Synaxaire Vie de saint Photius patriarche de Constantinople

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Extrait du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra

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Publié le 24 janvier 2013
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Langue Français
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Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra Mont Athos L E Sea x a i r y n
Vies des Saints de l’Eglise Orthodoxe
Monastère d’Ormylia, fresque contemporaine.
6 Février
Vie de saint Photius Patriarche de Constantinople
Mémoire de notre saint Père PHOTIOSle CONFESSEUR, patriarche de CONSTANTINOPLE. otre saint Père Photios le Grand naquit en 810 dans une famille 1 de la haute noblesse byzantine. Son père, le spatharios Serge , matNernel avait épousé la sœur de l’impératrice Théodora. Ses parents était le frère du patriarche saint Taraise [25 fév.], et son oncle aimaient les moines et ils sourirent le martyre pendant la persécution iconoclaste, laissant ainsi à leur îls en héritage un bien plus précieux que la noblesse et la fortune : l’attachement jusqu’à la mort à la vraie foi. Doté par Dieu d’aptitudes intellectuelles exceptionnelles, le jeune Photios reçut une éducation des plus raïnées dans toutes les sciences profanes et sacrées. Il passait des nuits entières à l’étude, ne laissant échapper aucun domaine de la connaissance d’alors, et il acquit ainsi un savoir universel qui ît de lui l’homme le plus savant de son temps et la îgure centrale de la renaissance intellectuelle de Byzance après la tourmente iconoclaste. Il devint ensuite un professeur renommé de philosophie aristotélicienne et 2 de théologie à l’Académie impériale fondée dans le palais de Magnaura . Envoyé en mission diplomatique auprès du calife de Bagdad (845), il rédi-gea de mémoire, à l’intention de son frère, saMyriobiblos(Bibliothèque) : résumé critique de quelque deux cent quatre-vingts ouvrages de toutes natures, éloquent témoignage de l’étendue de ses connaissances. Cette mission ayant été couronnée de succès, il reçut à son retour la dignité de
1. D’après certains historiens, Serge serait le confesseur commémoré le 13 mai dans leSyn. Cp., et il aurait été plutôt le neveu que le frère de S. Taraise. 2. Il ne s’agissait pas encore d’une véritable Université, laquelle fut fondée en 855 par le pa-triarche Ignace.
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directeur de la chancellerie impériale (protasécretis), sans pourtant aban-donner ses tâches professorales et ses chères études. En 857, l’oncle de l’empereur Michel III, Bardas, prenait le pouvoir avec le titre de césar. Pour se venger du patriarche saint Ignace [23 oct.] qui avait réprouvé ses mœurs, il le contraignit à démissionner de sa charge et ît élire, contre son gré, par le clergé unanime le pieux et sage Photios. Préférant même la mort à cette fonction périlleuse dans une période si troublée, celui-ci résista tant qu’il put aux injonctions et aux menaces, puis c’est en pleurant qu’il céda înalement et accepta d’abandonner la paix de son cabinet et les entretiens philosophiques avec ses amis spiri-tuels pour être élevé à la dignité de patriarcale, le 25 décembre 858, après avoir gravi en six jours tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Dans une lettre au césar Bardas, il écrivait : « C’est involontairement que nous avons été ordonné, et c’est comme un prisonnier que nous siégeons… ». Les partisans extrémistes d’Ignace commencèrent alors à s’opposer au nou-veau patriarche par toutes sortes d’intrigues, en prétextant l’irrégularité de son élévation subite de l’état laïc au degré suprême de la hiérarchie. Photios, quant à lui, cherchait à éviter tout arontement et entre-prenait ce qui était en son pouvoir pour rétablir l’unité et la paix dans l’Église, en la conîrmant dans la charité : le lien de la perfection (Col3, 14). Il s’eorça d’abord de liquider les restes des hérésies manichéenne