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Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et l'exégèse antique du Psaume 109/110 (dernier article) - article ; n°2 ; vol.176, pg 153-188

De
37 pages
Revue de l'histoire des religions - Année 1969 - Volume 176 - Numéro 2 - Pages 153-188
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M.-J. Rondeau
Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et
l'exégèse antique du Psaume 109/110 (dernier article)
In: Revue de l'histoire des religions, tome 176 n°2, 1969. pp. 153-188.
Citer ce document / Cite this document :
Rondeau M.-J. Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et l'exégèse antique du Psaume 109/110 (dernier
article). In: Revue de l'histoire des religions, tome 176 n°2, 1969. pp. 153-188.
doi : 10.3406/rhr.1969.9581
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1969_num_176_2_9581« Commentaire des Psaumes » Le
de Diodore de Tarse
et l'exégèse antique du Psaume 109/110
(suite)1
Le Psaume 109 chez Ecsèbe première manière
Dans sa Démonstration évangélique, c'est-à-dire avant la
crise arienne, Eusèbe nous donne une longue exégèse du
Psaume 109 :
Le Sauveur Nôtre-Seigneur, le Verbe de Dieu premier-né de
loule la création (Col. l, 15), Sagesse antérieure à l'histoire (тгро
aîôivoç), principe des voies de Dieu (cf. Prov. 8, 22), rejeton premier-né
et unique du Père, honoré du titre de Christ, le Psaume 109 l'appelle
aussi Seigneur, et il nous enseigne qu'il partage le trône (eïvoa
aúvOpovov) en même temps qu'il est le Fils du Dieu de toutes choses
et du Seigneur de l'univers, et le prêtre éternel du Père. D'abord,
tu remarqueras comment est appelé maintenant ce rejeton de Dieu
qui vient en second (touto «kÚTspov yaw/j^a ©eoù) et, puisque nous
croyons cpie les paroles de la prophétie nous ont été dites par l'Esprit
de Dieu, vois s'il n'est pas vrai que cet Esprit Saint qui est dans le
prophète l'appelle son Seigneur en second (еаитои Kúpiov Ssûtegov...
àvayopsoc!.), après le de l'univers. Le Seigneur, dit-il, a dit
à mon Seigneur : siège à ma droite. Le premier qui est tel
comme maître de tout l'univers, les Hébreux l'appelaient du nom
indicible constitué par le tétra<rramme ; mais il n'en allait pas ainsi
du second, qu'ils nommaient Seigneur de son nom propre.
[C'est donc à juste titre, poursuit Eusèbe, que Notre Sauveur
et Seigneur Jésus lui-même, le Christ de Dieu, discutant ce verset
avec les Pharisiens (Mat. 22, 42-44), l'a presque interprété comme
appelant ce Seigneur non seulement Seigneur de David, mais aussi
Seigneur de l'Esprit qui est en David]. Si l'Esprit prophétique, dont
nous croyons qu'il est l'Esprit Saint, confesse (pie celui dont il
1) Voir RIIR, juillet-septembre. 19 fi'.), p. f>-.*5.r5. Un résumé de l'ensemble de
cet. article est donné en tele de la première partie.
11 •

:

1Г)4 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
enseigne qu'il partage le trône du Père est Seigneur, et pas simple
ment Seigneur, mais aussi son Seigneur, combien plus peuvent le dire-
les puissances rationnelles qui viennent après l'Esprit Saint, et toute
la création, celle qui est visible dans les corps et celle qui est constituée
dans les incorporels, toute cette création-; dont on pourrait à juste
titre montrer qu'il est le Seigneur, lui qui seul partage le trône du
Père, par qui tout est venu à l'existence, car, selon le mot admirable
de l'Apôtre, en lui tout a été créé, ce qui est dans les deux et sur la terre,
les choses visibles et invisibles (Col. I, 16). Il est donc juste que lui
seul ait' la seigneurie qui- est"- la ••marque, de la similitude avec, -le Père
i/r9)ç той Построс ó^loicócsíoc ë/etv то xûpoç), . attendu qu'il est le seul
dont il est montré qu'il partage le trône du Père. Il est donc clair
qu'à aucun de ceux qui sont venus à l'existence (tôôv yev/jTOivj, il n'est
permis d'obtenir la place à la droite du principát et de la. royauté
du. Tout-Puissant (t&v -, Ss^tœv Xoc/elv xr^q TravToxparopixîjç àp^ç те
xal fiaaiXeiaç), sinon à celui seul dont nous avons dit la divinité
(êvl [Lowoi TÔi беоХоуои^со) de ■ façon variée dans le présent ouvrage.
