La police et la contestation publique en Grande-Bretagne 1980-1987 ; n°1 ; vol.13, pg 35-79

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Déviance et société - Année 1989 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 35-79
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Publié le 01 janvier 1989
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J. Cappelle
La police et la contestation publique en Grande-Bretagne 1980-
1987
In: Déviance et société. 1989 - Vol. 13 - N°1. pp. 35-79.
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Cappelle J. La police et la contestation publique en Grande-Bretagne 1980-1987. In: Déviance et société. 1989 - Vol. 13 - N°1.
pp. 35-79.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ds_0378-7931_1989_num_13_1_1136Déviance et Société , 1989, Vol. 13, No 1, pp. 35-79
Actualités bibliographiques.
LA POLICE
ET LA CONTESTATION PUBLIQUE EN GRANDE-BRETAGNE
1980-1987
J. CAPPELLE*
I. Le problème de la définition
1. Le projet initial consistait à réaliser une bibliographie concernant le
maintien de l'ordre dans le cadre de toute manifestation quelconque. Cepend
ant, le maintien de l'ordre est une notion très peu maniable, dont il est difficile
de fixer les limites. Beaucoup d'auteurs estiment qu'une définition univoque
n'existe pas. Zechlin notamment qualifie la notion d'«ordre public» d'anorma
lement peu claire et vague1.
Aux Pays-Bas, un ancien commissaire de la Reine a sondé en 1971, auprès
de l'association des bourgmestres, le contenu de la notion d'«ordre public». La
réponse a été que «personne ne le sait»2. Selon Dupont, «des auteurs éminents
— en se référant à d'autres auteurs éminents — ont déjà attiré l'attention sur
la quasi impossibilité de donner à la notion d'ordre public une définition satis
faisante»3. Le même auteur met l'accent sur «le caractère évolutif de la notion
d'ordre public et la dynamique dans les exigences du maintien de l'ordre qui
l'accompagne»4. Le Home Office ne dispose pas non plus d'une définition du
«law and order»5. Selon Mak, «dans une société qui est assez stable, il existe
Katholiek Universiteit Leuven (K.U.L.)
L. ZECHLIN, Streik, Strafrecht, Polizei, Juristischer Leitfaden fur Konflikte mit der Staats-
gewalt, Kôln, p. 87.
De Gemeentestem, 1971, n° 6177, cité par J. HENNEKENS dans Handelingen 1985 der Neder-
landse Juristen Vereiniging, vol. 2. Verslag van de op 14 juni 1985 te Haarlem gehouden alge-
mene vergadering over Rechtsvinding overgangsrecht privaatrecht, De handhaving van de
openbare orde in de gemeente, en Naar een codificatie van ordebevoegdheden, p. 68.
L. DUPONT, «Ordehandhaving en bescherming van het recht op persoonlijke vrijheid», dans
Maintien de l'ordre et droits de l'homme, Bruxelles, 1987, p. 196.
L. ibid.., p. 197.
P. NORTON, Law and order in British politics, Hampshire, Gower, 1984.
35 chez le citoyen moyen, la plupart du temps une sorte d'idée implicite de cet ordre
public, mais dès que les normes changent, cette clarté disparaît»6.
On aurait pu reprendre la notion napoléonienne d'« ordre public» qui est
subdivisée en «tranquillité», «sécurité» et «salubrité». Les législations en
vigueur dans plusieurs pays européens s'en tiennent à cette conception fran
çaise. C'est la solution que Dupont choisit7.
Cependant, cela ne résoud pas la difficulté. Si, pour des raisons historiques,
les législations se présentent comme uniformes, la jurisprudence, qui doit
concrètement mettre en œuvre cette notion, apparaît très divisée. De plus le
droit anglais ne connaît pas cette notion: on y mentionne seulement la «Queen
peace», qui est une notion également indéfinie. L'explication de telles impréci
sions est évidente. La réalité des relations de pouvoir politique et le développe
ment démocratique dans un pays déterminé sont à un certain moment nett
ement plus importants pour la politique applicable en matière de police et de jus
tice que la présence de définitions uniformes dans les législations correspondant
es.
