Je suis une maudite Sauvagesse  Eukuan nin matshi-manitu innushkueu : EUKUAN NIN MATSHI-MANITU INNUSHKUEU
108 pages
Français

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Je suis une maudite Sauvagesse Eukuan nin matshi-manitu innushkueu : EUKUAN NIN MATSHI-MANITU INNUSHKUEU , livre ebook

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Description

Je suis une maudite sauvagesse
chronique d’An Antane Kapesh
Édition bilingue innu-aïmun / français
Édité et préfacé par Naomi Fontaine
Traduit en français par José Mailhot

Résumé
Un classique. Dans Je suis une maudite Sauvagesse, An Antane Kapesh dresse un constat de la situation des Autochtones et plaide en leur faveur. Monologue inquiétant. Cri d’une Innue qui voit son peuple se laisser assimiler et sa culture se détériorer sous l’action du Blanc.
Extrait de la préface de Naomi Fontaine
« Elle était Innue. Elle était née dans la forêt, avait vécu jusqu’à l’âge adulte comme nomade. Et il y a eu la réserve, le pensionnat, la haine, le racisme comme un système, le vol de son territoire, le vol de son humanité. Lorsqu’elle écrit : Je suis une maudite Sauvagesse, ce n’est ni de la témérité ni de l’arrogance. Elle pèse le poids de ce regard porté sur elle, sans baisser les yeux. Car elle sait, ce que nous avons oublié, nous les héritiers du Nord, elle sait la valeur de sa culture. Elle n’est pas colonisée. Je n’avais jamais rien lu de tel avant. »
L’auteure
Née en 1926 dans le Grand Nord, la vie d’An Antane Kapesh bascule en 1953 lorsque le gouvernement déracine sa famille de ses terres. Commence alors son long combat pour la préservation des territoires, de la culture et de la langue des Innus. Ses livres Je suis une maudite Sauvagesse / Eukuan nin matshi-manitu innushueu (paru pour la première fois en 1976) et Qu’as-tu fait de mon pays ? / Tanite nene etutamin nitassi ? relatent sa vie et sa pensée sur l’histoire des Innus. Mère de huit enfants, elle décède à Sept-Îles en 2004. Gardienne de la pensée innue, elle est une source d’inspiration pour les écrivains autochtones.
An Antane Kapesh : la première écrivaine innue

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 août 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897126438
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière
du Gouvernement du Canada
du Conseil des Arts du Canada
et du Gouvernement du Québec
par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition
de livres, Gestion Sodec.
Dépôt légal : 3 e trimestre 2019
© 2019 Éditions Mémoire d’encrier inc.
Tous droits réservés
ISBN 978-2-89712-642-1
LCC E77 A53 2019 | CDD 971.4004/9732—dc23
Préface et édition : Naomi Fontaine
Suivi d’édition : Rodney Saint-Éloi
Traduction : José Mailhot
Photos : archives José Mailhot (p. 33, 59, 85, 145, 185, 187, 201)
et courtoisie de la famille André (p. 57 et 143)
Prise de texte en innu : Marguerite MacKenzie
Révision du texte innu : Jérémie Ambroise, José Mailhot
Recherche et prise de texte en français : Lorrie Jean-Louis
Correction : Monique Moisan
Révision d'épreuve : Élise Nicoli
Mise en page : Virginie Turcotte
Couverture : Étienne Bienvenu
MÉMOIRE D’ENCRIER
1260, rue Bélanger, bur. 201 • Montréal • Québec • H2S 1H9
Tél. : 514 989 1491
info@memoiredencrier.com • www.memoiredencrier.com
PRÉFACE DE NAOMI FONTAINE
La première fois que j’ai rencontré John André c’était pour lui parler de la réédition de Eukuan nin matshi-manitu innushkueu • Je suis une maudite Sauvagesse. Je lui ai donné rendez-vous dans un restaurant chic, l’un des plus dispendieux de Sept-Îles. Forcément, je cherchais à l’impressionner. Le convaincre qu’il devait me faire confiance pour les œuvres de celle qu’il a toujours appelée affectueusement Neka, ma mère. Pour le mettre à l’aise, j’avais invité ma tante, son amie. Nous avons mangé un surf and turf et bu du vin rouge. Ma tante parlait beaucoup. Elle racontait les nombreuses histoires qu’elle connaissait, à dormir debout. Elle nous faisait rire. Mais lui, John, parlait à peine. Je le sentais discret, presque gêné d’être là.
