Des réserves de nature aux territoires de la biodiversité - article ; n°651 ; vol.115, pg 485-507

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Annales de Géographie - Année 2006 - Volume 115 - Numéro 651 - Pages 485-507
Since the implementation of the National Park policy in France, several successive biodiversity conservation strategies have been implemented. The first one aims at isolating some portions of territory as National Parks or natural reserves; it was followed by the creation of Regional Natural Parks, where biodiversity was weakly taken into account as a part of a natural or a cultural heritage of the inhabitants of a territory. Implemented by local authorities, Local management broader projects of local development took biodiversity issues into account. Agro-environment schemes and the Natura 2000 European network then change the way biodiversity was dealt with. In short, biodiversity replaced •nature” or •natural heritage”. The new Habitats and Bird directives take explicitly into account the relationships between land use practices and biodiversity: human action is no longer seen exclusively as having a negative impact. Human land use is likely to have a positive effect on the conservation of habitats and of patrimonial species or of communal interest, stakeholders’ strategies and choices cannot ignore biodiversity anymore. As biodiversity becomes one of the criteria in land management, the value of geographical analysis is highlighted.
Plusieurs stratégies territoriales de conservation de la biodiversité se sont succédées en France depuis la mise en place des Parcs Nationaux. Dans un premier temps, la logique consiste à isoler et sanctuariser des territoires avec des statuts de parc nationaux ou de réserves naturelles nationales ou volontaires. Dans un deuxième temps, la désignation de parcs naturels régionaux déplace la logique de prise en compte de la biodiversité: il s’agit désormais de considérer le patrimoine naturel d’un territoire et de ses habitants et de l’intégrer à un projet de développement local porté par les collectivités territoriales. Avec les mesures agri-environnementales et le réseau européen Natura 2000, la conservation des espèces sauvages entre dans une nouvelle dimension. La biodiversité s’est imposée comme terme remplaçant la nature ou le patrimoine naturel. La mise en oeuvre des politiques de conservation prend acte du lien entre biodiversité et action de l’homme. Leur objectif est d’insister sur la compatibilité des modes de mise en valeur et de la conservation des habitats et des espèces patrimoniales ou d’intérêt communautaire. En ce sens la conservation de la biodiversité prend une dimension géographique; elle devient un objectif de la gestion des territoires et un paramètre dans les décisions de ses acteurs.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2006
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Des réserves de nature aux territoires de la biodiversité L’exemple de la France From natural reservations to the biodiversity territories. The case of France
Jacques Lepart et Pascal Marty CNRS, UMR 5175 CEFE Plusieurs stratégies territoriales de conservation de la biodiversité se sont succé-dées en France depuis la mise en place des Parcs Nationaux. Dans un premier temps, la logique consiste à isoler et sanctuariser des territoires avec des statuts de parc nationaux ou de réserves naturelles nationales ou volontaires. Dans un deuxième temps, la désignation de parcs naturels régionaux déplace la logique de prise en compte de la biodiversité : il s’agit désormais de considérer le patrimoine naturel d’un territoire et de ses habitants et de l’intégrer à un projet de développement local porté par les collectivités territoriales. Avec les mesures agri-environnementales et le réseau européen Natura 2000, la conservation des espèces sauvages entre dans une nouvelle dimension. La biodi-versité s’est imposée comme terme remplaçant la nature ou le patrimoine naturel. La mise en œuvre des politiques de conservation prend acte du lien entre biodi-versité et action de l’homme. Leur objectif est d’insister sur la compatibilité des modes de mise en valeur et de la conservation des habitats et des espèces patri-moniales ou d’intérêt communautaire. En ce sens la conservation de la biodiver-sité prend une dimension géographique ; elle devient un objectif de la gestion des territoires et un paramètre dans les décisions de ses acteurs. Since the implementation of the National Park policy in France, several suc-cessive biodiversity conservation strategies have been implemented. The first one aims at isolating some portions of territory as National Parks or natural reserves; it was followed by the creation of Regional Natural Parks, where biodiversity was weakly taken into account as a part of a natural or a cultural heritage of the inhabitants of a territory. Implemented by local authorities, Local management broader projects of local development took biodiversity issues into account. Agro-environment schemes and the Natura 2000 European network then change the way biodiversity was dealt with. In short, biodiversity replaced “nature” or “natural heritage”. The new Habitats and Bird directives take explicitly into account the relationships between land use practices and biodi-versity: human action is no longer seen exclusively as having a negative impact. Human land use is likely to have a positive effect on the conservation of habitats and of patrimonial species or of communal interest, stakeholders’ strategies and choices cannot ignore biodiversity anymore. As biodiversity becomes one of the criteria in land management, the value of geographical analysis is highlighted.
