Pour un monde plus humain #5 - Prison, de la condamnation à la réinsertion
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Description

La revue Pour un monde plus humain « Prison, de la condamnation à la réinsertion » rassemble les contributions et témoignages d'acteurs, chercheurs et bénéficiaires concernés de près par ces interrogations criantes d'actualité : quel est aujourd'hui le sens de la peine de prison ? comment lutter contre les 63 % de taux de récidive des détenus en sortie sèche ? comment refaçonner l'accompagnement des détenus et changer les regards sur les sortants de prison ? En fin de revue, découvrez quelques pratiques inspirantes à essaimer pour le bien-être de notre société.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 octobre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304052374
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0200€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ÉQUIPE DE LA REVUE
ÉDITEUR | LE MANUSCRIT - STORY LAB
RESPONSABLE DES PUBLICATIONS | AMAURY PERRACHON
COMITÉ DE RÉDACTION | DIANE D’AUDIFFRET - MARC RENART
CONCEPTION GRAPHIQUE | THIBAUT DESPIERRES
SOUTIEN | STERIMED - ORFIM
PARTENAIRE MÉDIA | RCF
PROPRIÉTAIRE
UNITED PERSONS FOR HUMANNESS
21 Avenue du Général Leclerc, 75014 Paris | Prix de vente : 3,99€
Publication trimestrielle – Revue de recherche-action
N°5 – Octobre-Décembre 2021
EAN 9782304052374
Crédit Couverture : Jorm S. pour Shutterstock


OBJET DE LA REVUE
Élaborés au gré de l’actualité, les dossiers de la revue Pour un monde plus humain offrent un aperçu concret des fruits de notre méthode : réunir des chercheurs, des acteurs de terrain et les bénéficiaires d’un enjeu pour leur donner l’occasion de confronter leurs points de vue sur un sujet de société.
Avec eux, nous rédigeons des propositions pratiques et les adressons plus spécifiquement aux acteurs concernés, aux élus et aux décideurs pour qu’ils œuvrent à la construction d’une société plus juste et plus solidaire, et ce dès demain.


« Il y a très peu de lumière, une grille assez serrée donc on ne voit pas le ciel, les gens sont dans la pénombre. Enfermé là-dedans, n’importe qui ferait une dépression au bout de deux jours. »
Marie-Laure de Rohan Chabot,
juge d’application des peines à Fresnes


— ÉDITORIAL —
Du mythe aux réalités, aux nécessités
Par Amaury Perrachon

© Hasan Almasi
Son principe même étant d’éloigner de la société, la prison est un monde opaque voire occulte pour ceux qui n’y vivent ni n’y œuvrent. Les médias n’ont pas ou peu accès à l’univers carcéral, la littérature et le septième art nous inculquent très jeunes des récits romancés, des mythes, des fantasmes et – si nous ne sommes ni détenus, ni officiers pénitentiaires, ni membres du corps judiciaire – au fond nous n’y connaissons rien.
Ce n’est peut-être pas votre cas, vous êtes peut-être fin connaisseur ; de mon côté le travail d’enquête effectué pour la réalisation de ce numéro m’a confirmé certains faits que je croyais naïvement légendaires ou surannés : les clans, la drogue, les rats, la pénombre, quatre hommes enfermés dans 9m 2 … Quatre hommes en colère et potentiellement dangereux enfermés dans 9m 2 ! Ce travail m’a aussi et surtout forcé à me poser cette question que je ne peux plus cesser de poser autour de moi : « La prison, t’en penses quoi ? ». Pauvre entourage.
Et vous, vous en pensez quoi ? Un mal nécessaire, un bien mal ordonné, un tabou à révéler, une solution inhumaine… Les réponses spontanées à la question sont évasives mais disent toujours quelque chose, elles disent que la prison ne laisse pas indifférent.
Soixante-trois pour cent
La prison veut punir le criminel, protéger la société et réinsérer le citoyen. Les chiffres et les expériences semblent dire qu’elle punit trop, qu’elle protège à court terme et qu’elle ne réinsère pas ou peu. L’anthropologue et médecin Didier Fassin, auteur de Punir , conclut son livre ainsi : « Si le châtiment n’est pas ce que l’on dit qu’il est, s’il n’est pas justifié par les raisons que l’on croit, s’il favorise la réitération des infractions, s’il punit en excès l’acte commis, (…) et s’il contribue à produire et reproduire des disparités, alors ne devient-il pas plutôt ce qui menace l’ordre social ? – et ne faut-il pas, dans ce cas, le repenser, non plus seulement dans le langage idéal de la philosophie et du droit, mais aussi et surtout dans la réalité inconfortable de l’inégalité sociale et de la violence politique ? » .
63 % de taux de récidive chez les détenus en sortie sèche, c’est la statistique qui a inspiré ce dossier. C’est cette réalité inconfortable que nous avons tenu à étudier en collaboration avec le programme Devenirs de l’association Foyers Matter qui héberge et accompagne d’anciens détenus dans leur réinsertion. Avec eux et avec ceux qui le voulaient bien (corps judiciaire, sociologue, personnel soignant, ancien détenu, entrepreneur, responsables d’insertion, philosophe…) nous nous sommes demandé qui lutte au quotidien contre ces fameux soixante-trois points de pourcentage de maintien dans la délinquance ? Quel est aujourd’hui le sens de la peine de prison ? Comment casser le cercle vicieux de la criminalité ? Comment changer les regards sur les anciens détenus, ceux qui ont payé leur dette et doivent (re)devenir des citoyens comme les autres ? Pour que la réflexion mène à l’action, ne faisons pas que « repenser », faisons-en sorte que les réponses à ces questions se concrétisent et se diffusent pour que cet humain qu’on enferme ou qu’on libère le reste, humain.