Finalement, je lui ai décrit notre projet, celui de faire revivre l’œuvre de sa grand-mère paternelle. Lui ai dit que c’était essentiel. Il m’a comprise. Il m’a dit « Tshishutshenimitin , je te fais confiance. »
J’ai lu Kapesh à vingt-sept ans. Après Leclerc, Zola, Roy, Schmitt, les prophètes de l’Ancien Testament, Césaire, Laferrière, tous ces écrivains qui ont contribué à forger ma propre mythologie. J’ai lu ses mots comme on s’abreuve d’un vin rare. Quand on sait que le goût ne retouchera peut-être plus jamais nos lèvres assoiffées. Je les ai lus sans jamais qu’aucun doute ne traverse mon esprit quant à la véracité de ses propos. Elle me racontait l’Histoire, celle que je n’avais jamais entendue. La mienne. Un récit brutal, violent, impossible. Elle m’a appris que j’avais un passé auquel rattacher la flamme qui me consumait. Ce désir de me tenir droite, loin des préjugés, loin des mensonges, loin, très loin de la haine de soi. J’ai cru chacune de ses paroles.
La première écrivaine de ma nation n’est pas une conteuse, comme on pourrait s’y attendre. Elle est une essayiste. Dans cette œuvre fondatrice, Kapesh se dit fière de ses racines. Fière malgré l’incroyable impasse historique qui nous a fait devenir petits aux yeux des nouveaux arrivants. Fière malgré la haine, le mépris, les préjugés et les réserves. Fière parce qu’elle possédait, ce que peu possèdent désormais, la connaissance du territoire. Elle savait vivre à travers les espaces sans carte et sans boussole. Sans frontière. Elle puisait dans ses savoirs la force de se tenir debout à une époque où mon peuple était victime de son propre doute. Ce qui, d’après l’arrogance de certains, ne représentait qu’une manière de vivre primitive, elle en a fait sa couronne. Sa dignité. Elle écrit : « Je suis une maudite Sauvagesse. Je suis très fière quand, aujourd’hui, je m’entends traiter de Sauvagesse. Quand j’entends le Blanc prononcer ce mot, je comprends qu’il me redit sans cesse que je suis une vraie Indienne et que c’est moi la première à avoir vécu dans la forêt. Or, toute chose qui vit dans la forêt correspond à la vie la meilleure. Puisse le Blanc me toujours traiter de Sauvagesse. »
Je ne possède pas le centième de ses connaissances. Je ne peux nommer que les saisons qui existent encore et les rivières sur lesquelles j’ai navigué. Je n’ai pas vécu sa vie pour me donner le droit de réitérer ses paroles. Et personne ne m’a contrainte à chausser ses mocassins. Mais lorsque je lis ses écrits, je peux ouvrir mon cœur à mon propre chemin.
Une question reste : comment ? Pour moi une auteure, une lectrice assidue, une enseignante, une passionnée de sa culture. Comment est-ce possible que personne, ni un professeur, ni un littéraire, ni un membre de ma famille ou de ma communauté, ne m’ait révélé que ce livre était celui que je devais lire ?
Il y a une part de moi qui voit une réponse simple. C’est que le livre n’existait plus. Le livre fondateur pour toutes les Premières Nations du Québec était épuisé, jamais réimprimé. Pourtant, dans mon for intérieur, j’ai l’intuition que ce n’est pas la seule raison.
À l’époque où Kapesh écrit son essai, le Québec est en pleine révolution. Il y a tant à faire pour évacuer une fois pour toutes la Grande Noirceur. Le territoire devient le salut. La nationalisation de l’hydro-électricité, les mines de fer, la forêt comme un puits sans fond. Aucun sacrifice n’est trop grand lorsqu’on veut bâtir un pays. Il n’y a rien pour freiner l’ardeur nationaliste d’un peuple colonisé. Ni les Indiens. Ni leurs droits. Ni la dignité humaine. Ni cette femme qui décide de prendre une arme redoutable pour défendre sa culture et celle de ses enfants, l’écriture. Le refus d’entendre. Voilà l’autre part de cette réponse. Entre elle et nous, il y a des dizaines d’années de silence.
