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ASSOCIATION FRANÇAISE D’ETUDES CANADIENNES Association régie par la Loi du 1er juillet 1901 Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, Domaine Universitaire 33405 TALENCE CEDEX France TEL.: 56-84-68-04— FAX/AFEC: 56-37-17-26 L'Association Française d'Etudes Canadiennes s'est constituée à Paris le 13 mai 1976. Elle a pour but la promotion des études canadiennes en France. Elle est ouverte à toute personne physique ou morale, qui désire œuvrer dans ce sens, quelle que soit sa profession ou sa nationalité. L'Association Française d'Études Canadiennes est pluridisciplinaire et elle organise un colloque annuel dont les Actes sont publiés dans la revue Etudes canadiennes «Vins et spiritueux au Canada: production, distribution, vente et culture» (Bordeaux, 1993), n°35 de la revue, (déc.!93) «Acadiens : Mythes et réalités» (Poitiers, 1994) à paraître dans le n°37 (déc. 94). «Le Canada : ses marges et ses frontières» (Andorre, 12-14 juin 1995) à paraître dans le n°39 de la revue (déc. 95). COMPOSITION DU BUREAU Présidents honoraires: -!Pierre GEORGE (Université de Paris I, géographie). -!Claude FOHLEN (Université de Paris I, histoire). Président: -!Jean-Michel LACROIX (Université de Paris!III!- Sorbonne Nouvelle, anglais, études canadiennes). Vice-Présidents: -!Jean MARMIER (Université de Rennes, français). -!Jacques LECLAIRE de Rouen, anglais). Secrétaire général: -!Pierre GUILLAUME (Université de Bordeaux III, histoire contemporaine). Trésorier : -!Robert CHELLE, Conseiller-maître honoraire à la Cour des Comptes, Secrétaire général honoraire de l'ENA (droit). Responsable des publications: -!Jacques PORTES (Université de Lille III, histoire). TARIFS D’ADHÉSION 1995 (Chèques à l’ordre de Trésorier AFEC) Individuel : France : 220F — Etranger : $ 50 Couple :!France : 240F — Etranger : $ 55 À EXPÉDIER AU SECRÉTARIAT DE L’AFEC Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, Domaine Universitaire 33405 TALENCE CEDEX France Les textes dactylographiés doivent être expédiés en double exemplaire sur support papier et sur disquette Macintosh Word 5.1 (dans le cas d’une disquette PC. veillez au format d’enregistrement soit : Word pour Macintosh). Seuls peuvent être examinés en vue d’une publication éventuelle des articles conformes aux exigences matérielles, techniques et scientifiques définies par le Tapuscrit. Aucun article ne devra dépasser 35.000 signes, notes comprises, soit environ 13 à 14 pages dactylographiées de 30 lignes chacune. Les notes seront placées en bas de page. Un bref résumé en français et anglais de 100 mots chacun (maximum) devra accompagner le texte. Prix des anciens numéros au 1er janvier 1995 N°1 (1975) à 35 (1993) = 104,27 HT. / 110,00F TTC. Etranger = $25 Abonnement 1995 à Etudes Canadiennes (Nos 38 et 39) 199,05F HT. / 210,00F TTC. Etranger = $48 Les commandes sont à adresser au secrétariat de l’AFEC. AVANT-PROPOS Avec ce numéro hors-thème, Études Canadiennes retrouve son alternance uselle et régulière et la périodicité, un moment perturbée, devrait reprendre son rythme. La première partie du numéro est littéraire ; en effet, la qualité et la diversité de ces quatre articles nous fait passer des personnages de Anne Hébert aux scènes de Marie Laberge, sans oublier l’accueil des critiques français envers les automatistes québécois ou la découverte d’un romancier en Nouvelle-Ecosse. Viennent ensuite les articles historiques, avec une vision neuve de la politique canadienne vis-à-vis de l’Afrique et une explication de l’avénement de l’assurance-santé au Québec. Enfin, le Canada d’aujourd’hui est présenté dans son environnement continental. Deux articles traitent ensuite de la vision cinématographique de la réalité canadienne dans sa dimension historique comme dans son contexte nord- américain. Pour finir, un bilan historiographique nous tient au courant des parutions récentes sur le Canada. Ainsi, se compose une nouvelle contribution aux études sur le Canada qui devrait intéresser bien des lecteurs. Jacques PORTES SOMMAIRE N°36 Virginia HARGER-GRINLING, A. R. CHADWICK, Sorcières, sorciers et le personnage féminin dans l'œuvre d'Anne Hébert ..................................... 