Qatar, l

Qatar, l'Emirat qui se voulait plus gros que le boeuf.

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LE QATAR à SON APOGEE
En quinze ans, l’Emirat s’est propulsé sur la scène internationale politique et économique. Entre médiations et investissements, le Qatar est devenu symbole de richesse et parfois de mégalomanie.

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Ajouté le 21 février 2013
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Langue Français
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e   2210  LEMIRAT QUI SE VOULAIT PLUS GROS QUE LE BOEUF   LE QATAR à SON APOGEE  En quinze ans, l’Emirat s’est propulsé sur la scène internationale politique et économique. Entre médiations et investissements, le Qatar est devenu symbole de richesse et parfois de mégalomanie.  GirMaraid  2L0a1ra2  
Table des matières LEmirat qui se voulait plus gros que le bœuf ............................................................................... 3 Le Qatar et ses richesses ........................................................................................................... 4 Quand le Qatar achetait le monde .............................................................................................. 5 La position géostratégique et influence politique du Qatar. .......................................................... 6 Histoire dune amitié liée autour du gaz : le Qatar et lIran .......................................................... 8 Les frères ennemis : le Qatar et lArabie Saoudite ........................................................................ 9 Le Qatar et les Etats-Unis : une base militaire américaine colossale ............................................. 11 Al- Jazeera : loutil du succès .................................................................................................... 11 Le printemps arabe : loccasion à saisir .................................................................................... 13 Qatar, un Emirat en voie de démocratisation? ........................................................................... 14 La modernité du Golfe sous légide des Frères musulmans ........................................................... 15 Conclusion : une modernité islamisée ....................................................................................... 17     2
 Lara Girard          Mai 2012  LEmirat qui se voulait plus gros que le bœuf  Depuis le début des révolutions dans le monde arabe, le Qatar s’est révélé au monde occidental comme un acteur non seulement omniprésent, mais incontournable dans la diplomatie arabe. Des voix se sont alors élevées demandant comment le Qatar, un minuscule Etat fort d’à peine 200'000 citoyens, avait pu prendre tant d’ampleur sans qu’on le remarque ?  Pour dire vrai, le Qatar n’a pas attendu d’obtenir la coupe du monde de football de 2022 ou de se présenter comme médiateur dans le conflit en Libye en 2011 pour poser ses pions les uns après les autres et le faire devenir ainsi l’un des acteurs majeurs sur l’échiquier moyen-oriental.  Ce bref rapport aura pour but de montrer comment l’Emir du Qatar a su administrer son Emirat comme une grand multinationale visant la visibilité à tout prix, se servant de son immense fortune et de ses multiples ressources pour devenir une figure incontournable, sans se préoccuper le moins du monde des frontières et des divisions existant dans le monde arabo-musulman et au-delà. Au fil des années, l’Emir a ainsi développé ses relations avec l’Arabie Saoudite, accueilli la plus grande base militaire américaine du Golfe tout en imposant la présence du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad au Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe en décembre 2007 à Doha.  Depuis 1995, date du coup d’Etat qu’il dirigea contre son propre père1, l’Emir Hamad ben Khalifa al-Thani a mené une politique d’opportunisme. Il saisit toutes les occasions pour rendre le Qatar visible et en faire un partenaire privilégié. Sans ennemi, le Qatar jongla à merveille entre toutes les polarités et ceci grâce à ses ressources inestimables en gaz et en pétrole.  Depuis le printemps arabe et le positionnement conservateur de l’Arabie Saoudite qui s’opposa radicalement aux mouvements de protestations des jeunes arabes, le Qatar s’est profilé comme La voix des jeunes, de la modernité, de la démocratie et également de l’Occident dans le monde arabe. Il pourrait dans les années à venir devenir l’alternative saoudienne au Moyen-Orient pour les Etats-Unis qui ont déjà placé leur plus grande base militaire à Doha.  Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Le Qatar n’est en réalité ni pro-démocrate ni pro-occidental. L’Emir est un monarque absolu et n’a nullement l’intention de concéder une partie de son pouvoir pour jouer avec les règles de la démocratie. Pays refuge des Frères Musulmans, le Qatar semble être l’ami de tous ceux qui peuvent lui être utiles et peut retourner sa veste aussi vite que la situation l’exige. Le Qatar entretient de liens très étroits avec l’Iran et, depuis quelques années, a renouvelé des liens amicaux avec l’Arabie Saoudite. Néanmoins, les deux voisins ont traversé une période de guerre froide du début des années quatre-vingt dix aux premières années de l’an                                                1 Son père se trouvait alors en Suisse. Il essaiera en 1996 de reprendre le pouvoir sans succès. 3  
Q uql  esutrugspo œ befeuvli u se 2000. Privé de la protection et de l’aura de son puissant voisin, le Qatar a durant cette période cherché de nouvelles alliances lui permettant de jouer dans la cour des grands. Il a ainsi développé une forte amitié avec Bachar Al-Assad, le président syrien, investissant des millions dans l’économie branlante de la Syrie. Malgré les excellentes relations de l’Emir avec le président syrien et les multiples visites officielles entre les deux pays, le Qatar n’a pas hésité à prendre le parti des manifestants dès le tout début de la contestation du régime de Bachar Al-Assad en Syrie au printemps 2011. Même en connaissant l’opportunisme du Cheik Hamad ben Khalifa Al Thani, la rapidité avec laquelle il a délaissé son ancien ami et critiqué le régime syrien nous laisse quelque peu perplexes.  En regardant, ne serait-ce que brièvement les derniers engagements politiques du Qatar, on se sent vite désarçonné et les questions fusent : Quelle est la stratégie de la politique extérieure du Qatar ? Quelles sont les réelles motivations de l’Emir  et comment procède-t-il dans ses relations extérieures ? Quels sont ses objectifs avoués ou cachés ? Si la politique extérieure du Qatar est déroutante non seulement par sa volatilité mais également par son amplitude, une chose semble certaine… l’Emir du Qatar veut être vu, veut être reconnu, puissant et influent.   Le Qatar et ses richesses  Le Qatar est devenu en quinze ans l’un des pays les plus riches au monde grâce à l’exploitation de ses incroyables ressources naturelles en pétrole et en gaz. Sa croissance flirte avec les 28%, de moyenne sur les cinq dernières années, et selon le FMI, le Qatar obtiendrait la première place du PIB (Produit Intérieur Brut) per capita avec 102,891$ per capita en 2011, suivi loin derrière par le Luxembourg avec 84,829$ per capita.  Membre de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), le Qatar produit environ 500'000 barils de pétrole par jour2 et aurait des réserves suffisantes pour les vingt-trois prochaines années. Cela en fait un producteur de pétrole de taille moyenne. En revanche, avec un champ gazier étendu de 7000 km3, le Qatar possède plus de 5% des réserves mondiales de gaz, la troisième réserve la plus importante du monde après l’Iran et la Russie, ce qui devrait lui procurer une abondance et une manne financière durant plus de 200 ans.  Pourtant posséder des ressources naturelles en quantité n’est souvent pas suffisant pour devenir l’un des pays les plus riches du monde, à l’instar des pays africains tel que le Congo. L’Emir du Qatar l’a très vite compris et a investi, dès les premières années de son règne, dans des sociétés nationales capables d’exploiter ses ressources. Qatar Petroleum, troisième groupe pétrolier mondial, est la pierre angulaire de toute l’économie qatarie, représentant plus de 70% de revenus                                                2 L’Arabie Saoudite produit autour de 10 millions de barils par jour. Ce chiffre est variable selon le marché du pétrole et la demande au niveau mondial.   4 
