ATofe sur un cimetière de moines découvert à la Fontaine-au-Bois en
Seine-et-Marne, Revue d'histoire de l'Église de France, t. XXXy 1944, p.
94-96. — Désormais^ nous citerons ce périodique par son seul mot ini
tial : Revue.
4. A propos du nom de Chantaloup, note d'onomastique. Revue cham-*
penoise et bourguignonne, t. I, 1904, 15 p. — Nicole Tilhart, secrétaire
et général des finances de Louis XI. Moyen Age, t. XVIII, 1905,'- p. 169-
189.
5. Sur la rose de Provins au XIV' siècle. Bulletin de la Société d'his
toire ... dé Prooins, 1914, numéros 1-2.
' > REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE* 14
niers jours il n'avait pas renoncé à l'un des rêves de sa <■ jeu
nesse, écrire, avec la maturité de son talent, une histoire «de
la modeste bourgade de Melz-sur-Seine.
A Provins même, un sujet plus ambitieux le guettait' qui le1
saisit pour toute sa vie. En 1919 seulement parut son Histoire
et cartulaire des Templiers de Provins6, ouvrage auquel l'Aca
démie des inscriptions et belles-lettres décerna," l'année sui
vante, la troisième médaille au concours des antiquités natio
nales. Mais plusieurs années auparavant le sujet / l'avait < con
quis, ses. publications préparatoires , l'attestent. En 1914, un
premier » stade de son^introduction sur les Débuts de l'ordre ,
du Temple en France parut dans le Moyen Age7. Et deux ans
plus tôt, en 1912, virent le jour 'dans notre Revue ses Hypo-,
thèses et faits nouveaux en faveur -des Templiers, fruit', des
réflexions que lui suggérèrent des livres alors. récents de Paul
Viollet, de Salomon Reinach, de Noël' Valois, d'Auguste, Pétel
et de M: Lizerand8. C'était un début magistral. Nombreux sont
les comptes rendus où il revint, ensuite sur la question, et
tout dernièrement encore9. Il ne se borna .pas à montrer dans
la Champagne le berceau de l'ordre du Temple, son domaine
le mieux membre, l'auditoire de saint >Bernardl au concile de
Troyes, il s'éleva jusqu'à l'essentiel du débat : que penser/ de *
la culpabilité des chevaliers ? quelle valeur accorder à leurs
aveux ? Avec la chaleur de l'avocat -qui arrache des innocents
à des juges hypocrites il défendit ses clients. Il rappela fort
à propos un mot du grand maître Jacques de Molai, rapporté *
par -Villaniet qui jette une lueur décisive > sur vies aveux en
apparence spontanés, en réalité sollicités par des promesses
fallacieuses : « J'ai avoué... séduit par les cajoleries du Pape
et du Roi de France'. » Trop simples, quelques chevaliers au
raient cru que le roi n'en voulait qu'à leurs trésors, ils écou
tèrent les séducteurs les persuadant que leurs aveux les met
traient 'personnellement* à. l'abri a de la peine capitale.- Quelle
véracité attribuer à des déclarations escroquées de la sorte ?
La Champagne s'entrevoit à l'arrière-plan d'une autre brari-
• 6. Histoire et cartulaire des Templiers de Provins avec*une introduc
tion sur les débuts de l'ordre du Temple en France. Paris, 1919, lxxxviii-
231 p. — Compte rendu par l'abbé Mollat, Revue, t. VII, 1921, > p. 286,
7. 2° série/ t. XVIII, 1914, p. 308-335.
8, Revue, t. III, 1912, p. 55-71. ' , .
9. Voir dans *la 'Revue les comptes rendus des ouvrages de^LizERAND.
(V, 206 et X, 235), d'ALBON(IX, 252y Léonard (XVIII, 201), de Loisnb
(XII,S 345), Durbec (XXVII, 115), Dessubré (XV, 231) et en dernier lieu
de Charpentier, Lobet et Roman (XXXII, 125-133), voir aussi la Nécro
logie de Jean Beyssac (XV, 396).
, L'ABBÉ VICTOR CARRIÈRE 15
che de l'activité scientifique * de l'abbé Carrière. L'illustre
Champenois Auguste Longnon s'était fait, chez nous, l'initi
ateur de la géographie historique. A son instigation l'Académie k
des inscriptions u entreprit de publier une vaste collection des
Pouillés des anciens diocèses de la France. Ces listes bénéfi-
ciales furent 'éditées en les groupant par provinces 1 ecclésias- -
tiques et précédées d'introductions où l'auteur 'traçait avec la
plus grande précision possible les lignes et les vicissitudes des
divisions territoriales de l'Église médiévale. A travers celles-
ci on espérait discerner les^pagi carolingiens, voire des ci
rconscriptions plus anciennes. Ces répertoires, pour les régions
qui en furent^ dotées, sont* à l'heure actuelle* de précieux in
struments d'identification topographique.
