Idéologie et société en Russie, XIe-XVIIe siècle - article ; n°1 ; vol.63, pg 217-227

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Revue des études slaves - Année 1991 - Volume 63 - Numéro 1 - Pages 217-227
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1991
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Langue Россию
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Monsieur Dimitri Schakhovskoy
Idéologie et société en Russie, XIe-XVIIe siècle
In: Revue des études slaves, Tome 63, Fascicule 1. pp. 217-227.
резюме
Идеология и общество на Руси (XI-XVII вв.)
Одно из достоинств исследования П. Паскаля Аввакум и начало Раскола в том, что в нем подчеркивается значение
русской общественной мысли начала XVII века. Это явление не случайное и имеет свою историю.
В XVII веке, как и в древнерусской литературе, тема спасения занимает особое место. Ее присутствие в сочинениях,
принадлежащих духовенству естественно, но ее восприятие представляет исключительный интерс у светских авторов.
Сложение мировоззрения русского общества XVI — нач. XVII веков исходило не только из памятников духовной
словесности. Заметную роль в этом процессе играют лица, как Максим Грек; с его влиянием и деятельностью связаны
произведения писателей определенного круга лиц, объединенных семейными традициями и родственными связями,
хотя и отдаленными, как царь Иван Грозный, кн. А. М. Курбский, а в начале XVII века кн. С. И. Шаховской, кн. И. А.
Хворостинин, кн. И. М. Катырев-Ростовский.
Содержание их творчества, вопросы связанные с ним, отношение авторов к действительности позволяют видеть в них
первых представителей русской интеллигенции.
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Schakhovskoy Dimitri. Idéologie et société en Russie, XIe-XVIIe siècle. In: Revue des études slaves, Tome 63, Fascicule 1. pp.
217-227.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080-2557_1991_num_63_1_5963IDÉOLOGIE ET SOCIÉTÉ EN RUSSIE
SIÈCLE*
PAR
DIMTRI SCHAKHOVSKOY
S'il est un domaine que Pierre Pascal a particulièrement marqué de son
empreinte c'est l'étude de la mentalité et de la spiritualité russes. Dans son œuvre
maîtresse Avvakum et les débuts du Raskol, il a mis en évidence l'originalité d'un
courant à peu près inconnu qu'il a replacé dans le contexte de la vie intellectuelle de
son époque, essentiellement chrétienne.
Les manifestations du millénaire du baptême de la Russie ont souligné les
circonstances historiques et l'importance des conséquences culturelles de la christia-
nisation surtout dans les domaines de la littérature et de la pensée1. Elles se tradui
sent surtout dans la société et ne sont pas étrangères à la formation de l'intelligentsia
russe, dont les prémices se font sentir dès les XVle-XVIIe siècles. Il est donc légi
time de s'interroger sur ses sources et de mettre en évidence les questions soulevées.
C'est le thème du Salut qui prime et prévaut dans la littérature russe ancienne. Le
meilleur exemple de ce courant est l'œuvre de l'arrière-petit-fils de saint Vladimir, le
prince Vladimir Monomaque et, plus particulièrement, la lettre qu'il écrivit à son
cousin germain, le prince Oleg Svjatoslavič, à qui il pardonne la mort de son fils. Au
nom du premier commandement de la Nouvelle Alliance, il fait sien le verset de saint
Jean en écrivant : « Qui dit j'aime Dieu et n'aime pas son prochain, fait preuve de
mensonge » (I Jn, IV, 20). L'essentiel est bien le salut commun dans l'attente du
* Cet article est fondé sur une communication précédente : D. M. Šachovskoj, « Zuř
Entstehungsgeschichte der russischen Intelligencija, Ende 16. / Anfag 17. Jht », in Tausend
Jahre Christentwn in Russland : zum Millenium der Taufe der Kiever Rus', Gôttingen, 1988,
p. 377-390.
1. Cf. VI. Vodoff, la Naissance de la chrétienté russe, Paris, 1988. Cf. également du
même auteur, « La conversion de la Rus', thème de recherche historique internationale », in 988-
1988, un millénaire : la christianisation de la Russie ancienne, Paris, Unesco, 1989, p. 109-116.
Rev. Étud. slaves. Paris, LXHI/l, 1991, p. 217-227. 218 D. SCHAKHOVSKOY
Jugement dernier1. La conférence de Ljubeč qui réconcilie pour quelque temps la
postérité de Jaroslav le Sage en est le témoignage historique.
Nous trouvons là le reflet des premières préoccupations de la pensée laïque de
l'ancienne Russie fondée sur la foi qu'elle venait de recevoir. En comparant cette
lettre avec le contenu de Y Instruction de Vladimir Monomaque, nous ne nous trou
vons plus seulement en face d'une spiritualité et d'une éthique, mais aussi devant
une réflexion sur le pouvoir et sa signification, sur les devoirs d'un prince, sur une
organisation de la société rappelant les grands thèmes qui, à partir de la fin du
XVIIIe siècle, passionnèrent et divisèrent l'opinion russe.