7 Yannick GASQUY-RESCH, La Perception française des Automatistes québécois et Refus Global ............................................................... 13 Marta DVORAK, E. Buckler’s The Mountain and the Valley!: “Broader than Space Faster than Time” .............................................. 25 Marie NAUDIN, La fête familiale chez Marie Laberge ............................ 37 Jérôme KIRION, La politique canadienne d’aide à l’Afrique francophone .... 43 Pierre GUILLAUME, La crise de l’assurance maladie au Québec .............. 59 Laurent DITMANN, Découvrir ou recouvrir le Nouveau Monde!? Ecriture cinématographique et scarification dans le Black Robe de Bruce Beresford .......................................................................... 71 Yves LABERGE, Rapports réels et imaginaires entre le Québec et les Etats- Unis dans le cinéma documentaire : la notion d’identité dans le long .. métrage Alias Will James de Jacques Godbout ................................................ 81 Claude FOHLEN, Le Canada à travers quelques-uns de ses historiens ........ 93 COMPTES RENDUS .................................................................... 103 REVUE DES REVUES, par Jean-Michel LACROIX, .......................... 129 SORCIERES, SORCIERS ET LE PERSONNAGE FEMININ DANS L'OEUVRE D'ANNE HEBERT Virginia HARGER-GRINLING A. R. CHADWICK Université Memorial A travers une évolution lente mais sûre, le personnage de la femme dans l'oeuvre d'Anne Hébert se voit transformer d'être exilé mais humain (ou presque), en être pleinement fantastique. Même depuis les premiers romans et contes de cette auteure québécoise, certains traits de la sorcière telle que discutée dans l'oeuvre magistrale de Jules Michelet ressortent chez chaque personnage féminin d'importance. Il est intéressant de noter que la sorcière avec son rôle double de marginale et de membre d'une société à part partage les traits de la société québécoise telle que dépeinte dans plusieurs romans des années 60 et 70 et la coïncidence de la marginalité et du fantastique se fait sans cesse remarquer comme trait caractéristique de toute la création hébertienne. L'évolution de la sorcière aboutissant à son intégration sociétale fait parallèle à une évolution romanesque chez Anne Hébert et à la manifestation d'un défi à l'établissement de plus en plus évident dans les écrits de l'écrivaine. Le personnage féminin d'Anne Hébert nous offre alors un regard critique sur toute une société!; société close, rigide et superficielle, où le manque de communication et la théâtralité sont juxtaposés à l'authenticité de certains êtres, femmes surtout, qui sont à la recherche du vrai, de leur propre identité. Anne Hébert's works reveals the slow but sure evolution of the female character from exiled human being to a fully fantastic creature. Certain traits associated with the witch such as described by Jules Michelet are seen in every major female character. The witch with her dual role as both a marginal being and a member of a society apart from the mainstream, shares certain characteristics associated with Quebec itself as depicted in the novels of the '60s and '70s. This combination of marginality and the fantastic is one of the major themes of Anne Hébert's work. The witch's evolution and gradual integration into society parallels Anne Hébert's romanesque and her challenge to the establishment, increasingly more obvious as her works develop. The hébertian female character allows for a critical look at a closed, rigid and superficial society whose lack of authenticity sharply contrasts with the authenticity of certain other beings, women particularly, in search of their identity. Le lien entre la sorcellerie et la marginalité dans la société a souvent été discuté par des sociologues aussi bien que par des critiques littéraires. Roland Barthes, en parlant de La Sorcière de Jules Michelet et en citant Lévi-Strauss (1862) a rapproché l'aliénation sociale et le phénomène de la sorcellerie en tant que catégorie utile pour y fourrer les éléments récalcitrants de la société!: "l'aberration sociale n'étant qu'un moyen pour la société de vivre ses Etudes Canadiennes/Canadian Studies, n°36, 1994 Virginia HARGER-GRINLING et A. R. CHADWICK contradictions". Ensuite il a établi un parallèle entre le concept de la sorcière et celui de l'artiste dans la société moderne, cet