totaux du gouvernement. Cette société exploite et produit à la fois du pétrole et du gaz de l’extraction à la commercialisation en passant par le raffinage, le transport, et le stockage. Par ailleurs, le Qatar a décidé de se spécialiser et de se diversifier afin de devenir compétitif au niveau mondial. Fondé en 1984, Qatargas est un pionnier dans l’industrie de liquéfaction du gaz et a ainsi permis au Qatar de devenir le premier exportateur de gaz liquéfié du monde. La nationalisation de ses richesses naturelles a permis à l’Emir ben Khalifa Al Thani d’en user selon ses besoins et ses envies et d’éviter la fuite des capitaux dans des sociétés étrangères en charge de l’extraction de la matière première3.  Bien sûr, rien ne destinait un si petit pays perdu dans le désert arabique à devenir si influent, même avec des richesses aussi importantes. De ce point de vue, les Emirats arabes unis n’ont pas grand-chose à envier au Qatar. Pourtant, ils sont loin d’occuper aujourd’hui une place identique sur la scène internationale que ce soit du point de vue politique, militaire ou même économique. Deux éléments-clé ont joués en faveur de l’ascension fulgurante du Qatar : d’une part la soif de visibilité de l’Emir et ses choix stratégiques d’investissement et, d’autre part, la diversité des ressources du Qatar en pétrole et en gaz. En effet, ces deux ressources ont poussé le Qatar a tissé des liens solides avec les deux frères ennemis, l’Iran et l’Arabie Saoudite. Il jouit ainsi d’une sorte de neutralité qui lui permet de passer outre toutes les polarisations de la région, de négocier avec tous les acteurs économiques ou politiques. Nous reviendrons plus tard sur cette extraordinaire position géostratégique.  Quand le Qatar achetait le monde  Pour le moment, arrêtons-nous un instant sur les stratégies d’investissements du Qatar. En effet, comme je l’ai souligné plus haut, posséder des ressources naturelles n’est largement pas suffisant à rendre un pays riche ou encore moins influent sur la scène internationale. Pour s’enrichir grâce à ses ressources naturelles, il faut tout d’abord être en mesure de les exploiter. C’est ce que font les deux compagnies nationales Qatargas et QatarPeroleum. Néanmoins, la nationalisation des sociétés extractrices de matières premières n’est qu’un premier pas, visant d’autres fins, notamment le pouvoir, l’influence et la visibilité.  L’Emir du Qatar a mis en place une véritable stratégie d’investissement jumelée dont la base est la diversification. Premièrement, l’Emir a alloué un certain pourcentage des surplus rapportés par le pétrole et le gaz à une société d’investissement, le QIA Qatar Investiment Autority. Le surplus a d’abord été investi dans la finance mondiale, et par la suite dans l’achat d’immobilier mondial. Le QIA détiendrait aujourd’hui plus de 85 milliards d’actif et l’Etat du Qatar est l’heureux propriétaire plus de 100 milliards d’euros d’actif dans l’immobilier mondial. L’Emir possède le Ritz à Paris,                                                3s oDcatrnosi ebnet aaulcorosu pla  dpel ups agyrsa rnicdhe eps aretine  mdaetsi èbreésn épfriceimesiè lrieéss,  àl leax trvaecnttieo nd ee sct ecso nmfiaétieè ràe sd. eCs essot clieé tcéas s étarua nNgiègreer,s  pqauri  exemple, qui possède la plus grande réserve d’uranium du monde. Le groupe français Areva, meneur/leader bméonnédfiiacle  ddee  ll’ae qxturaascit-itoont alditeé  dmeast ibèréensé fipcrieesm idèer else, xterxatcrtaiiot n eet t leexpxlpoliotiet atlieosn  dmei nleusr adniuurma ninuigmé rideun . NLieg egro. uLvee rngeromuepnet  nsiogl.é rien ne reçoit qu’un pourcentage minime des richesses produites par la vente de l’uranium présent dans son  5 
deux palaces à Berne, prévoit d’en acheter deux autres à Genève. Il a également acheté les magasins Harolds au multimillionnaire Alfayed. Petit à petit, le Qatar s’est trouvé propriétaire du Paris Saint Germain, de 10% du Crédit Suisse, 6,8% de Volkswagen, 5,8 % de Barclays, 10% des actions du célèbre marchand d’armes français Lagardere, etc4. Pour les seules années 2009 et 2010, les investissements qataris rien qu’en Grande-Bretagne s’élèvent à plus de 23 milliards de dollars sur les deux ans. Le mot d’ordre de tous les investissements qataris est « bénéfice » et si possible à court terme. La diversité est immense : le Qatar a mis sur la table plus de 55 milliards de dollars pour obtenir la coupe de monde de football en 2022, publicité de premier rang rendant le petit Emirat célèbre au travers du monde entier auprès de tous les fans de football. L’Emir a également construit un campus universitaire immense permettant d’accueillir un nombre important d’étudiants et essaie d’attirer les professeurs les plus renommés. La qualité des études est élevée et la