Avec Mémoire d’encrier, c’est le cadeau précieux qu’on offre à l’Histoire. D’abord à sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants et ceux qui suivront. Pour qu’ils sachent que la première auteure innue est une femme, et que cette femme audacieuse est celle qui les a fait naître. Leur legs. Puis pour la nation. Les jeunes Innus qui cherchent leur voie. Pour ne plus jamais être victimes. Pour pouvoir avancer dans l’affirmation, au-delà des mœurs qui nous auront fait croire que nous ne sommes pas dignes. Pour que nous aussi un jour on dise : ma culture est la meilleure qui soit. Et pour le Québec. Pour réécrire l’Histoire. Pour qu’on se souvienne. On me parle de réconciliation. Pourtant, j’ai soif de vérité. J’ai besoin de comprendre avant de faire confiance, une seconde fois. Je veux tendre la main, mais cette fois-ci, j’exige qu’on me regarde dans les yeux.
Quelques mois plus tard, j’ai rencontré John par hasard à un rassemblement des aînés dans le territoire ancestral de Pessamit, à l’extérieur de la réserve. Toutes les communautés innues avaient érigé leur campement. Des dizaines de tentes, des grands abris recouverts de toile bleue pour les repas à partager, un feu central alimenté jusqu’à tard dans la nuit.
Ça m’a pris quelques instants avant de reconnaître John. Il semblait plus grand, les épaules solides, le regard qui fixe sans détour, le visage paisible. Il était très beau. Attablé avec les aînés de ma communauté, il riait fort et parlait avec assurance. Je me suis approchée de lui. Il était heureux de me revoir. Plus tard, nous avons parlé. Il m’a posé beaucoup de questions sur la réédition. M’a réitéré sa confiance. Il était chez lui. Dans la forêt. Sous les tentes et l’odeur fraîche du sapinage. Essentiel. Efficace dans ce qu’il avait à faire. Il respirait la confiance et l’audace. Intimidée, je ne pouvais que me laisser porter par le rire franc de celui qui sait exactement d’où il vient.
Chère An,
Je veux te dire un mot. Une chose toute simple d’une mère à une autre. Le but que tu t’ étais donné de défendre ta culture et celle de tes enfants, sache que tu l’as atteint, car il n’y a pas plus beaux qu’eux lorsqu’ ils sont dans le Nitassinan. Je l’ai vu dans le regard de John. Et pour ça, et pour mon fils, je m’engage à défendre ta parole dans sa totalité, de tout mon cœur. Tshinashkumitin Utshimashkueu .
Nao xox
Nitauassimat umenu nishuaush etashiht
Ume mashinaikan ka tutaman ka itashiht ka uitshiht tshetshi tutaman ninashkumauat kassinu. Kie nipa minueniten tshetshi uapataman kutak innu tshetshi mashinaitshet e innushtenit.
À mes huit enfants
Je remercie chacun de ceux qui m’ont aidée à faire ce livre que j’ai fait. Et je serais heureuse de voir d’autres Indiens écrire, en langue indienne.
TSHITSHIPANU AIMUN
Ute nimashinaikanit apu takuannit kauapishit utaimun. Ka ishi-mamitunenitaman tshetshi mashinaitsheian tshetshi tshishpeuatitishuian kie tshetshi tshishpeuatamuk nitauassimat utinniunuau, pitama niminu-mamituneniteti uesh ma nitshisseniteti e mashinaitshenanut namaieu nin nitinniun kie miam e papamipanian anite itetshe mishtautenat ne ut mashinaikan ka itenitaman tshetshi tutaman, apu shuk u ut minuataman. Katshi minu-mamitunenitaman kie tiapuetatishuian e innushkueuian tshetshi mashinaitsheian, eukuan nitishi-nishtuteti : kassinu auen ka itenitak tshekuannu tshetshi tutak tshika takuannu tshetshi ut animiut muk u iapit apu nita tshika ut ui patshitenimut. Uemut iapit nanitam peikutau tshika ui ishimamitunenitam u kie apu tshika ut takuannit tshekuannu tshetshi ui nanakanikut. Kie nete tshek tshika peikussu, apu tshika ut taniti uitsheuakana. Iapit namaienu nenu tshe ut patshitenimut. Uemut iapit anu tshika ui tutam u nenu tshekuannu ka itenitak tshetshi tutak.
