Marx et Keynes devant la pensée économique contemporaine (1) - article ; n°1 ; vol.1, pg 72-87

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Revue économique - Année 1950 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 72-87
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1950
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Monsieur Jacques Lecaillon
Marx et Keynes devant la pensée économique contemporaine
(1)
In: Revue économique. Volume 1, n°1, 1950. pp. 72-87.
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Lecaillon Jacques. Marx et Keynes devant la pensée économique contemporaine (1). In: Revue économique. Volume 1, n°1,
1950. pp. 72-87.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1950_num_1_1_406735MARX ET KEYNES
DEVANT LA
PENS CONOMIQUE CONTEMPORAINE
II près de quinze ans paraissait la Théorie génerale de Keynes
Aucun ouvrage depuis peut-être la Richesse des Nations exercé une
aussi profonde influence sur évolution de la pensée économique Or
parmi ses innombrables répercussions il en est une qui occupe une place
de choix parce que débordant le cadre de la pure controverse théorique
elle parfois pris allure un véritable mouvement doctrinal est la
question des relacions qui unissent le keynésianisme au courant marxiste
La position de critique égard de la théorie classique adoptée par
Keynes dès la première page de la Théorie générale 1) en effet
permis éminents théoriciens de voir dans uvre du célèbre économiste
britannique édification un pont sur abîme qui séparait jusque-là éco
nomie politique classique apologiste du capitalisme de la critique destruc
tive contenue dans Le Capital Et un auteur aussi avisé que Schumpeter
pu écrire II certainement pas aussi grandes différences entre
Marx et Keynes il en avait encre Marx et Marshall ou Wicksell
Rien étonnant dès lors ce que des auteurs comme Sweezy ou même
Robinson aient manifesté une sympathie non déguisée pour le mar
xisme 4)
Rien étonnant non plus ce que des marxistes tels que le chef syn
dicaliste américain Browder se soient réconciliés avec le capita
lisme après avoir eu la révélation de la pensée de Keynes Aussi certains
KEYNES écrit en effet enseignement de la théorie classique ne
peut être que trompeur et néfaste si on prétend appliquer ses conclusions
aux fairs nous connaissons Theorie ilénéralc Trad fse 25
Notamment ROBITSSON Marx on unemployment The Economic
Journal vol LI 1941 234
Capitalism î(ë<1 and Democracy Londres 1947
I. 112
uf LEBNEK Marxlsiu and Economica Sweezy and Robinson ï>
Jo dmal of Pol Econ. 1945 79 MARX ET KEYNES 73
auteurs se sont-ils efforcés dans ces dernières années de situer le terrain
de rencontre de la General Theory avec Das Kapital l)
vrai dire cette tentative ne manque pas de surprendre observateur
qui sait tout le mépris de Keynes pour le marxisme doctrine il jugeait
non seulement scienrinquement erronée mais sans intérêt ni apulications
dans le monde moderne Lorsque Keynes exalte la valeur morale
de auteur peu connu que fur Silvio Gesell est pour proposer au lecteur
une uvre toute imprégnée un amour de la justice sociale qui
constitue en même temps la réponse au marxisme Et on sait
que si la Théorie générale commence par une prise de position contre
la théorie classique 4) elle se clôt sur des considérations doctrinales qui
se résument dans affirmation que le plein emploi une fois réalisé grâce
intervention de Etat la théorie classique reprendra tous ses
droits et il pas plus de raison auparavant de socialiser la
vie économique 5)
Il est pas étonnant dès lors que les marxistes orthodoxes se soient
vigoureusement élevés contre toutes les tentatives de rapprochement qui
ont été faites entre le prophète allemand et le Lord anglais et que
attachant plus fortement aux dogmes de Marx la valeur scientinque
de ses théories 7) ils aient mis au premier plan de leurs préoccupations
irréductibilité foncière de la Weltanschauung de leur maître et de celle
du grand économiste bourgeois Aussi serait-il vain essayer de con
cilier des inconciliables et de réunir des extrêmes ailleurs tous les
Cf notuuiment ALEXANDER Keynes and Marx Rev of Econ
tit-udies vol VII 1939-1940 123 et su uh BETTELHEIM Revenu
national épargne et investissement chez Marx et Keynes Rev ëcoii
pol. mars-avril 1948 no 198 et suiv FAN HUNG Keynes and Marx
on the Theory of capital Accumulation Money and Interest s> Rcv of
Econ Studiess voi VII 1939-1940 28 et suiv Egalement le livre désor
mais classique de ROBINSON An Essay on Marxian Economica Londres