artiste qui est "suffisamment détaché de la société pour la regarder dans son aliénation, tendu vers une correction du réel et pourtant impuissant à l'accomplir!:!exclu du monde et 1nécessaire au monde". Ce parallélisme entre l'exilé de la société, et tout artiste ou écrivain est surtout d'intérêt en considérant la situation réelle d'Anne Hébert, une Québécoise qui vit actuellement en France, mais qui reste comme elle admet elle-même, en marge de la société française et surtout parisienne. En plus la sorcière et jusqu'à un certain degré son équivalent masculin en tant que personnages ne sont pas absents de son oeuvre. La marginalité de l'écrivaine et celle de l'écriture québécoise se trouve alors transposées dans l'oeuvre hébertienne et transformées en personnages marginaux fantastiques et historiques. Le choix esthétique du fantastique chez Anne Hébert afin d'éviter ou de transcender sa propre impuissance devant le réel se fait voir à travers une évolution lente mais remarquable, du personnage de la femme, et de certains hommes dont surtout ceux qui sont complices de ces femmes, transformation d'être exilé mais toujours humain, en être pleinement fantastique. La marginalité ne reste pas alors l'apanage des femmes, bien que ce soient elles qui en offrent les exemples les plus frappants dans les romans avant Les Fous de Bassan (1982). En plus, le personnage féminin n'est pas tant représentatif d'une quelconque situation de la femme au Québec ou ailleurs, qu'il est symbolique de la marginalité individuelle, sociétale, voire nationale. Et ce personnage marginal, à mesure qu'il se présente de façon fantastique, offre au lecteur l'image du renversement de l'ordre établi et se prête à une autre vue de la réalité. La confusion dans l'oeuvre d'Anne Hébert entre l'étrange, le merveilleux et le fantastique (suivant la catégorisation de Todorov), entre passé, présent et futur et entre poésie et roman renvoie le lecteur à des questions sur la signification non pas de la réalité seule, mais aussi de l'écriture et de l'artiste et nous amène justement à étudier cette question dans Les Fous de Bassan. Dans ce roman, Anne Hébert a choisi comme cadre une communauté anglophone de la Gaspésie qui, hommes et femmes, se trouve marginalisée par rapport à la communauté francophone environnante. Image alors, à l'envers de la situation québécoise. De meme Hébert se sert du fantastique pour nous donner l'image à l'envers du réel, pour faire ainsi ressortir le réel. Dans cet "espace romanesque", comme elle le nomme dans son "avis au lecteur", "se déroule une histoire sans aucun rapport avec aucun fait réel ayant pu survenir". Les deux jeunes filles assassinées, Nora et Olivia, hantent les pages du roman comme elles hantent les personnages, détournent ceux-ci de leur présent, leur 1 Essais critiques, Paris, Seuil, 1964, p. 122. 8 Etudes Canadiennes/Canadian Studies, n° 36, 1994 SORCIERES, SORCIERS ET LE PERSONNAGE FEMININ font voir de nouveau le passé des années trente. Les deux époques de 1930 et de 1982 se confondent comme les monologues intérieurs se confondent avec une narration presque omnisciente des événements pour souligner la disparité entre surface et profondeur. L'enfance brutale subie par tous les habitants de Griffin Creek, la religion dure et repressive, les forces externes de la nature qui sont des plus tyranniques comme les forces internes qui divisent et déchirent l'être, ont rendu fous les habitants de cette communauté.! Comme la lente incubation d'une maladie fatale le mal de cette société fait explosion dans le meurtre de ces deux adolescentes!:! Et c'est petit à petit que j'ai imaginé l'histoire d'une communauté de gens très fermée, très réduite, là où le drame peut couver pendant longtemps!; et quand ça éclate au grand jour, la rejoint la 2violence et la sauvagerie des éléments Dans ce roman, Olivia, d'au-delà de la mort, se dit qu'il est temps de quitter définitivement Griffin Creek!: Quittons cette grève grise, regagnons l'univers marin, le monde crépusculaire du kelp, ses grandes prairies et ses forêts, la coloration bleue virant au noir des océans majeurs. Des voix de femmes sifflent entre les frondaisons marines, remontent parfois sur l'étendue des eaux, grande plainte à la surface des vents, seul le cri de la baleine mourante est aussi déchirant. (217-218) Confrontée à une réalité qui ne veut pas accepter la femme sur un pied d'égalité avec l'homme, Olivia essaye de se joindre aux autre femmes, à ses 3"grand-mères d'équinoxe" qui se transforment en "mers d'étiage et de sel" dans 4une vision nettement fantastique, sa mort étant alors un rite de passage. 