Kaiatushkanut, ushkau-pishim u 1975
PRÉAMBULE
Dans mon livre, il n’y a pas de parole de Blancs. Quand j’ai songé à écrire pour me défendre et pour défendre la culture de mes enfants, j’ai d’abord bien réfléchi, car je savais qu’il ne fait pas partie de ma culture d’écrire et je n’aimais pas tellement partir en voyage dans la grande ville à cause de ce livre que je songeais à faire. Après avoir bien réfléchi et après avoir une fois pour toutes pris, moi une Indienne, la décision d’écrire, voici ce que j’ai compris : toute personne qui songe à accomplir quelque chose rencontrera des difficultés mais en dépit de cela, elle ne devra jamais se décourager. Elle devra malgré tout constamment poursuivre son idée. Il n’y aura rien pour l’inciter à renoncer, jusqu’à ce que cette personne se retrouve seule. Elle n’aura plus d’amis mais ce n’est pas cela non plus qui devra la décourager. Plus que jamais, elle devra accomplir la chose qu’elle avait songé à faire.
Schefferville, septembre 1975
1 – KAUAPISHIT USHKAT KA TAKUSHINIT NITASSINAT
Kauapishit ka ui apashtat kie ka ui pikunak nitassinannu, apu ut natuenitamuat auennua kie apu ut kukuetshimat innua miam tshetshi tapuetakukue. Kauapishit ka ui apashtat nitassinannu kie ka ui pikunak, apu ut minat innua mashinaikanuiannu tshetshi mashinatautishuniti tiapuetakut tshetshi apashtat kie tshetshi pikunak nutim eshpishanit nitassinannu, muk u uin natshishk tshetshi pakassiuatshet. Kauapishit ka ui tutuat innua tshetshi ishinniuniti miam kauapishiniti, apu ut kukuetshimat innua kie apu ut minat innua mashinaikanuiannu tshetshi mashinatautishuniti tiapuetakut innua tshe ishpish inniuniti tshetshi nakataminiti utinniunnu.
Kauapishit ka itenitak tshetshi apashtat kie ka itenitak tshetshi pipikunak nutim eshpishanit nitassinannu, kuishk u ninatuapamikutan. Katshi takushinit ute nitassinat ekue nutinikutan tshetshi tshishkutamuimit nenu uin utinniun kie ekue nimaminikutan kassinu tshekuannu nenu uin utinniun kie nenua utaitapashtauna kauapishit kassinu tshekuannu nutinamakutan : mitshuapa, katshishkutamatsheutshuapinu kie miam natukunitshuapinu. Kauapishit ka ut tshishkutamuimit nenu utinniun kie ka ut maminimit kassinu tshekuannu, miam mate nenu shunianu aiapishish ka minimit peikuau peikupishimua kassinu innu papeik u kautishkuemit kie nenua mitshuapa ka minimit kie nenu ka utinamuimit kassinu eishinakuannit utaitapashtaun, kauapishit nui tutakutan e inniuiat peikutau tshetshi apiat tshetshi eka mamashitshit nenu nitassinannu tshe apashtat kie tshe pipikunak. Ek u ninan e inniuiat kauapishit ashit nui tutakutan tshetshi nipatat nitinnu-inniunnannu kie ashit nitinnu-aimunnannu. Kauapishit katshi takushinit ute nitassinat, ka utinimit tshetshi tshishkutamuimit nenu uin utinniun kie nenua ashit nitauassiminana ekue utinepan tshetshi kakusseshiu-tshishkutamuat muk u tshiam tshetshi nanuiat mak muk u tshiam tshetshi tutuat tshetshi unitaniti utinniunnu e inniuniti kie muk u tshiam tshetshi tutuat tshetshi unitaniti utinnu-aimunnu, miam ka tutuat mishueshkamit innua.
Kauapishit umenu ka ui ishi-utinimit, apu peikuau ut tutak kautshimau-aiminanunit tshetshi minunishtutamuniat innua tan ka ishi-mamitunenitak tshe ishiuieshimat innua. Kauapishit apu nita ut petutshit tshetshi ishimit kie mashinaikanuian apu nita ut utitaukuiat tshetshi mashinaimuimit tshetshi ishimit :

Nin kauapishit ek u tshinuau innuat. Ne assi etaiek u , tapue tshinuau e inniuiek u tshitassiuau, nitshisseniten namaieu nin nitassi. Muk u tshui uitamatinau tshekuan, tshui kukuetshimitinau tshekuan kie tshui natuenitamatinau tshekuan.
