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Jean Macer, François Xavier et Guillaume Postel ou un épisode de l'histoire comparée des religions au XVIe siècle - article ; n°1 ; vol.170, pg 47-69

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24 pages
Revue de l'histoire des religions - Année 1966 - Volume 170 - Numéro 1 - Pages 47-69
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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François Secret
Jean Macer, François Xavier et Guillaume Postel ou un épisode
de l'histoire comparée des religions au XVIe siècle
In: Revue de l'histoire des religions, tome 170 n°1, 1966. pp. 47-69.
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Secret François. Jean Macer, François Xavier et Guillaume Postel ou un épisode de l'histoire comparée des religions au XVIe
siècle. In: Revue de l'histoire des religions, tome 170 n°1, 1966. pp. 47-69.
doi : 10.3406/rhr.1966.8380
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1966_num_170_1_8380Jean Macer, François Xavier
et Guillaume Postel
ou un épisode de l'histoire comparée
des religions au XVIe siècle
G. Atkinson, dans Les nouveaux horizons de la Renaissance
française, a fait un sort à l'un des auteurs géographiques,
dont il avait dressé la bibliographie1, en le présentant comme
un « philosophe » do 1Г>Г>Г)2. Jean Macer, qui publia, à Paris,
à cette date, Les trois livres de l'histoire des Indes, accomplie
de plusieurs choses mémorables, autant fidèlement <\ue sommair
ement composez en latin, et depuis nayuères faicis en francoys3,
est ainsi présenté :
« II convient d'accorder une place à part aux Trois livres
de V histoire des Indes, car ils peuvent nous montrer qu'il n'y
avait pas seulement, au xvie siècle en France*, des partisans
catholiques, des partisans protestants et des esprits lucides.
Il y avait en outre des esprits moqueurs, gais, des gens bien
portants qui riaient. Et quelques-uns riaient même au sujet
des choses « sacrées ». Macer est de ces derniers : une sorte
d'auteur rare à son époque et unique parmi les auteurs
« géographiques »... Il faut considérer Macer ici, puisque sa
gaieté s'exprime aux dépens de la religion chrétienne. Nous
citerons assez longuement ce « philosophe du xvine » qui eut
1 '.> La lilléralure géographique française de la Renaissance, Paris, 1927 ; Supplé
ment, 193У.
2) Les nouveaux horizons de la Renaissance française, Paris, 1935, p. 237-240.
3) Un exemplaire, retrouvé par Atkinson à l'Arsenal (8 II. 17.546). Atkinson
a présenté J. Macer comme pouvant être Jean Le Bon dit Hetropolitain (d'Autre-
villej. La présence, en tête de la version française des Trois livres, d'un poème à
la louange des deux sœurs Belrien, auxquelles Macer dédia son traité, ne permet
pas cette attribution, dont les auteurs qui ont étudié Le. Bon ne parlent pas.
Mais on retrouve des vers de Jean Le Bon en tète du De prosperis Gallorum
successibus libellus, Paris, 1555, et une référence au même dans le Panegyricus ,
Paris, 1555, fol. 15. 4H REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
le malheur de naître deux siècles avant le public, incrédule
« qui l'aurait prisé...
Le Pontife japonais. « En lui est le gouvernement des
choses spirituelles et séculières. Car il a la jurisdiction tant
sur les clercs que sur les lais. Toutefois, jamais il ne fait la
guerre, ni la justice criminelle, mais il s'en remet complète
ment à un seigneur temporel, son délégué, qu'ils nomment
Colchio ou Colxo... C'est une chose merveilleuse que Dieu, par
la nature, leur enseigne ce que nous savons par la grâce et
la nature ensemble. Et encore ne voulons-nous pas le faire,
en laissant les guerres et les supplices aux séculiers. J'entends
les supplices corporels. Certainement, il ne peut advenir aux
hommes une plus grande ruine que de ne pas demeurer,
chacun dans sa vocation, sans confondre et mêler ce qui
appartient aux séculiers avec le droit de la jurisdiction ecclé
siastique... (103-9-10).
