Chronologie du royaume gun de Hogbonu (Porto-Novo). - article ; n°58 ; vol.15, pg 217-238

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Cahiers d'études africaines - Année 1975 - Volume 15 - Numéro 58 - Pages 217-238
Y. Person — ~~Chronology of the Gun Kingdom of Hogbonu (Porto-Novo)~~. The received chronology of the Hogbonu kingdom. is generally based upon the work of Akindele Akinsomon (1911), which proceeded from Marshall (c. 1880). Yet there is a marked discrepancy between this chronology and the king-list of the Agasuvi dynasty. A careful crosscheck of Hogbonu tradition with the oral history of neighbouring states as well as European documents leads to updating the foundation of the kingdom by about half a century: c. 1724 instead of 1688 for the founder's accession.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1975
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Monsieur Yves Person
Chronologie du royaume gun de Hogbonu (Porto-Novo).
In: Cahiers d'études africaines. Vol. 15 N°58. 1975. pp. 217-238.
Abstract
Y. Person — Chronology of the Gun Kingdom of Hogbonu (Porto-Novo). The received chronology of the Hogbonu kingdom. is
generally based upon the work of Akindele Akinsomon (1911), which proceeded from Marshall (c. 1880). Yet there is a marked
discrepancy between this chronology and the king-list of the Agasuvi dynasty. A careful crosscheck of Hogbonu tradition with the
oral history of neighbouring states as well as European documents leads to updating the foundation of the kingdom by about half
a century: c. 1724 instead of 1688 for the founder's accession.
Citer ce document / Cite this document :
Person Yves. Chronologie du royaume gun de Hogbonu (Porto-Novo). In: Cahiers d'études africaines. Vol. 15 N°58. 1975. pp.
217-238.
doi : 10.3406/cea.1975.2594
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cea_0008-0055_1975_num_15_58_2594YVES PERSON
Chronologie du royaume gun de Hogbonu
Porto-Novo
Le royaume de Hogbonu plus connu sous le nom de Porto-
joué un rôle important comme débouché maritime de empire dOyo
la fin du xvine siècle et centre de la traite des Noirs légale puis
clandestine aux dépens du Danhomè1 au milieu du xixe Il
ensuite servi de base action fran aise qui culminé avec la chute
Agbomè et la formation de la colonie du Dahomey si bien que le colo
nisateur lui consenti quelques années de sursis sous la forme un
protectorat la mort du roi Toffa en 1908
Bien que ces circonstances aient entraîné installation de la capitale
coloniale dans ce site périphérique et malgré existence une société
lettrée dès le xixe siècle le passé de ce royaume pas encore été sérieu
sement étudié Il agit pourtant un tat dont importance historique
est plus que proportionnelle sa médiocre étendue et qui occupe une
place majeure dans la principale tradition historique du Dahomey
celle des Agasuvi descendants de la panthère mythique Hunkpa
Tout le monde reconnaît que le peuplement gun ou aja une extrême
densité qui entoure la ville sur la rive nord de la lagune est relativement
récent et avant certaines migrations venues de ouest toute cette
région comme la rive est du fleuve Ouémé était faiblement peuplée par
des noyaux yoruba Mais les circonstances dans lesquelles sont apparus
ce peuplement aja et surtout le système politique qui encadre ne sont
pas claires
Des traditions orales de sources diverses nous présentent les versions
sinon identiques du moins analogues que on rencontre Agbomé comme
Allada et Porto-Novo et qui ont été recueillies plusieurs reprises la
du xixe et au début du xxe siècle mais sans faire objet ici
un examen critique La plupart des auteurs les reproduisent depuis
sans en relever les contradictions
On sait que les Agasuvi parents maternels des rois aja de Tado2