Kauapishit apu nita ut ishimit :

Innitik u ma tshitapuetenau tshetshi natuapamitikut anite tshitassiuat ? Ma tshitapuetenau tshetshi apashtaian tshitassiuau ? Ma tshitapuetenau tshetshi pikunaman tshitassiuau ? Ma tshitapue-tenau tshishipimuaua tshetshi tshipaiman mak ashit tshetshi uinakamitaian tshishipimuaua kie tshishakaikanimuaua ? Eshk u eka tapuetuiek u ume eshi-natuenitamatikut, pitama minumamitunenitamuk u kie kutshipanitak u tshetshi minu-nishtutamek u . Uesh ma nete aishkat tshipa tshi ishinakuan tshetshi mitatamek u tapuetuiekui tshetshi natuapamitikut nete tshitassiuat. Uesh tapuetamekui tshetshi takushinian nete tshitassiuat, nika ituten tshetshi unuitishinaman ashini. Ne ashini tshi unuitishinamani nete tshitassiuat, nete aishkat uemut nutim eshpishat tshitassiuau nika apashtan kie nutim eshpishat nika pikunen. Kie nenua tshishipimuaua kassinu etatiki nika katshipain kie kassinu tshishakaikanimuaua nika uinakamitan. Tan ma tshinuau etenitamek u ? Tshika minuatenau a tshetshi miniek u nipi e uinakamit ?
Kauapishit apu nita ut ishi-uauitamuat innua :

Kie ne tshitassiuau tshe apashtaian kie tshe pikunaman kashikat, tshuapatenau, eshk u mishtauashkamau kie ne tshitinnu-aueshishimuau, tshitshissenimauau, kashikanit eshk u kassinu eishinakushit uashkamishiu. Eshk u kassinu minushiu tshetshi muek u . Nete aishkat tshitaueshishimuau, innu-aueshish kassinu eishinakushit nika nanuiau kie nika uinnakuiau tanite ume tshitassiuau nete aishkat apu tshika ut ishpish uashkamat miam kashikat kie ne tshitaueshishimuauat apu tshika ut ishpish uashkamishiht miam kashikanit. Tan ma tshinuau etenitamek u ? Ne tshitaueshishimuau tshe nanuik kie tshe uinnakuik, tshinuau e inniuiek u tshika minuatauau a tshetshi muek u eka e uashkamishit ? Miam mate ne tshinameshimuau kassinu eishinakushit nete aishkat ui nipaiekui tshetshi muek u , nete meiaput ekute tshe ut utinek u .
Kauapishit apu nita ut ishi-nishtutamuniat umenu innua.

Kie ne kakusseshiu-atusseun tshe shenaman anite tshitassiuat, nin muk u e kakusseshiuian nika pakassiuatshen tshe ishpish inniuian tanite kakusseshiu-atusseun ume nin e kakusseshiuian eukuan nin nitinniun. Minu-mamitunenitamuk u ne kakusseshiu-atusseun tshe shenaman anite tshitassiuat. Tshinuau e inniuiek u , akua uin uieshimitikuti kie akua uin uieshimitishuiekui. Uesh ne kakusseshiu-atusseun tshe takuak nete tshitassiuat, namaieu tshinuau e inniuiek u tshetshi minuenitamikuiek u uesh ma namaieu tshinuau e inniuiek u ka ishi-pakassiuiek u . Kie tshipa tshi put ishinakuannu kauapishit tshetshi eka ui apatshiat innua anite kakusseshiu-atusseunit miam ne innu eka kanuenitak netess . Ek u tshinuau e inniuiek u , tan ma eshi-mamitunenitamek u tshetshi ishipakassiuiek u nete aishkat ? Uesh ma, mate ne tshitassiuau tapuetuiekui tshetshi apashtaian, tshinuau e inniuiek u apu tshika ut tapuetatikut tshetshi mamashiek u tshi miniekui