Remarque donc que c'est à un unique et même <( interlocuteur >
(ттро; eva xal tov aÙTOv) que le Seigneur suprême (ávcoTtrrco) et souverain
accorde : Siège à ma droite, ainsi que Avant Vaurore je Vai engendré
et, avec la solidité que confère un serment, remet, inébranlable et
inviolable, l'honneur du sacerdoce qui durera. dans les siècles sans
limite : Le Seigneur Va juré et il ne se repentira pas : tu es prêtre à .
jamais selon V ordre de Melchisèdech. De qui doit-on comprendre
qu'il s'agit .'! certainement pas d'un homme mortel, ni de quelque
être appartenant à la nature angélique, venu à l'existence par l'œuvre
de Dieu et consacré à jamais, mais de celui-là seul qui dit dans un
texte que nous avons étudié auparavant : Le Seigneur m'a créé,
principe de ses voies, pour faire ses œuvres. Avant V histoire, il m'a
fondé, au début, avant que les montagnes fussent établies ;. avant les
collines il m'engendre (Prov. 8, 22.23.25). Fais bien attention à ce
psaume et aux expressions parallèles du psaume que nous avons
expliqué avant lui (scil. Ps. 44). Dans ce psaume-ci, le Dieu suprême
(àvcoTaTco) établit le second Seigneur, qui est aussi Notre-Seigneur,
dans le partage de ■ son trône (oûvOpovov tôv SsÛTepov . xal -rjjjuôv Kúptov
сайтов xaOíaTTjai) en lui disant : Siège à ma droite, mais dans le psaume
précédent, le texte disait que le trône subsiste pour les siècles des
siècles, en même temps qu'il appelait celui-ci (scil. le second Seigneur;
Dieu : Ton trône, Dieu, dans les siècles des siècles (Ps. 44, 7 a). [De
même, continue Eusèbe, il faut rapprocher "Psaume 109, 2 «de
Psaume 44, 7 6 et Psaume 109, 1.2 b de Psaume 44, 6 : ce qui est
dit de part et d'autre des ennemis, c'est ce que nous voyons s'accomp
lir, puisque Notre Sauveur, dans les Eglises florissantes, exerce sa
seigneurie sur des peuples innombrables, qui sont eux-mêmes encerclés
de tous côtés par les ennemis, visibles et invisibles. Et si le Psaume 44,
H dit qu'il a été oint de l'huile d'allégresse, le Psaume 109, 4 l'annonce « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 1Г)Г) LE
plus clairement comme prêtre en nous enseignant que lui seul, parmi
les prêtres qui ont jamais existé, est un prêtre éternel, ce qui ne
peut convenir à aucune nature d'homme [оъгр oùSsjaia áv9pcÓ7rou
cpúaet. Uovoctôv èçap^o^Eiv). Le psaume dit qu'il sera prêtre selon
l'ordre de Melchisédech, par opposition au prêtre selon l'ordonnance
de Moïse, c'est-à-dire à Aaron ou à l'un de ceux qui descendent de
lui. Le sacerdoce aaronique, en effet, est caractérisé par diverses
contingences : on devient prêtre alors qu'on ne l'était pas auparavant,
on est choisi par des hommes, on est oint d'un onguent fabriqué,
on n'est prêtre que temporairement, et seulement pour le peuple
juif, on doit être de la tribu sacerdotale, on sert la divinité par un
culte sanglant et corporel. Le sacerdoce de Melchisédech, au contraire,
n'est affecté par aucune de ces limites.] A bon droit, puisque au Christ
Notre Sauveur non plus rien ne devait arriver qui rappelât Aaron.
