Jeunesse, prévention criminelle et discours criminologique - article ; n°2 ; vol.6, pg 197-207

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Déviance et société - Année 1982 - Volume 6 - Numéro 2 - Pages 197-207
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Publié par

Publié le

01 janvier 1982

Nombre de lectures

15

Langue

Français

Johann Wolfgang Goethe
Jeunesse, prévention criminelle et discours criminologique
In: Déviance et société. 1982 - Vol. 6 - N°2. pp. 197-207.
Citer ce document / Cite this document :
Goethe Johann Wolfgang. Jeunesse, prévention criminelle et discours criminologique. In: Déviance et société. 1982 - Vol. 6 -
N°2. pp. 197-207.
doi : 10.3406/ds.1982.1114
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ds_0378-7931_1982_num_6_2_1114Déviance »t Société, Genève, 1982, vol. 6, No 2, PP. 197-207 DEBAT
JEUNESSE,
PREVENTION CRIMINELLE ET DISCOURS CRIMINOLOGIQUE
Arbeitsgemeinschaft fur Sozialplanung und theoretische Praxis (Grou
pe de travail sur la planification sociale et la théorie de la pratique) *
Au cours de ce débat, les rédacteurs responsables avaient prié le
Blindes kriminalamt — BKA — (l'Office fédéral de la Police Criminelle)
d'apporter la contribution allemande. Le BKA devait donner son point
de vue sur la manière dont un organe très centralisé s'occupe de
problèmes dont l'origine et la résolution semblent impensables hors du
contexte communal. A première vue, la contribution du BKA — qui fut
subitement retirée par ses auteurs et dont nous ne tiendrons donc pas
compte — devait surprendre. Elle avait pour titre "On les appelle les
criminologues d'Etat" et, aux yeux de ses auteurs, elle aurait dû
diminuer les "craintes exagérées" suscitées par les recherches (crimi-
nologiques) du BKA. Les expériences du BKA en matière de déli
nquance juvénile auraient dû y concourir exemplairement.
Nous ne tenons cette contribution bien particulière du BKA ni
pour un malentendu ni pour une digression de la question posée. Le
BKA se veut une institution criminologique, car, selon son mandat légal
comme selon ses propres conceptions statuaires, la recherche crimina-
liste-criminologique est conçue comme un instrument indispensable de
la prévention criminelle. Les chercheurs du BKA "observent le
développement de la criminalité", ils "élaborent les analyses et les
statistiques de la police judiciaire" et ils "développent les méthodes de
la répression policière". La recherche criminologique du BKA apporte
selon nos observations un nombre non négligeable d'éléments nouveaux
au discours idéologique sur la prévention criminelle et les jeunes. Ces
éléments constituent le fond théorique de l'intervention préventive de
la police. Ils servent d'exemple aux liens étroits qui existent entre la
recherche criminologique et la rationalité des pouvoirs policiers.
1. Au début de l'année, le journaliste ouest-allemand Klaus
Pokatzky allait en train de Hambourg à Berlin. Sa profession le met en
contact avec la jeunesse actuelle, ses problèmes, ses mouvements et ses
expressions. En dépit ... ou plutôt à cause de ses presque trente ans, il
n'en fait plus partie, aussi pénible que cela lui paraisse.
♦ Johann Wolfgang Goethe-Unhrenitât, Francfort-sur-le-Main v " v
197 Avant la frontière de la RDA, Pokatzky fut contrôlé deux fois,
d'abord dans son compartiment puis en allant au wagon-restaurant. A
chaque fois, la garde fédérale des frontières Bundesgrenzschutz nota
seulement le numéro de sa carte d'identité et sa date de naissance.
Quelque peu étonné, Pokatzky vint à échanger quelques mots avec le
second fonctionnaire. Celui-ci lui apprit que cette procédure se justifie
par le fait que la classe d'âge de Pokatzky est, après tout, la plus
susceptible de commettre des délits : "Avez-vous déjà vu un retraité
octogénaire taper sur la tête d'une grand'mère ? " Voilà, un argument
frappant ; alors que le citoyen moyen, lui n'a jamais vu que des policiers
taper sur la tête des gens. — A la question de ce qui allait être fait des
données relevées, le fonctionnaire répondit qu'il les transmettait par
radiotéléphone directement à Wiesbaden, au BKA. Trois secondes après,