tshetshi apashtaian. Kie ne tshitinnu-aueshishimuau, tshitshissenimitinau kie tshinuau e innuiek u tshitshissenitenau, ne innu-aueshish kassinu eishinakushit kashikanit eshk u tshinuau tshitipenimauau. Ek u miam tapuetamekui tshitassiuau tshetshi apashtaian, kakusseshiu-atusseun tutakaniti anite tshitassiuat, ne tshitaueshishimuau tshika tshitaimatinau tshetshi nipaiek u . Apu tshika ut tapuetatikut tshetshi ne ut inniuiek u innu-aueshish. Kie ne kakusseshiu-atusseun tshe tutakanit anite tshitassiuat, eukuan tshe itapashtat kauapishit nenu atusseunnu : muk u tatupipuna tshika natshi-atusseu anite tshitassiuat, tshishi-mautati shunianu, kau tshe tshiuet anite utassit. Eukuan muk u tshe itapashtaiat ne kakusseshiu-atusseun, tapuetamekui tshetshi pipikunakanit tshitassiuau. Kie ume ninan e kakusseshiuiat nika mitshetinan tshe ut uenutishiat anite tshitassiuat ek u tshinuau e inniuiek u nanitam tshika tshitimaunau. Kie put tshipa tshi ishinakushinau tshetshi mishkamek u anu tshetshi animiuiek u mak kashikat, eshk u tshinuau tshitinniunuau eshinniuiek u kie eshk u tshinuau eshipakassiuiek u tshitishi-pakassitishunau.
Kauapishit apu nita ut ishi-uauitamuat umenu innua.

Ne tshe tutaman kakusseshiu-atusseun anite tshitassiuat, apu tshika ut tapuetatikut tshetshi mamashiek u kie ne tshitaueshishimuau tshe tshitaimatikut. Tshinuau e inniuiek u , eukuan muk u tshetshi tutatikut : kassinu innu papeik u kautishkuemit peikuau peikupishimua tshika minitinau aiapishish shuniau mak mitshuapa tshika minitinau mak nitinniun tshe tshishkutamatikut. Eukuan ne tshe tutatikut e inniuiek u nanitam peikutau tshetshi apiek u . Tan ma tshinuau etenitamek u ? Tshika minuatenau a tshe ishpish inniuiek u nanitam peikutau tshetshi apiek u kie tshititenitenau a tshetshi eka nita mueshtatapiek u ?
Ne shuniau kie nenua mitshuapa tshe minitikut kie kassinu kutak tshekuan tshe ishimaminitikut e kakusseshiuian nitaitapashtauna kie tshe tshishkutamatikut nitinniun, minumamitunenitamuk u . Akua uieshimitikuti kie tshinuau e inniuiek u akua uieshimitishuiekui. Uesh ne shuniau kie nenua mitshuapa tshe minitikut kie kassinu kutak tshekuan tshe ishi-minitikut, eukuan e atauatsheiek u tshitassiuau kie ashit tshitinniunuau. Eshk u kashikat tshiminitinau kassinu tshekuan eshi-natuenitamuiek u muk u nete aishkat, miam tshishi-atauatsheiekui tshitinniunuau kie tshitassiuau, eka uin itenitamuk u tshetshi ishi-maminitikut tshekuan miam kashikat eshimaminitikut tshekuan. Kie tshinuau e inniuiek u tshika ishi-pimipannau miam kauapishit eshipimipanit, pikutaiekui kie eka pikutaiekui, uemut kie tshinuau e inniuiek u eukuan tshe ui ishipimipaniek u . Kie tshinuau, at e inniuiek u , kassinu tshekuan tshika tshishikashunau miam kauapishit. Kie ne tshitinnu-aueshishimuau, itenitamekui tshetshi ut pakassitishuiek u , kie tshinuau e inniuiek u tshika tshishikashunau miam peikuan kauapishit.