Le monde spirituel de l'homme de l'ancienne Russie peut être cerné par ses
lectures. C'est une tâche délicate dont l'initiative appartient peut-être à M. O. Koja-
lovič2. Les publications de A. I. Ponomarev3, réalisées au cours du siècle dernier,
gardent leur intérêt. Tandis que les recherches récentes de V. P. Adrianova-Peretc
sur des recueils comme Ylzmaragd ou la Pčela, de D. S. Lixačev et de leurs
émules4 permettent de mieux définir ses centres d'intérêt. En ces temps-là l'un des
auteurs le plus apprécié était saint Jean Chrysostome, sans doute pour le caractère
sotériologique de son œuvre. Dans son instruction 5мг le libre arbitre il écrit :
« Dieu nous a créés libres d'arbitrer, nous nous sauverons ou nous nous perdrons
par notre propre volonté5. » Le thème du Salut, présent dans toutes les lectures de
ces siècles, empruntées souvent à la patristique, s'exprime avec acuité. Le début de
la Dioptre de Philippe l'Ermite traduit parfaitement le monde intérieur de l'homme
russe de cette époque. C'est un leitmotiv de la littérature ancienne que chaque
écrivain exprimera à sa manière en dialoguant avec son âme. Comme chez Vladimir
Monomaque, nous retrouvons la nécessité du repentir, l'attente du Jugement
dernier. C'est aussi une réflexion sur la mort, la rencontre inéluctable avec ses
messagers, le désir de s'y préparer, par la contrition, la peur de n'avoir pas le temps
de le faire, l'espoir en la miséricorde divine6.
1 . « О многострадальный и печальны азъ ! Много борешися сердцемь, и одо
левши, душе, сердцю моему, зане тліныгЬ сущи, помышляю, како стати пред страш
ным судом, каянья и смЪренья не приимшим межю собою. Молвить бо иже "Бога
люблю, брата своего не люблю, ложь есть". », ПВЛ, I, р. 163.
2. М. О. Kojalovič, История русского самосознания, SPb., 1884.
3 . Dans Памятники древнерусской учительной литературы, SPb. , 1 894.
4. V. P. Adrianova-Peretc, « Человек в литературе древней Руси »,
ТОДРЈТ, XXVII, р. 3-68. Cf. aussi В. A. Romanov, Люди и нравы древней Руси, М. —
L., Nauka, 1970 ; D. S. Lixačev, Человек в литературе древней Руси, М„ Nauka, 1970.
5.art. cit., p. 7 ; Памятники..., op. cit., IV2, SPb., 1897, p. 129.
6. « Како et диши, како безпечалуеши, како нерадиши, душе моя ! Како не пече-
шися о злых, яже сдЪя в житии, я едино покаяние о мнозЪ твориши си, и тщишися
истинно показти то ? И впрашаеши о семь со мнозЪмъ молением отца и учителя же и
пастыря мудрійшая и опаснгЬ испытуеши, како се исправиши и како можеши сиим
божиимъ человеколюбием прияти велие оставление многим ти соблазном.
« Душе непокаянная, что не помышлявши суд ? Что не поучавшися отвіту еже въ
оном мирі ? Что не попечешися о смерти, како хощеши умрети и како от тЬла конечні
отлучитися ?
« Душе ! Много зла едіяла еси в суєтнім житии и себе саму како осквернила еси во
всяком грісі ! Пришедшим убо страшным ангелом судия твоего, хотящим тя преста-
вити от мира временнаго, горе, горе тебі, сміреная, аще поята будеши нерядящи и
безъ исповедания прочее приставники оніми.
« Люто души отдаленье и еже отсюду трепеть. Много же лютійшее утЬшенье
тогдашьнее, внегда тя обидут окреетъ одра твоего сродници и братья, друзи и знаемии IDÉOLOGIE ET SOCIÉTÉ EN RUSSIE 219
C'est justement une telle approche qui permet de déterminer l'influence de l'héri
tage byzantin avec ses composantes latino-grecque et orthodoxe soulignées par le
père J. Meyendorff1. Dans les recueils tels que la Pčela ou VIzmaragd nous trou
vons côte à côte des extraits des philosophes de l'Antiquité et des saints Pères. En
regard des réflexions théologiques et philosophiques nous trouvons des éléments de
cosmologie et d'anthropologie2.
La parenté linguistique du slavon et du vieux russe est essentielle. Elle permit
aussitôt l'apparition et la propagation de la littérature, la connaissance de l'Écriture
sainte et d'extraits d'auteurs de l'Antiquité et même de l'Europe médiévale, par
exemple, au XVe siècle, les versions de la Discussion entre la vie et la mort, liés à
l'activité du cercle de l'archevêque Gennade3.
