Commerce, artisanat, manufacture (XVIe-XVIIe siècle)
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 21e année, N. 4, 1966. pp. 902-913.
Citer ce document / Cite this document :
Commerce, artisanat, manufacture (XVIe-XVIIe siècle). In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 21e année, N. 4, 1966.
pp. 902-913.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1966_num_21_4_421434ANNALES
tère plus ou moins autoritaire К » II conclut : « Une approche par l'ana
lyse componentielle de la conception populaire de la santé en Occident
nous libérerait des catégories imposées par la sub-culture profession
nelle 2. » H est évident que le temps est venu, et même bien venu, de
tenter une analyse générale de la profession médicale dans notre société,
une analyse aussi incisive que celle à laquelle ont été soumis ceux que
Polgar appelle les « agents-de-santé » dans n'importe quelle autre culture.
A peine ouvert, le champ de l'ethnologie médicale comporte de vastes
territoires à explorer, particulièrement en ce qui concerne l'étude des
nosologies indigènes. En ethologie, quel serait le « rôle du malade » dans
les sociétés animales, et quels sont leurs efforts vers des pratiques « cura
tives » ? Dans les cinquante dernières années, de nombreux travaux ont
été effectués en tenant compte des statistiques médicales. Mais ces tr
avaux ne se référaient guère aux variables génétiques, culturelles, ou
socio-économiques du milieu considéré. L'application de l'instrument
statistique, dans une telle perspective, tenant compte surtout de la démo
graphie dans ses rapports avec l'épidémiologie, appelle impérativement
le recours aux calculatrices électroniques. Et il faudra ajouter qu'en
France, si l'on excepte quelques publications occasionnelles, le champ de
recherches dans son ensemble reste inexploré. — E. K.
Commerce, Artisanat, Manufacture
(XVF-XVIIF siècle)
m Les premiers tarifs douaniers anglais. — On assiste, outre-Manche à
une réhabilitation des anciennes statistiques douanières. Tandis que
E. M. Carus- Wilson et Olive Coleman démontrent définitivement la
valeur des séries de 1275 à 1547 pour l'histoire économique, T. S. Willan,
spécialiste du commerce élizabéthain, attire sur les premiers tarifs connus
(dès 1507, imprimés dès 1545), une attention qu'a trop accaparée la
contrebande. Celle-ci devait être active sur les vins, soumis à une cas
cade de taxes, de l'ordre de 80 % de leur valeur ; à l'exportation, sur la
laine (payant 25 à 37 %), mais probablement moins sur les étoffes,
c'est-à-dire sur l'essentiel. Les autres produits étaient soumis uniformé
ment à un droit de 5 %, de sorte que les « tarifs » ne sont que des listes
de prix officiels.
Dans quelle mesure ces prix taxés ont -ils suivi les cours réels ? L'his
toire des prix atteint rarement les prix de gros. La révision effectuée à
la fin du premier XVIe siècle, en 1558, enregistre une hausse moyenne de
118 %, la suivante, en 1604, restera limitée (environ 16 %). Les comptes
d'une société de commerce avec le Maroc montrent même que les tarifs
de 1558 n'étaient pas appliqués strictement vers 1585.
Il ne faudra donc plus parler, pour ce siècle, de politique protectrice,
ni d'aucune politique douanière (une matière première comme l'alun fut
longtemps surtaxée). La forme des tarifs imprimés, malgré ses progrès,
1. Ibid., p. 177.
2.p. 194.
902 NOTES BRÈVES
suggère des remarques qui vont dans le même sens : l'ordre alphabé
tique imparfait donne l'impression « que les Anglais du XVIe siècle avaient
autant de difficultés avec leur alphabet qu'avec leur arithmétique. Peut-
être l'élaboration d'un ordre alphabétique rigoureux doit-il entrer en
ligne de compte avec l'adoption des chiffres arabes dans la genèse du
capitalisme moderne ».