« Les prêtres et les moines japonais ont beaucoup de
jeûnes et ne mangent jamais de chair, ni d'autres animaux
de peur que la chair ne leur rebelle. En cela, ils ressemblent
aux Pythagoriques, qui ne mangeoient nul animal, et ne
mangeoient qu'une fois par jour. Ceux-là estoient fort diffé
rents de certaines gens qui se lamentent aujourd'huy de ce
que nous sommes invités à l'abstinence de la chair, en usant
du poisson. Ces religieux du Japon, qui sont de si grande
sobriété, se lèvent tous à minuit, comme faisoit David et les
prophètes, et ayant prié une demi-heure se retournent à
dormir (14).
« Ils connoissent et adorent un Dieu, lequel ils nomment
en leur langue Déniche : ils le peignent ayant trois têtes sur
un seul corps. Des trois têtes ils ne savent donner aucune
raison. Ceux qui vivent là jugent que c'est l'image de la
Trinité et de l'Unité. Les Japonais se délectent à donner
plusieurs têtes à leurs idoles ; car ils pensent que celui qui
plus en a, d'autant plus est-il homme de bien et de vertu (1Г>).
« Peu à peu, ils ont converti la vérité de Jésus en une
fable de je sais quel Dieu barbare qu'ils appellent Schiaca JEAN MACER, FRANÇOIS XAVIER ET GUILLAUME POSTEL Л\)
(Macer explique la croyance des Japonais que Schiaca est né
d'une Vierge, par les voyages de saint Thomas) (16).
« Par ces choses, il est notoire à chacun que la religion des
Japonais n'est guère dissemblable à la nôtre. Sous le nom de
Schiaca, ils semblent adorer le Christ, lequel il est credible
avoir hanté ce pais-là. Mais parce qu'ils ne l'ont pas du
tout entendu, il se fait qu'en quelques choses ils ne sont pas
d'accord avec nous (18).
« Ils estiment, comme nous, que les oraisons, jeûnes,
aumônes, pérégrinations servent pour la remission des péchés,
tant des vivants que des trépassés... Et ils le font plusieurs
fois par an, et ils dînent comme nous. Mais il y a une diffé
rence entre leur jeûne et le nôtre, car celui qu'ils pratiquent
est estroit et sévère, le nôtre est large et suave. Car nos col
lations valent bien un souper passable (25).
« II y a une montagne, où il y a environ cinq mille rel
igieux, qui ont un grand nombre de serviteurs, dans de
grandes et belles maisons bien accommodées... où ils ont une
abondance de vêtements, de victuailles et de toutes choses
nécessaires à l'homme. Ceux-ci sont tellement amateurs de
chasteté qu'ils ne laissent approcher les femmes de plus de
mille pas... Et en ce qu'ils sont riches et opulents, ils sont
différents d'autres moines, qui font trois vœux de chasteté,
de pauvreté et d'obéissance (25).
« L'abominable péché, maudit de Dieu, de simonie... est
défendu par les constitutions des grands Pontifes et par les
Empereurs Romains... Plût à Dieu qu'elles fussent observées
aujourd'hui : par aventure que les scismes et les seditions
seraient moindres qu'ils ne le sont (26-27).
« Job le plus clair prophète... le seul Job, en ceci vraye-
ment une pierre orientale et précieuse, a écrit, ou fait écrire
dans sa doctrine : « Je sais, et ne le crois pas seulement, que
« mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai, et que
« je verrai de ces yeux-ci, et non d'autres, mon Rédempteur
« au dernier jour » (49-50. Inutile de dire que l'idée n'est
pas de Job). 50 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
« Quelqu'un pourrait dire que la perversité et infidélité
des habitants des Indes les retient et incite ou invite à la
familiarité des mauvais esprits. Mais je suis assuré qu'il y a,
entre les Chrétiens, plus de "eus qui désirent invoquer les
esprits, s'ils le pouvoient qu'aux Indes orientales (69). »
Pour conclure, nous citerons un passage qui rappelle étra
ngement par la fausse logique préméditée, une méthode litté
raire devenue célèbre à l'époque de Voltaire. Chez un auteur
aussi fin que Macer, l'obscurcissement délibéré eut un but
facile à deviner... Un passage obscur chez Macer, qui s'exprime
en général avec lucidité et avec force, est frappant. L'intention
comique des phrases suivantes n'a même pas besoin de
commentaires :
« Une vérité est d'autant mieux prouvée, que le témoin
en est moins affecté, aussi les témoins des Gentils, quant aux