AMAURY PERRACHON
Responsable des publications UP for Humanness


— POLITIQUE & SOCIÉTÉ —
« Pour comprendre la prison, il est important de regarder à la fois en amont et tout autour »
Philippe Combessie est sociologue, professeur à l’Université Paris Nanterre et actuellement président du conseil académique de la ComUE «Université Paris Lumières». Depuis 1990, il développe des recherches sur l’enfermement carcéral. Cet article reprend à la fois un entretien réalisé avec lui et certains de ses travaux publiés.

« Depuis l’Antiquité, les prisons ont eu à la fois une proximité avec les procédés d’élimination les plus drastiques – rappelons que c’est dans un cachot que François Villon a composé sa Balade des pendus – et, d’un autre côté, avec les dynamiques de resocialisation. Remarquons que les Romains dénommaient également carcer les cages en bois, au niveau de la piste des cirques, où étaient retenus les chars avant le début d’une course ; carcer dont les portes s’ouvraient toutes ensemble et d’où les chevaux s’élançaient en pleine lumière. Comme un nouveau départ 1 » , écrit Philippe Combessie en introduction d’un article intitulé Ambivalences des sociétés démocratiques vis-à-vis de la prison comme dispositif d’aide à la réinsertion (…) .
Cette ambivalence apparaît en trame de fond lorsqu’on interroge ou qu’on lit ce sociologue ; comment se poser la question du rôle des prisons sans peser le pour et le contre, la mission d’origine et les résultats, les bienfaits et les méfaits ?
Double mission
Pour comprendre la prison, nous dit Philippe Combessie « il est important de regarder à la fois en amont et tout autour ». Aujourd’hui en France, l’administration pénitentiaire doit, selon les termes officiels : « participer à l’exécution des décisions et sentences pénales et au maintien de la sécurité publique et favoriser la réinsertion sociale des personnes qui lui sont confiées par l’autorité judiciaire » 2 .
D’après le sociologue, il peut arriver que les magistrats, au-delà du délit et de la loi, jugent juste d’incarcérer des prévenus pour des raisons plus paternalistes : « Pour sa thèse, Lara Mahi a suivi 290 procès en analysant la façon d’aborder - ou non - la santé somatique des détenus. Elle montre qu’une personne malade qui dit ne pas suivre de traitement a une probabilité d’incarcération plus forte qu’une personne soignée 3 ». C’est une autre ambivalence : d’un côté il est parfois plus facile pour une personne d’être soignée en prison, et c’est nécessaire, et d’un autre côté est-ce le rôle de la prison de soigner ceux qui n’en ont pas les moyens ?
C’est à la société de répondre à ces questions, pas à l’administration pénitentiaire : « La prison n’a aucune maîtrise de ses flux d’entrées, un directeur de prison doit accepter tout détenu qui lui est envoyé. La décision est prise en amont : par les députés qui fabriquent les lois, les policiers et les magistrats qui les appliquent. On peut saisir l’ensemble de cette imbrication avec un exemple : la proportion de femmes incarcérées diminue depuis plusieurs décennies, jusqu’à atteindre en 2018 moins de 4 %. Jusqu’en 1991, l’émission de chèques sans provisions était une infraction pénale. Or ce comportement concernait majoritairement des femmes. Depuis 1991, on a délégué le traitement de ces comportements à la Banque de France. C’est une façon différente de traiter un comportement plus fréquemment féminin, qui est considéré comme posant des problèmes à l’ordre social : sanction financière non pénale plutôt que pénale voire carcérale ».
Causes sociales et conséquences pénales
« La prison est à l’extrémité d’une chaîne fort longue » indique Philippe Combessie, qui précise : « ou plus exactement, elle est à l’extrémité de multiples chaînes, qui vont du contrôle social informel au système pénal en passant par toutes les structures intermédiaires, dont chacune effectue des tris, des classifications et propose des solutions adaptées à une majorité, mais inadaptées à une minorité qui sera renvoyée à une autre structure, et ainsi de suite. […] La population carcérale se « recrute » dans celle pour qui aucune de ces structures intermédiaires n’aura su trouver la solution adaptée. La prison n’est que rarement le premier mode de traitement envisagé. C’est plus souvent la dernière solution, celle qui reste quand certains problèmes sociaux n’ont pas pu être réglés en amont. Quand l’incarcération est envisagée, les magistrats les plus optimistes imaginent qu’elle peut produire un choc bénéfique, les plus pessimistes se contentent de sa fonction de neutralisation, pour un temps donné » 4 .
Interrogé sur la question des statistiques des profils de prisonniers et des parcours de vie, Philippe Combessie indique que l’enquête Histoire familiale , développée lors du dernier recensement national de 1999 est particulièrement intéressante parce que les mêmes questions ont été posées en prison et dans la population non incarcérée. Une enquête qui date, certes, mais qui se révèle éclairante pour saisir certaines logiques qui croisent social et pénal. Les statistiques concernant les origines dites « ethniques » sont très délicates (et pour partie interdites) en France mais cette enquête posait certaines questions (lieux de naissance, langues utilisées en famille) qui révèlent des résultats troublants. De ces questions ressortaient que 51 % des détenus avait un père né hors de France (contre 25 % sur un groupe de citoyens « lambdas » à âge comparable). Quant à la langue, 33,5 % des détenus ayant répondu à cette enquête de l’Insee déclaraient que, lorsqu’ils avaient cinq ans, ils n’utilisaient jamais le français pour communiquer avec leur mère, contre 6,6 % dans la société française « non incarcérée » 5 . Des statistiques qui posent différentes questions : l’impact de l’histoire familiale sur le risque de tomber dans la délinquance ? la place de la langue dans l’intégration en France ? la question de la maîtrise de la langue dans les interactions avec les forces de l’ordre lors d’une arrestation ou d’un contrôle d’identité ?