Enfin, la liste des produits ne manque pas d'intérêt. La plus ancienne
porte le titre de Spycery (« épicerie »), et le tarif de 1582, réédité par le
Professeur Willan, abonde en panacées connues, plus les identifications
probables. C'est alors qu'apparaît la cochenille (ainsi que les « pannels »,
sucres non raffinés du Maroc — et aussi la laine espagnole, les mâts et
autres fausses nouveautés) ; le tabac attendra 1604. Les enfants ne sont
pas oubliés puisque le tarif s'ouvre sur les <c Abcès » (A В С) sur papier
ou parchemin, les « aiguillettes ou boutons pour bonnets d'enfants »,
et continue avec les « babies ou poupées » ainsi que les balles de tennis.
{A Tudor Book of rates, edited by T. S. Willan, Publications of the Faculty
of Arts of the University of Manchester, n° 13, 1962, LV-97 p., dont
11 p. d'index). — J.-J. H.
■ Les debuts de la navigation hollandaise en Italic. — En reprenant son
article publié en 1936, le Professeur J. H. Keknkamp l'a considérable
ment enrichi, en tenant compte de tout ce qui a été publié depuis et, en
particulier de ses propres travaux basés sur l'exploitation des Archives
de la firme Daniel Van der Meulen. Ce qui est particulièrement sédui
sant, c'est de suivre les préparatifs des expéditions, les spéculations
entretenues sur le rendement des cargaisons (cf. les espoirs soulevés par
le vin de Crète, l'huile de Gênes) et finalement d'enregistrer les résultats :
très inégalement satisfaisants, mais le pessimisme des marchands et des
facteurs se trouve parfois démenti par les comptes (J. H. Kernkamp
fixe le bénéfice minimum réalisé par le Swerte Ruyter en 1589/1590 à
1 846 florins). Que ne donnerait-on pas pour disposer ainsi de clés, ouvrant
les secrets des marchands : secrets de la décision, secrets des bénéfices !
(« Scheepvaart-en Handelsbetrekkingen met Italie tijdens de opkomst
der Republiek », réimprimé in Zeventien Studiën van Nederlanders,
verzameld door de Vereniging Het Nederlandsch Economisch-Histo-
risch Archief ter gelegenheid van haar vijftigjarig bestaan (1914-1964)
Martinus Nijhoff. La Haye. Pp. 199-234.) — M. M.
■ A propos de l'exportation des espèces vers l'Orient au XVIIe siècle.
— C'était un reproche fréquemment adressé à la compagnie anglaise
des Indes orientales que d'exporter des espèces vers l'Orient. K. N. Chau-
dhuri examine le bien fondé de ces accusations dans un article de l' Eco
nomie History Review, d'août 1963 : « The East India Company and the
export of treasure in the early seventeenth century. » Incontestablement
la compagnie n'équilibrait pas en marchandises ses échanges avec l'Asie.
A la valeur de ses expéditions de draps, de métaux, de corail, il lui fal
lait ajouter les revenus de son commerce de cabotage sur les côtes du
Dekkan et de Chine, et des envois de monnaies et de lingots d'argent.
Selon les porte-parole de la compagnie devant le Conseil privé, cet
argent provenait des pays européens vers lesquels les Anglais réexpor
taient les épices de l'Inde.
En dépit de cette habile défense, les critiques redoublèrent après la
crise de 1621. La balance commerciale de l'Angleterre paraissait grave-
903 ANNALES
ment déséquilibrée, les espèces manquaient dans le royaume, et la com
pagnie elle-même avait le plus grand mal à se procurer le support monét
aire de son négoce. En 1625, la guerre avec l'Espagne accrut encore ces
difficultés, mais dès 1630, la paix revenue permit d'importer de Seville
des quantités considérables d'argent. Au traité de Cottington le gouver
nement espagnol s'engagea à négocier désormais une partie de ses
trésors américains, non plus à Gênes mais à Londres. Deux conclusions
se dégagent de cette importante étude. En premier lieu le problème de
la balance commerciale anglaise vis-à-vis de l'Orient était lié à celui des
rapports entre l'économie britannique et les autres pays européens. En
second lieu, les exportations d'espèces de la compagnie s'inséraient dans
une circulation mondiale de l'argent dont la source se trouvait au fond
des mines américaines. — P. D.