et iconoclaste, entreprit la restauration de quantité d’églises, de monastères et d’établissements de bienfaisance, qui avaient été victimes du vanda-lisme iconoclaste, et manifesta un souci tout particulier pour organiser les missions d’évangélisations chez les peuples barbares. Malgré ses eorts pour apaiser les partisans d’Ignace et tout en réprouvant les violentes répressions menées contre eux par le gouvernement, il fut contraint de réunir un concile (859) qui conîrma la déposition d’Ignace et l’envoya en exil à Mytilène puis à Thérébinthe. Comme l’agitation n’avait pas cessé, on réunit un autre concile, en 861, dans l’église des Saints-Apôtres, en présence des légats du pape, connu sous le nom de Concile « Premier-Se-
4LE SYNAXAIRE cond », dans le but oïciel de sanctionner la restauration de l’Orthodoxie et de condamner déînitivement l’iconoclasme. Outre ce rôle dogmatique, le concile reconnut la validité de la nomination de Photios, avec la pleine adhésion des légats qui, quoiqu’ils eussent agi contre les ordres du pape, pensaient ainsi faire triompher l’autorité romaine. er L’arrogant et ambitieux pape Nicolas I(858-868), qui avait pris le parti d’Ignace, avait vu dans cette affaire l’occasion d’affirmer, pour la première fois de façon aussi manifeste dans l’histoire de l’Église, la prétention des papes de Rome à la juridiction « sur toute la terre et sur l’Église universelle ». De la primauté d’honneur et du pouvoir d’arbitrage en matière dogmatique, qui avaient toujours été reconnus par les autres Églises, en particulier pendant les grandes hérésies menées par les empe-reurs byzantins (arianisme, monothélisme, iconoclasme), on voit en eet à cette époque la papauté reprendre à son compte la prétention hégémo-nique de l’empire franc, avortée avec la mort de Charlemagne et le Traité de Verdun (843). Sous l’initiative de papes au caractère autoritaire, celle-ci chercha alors à imposer à toute l’Église sa suprématie, en prétendant qu’el-le lui aurait été léguée par le Christ Lui-même, et lui donnerait le droit de s’immiscer dans les aaires intérieures des autres Églises et d’imposer partout les usages de l’Église romaine (célibat du clergé, jeûne du samedi, utilisation du pain azyme pour l’Eucharistie, etc.). er L’opposition du pape Nicolas Iet son ingérence dans les aaires de l’Église byzantine, alors qu’il n’avait été sollicité que pour trancher sur l’iconoclasme, poussa saint Photios à dénoncer les innovations romaines. Dans une lettre encyclique adressée aux patriarches des Églises d’Orient, il écrivait en eet : « L’abolition des petites choses transmises par la tradi-3 tion conduit au mépris complet des dogmes » . Cette réaction provoqua la fureur du pape qui écrivit alors à tous les évêques d’Orient en accusant Photios d’adultère, puisqu’il occupait un siège du vivant de son titulaire légitime, et il décréta de son propre chef la déposition du patriarche de
3.Ep. 13, 5,PG102, 724.
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Constantinople, fait encore jamais vu. Il prétendait de surcroît que les décisions du concile de 861 étaient invalides, en invoquant le droit des papes à juger les conciles. Et il n’en resta pas là. En 863, il convoqua à Rome un concile d’évêques occidentaux, qui proclama la déposition de Photios et excommunia tous les clercs ordonnés par lui. Aux objections de l’empereur Michel III, le pape déclarait, en 865, qu’il tenait du Christ Lui-même sa suprématie sur l’Église universelle et pouvait de ce fait inter-venir dans les aaires intérieures des autres Églises. Puis, dans une suite de lettres, il couvrit Photios d’une kyrielle d’injures qui ne méritèrent aucune réponse de la part de ce vrai disciple du Sauveur. Malgré les oppositions et les soucis, le saint patriarche n’en pour-suivait pas moins son activité apostolique. En accord avec l’empereur, il organisa alors des missions d’évangélisation chez les peuples slaves. Il ît
e Chronique de Skylitzès, MadridCod. Nac. vitr. 26,xiis.
