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Figures mythiques et bibliques chez Louky Bersianik et Madeleine ...

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Figures mythiques et bibliques chez Louky Bersianik et Madeleine ...

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UNIVERSITÉ DU QUÉBEC ÀMONTRÉAL FIGURES MYTHIQUES ET BIBLIQUES CHEZ LOUKY BERSIANIK ET MADELEINE GAGNON : VERS LA CRÉATION D'UN UNIVERS UTOPIQUE AU FÉMINII~? MÉMOIRE PRÉSENTÉ COMME EXIGENCE PARTIELLE DE LA MAÎTRISE EN ÉTUDES LITTÉRAIRES PARJOHANNELAFRANCE JUIN 2006 UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL Service des bibliothèques Averiissement La diffusion de ce mémoire se fait dans le respect des droits de son auteur, qui a signé le formulaire Autorisation de reproduire et de diffuser un travail de recherche de cycles supérieurs (SDU-522 - Rév.01-2006). Cette autorisation stipule que «conformément à l'article 11 du Règlement noa des études de cycles supérieurs, [l'auteur] concède à l'Université du Québec à Montréal une licence non exclusive d'utilisation et de publication de la totalité ou d'une partie importante de [son] travail de recherche pour des fins pédagogiques et non commerciales. Plus précisément, à Montréal à reproduire, diffuser, prêter, [l'auteur] autorise l'Université du Québec distribuer ou vendre des copies de [son] travail de recherche à des fins non commerciales sur quelque support que ce soit, y compris l'Internet. Cette licence et cette autorisation n'entrainent pas une renonciation de [la] part [de l'auteur] à [ses] droits moraux ni à [ses] droits de propriété intellectuelle. Sauf entente contraire, [l'auteur] conserve la liberté de diffuser et de commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.» REMERCIEMENTS Je tiens à remercier Madame Lori Saint-Martin, directrice de recherche, qui a su me guider pendant mon cheminement au deuxième cycle. Sa passion pour les études féministes, conjuguée à son savoir-faire, m'a grandement redonné courage lorsqu'il le fallait. J'exprime toute ma gratitude à mon compagnon de vie, à mes parents ainsi qu'à mes précieux amis et collègues qui m'ont accompagnée avec sollicitude. Qu'ils se voient tous ici chaleureusement remerciés. TABLE DES MATIÈRES REMERCiEMENTS iii RÉSUMÉ vii INTRODUCTION 1 CHAPITRE 1 LE MYTHE ET SA RÉÉCRITURE AU FÉMININ: QUAND LE PRÉSENT CONJUGUE LE PASSÉ ET LE FUTUR 13 1. Le mythe 15 a) Définitions 15 b) Fonctions 16 2. Pourquoi revisiter les figures mythiques et bibliques au féminin? 17 3. Exploration de la mythocritique : définitions, concepts et état de la question au Québec 23 a) Définitions de la mythocritique 23 b) de la mythanalyse 24 c) La Inythodologie 26 d) La mythocritique au Québec 26 4. Méthode d'analyse des figures mythiques et bibliques 27 5. L'utopie traditionnelle 31 6. Le mythe et j'utopie 32 7. L'utopie au féminin 34 a) Définition 34 b) Lecture des utopies au féminin 35 8. Caractéristiques des utopies féministes des années soixante-dix 36 a) thématiques 37 b) Caractéristiques formelles 41 Vl Chapitre II LE PIQUE-NIQUE SUR L'AcROPOLE: Du MYTHE AU MOUVEMENT UTOPIQUE 47 1. Présentation de Louky Bersianik .48 2. du Pique-Nique sur l'Acropole .49 3. Parodie et ironie: une relecture féministe 51 4. Analyse des figures mythiques et des motifs 61 5. L'utopie au féminin dans Le Pique-nique sur l'Acropole 95 Conclusion 106 CHAPITRE III LUEUR. ROMAN ARCHÉOLOGIQUE: DE L'OCCULTATION DU FÉMININ À SON INSCRIPTION DANS L'HISTOIRE 111 1. Présentation de Madeleine Gagnon 112 2. de Lueur. Roman archéologique 114 3. Théorie-fiction, transgression du genre romanesque et moyens textuels 116 4. Analyse des figures bibliques et mythiques et des motifs 128 5. L'utopie au féminin dans Lueur 171 Conclusion 182 CONCLUSION 189 ANNEXE 197 BIBLIOGRAPHIE 199 RÉSUMÉ Le présent mémoire étudie le lien entre la réécriture au féminin des mythes bibliques et gréco-romains et l'utopie au féminin. Il dégage les nouvelles valeurs que proposent Le Pique-nique sur l'Acropole (1979), de Louky Bersianik, et Lueur. Roman archéologique (1979), de Madeleine Gagnon. Le projet de ces deux écrivaines se situe dans un vaste mouvement de re-vision de l'Histoire chez les féministes des années soixante-dix, qui tentaient alors de faire émerger une culture au féminin. Le chapitre 1 porte sur les fonctions du mythe et présente les approches de la mythocritique, de la mythodologie et de la mythanalyse. Il