Par ailleurs, la plus grande imprécision existe également en ce qui concerne
la lutte anti-terroriste, que l'on mentionne en même temps que le maintien de
l'ordre. C'est surtout le cas en Grande-Bretagne, quand il s'agit de l'Irlande du
Nord. On en trouve une bonne illustration chez des chercheurs hollandais qui
ont demandé à quarante-cinq auteurs une définition adéquate du terrorisme:
neuf se sont référés à leur propre définition, comme étant la seule valable, dix
n'ont trouvé aucune définition satisfaisante, et les autres se sont référés aux défi
nitions de vingt-six auteurs au total8.
Schmid note cent neuf définitions du terrorisme, qui ont été publiées entre
1936 et 1984'. Les gens qui mènent officiellement la lutte anti-terroriste ont
perdu eux-mêmes l'espoir de définir le phénomène. Douze états membres de la
C.E.E. conjuguent leurs forces pour la lutte anti-terroriste dans le groupe
TREVI. Ce groupe fonctionne cependant sans aucune définition officielle du
«terrorisme»10.
2. Vu l'imprécision des notions de maintien de l'ordre et de lutte anti
terroriste, elles sont peu utilisables pour délimiter le terrain. Pour cette raison,
nous préférons prendre comme thème de ces actualités bibliographiques l'inte
rvention policière à l'occasion des contestations publiques de masse. Ce choix
demande quelques éclaircissements.
G. MAK in «De Groene Amsterdamer 1er octobre 1980», cité dans «Stichting klachten en
adviesbureau politieoptreden», Uw rechtsorde is de onze niet, Amsterdam, 1981, p. 12.
L. DUPONT, op. cit., p. 197.
A.P. SCHMID, Political terrorism, A research guide to concepts, theories, data bases and litt
érature, Amsterdam, 1983, p. 73.
A.P. pp. 119-170.
Réponse de Jean Gol, ministre belge de la justice, à ce moment président du groupe Trevi, au
parlementaire belge Johan Pepermans, question nr. 273 dans le Bulletin des Questions et
Réponses, Chambre des représentants, 12 août 1986, p. 3362.
36 traitons de l'intervention policière suite à une «contestation». Nous
D'autres formes de manifestations de masse où la police intervient, telles que
les manifestations sportives et le phénomène du «hooliganisme», restent en
dehors de nos considérations. Les publications relatives à ce dernier sujet se
sont tellement multipliées pendant les dernières années qu'elles méritent, en
effet, une bibliographie à part.
Cette concerne toutes les formes de contestation, peu importe
qu'elles soient dirigées contre les autorités (ce qui est généralement le cas lors
des manifestations), ou des particuliers (ce qui est couramment le cas lors
des grèves); peu importe aussi qu'elles soient paisibles ou violentes.
Les formes de contestation qui ne se caractérisent pas par une participation
de masse ne sont pas non plus traitées. Il s'agit entre autres de ce qu'on traite
dans la littérature comme terrorisme, c'est-à-dire une forme violente de contes
tation non massive.
En ce qui concerne l'Irlande du Nord, nous prenons en considération la li
ttérature qui traite de l'intervention policière contre des groupes au sein de la
population. Il est cependant évident que les autorités britanniques qualifient
souvent cette intervention d'opération anti-terroriste et que, dès lors, il est diffi
cile de distinguer clairement l'intervention policière anti-terroriste de celle qui
est dirigée contre les contestations de masse.
3. Nous traitons de la période 1980-1987. A quelques rares occasions
cependant, nous nous référons aux travaux importants relatifs à ce sujet et qui
sont parus avant la période en question. Le lecteur cherchera sans succès dans
les librairies un certain nombre d'études mentionnées. L'évolution du marché
est telle que beaucoup de livres sont épuisés, trois ans après leur parution. Suite
à de longues recherches, nous n'avons donc pu en retrouver qu'un nombre plu
tôt restreint.
Par ailleurs, deux catégories d'études n'arrivent jamais dans le circuit comm
ercial: quelques rapports scientifiques, d'une part, et beaucoup de travaux
émanant de groupes de pressions, d'autre part, qui sont divulgués par un réseau
alternatif. On ne peut les obtenir que par une démarche directe auprès de l'édi
teur.
4. Nous n'avons pas la prétention d'être complet. Nous nous limitons à des
publications accessibles au grand public, que ce soit par la distribution commerc
iale ou non. On a laissé de côté les articles de revues, mais on a repris des part
ies de «readers». A la fin de cette contribution, figure une liste des ouvrages
que nous avons trouvés et qui ont été publiés pendant la période 1980-
1987.