emploie le nom de Danhomè pour désigner ancien royaume Agbomè
et celui de Dahomey pour la colonie et tat modernes
est du moins la version de Le Hérissé qui est la plus vraisemblable Selon
Porto-Novo les ancêtres des Agasuvi ont été réellement rois de Tado pendant
Cahiers tudes africaines 58 XV-2 pp 217-238 2l8 YVES PERSON
Togo) après avoir essayé en vain de prendre le pouvoir ont dû se retirer
en pays Aïzo où ils ont organisé le royaume Ardres ou Allada qui était
déjà bien établi en I5393 Par la suite la mort un roi généralement
désigné par le titre princier de kokpon une querelle aurait éclaté entre
ses trois fils désignés par des noms divers dont un aurait gardé le
royaume ancestral tandis que autre allait installer au nord des maré
cages du Ko ou Lama pour créer bientôt le royaume Agbomè
et que le troisième se retirait sur les lagunes au sud-est pour fonder
Hogbonu4
Bien que les traditions orales aient toujours tendance personnaliser
des mouvements collectifs on ne saurait douter que le royaume du
Danhomè ait été uvre un groupe exilés Allada dirigé par des
membres du lignage royal qui avait cherché refuge dans le pays des
Gédévi Dès 1670 les Agasuvi étaient assez forts pour combattre les raids
esclavagistes venus Allada5 et leurs traditions remarquablement conser
vées incitent situer avènement du premier roi Dakodonu vers le
premier quart du siècle 1620-1625 Comme les meilleures traditions
le font naître dans le pays une mère issue une famille connue il paraît
difficile que son père Dogbagri et son grand-père Adigiwolo aient quitté
Allada plus tard que vers 1600
Le frère resté Allada serait Hukunkundu-Radugo Hunugungun
après les gens Agbomè qui lui contestent le titre royal afin de
justifier la conquête de 1724 ou encore Meji selon la tradition de Hog
bonu On ne peut guère trancher car les traditions du vieux royaume
sont très mal conservées ayant été bouleversées par la soumission au
Danhomè6
seize générations mais cette liste des règnes est pas contrôlable et toutes
les chances être mythique cf AKIND et AG ESSY 25)
Sur la Costa Arida cf infra 28
AKINJOGBIN pp 23-25 suppose que origine de cette querelle serait le rejet
par les emigrants de ordre lignager ancien il appelle système ebi et leur
refus de intégrer dans le système de la traite des Noirs que les Hollandais mettaient
alors en place Mais les ancêtres de Porto-Novo ont maintenu ancien système
lignager et ont adopté que tardivement les institutions politiques inventées
Agbomè Vers 1600 en outre action des Hollandais commen ait peine sur
cette côte et la traite des Noirs massive était pas encore ordre du jour Les
Portugais de Tomé achetaient que des tissus des vivres et de ivoire
cf NEWBURY pp 17-18)
On trouvera un résumé des différentes versions dans CORNEV pp 81-82
La première est due BURTON 105) qui originalité de faire de Te Agban-
lin le cadet Selon la tradition recueillie par LE RISS 296) le frère aîné qui
resta Allada est autre que Te Agbanlin Cette corruption de la version la plus
commune est sans doute due au fait que Porto-Novo relevé au vine siècle le nom
Ardres
Voir cependant FONSSAGRIVES ainsi que LOMBARD 41 Pour le royaume
Allada les noms connus de la tradition paraissent inconciliables avec ceux que
nous révèlent les documents européens de 1660 1724 De 1727 1742 Allada été
la résidence des rois du Danhomè qui prétendaient avoir ainsi repris leur héritage
Ils ont ensuite confié le culte local un dignitaire étranger leur famille sous la
surveillance de Vakpiogan chargé de gouverner la province
Le nom Avesu Dangbaza ne paraît connu que des informateurs de Lombard CHRONOLOGIE DU ROYAUME GUN DE HOGBONU 219
N.d.i.R Nous publierons dans un prochain numéro un article du même auteur
sur La toponymie ancienne de la côte entre la Volta et Lagos YVES PERSON 220