1947 en particulier le chapitre VIII article de DOMAKCHI dans Les
Temps modernes octobre 3946 et la préface de SHIUETO-TSUBU au
livre de SSwEEzy Theory of Capitalism Development Ndw York 1942
KLEIN î7 Keynes iän Revolution Nelw York 1949 ISO
KEYNES Essays in Persuasion 300 Théorie générale Trad se 368-369
Ibid. 25
Cf notamment les articles de KANAPA TRACHTENBF-RG W.Z
FOSTEB NAKD et DESSAU dans La Nouvelle Critique février mars
mai et juin 1949 noB et
LERNER loc cit. 82
Je Science coiwm.ique Institut Etudes Poli
tibiles 1948-1949 met également en garde contre le non-sens scientifique
une assimilfatîon priori entre Marx et Keynes 74 REVUE CONOMIQUE
auteurs qui se sont penchés sur le problème qui nous occupe ont fait
non seulement en théoriciens mais en effor ant de dépasser leurs préfé
rences idéologiques ann de donner libre cours analyse purement scien
tifique
est dans ce seul esprit objectivité il esc possible de poser la
question des rapports entre Keynes et Marx et il convient ici de rendre
hommage au Pr Sweezy qui bien que sympathisant avoué du marxisme
et conscient de la distance doctrinale qui sépare nos deux auteurs conclut
son étude en disant Les marxistes ne sone pas toujours accord avec
ce que dit Robinson dans son livre Essays on Marxùm
mais ils trouvent en elle un critique sympathique anxieux de discuter les
problèmes dans un esprit scientifique Est-ce un simple accident si un
des plus eminents successeurs de Keynes se trouve ecre auteur du premier
ouvrage de valeur écrit sur le marxisme.
Mais il serait également vain ignorer systématiquement le contexte
historique ei par conséquent doctrinal dans lequel nos deux auteurs ont
vécu et duquel ils ont tiré la substance de leur uvre semble même
que bien plus que autres les exemples offerts par le marxisme et le
keynésianisme sone révélateurs de influence préoondéranre exercée sur
les grands courants de la pensée humaine par ambiance historique ec la
localisation géographique dans lesquelles ils se sont développés La doc
trine marxiste toujours été considérée comme fondamentalement révolu
tionnaire on parle hui de révolution keynésienne Le rappro
chement serait tentant il était pas un dangereux jeu de mots et
pour comprendre la portée relative de ces deux révolutions il esc
nécessaire de les situer par rapport ce que on appelle toujours ortho
doxie en matière économique Durane la première moitié du xixe siècle
Angleterre certainement constitué le bastion de économie politique
classique et il est pas exagéré de dire époque de Ricardo la
pensée économique anglaise joui un prestige quasi exclusif qui
pas été égalé depuis lors même après Keynes 2)
est aux alentours de 1850 que unité de la tradition classique est
brisée et que le tronc traditionnel est divisé en deux grandes branches
la branche socialiste ou marxiste et la branche néo-classique Et si chacune
elles peut se dire fille légitime de économie politique classique il en
reste pas moins il peu de points communs entre elles Il est certain
que initiative de la rupture revient essentiellement Marx Profondément
imprégnée de la théorie ricardienne mais nourrie de bien autres sources
SwEEzr Keyues the Economist dana The new Economics
New York 1948 109
SwEEzy loe oit. 102 MARX ET KEYNES 75
que celles de la pensée anglo-saxonne son uvre été forgée dans un
métal sans doute moins pur mais aussi combien plus riche elle aurait
pu être dans le sanctuaire soigneusement isolé du continent ont tou
jours été les Iles Britanniques
Nul mieux que le professeur Villey montré combien la
vie et uvre de Marx se situent au confluent de toutes les traditions
Marx est né Trêves ville catholique une famille juive convertie
au protestantisme Sa pensée écrit Villey sera prophétique comme
celle Israël dogmatique comme celle de Rome révoltée comme celle
de Luther De son Allemagne natale il émigré en Angleterre non sans
avoir séjourné dans un Paris tout rempli agitation révolutionnaire
Sa philosophie sera allemande ses idées politiques inspiration fran
aise et son système économique prolongera les classiques anglais Peut-
être comme le veut Sweezy 2) la nationalité de Marx est-elle un
accident de histoire toujours est-il que sa pensée prit racine sur le
continent européen sans parvenir pendant de nombreuses années prendre
pied sur autre rivage de la Manche
Quand Keynes commen étudier économie politique au début de
ce siècle le néo-classicisme était en possession indiscutée des pays de langue