choses de la divine autorité, sont plus à considérer que les
nôtres. Car nous sommes obligés de croire, et eux n'y sont
pas tenus, et néanmoins l'affirment. Donc cela ne peut être
faux, que les voisins de l'Asie orientale affirment conformé
ment à la divine autorité. Cela est un commun consentiment
que le petit oiseau qui n'a point de pieds et qui pour cette
raison fut appelé jadis Apus, lequel maintenant ils nomment
Manucodiata, c'est-à-dire l'oiseau de Dieu vient de la région
du Paradis terrestre. Et quand il est allé hors de l'aire du
paradis en autre, il tombe et meurt. Et pour cette cause
tous, en Orient, le tiennent comme pour une relique et une
chose divine et très chèrement estimée (43). »
En fait, Macer, pour tous les textes cités, a copié un
traité publié par Postel, à Paris, en 1553 : Des merveilles du
monde, et principalement des choses admirables des Indes, el du
nouveau monde, histoire exlraicle des escripts très dignes de joy
tant de ceulx qui sont encores à present audict pais, comme, de
ceulx qui encores vivants peu auparavant en sont retournez, el y
est monstre le lieu du Paradis terrestre1. La dédicace de la
1; Sur cet ouvrage très rare, cf. II. Bernard-Maîtrk, Aux origines françaises
de la Compagnie de Jésus. L'Apologie «le Guillaume Postel, in Recherches de JEAN MACER, FRANCOIS XAVIER ET GUILLAUME POSTEL Г) I
version latino de Macer. d'ailleurs plus succincte1, Indicarum
hisloriariim ex oculalis el fidelissimis leslibiis perceplarum libri
1res, à Joannes Blondus Divionensis, a beau raconter que la
source en est un ami rencontré à Avignon, du temps des
études de l'auteur, et qui avait passé trente ans aux Indes2,
la lecture la plus rapide oblige à constater le plagiat.
Suffirait-il alors de reporter sur Postel ce qui avait été dit
de Macer, qu'Atkinson rapproche d'ailleurs de celui qu'il
présente comme un « apôtre de la tolérance »3, venu lui
aussi deux siècles trop tôt ? La question est plus complexe
et invite à situer tant le traité Des merveilles dans la carrière
de Postel, que la tolérance de ce dernier, jugé par Atkinson
à partir de la .seule llisloire el considération de l'origine, loy
et coustume des Tarlares, Persiens, Arabes, Turcs et tous autres
Ismaélites,.., avec son complément, La tierce partie des orien
tales histoires, publiés en lHfii). et réédités en 1Г)7Г>.
Nous avions déjà eu l'occasion4 de marquer que Postel
publia, dès 1541, un certain nombre de réllexions sur les
Turcs et qu'il dédia à François Ier et à sa sœur, Marguerite,
la première version restée manuscrite des œuvres publiées
en 1Г>6О. Il consacra, en outre, tout le second livre5 de son
gros De orbis lerrae concordia, publié à Bàle en 1543. à ana
lyser le Coran sur la propre traduction qu'il en avait faite,
et à proposer les moyens d'amener les Musulmans à concorde.
Mot ambigu, comme tout le vocabulaire de Postel, puisque
c'est à Paris qu'il dut publier, la même année, l'appendice
à cette œuvre, en raison des attaques qu'elle portait aux
science religieuse, XXXVIII, l'Jô2, p. 2U9 s. ; et L'orientaliste (1. Postel et la
découverte spirituelle du Japon en 1Г>Г>2, in Monumenla Nipponim, IX, 1 '.)">.'{,
p. 83 s.
1) Dans la version française, fol. (J8, Macer écrit : « je ne veux oublier cy
mettre un exemple que j'ay olirnis en mon histoire latine... », et il rapporte un
entretien de Postel aver, Filippo Archinto sans les nommer;.
2) « Cum Avenione ajferem, oasu aliquo aceidit, ut non vuljiari amicitiae. et
familiaritatis vinculo ruidam colliyarer, qui Indicis in oris eirc.iter tri<rinta aniios
versatus est... »
31 Les nouveaux horizons, p. 215 s.
\) Notes sur (1. Postel, B.H.lt., XXII 1, l'.tfîl, p. .K>2.
ï\. (i. Postel et. les études arabes.... in Arnbir.it, IX, V.HVi. p. 25. 2 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS Г)
Réf ormes. Cet Alcomni sea legis Mahomeli cl Evangelislarum
concordiae liber mettait en valeur, comme Га montré L. Febvre,
« la concordance qu'il aperçoit entre la doctrine du Coran, ce
prototype de tous les livres réprouvés, et celle des Cénévan-
<rélistes. (les fils spirituels de Luther m; sont pour l'orientaliste
que de petits bâtards de Mahom »l.