population qatarie très éduquée. La dernière femme de l’Emir, la Cheik Mozah, est une figure renommée dans le monde des arts du Moyen-Orient et a été chargée du volet culturel, artistique et académique de l’Emirat. Elle a ainsi multiplié les partenariats avec les musées, les hautes écoles et les universités du monde, notamment françaises.5  Grâce à une gestion rigoureuse, les investissements qataris n’ont fait qu’augmenter et apportent au pays une source de richesse supplémentaire. Le budget qatari alloué au développement des infrastructures du pays s’élève à plus de 100 milliards de dollars et lui permet d’en gagner bien plus. La stratégie de l’Emir se développe en quatre étapes : 1. Nationalisation des matières premières 2. Développement de hautes technologies de traitement des matières premières  3. Traitement des matières premières pour en faire des matières à valeur ajoutée (liquéfaction du gaz) 4. Investissement des richesses obtenues par la vente des matières premières transformées dans des capitaux rentables.  La position géostratégique et influence politique du Qatar  Pour comprendre l’influence que le Qatar exerce aujourd’hui sur le monde arabe et au-delà, il faut examiner de près sa position géostratégique. Plus que grâce à ses richesses, le Qatar a pu, grâce à sa position géographique et la diversité de ses ressources naturelles, devenir le trait d’union entre le monde shiite et le monde sunnite, entre l’Asie et l’Europe, entre le monde occi-dental et le monde non-occidental.                                                45 Voir l’émission de télévision Geopolitis Le Qatar : un émirat à la conquête du monde ,11 décembre 2011.  Diplomatie Printemps arabe, marchés financiers, culture, tout mène à Doha, 24heures, 3 février 2012. 6  
 Le pétrole et le gaz lui ont permis d’être lié étroitement de chaque côté de l’axe Iran /Russie et Arabie Saoudite / Etats-Unis. Exploitant cette diversité d’intérêt avec une diplomatie et un tact rares, le Qatar a su devenir indispensable à tous les frères ennemis. Ainsi, le Qatar concentre sur ces 11'000 km2, la plus grande base militaire américaine d’aviation pour l’Irak et l’Asie et la premiè-re chaîne satellite d’information panarabe promouvant à la fois une grande liberté de ton et les valeurs « arabes ». Il est vu par les Occidentaux comme un Etat mo-derne promouvant la démocratie et la li-berté d’expression dans le monde arabe. Il était considéré comme membre des Source : http://www.paixetdeveloppement.net/qatar-un-modele-non-alignés, des non-occidentaux proche de-developpement-pour-les-etats-petroliers-africains de l’Iran et de la Syrie jusqu’au début du pri ntemps arabe. Il est vu par les Arabes comme le défenseur de leurs valeurs, notamment reli-gieuses et par les Frères musulmans comme l’un de leur plus sérieux alliés.  Tout en assurant un soutien financier à l’autorité palestinienne et en maintenant des liens étroits avec le Hamas, le Qatar a été le seul pays de la région avec Oman à accepter d’ouvrir sur son sol un bureau commercial, représentation israélienne. Le Qatar est l’un des très rares pays arabes à avoir reçu des visites officielles israéliennes, Shimon Pérès en janvier 2007, Tzipi Livni, Ministre des Affaires étrangères en avril 2008 lors de la conférence de Doha sur la démocratie, le développement et le libre échange. Les relations avec Israël se sont toutefois refroidies et le bureau commercial a été fermé en 2009 en représailles à l’opération « Plomb durci » menée dans la bande de Gaza par l’armée israélienne. L’Etat hébreux a pris plusieurs mesures de rétorsion en réponse aux liens avec le Hamas et à la campagne anti-israélienne menée par le Qatar, notamment auprès de l’ONU pour la reconnaissance de l’Etat palestinien, en interdisant d’entrée sur le sol israélien tous citoyens qataris. Toutefois, début 2012, l’Emir aurait rendu une visite secrète à Tel Aviv. Les conséquences de cette visite ne sont pas encore claires, mais le Qatar semble vouloir renouer ses liens commerciaux avec Israël.  Par ailleurs, l’Emir al Thani est intervenu au Liban lors du conflit qui l’a opposé en Israël en juillet 2006, par une participation militaire à la FINUL et par son aide financière, puis comme médiateur dans la crise politique et institutionnelle qui a secoué le Liban en 2007-2008. Une conférence avait alors réunit les représentants des factions politiques libanaises le 21 mai 2008 à Doha et avait permis de trouver une issue à la crise.   7