En 1904, pour mener à bonne fin lçs pouillés de la province
de Trêves, Longnon sentit la nécessité de, se donner un aide.
Guidé peut-être par Maurice Prou il choisit l'abbé Carrière.
Heureuse décision ! M. Carrière fit à trois reprisesdes séjours
en Rhénanie, notamment à Coblence. Il * rechercha, copia, ^véri
fia les textes. Avec 'le flair du chercheur bien doué il mit la*
main sur des documents égarés : le pouillé messin de 1570
dont la trace, depuis le xviii" siècle, s'était perdue et qui était,
finalement échoué aux Archives de -là Meuse, le registre des.
visites de l'archidiaconé de Longuyon, de la même date, qui *
se découvrit dans les papiers de l'évêché de Trêves.
Après la mort de Longnon l'abbé Carrière; supporta^ toute
la charge de l'ouvrage.. L'introduction et l'apparatus final sont
de 'sa main. Le volume sortit de l'Imprimerie nationale en
191510. Mais avant cette date M. Carrière. en avait donné un
avant-goût au public. Il avait fait connaître l'un des textes les
plus curieux trouvés par lui, le procès-verbal de la visite ar-
chidiaconale, en 1511-1512, d'un "-territoire qui chevauchait la
frontière; franco-allemande, celui de Carden. Il reconnut*
dans la procédure 'des visites, canoniques et particulièrement
-dans l'usage des témoins synodaux des épaves, conservées en
Rhénanie jusqu'à- la fin du^xvin" siècle, d'une législation r
emontant aux capitulaires .carolingiens11. »
10. Pouillés de la province de Trêves, publiés par M. Auguste Lon
gnon, membre de l'Institut, et M. l'abbé Victor Carrière, du clergé de
Paris, Paris, Imp. nat. et Klincksieck,, 1915, in-4° de lxviii-600 p. Recueil
des Historiens de la France, 5e vol. Un Avertissement de i Maurice Prou
précise la part de chacun des auteurs.
11. Une visite synodale dans l'ancien archidiaconê de Carden au Moyen
Age, Revue des questions •< historiques, t. XCII, 1912/ p. 1 117-141. — Das
Itinerar der iVisitation im Archidiaèonat , von Carden (Î51iri512). Extrait
du Trierisches Archiv, 1912, Heft 19, p. 164-183. REVUE D*HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE t FRANCE^ 16
Je n'hésite .pas à rattacher à cette zone T des travaux de
M. Carrière les* pages publiées, en 1916,, sur un énigmatique
nom anciennement porté par la ville de Verdun : urbs clavo-
rum, dont* il dénicha la clef. Il fallait dire : urbs sclavorum,
la ville des Slaves12.
Familiarisé avec la langue et l'érudition germaniques,
M. Carrière aurait -pu s'en faire le spécialiste et ce n'eût pas
"été -un résultat , négligeable de sa fréquentation des .peuples
Rhénans. En fait- il se borna à rendre compte de quelques
livres* traitant * de l'histoire des diocèses qu'il avait >■ lui-même
étudiés13.
En revanche, dans le long contact avec les institutions dio
césaines il ^ressentit, vivement* le besoin-de renouveler l'his
toire de nos .évêchés.* L'idée de refondre et de. rajeunir la
vieille Gallia Christiana1 des Bénédictins,, si elle ne germa pas
d'abord Mans son cerveau, fut adoptée par lui avec une fe
rveur si immédiate qu'ilv dut la concevoir en même temps que
son ami le savant abbé Degert. De là sortit le projet d'une
depuis « France^ lors. épiscopale et, diocésaine » qu'il caressa toute sa vie,
Un autre domaine cependant le sollicitait et c'est un de ceux
où son action a été 'le plus efficace : l'histoire du protestan
tisme. En\1909 il .écrivit, 'pour être soutenue devant la Faculté
de théologie catholique de Paris, une thèse, restée manuscrite,
sur la question Comment le protestantisme a progressé sous
François II et pendant les -.premières années de Charles IX,
Avec la mémoire, des jTempliers l'honneur du clergé français
du * xvr siècle^ fut- la cause qu'il défendit avec le plus de vi
gueur. Son travail primitif fut enrichi par* de persévérantes
recherches . aux Archives nationales, surtout dans les fonds
du Parlement et de l'Agence du clergé." Quantité de documents,
jusque-là enfouis^dans l'ombre de ces 'vieux dossiers, furent*
ramenés à la lumière et lui permirent 'de dissiper certains
nuages parfois \ volontairement accumulés. Le résultat fut un
travail capital sur les Épreuves de l'Église de France au XVI*
siècle, dont la publication commença en 1925 dans 'la Revue.