En effet, il n'est pas vrai qu'il est un beau jour présenté comme
prêtre sans l'avoir été auparavant ; il ne devient pas prêtre, il l'est
(ours y*P 11Ь ^v TrpÓTepov 'jcrrepóv тсотг ispeùç àvaSéSsix.Tat, xal ispeùç
où Y£vo[xsvoç dcXXà a>v). Il faut faire bien attention à l'expression tu es
prêtre à jamais. Ce n'est pas à dire : tu le seras, toi qui ne l'étais pas
jadis, ni non plus : tu l'étais jadis, et maintenant non ; mais confo
rmément à celui qui a dit : Je suis celui qui est (Ex. 3, 14), tu es et
tu demeures prêtre à jamais. Par conséquent, puisque le Christ n'a
pas entamé son sacerdoce à un point du temps, qu'il n'est pas issu
de la tribu sacerdotale, qu'il n'a pas été oint d'une huile fabriquée
et corporelle, qu'il ne devait pas voir de terme à son sacerdoce, ni
être établi prêtre seulement pour les juifs, mais aussi pour toutes
les nations, pour toutes ces raisons, c'est à bon droit que le Psaume
dégage le Christ du culte selon la íigure ď Aaron, et dit qu'il sera
prêtre selon l'ordre de Melchisédech. [L'accomplissement de la pro
phétie, conclut Eusèbe, est admirable pour qui considère comment
Nôtre-Sauveur Jésus, le Christ de Dieu, accomplit encore maintenant
par ses ministres le culte à la manière de Melchisédech : culte non
sanglant, mais spirituel, offert pour toutes les nations. C'est donc à
juste titre que Dieu a promis ce sacerdoce avec serment. Sur ce
point, il faut d'ailleurs voir Hebr. 6, 17-18 ; 7, "23-26 ; H, 1-2. Quant
à Ps. 109, 7, c'est une prophétie de la Passion, qu'il faut rapprocher
de Ps. 123, 4 et de Mat. 26, 39 et 42, et une prophétie de l'exaltation
qui viendra ensuite, exaltation dont parlent aussi Phil. 2, S et Eph. 1,
20-22 a, ce dernier texte reprenant d'ailleurs la promesse de Ps. 109,
l et 2 b.]1
Si j'ai cité un peu longuement cette exégèse, c'est qu'elle
relève d'une théologie à tendance subordinatianiste. Dans
1) DE, V, 3, Heikel, p. 218-223. Pour abréger, nous avons condensé certains
développements un peu diffus. Ces résumés sont placés entre crochets. REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 1Г)6
les deux Seigneurs du verset 1, Eusèbe, héritier de la tradition
antimodaliste, voit affirmée l'existence de deux personnes
divines distinctes — ce point est encore mieux mis en lumière
dans PE, VII, 12 et XI, 141 — , mais si le premier Seigneur
est le Dieu suprême, celui que l'on désigne par le tétragramme,
le second Seigneur est un Seigneur subordonné. Certes, ce
second est Dieu, comme Eusèbe rappelle qu'il Га
dit plus haut2 ; c'est lui que le Psaume 44, 7 a appelle Dieu3 ;
Eusèbe dira ailleurs que ce second Seigneur du Psaume 109, 1
est Seigneur et Dieu4, Dieu Verbe5, second Dieu6. Certes
encore, ce second Seigneur est infiniment supérieur à l'homme
et à toutes les créatures spirituelles, comme le prouvent les
privilèges exorbitants qui lui sont accordés comme souverain
au verset 1 (partager le trône du Père)7 et prêtre au
verset 4 (un sacerdoce éternel)8. Mais ce second Seigneur est
un des ysvïjToi9. C'est à lui que s'applique le fameux verset :
Le Seigneur m'a créé, principe de ses voies, etc. (Prov. 8, 22-
25)10, texte fondamental des subordinatianistes et des ariens,
puisqu'il situe le Fils comme première créature, elle-même
principe du reste de la création. Si ce Seigneur est second,
ce n'est pas en un sens numérique, mais en un sens qui
implique une infériorité, comme on le voit clairement dans
un texte postérieur où la polémique contre Marcel — qui
semble bien avoir soupçonné ses adversaires de dithéisme —
oblige Eusèbe à préciser ses positions. Dans Eccl. TheoL, I, 11,
en effet, ce dernier expose comment le fait de confesser que
le Christ est Dieu ne revient pas à reconnaître deux dieux : il
1) PE, VII, 12 et XI, 14, Mras, I, p. 388 et II, p. 34.