Histoire dune amitié liée autour du gaz : le Qatar et lIran6  Ces dernières années, les relations du Qatar avec l’Iran sont devenues chaleureuses, voir amicales. Pourtant le Qatar fait partie de Gulf Cooperation Council (GCC) dominé par l’Arabie Saoudite particulièrement hostile à l’Iran et qui, de plus, a pour principal objectif la sécurité régionale et la défense contre la menace que représente la République islamique iranienne. En outre, le Qatar héberge l’une des plus grandes bases américaines au Moyen-Orient, la base d’Al-Udeid7. L’un des câbles de Wikileaks a d’ailleurs révélé en 2010 que le Qatar avait accepté que les Etats-Unis utilisent cette base attaquer l’Iran en cas de nécessité.8  Malgré ces liens solides avec des ennemis revendiqués de l’Iran et les positions passées du Qatar qui soutint l’Irak dans la guerre qui l’opposa à la République islamique entre 1980 et 1988, les visites des deux chefs d’Etat sont fréquentes et les relations économiques, diplomatiques et politiques sont au beau fixe. Pointe du golfe persique, le Qatar se trouve à quelques kilomètres à peine de son géant voisin, l’Iran. D’un point de vue géographie et stratégique, il semblait logique que le Qatar essaie de développer des bonnes relations avec son proche voisin. De nombreuses organisations lient les deux pays dont l’OPEC (Organization of the Petroleum Exporting Countries), le Mouvement des non-alignés, l’Organisation de la Conférence Islamique (OIC). Ces organisations et mouvements, si elles obligent les parties prenantes à collaborer sur certains thèmes précis (marché du pétrole ou autre) ou forcent les rencontres lors des sommets organisés au plus haut niveau politique, regroupent un éventail de pays et n’obligent en rien le développement de relations bilatérales. L’Arabie Saoudite et l’Iran sont d’ailleurs membres de l’OPEC et de l’OIC malgré le froid persistant dans leur relation bilatérale.  Le facteur principal du rapprochement des deux pays ces dernières années tient dans le champ de gaz, le South Pars Gas Field qu’ils contrôlent à eux deux et dont 38% se trouvent dans les eaux territoriales de l’Iran. De plus, la Russie, l’Iran et le Qatar détiennent à eux seuls plus de 50% des réserves de gaz du monde et se sont mis d’accord pour faire un « gas troïka » visant à la coopération des trois Etats en matière de production et de commercialisation du gaz au niveau mondial. En plus des accords économiques concernant le gaz et le pétrole, l’Iran et le Qatar collaborent dans d’autres domaines, notamment dans le secteur maritime.  Mais le secteur économique n’est pas le seul à intéresser les deux pays. Depuis 2010, le Qatar et l’Iran ont un accord pour améliorer la sécurité régionale. Cet accord vise à une collaboration pour une meilleure surveillance des frontières, pour la lutte contre le crime organisé, le trafic d’êtres humains et la lutte anti-terroriste. L’Emir du Qatar a même déclaré à ce sujet que « Cooperation between Iran and Qatar can guarantee security and stability in the region9”.                                                6  Qatar-Iran Foreign Relations, Will Fulton et Ariel Farrar-Wellman, 22 juillet 2011. 7 Voir ci-dessus : le Qatar et les Etats-Unis. P.11 8 WikiLeaks calbe : Qatar okays use of airbase for U.S attack on Iran”, Haaretz, 30 novembre 2010. 9 La coopération entre l’Iran et le Qatar peut garantir la sécurité et la stabilité de la région.  8 
On l’aura compris, la situation à la fois géographique et économique du Qatar le rend fortement dépendant de ses bonnes relations avec l’Iran. Cela s’est ressenti dans les efforts que l’Emir du Qatar concède pour soutenir la République islamique. L’Emir qatari œuvre sans relâche afin d’améliorer les relations de l’Iran avec le reste de ses alliés, notamment les Etats-Unis et les autres pays du Golfe. En décembre 2007, le président Ahmadinejad avait été invité par l’Emir ben Khalifa au sommet du GCC qui se tenait à Doha. Cette invitation avait fortement déplu à l’Arabie Saoudite. En 2010, le Qatar, appuyé par le président syrien Bachar Al Assad, avait appelé en les Etats-Unis à ouvrir un dialogue direct avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire afin de trouver une solution diplomatique et d’éviter les sanctions contre la République islamique. Durant les manifestations au Bahreïn au début 2011, le Qatar et Al Jazeera se sont abstenus de tout commentaire ou accusation visant le rôle de l’Iran dans les protestations, au contraire du reste des pays du Golfe, l’Arabie Saoudite en premier lieu. Par ailleurs, le Qatar œuvre pour élargir l’accord de sécurité entre l’Iran et les pays du golfe qu’Oman a déjà rejoint en 2011.  