Si on considère maintenant ancêtre des Agasuvi de Hogbonu
beaucoup accordent le nommer Zozerigbé surnommé Te Agbanlin
sauf une tradition Allada selon laquelle il aurait porté le nom Avesu
Dangbaza Selon le prince Agbidinukun informateur de Le Hérissé il
serait parti Allada pour Hogbonu le pays de sa mère Selon autres
celle-ci serait plus précisément de Semé est-à-dire issue des Aja-Tadonu
Akocu les Tori ce qui permet écarter idée une origine yoruba
Mais cela soulève autres difficultés car il est pas sur que les Tori
soient installés très anciennement et la tradition de Porto-Novo première
concernée ignore ce fait7
Selon les traditions recueillies par Dunglas est le
village lacustre de So Awa qui aurait été le pays de la mère de Te Agban
lin où il serait parti pour fonder Hobgonu
est ici que se situe une contradiction remarquable qui aurait dû
arrêter tous les auteurs qui ont parlé de Porto-Novo depuis un demi-siècle
Comme celles Agbomè les traditions de Hogbonu dont la culture et
les structures sociales étaient analogues sont remarquablement bien
conservées Il aucune raison de douter que la liste des dix-neuf rois
de Te Agbanlin Toffa ne soit complète et exacte Il de même
aucune raison de douter de la généalogie qui situe sans hésitation ces rois
sur cinq lignages issus de cinq fils de Te Agbanlin rois 6) et entre
lesquels tournait le pouvoir Que cette filiation ancêtre fondateur soit
réelle ou symbolique il là rien de surprenant car la succession en
épuisant tous les candidats possibles une génération avant de passer
la suivante et aboutissant vite alternance entre plusieurs lignées
est très fréquente en Afrique Elle paraît avoir été la règle chez les Aja
et est de cette norme que se sont écartés les Agasuvi Agbomè vers 1625
en établissant une hérédité linéaire de père en fils qui allait être un des
facteurs de leurs succès politiques Elle permettait avènement hommes
jeunes capables de continuité durant de longs règnes8 Au contraire
le système en multiplie les avènements de souverains déjà âgés et
usés Du fait du maintien Porto-Novo de la coutume ancienne ses dix-
neuf rois se répartissent sur cinq générations tandis que ceux Agbomè
au nombre de onze occupent neuf générations9 Si on adopte la moyenne
raisonnable de 30 ans par génération cela situe bien la rupture vers 1600
mais reporte Te Agbanlin au début du xvine siècle10 Comme dans deux
sociétés aussi proches une de autre que les Fon Agbomè et les Gun de
Porto-No vo la durée moyenne une génération était nécessairement
AKIND et AGUESSY 19 étudient les origines de ce groupe aja dont
il sera question plus loin
autant jeunes que seuls étaient pris en compte pour la succession
les ni nés après accession de leur père au pouvoir
Je rejette la version présentant Kpengla comme frère cadet de Tègbèsu
car elle paraît clairement infirmée par les témoignages européens et ne fait pas
unanimité des traditions cf AKINJOGBIN 153)
Gbehanzin paraît être né vers 1850 si bien que Dakodonu aurait vu le jour
vers et sans doute dans la région Agbomè car malgré les contradictions de
la tradition il est certain que sa mère était origine fon CHRONOLOGIE DU ROYAUME GUN DE HOGBONU 221
la même il en résulte que Te Agbanlin et Dakodonu plus forte raison
Dogbagri et son père Adigiwolo ne peuvent pas avoir été contemporains
Cela est ailleurs confirmé par la généalogie des migan de Porto-Novo
qui se sont succédé strictement de père en fils depuis Te Hiin venu avec
Te Agbanlin Or Te Sinji le migan de Toffa représentait au début du
siècle la cinquième génération11
Il fallait dès lors poser alternative ou bien la généalogie tradition
nelle de Porto-Novo est fausse et tronquée ce qui paraît démenti par
les excellentes conditions de sa transmission ou bien le royaume de