2) DE, V, 3, IIeikel, p. 210, 34, renvoyant sans doute à des passages tels
que IV, 15, IIeikel, p. 173, 183, notamment p. 175, 23-28.
3) DE, V, 3, Heikel, p. 220, 16.
4)V, 19, p. 242, 7-11.
5) DE, V, 19 ; VI, 2 ; VI, 13, Heikel, p. 242, 6 ; 254, 8-11 ; 262, 19-29.
6) PE, XI, 14, Mras, II, p. 34.
7) DE, V, 3, Heikel, p. 219, 21-34.
8) DE, V, 3, Heikel, p. 220, 5-11 ; 221, 2-223, 5. Développement parallèle dans
DE, IV, 15, Heikel, p. 178, 11-183, 30.
9) DE, V, 3, p. 219, 32-34.
10) V, 3, Heikel, p. 220, 6-11. « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 157 LE
n'y a qu'un seul Dieu, sans principe et inengendré, celui
qui a en propre la divinité, qui est pour le Fils la cause de
l'être, et la cause de l'être-tel ; il est la tète du Christ, comme
le Christ lui-même est la tête de l'Eglise :
Puisqu'il y a un seul principe et une seule tête, comment y aurait-il
deux dieux, et non pas un seul, celui qui n'a personne de supérieur
à lui, personne d'autre comme cause de lui <( que lui-même ), qui
possède comme un bien propre, sans principe et inengendrée, la
divinité qui constitue le pouvoir monarchique, et qui donne au Fils
de participer à sa divinité et à sa vie ; lui qui, par le Fils, s'est soumis
toutes choses, qui envoie le Fils, lui dorme des ordres, l'instruit,
lui transmet toutes choses, le glorifie, l'exalte, le proclame roi de
l'univers, lui remet tout jugement, veut que nous lui obéissions,
l'invite à posséder le trône à la droite de sa magnificence — lorsqu'il
s'adresse à lui et lui dit : Siège à ma droite — , qui, par tout cela, est
aussi le Dieu du Fils lui-même, un Dieu à qui son enfant monogène
a obéi lorsqu'tï .s'est anéanti, s'est humilié, a pris la forme ďesclave,
a été docile jusqu'à la mort (Phil. 2, 7-8), à qui il adresse des prières,
aux ordres de qui il obéit, à qui il rend grâce, qu'il nous enseigne de
considérer comme le seul vrai Dieu (Jo. 17, 3), dont il confesse qu'il
est plus grand que lui (cf. Jo. 14, 28), dont il veut que. par tout cela,
nous sachions qu'il est aussi pour lui son Dieu1.
Ainsi le Psaume 109, 1 affirme la dépendance, donc l'infé
riorité du Fils à l'égard du Père.
L'utilisation massive du Psaume 109 dans la Démonstration
évangélique se situe aux livres IV (où un commentaire du
verset 4 tout à fait analogue à celui que nous avons résumé
plus haut figure aux chap. 15-16)2 et V (dont nous avons
présenté plus haut le chap. 3). Or, on sait qu'entre le livre III,
qui concerne « l'économie de Jésus, le Christ de Dieu, selon
l'homme », et les livres VI à X qui réunissent les annonces
vétérotestamentaires de « sa manifestation aux hommes »,
les livres IV et V de la Démonstration présentent les témoi
gnages prophétiques sur « la théologie qui le concerne »,
c'est-à-dire sur sa divinité3. C'est donc qu'Eusèbe entend le
1) Ecxl. Theol., I, 11, Klostermann, p. 60-70.
2) DE, IV, 15-16, Heikel, p. 179-180 et 194-195.
3)III, Proocmium, Heikel, p. 94, 9-16. Voir aussi les prologues des
livres IV, V, VI et s.jq. 158 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
Psaume 109 du Dieu Verbe, mais pas du Verbe incarné.
De fait, à l'exception du verset 7,' compris de la Passion et
de l'exaltation qui suit celle-ci, l'exégèse eusébienne de ce
Psaume traite des attributs divins du « second Seigneur ».