Ces différents courants que l'on devine dans la société russe du Moyen Âge se
cristallisèrent à l'aube des Temps modernes. On sait que, à cette époque, dans un
contexte eschatologique, s'élabora la doctrine, de la Troisième Rome et se forma
progressivement l'image de la « Sainte Russie ». Mais, face à cette idéologie offi
cielle, ou au moins officieuse, apparurent ceux qu'on pourrait appeller les premiers
représentants de l'intelligentsia russe. L'influence de Maxime le Grec un penseur,
un écrivain, un traducteur des plus intéressants fut essentielle pour ce processus4. П
est au centre de tout un cercle restreint que l'on peut cerner encore mieux, depuis
l'étude de V. S. Dconnikov5, et grâce à l'article de S. O. Šmidt Du nouveau sur
les Tučkovy». Autour de Maxime le Grec se rassemblait toute l'élite culturelle et Mixajlovič" politique de ce temps : Ivan Bersen1, le prince Ivan Tokmak, Vasilij
Ivan Danilovič Saburov, le prince Andrej Xolmskoj, Juško Tjutin7 ; ses Tučkov,
liens avec les membres du Conseil choisi (Izbrannaja rada) au début du règne
d'Ivan IV sont indubitables. Le métropolite Makarij, A. F. Adašev, le prince
твои ! Плачють и рыдают, сітующе, пришедшей, відяще, яко, отходя, никако же въз-
вратишися ; ты, душе моя, зриши убо плач и рыдания, віщати же ничтоже можеши,
ни удержати плач, ни же утішити дружины твоея печаль. Но точью къ ангілом имаши
свое зрінье, молиши же ся во умі молбою великою : "Оставите мя, ангели, яко да
покаюся ! У щедрите и остави другое поні едино літо пожити и убігнути страха смерт-
наго, яко да согрішений своих плачюся, яже злі з ділах. Человіколюбивь есть Богъ
— еда помилуеть мя. Потом же, поимше мя, повелінное створите." », G. M. Proxorov,
Памятники переводной и русской литературы XIV-XV вв., L., Nauka, 1987, р. 200.
1 . I. Mejendorf [Jean Meyendorff], Византия и Московская Русь : очерк по истории
церковных и культурных связей в XIV в., Paris, YMCA-Press, 1990, p. 149 (éd. originale en
anglais: 1981).
2. V. V. Zen'kovskij, История русской философии, Paris, 1. 1, 1949, p. 33.
3. Повести о споре жизни и смерти, éd. R. P. Dmitrieva, M. — L., Nauka, 1964,
Posol' p. 8. E. E. Golubinskij suppose que, en dehors d'un moine catholique, deux traducteurs du
ski] prikaz, auraient aidé l'archevêque Gennade ; les mêmes ont participé aux travaux de
traduction de Maxime le Grec, История русской церкви, t. II2, M., 191 1, p. 134.
4. Cf. N. V. Sinicina, Максим Грек в России, M., Nauka, 1977 ; id. « Гипербореец
из Эллады, или Одиссея Максима Грека », Прометей, XVI, 1990, р. 214-236.
5. V. S. Ikonnikov, Максим Грек и его время : историческое исследование, 2е éd.,
К., 1915, р. 573-584.
6. S. О. Šmidt, « Новое о Тучковых : Тучковы, Максим Грек, Курбский », in Иссле
дования по социально-политической истории России [Mélanges В. A. Romanov], L.,
Nauka, 1971, p. 129-141.
7. Ibid., p. 135. 220 D. SCHAKHOVSKOY
A. M. Kurbskij solicitaient ses conseils1. Ces aristocrates conversaient et discu
taient entre eux de sujets livresques2. Nous savons que parmi ses disciples était
Vasilij Mixajlovič Tučkov, l'oncle du prince Andrej Kurbskij, homme cultivé et
érudit, auteur d'une des versions de la Vie de Mixail Klopskij. Peut-être grâce à
Tučkov, Kurbskij devint un fidèle disciple de Maxime le Grec3.
Kurbskij se passionna pour la patristique et créa tout un ensemble de traduct
ions4. Son œuvre se distingue par son érudition, un talent d'écrivain, un vif intérêt
pour la théologie et une approche sotériologique et eschatologique de la vie qui
s'exprime par un souci permanent du Salut. Sa technique de traduction était collec
tive, à l'exemple de Maxime le Grec qui traduisait du grec en latin, tandis que les
interprètes Vlasij et Dimitrij dictaient à des secrétaires en russe5. Kurbskij nous
confie que, dès son arrivée en Pologne, il se met au latin afin de traduire la patris
tique orientale. П invite un collaborateur et constitue tout d'abord un corpus en tr
aduisant tous les titres des œuvres de saint Jean Chrysostome du latin en slavon afin
de savoir ce qui était déjà traduit, inciter àtraduire le reste et lutter contre les héré
tiques, en particulier un Bulgare, Jérémie, qui répandait ses écrits en les signant « le
théologien »6.