Hogbonu est plus jeune un siècle que celui Agbomè Dans ce dernier
cas les traditions ont été reconstruites et rationalisées posteriori pour
rendre compte de la parenté des Agasuvi mais il reste chercher quelle
est la réalité historique qui se cache derrière elles
Il convient abord de interroger sur état dans lequel se présentent
les traditions de Porto-Novo En dehors de exposé sommaire en
donné Foa dès 1893 et de celui plus substantiel de Fonssagrives 1900)
nous avons la chance de posséder une excellente version relativement
riche publiée dès 1911 en langue yoruba par Akindélé Akinsowon
Iwé itan Ajase Il ne agit cependant pas là de traditions état pur
mais une reconstruction effectuée dès la fin du xixe siècle par la première
génération des lettrés de Porto-Novo Des sources écrites relativement
anciennes se sont sans doute mêlées aux traditions proprement dites et
il est difficile en faire la part Il faudrait évidemment contrôler abord
que la traduction fran aise publiée en 1953 par Akindélé fils de
auteur et Aguessy est vraiment conforme original Comme nous
avons pas pu faire ce travail nous admettons provisoirement il
en est bien ainsi Ceci dit Akindélé dans son introduction nous donne
quelques indications sur les sources non orales de son père En dehors
de la référence fantastique un Portugais nommé Gorgas inconnu par
ailleurs et qui aurait débarqué Ouidah en i6 o12 il agit essentiellement
un almanach en langue gun publié Porto-Novo en 1888 par le pas
teur sierra-léonais Marshall13 Il serait très important de retrouver ce
document qui avait déjà disparu de vers 1950 mais qui
Tè Celui-ci Lin 11 Voir son été la fils remplacé généalogie Te Kpoton vers que 1910 son ai fils personnellement par Te son Hunyi fils Te son Bana recueillie fils Te La Donyi dignité Porto-Novo son de migan fils en Te 1951 Sinji étant
soumise une hérédité stricte et non la succession tournante comme les rois
ils ont été nécessairement beaucoup moins nombreux que ceux-ci
12 Ce Gorgas et son secrétaire Boliber Dominique peuvent évidemment être
le souvenir de Portugais réels de la fin du xvine ou du xixe siècle De même que
des traditions orales de Ouidah remaniées par des lettrés situent sérieusement
en 1623 ancêtre fran ais de la famille Oliveira qui est autre Olivier de Monta-
guère directeur du fort fran ais de 1776 1785 cf AGBO 217)
Thomas Marshall appartient la seconde génération des ecclésiastiques
issus des esclaves libérés par la croisière britannique et débarqués en Sierra Leone
qui sont revenus en pays Yoruba partir de 1838 Il est signalé Lagos en 1859
comme animateur de la Young Men Benevolent Association et le mars 1880
toujours Lagos est lui qui réunit son domicile les pasteurs africains menacés
de voir leur traitement réduit par la Société missionnaire cf HERSKOVITS-KOPITOFF
78) YVES PERSON 222
devrait exister en Grande-Bretagne ou Lagos dans les archives mission
naires Il est peu près certain que Marshall homme cultivé connaissant
sans doute essentiel de la littérature sur la région reconstruit et
rationalisé les traditions orales il recueillait et il en est résulté
un phénomène de feed back auprès de personnes lettrées comme Akindélé
Akinsowon Rédigeant un calendrier Marshall sans doute cru nécessaire
de fixer arbitrairement des dates anniversaires est ainsi que nous
apprenons que Te Agbanlin débarqué Porto-Novo le janvier 1688
que De Yakpon lui succédé le 25 juin 1729 et nous avons ainsi de règne
en règne Toffa la date au jour près des événements
Une seconde version trop souvent négligée est celle récoltée vers
1920 administrateur Geay auprès de interprète en chef Assomption
Celle-ci est vrai dire brève et sèche mais elle été recueillie dans
ignorance du travail Akinjogbin et les dates on trouve sont tout
fait différentes nous verrons elles paraissent se rapprocher davantage