Il est caractéristique, par exemple, que le fait de partager
le trône du Père (v. 1) soit évoqué dans DE, V, 3 en rapport
avec le rôle créateur du Fils1 (alors que, dans le Nouveau
Testament, c'est un privilège accordé au Christ après sa
résurrection), et que cette interprétation, loin d'être isolée,
trouve confirmation dans d'autres passages d'Eusèbe. Ainsi,
dans PE, XI, 14, où Eusèbe en vient à la Cause seconde « que
les dits des Hébreux enseignent être le Verbe de Dieu, Dieu
né de Dieu », on lit ceci :
[Moïse GeoXoyei clairement deux Seigneurs dans Gen. 19, 24.]
David, autre prophète et roi des Hébreux, lui fait écho lorsqu'il
chante : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite, désignant
le Dieu suprême par le premier Seigneur, et le second Dieu par la
seconde appellation. A qui d'autre, en effet, est-il permis de penser
que la droite de la Divinité inengendrée est concédée, sinon à celui-là
seul dont nous parlons, lui dont le même prophète dit plus clairement
ailleurs qu'il est le Verbe du Père, le créateur de l'univers, et dont
il pose est le Ôso
Dans DE, VI, 13, Eusèbe écrit :
[Le « lieu » du Dieu Verbe] c'est le royaume des cieux, le trône
glorieux de sa divinité, que le prophète a chanté GsoXoyčov, lorsqu'il
a dit : Ton trône, Dieu, est à jamais (Ps. 44, 7), et sur lequel le Père
l'a invité à siéger en tant que Fils unique, lorsqu'il dit : Siège à ma
droite. Nous avons clairement établi plus haut que cela se rapporte
seulement à Nôtre-Sauveur le Dieu Verbe3.
Plus caractéristique encore peut-être le fait que le sacer
doce éternel du verset 4 soit expliqué par la formule même
qui exprime l'absolu divin, Je suis celui qui est, d'Ex. 3, 14,
et qu'Eusèbe insiste autant sur ce que ce sacerdoce n'a pas
eu de commencement que sur ce qu'il n'aura pas de fin.
1) DE, V, 3, Heikel, p. 219.
2) PE, XI, 14, Mras, II, p. 34.
3) DE, VI, 13, Heikel, p. 262. Voir aussi DE, V, 19 ; VI, 2 ; VII, 1, Heikel,
p. 212, 254, 298. « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 159 LE
Mais on ne peut dire cependant qu'Eusèbe interprète ce
Psaume du Verbe en tant que tel par opposition au Verbe
incarné. Sa christologie, comme celle de tous les subordina-
tianistes, est fortement unitaire. Aussi remarque-t-on qu'il
voit tout naturellement une actualisation des privilèges
royaux du Verbe (v. 1) dans le règne exercé hic et nunc par
le Seigneur dans ses églises environnées d'ennemis, une
actualisation du sacerdoce supra-historique du Christ (v. 4)
dans le sacerdoce historique des ministres chrétiens. De
même, la première phrase de DE, V, 3, qu'on a lue plus haut,
met sur le même plan « le Sauveur Notre-Seigneur », dés
ignation du personnage historique, et une série de titres qui,
chez Eusèbe, concernent tous, y compris Premier-né de
la création, le Verbe indépendamment de l'Incarnation.
Ici comme ailleurs, Eusèbe s'intéresse au Verbe principe
de l'histoire et coextensif à elle (tout en étant supé
rieur à elle) plus qu'à l'événement ponctuel de la vie de
Jésus.
Qu'en est-il du verset 3 en particulier ? Ce dernier n'est
pas expliqué dans DE, V, 3, où, tout l'accent étant mis sur
les versets 1, 2 (à un moindre degré) et 4, selon la tradition
archaïque, l'on peut tout au plus entrevoir que le verset 3
est compris de la filiation divine1 et que le personnage visé
dans ce verset est expressément identifié à celui que vise le
verset 1 a2 dont l'interprétation « théologique », non écono
mique, ne fait aucun doute. Mais il arrive qu'Eusèbe soit
plus explicite. Ainsi, dans DE, IV, 16, il parle de « ... celui qui
est rejeton et Fils de Dieu avant l'aurore et qui subsiste avant
toute la création... »3 : glose révélatrice. Un peu plus haut,
dans DE, IV, 15, il associe Psaume 109, 3 à Psaume 44, 2,
qu'il interprète en propres termes de la « génération indicible »
du Verbe. « de la constitution (cnxnracrscoç) et de la venue; à
1) DE, V, .3, Heikel, p. 219, Ъ. De même IV, 15 et 16, Heikel, p. 178, 32 ;
185, 16.