Il II. Pourquoi la Grande-Bretagne?
Il y a plusieurs raisons pour limiter le choix à la littérature britannique.
La Grande-Bretagne, plus que n'importe quel autre pays, fut confrontée
durant la période considérée à la contestation de masse. Tout d'abord, il y eut
presque continuellement des bagarres entre la police et les jeunes vivant dans
les quartiers des étrangers de plusieurs grandes villes britanniques. De plus, la
Grande-Bretagne a connu la plus grande grève de son histoire, notamment celle
des mineurs, en 1984-1985. Ces deux sortes d'événements ainsi que l'interven
tion policière qui s'en est suivi ont provoqué le débat public sur l'appareil poli
cier. Aucune autre police en Europe n'a subi une métamorphose aussi profonde
dans un si bref délai.
De plus, le gouvernement britannique est confronté à un problème perma
nent de maintien de l'ordre en Irlande du Nord. Comme Faligot le fait remar
quer à juste titre, l'Irlande du Nord fonctionne, depuis la nouvelle vague de pro
testation de masse à partir de 1969, comme un vrai laboratoire où l'on teste des
stratégies et des matériaux que l'on retrouve par après dans presque toute
l'Europe11.
Enfin, il n'y a nulle part ailleurs autant de groupes divergents de citoyens
qui s'occupent du problème policier, et nulle part l'attention des milieux scienti
fiques n'est aussi importante qu'en Grande-Bretagne. Cela ressort clairement de
cette bibliographie.
L'ensemble de ces éléments est à l'origine de l'éventail considérable de la li
ttérature concernant la police et la contestation publique pendant la période
1980-1987. La liste alphabétique que l'on trouve en annexe, indique que pas
moins de cent dix-huit livres ont été publiés sur ce sujet en Grande-Bretagne.
III. Des bibliographies déjà parues
Cette bibliographie n'est pas unique pour la période 1980-1987. Le «Police
Staff College» à Branshill a publié en 1980 une sélection de titres concernant
le maintien de l'ordre en Angleterre et au Pays de Galles12. Le «Great London
Council» a publié en 1986 une bibliographie sur « urban riots and public order»,
contenant les titres publiés en anglais entre 1975 et 198513.
Le support écrit constitue de moins en moins la source exclusive d'informat
ion. En ce qui concerne le domaine en question, Stevenson, dans une contri-
R. FALIGOT, Britain's military strategy in Ireland, The Kitson experiment, London, Zed
Press, 1983, p. 250.
POLICE STAFF COLLEGE, Public order in England and Wales, A select list of titles in the
police staff college library, Police staff college, Bramshill, 1980.
GREATER LONDON COUNCIL, Urban riots and public order, A select bibliography
1975-1985, London, Greater London Council, 1980.
38 bution sur les sources ayant trait à des émeutes récentes14, attire par exemple
l'attention sur l'importance croissante du support visuel. L'auteur nous donne
par ailleurs un aperçu pratique des centres et des archives, en Grande-Bretagne,
où sont disponibles des sources importantes concernant la contestation publi
que.
IV. L'histoire de la contestation publique et de l'intervention policière
Entre 1980 et 1987, plusieurs études et aperçus historiques ont été publiés
sur la contestation publique et l'intervention policière.
Dunning, Murphy, Newburn et Ivan Waddington ont écrit l'histoire des ra
ssemblements de masses violents en Grande-Bretagne pendant le XXe siècle15.
Palmer a fait l'équivalent pour la période de 1780 à 1850 16, Charlesworth pour
la période de 1548 à 190017 et Jones pour le XIXe siècle18.
Morgan décrit l'intervention de la police lors des conflits industriels en
Angleterre et au Pays de Galles entre 1900 et 1939 19. Wigham pour la période
de 1893 à 1981 20 et Geary pour celle de 1893 à 198521. Kingsford relate l'histoire
des marches de la faim britanniques et de la confrontation avec la police entre
1920 et 193922.
Hain écrit l'histoire de la confrontation entre le gouvernement britannique
et les syndicats23.
Joshua et Harris donnent un aperçu historique de la violence collective
autour du problème racial entre 1900 et 198024.
J. STEVENSON, «Sources for the study of recent crowd events», in G. GASKEL and R.
BENEWICK, The crowd in contemporary Britain, Bristol, Sage, 1987, pp. 255-266.