delà vérité
Il est significatif que Dunglas enquêtant vers 1950 auprès infor
mateurs que selon sa mauvaise habitude il ne nomme pas mais qui
paraissent être issus de milieux très peu acculturés ne fournit aucune
précision chronologique Il est pas moins remarquable que les synchro-
nismes il suggère contredisent parfaitement ceux Akindélé mais
non ceux de Geay est ainsi que De Gbènyon situé par de
1761 1775 aurait été contemporain Adandozan dont les dates très
sûres sont 1798-1818 Geay nous propose 1785-1794 Mais vrai dire
Akindélé se contredisait lui-même il faisait de De Gbènyon
septième roi le contemporain de Tègbèsu qui régné de 1740 1778
alors il écrit ailleurs que le quatrième roi De Hude il date de 1746
1757 aurait accepté de créer la dignité de mewu la suggestion Agon-
glo dont nous savons il se situe de 1789 1798
Tout cela montre clairement que la chronologie Akindélé qui est
généralement reproduite sans aucune critique est due aux spéculations
du pasteur Marshall et que ses synchronismes sont souvent illusoires
Marshall ou même Akindélé étant permis identifier tel roi du Dahomey
anonyme dans les traditions il recueillait après ce il croyait
savoir de leur chronologie ainsi pour Tègbèsu il croit contemporain
de De Gbènyon alors que le recoupement des traditions Agbomè et
de certains documents européens permet de situer la guerre opposant les
Gun et les Fon en 1803-1804 soit du temps Adandozan apparition
éléments lettrés Porto-Novo est tardive Il eut des isolés comme le
fameux Pierre Tarnata un Hausa ayant longtemps vécu en France qui
fut introduit Porto-Novo avant 1778 par le roi De Mése et devint un
des hommes les plus puissants du royaume servant plusieurs de ses suc
cesseurs comme intermédiaire auprès des Européens34 Mais est seulement
14 Ce Pierre est origine du quartier de Fiekome AKIND 137 imagine
il agit un Brésilien Il été pendant une dizaine années entre 1790 et
1800 hôte du capitaine Adams lors de ses visites Porto-Novo ADAMS On peut CHRONOLOGIE DU ROYAUME GUN DE HOGBONU 223
partir de 1820-1830 avec installation de Brésiliens esclaves rapa
triés pour une grand part que se constitue Porto-Novo un groupe
social caractérisé par une culture écrite Les Créoles anglophones appa
raîtront encore plus tard vers i85o15
Il en résulte une chronologie indigène fondée sur des sources
écrites est pas possible avant le second quart du xixe siècle et même
alors les dates trop précises Akindélé ou plutôt de Marshall ne peuvent
être retenues sans contrôle
Le système chronologique ne peut donc absolument pas
être accepté pour la période ancienne et il ne nous donne aucune indication
sur la date de fondation du royaume Au demeurant même si on le
suivait le règne de Te Agbanlin daté de 1688 1729 serait incompatible
avec la séparation des trois frères Allada vers 1600 moins de prêter
au fondateur une vie longue au moins un siècle et demi
Il faut donc tout reprendre zéro en partant des dates et synchro-
nismes certains et en les confrontant la structure de la liste dynastique
et de la généalogie
Nous devons malheureusement constater que les rois de Porto-No vo
malgré leurs contacts fréquents au xvine siècle avec la traite puis au
xixe siècle avec les Britanniques de Lagos et Badagri demeurent géné
ralement anonymes Les traditions et histoire de ont pourtant
pas encore été étudiées de fa on systématique et on peut espérer elles
livreront des données précieuses pour le passé de Porto-Novo16
Dans état actuel des choses la plus ancienne date certaine est la mort
de De Mèji en 1848 Entre cette date et 1874 qui marque avènement de
Toffa il eu trois règnes soit une durée moyenne un peu plus de huit
ans17 Cette moyenne mettrait avènement de De Hufon vers 1802 celui de
De Mese vers 1763 et celui de Te Agbanlin vers 1729 précisément la date