12. Verdun et les Russes, Moyen Age, t. XIX, 1915, p, 271-274; article,
réimprimé sous- le titre Verdun et les Slaves dans les Mémoires de la
Société -philomatique de Verdun, t. XVIII, 1934, p, 255-262.
13. Voir dans la revue ses analyses des ouvrages de Koeniger (II,
566)/ Bastgen (III,* 99), Tourneur- A umont (VIII, 38) et Kaiser (XV, 494).
1 L'ABBÉ VICTOR -CARRIÈRE' 17
et auquel l'Académie française décerna le prix Thérouanne14:
L'auteur y passait » successivement en revue le Saccagement
des églises,, les Aliénations- du temporel^ ecclésiastique, les
Refus de payer, la dîme, les -Impositions royales et les Causes,
du fanatisme huguenot. Deux, parties eussent pu être fondues
ensemble, les impositions royales et les aliénations du tempor
el, les1 secondes découlant des premières auxquelles elles
étaient étroitement -liées. Le plan.de l'auteur subit, d'ailleurs,
quelques, retouches dans -l'édition < définitive qu'il donna de
son travail} en 1936, au tome III de l'Introduction aux études*
d'histoire ecclésiastique locale15. ■
M. Carrière, certes, n'avait' la prétention ni de tout dire ni >
de tout trancher définitivement. Par exemple/ son réquisitoire
contre le régime bénéficiai est d'une sévérité" que seuls justi
fient les abus qui- l'avaient dénaturé au xvie siècle. L'auteur
se plaisait à procéder par .échantillons puis il généralisait en
invitant les chercheurs à contrôler ses hypothèses. Cette mé
thode prudente, loyale, suggestive aboutissait < à des résultats
singulièrement précis et nouveaux. Le clergé écrasé par le
fisc, traqué ou1 dépouillé par les hommes de loi, contrainte
parfois de fuir. afin d'éviter la prison pour dettes, fut victime,
dans ses biens comme dans ses personnes, de la guerre civile.
L'ouvrage, bourré de références aux archives et de- citations
de documents, était • un incomparable magasin. M. Carrière
auraitvoulu faire mieux encore. Il projeta de compléter son
travail par l'édition d'un volume de textes. Avec M. Léon Le
Grand il' s'était partagé la besogne. Il s'agissait de dépouiller
les registres1 du Parlement,. l'un se. chargeant du- civil, l'autre
.du criminel. Ce grand* dessein ne se réalisa pas. Mais M. Car
rière 'seul a. fort ajouté à ses Épreuves par les (publications
qui ont suivi. • *
On peut les ranger en trois catégories : des éditions de tex
tes, des comptes rendus, enfin des 'articles généralement pro—
voqués par la lecture d'un livre nouveau mais creusant plus
profondément un point précis; tous ces écrits pleins de vues
personnelles et nourris de faits inconnus.^
14. Revue, t., XI, 1925, p. 167-201, Introduction. Saccagement des égli
ses; p. 332-362, les Aliénations du temporel ecclésiastique; t. XII,' 1926,
p, 168-196 et 315-342, les Grèves des décimables ;' t. XIII, 1927, p. 433-
465,. les Impositions, royales ; t. XVI, 1930, p. 337-372 et 4-73-501, les
Causesidu fanatisme huguenot. Les pages sur l'impôt des clochers avaient
fait l'objet d'une communication à la ^Société d'histoire du droit le 10
février 1927 et le chapitre sur les impositions royales avait été présenté,
sous, forme de rapport, au, premier congrès des Sciences historiques, à*
Paris, au mois d'avril de la même année (.Revue, XIII, 421).