Il faut si peu se hâter de bloquer Postel en « l'Apôtre
de la concorde du monde », qu'il a déjà évolué entre la publi
cation de ses premiers écrits, après son retour de la première
ambassade auprès de la Porte, et celle du De orbis terme
concnrdia, avec son appendice. Dans ses premiers écrits,
Postel, qui a subi l'influence de la prédication de Luther,
multiplie les critiques contre le Christianisme corrompu, et
les Musulmans sont une bonne occasion pour faire la leçon
à des fidèles infidèles. Quand se produit la première illumi
nation. Postel est poussé, pour contribuer à racheter ce qu'il
a contribué à disperser, en suivant la Cour et ses Cénévan^é-
listes, à écrire le De orbis lerrae concordia, et son appendice2.
Si la concordance entre Mahom et Luther n'est pas
concorde, la Concorde proposée alors sera l'objet d'une de
ces rétractations, qui retire moins qu'elle ne retraite. Le savant
orientaliste, qui travaille sur textes au moment où l'on édite
la version médiévale du Coran, a beau rabattre ses prédécess
eurs, il est curieusement en retard, pour l'esprit, sur un
Nicolas de Cusa, ou un Reuchlin, dont le livre II du De
arie cabalislica comporte des pages sur le Coran3, que Postel
reprendra par la suite4. Postel a conservé tout l'esprit des
vieilles préventions5. Si quelques textes du Coran tentent
1 Le problème de Г incroyance au XVIe siècle, Paris, 11342, p. 120.
2) Cf. G. Postel le Pantopaeon, ii.tf.fi., CLXV, 2, 1964.
.'$) In Arlis cabalisticae, éd. Pistorius, Bâle, 1587, p. 671, où la doctrine de
Pythagore est rapprochée de la vision d'Apocalypse (notamment XXI) et de la
description du Paradis dans le Coran : « Nonne hic sentis... quod pars maxima
horum syrabolica est... »
4) VA. Panlhenosia, fol. 115. W. J. Bouwsma, ('oncordia mundi, Cambridge
'Mas/, 1957, p. 205, n. 106 citant ce texte demandait : « Is there a hint of the
Brethren of the Free Spirit ? »
L% Islamisme б"? Le meilleur travail sur Postel et le (loran est Aid. Malvezzi,
e la cuUura Euro pea, Florence, 1956. JEAN MACER, FRANÇOIS XAVIER ET GUILLAUME POSTEL 53
Postel1, il use d'une verve à la Rabelais pour moquer l'impos
teur, et faire le procès d'une loi contre nature. Postel le
missionnaire, déjà partisan de saisir, selon saint Paul, l'occasion,
en atténuant par exemple le culte des images2, est tout saisi
de la mission prophétique, qu'il a été chargé de rappeler au
Roi de France, qui mettra fin à la loi de Mahomet.
La Rétractation apparaît, en 1547, dans le Panthenosia :
compositio omnium dissidiorum circa aelernam veriiatern aut
verisimilitudinem versanlium, quae non solum inter eos qui ho die
infidelium, Judaeorum, hereticorum, et Calholicorum nomine
vocanlur, orla sunt el vigent, .ser/ jam ah admissis per peccaium
circa nostrum inlelleclum tenebris fuere inter ecclesiae peculiaris
el communis membra. Tout ce qu'il a écrit dans le livre II
du De orbis terrae concordia l'a été par aveugle préjugé. « Dans
cet ouvrage j'y parlai souvent, dans la Panlhenosia jamais...
Je suis en eiïet devenu la plume du scribe »3.
Postel, qui avait quitté la ('our de France, en 1543, après
avoir été éconduit par le Roi, pour s'agréger à la nouvelle
compagnie de ceux qui suivent Jésus « en povreté, mépris
et douleur », mais qui l'expulsent pour ses rêveries sur la
Concorde, que doit réaliser le Roi de France et son Pape
angélique. Postel vient de reconnaître en la Vierge Vénitienne
le Christ qu'elle circonde en son second avènement, qui a lié
Satan pour mille ans4, restituant tous les hommes « premier
1) Par exemple De orbis, fol. 17B : « Illa eolloquia Zachariae et Annae cum Deo,
votaque quamvis sunt omiiino vero similia, tamen ideo non siint probanda, quod
in sacris non habentur. Sunt ilia cum sequenlibus de Christo desumpta ex libellis
de infantia Salvatoris, quibus noluit uti Ecclesia. » Postel éditera, par la suite,
le Prnlevangile de Jacques.