choisie par Akindélé pour la fin de son règne
Si nous admettons une moyenne de 30 ans par génération et sachant
que Toffa est né vers 1830 cela situerait la naissance de De Soji vers 1800
celle de Hufon vers 1770 celle de De Lokpon vers 1740 et celle de Té
Agbanlin vers 1710 Il ne agit bien entendu que un ordre de grandeur
mais il est intéressant de noter que nous sommes ainsi orientés vers le
début du xvine siècle et nullement du xvue Il reste savoir si des recou-
reconstituer VERGER pp ce que 214-217) on sait de sa carrière aide des éléments rassemblés par
15 PRADO Malgré beaucoup erreurs et une grande ignorance de Afrique
on utilisera cette étude ensemble sur les Brésiliens au Dahomey On consul
tera aussi excellent travail de VERGER influence des Créoles au Dahomey
pas été étendue mais pour le Nigeria voisin on se reportera HERSKOVITS-
KOPITOFF
16 Un examen systématique des publications et rapports britanniques devrait
nous fournir des éléments nouveaux surtout après 1830 Je ai pas pu pro
céder
17 Le règne de Toffa est pas retenu pour cette moyenne car il été exception
nellement long en raison de la réduction de des lignages entre lesquels tournait
le pouvoir Il est déroulé en outre en grande partie sous ère coloniale YVES PERSON 224
pements et des documents écrits infirment ce premier calcul ou au
contraire le confirment et permettent de le préciser
Akindélé situait le règne de De Wèse de 1818 1828 et lui attribuait
une grande guerre contre Badagri que toutes les sources confirment
Nous savons par John Lander que la paix entre Porto-Novo et Badagri
été proclamée le 24 mars 1830 Ce conflit était issu une guerre civile
Porto-Novo survenue la mort de De Toji et la suite de laquelle
le mewu ayant pris position contre la candidature de De Wèse avait dû
enfuir Badagri où il continua la lutte Ce mewu en exil allait ailleurs
poursuivre une carrière politique dans sa nouvelle patrie18 pendant plus
un quart de siècle ce qui est assez remarquable Cela nous permet en
tout cas affirmer que la mort de De Toji et avènement de De Wèse
se situent peu années avant 1830
Nous savons que De Wèse mené une guerre victorieuse contre Badagri
mais rien ne permet de dater celle-ci Les traditions celles de Dungias
comme celles Akindélé insistent surtout sur importance pris de
son temps le commerce des esclaves au profit des Portugais
Grâce au travail admirablement précis de Pierre Verger nous possé
dons justement un document écrit et daté qui confirme ces relations
De 1810 1812 ont coexisté Bahia deux ambassades une du roi du
Danhomè autre de Porto-Novo qui révélaient la rivalité commerciale
des deux tats et la prétention du roi Agbomè au monopole du com
merce brésilien Ce dernier était assurément Adandozan mais le roi de
Porto-Novo est malheureusement pas nommé Nous possédons en
revanche une lettre du 16 novembre 1804 adressée au prince Dom Jo
de Portugal et portée Bahia par une ambassade du roi Ardres Hypo
qui est évidemment De Hufon Cette lettre réclamait aide ingénieurs
portugais pour ouvrir embouchure de Cotonou afin de mettre le littoral
de Porto-Novo abri des incursions dahoméennes19 Ce projet qui
18 NEWBURY pp 47-49 54 63 attribue par erreur De Meyi expulsion du
mewu
19 VERGER Sa thèse est un monument érudition qui mis pour la première
fois contribution importante documentation portugaise et brésilienne Son
contenu une richesse extraordinaire révèle sans cesse du nouveau aux chercheurs
qui se donnent la peine de fouiller et qui auraient pas pu comme lui aller scruter
les archives du Brésil Mais elle est par ailleurs étrangement décevante de la part
un chercheur ayant une expérience aussi exceptionnelle du milieu africain Elle est
en effet menée comme un travail histoire très classique sans aucun recours aux