La position très amicale du Qatar envers l’Iran lui a valu de lourds reproches, notamment de la part des Etats-Unis lors des tensions au sujet du programme nucléaire iranien. L’Emir du Qatar avait alors déclaré « Qatar would like to be friendly with everyone10”.  Une phrase qui résume à elle seule les grandes lignes de la politique extérieure du Qatar.  De cette amitié en est née une autre : celle avec le président de la Syrie Bachar Al-Assad. Durant la période de froid avec l’Arabie Saoudite (voir ci-dessous), le Qatar s’est rapproché du président syrien qui lui ouvrait une voie dans la diplomatie moyen-orientale. L’amitié semblait soudée et de nombreuses visites officielles eurent lieu entre l’Emir ou le président Assad amenant nombres d’accord entre les deux pays sur le plan économique et de coopération technique. Le Qatar investit des milliards dans l'économie syrienne. Mais les amitiés du Qatar ne sont pas indéfectibles, orientées vers le profit, comme nous l’a montré la rapidité avec laquelle le Qatar a condamné son ancien ami dès le début des manifestations anti-Assad en février 2011. Les frères ennemis : le Qatar et lArabie Saoudite11  Les relations du Qatar avec l’Arabie Saoudite n’ont pas toujours été bonnes. Entre ce minuscule Emirat qui voulait s'imposer sur la scène régionale puis internationale et le maître du monde golfique et pétrolier, les orientations idéologiques, stratégiques, économiques et politiques se sont souvent retrouvées à l'opposé, croisant de temps à temps des intérêts communs qui pouvaient les rapprocher brièvement, pour ensuite les éloigner à nouveau. Ainsi, une guerre froide entre le Qatar et l'Arabie Saoudite eut lieu entre 1992 et 2006. Et pourtant jusqu’à la prise du pouvoir de l’Emir Khalifa, les deux pays avaient des relations cordiales, voir amicales. Etant tous deux disciples du wahhabisme12, ils partageaient une certaine vision de la religion et de la politique qu’un pays wahhabite se doit de mener. Le père de l’Emir actuel était plus modeste que son fils et entretenait des relations de respect, voir de déférence envers la famille Saoud. Les                                                1011  «H oLew  QSaatuadri  sAoruahbiaait earnadit  Qêtartea ra bmei caavmece  tForuite nà dcsh aagcauinn ,» .S ultan Sooud Al Qassemi, 2 July 2011. 12 Tendance stricte et littérale de l’Islam.  9 
nouvelles orientations de l’Emir et ses volontés d’expansion et de modernisation ont eu raison de la bonne entente avec son voisin.  Les Saoudiens ont alors empêché nombres de projets ambitieux du Qatar, tel qu'un pont reliant le Qatar aux Emirats arabes unis ou divers projets visant à approvisionner le Koweït en gaz qatari. Les relations ne cessèrent de se détériorer depuis un clash à la frontière qatari-saoudienne en 1992 qui se solda avec la mort de gardes frontières. En 2000, l'Arabie Saoudite boycotta un sommet des pays islamiques pour protester contre la présence d'un office du commerce israélien sur le sol qatari. Riyad rappela son ambassadeur en 2002 après que la célèbre chaîne de télévision Al Jazeera a donné la parole à des dissidents saoudiens.  Durant cette décennie de guerre froide que le Qatar décida de se rapprocher de la Syrie et de son président Bachar Al-Assad. À cette époque, le Qatar rejoignit l'axe antioccidental formé par la Syrie, l'Iran, le Hezbollah et le Hamas. Ils représentaient un contrepoids aux pays dits « pro-occidentaux », à savoir l'Egypte, l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. Un fossé séparait alors les deux voisins, du moins idéologiquement.  En 2007, l'Emir Sheik Hamad bin Jassim bin Jaber al-Thani qui est l'architecte de la politique étrangère du Qatar, jugea que la médiocrité des relations voir l'antipathie entre les deux pays n'étaient que néfastes et préjudiciables aux intérêts qataris. Il décida de convaincre l'Emir de rendre une visite surprise à Riyad. Les relations qatari-saoudiennes s'améliorèrent dès lors rapidement et en mars de l'année suivante, le prince héritier de la famille Saoud rendit à son tour une visite officielle de trois jours à Doha. En juillet 2008, le sommet de Jehdad réunit les deux voisins et permit d’élaborer enfin un traité délimitant leurs frontières communes ainsi que l'élaboration d'un comité conjoint en charge d'améliorer les relations politiques, sécuritaires, financières, économiques, commerciales, d'investissement, culturels et médiatiques entre les deux pays.  