explique les raisons motivant la réécriture au féminin; il définit l'utopie traditionnelle ainsi que l'utopie au féminin et en précise les caractéristiques thématiques et fonnelles. La théorie d'Annis Pratt sur les schémas nanatifs (ou archétypaux) y est résumée. Le chapitre II analyse le texte parodique de Louky Bersianik; il présente des théories sur la parodie et l'ironie et rend compte de l'analyse des figures mythiques et des liens entre celles-ci et l'utopie au féminin. Le chapitre III étudie l'œuvre de Madeleine Gagnon en adoptant une démarche semblable à celle du chapitre II, en plus de définir la théorie-fiction et d'étudier l'intertextualité et ]'intratextualité. L'étude montre que la réécriture subversive des créatrices féministes donne une large place au féminin, au maternel, à la relation mère-fille et à la créativité féminine au sein de la culture patriarcale, dans le but d'inscrire la contribution des femmes dans l'Histoire. Le proj et de ces écrivaines consiste à critiquer les discours patriarcaux et à renverser le système sexelgeme (<< gender ») pour envisager un monde différent. En ce sens, les oeuvres étudiées établissent un lien étroit entre le mythe et l'utopie tout en innovant au plan de la forme romanesque et en proposant de manière originale un monde repensé au féminin. Mots-clés: Mythes; Féminin; Madeleine Gagnon; Louky Bersianik; Utopie. INTRODUCTION « Il fallait pourtant comprendre ce que les obèles cachaient. Tous ces textes dont la pensée avait été interpolée par des millénaires de vie patriarcale. Papier d'impression, papier-mythes de la légitimation masculine. D'instinct et de mémoire, j'essaie de ne rien reconstituer. De mémoire, j'entame. » (Nicole Brossard, Pic/ure TheO/y, 1982, 149). Depuis le début du vingtième siècle, les femmes investissent tous les champs du savoir, et ['avènement du féminisme a suscité de profondes réflexions sur l'émergence d'une culture au féminin. Le Québec des aill1ées soixante-dix a vu naître et évoluer une littérature féministe qui a remis en question non seulement les rapports entre les hommes et les femmes, mais aussi les fondements de la société patriarcale. Dans ce mouvement, il peut sembler étonnant, voire paradoxal, que nombre de créatrices québécoises, pourtant appliquées à faire émerger une écriture au féminin radicalement autre, ainsi que de nouvelles valeurs, redonnent vie aux figures mythologiques et bibliques d'un passé lointain. La « re-vision» féministe des fondements de la culture occidentale constitue un acte de survie visant à réinterpréter les silences et les images négatives touchant les femmes. En fait, cette re-vision devrait leur pennettre de se libérer de l'emprise qu'a laissée le passé sur elles aux plans psychique, social, spirituel et politique et de se « réinventer» en dehors des images stéréotypées (Rich, 1979). Vu la prégnance des mythes et des références bibliques dans l'imaginaire occidental, les tMoriciennes et créatrices jugent encore nécessaire de les discuter et de les récrire afin de réinventer un monde où la femme aurait sa place. La réécriture des mythes fait partie de cette vaste entreprise de re-vision de toute la culture occidentale et de ses valeurs. Selon certaines théoriciennes, ces choix narratifs comportent quelques dangers (Purkiss, 1992), par exemple, celui de retourner la femme à la nature, alors que selon d'autres, ils contribuent à revivifier les mythes tout en les subvertissant, puisqu'il est impossible d'effacer à tout jamais de la mémoire collective les images de la femme-obj et ou de la femme maléfique que l'histoire de l'humanité, écrite longtemps par les hommes, 2 nous a transmises par le biais des institutions culturelles et des croyances religieuses (Cauville, 1997). Selon Thérèse Marois, l'usage du mythe peut être libérateur s'il est démasqué et réinterprété, ce qui permet une démarche de « construction-déconstruction » émancipatrice (Marois, 1981,54). En remettant en question « la» vérité de l'Histoire, écrite par les honunes, deux écrivaines québécoises, Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, réussissent à créer des images positives de la femme malgré la prégnance de la culture patIiarcale, et c'est cette subversion qui nous retiendra ici. Toutes les cultures ont leurs mythes, et l'Occident réinterprète les siens selon les époques (Durand, 1996). Toutefois, les fenunes rejettent de plus en plus le rôle