Mais Kurbskij n'est pas seulement un interprète, il est lui-même un théologien
passionné7. Il répand en Ukraine actuelle les œuvres de Basile le Grand et de Jean
Chrysostome. C'est pour l'étude de ce dernier qu'il apprend le latin. L'une des
caractéristiques de ses écrits originaux est la fidélité à l'orthodoxie qui n'exclut pas
une largesse d'esprit et une tolérance annonciatrice d'une approche œcuménique sur
certaines positions8. Б se lie au prince Konstantin Ostrožskij et se livre à une activité
qui aboutira à la création d'écoles et de confréries et à une résistance au prosélytisme
uniate9.
Dans sa correspondance, nous trouvons le souci du Jugement dernier et du
Salut. Comme le tsar Ivan IV, il manifeste de l'esprit critique qui prend un tour
didactique et dénonciateur. Le ton des deux relève d'un genre pédagogique et à cet
égard il est intéressant de comparer YÉpître à Vas'jan du prince Kurbskij et YÉpître
au monastère Saint-Cyrille de Beloozero du souverain10.
En ce qui concerne l'attitude des deux personnages, leur correspondance est un
témoin essentiel. En l'occurrence peu importe leur caractère polémique ou l'alter-
1 . A. I. Ivanov, Литературное наследие Максима Грека, L., Nauka, 1969, p. 208.
2. « Говаривали с Максимом книгами и спиралися между собой о книжном »,
Šmidt, art. cit., p. 135.
3. D. A. Dmitriev, Повести о житии Михаила Клопского, М. — L., 1958, р. 73-86.
4. N. P. Beljáeva, « Материалы к указателю переводных трудов А. М. Курб
ского », in Древнерусская литература : источниковедение, сборник научных трудов, L.,
Nauka, 1984, р. 115-136.
5. « Споспешницы же в переводе Максиму толмачи латышские Власий и
Димитрий : Максиму убо смотряющу во греческую книгу и сим изъявляя латынским
языком, они же сказываху писцам рускою беседою ; Максим бо бе обема языком зело
искусен », Ivanov, op. cit., p. 41, 48.
6. Сочинения князя Курбского, 1. 1: «Сочинения оригинальные», SPb., 1914,
p. 386 (Russkaja istoričeskaja biblioteka, XXXI).
7. Ibid., p. 421-444.
8.« Лист князя Андрея до княгини Ивановое Черторыжское », р. 451-454.
9. Ibid., « Письма к князю К. Острожскому », р. 411-414 ; 461, 468.
10.« Послания Васьяну », р. 383-410 ; « Послание в Кирилло-Белозерский
монастырь », in Ивана Грозного, М. — L., AN SSSR, 1951, p. 351-369. IDEOLOGIE ET SOCIÉTÉ EN RUSSIE 221
native qu'ils proposent dans le cadre de leur conception du pouvoir, mais arrêtons-
nous sur l'approche eschatologique de la question de la vie et de la mort. Il s'agit de
savoir qui mérite ou qui a droit au Royaume des cieux alors que le seuil fatidique de
l'an 7000 (1492) vient d'être dépassé et que tous attendent la fin du monde et le
Jugement dernier1. Cette attente a toute une histoire qui concerne aussi bien l'Occi
dent que l'Orient. La grande peur de l'an mil, surfaite dans l'historiographie, tient
aux yeux des clercs sa place parmi d'autres échéances : Joachim de Flore l'attendait
pour 1200, puis ce fut l'annonce d'un déluge universel pour 1524, et même au
cours du XVIIe siècle, où fut avancée la date de 1666 qui retint l'attention des vieux-
croyants. En Russie les apocryphes et des écrits tels que le discours d'Hippolyte De
la fin du monde ou le traité d'Efrem le Syrien De l'Antéchrist et de la fin du monde
répandent cette idée que l'on retrouve dans les chroniques et chez Cyrille de Turov,
Joseph de Volok, Épiphane le Savant, Maxime le Grec et Kurbskij2. Dans ce
contexte les accusations de son épître ont une résonance d'autant plus vive. En
accusant le souverain d'indifférence au Jugement dernier, d'orgueil, de prétention à
l'immortalité, en y opposant son humilité et ses larmes de repentir, le prince
n'ignore pas que son interlocuteur y verra une allusion de plus à l'Antéchrist3. Là est
sa perspective essentielle, différente d'un appel à la Justice de Dieu dans son
acception occidentale4. L'oubli de la parousie est l'argument principal de la polé
mique qui oppose le prince Kurbskij et Ivan IV.