2) De nrhis, fol. .'540 : « Nullo majoři odio flairât in nos jrens Mahumedica
quam ob tisum ima<nnum. Itaque ad tempus essent tollendae sanctorum
imagines... »
3) Panlhenosia, fol. 118 : « Sic volo instar resolutions eorum quae ab affect u
caeco in-2° de ()rhis lerrae cnncnrdia sunt refutata, haec paucula haberi, in quibus
aeterna lucet Veritas. Ibi enim saepe sum loquutus, hic nunquam. Sum enim
calamus scribae », cf. Ps. XLIV, 2 : « Linjrua mea calamus scribae, velociter
scribentis. »
4) Le millénarisme de Postel ne s'entend bien qu'à la lecture de son C.ommen-
larius in Apocalypsin, pro venluri sueculi -slain resliluli in inleyrnm prne.pnrnln,
Ms. Brit. Mus. Sloane, 1409, fol. 229- 11!) v. ■
REVUE DE L'HISTOIRE DES= RELIGIONS. 54
damnés quo nés ». .Postel, né prophète terrible1, apprend que
la Vierge Vénitienne a pardonné à .tous, « car ils. ne savent
pas ce qu'ils font », et, en consacrant sur l'ordre de Jechohanna,
la Grâce du Seigneur, pour tout l'univers tout ce qui apposi-
tivement nourrit l'homme2, le premier néde la Restitution,
qui a entendu la Loi de Nature, conservée par l'Église de la
Reine de Sabba, la Loi; écrite, grâce aux traditions des
72' anciens héritiers de Moïse, peut leur prêcher l'Évangile
éternel-inscrit dans les cœurs3. Postel, quia hésité à être le
nouvel Adam4, se proclamera, à - partir, de son Immutation à .
Paris, en 1551. le nouveau Caïn, premier né de la Restitution,,
où* l'homme; sera > libre d'être ange, résorbé en (Christ, ou
démon, devenu membre de Satan5.
Г. In Apucnl., fol. .440. v. : « Hic contint variis profetis qui de rénovations '
Eeclesiae fuere illumiriati.Nam Bri^itta tota in judicio est. Catherina Senensis
tnta in misericordia. Immo saepe idem in spiritu totus est misericors, et de repente
lit totus Justus et secundum justiciam; puniens. Inde diversitas tam multiplex
in profetis est. Пас de re mini contint ut prior meus spiritus totus esset in rijrore,
médius partim in ri^ore partiin in misericordia. Ultimus autem secundum Matrem-;
nostram Johannain totus ferme in misericordia est, praeter crucem poenitentiae
voluntariae et exereitii. »
'V. Ce point central de L'Eucharistie n'a pas été -vu par W. .1. Bouwsrna :
cf. F. franc. 2115, fol. 99 v. : « ... il failloit pour remettre ensemble lesdictes brebis
que la chair et le sansr de leur pasteur Sifmeur et maître feust baillé à touts en
les excusant ailin rjue par en luy feussent toutes remises et restituées re^i-citées.
Ce qui fut cause qu'à Venize suyvant son conseil nie la Mère .Jeanne) je coscacray
tout ce qui en l'univers, à tout jamais appositivement et nécessairement comme
pain et vin nourrist et nourrira le corps humain, ne plus ne moins à un seul autel,,
consacrant par intention de faire ce que fait l'Esrlise tout ce qui nourrist le monde,
comme S. Thomas détermine qu'à une seule messe et consécration Ihorn peut
consacrer pour un camp de cent mille millions d'hommes, pensant par foy aux
espèces pour tout jamais comme feist et veult N. Signeur de opere opera to semel... ».
'Л'. Cf. L'herméneutique de (1. Postel, in ['manesirno e Ermeneulica. Arch. ili
filos. 19f>3. p. .91 s.
4ï W. J. Bouwsma. op. cit., p. ^i5:i : « The identification of the (lolden Aire
with Noah helped to minimize the consequences of Adam's sin. » Tant s'en faut.