E. DUNNING, P. MURPHY, T. NEWBURN and I. WADDINGTON, «Violent disorders in
twentieth-century Britain», in G. GASKELL and R. BENEWICK, ibid., pp. 19-75.
S. PALMER, Police and protest in England and Ireland 1780-1850, Cambridge, Cambridge
University Press, 1987.
A. CHARLESWORTH, An atlas of rural protest in Britain 1548-1900, London, Croom Helm,
1982.
D. JONES, Crime, protest, community and protest in the nineteenth century Britain, Henley-
on-Thames, Routledge & Kegan, 1982.
J. MORGAN, Conflict and order, The police and labour disputes in England and Wales
1900-1939, Oxford University Press, 1987.
E. WIGHAM, Strikes and the government 1893-1981, London, Home office research unit,
1983.
R. GEARY, Policing industrial disputes, 1893 to 1985, London, Methuen, 1985.
P. KINGSFORD, The hunger marchers in Britain 1920-1939, Lawrence & Wishart, 1982.
P. HAIN, «An historic conflict», in P. HAIN, Political strikes, The state and trade unionism
in Britain, Harmondsworth, Penguin, 1986, pp. 48-86.
H. JOSHUA and T. WALLACE, «Race and collective violence — an historical overview», in
H. and T. To ride the storm, The 1980 Bristol «Riot» and the State,
London, Heinemann, 1983, pp. 7-55.
39 et Fishwick traitent l'histoire du débat «law and order» en Grande- Dixon
Bretagne25.
Gerathy fait l'histoire du régiment SAS, qui a participé à plusieurs interven
tions dans les colonies de l'empire britannique entre 1950 et 1980" et qui a été
engagé, à partir de 1969, en Irlande du Nord.
Le livre de Hamill se situe dans le même contexte27. Il dresse l'histoire de
la présence de l'armée britannique en Irlande du Nord entre 1969 et 1985.
Enfin, Stammers décrit l'application de l'état d'exception pendant la
deuxième guerre mondiale28.
V. La contestation publique entre 1980 et 1987
A. Les révoltes des communautés d'immigrés 1981-1985
Les villes britanniques ont une longue tradition de perturbation de l'ordre,
mais entre 1945 et 1980 elles connaissent un calme relatif. La situation change
d'une façon brutale en 1981. Durant cette année, le pays est confronté à des
révoltes de jeunes et de communautés ethniques d'une rare violence. Ces «irré
gularités» se prolongeront jusqu'en 1986. Benyon en donne un excellent
aperçu29.
Des émeutes isolées ont devancé les révoltes de 1981. Nous nous référons à
celles de Southall en 1979 quand, le 23 avril, la communauté asiatique veut
empêcher un meeting du «National Front» d'extrême droite. Pendant les émeut
es, le militant Blair Peach du «Socialist Workers Party» est gravement battu par
la police et succombe à ses blessures. Sur les émeutes et les circonstances de la
mort de Blair Peach, Dumett fait un rapport d'enquête double30. Ensuite, des
émeutes graves éclatent le 2 avril 1980 dans le district St-Paul à Bristol, troubles
auxquels Joshua et Wallace consacrent une publication31.
Un an après, le 2 mars 1981, se produisent des émeutes à Londres. Le 10 avril
1981, des troubles graves éclatent à Brixton. En juillet 1981, le même phéno-
D. DAVID and E. FISHWICK, «The law and order debate in historical perspective», in P.
NORTON, Law and order British politics, Hampshire, Gower, 1984, pp. 21-37.
T. GERATHY, Who dares wins, The story of the SAS 1950-1980, Arms & Armour, 1980.
D. HAMILL, Pig in the middle, The army in Northern Ireland 1969-1985, London, Methuen,
1985.
N. STAMMERS, Civil liberties in Britain during the 2nd world war, Beckenham, Croom Helm,
1983.
J. BENYON and J. SOLOMOS, «British urban unrest in 1980», in J. BENYON and J. SOLO-
MOS, The roots of urban unrest, Oxford, Pergamon, 1987, pp. 3-22.
M. DUMETT, Southall 23 april 1979, The report of the unofficial committee of enquiry,
National council for civil liberties, Nottingham, Russell Press, 1980; M. DUMETT, The death
of Blair Peach, The supplementary report of the unofficial committee of enquiry, National
council for civil liberties, Nottingham, Russell Press, 1980.