Ce n'est pas en vain que, à la fin du XVIIe siècle, le drapeau des streľcy portait
l'emblème du Jugement dernier5. Pour le prince Kurbskij ce thème est primordial. H
le ressentait avec acuité. D'autant plus que les nécessités du service, sa participation
aux expéditions militaires et aux guerres, comme il le reconnaissait lui-même, étaient
autant d'obstacles à sa vocation de théologien, de traducteur et de vulgarisateur de
textes spirituels. Il put s'y adonner seulement lorsqu'il se retrouva à l'écart de toute
activité politique. Le thème de l'Antéchrist sera d'ailleurs d'autant plus à l'ordre du
jour qu'il est conforté par la doctrine protestante du Pape-Antéchrist, comme l'établit
d'une façon convaincante C. G. De Michelis. Il voit à l'origine un pamphlet remis
1. Proxorov, op. cit., p. 81 ; 1. 1. Polosin, « Иван Тимофеев — русский мыслитель,
историк и дьяк XVIII в. », in : id., Социально-политическая история России XVI -XVII в. :
сборник статей, M., AN SSSR, 1963, p. 310-315.
2. Ikonnikov, op. cit., p. 290-306 ; A. P. Ščapov, Сочинения..., 1. 1, SPb., 1906,
p. 110-115.
3. « Али ты безсмертен, царю, мнишися, и в небытную ересь прельщен, аки не
хотя уже предстати неумытному судне, надежде христьянской, богоначяльному Исусу,
хотящему судити вселенней в правду, паче же обинуяся прегордым гонителем и
хотяще истязати их до влас прегрешения их, яко же словеса глаголют. Он есть —
Христос мой седяще на престоле херувимстем одесную величествия и превысоких, —
судитель межу тобою и мною. [...] А писайнейце сие слезами измоченное, во гроб с
собою повел; вложити, грядущи с тобою на суд Бога моего Исуса. [...] Слышах от
священных писаний, хотящая от дьявола пущенна быти на род кристьянский прогу-
бителя, от блуда -зачятаго богоборнаго Антихриста, и видех ныне сигклита, всем
ведома, яко от преблужения рожден есть, иже днесь шепчет во уши ложная царю и льет
кровь кристьянскую, яко воду и выгубил муже сильных во Израиля, аки делом
Антихристу... », Переписка Ивана Грозного с Андреем Курбским, éd. Ja. S. Lur'e et
Ju. D. Rykov, L., Nauka, 1979, p. 7.
4. Eod. loc.
5. Русское искусство эпохи барокко, конец xvii -первая половина XVIII в. ; каталог
выставки, L., Iskusstvo, 1984, р. 105. 222 D. SCHAKHOVSKOY
en 1582 entre les mains d'Ivan IV par les marchands anglais à Moscou, qui serait
« YAntithesis Christi et Antichristi de Simon Du Rosier (Simo Rosarius) publié à
Genève en 1578. Fruit tardif [...] du "genre" de Yantithesis, le livre de Du Rosier
s'inscrit dans une tradition remontant à Jan Hus (Mathias Janov) (De anatomia
Antichristi), reprise par Luther (Passional Christi et Antichristi), par Bernardin
Ochino de Sienne (Imagine di Antechristo). l»
Le ton passionné de la réponse du souverain montre que l'argument a porté, et,
de son côté, pour exprimer sa préoccupation du salut de l'âme et du Jugement
dernier, Ivan IV adopte la forme du symbole de la foi. À la conscience d'être
responsable de ses actes et de ceux de ses sujets il ajoute celle de l'égalité de tous
devant Dieu et la certitude que chacun sera récompensé ou puni selon ses actes dans
ce monde ou dans l'autre, pour récuser l'accusation, il en reprend les termes2.
Cette attitude se précise davantage en dehors de toute polémique dans le canon À
l'ange redoutable voevoda qui, comme l'a prouvé D. S. Lixačev, appartiendrait à la
plume du tsar3. Comme chez Philippe l'Ermite, nous retrouvons l'ange terrible et
redoutable messager de la mort, la peur de n'avoir pas le temps de se repentir,
l'espoir que ce passage ne s'effectuera pas dans la crainte, mais dans la joie.
Conscient de ses actes il place son salut entre les mains de la Mère de Dieu protec
trice de la Russie au même titre que la Sagesse de Dieu4. Un tel comportement
1 . C. G. De Michelis, « L'Antéchrist dans la culture russe et l'idée protestante du "pape-
antéchrist" », Cahiers du monde russe et soviétique, XXIX3.4, 1988, p. 306 ; id., / поті
delľ awersario : il «papa antichristo » nella cultura russa, соп un' appendice documentaria,
Torino, 1989, p. 7-32.