Les préfaces-rétractations à la traduction du Recanati, et au Commentaire sur
l'Apocalypse insistent sur l'erreur faite par Postel qui se prit en -1547-49 pour
Adam. Et dans sa traduction du Zohar, Sloane, 1410, fol. 110 v. : « Пае sunt-
•renerationes Noachi. Habbi Abba dixit : A die quo prevaricatus est Adam super
praecepta Domini sui. omnes filii mundi qui nati sunt postea dicti sunt fîlii Adam :
et non in laudem vocabantur sic, sed veluti quis dicat filios illius qui transjrressus
est pactuni' Domini sui. Ouum autem iVenit- Noah nomine Noachi srenerationis ~
Noachi voca tus est mundus. Ille stabilivit eos in inundo, et norifrenerationes
Adami qui perdidit sive transire fecit de rnundo. et mortem universis causavit... ._
Noah, ut est oriiro trenerationis novae in area, est pater ipsius Adami. Nam Adam
est membrumChristiet mens sive intellectus de Intellectu.underenovantur omnia).»
Г)) In Apoc.nl., fol. 401 v. : « Sed quia (Satanáš) crudelior in ultima sua solutiorie
erit quam uncpiarn, ideo majoribus contra eiim remediis prospexit Deus... » ; JEAN M ACER. FRANCOIS XAVIER ET GUILLAUME POSTEL .),)
Il s'en faut pourtant bien encore, que Postel soit devenu
« Г Apôtre de la Concorde », présenté par la légende. A la
veille de sa mort, il tentera d'empêcher la réédition du
Talmud, pourtant censuré déjà par Marco Marini1. C'est le
Postel (jui profite du Miracle de Laon, où par l'Eucharistie
les diables ont été chassés de Nicole Aubry, pour, Élie terrible,
décider la mort pour les Sacramentaires2. C'est l'auteur du
De lonilru яитто, qui exalte la victoire de Lépante3.
(juant au traité pillé par Macer, il se situe à l'époque
de la trrande crise spirituelle, datée de Noël 15Г)1 ou de
l'Epiphanie 1Г>Г>24, marquée comme les précédentes par la
multiplication des productions de celui qui se proclame scri-
velosle nu lachyyrafe. Et il faut saisir dans cette production
labyrinthique. qui traite de musique, de mathématiques,
d'astronomie, de cosmographie, de linguistique, le fil de la
prédication qui saisit l'occasion, selon le précepte de saint
Paul.
L'occasion Des merveilles est. certes, la première apologie
imprimée de la Compagnie de Jésus, qu'y a retrouvé le
P. H. Bernard-Maître, avec un extrait d'une lettre de FYançois
Xavier sur le Japon. Et d'ailleurs, au môme moment. Postel
dédie à Guillaume Duprat, qui protège en France l'installation
de la Compagnie, un Sibyllinorum versuum a Virgilio in quarla
Bucolicorum versuum ecUxja Iranscriplorurn ecfrasis commen-
larii inslar. Mais, de même que ce commentaire est pour
annoncer le retour de l'âge d'or, le traité des Merveilles des
et fol. Wi v. : « Siriautem, sine alla miserationis Christi et sanctorum alïlictione
in prienas ruant aeternas, calicis Diaboli participes, facti diaboli diabolis détér
iores. Nee enim ullus unquarn homo verus dainnari sub Christo posset. »
li Notes sur (i. Postel, В.Н.П., XXVI, 1964, p. 137 s.
2; F. franc. 2114, fol. .'52 (à Charles IX) : « Le donc G. Postel... propose cecy,
quiconque refusera d'adorer le vray Dieu crucifié à sa croix et d'hyperdulizer ou
honorer décemment sa Mere soit par la justice du Roy treschrestien mis à mort,
ou son péché en luy mourant et sa tyrannie cessant du tout ou Iuy et son péché
ensemble... », ce qui invite à corriger les paires de J. Lecler, Histoire de la tolérance
au siècle île la Réforme, Paris, 1955, II, p. 29 s.
•Ti Brit. Mus., Sloane 1411, De lonilru summu siue de summa diuinae Pnlenliae
demonslralione, ex aulorilale, ratione et sensu deducla quorsum vergal vicloriae и
Venelornm dominia de Turcarum classe reporlalae facinus, fol. 227-252.
4) Sur les variations, cf. L'emitholo'îie de G. Postel, in Umanesimo e Esolerismo,
Padoue, 1960.