H. JOSHUA et T. WALLACE, op. cit. (24).
40 mène se produit dans plusieurs villes anglaises. Une fois encore à Southall, le
3 juillet et, le même jour, dans le district de Meverside à Liverpool, quelques
centaines de skinheads affrontent la communauté locale. Scraton publie un rap
port sur les événements de Meverside et les circonstances qui les entourent32.
Le 4 juillet, des troubles surgissent à Manchester. Nally y consacre une
publication". La semaine, des émeutes éclatent au moins dans douze villes br
itanniques et, le 15 juillet, de nouveau à Brixton. C'est à juste titre que les Britan
niques appellent l'année 1981 «l'année des émeutes»34.
Les premiers troubles qui ont lieu à Brixton du 10 au 12 avril suscitent une
enquête que le juge Lord Scarman mène d'avril à novembre 1981.
Chaque année, entre 1982 et 1984, des désordres se produisent, mais à une
échelle beaucoup plus réduite. Il s'agit de mini-émeutes, mais qui pouvaient
connaître une escalade à chaque moment et avoir les mêmes proportions que
les émeutes de Brixton. C'était le cas surtout à Londres et à Liverpool.
En juillet 1985, des émeutes éclatent à Handsworth. A partir de fin août
jusqu'à la fin octobre 1985, des irrégularités graves se produisent dans plusieurs
ville35, entre autres à Liverpool, Londres, Moseley, Wolverhampton, Coventry.
Les plus graves se produisent le 9 septembre 1985 à Birmingham, où deux Asiati
ques trouvèrent la mort, et à Bristol les 28-29 septembre, où un photographe
«free lance» succombe à ses blessures. Enfin, en septembre 1986, des troubles
graves se reproduisent dans le quartier où tout a démarré en 1980, le district St-
Paul de Bristol.
B. La grève des mineurs de 1984-1985
La grève débute le 6 mars 1984, après la publication d'un programme de fe
rmeture par le «National Coal Board». La grève est soutenue par tous les
mineurs britanniques, sauf ceux de Nottinghamshire. Cette mine produit pen
dant toute la période de la grève 20 millions de tonnes de charbon.
Au début, Nottinghamshire est l'enjeu, aussi bien du syndicat des mineurs
NUM (National Union of Miners) que de la police. Le NUM organise des
«piquets volants» à Nottinghamshire, une tactique déjà appliquée avec succès
par le syndicat lors des grèves de 1970 et de 1974. Mais la tactique policière
d'« interception volante» des mineurs sur les autoroutes, le cloisonnement des
92 P. SCRATON, «Policing and institutionalised racism on Merseyside», in D. COWELL, T.
TREVOR and J. YOUNG, Policing the riots, London, Junction Books, 1982, pp. 21-38.
" M. NALLY, «Eyewitness in Moss Side», in J. BENYON, Scarman and after. Essays reflecting
on Lord Scarman's report, the riots and their aftermath, Oxford, Pergamon, 1984, pp. 47-54.
14 J. BENYON, «The riots, Lord Scarman and the political agenda», in J. BENYON, ibid., 1984,
p. 3.
33 V. aussi J. BENYON, «A tale of failure», Race and policing, Warwick, Centre for research in
ethnic relations, 1986.
41 communes minières et la présence massive de la police dans toute la région sem
blent connaître plus de succès en 1984-1985. La prétend avoir empêché
de cette façon 164.508 mineurs de faire les piquets de grève pendant les 27 pre
mières semaines, 9.000 d'entre eux furent arrêtés.
Par ordre chronologique, les centrales d'électricité, qui fonctionnaient au
charbon, deviennent le deuxième epicentre de la grève. Rien que dans le South
Wales, le NUM organise des piquets à la porte de vingt-deux centrales. Les che
minots refusent de charger le charbon, mais les syndicats des transporteurs
s'abstiennent de soutenir la grève. L'industrie de l'énergie reconvertit les central
es en les faisant fonctionner au mazout et à nucléaire. Pendant la
grève, le nombre des centrales diminue de 80 à 50%.