2. « Аз же Страшну Спасову судищу, хотящим прияти душам человеческим с
телесы, с ним же содеяше кождо противу делом его, вси вкупе во едином лице
неразлучение надвое : царие и худейшая чадь истязуемы будут., кождо противу делу
своему. [...] Аз же исповедую и вем, яко не токмо тамо мучения, иже зле живущим и
преступающим заповеди Божия, но и здесь праве днаго Божия гнева, по своим злым
делом, чашу ярости господней испивают и многообразными наказании мучатся, по
отшествии же света сего, горчайшее осуждение приемлюще, ожидающе праведнаго
судища Спасова, по осуждении же безконечная мучения приемлют. Сице аз верую
Страшному судищу Спасову. Тако же и се вем : обладающу Христу небесными и
земными и пресподними, яко живыми и мертвыми обладая, и вся на небеси и на земли
и преисподняя стоит его хотением, советом отчим, благоволением святаго духа ; аще ли
не тако сия мучение приемлют, а не яко же манихеи, яко же благословити о неумыт-
ном судище Спасове, аки не хощем предстати Христу Богу нашему ответ дати о своих
согрешениих, вся ведущему сокровенная и тайная. Аз же убо верую, о всех
согрешениих вольных и невольных суд прияти ми, яко рабу, и не токмо о своих, но и о
подвластных дати ми ответ, аще что моим несмотрением погрешится. [...] Сице убо аз
верую неумытному Спасову судищу И от Божия всемогущия десницы живум и мерт
вым кому возможно где укрытся ? Вся нага и отверста пред ним. », Переписка, р. 39.
3. D. S. Lixačev, « Канон и молитва Ангелу Грозному воеводе Парфения Юродив
ого », in : id., Исследования по древнерусской литературе, L., Nauka, 1986, р. 361-377
(éd. orig. 1972).
4. « Прежде страшного и грозного твоего ангеле пришествия умоли о мне греш-
нем о рабе твоем имрек. Возвести ми конец мой, да покаюся дел своих злых, да отрину
от себя бремя греховное. Далече ми с тобою путешествати. Страшный и грозный ангеле,
не устраши мене маломощного. Дай ми ангеле, смиренное свое пришествие и красное
хождение и велми тебе возрадую. Напой мя ангеле, чашею спасения. [...] Молю ти ся,
святый ангеле, яви мне свой светлый зрак и весело возри на мя окаянного, да не устр
ашит мене приход твой святый, да уготоваюся на сретение тебе честно. IDEOLOGIE ET SOCIÉTÉ EN RUSSIE 223
explique sa mansuétude, lorsqu'il est confronté aux fols en Christ1 qui eux aussi
expriment à leur manière les idées de leur époque. Ce canon complète notre connais
sance des talents littéraires d'Ivan IV et lui accorde une place parmi les représentants
de l'héritage liturgique russe.
À ce titre, il faut s'arrêter sur une autre figure de la littérature et de la théologie
russe du début du XVIIe siècle que fut le prince Semen Ivanovic Šaxovskoj, admir
ateur, comme Kurbskij, de Maxime le Grec2. Notons que, malgré l'attention dont
ce personnage est l'objet, une étude approfondie reste à faire3. Le thème du Salut lui
est aussi familier, il constitue l'un des leitmotive du Service à la Sophia Sagesse de
Dieu qu'il composa4. Sans soulever les questions théologiques concernées, notons
qu'auparavant, en Russie, ce sujet n'avait été qu'effleuré par Zinovij Otenskij5 et
mentionné par le prince Kurbskij6. En lisant cette œuvre, on est frappé de l'impor
tance que prend le Salut tout au long du texte, ce sentiment peut être encore accentué
par le Temps des Troubles qui venait de se terminer et qui avait posé avec tant
d'acuité la nécessité de la défense de la patrie et la préservation d'une identité
spirituelle7, qui se confond avec la notion de « Sainte Russie ». À travers l'image
« Святый ангеле, посланиче Божий, дажь ми, ангеле, час покаятися согрешении и
отринути от себе бремя тяшкое. Далече ми тещи во след тебе.
« Святый ангеле, не имам иного разве тебе заступника скора. Помилуй грешного
раба своего имрек и приведи душу мою ко владычици. Та бо есть милостива отпущати
грешным согрешения. [...] Молю ти ся, страшный и грозный посланниче вышняго
царя, воевода, — весело возриши на мя окаянного, да не ужаснуся твоего зрака и
весело с тобою путешествую. Плчася и вопию, воевода небесного царя. Грозно вохож-
ден ние твое, да не вскоре разтлише мене грешнаго, но весело и тихо напой мене
смертною чашею.
« От сердца вопию ти, грозный воевода и воине царя царствующим, несть силнее
тебя и крепчайши во брани, и умиленна и смерти, и пряма во исправлении. Исправи
душу мою на путь вечен.
«Госпоже богородице, дево, рожшая царя небеснаго, смертоноснаго часа не
минухся, избави душу раба своего имрек отсети ловящих. », ibid., p. 372-373.