traditions orales que Verger connaît mieux que quiconque et même en évitant
systématiquement de confronter les deux types de sources
est ainsi que plusieurs reprises on nous parle un roi Chamba ennemi
Agaja qui en prit au facteur portugais Basileo pour avoir ravitaillé en armes
pp 167-168 178 Mais Verger ne nous dit nulle part de qui il agit alors que son
identification est très facile ce Chamba est le cabecère déserteur Shampo
dont Dunglas suivant Daizel nous parle plusieurs reprises il agit en réalité
du prince Asiongbo de la famille royale des Mina gun de Gliji Togo) qui servit
Agbomè pendant une période alliance avant de rentrer chez lui où il régné
en 1767 en animant la résistance des Popo ce sujet cf GAYIBOR
évolution politique et sociale des Mina Paris 1970 mémoire de maîtrise
De même Verger fait aucune tentative pour identifier les rois de Porto- CHRONOLOGIE DU ROYAUME GUN DE HOGBON 225
eut pas de suite datait des années 1790 et on peut penser il est
repris par De Huf on après des raids violents des Dahoméens dont
on sait par ailleurs ils ont eu lieu en 1803)
Cette date pourrait confirmer la chronologie Akindélé tout comme
notre date moyenne de 1802 mais la lettre ne nous dit pas si année 1804
se situe au début ou la nn du règne de Hufon Cependant la tradition
Akindélé Geay Dunglas désigne ce roi comme ayant grandement
développé le commerce avec les Portugais et fait une guerre
importante contre Gansa roi de Badagri Or le relèvement de cette ville
sous le commandement de ce dernier paraît se situer vers 1810-1830
On peut donc penser que De Hufon est le roi qui envoya ambassade de
1810-1812 et que son règne duré au moins jusque vers 1815 La lettre
de 1804 serait donc une initiative du début de son règne
autres recoupements paraissent le confirmer En effet offensive
Adandozan sur la côte en 1803 était une réponse attaque de Gbènyon
troisième prédécesseur de Hufon qui avait combattu les Dahoméens
ouest du lac Nokué brûlant Godomey Jaken) Agbomè-Kpèvi Abomey
Calavi et avan ant même Tori près de Ouidah est cette
guerre Akindélé situait sous Tégbésu parce il datait le règne
de Gbènyon de 1761 i77520 Or une telle offensive de Porto-Novo faite
avec appui des pêcheurs tofinnu qui ont toujours été fidèles aux des
cendants de Te Agbanlin est concevable une époque de grande
faiblesse pour le Danhomè certainement pas du temps de Tégbésu de
Kpengla ou Agonglo Au demeurant si elle avait eu lieu avant 1790
on en trouverait le souvenir dans Daizel Les deux tats agasuvi sont
généralement restés en bons termes sous la suzeraineté Oyo le grand
aidant le petit se consolider avant les raids lancés en 1788 par Kpengla
contre le port de Porto-Novo dont la prospérité excitait sa jalousie
Les deux royaumes garderont finalement des relations assez bonnes
bien ambiguës la fin du xixe siècle
Si nous admettons comme valable attaque des Porto-Noviens contre
le Danhomè et je pense il faut le faire elle est confirmée par
les Tofinnu) il me semble que événement ne peut être produit que
pendant la minorité Adandozan après assassinat Agonglo en 1798
Quand Adandozan prend en personne le pouvoir en 1803 il pratique
une politique guerrière et la tradition reconnaît sa valeur militaire bien
que presque tous les faits en aient été effacés la suite du coup tat
de 1818 et de la propagande favorable Gezo
Or il se trouve que la tradition de Porto- souligne extrême
Novo figurant dans les documents qui ont pourtant permis de reconstruire
cette chronologie
20 AKIND et AGUESSY 72 En revanche GEAY 629 situe la fois
attaque portonovienne et la riposte dahoméenne sous De Gbènyon Son successeur
De Ayikpè aurait combattu la fois les Wemenu et le royaume yoruba de Pokra
Ipokia Ce dei nier comme Appa été vassal de Porto-No vo après la chute de
Badagri