A la fin de l'été 1984, le centre de la grève change de nouveau et se déplace
vers l'industrie sidérurgique, dont les hauts-fourneaux fonctionnent au char
bon. Mais les syndicats ne soutiennent pas les grévistes et tendent au contraire
à augmenter la production, malgré le fait qu'en 1980, le NUM eut soutenu
activement la grève des sidérurgistes. Le gouvernement menace de fermer
une des cinq plus grandes unités sidérurgiques du pays, au cas où la production
n'augmenterait pas. A partir de ce moment, la grève devient une lutte d'épuise
ment de longue durée, dans laquelle la faim jouera un rôle toujours plus import
ant, surtout dès que les caisses de grèves du NUM seront séquestrées. Exacte
ment un jour avant l'anniversaire de la grève, les mineurs reprennent le tra
vail.
Les autorités avaient manifestement pris leurs précautions. Déjà après les
grèves de 1970 et de 1974, les conservateurs ont développé une stratégie ayant
pour but: de constituer des réserves maximales de charbon; de préparer les cen
trales d'électricité à une double source d'énergie (charbon et mazout) pour
qu'une reconversion rapide soit possible en cas de conflit imminent; développer
une législation qui réglemente l'appui financier aux grévistes; d'encourager les
entreprises de transport à recruter des chauffeurs non syndiqués; enfin de déve
lopper des unités de police mobiles.
En 1984, cette stratégie est en plein développement. Un mois avant la publi
cation du plan d'assainissement du «National Coal Board», on rassemble tous
les chefs de police au «Home Office» pour leur donner des directives concer
nant la stratégie policière lors des conflits industriels.
Le coût et l'enjeu financier de la grève sont énormes: quotidiennement 5.000
à 7.000 policiers sont impliqués et le coût supplémentaire de la police pour toute
la période de la grève s'élève à £ 200 millions. Celle-ci coûte £ 900 millions au
patronat des mines et environ £ 2 milliards à l'industrie de l'électricité. On
estime que le coût total, y compris les pertes de chemins de fer britanniques et
du fisc, s'élève à £ 4 ou 5 milliards. Par contre, le plan d'assainissement qui pro
voqua la grève n'a rapporte au «National Coal Board» que £ 250 millions par
an.
Les mineurs et les comités de soutien récoltent, selon les estimations, £ 60
millions.
42 Sur la grève des mineurs de 1984-1985, douze livres ont été publiés. C'est
Benyon qui donne la description la plus détaillée du conflit36.
C. Le conflit du News International à Wapping en 1986-1987
En janvier 1986, le trust de la presse «News International» du magnat
Rupport Murdoch exécute son plan de développement d'une imprimerie élec
tronique à Wapping. Dans ce but, le News Inernational recrute clandestinement
des membres du syndicat des électriciens et laisse ses six mille imprimeurs, affi
liés au syndicat des imprimeurs et des employés, en dehors du coup. Avec une
entreprise de transport, le News International conclut un accord relatif à la dis
tribution des journaux, au lieu de continuer d'employer son propre personnel,
également affilié au syndicat des imprimeurs.
Le 24 janvier 1986, les six mille imprimeurs du News International entament
une grève. Le conflit durera plus d'un an, jusqu'au 7 février 1987. L'action des
grévistes se concentre autour du nouveau complexe de Wapping: des milliers de
personnes font piquet le mercredi et le samedi. De cette façon, ils veulent empêc
her la production et surtout le départ des journaux.
L'action de la police consiste précisément à empêcher ces piquets de grève
ou à les disperser par des charges, des arrestations, des «road-blocks», etc. La
police dépense 1,2 million d'heures-hommes dans le conflit; les coûts totaux de
la police sont de £ 5,3 millions. Elle arrête mille trois cent septante grévistes,
dont mille cinquante-huit seront condamnés.
Sur le conflit de Wapping, des groupes comme le «National Council for Civil
Liberties» et le «Police Monitoring and Research Group» de Londres ont publié
des études37.
VI. Conceptions du comportement d'émeute
Après les émeutes qui se sont répétées dans les grandes villes britanniques
entre 1981 et 1985, plusieurs scientifiques se sont penchés, une fois encore, sur
les théories susceptibles d'expliquer le comportement contestataire des groupes
H. BENYON, Digging deeper, Issues in the miners' strike, London, Verso, 1985.
NATIONAL COUNCIL FOR CIVIL LIBERTIES, No way in Wapping, NCCL, London,
1986, et POLICE MONITORING AND RESEARCH GROUP, Policing Wapping, An
account of the dispute 1986/1987, London strategic policy unit, Briefing paper n° 3, London,
1987.
43