■ L'origine des Actes de navigation. — J. E. Farnell ouvre de nouveau
une discussion ancienne sur les origines et la signification des Actes de
navigation (Economie History Review, avril 1964 : « The navigation
Act of 1651, the first Dutch war and the London Merchant Community »).
Pour certains historiens les décisions de 1651 ont été provoquées par les
pressions, les sollicitations des marchands intéressés au commerce des
Indes occidentales et orientales ; c'est la thèse de Ch. Wilson, G. N. Clark
et A. Smith. Pour d'autres, dont G. Schmoller et R. W. K. Hinton,
l'Acte de navigation a été conçu par des hommes d'État, soucieux avant
tout de puissance politique et militaire. J. E. Farnell apporte à la pre
mière interprétation de nouveaux arguments. Il rappelle combien fut
populaire parmi les marchands de Londres la guerre contre la Hollande
et souligne l'influence exercée sur les rédacteurs des actes par M. Thomps
on, un riche négociant engagé dans le commerce d'Extrême-Orient, et
par S. Bethel, qui représentait la branche hambourgeoise des Merchants
Adventurers. — P. D.
■ Aspects financiers et sociaux de la première révolution d'Angleterre.
— Dans un article suggestif, riche d'aperçus nouveaux, mais qui nous
laisse, avouons-le, sur notre faim, H. J. Habakkuk critique les travaux
de M. P. Ashley sur le protectorat (« Public finance and the sale of confis
cated property during the interregnum », Economic History Review,
XV, août 1962). Selon lui, le régime cronnvellien ne disposait pas de
finances solides et son crédit demeurait si réduit qu'il ne gérait qu'avec
peine sa trésorerie. La vente des terres confisquées à la Couronne, aux
évêques et aux Cavaliers n'avait pas permis de rembourser les dettes
contractées pendant la guerre civile, et les créanciers de l'Etat formait
uu parti de mécontents, actif jusqu'au sein de l'armée. — P. D.
■ Certains aspects économiques de l'union anglo-écossaise de 1707. —
(T. G. Smout, Economie History Review, avril 1964). L'union des deux
pays consacrée par l'avènement sur le trône d'Angleterre de Jacques I,
demeurait purement dynastique et ne comportait aucune union doua
nière ou économique. Les Ecossais eurent tout au long du xvne siècle le
sentiment que l'union leur était économiquement défavorable. Les
Actes de navigation leur causaient d'importants dommages. Leurs expor
tations en Angleterre payaient des droits élevés, leurs exportations sur
le continent souffraient des tarifs de rétorsion et lorsqu'en 1695 ils créèrent
une compagnie pour le commerce en Afrique et dans l'Inde, le gouver-
904 NOTES BRÈVES
nement anglais suscita aux actionnaires les pires difficultés. Aussi au
lendemain des grandes famines de la fin du siècle leur Parlement adopta
en 1703, des résolutions et des mesures qui inquiétèrent vivement
Londres et l'amenèrent à proposer l'union des deux pays. L'Ecosse fut
incluse désormais dans le système britannique des douanes. Elle devait
en tirer, surtout à la fin du XVIIIe siècle, un merveilleux parti. — P. D.
■ De l'Histoire économique des « petits pays ». — Dans les récents
numéros ď Economica, l'article le plus suggestif pour l'historien est sans
doute celui où S. G. Checkland discute — surtout du point de vue de
leur méthode — plusieurs ouvrages récents sur l'histoire économique de
l'Ecosse (« Scottish Economie History : Recent Work », Economica, nouv
elle série, XXXI, n° 123, août 1964, pp. 296-313). Il montre en effet que est un exemple de ces « petits pays » — comme la Belgique, la
Hollande, les États Scandinaves — dont l'histoire économique risque de
souffrir d'un particularisme trop étroit, et ne peut être vivifiée que parle
recours à la méthode comparative, qui la replace dans un cadre plus large,
et y recherche avant tout des « cas » permettant d'éclairer concrètement
des problèmes économiques généraux. Puis il présente rapidement plusieurs
de ces grands thèmes qui ont été exploités par les historiens écossais ; par
exemple l'incidence d'un « marché commun » — l'union douanière avec
l'Angleterre en 1707 — sur le développement d'un pays arriéré ; la liquida
tion du « pastoralisme tribal » des Highlands ; la variété de la Révolution
agricole dans les Lowlands ; l'essor d'un système bancaire original, etc..