anglaise Il accepta les doctrines en vigueur et fut un des plus brillants
disciples Alfred Marshall Rares furent les économistes étrangers qui
exercèrent une action profonde sur sa formation et est tout juste il
doit quelque chose Wicksell pour le Traité de la monnaie il devait
plus tard attaquer économique néo-classique afin intégrer les
éléments une théorie plus réaliste est par intérieur que son action
devait être menée bien ec peut-être serait-il plus exact de dire il rut
auteur une réforme et non une révolution Encore cette réforme lui
fut-elle dictée par le spectacle bien particulier de Angleterre des années
1930 dont économie déprimée réclamait la mise au point une théra
peutique spéciale
Keynes et Marx nous apparaissent ainsi comme ayant re un héritage
commun celui de la pensée ricardienne mais déformé par le prisme in-
nuences totalement étrangères
La question ils posent économiste est donc celle de savoir com
ment ils ont usé de ce patrimoine ancestral et si après la grande aventure
un demi-siècle de capitalisme ils se retrouveront comme les fils prodi
gues de Evangile tous deux dans la maison paternelle améliorée et
VILLET Marx économiste et homme action Cahiers du monde
.u octobre 1948 68-T2
SWEEZY loe cit. 103 76 REVUE CONOMIQUE
reconstruite Pour répondre cette question il convient de dégager la
manière dont Keynes et Marx ont étudié le système capitaliste de leur
temps ce quel fuè le résultat de leur recherche
Aussi deux problèmes retiendront-ils successivement notre attention
Ils concernent les instruments analyse du système capitaliste
le fonctionnement de ce système
LES INSTRUMENTS ANALYSE DU SYSTEME CAPITALISTE
Toute uvre scientifique requiert pour être féconde que soient ini
tialement précisés une méthode analyse et un cadre de travail compor
tant une définition non équivoque des grandeurs sur lesquelles va se
pencher le chercheur Il est utile de situer Keynes et Marx un par rapport
autre en ce qui concerne ces deux pôles de analyse
LA METHODE DE KEYNES ET DE MARX
Placés dans des situations historiques différentes Keynes et Marx
devaient recourir des méthodes différentes pour élaborer leurs uvres
respectives et est peut-êcre en ce domaine que se marque le plus profon
dément influence des courants qui les ont imprégnés
Si on cherche les situer par rapport Ricardo il semble assez
significatif de dire que chez Marx empreinte du grand classique est
combinée avec celle non moins directe de école historique allemande
dont Marx fut le contemporain 1) tandis que Keynes recueilli
travers enseignement de Stanley Jevons et Alfred Marshall un mes
sage ricardien passé au crible du marginalisme Chacun des deux auteurs
se sépare donc de autre et le dépasse dans la mesure où il dépasse
analyse classique
La supériorité de Maf tieni essentiellement dans importance il
attache observation des faits économiques
Le professeur Leontief pu dire de lui que la signification de son
message pour la théorie économique moderne est celle une inépuisable
source observation directe 2)
GIDE et Rit Histoire des doctrines économiques 1947 tome II 444
EONTIEF The signifiance of Marxian Economies for presen
day economic theory Am Econ Rev Suppi. mars 1938 MARX ET KEYNES 77
Une grande partie de la théorie actuelle poursuit Leontief est
une théorie de seconde main Si avant de tenter une explication on
voulait apprendre ce que sont hui les profits les salaires et les
entreprises capitalistes on pourrait trouver dans les trois volumes du
Capital de plus réalistes informations de première main il ne serait
possible en trouver dans les conclusions des United States Census
une douzaine de livres sur les institutions économiques et même les essais
réunis de Thorstein Veblen
est énorme travail analyse fourni par Marx en dépit des faibles
moyens statistiques dont il disposait qui lui permis de remettre en ques
tion la structure même du système capitaliste et de prévoir avec une remar
quable maîtrise la concentration croissante de la richesse élimination
des petites entreprises la limitation progressive de la concurrence im
portance croissante du capital fixe et amplification constante des cycles
économiques Il peut paraître curieux que Keynes écrivant époque
où se réalisaient une partie des prophéties de Marx ait pas fourni
du capitalisme de son temps une analyse aussi précise que celle en
donnait soixante-dix ans plus tôt le théoricien allemand Que Keynes
accepte les cadres institutionnels existants et il tente en sauvegarder
esprit quiconque se place un strict point de vue scientifique ne saurait