il obtint la réponse. Le journaliste fut visiblement impressionné et la
suite de la conversation se déroula cordialement, on aurait dit, deux
copains : après tout, l'employé de la garde frontière fédérale appart
enait, lui aussi, à cette classe d'âge qui est la plus susceptible de
commettre des délits, conclut le journaliste.
Ainsi il existe des hommes de bonne volonté pour croire
sérieusement que, grâce à de telle initiative du ministre de l'Intérieur et
du BKA, toute une classe d'âge se trouve préventivement stigmatisée.
Lui, Pokatzky, ressentait en revanche l'incident comme un succès.
Après tout, la police lui avait confirmé son appartenance à la classe
d'âge qui serait la plus susceptible de commettre des délits, plutôt qu'à
cette classe d'âge qui, autrefois, avait eu des tendances aux crimes de
guerre et au génocide et qui, aujourd'hui, a un fort penchant à la fraude
fiscale et aux malversations dans le financement des partis politiques
(DieZeit, 26.2.1982).
2. Deux « twens» se rencontrent dans le train et se comprennent à
l'aide d'une métaphore désignant deux signifiés différents et incomp
atibles. Pour l'un, la «jeunesse» est un mouvement social auquel il ne
participe qu'indirectement et de l'extérieur, avec lequel il entretient une
relation aliénée. Pour l'autre, la «jeunesse» est une métaphore signifiant
une menace diffuse de la sécurité publique. De son point de vue
quiconque menace virtuellement les normes de conduite en vigueur ou
est susceptible de perturber le sentiment de la sécurité ambiante est, par
son statut, «jeune» . Et, par conséquent, fait l'objet d'une surveillance
préventive permanente de la part de la police. Dans ce dialogue, nous
découvrons, sous forme condensée, l'expression d'un discours idéolo
gique "sur la jeunesse" et la "prévention criminelle" qui forme
différemment l'opinion publique ouest-allemande. C'est le discours de
politique criminelle sur la menace contre la sécurité publique et les
198 normes de conduite en vigueur. La métaphore «jeunesse» signifie que la
société se sent menacée par des situations anomiques, c'est-à-dire
qu'une classe grandissante de gens pourraient, le cas échéant, refuser
massivement la reconnaissance des normes de conduite en vigueur. Du
point de vue de la prévention générale, "la jeunesse", au sens
métaphorique cité plus haut, succède aux groupes sociaux choisis
autrefois comme bouc émissaire.
Le terme «jeunesse» dans la philosophie du discours de politique
criminelle préventive est chargé d'un lourd contenu normatif dont le
poids augmente avec la crise sociale et politique alors que, pour une
grande partie des jeunes, "la jeunesse" représente métaphoriquement
l'absence d'avenir.
3. L'opinion publique, elle, perçoit "la jeunesse" comme ano-
mique, opposée à la validité des normes de conduite en vigueur de
manière violente et aggressive. Depuis l'aggravation de la crise, dès
1978, cette situation ne se traduit plus par l'apparition de marginaux
aux signes spécifiques. Elle s'exprime plutôt à l'intérieur de la vie
collective : comme l'habitat, le travail et la nature.
Pour le discours de politique criminelle, le caractère collectif de la
violence qui s'exprime dans la métaphore "jeunesse" apparaît clair
ement dans les mouvements sociaux d'occupations de maison. Pour les
groupes concernés, les occupations leur permettent de manifester leur
sentiment de révolte. Ils parlent "de la masse, du mouvement, de nous".
"Nous descendons dans la rue, nous nous solidarisons avec les
occupants, nous protestons contre la dégradation volontaire de loge
ment et la destruction de biotopes. Nous ne tolérons aucune expulsion.
Nous protestons contre les arrestations et les emprisonnements. La
gauche, la «société alternative» se resserre davantage". De tels slogans
notés au cours des deux dernières années révèlent les aspirations du
mouvement alternatif formé autour des occupations de logement dans
les métropoles.
Le potentiel explosif de ce mouvement, qui prône la négation
radicale des normes de conduite en vigueur et du consensus social
s'explique peut-être par le f

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