Dans tous les cas, forces internes et facteurs externes ont joué leur rôle, et
l'analyse de leur équilibre n'est pas un des problèmes les moins intéres
sants que soulève l'étude des « petits pays ». — F. C.
■ Commerce et finances du Danemark au XVIIe siècle. — Malgré la
politique menée au XVIe siècle contre les villes hanséatiques, et malgré
les efforts de Christian IV pour favoriser les entreprises de ses sujets, les
marchands de Lubeck et de Hambourg conservaient au XVIIe siècle une
position très forte au Danemark : tel est le résultat d'une étude rich
ement documentée de J. Jorgensen (« Denmark's Relations with Lubeck
and Hamburg in the Seventeenth Century », dans The Scandinavian
Economic History Review, XI, 1963, pp. 73-116). La Compagnie d'Islande
créée à Copenhague préférait vendre à Hambourg plutôt que dans la
fondation royale concurrente de Glûckstadt. Les nobles danois étaient
attachés à leurs bonnes relations avec les marchands hanséatiques.
Aarhus, en 1655, exportait surtout vers les Pays-Bas, mais l'essentiel
de ses importations venait de Lubeck. L'examen des successions de
75 marchands danois décédés entre 1660 et 1700 révèle qu'un tiers envi
ron de leurs dettes était dû à des créanciers hambourgeois et lubeckois,
les créances hollandaises n'atteignant guère, sauf à Copenhague, que le
dixième des allemandes. De tous les partenaires commerciaux du Dane
mark, Hambourg était peut-être le plus important, en tout cas un des
tout premiers, tandis que Lubeck fournissait largement les petites villes
du royaume proche. L'analyse des créances sur l'État en 1660 donne
une indication plus favorable sur le rôle des Hollandais, qui en déte
naient 420 000 taler (plus 400 000 aux États Généraux), contre 670 000
à des firmes de Hambourg, et 133 000 seulement à celles de Lubeck. Ces
sommes additionnées représentaient 38 à 39 % de la dette publique, donc
beaucoup moins que la fraction prêtée par des sujets danois. Mais les plus
905 ANNALES
gros, parmi ceux-ci, avaient souvent une origine ou des liaisons étran
gères, tel le rentemester Henrik Muller, grand entrepreneur commercial
et industriel (mines de cuivre en Norvège), lié aux Marselis d'Amsterdam,
de Hambourg et de Copenhague, ce qui faisait un « bloc » de 900 000 taler.
Étudiant ailleurs ce problème de la dette publique sous un autre angle,
l'auteur a montré que le coup d'État de 1660 contre l'ancienne aristo
cratie (suppression du Rigsraad et instauration de l'absolutisme) fut une
victoire des grands créanciers du roi et du patriciát de Copenhague, qui
mirent la main sur l'administration financière, et se trouvèrent à l'aise
dans le nouveau régime. Cinq d'entre eux, qui avaient en 1660
1 240 000 taler d'obligations, reçurent pour 1 660 000 taler de terres
royales dans la grande liquidation opérée de 1661 à 1664 x. L'opération
ne fut pas sans conséquences sur les relations entre l'Etat danois et les
banquiers étrangers, peu satisfaits de voir leurs créances immobilisées
en biens-fonds d'un faible rapport. D'autre part l'influence des financiers
de Copenhague dans le gouvernement relança la politique mercantiliste,
encore que ces hommes fissent beaucoup d'affaires avec Hambourg. La
Compagnie danoise de Guinée avait son siège à Gluckstadt, mais ses direc
teurs, comme le gros de son capital, étaient de Hambourg. En marquant
pertinemment l'écart qui séparait des réalités commerciales les règl
ements administratifs et les entreprises politiques, J. Jorgensen ouvre
des perspectives intéressantes sur l'histoire de l'économie et de la société
danoises au XVIIe siècle. — P. J.