1. D. S. Lixačev, А. М. Pančenko, N. V. Ponyrko, Смех в Древней Руси, L., Nauka,
1984, р. 146, 148.
2. Ikonnikov, op. cit., p. 583.
3. E. L. Keenan, « Shakhovskoi and the condition of orthodoxy », Harvard Ukrainian
studies, XII-XIII, 1988-1989, p. 795, 815.
4. A. I. Nikoľskij, « София Премудрость Божия : Новгородская редакция иконы
и служба св. Софии », Вестник археологии и истории, XVII, 1906, р. 69-100.
5. G. D. Filimonov, « Очерк русской христианской иконографии : София Премуд
рость Божия », Вестник общества любителей древне-русского искусства при Москов
ском музее, t. Il, M., 1876, p. 1-5, 12.
6. Сочинения князя Курбского, р. 385.
7. « Премудрость Божия София преименитая спаси ны грешныя рабы твоя. [...]
Егда же уныем, да взыщем Премудрость Божию Софию именуемую и даст нам веселие
и радость, исохранит нас от всякия неприязни и покажет нам путь животный. Жены
некия Премудрость Божию взыскавше и во след тоя идоша, блудницы же целому-
дрены быша и тму во свет претвориша и мучителей посрамиша а живот вечный насле-
доваша. Зело любима есть премудрость Божия еже есть смотрения таинство всем чело
веком еже ничтоже точно есть под небесем, да сохраняем ту яко зеницу ока и успокоит
нас в день судный. [...] Люди земний, почтите Премудрость Божию Софию именуемую
да во веки царствуете и живи будете сия нам исправляет путь спасения, не чтящий же
тая во дне ада обретаются. [...] припадающе лобызаем пречистую икону Премудрости 224 D. SCHAKHOVSKOY
de la Sophia1, un rapprochement se fait entre la Sagesse et la Mère de Dieu,
protectrices traditionnelles de la Russie2, avec un transfert du contenu de la notion de
Troisième Rome. Dès le baptême, des églises leurs furent dédiées3 et, beaucoup plus
tard, le patriarche Hermogène, en qui Keenan est disposé, peut être à la suite de
Mjatlev, à voir un Šaxovskoj4, cite dans ses écrits « la Maison de la Très Sainte
Mère de Dieu5 ».
Le thème du Salut ne disparaît pas et n'exclut pas un commentaire théologique
approprié. Dans ce domaine on peut se ranger aux avis de A. L Nikoľskij, de
F. G. Spasskij et du métropolite Antonij (Meľnikov)6 ; ce dernier, à la suite de
A. L Nikoľskij, souligne que l'auteur n'a pas une conception théologique déter
minée, mais que ses propos dénotent cependant une approche globale des solutions
possibles. D'après Spasskij, on trouve tracées dans ce service justement les voies
qu'emprunteront plus tard les théologiens pour tenter de résoudre le mystère, tandis
que Šaxovskoj s'était limité à la louange de la Sophia Sagesse de Dieu sous tous ses
aspects. Peu après, les frères Lixuda reviendront sur ce sujet, mais avec moins de
succès7, en attendant d'autres tentatives8.
En parlant de l'œuvre de Šaxovskoj, il convient de nommer deux autres écrivains
de talent qui lui sont proches de par leur caractère, ce sont les princes Ivan
Andreevič Xvorostinin et Ivan Mixajlovic Katyrev-Rostovskij. Pour le spécialiste
Божия Матери и веле гласно вопием : о милосердая Владычице, спаси рабы своя от
насилия дьяволя, от нахождения иноплеменных и междоусобныя брани. [...] Слово
безначально начало приим яко человек от Девы родися на спасение миру и человеком
на избавление. », Nikoľskij, art. cit., p. 84-91.
1 . D. Schakhovskoy, « Genèse et permanence de la Sainte Russie », in 988-1988, un
millénaire, op. cit., p. 185-196.
2. « Нашего ради спасения Единородный Сынъ и Слово Божие храмъ себт. создав
в пречесткЬм чревт> дт>вы Марии и тоя Софию именова Премудрость Божию еже есть
девственных душа, тЬм же тя яко Богородицу величаем. [...] Прийми от нас ігЬснь
исходную мати Живого Бога и Світоносну ти и божественною благодатию осћни,
цареви побЪдительныя и христолюбивым людям и rptxoB оставление и душам
подающе спасение, тЬм же тя яко Богородицу величаем. », Nikoľskij, art. cit., p. 90.
3. « В "Книге о Ризе" Семена Шаховского при обращении к патриарху Филарету
использовано содержащееся в "Послании на Звездочетцев" определение русской
церкви : "... иже вместо римския и костянтинопольская еже есть в Богоспасаемом
п° граде 515, Москве f°136v°), святаго A. L. Goľdberg, и славнаго «Три Успения послания пресвятыя Филофея Богородицы". : опыт текстологического », (GPB, Kolobov,
анализа », ТОДРЛ, XXIX, 1974, р. 79.