Abstract
Ann. Géo., n o 651, 2006, pages 485-507, © Armand Colin
Résumé
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A NNALES DE G ÉOGRAPHIE , N ° 651 • 2006
486 • Jacques Lepart, Pascal Marty
Mots-clés Biodiversité, gestion des territoires, conservation, espaces protégés Key-words Biodiversity, land management, conservation, protected areas
Introduction
Si l’histoire de la pensée accorde une place importante à la nature et à sa diversité depuis les textes de la Grèce ancienne (Arnould 2005), la prise de conscience des effets néfastes de l’action de l’homme sur les systèmes éco-logiques est relativement récente et ne prend de l’importance dans le débat public qu’à partir du XIX e siècle et de l’intérêt de l’ingénierie forestière pour le thème de la restauration (Larrère et al 1980 et 1981). Comme pour le patrimoine culturel (Chastel 1986), la conscience aigue de risques de dis-parition a joué un rôle déterminant dans la définition des enjeux de pro-tection puis de conservation. La dégradation des systèmes naturels mais également le sentiment que l’homme perdait beaucoup à se couper de la nature et à vivre dans un monde artificialisé dont la ville est l’emblème jouent un rôle de premier plan dans l’élan social en faveur de la nature. La nature fait référence à un espace non aménagé et à peine fréquenté par les hommes et ainsi mis en opposition avec les territoires humanisés. Les pre-mières expériences de protection visent à isoler des espaces dont les propriétés naturelles sont jugées remarquables, à y interdire ou réglementer les activités humaines et à leur donner un label. Il y a là une forme d’extraterritorialité : l’espace de nature échappe aux règles générales qui gèrent le reste du territoire. Ce qui est préservé, c’est le territoire des espèces sauvages. Le territoire humain avec ses enjeux économiques et sociaux est posé comme non naturel. Au mieux, les préoccupations sont-elles de type hygiéniste : alignements d’arbres en ville, création de parcs urbains, circulation de l’air (Kalaora 1981). Au cours des années 1980, la prise de conscience des transformations des systèmes naturels par l’homme devient plus claire et plus générale. Deux domaines paraissent particulièrement importants : le changement cli-matique global et la disparition de nombreuses espèces. La notion de diver-sité biologique ( biological diversity ; Lovejoy 1980) bientôt remplacée par BioDiversity  (Wilson 1988) apparaît avec le sens de nombre d’espèces pré-sentes sur un territoire et inclut rapidement diversité génétique et diversité écologique. Elle fournit ainsi une désignation commune à de nombreuses recherches allant de la génétique des populations à l’écologie des paysages. Elle conduit à s’intéresser à nouveau au dénombrement des espèces, aux causes de leur disparition, aux fonctions écologiques de la diversité. Cette notion qui s’est imposée dans un contexte de globalisation des enjeux écologiques, de disparition d’espèces à l’échelle planétaire et d’engagements internationaux pour la conservation (Maljean-Dubois 2005) est ainsi de plus en plus utilisée dans le domaine de la conservation en allant du niveau de la définition de la stratégie globale à celui de la gestion d’une réserve.
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