appel pour cela à son collègue et ami, le très savant Constantin, que nous vénérons sous le nom de saint Cyrille [11 mai], et à son frère Méthode, ascète du Mont Olympe, pour entreprendre une première mission chez les Khazars de la Russie du Sud. Un peu plus tard, à la demande du
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prince de Moravie, il envoya les deux frères pour une grande mission qui marqua le début de la conversion des peuples slaves des Balkans. Dans le même temps, le prince de Bulgarie, Boris [2 mai], qui venait d’être baptisé par Photios sous le nom de Michel, avec l’empereur Michel comme parrain, en entraînant derrière lui toute sa nation au christianis-me, se détournait de Byzance, qui avait refusé de lui accorder un patriar-che, pour faire appel à Rome (866). Saisissant cette occasion qui répondait si bien à ses ambitions, le pape envoya aussitôt des missionnaires latins en Bulgarie, avec ordre de répandre leurs innovations dans cette jeune Église évangélisée par les Byzantins, en particulier l’addition duFilioquedans le 4 Symbole de la Foi . Devant le danger de ces innovations qui atteignaient le dogme de la Sainte Trinité lui-même, saint Photios jugea qu’il était temps pour le doux de devenir combattant (Jl4, 9) et qu’il fallait rompre le silence pour passer à la riposte. Il adressa uneLettre Encycliqueà tous les évêques d’Orient, dans laquelle il condamnait énergiquement les erreurs latines, en particulier leFilioque. Puis il convoqua un grand concile à Constantinople, en 867, qui proclama la doctrine orthodoxe victorieuse sur toutes les hérésies et anathématisa le pape Nicolas et ses missionnaires de Bulgarie. Un schisme oïciel séparait ainsi les deux Églises, précurseur de la rupture déînitive de 1054. Cependant, à la în de l’année 867, après l’assassinat de Michel III, er l’empereur Basile I (867-886) montait sur le trône en fondant la dynastie macédonienne. Il ît aussitôt déposer saint Photios, le ît emprisonner au monastère de la Protection, et il rétablit saint Ignace dans sa charge. En dépit des interventions paciîques d’Ignace, les ennemis de Photios com-mencèrent alors à mener une persécution en règle contre tous les clercs
4. Cette doctrine erronée sur la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils – et non du Père, comme l’enseigne l’Écriture sainte –, avait été formulée par S. Augustin comme une opi-nion personnelle et n’avait pas créé de véritable diïculté tant qu’elle n’avait pas été adoptée, d’abord par les théologiens francs désireux de se distinguer doctrinalement de l’Église grecque, et înalement par l’Église romaine elle-même, aîn de servir d’instrument doctrinal à l’ambi-tion des papes sur l’Église universelle.
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er qu’il avait ordonnés. Devant cette agitation, Basile I crut opportun de remettre à Rome le jugement entre les deux prétendants au siège patriar-er cal. Le successeur de Nicolas I, Adrien II, proîta de cette aubaine oerte par l’empereur et réunit un concile (869) qui condamna de nouveau Pho-tios, déclara invalide le concile de 867, en brûlant publiquement sesActes, et manda la réunion d’un concile à Constantinople. Ce faux concile, appelé par les Latins « Huitième Concile Œcuménique », réunit, en 869-870, des évêques peu nombreux qui, par crainte du despote et par lâcheté, condamnèrent le Phare de l’Église et îrent exiler ses partisans aux extré-mités de l’Empire. Plus de deux cents évêques furent alors déposés et de multiples prêtres furent réduits à l’état laïc. Traîné comme un malfaiteur devant le synode et sommé de répondre aux accusations portées contre lui, le saint prélat répondit après un long silence : « Dieu entend la voix de celui qui se tait. Car Jésus Lui-même gardant le silence n’a pas échappé à la condamnation ». Comme on insistait, il répondit : « Ma justiîcation n’est pas de ce monde ». Digne imitateur de la Passion du très doux et très patient Jésus, le saint, bien que malade, supporta pendant trois ans toutes les peines d’une rude incarcération, la privation de toute compagnie et même de ses livres, sans une plainte, sans jamais accuser Ignace, d’ailleurs innocent de toutes ces cruautés, en ne pensant qu’à encourager par lettres ses amis sourants et à prier pour l’empereur et pour ses persécuteurs. Pendant ce