4. Keenan, art. cit., p. 802.
5 . « Творения святейшего Гермогена патриарха Московского и всея России », М.,
1912, passim.
6. F. G. Spasskij, Русское литургическое творчество, Paris, 1951, p. 254-273 ;
Antonij (Meľnikov), « Из истории Новгородской иконографии », Богословские труды,
XXVII, 1986, р. 61-80.
7. Spasskij, op. cit., p. 270.
8. Cf. Jean Meyendorff, « L'iconographie de la Sagesse divine dans la tradition byzant
ine », Cahiers archéologiques, X, 1959, p. 259-277 ; Constantin Andronnikof, « L'office de
la Sophie Sagesse de Dieu », Conférences Saint-Serge, semaine d'études liturgiques, XXIX,
1983, p. 17-40 ; I. F. Mejendorf [Jean MeyendorffJ, « Тема "Премудрости" в восточно
европейской средневековой культуре и ее наследие », Литература и искусство в системе
культуры, М., Nauka, 1988 ; Šachovskoj, « Zuř Entstehungsgeschichte der russischen Intelli-
gencija », p. 377-390. IDEOLOGIE ET SOCIÉTÉ EN RUSSIE 225
d'Avvakum et de son époque qu'était P. Pascal, tous trois sont les représentants de
nouveaux courants et d'une mentalité des Temps modernes, qui s'adonnent à la
poésie et font preuve indépendance d'esprit alors exceptionnelle1. De ce point
de vue nous pouvons affirmer que nous sommes en présence de la première intell
igentsia russe ou à sa naissance.
Tout comme celle de ses épigones du XIXe siècle, elle appartient à un groupe
déterminé. Si, à la suite du père Paul Florenskij, on essaie d'étudier leurs liens
généalogiques2, il est aisé de constater que ces premiers écrivains laïques sont appa
rentés entre eux, ce qu'avait esquissé E. L. Keenan3. Son schéma peut être
complété en indiquant que non seulement Kurbskij, Ivan IV, Šaxovskoj, Xvoro-
stinin et Katyrev-Rostovskij étaient des descendants de Vladimir Monomaque, mais
qu'ils ont des liens plus proches, puisqu'ils remontent tous à saint Daniil (Daniel),
premier prince de Moscou, le père d'Ivan Kalita. Ce qui n'exclut pas d'autres liens,
ainsi S. O. Šmidt fait-il état de la parenté de Kurbskij et d'Anastasija Romanova, la
première épouse d'Ivan IV4. L'essentiel peut être résumé par le tableau donné en
annexe.
Mais, en dehors des liens du sang, ce qui unit le plus les écrivains que nous
avons cités, c'est la quête de la vérité, du Salut, du Royaume céleste. Étant dans
l'Église, ils n'éprouvent pas le besoin d'une ecclésiologie, qui trouve son accomp
lissement dans leur vénération de la Sophie. Au XVIIIe siècle, au moment de la
sécularisation, le clivage qui s'est produit dans la société russe a compromis la
conscience écclésiologique du monde laïque, ce qui a été douloureusement ressenti
par les vieux-croyants5. C'est seulement après un engouement pour la franc-
maçonnerie, expression d'une soif spirituelle du voltairien russe, et grâce aux
slavophiles que l'intelligentsia amorcera son retour vers l'Église et alors, à la fin du
XIXe et au début du XXe siècle, la question de la Sophie resurgira6.
(Université de Haute-Bretagne, Rennes)
1 . Pierre Pascal, Avvakum et les débuts du Raskol : la crise religieuse au XVIIe siècle en
Russie, Paris, 1938, p. 18-20.
2. P. A. Florenskij, « Около Хомякова », Символ, XVI, déc. 1986, p. 141-226.
3. D. C. Waugh, Appendix, in : E. L.Keenan, The Kurbskii-Groznyi apocrypha : the
seventeenth century genesis ofthe Correspondance attributed to Prince A. M. Kurbskii and Tsar
Ivan IV, Cambridge, Mass., Harvard Univ. Press, 1971, 184.
4. Šmidt, art. cit., p. 134-135. Cf. M. E. Byčkova, « Генеалогия в Истории о вели
ком князе Московском А. М. Курбского », in Древняя Русь и славяне, М., Nauka, 1978,
р. 221-225.
5 . V. Р. Rjabušinskij, Старообрядничество и русское религиозное чувство, Joinville-
le-Pont, 1936, p. 45.
6. P. A. Florenskij, « Троице-Сергиева Лавра и Россия », in Троице-Сергиева
Лавра. Комиссия по охране памятников искусства и старины Троице-Сергиевой Лавры,
Sergiev Posad, 1919, p. 10-13 ; réimpr. dans : id., Собрание сочинений, 1. 1, Paris, 1985,
p. 68-70.