2) DE, V, 3, Heikel, p. 22U, 1-3.
IV IV, Ifi. p. 1П4, 27-28. 160 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
l'existence (oucricocrsooc) du premier Verbe и1. Exposant dans la
Préparation évangélique la divinité de la deuxième Cause,
c'est-à-dire, en langage chrétien, de la seconde personne ou
Verbe, il écrit : « ... David a signifié de façon voilée sa généra
tion cachée et ineffable pour tous (ttjv xpúcpiov xa! -.oie, ttôcctlv
á7tóppY]Tov осотоо ysvscrcoupyiav) en disant : du sein avant
l'aurore je t'ai engendré... »2. Enfin, le chapitre, malheureuse
ment perdu, que les Eclogae Prophelicae. consacraient au
Psaume 109, allait sans aucun doute dans le même sens, à en
juger par son titre : « Au sujet des deux Seigneurs, le Père
et le Fils, et au sujet de la venue du Christ à l'existence avant
l'histoire (тер! т% 7гро ctioivoç oùaicocrstoç tou Xpiorou), de son
sacerdoce éternel et de sa Passion »3. Eusèbe, c'est clair,
entend Psaume 109, 3 de la génération préhistorique du
Verbe.
Détail intéressant : c'est chez Eusèbe qu'on trouve pour
la première fois, à ma connaissance, ex utero compris du sein
de Dieu4. On reviendra sur les précautions interprétatives
dont Eusèbe s'entoure à cette occasion, car on touche ici la
racine des discussions sur l'exégèse « consubstantialiste » de
ce verset. Mais il convient de suivre d'abord le destin du
Psaume 109 dans une autre polémique, celle qui s'est
livrée aux alentours de 335 entre Astérius et Eusèbe d'une
part, Marcel de l'autre5, et que nous connaissons grâce à
Eusèbe.
1) DE, IV, 15, Heikel, p. 1S1, 12-182, 7, notamment 181, 23 et 182, 1.
2) PE, VII, 12, Mras, I, p. .'588. Dans l'ancienne littérature chrétienne, l'Incar
nation est parfois présentée comme cachée aux anges, par opposition aux hommes,
ou comme une parousie cachée par opposition à la seconde parousie, qui sera
éclatante. Mais ici, le contexte prouve qu'il ne s'agit pas de l'Incarnation.
3) Ed. Prnph., II, 38, PG 22, 1089 13.
4) DE, IV, 15, Heikel, p. 181, 12-182, 7, notamment 181, 25.
5) Astérius avait publié une apologie de la lettre d'Eusèbe de Nicomédie à
Paulin de Tyr. Marcel riposta par un ouvrage fpcrdui qui provoqua sa propre
déposition, et dont la réfutation fut coniiée à Eksf.be de Césarée, qui écrivit
ainsi le G. Marceli, et VEccl. Theul. On admet généralement que la déposition
de Marcel fut prononcée en .335, en appendice au concile de Tyr-.Iérusalem.
E. Schwartz propose la date de .430 (Zur Gesch. des Athanasius, CiP.samme.lle
Schriflen, III, Herlin, 1959, p. 234-'.)!, mais il doit alors récuser le témoignage de
Socratk, HE, I, 36, et Sozomène, HE, II, 33. Nous ne le suivons pas. « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 161 LE
Le Psaume 1()9, 3 chez Astérius et chez Marcel
Astérius entendait Psaume 109, 3 de la trénération du
Verbe. Du moins Marcel l'allirme, et il accuse même son
adversaire de modifier le texte sacré pour étayer son opinion :
Pour cette raison, il me semble bon d'expliquer maintenant ce
que je n'ai pas encore expliqué auparavant. Car la plupart des choses
écrites p;ir <( Astérius ^> sont devenues claires du fait de ce que nous
avons déjà dit. Du sein avant l'aurore, dit <( le psalmiste ), íž,zyévvqaí
as. <( Astérius y croyait apparemment que subtiliser le préfixe è;
concourait à <^ son ) opinion hérétique. (Vest pourquoi, supprimant
l'élément capital que constituait la syllabe, il voulait que <^ dans
ce verset y fût siiiniliée la génération de celui-ci au principe, celle
qui s'est produite en haut (tt(v àp^aiocv аитоо avco y£vv7]at.v) (frayrm. 'IH)1.