■ Le commerce anglo-portugais de 1700 à 1770. — G. S. L. Tucker lui
consacre un article de V Economie History Review (n° 2, dec. 1963). Ce
négoce peu prospère au XVIIe siècle se développe après 1690. Les
Anglais exportent vers le Portugal des étoffes de laine légères : baies,
serges et autres « worsted » ; ils importent en échange : sucre, huile, vin,
sel, fruits et surtout l'or, dont la production progresse au Brésil de 1690
à 1760. Les produits anglais se vendent facilement non seulement parce
qu'ils bénéficient des clauses du traité de Méthuen, mais surtout sont moins chers et sont vendus avec de longs crédits.
Le développement du négoce avec toute la péninsule ibérique et ses
colonies soutient l'essor de l'industrie anglaise, la participation des
Anglais aux assurances et à la navigation portugaise profite à leur marine,
tandis que les crédits ouverts aux marchands portugais à Londres contri
buent au rayonnement financier de cette place. — P. D.
■ Du nouveau sur les origines de la papeterie anglaise. — Lors de la
révocation de l'édit de Nantes, des techniciens huguenots allèrent, entre
autres, aider les Anglais à s'émanciper du monopole français dans le
domaine du papier de qualité. Mais l'ambassadeur du Grand Roi réussit
à leur faire abandonner leurs nouveaux postes et repasser l'eau — on
ignorait jusqu'ici avec quels arguments (R. H. George, « A mercantilist
episode », Journal of Economie and Business History, III, 1931, pp. 264-
271, cf. Annales, 1961, p. 1213). W. J. Cameron, chargé d'enseignement
littéraire à l'Université d'Auckland, complète aujourd'hui cette histoire
(« The Company of White-paper-makers of England 1686-1696 », Uni
versity of Auckland, Bull. 68, Economic History series 1, février 1964,
47 p.).
1. « Bilantz 1660. Adelsvaeldens bo j, dans Festskrift til Astrid Frits, Copenhague,
1063, pp. 153-171.
906 NOTES BRÈVES
Avec la révolution et la rupture des relations franco-anglaises, en
effet, les dirigeants de la Compagnie x reprirent courage, et sollicitèrent
du Parlement un privilège, que combattirent les fabricants de papier
ordinaire, d'où échange de mémoires, servant en même temps d'échant
illons. La présente brochure réédite ces pièces. On y apprend que l'intr
oduction de la papeterie en Angleterre serait due à un Allemand, Spelmar
ou Spilmar, dès 1604 ; que le fabricant Janssen, hollandais venu d'An-
goulême, ne se serait fait l'auxiliaire des manœuvres louis-quartoziennes
que sous la menace de persécutions contre son père, resté sur l'autre
rive... Mais W. J. Cameron ne se contente pas de cette documentation
subjective ; tout mal placé qu'il puisse être, à première vue, en Nouvelle-
Zélande, il a commencé à chercher dans les bibliothèques des traces
concrètes de l'activité des cinq moulins de la Compagnie. L'emploi de
leur papier semble exclu (en 1692) du corps des ouvrages de luxe, encore
imprimés presque entièrement sur papier français. En revanche, il n'est
pas limité à l'Angleterre proprement dite, mais attesté déjà chez un
imprimeur de Dublin, en attendant d'autres découvertes. — J.-J. H.
■ Une enquête économique sous la Régence. — Faute de véritables ou
nouvelles « Sources de l'Histoire de France », surtout pour le XVIIIe siècle,
il est difficile de savoir si tel ou tel dossier de statistiques est vraiment
inédit : ainsi en fut-il pour l'enquête dite d'Orry, de 1745, il y a quelques
années. Mais certainement tels dépôts d'archives sont restés négligés des
historiens г : c'est ainsi qu'alerté par Mme Gauja, archiviste de l'Acadé
mie des sciences, Jean Piliši signale, dans Documents pour l'histoire des
Techniques, n° 3 (juin 1964), l'existence à l'Institut de deux grosses
liasses, résidu d'une enquête ordonnée par le Régent en 1716. Elles
seraient particulièrement riches quant aux mines (et à Sainte-Marie-
aux-Mines) ; en dehors de l'histoire des techniques surtout, la question
serait de savoir si quelques comparaisons sont permises avec les mémoires
des intendants, antérieurs aux désastres louis-quatorziens, et avec leg
enquêtes du XVIIIe siècle proprement dit. — J.-J. H.