15. P, 247-509.
2
, * REVUE D'HISTOIRE DEL'ÉGLISE DE FRANCE Tt 18
Plusieurs documents furent estimés par M, Carrière dignes;
d'être présentés au public, dûment* commentés 4 : Une lettre
écrite par le parlement de Dole dénonçant à. la régente - des »
Pays-Bas un cordelier qui avait prêché à Besançon et- semé-
des désordres; cette missive du 18 avril 1561, était extraite
des Archives royales de Bruxelles16. — Des < remontrances
adressées, en 1564, par le clergé du diocèse de Luçon aurof
pour se plaindre de Huguenots qui, contrevenant à l'édit d'Am-
boise, interdisaient le culte catholique17. — Un. article sur
Pierre de la Ramée (plus connu sous /le nom de Ramus) et la
« principauté » du collège de Presles à Paris, où son absence
en * 1564, * suivie de sa profession du* calvinisme à Heidelberg
en 1568, entraîna son remplacement dans son poste de prin
cipal» considéré comme * vacant18. Au. début- du règne "de
Louis XI V* se posa, à, propos du collège de Montauban, un*
épineux problème : l'établissement avait été confié aux Jésuit
es, mais la ville, toute acquise au protestantisme, y mainten
ait tprofesseurs ses coreligionnaires. Les Jésuites demandèr
ent qu'on fît cesser > cette situation fausse en prononçant la
disjonction des deux collèges, ce qui ne leur fut pas accordé
par le roi (1645-1646) «.•
.Emporté par sa chance, M. Carrière fit des trouvailles sur
avec* l'histoire du xvie siècle, sans^ rapports," ou guère, la Ré
forme. Il ajouta quelques détails à' la biographie du traduc
teur de Plutarque, Jacques Amyot20 et soumit* à/ un examen
serré un prétendu autographe de François Ier dont.il corrigea*
une lecture tendancieuse, ce qui ramena un Franciscus rex
antiquus à un possible mais obscur François d'Anvers21.
Libre examen et tradition chez les exégètes.de la^Préré-
forme est l'exposé d'une controverse aiguë suscitée en 1519
autour d'um opuscule de Lefèvre d'Étaples,,Z)e Maria Magda-'
lena, où l'auteur décomposait T en trois personnes différentes^
la Marie-Madeleine traditionnelle. Il fut. épaulé par Clichtove
qui formula, à ce propos, huit principes de critique textuelle
appliquée à l'Écriture sainte, tandis que l'anglais John Fisher
combattait ces nouveautés et que le docteur Béda les réprouv
ait au nom de la Faculté de théologie de Paris. Celle-ci déféra
16. Revue, V, 1914-1919, p. 528-530.
17. Ib.t t. XXIV, 1938, p. 458-470.'
18. lb., t. XXVI, 1940/ p. 238-242.'
19. lb., t. XXVI; 1940, p. 63-68,
20. 76., t. V, 1914-1919, p. 286.
21. Ib.; t. XVIII, 1932, p. 20-29.
22. Ib., t. XXX, 1944, p, 39-53. l'abbé victory carrière 19
Lefèvre au Parlement' comme hérétique, mais un ordre de
François Ier suspendit les poursuites.
Un comité d'historiens et de pasteurs suisses, français et
italiens, ayant' publié, à Neuchâtel, en un gros volume, une
vie de Guillaume Farel, M. Carrière y répondit en passant au,
crible la biographie de ce remuant personnage, jusqu'au jour
où Calvin l'attira dans son sillage (Î536). IV montra* ce pro
pagandiste médiocrement intelligent et rempli d'un fanatisme
haineux que flagella Érasme dans une lettre que M. Carrière
ne manqua pas de rendre à la vie23.
M. Carrière, qui n'était pas un sectaire, le prouva bien dans
son étude composée sur les Tendances de la Saint-Barthélémy
en Languedoc, présentée au congrès des Sciences historiques
de Montpellier, en' mai 1937.. Il établit que quatre villes seu
lement avaient compté des victimes du massacre, celui-ci pro
voqué soit par les haines de la populace,' comme à Albi et à
Rabastens, soit par les encouragements, ouverts ou masqués,
du parlement, comme à Toulouse et à Gaillac24.
On aurait tort -enfin de négliger les comptes rendus. Les -
recensions1 de l'abbé Carrière n'étaient jamais banales. Celles
qui' touchent au protestantisme sont parmi les plus riches en>
notations personnelles et documentaires. Traitant parfois
d'ouvrages dont le sujet déborde largement cette question, il
s'y attache et les passages qu'il leur consacre sont d'un maît
re25. Lorsque l'auteur sur la sellette avait abordé de plein
fouet la question protestante, le compte rendu prenait l'am
pleur d'un véritable - article26. A propos du livre de Pannier
sur les Origines de la Confession de foi, M. Carrière distingua.
et définit les trois tendances qui se partageaient les penseurs
au début,, du xvi9 siècle, l'humanisme réformiste d'Érasme,
l'évangélisme « fabricien » de Lefèvre d'Étaples et de l'école
de Meaux, enfin le biblicisme révolutionnaire des Luther, Fa
rel et Calvin".