© La Montagne
Réinsertion et resocialisation
Au-delà de l’incarcération, un point crucial est la réintégration des anciens détenus à l’extérieur et la lutte contre la récidive. C’est probablement sur ce point, rôle officiel de la prison, que les associations qui accompagnent d’anciens détenus ou les sociologues sont les plus sceptiques : un rapport du CESE datant d’octobre 2019 affirme que 63 % des personnes sortants de prison en « sortie sèche » récidivent et 39 % parmi les détenus ayant eu une peine aménagée.
Dans Sociologie de la prison , Philippe Combessie indique que, bien qu’il y ait des tentatives régulières et louables pour alphabétiser, éduquer et former professionnellement les détenus en vue d’une intégration ultérieure « l’enfermement maintient, voire renforce, l’état de désocialisation de la plupart des justiciables incarcérés. Il existe cependant un milieu où la prison fonctionne de façon efficace comme instrument de distinction sociale, celui de la délinquance affirmée, où l’on peut dire ‘’Il a connu la prison, c’est un homme’’ » 6 . Triste paradoxe.
Dans ce même ouvrage, en conclusion de son chapitre sur la récidive intitulé La prison dans la société , le chercheur va à l’encontre de certains préjugés sur l’échec de la prison, en faisant un lien direct entre les choix opérés tout au long de la chaîne pénale, et in fine lors des procès, ce qu’il appelle « le tri » et la probabilité du retour en prison. « La mesure de la récidive après passage en prison est bien davantage une mesure du tri qu’une mesure du traitement. Elle en apprend plus sur ce qui se passe avant que sur ce qui se passe pendant l’enfermement. Elle est avant tout un indicateur des choix opérés entre politiques sociales et politiques pénales, et, au sein des politiques pénales, entre l’utilisation de la prison en première instance et en dernière instance » 7 .
Par ailleurs, le chercheur souligne l’importance de l’impact de l’incarcération sur les proches des détenus et leur rôle dans le processus de resocialisation : « ma collègue Caroline Touraut a développé des analyses particulièrement stimulantes pour comprendre comment, alors que certains liens se désagrègent, d’autres se renforcent ou parfois naissent en prison, et comment, à la sortie, ils peuvent se révéler déterminants pour l’avenir de la personne qui sort le plus souvent avec une grande incertitude face à ce qui l’attend » 8 .
De la prison déshumanisante et humiliante au carcer dont les portes s’ouvrent vers un nouveau départ il y a une imbrication complexe de parcours et de lois, de tentatives réussies ou infructueuses d’autres modèles de sanctions : privations de libertés spécifiques (comme les interdictions de stade pour les personnes condamnées pour violences dans ces espaces dédiées aux spectacles sportifs), bracelets électroniques, permis à points…
Philippe Combessie n’a pas pour métier de dire ce qu’il y aurait de mieux ou de moins bien pour la société, seulement de décrire et analyser les faits, puis de rendre ses analyses publiques pour que les citoyens puissent émettre des choix éclairés lorsqu’ils sont consultés pour élire les représentants responsables d’écrire les lois, notamment les lois pénales.

© Skiathos
Article écrit par Amaury Perrachon

PHILIPPE COMBESSIE
Il est sociologue et professeur d’université, a reçu le prix Gabriel Tarde qui récompense tous les deux ans le meilleur travail francophone de recherche en criminologie pour son ouvrage Prisons des villes et des campagnes. Étude d’écologie sociale. Editions de l’Atelier, 1996.


1 Ph.

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