le lui reprocher Mais il passe sous silence certaines des caractéristiques
essentielles du capitalisme contemporain voilà qui risque de porter une
sérieuse atteinte la valeur de son uvre La théorie keynésienne soufrre
sur ce point une double insuffisance
En premier lieu analyse des structures monopolistiques si brillam
ment développée par ses successeurs trouve peine amorcée et la
Théorie générale est du coup élaborée comme il existait encore en Angle
terre et aux Etats-Unis un système capitaliste de libre concurrence 2)
autre part Keynes considère également comme une donnée i;n
facteur aussi important pour une économie dynamique que le pi
technique 11 en résulte il identifie la production et emploi et
que toute reprise des investissements signifie pour lui résorption du chô
mage En réalité le progrès économique donne fatalement au nouvel
investissement une période de prospérité autre une forme plus capi-
calistique qui implique un remplacement de homme par la machine Sans
doute hypothèse de la courte période reposant sur intangibilité de ou
tillage existant sauve-t-elle en partie Keynes de cette critique et le fait
LEONTIEF loo cit,
FOSTER La signification politique fie la doctrine de Keynes \
La youvelle Critique mars 1949 118
NAKD et DESSATT La pseudo-révolution keynésienne Ln
Nouvelle Critique mai 1949 120 78 REVUE CONOMIQUE
il ait noté existence un inévitable chômage de frottement qui
fait fuir devant lui horizon du plein emploi idéal en raison de in
cessante réadaptation de la main-d uvre aux modifications constantes de
la technique prouve il était pas si éloigné de la conception mar
xiste de extension de armée industrielle de réserve résultant de accu
mulation du capital Mais alors que Marx attache une attention toute parti
culière ce mécanisme technologique et ensemble des rapports de
production Keynes les classe comme une donnée et oriente vers une
tout autre forme argumentation
est que auteur de la Théorie générale pas cherché autre chose
que reprendre la théorie néo-classique pour tenter de la mettre en accord
avec un phénomène elle demeurait impuissante expliquer le chô
mage de millions êtres humains Les données restent les mêmes et les
frontières du système théorique demeurent intangibles Keynes est peut-
érre là le trait majeur de son génie reconstruit seulement la maison avec
les mêmes matériaux mais dans la nouvelle architecture il désormais
place pour équilibre de sous-emploi
Au fond comme montré le Pr Nogaro la Théorie générale de
Lord Keynes est un spécimen remarquable de la théorie deductive
Et est en cela que notre auteur est le véritable successeur des classiques
anglais Comme Malthus avec sa loi de la population ou Ricardo avec sa
théorie de la rente Keynes saisit sur le vif le problème majeur de son
temps la question du chômage ec rebâtit en fonction de lui toute la
théorie économique grâce une série de déductions logiques malheureu
sement trop peu soucieuses du recours aux faits Aussi Schumpeter a-t-il
pu écrire de Keynes II se servit des statistiques comme Ricardo aurait
pu le faire et comme Ricardo le fit en réalité dans sa controverse avec
Bosanquec) est-à-dire dans un but illustration et de vérification Quant
aux travaux econometrie Keynes eut de la valeur de ces derniers une
aussi piètre opinion Adam Smith 3)
il loin de cette fa on de procéder celle un Marx infati
gable observateur de la réalité Négligeant utilisation un matériel
nouveau comment Keynes allait-il parvenir échafauder sa célèbre cons-
Théorie genérale 28
NoGABO La valeur logique des théories économiques 1947 155
SCHUMPETER Keynes et la statistique Lactuulit économique
et financière mai 1947 21
il suffise de rappeler la véritable joie intellectuelle avec laquelle
Marx accueillit annonce rte la crise de 1857 qui confirmait sa théorie de
la fragilité du système capitaliste cf VENE Vie et doctrine de Karl
1946 300-301) la réussite une expérience confirme hypo
thèse du chimiste. Rappelons aussi que dans une lettre Engels datée MARX ET KEYNES 79
truction Sa méthode est toute différente travers la Théorie générale
exprime influence de école marginaliste
apport de Keynes consiste en effet intégrer la psychologie humaine
dans analyse économique
Dès le début de la Théorie générale il accepte sans le remettre en
question le point de vue subjectiviste qui lui fut transmis en termes
utilité et de désutilité par uvre Marshall Ce faisant Keynes se
sépare de analyse marxiste sur deux points absolument fondamentaux