Kauapishit umenu apu nita ut ishi-uauitamuimit kie apu tshekuannu anite ut nishtutamunimit. Kauapishit katshi takushinit ute nitassinat ekue nutinikutan tshetshi tshishkutamuimit nenu uin utinniun kie nenua nitauassiminana ekue utinepan tshetshi kakusseshiu-tshishkutamuat eka tshekuannu anite e uauitamuimit kie eka tshekuannu anite e nishtutamunimit. Kauapishit, nenua nitauassiminana ka utinat tshetshi kakusseshiu-tshishkutamuat, apu umenu ut ishimit :

Tshinuau innitik u , anitshenat tshitauassimuauat ma tshitapuetenau tshetshi kakusseshiu-tshishkutamukau muk u tshetshi nipatauk utinniunuau mak utaimunuau ? Ume anutshish tshe ishiuauitamatikut, minu-mamitunenitamuk u . Akua uieshimitikuti kie tshinuau akua uieshimitishuiekui uesh ma tshipa tshi put ishinakuan nete aishkat tshetshi mitatamek u anitshenat ut tshitauassimuauat. Anitshenat tshitauassimuauat tapuetamekui tshetshi kakusseshiu-tshishkutamukau, eukuan ushkat tshekuan uet tshitshipanit tshetshi ut unitaiek u tshitinnu-inniunuau. Kie eukuan metikat tshe ut nakatamek u tshitinniunuau. Mate ne tshinuau e inniuiek u , anite tshitishinikashunuat mishta-uipat apu tshika ut tshissenitakushiek u e inniuiek u , tshika peikutanan tshitishinikashunnua kauapishit mak e inniuiek u . Tshinuau e inniuiek u , kassinu anite mashinaikanit nianatuapatamekui tshitinnu-ishinikashunuaua, apu nita tshika ut mishkatishuiek u . Kie e inniuiek u nete aishkat tshek apu tshika ut nishtuapamituiek u e inniuiek u . Ek u anitshenat tshitauassimuauat tshe tutukau tshetshi unitaht utinnu-inniunuau, put nete aishkat kau tshika nanatuapatamuat nenu muk u apu nita tshika ut kau mishkahk. Kie nenu utinnu-aimunuau tshe unitaht, apu nita kau tshika ut katshitinahk.
Kauapishit apu umenu ut ishi-uauitamuat innua. Kauapishit eukuannu eka ut ishi-uauitamuat innua : tshimut ui nipatapan nitinniunnannu kie tshimut ui nipatapan nitaimunnannu kie nitassinannu nitshimutamakutan.
Kauapishit kashikanit uin nenu unanua eukuannu etutak ute nitassinat kie nenua unekakanima nitutamakunan kie ninan e inniutshit tshetshi nashamat miam peikuan kauapishit. Kauapishit kashikanit nenu unanua ka tutak kie nenua unekakanima ka tutak, ninan e inniuiat ninashkumanan, apu apashtautshit uesh ma ninan e inniuiat, ne kakusseshiu- nanua peikuan apu tshekuan anite nishtutamat. Kauapishit unanua kie nenua unekakanima tshika kanuenitam u kie tshika apashtau muk u uin e kakusseshiut uesh ma uin nenu utinniun. Nin eukuan etenitaman. Kauapishit kashikanit tutamakuti innua unanuaminu tshetshi tshishkutamatishuatshet, ushtuin atut tshekuannu anite tshipa nishtutam u kie ushtuin atut tshekuannu anite tshipa pikutau. Kie ashit ute innu utassit, muk u uin innu ishinakuannipan tshetshi tutak nanua kie tshetshi minat kauapishiniti tshetshi tshishkutamatishuatsheniti, miam mate kauapishit ka takushinit ute innua utassinit, tshetshi tshissenitak kassinu tshekuannu kie tshetshi tshiaminniut, uin katshi natuapamat innua utassinit, kie tshetshi nakatuenitak tshetshi eka ushikuiat innua kie tshetshi minu-nishtuapatak passikannu kie tshetshi eka natamik u papassitshet kie ashit tshetshi eka metuatshet innu-aueshisha tshetshi eka nanutauat innua umitshiminu nenua ut innu-aueshisha. Kauapishit eukuannu umenu nanua tshipa minikupan innua tshetshi tshishkutamatishuatshet katshi takushinit ute innua utassinit.
Kauapishit umenu innu- nanua kie umenua innu- nekakanima eka tshekuannu anite nishtutakakue kie eka pikutatakue tshetshi tutak, tshipa tshiuepan tanite nete ka ututet, anite e takuanniti uin e kakusseshiut unanua kie unekakanima . Ek u ne kauapishit eka nishtutakakue kie eka pikutatakue tshetshi tutak innu- nanua , uemut kie uin tshipa uakaikupan innua. Miam mate ninan e inniuiat shash tshitshue nuakaikunan kauapishit usham anumat anu uin ui mishta-tipenitam u ute nitassinat. Nitishpannan ka tatupipuna tipenimimit kie nitishpannan ka tatupipuna matshi-tutuimit kie nitishpannan ka tatupipuna manenimimit kauapishit.