temps, les évêques, ayant compris que leur lâche oppor-tunisme les avait conduits à soumettre l’Église byzantine au despotisme romain, persuadèrent l’empereur de déclarer invalides les décisions du concile de 870 et de relâcher Photios. Le souverain rappela alors le saint avec de grandes marques d’honneur et le nomma précepteur de ses enfants. Le premier geste de Photios fut de se précipiter chez Ignace, pour se réconcilier avec lui. Les deux saints, victimes des rivalités entre les par-tis qui s’étaient servis de leurs noms, s’embrassèrent chaleureusement, et Photios accorda toute son assistance au vieux patriarche malade, qu’il visi-tait quotidiennement. À la mort de saint Ignace, le 23 octobre 877, l’Église
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unanime replaça Photios sur le trône patriarcal. Peu de temps après, ce fut Photios lui-même qui introduisit la célébration de la mémoire de saint Ignace. C’est donc à juste titre que l’Église réunit les deux saints en un même éloge dans leySnkodinolu le Dimanche de l’Orthodoxie : « Éter-nelle mémoire aux très saints, très orthodoxes et très illustres patriarches Ignace et Photios ! » Un concile réunit par la suite à Constantinople trois cent quatre-vingt-trois Pères (879-880), sous la présidence de Photios et en présence des légats du pape. Ils conîrmèrent la réhabilitation du patriar-che, annulèrent le concile de 870 et rétablirent la communion entre les deux Églises, jetant l’anathème sur toute innovation, en particulier l’ad-dition hérétique dans le Symbole de la Foi. Le plus grand désir du prélat était comblé : le rétablissement de la paix et de l’unité de l’Église. Il se remit aussitôt à sa tâche de paciîcation, proposant charitablement à ses ennemis la réconciliation et prenant sans rancune un soin paternel des partisans d’Ignace. Quand Léon VI le Sage (886-912) succéda à son père sur le trône, désireux de se venger d’un ami de Photios, qui avait, croyait-il, dénoncé à son père le complot qu’il avait tramé contre lui, il déposa sans jugement le saint patriarche (886) et le ît enfermer comme un malfaiteur dans le monastère des Arméniaques, où le saint resta reclus pendant cinq ans, pri-vé de toute consolation humaine mais éclatant comme l’or éprouvé dans la fournaise des épreuves. C’est alors qu’il rédigea, sans l’aide d’aucun livre, saMystagogie du Saint-Esprit: réfutation systématique de l’hérésie duFilio-que, dans laquelle il démontre que le Saint-Esprit procède éternellement de la Personne du Père – la Source de la Divinité – et nous est envoyé par le Fils, pour nous rendreparticipants de la nature divine. Laissant ce traité en guise de testament à la sainte Église en vue des combats à venir, il par-tit rejoindre le chœur de saints Pères et des Docteurs, le 6 février 893. Les miracles qui abondèrent bientôt sur sa tombe contribuèrent à convertir même ses ennemis les plus acharnés. Humble, silencieux et patient dans les tribulations, ce confesseur de la foi, injustement taxé de fanatisme par
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ses ennemis, reste un des plus grands luminaires de l’Orthodoxie et un 5 des témoins les plus authentiques de l’esprit évangélique .
5. Les injustes calomnies répandues à son sujet par les partisans extrémistes de S. Ignace, re-prises sans examen sérieux depuis des siècles par les historiens et apologistes occidentaux, avaient fait de S. Photios le responsable de toutes ces divisions qui préparèrent la grande rupture de 1054. Heureusement, les recherches récentes d’historiens catholiques (notamment F. Dvornik) ont ré-tabli la vérité, en tout point conforme à la tradition de l’Église Orthodoxe.
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Ce texte est extrait du: Synaxaire Vies des Saints de l’Église Orthodoxe par le Hiéromoine Macaire de Simonos Pétra (Mt Athos) Volume 3 : mois de Janvier et Février, à paraître
Les volumes 1 et 2 sont disponibles auprès des Dépendances de Simonos Pétra: Monastère Saint Antoine le Grand Font de Laval F 26190 SAINT-LAURENT-EN-ROYANS Fax : 04 75 47 53 68
Monastère de Solan F 30330 LA BASTIDE D’ENGRAS Fax: 04 66 82 99 08
Monastère de la Transîguration Neguirat F 24120 TERRASSON Fax: 05 53 50 23 94 Commande en ligne www.monastere-transîguration.fr
Ou en librairie : La Procure, Librairie de l’Institut Saint-Serge.