Tout abord économiste anglais adopte la conception subjective
et marginaliste de la valeur 1) tandis que Marx reprend directement
Ricardo une théorie objective de la valeur la célèbre théorie de la valeur-
travail est cette divergence de vues qui selon on la considère comme
essentielle ou accessoire constitue notre sens la clef de voûte de oppo
sition ou du parallélisme que on peut tracer entre les deux auteurs
Pour Marx en effet les valeurs échange des marchandises se ramè
nent leurs coûts de production respectifs exprimés en temps de travail
humain socialement nécessaire mais la production pour la vente ne garantit
nullement la confirmation de ces valeurs sur le marché car les conditions
de la production de la valeur des marchandises et celles de réalisation par
leur vente sont différentes Autrement dit les processus de produc
tion et de circulation sont dissociables ec la crise est que le rétablisse
ment violent de leur unité 3)
Keynes au contraire est certainement économiste qui le plus
insisté sur inséparabilité des secteurs réel et monétaire de économie
est pourquoi il hésite pas poser équation revenu valeur de la
production consommation investissement 5) formule un mar
xiste conséquent ne saurait accepter
partir de ce point toute poursuite de la comparaison entre Keynes
et Marx doit décider si analyse marxiste du système capitaliste est ou
non dissociable de la théorie de la valeur-travail
du 31 mai 1875 Marx manifestait son désir effectuer une analyse oi-
gneuse des cycles sur la base une documentation statistique traitée mathé
matiquement Aussi est-il pas exagéré de voir en Marx un pionnier de
econometrie
Théorie générale ch II 26 et suiv
NABD et DESSAU loc cit. 118
MARX Histoire des doctrines économiques 62
PATINKIN Price ûexibility and employment A.E.R septembre
1948
Théorie générale 82 80 REVUE CONOMIQUE
Les théoriciens modernes qui se sont penchés sur le problème ont été
conduits opérer cette dissociation pour la simple raison ils ont rejeté
la conception marxiste de la valeur comme fondamentalement erronée et
toute leur recherche consisté abstraire du fond général du Capital
qui constitue une étude de la nature et du développement du système
économique les principes essentiels relatifs la détermination de la pro
duction totale et par conséquent de emploi total afin de se situer
dans le cadre de la Théorie générale espère il apparaîtra dans les
pages suivantes écrit Mrs Robinson aucun point substantiel de argu
mentation de Marx ne dépend de sa théorie de la valeur-travail
II est pas sûr que les marxistes contemporains refuseraient absolu
ment de souscrire cette prise de position car les exceptions que certains
entre eux reconnaissent la théorie de la valeur-travail permettent de
penser ils attachent pas la valeur un dogme Quoi il en
soit le rejet de la théorie de la valeur-travail il se justine par les cri
tiques qui ont été apportées cette théorie en demeure pas moins pour
autant une trahison du marxisme en tant idéologie ainsi on le verra
plus loin Mais sur le plan purement théorique de la courte période
absence de contradiction entre la valeur de la production et la réalisation
monétaire conduisait Keynes chercher ailleurs les motifs de la crise
Ainsi se justifie pour lui introduction de ses fameuses variables indé
pendantes
Ayant recueilli des marginalistes le sens de intervention subjective
individuelle dans la vie économique Keynes allait et est le second
aspect de son dépassement des classiques généraliser ce rôle de huniaifi
en appuyant tout son système sur Je jeu des grandes lois psychologique
qui régissent le comportement des hommes en société
Dans cette perspective analyse keynésienne marque une nette supé
riorité sur uvre des économistes classiques dans laquelle le déterminisme
des marchés ne fait place homme que sous la forme un être falot
et parfaitement docile cet homo conomicus que Marx adopte sans en
discuter la nature
ALEXANDER Zoe cit. 211
ROBINSON op cit. 22 SMITH Marx and the Trade
cycle Rev of Econ Studie vol IV l93f -1&37 192 ef suiv. adopte
une attitude semblable
BABY Le marxisme Cours Institut Etudes Politiques 1946-
3947 fase II 106 écrit notamment La loi clé la valeur ne saurait
jouer pour une marchandise unique dont le prix ne peut être determiné
que par le désir de acheteur Il en est de même pour les produits rares
qui ne peuvent pas être reproduits volonté Ainsi les marxistes orrl i-
doxes reconnaissent le rôle de utilité subjective comme déterminant de
la valeur