2 Cité dans R. Ewing "Griffin Creek. The English World of Anne Hébert" Canadian Literature, 105 (Summer 1985), pp. 100-110. Interviewée par Françoise Faucher. La première élaboration de cette idée dans le contexte de l’œuvre hébertienne se trouve dans Virginia Harger-Gribling “Les Marginales dans l’œuvre d’Anne Hébert”, Dimensions du merveilleux/Dimensions of Marvellous, Actes du Colloque international et interdisciplinaire, Ed. : Juliette Frolich, Oslo, Universitat i Oslo, Romansk Institutt, Avd. A : Fransk, 1987, pp. 198-204. 3 Expression prononcée à propos de Nora mais qui pourrait aussi bien se dire de l'attitude équivoque d'Olivia. 4 Il est intéressant de noter que ce choix du fantastique pour surmonter la marginalité semble fonder la littérature fantastique en général, qui se voit exclue du canon académique. Ainsi, en se trouvant déjà marginalisé pour n’importe quelle raison, l’auteur choisirait de souligner la marginalité en optant pour le fantastique. Ce schéma demande évidemment à être élaboré. Etudes Canadiennes/Canadian Studies, n° 36 1994 9 Virginia HARGER-GRINLING et A. R. CHADWICK Dominant la première partie, comme le père sorcier et diabolique de Soeur Julie dominait sa montagne, domaine du mal, dans Les Enfants du Sabbat (1975), le pasteur Nicolas Jones, malgré son titre religieux est un vrai sorcier des arts de la magie noire pour les habitants de Griffin Creek, et surtout pour les soeurs jumelles Pat et Pam!: Pour elles seules je débite mes plus beaux sermons. Tous les anges du ciel et les démons de l'enfer surgissent de la Bible, à mon appel, se pressent la nuit au chevet des jumelles endormies. Nourries de l'Ecriture, par les prophètes et les rois, les jumelles ont des rêves féroces et glorieux. Maître de leurs songes j'exerce un ministère dérisoire, de peu d'envergure, mais d'autorité absolue. Et le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous. (18) C'est avec l'écrit que Nicolas Jones fait ressentir ses pouvoirs, mots et écrits du passé. L'Ecriture sainte, surtout les épîtres et l'Apocalypse lui fournit le grimoire dont il a besoin pour mâter les fidèles, comme au Québec le catholicisme s'en servait pendant longtemps pour subjuguer tout un peuple. Uncle John, également sorcier, fait surgir Griffin Creek tout entier à la pointe de son fouet, stylo ou pinceau symbolique dont se servent tous les hommes du roman pour faire venir ce dont ils ont besoin. Et, dans les dernières pages du roman, c'est Stevens qui, aidé par les nouveaux instruments de la magie noire, les drogues, inverse l'ordre établi à l'hôpital!; il dispose du jour et de la nuit afin de faire le vide autour de lui, "une sorte de page blanche" (233). De cette façon il peut appeler les mots dont il a besoin pour le délivrer de sa propre mémoire, du Mal - ou de la Mort. Dans ce symbolique de l'écrit, se trouvent tous les éléments de la poétique hébertienne, car c'est surtout contre le silence de la mort absolue sans appel que les hommes essaient de créer le monde par écrit, de se donner une certaine stabilité, de l'autorité et de la durée. Si eux se seervent de l'oral, ce n'est que en partant de l'écrit. Ainsi le révérend Nicolas Jones seme son discours de citations de la Bible!; c'est lui le verbe fait chair. Et s'il crée ses ancêtres à partir de son propre visage, dans cette annexe au presbytère, c'est pour se faire lui-même l'auteur de ses propres jours, se composant une hérédité selon une chronologie exacte et voulue. De meme Stevens se fait exister à travers les lettres qu'il écrit a son ami "Old Mic" (dont le nom fait penser irrésistiblement à "Old Nick" ou le diable). En plus, dès son retour à Griffin Creek, il va s'asseoir au bord du ruisseau qui porte son nom "Brown Stream" comme s'il veut se rassurer de nouveau de son existence — et cela malgré la forme du crucifix, le noir des lettres et l'illusion suggérée par le nom (Brown's dream)!: 10 Etudes Canadiennes/Canadian Studies, n° 36, 1994