1 ) Aià touto toÍvuv àoxsï [toi xaXa>ç e/siv sti тер! wv [a^Ssttco rpÓTspov
àiyjXOov vuvl UisXesïv. Ta yàp тглеТата tuv 'jtz' аитои ypaçévTcov èx twv rfi-q
TrposipYjuivcov Ýjjnv yéyovsv Щ\х. 'Ex уастрос, 9Y)aív, тгро étoacpópou è^sysvvTjaa CT£
"íkTO yàp -avTGoç ттои T7]v è^ zpoôsaiv xXa^ôïaav rruvSpau.£Ïa0ai tt) tyjc aipaaswç
yvcaay]. At,ô то xupiwTaTov тг(? аиХлао^с È^sXwv tïjv àp/aiav аитои àvco y^vv^ctiv
(.siV Zahn, avocysw/jaiv ror/.) arj^vai е6оил-/]бг). (Fraerm. 28 = Re 2.4, Kloster-
mann, p. 189. i^l/j. Eus., ('. Marc, I, 2, Klostermann, p. 12J.) Ce texte difficile
a été interprété de façon variée : Montaigu, P(l 21, 7.3'J, n. 78 ; Th. Zaun, Marcdlus
von Anqjra, Gotha, 1867, p. 113 ; \V. Gerigke, Marceli von Ancyra. Der Logos-
Chrisloluge und Biblizisl. Sein Verhdllnis zur antiorhenischer Theologie and zum
Neum Testament, Halle, 1У40 ; F. Scheidweiler, Marceli von Ancyra, ZNTW -lf>,
1'.)Г)Г), 205-206. Me n'ai pu consulter Rettberg1, ni Gericke dont je parle à travers
Scheildweiler.) L'obscurité vient surtout de. l'enchevêtrement des opinions de
trois personnes : Eusèbe, qui cite Marcel, qui résume Astérius, tout cela à propos
d'un quatrième auteur, David. L'identification du sujet de telle phrase ou de tel
membre de phrase n'est p;\s toujours évidente. Etant rappelé que les vraies limites
de ce texte de Marcel sont celles qu'a déjrapées Hettberpr (contre Montaipu, PG 24)
et qu'a adoptées Klostermann, voici comment je vois les choses : 1) Puisqu'il est
bien établi que Marcel n'admettait pas de generation du Verbe avant l'Incarna
tion, et qu'on sait par tous les recoupements possibles (vide infra) qu'il entendait
Psaume 10'.), .'5 de la naissance charnelle du Verbe, il faut poser (contre Montaipu,
mais avec Zahn, Gericke, Scheidweiler; que l'opposition sous-jacente à ce fra
gment consiste en ce qu'Astérius interprétait ce verset de la génération éternelle du
Verbe, Marcel de la naissance charnelle. 2) Contre Zahn et Gericke, Scheidweiler
a raison (l'estimer que, puisque Eusèbe introduit ce fragment en disant expressé
ment que Marcel ajoutait un préfixe au texte de Psaume 109, 'Л comme il le faisait
dans Rom. 1, 1, et puisque, par le mot yJkcnzzXaxv, Marcel accuse Astérius d'avoir
frauduleusement soustrait 'non introduit) le préfixe ï\, c'est à coup sur Marcel qui
avait la leçon г^гуг^щах, Astérius la leçon èyévvTjaa (et que, par conséquent, il
faut, dans la dernière phrase, garder le. mot è^Xcov donné par les manuscrits, et
rejeter la correction è% èXcov proposée par Zahn). Mais j'irai plus loin que Scheidw
eiler. Ce dernier croit visiblement, comme Zahn et Gericke, que. le sujet du cpyjoiv
intercalé par Marcel dans sa citation de Psaume 10'.), .'5 est Astérius et, pour éviter
la solution de ses devanciers (c'est Marcel qui lirait èyévvrçaa, Astérius è^eysv-
vvjaa), solution évidemment interdite par le contexte, il est acculé à proposer la
correction suivante : èx уаатрос, çïjaiv, trpô écoaçopou <^ èyévvvjaa ívtí той ^>