23. 76., t. XX, 1934, p. 37-78. k
24. 76., t. XXVII, 1941, p. 221-229. Voir t. XXIII, 1937, p. 308.
25. Voir les comptes rendus des ouvrages sur l'abbaye de Troarn par-
Sauvage (III, 569) » et sur l'Abbé Du ^Bos^ initiateur de la pensée mo
derne (VI, p. 194) .
26. Voir ses pages * sur le massacre de Vassy à propos des livres de
Noël Valois et de Nathanaël Weiss (VI, 344 et XIII, 538), voir les recen
sions des livres de RoMiEB'sur le Royaume de Catherine de Médicis (IX,
533-542), de John Viénot sur l'Histoire de la Réforme française \ (XIII,
55-66), de Piaget et Berthoud sur Jean Crespin et son Lime des mart
yrs (XVIII, 378-388)/ de Dez sur les protestants du Poitou (XXIV, 487-
4940.
27. Revue, t. XXIV," p. 198-204.
> - I \
20,* REVUE D'HISTOIRE ' DE L'ÉGLISE DE FRANCE
Mais le moindre de ses comptes rendus mérite d'être' lu et
relu par, les spécialistes et même par les simples curieux28.p
En dehors de ces terrains préférés, terrains étendus et va
riés, M. Carrière ne s'aventurait guère. Saï bonne culture et'
son esprit pénétrant le lui auraient permis. On le 'constate en
lui* dicta sa r vénération pour un .collègue lisant l'article que
de l'Institut catholique, où lui-même était devenu professeur
depuis 1930." Je parle de l'abbé Charles Urbain, l'éditeur de
Bossuet. M.' Carrière lui consacra* une notice • nécrologique29
puis îrgroupa dans un expose bibliographique les nombreux
travaux du chanoine Urbain dispersés en de multiples lieux30.'
Il assurait ainsi leur conservation et leur propagation, sans
se priver, chemin faisant, 4e réfuter ou redresser certaines
allégations du bon savant,-
Nous avons cité plus d'une fois - les comptes rendus de.
l'abbé Carrière.* Ils sont de ceux qui mériteraient — comme
ceux de Mgr Duchesne — d'être recueillis pour survivre à
l'information courante à laquelle ils .ont été d'abord destinés.
Ce. ne sont jamais d'insignifiants h éloges ni de sèches analys
es. Il'n'en est aucun qui ne présente des suggestions personn
elles, toujours-justement motivées. Souvent, nous l'avons dit,
ils apportent < des références aux archives et des , documents
inédits .: ce sont des sources mais ce sont aussi des champs -
clos. L'abbé Carrière avait bec et ongles. Certaines de ses pages
écrites à propos d'œuvres de John Viénot ou de Nathanaël <
Weiss montrent en lui un dialecticien fougueux. Son arsenal»
c'étaient les archives. Quand il avait asséné à l'adversaire un <
coup décisif il ne cachait pas sa joie. Mais il n'était ni fielleux
ni sournois. Surtout il n'était pas partial. Il n'hésitait pas à
reconnaître la portion devrai dans les thèses- adverses, ou
les fautes de ceux qu'il défendait. Ses amis recevaient de lui-
la-même sévère justice que les autres. S'il a ferraillé contre
des huguenots il n'a pas été indulgent pour les tenants, de
1' « apostolicité » des Églises de la Gaule qu'il a pourfendus en
28. Voici les autres • ouvrages touchant l'histoire du protestantisme sur
lesquels il s'est prononcé : Morand, le Capitaine Poncenat, hobereau du
Bourbonnais (Vy 67). Charbonnier, la Poésie française et les guerres de,
religion (IX,* 75) . Calvin, Épitre au roi François Ier, éd. Pannier -, (XV,
232). Antoine de Sérent, les Frères mineurs en face du protestantisme .
(XVI, 296). P. de Vaissière, Dussert, le Baron des Adrets (XVII, 516).
Deluz, la Dispute de Lausanne^ éd, Meylan (XXIII, 430). Registre du Cons
eil de Genève (XXIII, 547).,
29. Revue, XVII, 1931, p. 414.
30. Bossuet au XXe siècle. Les travaux de l'abbé Urbain relatifs à Bos
suet. Revue, t. XVII, 1931, p. 464-487.v