■ Un Code minier russe au XVIIIe siècle. — A partir de l'œuvre déjà
ancienne de S. G. Strumilin sur la sidérurgie russe et des documents
concernant la métallurgie ouralienne dans le second quart du XVIIIe siècle,
publiés plus récemment par N. I. Pavlenko et M. A. Gorlovskij, A. Kahan
présente un épisode de la politique mere antiliste russe : la tentative
d'élaboration d'un code minier (1734-36), réglant les rapports des entre
preneurs entre eux et de l'État — lui-même entrepreneur — avec les
industriels privés (« A proposed mercantilist code in the Russian Iron
n° Industry. 11, Winter 1734-36 1965). », Explorations in entrepreneurial history, vol. II,
Code « mercantiliste » ? Oui, dans la mesure où le classique interven
tionnisme de l'Etat s'y manifeste. Dans la tradition de Pierre le Grand,
les représentants du pouvoir, délégués dans l'Oural, cherchent à imposer
une politique nationale de l'entreprise minière, à base de vues abstraites,
systématiques, uniformisatrices : contrôle rigoureux, à la fois fiscal et
technique, de l'entreprise ; exigence de qualité ; limitation de la variété
1. Leurs noms ne sont-ils pas d'origine française aussi : Cardonell, Dupin ?
2. J. Meyer révèle par ailleurs les trésors de l'Académie de Médecine — nous
oomptons nous-mêmes présenter une interprétation cartographique de l'enquête de
ce corps (imprimée) sur le pain en 1788.
907 ANNALES
des produits ; souci du caractère « compétitif », sur le double plan de la
qualité et des prix, des marchandises destinées à l'exportation ; fixation
des prix de vente à l'échelle nationale. L'État va même jusqu'à ébaucher
une politique sociale, répondant surtout au souci de la formation et du
rendement maximum de la main-d'œuvre : l'entretien des écoles tech
niques, des hôpitaux, les indemnités aux malades ou aux accidentés,
devaient constituer un certain pourcentage de la charge fiscale qui frappe
les entrepreneurs.
Les industriels expriment nettement leur réticence : soucieux avant
tout de la rentabilité immédiate de l'entreprise, ils entendent conserver
une certaine « souplesse » qui leur permette de tirer le parti maximum
de la conjoncture nationale : diversification de la production, liberté des
prix de vente, des salaires, de l'emploi de la main-d'œuvre ; refus des
« charges sociales », des écoles surtout qui priveront l'entreprise de sa
main-d'œuvre enfantine.
Ce souci de liberté dans l'entreprise n'exclut d'ailleurs pas une concep
tion étriquée du monopole : contre l'État désireux de susciter des candi
datures nouvelles à l'activité industrielle, les entrepreneurs en place
redoutent, plus ou moins ouvertement, l'apparition de nouveaux venus.
Tout l'intérêt de l'épisode se concentre dans son dénouement : l'ob
struction des entrepreneurs sera telle que le code ne sera jamais ratifié ;
surtout ils obtiendront des autorités centrales la suppression des « in
specteurs des manufactures », représentants fort gênants de l'État, trop
indiscret tuteur.
Le risque que courent les industriels en rejetant la protection de
l'État pour mieux esquiver son contrôle, la vigueur de leur opposition
aux vues des interventionnistes, leur triomphe final, sont autant de traits
révélateurs de leur robustesse croissante. — S. B.
■ Le procès des manufactures d'Ancien Régime. — Dans la livraison
de juillet 1964 du Vierteljahrschrift fur Sozial und wirtschaftsgeschichte,
Jacob van Klaveren distingue plusieurs catégories de manufactures.