Malgré cet apparent réchauffement dans les relations des deux pays, le printemps arabe a été témoin des orientations à nouveau opposées des deux voisins. Alors que l'Arabie Saoudite a accueilli à bras ouverts l'ancien président forcé de démissionner Ben Ali de la Tunisie et a soutenu le président égyptien Moubarak jusqu’à sa chute, le Qatar, par le biais de la chaîne d'information arabe Al Jazeera, se fit l’avocat des manifestants dès la première heure. Ayant des contentieux personnels avec le président Moubarak, l’Emir du Qatar fut ravi de pouvoir saisir cette occasion pour l’évincer tout en s’accordant la gloire d’être le défenseur de la liberté des peuples arabes. De l’axe antioccidental défendu par le Qatar versus l’axe pro-occidental défendu par l’Arabie Saoudite dans les années 2000, en 2011, le Qatar se trouve aux côtés de la modernité, la démocratie et la défense des libertés (positions vues comme occidentales) et l’Arabie Saoudite du côté de la lutte contre la modernité, l’autocratie et le soutien aux dictatures.  01 
 Le Qatar et les Etats-Unis : une base militaire américaine colossale  Lorsqu’on se penche sur les relations du Qatar avec les Etats-Unis, on peut légitimement se demander comment cet Emirat ayant fait partie de l’axe des non-alignés, cet ami de l’Iran et de la Syrie a réussi à développer une relation si privilégiée avec les Etats-Unis. Cette relation a eu un prix conséquent pour le petit Emirat qui s’est vu « obligé » d’offrir près d’un quart de son territoire pour la plus grande base militaire américaine qui ne soit pas sous l'égide de l’OTAN (Amérique du Nord et Europe) ou de l'OTASE (Asie du Sud Ouest). Déjà en 1996, l’Emir ben Khalifa récemment devenu chef de l’Etat qatari avait accepté d’ouvrir la première base aérienne dans le golfe. La base était certes réduite, mais le geste était là pour assurer les Etats-Unis de l’ouverture du Qatar à la première puissance mondiale, et ce malgré son rattachement à l’axe des non-alignés.  En 2001 débuta la construction d’une base gigantesque dans l’Emirat et dès 2002, la base fut capable d’accueillir un nombre important d’avions de combats. L’équipement informatique et de communication fut déplacé de la base saoudienne Prince Sultan Air Base à Al Udeid au Qatar en mars 2002. Cette base gigantesque, ayant abrité jusqu'à 4000 hommes lors du pique de la guerre en Afghanistan, a servi de commandement central durant la guerre contre l’Irak et en Afghanistan et, selon certaines sources, devraient héberger près de 2000 soldats américains en permanence prêts à réagir au moindre signal.  Grâce au développement et la mise en œuvre d’un contrat d’assistance sécuritaire et militaire, le Qatar a été l’un des soutiens les plus importants des Etats-Unis lors de la guerre en Irak. Il a ainsi servi de bases logistiques, de repos et surtout de lancement des avions sur l’Iraq.  Bien évidemment le développement de la base Al Udeid n’est pas le seul lien que les Etats-Unis entretient avec le Qatar, mais il est sans contexte le plus important. En contre partie, le Qatar a reçu près de deux milliards de dollars de soutien à différents projets de développement pour l’extraction et la production du gaz naturel. Le Qatar reçoit également en contre partie la protection des Etats-Unis contre toute menace qu’elle soit terroriste, iranienne ou venant du golfe. Les avantages sont énormes pour le Qatar qui, de plus, a su bien géré son image, car au même moment où la base s’agrandissait afin de devenir le commandement central de toutes les opérations américaines dans la région, le Qatar se présentait comme un pays défendant les Irakiens et profondément anti-américain. Grâce à sa chaîne de télévision Al Jazeera, l’Emirat a diffusé des informations anti-américaines, le rendant populaire auprès des peuples arabes de la région, tout en soutenant en réalité les attaques militaires américaines sur l’Irak et l’Afghanistan. Al- Jazeera : loutil du succès  Clé de voûte de la politique extérieure du Qatar, Al Jazeera a littéralement propulsé le Qatar au cœur de la politique panarabe. L’ampleur de la chaîne de télévision est telle que certains disent à 1 1