inférieur et maléfique que leur attribuent les récits mythiques classiques qui continuent tout de même d'habiter leur imaginaire (Collin, 1987), d'où, sans doute, la tentative de les revisiter et de réinventer à partir d'eux en remontant aux sources de l'oppression patriarcale pour contester l'ordre établi. En effet, les mythes et la Bible ont, aux yeux des théoriciennes féministes, de grandes faiblesses: absence ou dévalorisation du féminin, stéréotypes (ceux de la « bonne mère », de la vierge, de la putain, etc.). Leur réécriture vise à en dénoncer l'influence négative ainsi que le sexisme ayant confiné la femme à ['immanence; elle montre comment la fenm1e, antique figure de la Muse, pécheresse (Ève), peut devenir écrivaine ou artiste et passer de « l'état d'objet» à celui de « sujet », créant ainsi une nouvelle mythologie. La posture critique des écrivaines qui pratiquent J'écriture féministe ou l'écriture au féminin, comme Louky Bersianik et Madeleine Gagnon, permet de voir qu'une re-vision des valeurs favorise l'intégration des femmes et du féminin dans toutes les sphères de la vie. Mais comment les écrivaines québécoises en sont-elles arrivées àune re-vision semblable? Au Québec, la Révolution tranquille des années soixante a donné un élan au féminisme et a contribué à l'émergence du féminin dans la sphère culturelle, où se développe l'écriture des fenunes. Écriture féministe ou écriture au féminin? Dans ces deux expressions, l'évolution de la littérature féminine et celle des mentalités transparaissent : la première correspond à la période féministe (1974-1979), à laquelle appartiennent les oeuvres étudiées, alors que la seconde correspond davantage au « métaféminisme » des années quatre-vingt à quatre-vingt-dix (Saint-Martin, 1994, 161-170; Boisclair, 1998, 210-211), qui montre ['affinnation du sujet féminin. Les pionnières des années soixante ont donc ouvert la voie aux 3 femmes artistes des trois décermies suivantes, qui ont tenté de déconstruire les nombreux stéréotypes sur la fenune et les rapports de pouvoir qu'une société misogyne a entretenus pendant des siècles. Le projet de ces créatrices consiste à déplacer le symbolique, ce qui se fait entre autres en examinant et en réinventant le rapport mère-fille (Saint-Martin, 1999,215). Ainsi, elles espèrent retrouver la langue du féminin-maternel perdue, redonner la parole à la mère et faire entendre la voix de toutes les femmes. Parmi les principales caractéristiques de l'écriture au féminin, nommons la critique du système patriarcal et la réciprocité entre la mère et la fille (Saint-Martin, 1999, 43, 45), mouvement qui sert de contrepoids au marchandage entre le père et le mari, instauré par le patriarcat. On y observe aussi la circularité (au lieu de la linéarité), le va-et-vient entre le présent et le passé préoedipien (Saint-Martin, 1999, 45) et l'écriture du corps à la recherche d'une archê, d'une preuve (Collin, 1987, 112) et d'une culture (Théoret, 1987, 100) ; on comprend mieux, alors, pourquoi cette écriture entretient un étroit rapport avec le maternel. La quête identitaire est bien présente dans ces oeuvres, ainsi que la théorie-fiction (Frémont, 1986, 176) qui, comme nous le verrons au chapitre III, entremêle la fiction, la prose, la poésie, faisant ainsi éclater la notion de genre littéraire. Enfin, l'écriture au féminin repose sur la pulsion et tend à « inclure les apprentissages qui précèdent ceux de la culture, ceux de l'insertion dans les rôles sociaux, et ceux des différentes positions de pouvoir. C'est également redonner lieu et place à la mère, sans qu'elle la prenne toute [...] » (Théoret, 1987, 103). Voilà des éléments qui éclaireront l'étude des œuvres retenues. Hypothèse La mythologie et la Bible ont peu valorisé le féminin, et nous tenterons de voir comment la re-vision des deux écrivaines peut susciter une forme de guérison, de resacralisation du féminin (par exemple en redonnant à la reproduction une valeur positive habituellement associée à un acte de création). Nous avançons que leur réécriture des mythes s'inscrit dans une réflexion critique dénonçant l'oppression des femmes (sexisme, réduction à l'irru11anence, négation du désir féminin, etc.) et qu'elles proposent en même temps de nouvelles façons de repenser le monde hors des lieux connus, des stéréotypes et de la pensée binaire. Selon nous, ces écrivaines proposent de nouveaux lieux de réflexion débouchant sur