Celles où les techniques demeurent artisanales et traditionnelles, celles
qui servent de cadre à l'introduction de procédés nouveaux ou per
mettent l'organisation d'une meilleure division du travail, celles enfin
qui abritent des fabrications, inconcevables à l'intérieur d'un atelier
domestique : fonderies de cloches, de canons, brasseries, raffineries de
sucre, etc. L'auteur établit une autre distinction entre les créations spon
tanées et privées et les manufactures d'État ou les entreprises dotées de
privilèges de monopoles et de subventions. Alors que les premières, sou
mises aux lois de la concurrence et de la rentabilité, auraient dans les
secteurs où la technique exigeait la concentration de la main-d'œuvre,
préparé la voie aux fabriques nouvelles, les secondes, sauf exceptions
rarissimes, n'auraient servi que de prétextes à la dilapidation des deniers
publics. C'étaient le plus souvent, dit l'auteur, des «villages à la Potem-
kine»; et de citer à l'appui de son opinion de nombreuses monographies,
consacrées aux manufactures dans les pays germaniques ou méditerra
néens. S'il reconnaît au passage que certaines créations colbertistes ont
permis d'introduire en France des techniques nouvelles, il semble cepen
dant négliger quelques aspects importants des manufactures créées penle règne de Louis XIV : elles utilisent en effet souvent le travail à
domicile et ne constituent que des formes d'encadrement de la main-
d'œuvre ou de centralisation commerciale. Quant à l'intervention de
908 NOTES BRÈVES
l'État absolutiste, elle s'explique par la carence des initiatives privées
qui se détournent des activités productives et préfèrent les placements
dans les offices, les terres ou les fermes d'impôt. — P. D.
■ A propos de l'apprentissage. — Comment a évolué le statut juridique
et la signification sociale de l'apprentissage, de la fin de l'ancien régime
jusqu'au milieu du XIXe siècle ? Telle est la question à laquelle répond
A. Soboul, dans un article de la revue marxiste italienne Studi storici
de juillet-septembre 1964.
La conception traditionnelle de l'apprentissage correspondait aux
besoins d'une économie artisanale de type ancien, mais elle apparaissait
dépassée, avant même la révolution de 1789. D'une part on constatait,
à l'intérieur des communautés de métier, l'établissement de la maîtrise
en condition vénale et héréditaire ; d'autre part se constituait, en ville,
un prolétariat de type nouveau, celui des cbambrelans et des journal
iers, qui n'étaient passés par aucun apprentissage régulier et auxquels
les maîtres faisaient appel quand le travail pressait. La décadence des
institutions corporatives suscita réflexions et projets de réforme. Pour
répondre aux besoins nouveaux de l'économie, fut fondée en 1781, à
Mulhouse, une école de commerce, puis furent réorganisées ou créées les
écoles des Ponts et Chaussées, du Génie civil et des Mines. Au lendemain
de la suppression des communautés de métier et de toute la réglement
ation concernant l'apprentissage, Condorcet proposa à l'Assemblée
législative un plan national pour l'organisation de l'enseignement tech
nique ; d'autres projets furent présentés à la Commune de Paris, mais
le tout sans résultat pratique.
La loi sur les manufactures du 12 avril 1803 assimila l'apprenti à un
jeune ouvrier et négligea de rappeler au patron sa mission éducatrice.
L'économie de la libre concurrence allait pouvoir utiliser librement, la
main-d'œuvre infantile. — P. D.
■ Le déclin des corporations de Cluj. — Dans un article de Muzeul de
Istorie Cluj (n° 1, 1964), M. Bunta traite un sujet assez peu étudié dans
les ouvrages historiques : l'histoire des corporations en Transylvanie'
L'aspect analysé dans la présente étude est la désagrégation de ces orga
nisations vers la fin du XVIIIe siècle et le début du xixe.
Les faits qui ont amené ce déclin sont exposés et expliqués d'une
manière précise et systématique. D'une part, l'augmentation de la popul
ation créait un marché beaucoup plus étendu. La demande augmentait
en quantité, ainsi qu'en qualité.
Les corporations, dont les moyens de production, ainsi que l'orga
nisation intérieure, étaient primitives, ne pouvaient satisfaire à cette
demande. D'autre part, le commerce se développe de plus en plus. Les
commerçants apportent des produits de qualité supérieure de l'étranger
surtout d'Autriche ; ils font ainsi une concurrence sérieuse aux corpo
rations locales.
Ces phénomènes économiques provoquent des changements dans les
relations entre les corporations et même à l'intérieur de chacune d'elles.
L'entente cesse de régner entre les corporations d'une même branche
artisanale. Les règlements intérieurs ne sont plus strictement respectés.
Une différenciation s'esquisse dans la corporation : les maîtres qui
ont plus d'apprentis et de garçons de métier s'enrichissent ; ils com
mencent à former une couche privilégiée. Quelquefois, ils s'associent
909
Annales (21* année, juille1>août 1966, n° 4) 18 ANNALES
entre eux, en ne tenant plus compte de la corporation pour mieux veiller
à leurs intérêts. Simultanément il se forme une couche de maîtres plue
pauvres, souvent très jeunes, car les vieux maîtres avaient des postes à
la tête de la corporation. Pour réagir contre la concurrence, les corpora
tions prennent des mesures restrictives : réduction du nombre des
membres, difficulté de plus en plus grande des œuvres de maîtrise, lutte
contre les commerçants qui apportaient des produits finis de l'étranger.
La priorité d'admission dans la corporation est donnée aux familiers des
membres ; les taxes d'entrée sont augmentées. Ainsi les fils des maîtres
riches entrent plus facilement dans la corporation. Comme les œuvres de
maîtrise sont de plus en plus compliquées, les garçons de métier passent
un temps long à travailler, en étant mal payés, avant d'être admis parmi
les maîtres.
L'auteur s'appuie sur de nombreux documents de l'époque. Il montre
que le déclin du système des corporations est dû à un profond change
ment économique : la petite production de marchandises ne peut plus
répondre aux exigences d'un marché qui augmente et elle ne résiste рае
au développement des relations de production capitalistes. En tant que
systèmes trop primitifs, trop fermés, les corporations sont détruites par
le progrès et feront place, peu à peu, à la production des manufactures
et des fabriques. L'auteur souligne le fait que les relations entre maîtres
et apprentis deviennent de plus en plus des relations d'exploitation : le
salaire comme forme de rétribution typique du développement du capi
talisme détruit l'image patriarcale bourgeoise des relations à l'intérieur
de la corporation.
L'auteur insiste sur l'importance des faits économiques et sur leurs
conséquences sociales, en montrant que l'histoire des corporations de
Cluj apporte des renseignements sur un phénomène général et très inté
ressant de l'époque. — I. M.
ш Assistance technique napoléonienne à la Russie. — Nous avons évo
qué (Annales, 1964, n° 4) le rôle de la France napoléonienne comme relais
facultatif!1 — de l'influence technique anglaise et, déjà, américaine, puis
le départ pour la Russie, avec, un de ses protégés formés à cette école, du
grand ingénieur espagnol Bethencourt ou Bétancourt. Celui-ci ne tarda
pas à faire appel aux Ponts et Chaussées, en 1809, pour créer et cons
truire un corps russe d'hydrauliciens. C'est cette coopération^ officielle
qu'a étudiée André Lorion, secrétaire général honoraire de l'École des
Ponts et Chaussées : « Aspects de la coopération technique sous le Pre
mier Empire », Revue de Vlnstitut Napoléon, octobre 1963, pp. 167-173.
Déjà — c'était la lune de miel ď Erfurt — des missionnaires russes
avaient été autorisés à visiter les travaux d'art (pas forcément récents :
le canal du midi). Le directeur de l'Ecole des Ponts et Chaussées semble
avoir fait les premiers pas vis-à-vis de « Bettancourt », et, dès réception
de sa demande et accord en haut lieu, il s'occupe de recruter quatre
volontaires. Les archives de l'École montrent que ce fut laborieux : la
promesse d'un traitement « double en argent » ne compensait pas la
renonciation à une promotion prochaine (l'avancement régulier était une
1. En 1802 et années suivantes, le négociant Desolneux, auteur d'un annuaire
donnait en exemple aux Français « la Veuve Bernard Coher, de Berlin. Cette maison
a su se procurer un mécanicien anglais expérimenté » (pour monter une filature de
coton, coûtant 100 000 écus de Prusse avec la manufacture annexe).
910