Kauapishit ka ut takushinit ute nitassinat, eukuannu muk u tshetshi nanatuapatak pakassiunnu. Kauapishit katshi mishkak tshetshi ut pakassiut ute innua utassinit, eka pissenimatakue innua tshetshi ui tipenimat kie tshetshi ui tshishkutamuat kassinu tshekuannu. Kauapishit ishimamitunenitakakue : « Ka takushinian ute innu utassit, ne innu shash uin uetshit aitutatishupan kie shash kassinu tshekuannu uin uetshit utinamatishupan. » Kauapishit ushkat ka uapamat innua, eukuannu umenu tshipa tshi ishi-mashinataimupan. Kauapishit tipan kanuenitakakue utinniun, kie ninan e inniuiat tipan nipa kanuenitetan nitinniunnan e inniuiat. Kashikat atut ut ishpish matshipanu kauapishit mak innu.
Kauapishit eukuannu nanitam ka itenitak : « Muk u nin nitinnishin. » Kauapishit nitshissenimanan uin ituteu anite ninipassite kie kanuenitam u netshipenum ka ishinikatet. Ek u innu ka uauiepit anite kakusseshiu-katshishkutamatunit, kanuenitam u kie uin netshipenum muk u innu uin apu nita ut uapatiniuet e kanuenitak kie apu nita ut apashtat nenu unetshipenum . Innu eshk u utinniun ka ishinniut anite nutshimit, uapatinitishupan e kanuenitak netshipenum kie apashtapan. Innu katshi natuapamikut kauapishiniti ute utassit ekue tshishkashtapan nenu unetshipenum usham, innu ushkat ka uapamat kauapishiniti, itenimepan : « Ushtuin anu uin innishitshe mak nin. » Innu eukuannu ka ut tshishkashtat nenu unetshipenum . Katshi natuapamikut kauapishiniti ute utassit, innu pitama tshimut tshitapamepan tan tshe itutakut, miam tshetshi matshi-tutakut kie miam tshetshi manenimikut ute utassit. Tatupipuna tshimut katshi nakatuapamat kauapishiniti, kashikanit innu shash tshissenitam u etenimikut kauapishiniti : innu apu innishit.
Kauapishit ushtuin apu nita ut tshissenimat innua e kanuenitaminiti netshipenum tanite kauapishit ka natuapamat innua utassinit, katuakupan e kanuenitaminiti netshipenum . Kashikanit innu apu shakuenimut tshetshi uapatiniat kauapishiniti kie uin e inniut katshi kanuenitak netshipenum kie apu shakuenimut uin unetshipenum tshetshi apashtat. Innu apu taniti ukanuma e kanuenitak netshipenum tshetshi akuashkuauat anite ashtamitit tanite uin innu e kanuenitak netshipenum , anite ushtikuanit kanuenitam u .
1 – L’ARRIVÉE DU BLANC DANS NOTRE TERRITOIRE
Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a demandé de permission à personne, il n’a pas demandé aux Indiens s’ils étaient d’accord. Quand le Blanc a voulu exploiter et détruire notre territoire, il n’a fait signer aux Indiens aucun document disant qu’ils acceptaient qu’il exploite et qu’il détruise tout notre territoire afin que lui seul y gagne sa vie indéfiniment. Quand le Blanc a voulu que les Indiens vivent comme des Blancs, il ne leur a pas demandé leur avis et il ne leur a rien fait signer disant qu’ils acceptaient de renoncer à leur culture pour le reste de leurs jours.
Quand le Blanc a eu l’idée d’exploiter et de détruire l’ensemble de notre territoire, il est tout simplement venu nous rejoindre. Après être arrivé chez nous, il nous a pris pour nous enseigner sa façon de vivre à lui, il nous a donné toutes les choses de sa culture et il nous a fourni tous les services des Blancs : maisons, école, dispensaire. Si le Blanc nous a enseigné sa culture et s’il nous a donné toutes sortes de choses – comme la petite somme d’argent qu’il remet une fois par mois à chaque famille indienne, les maisons et les différents services qu’il nous fournit – c’est qu’il a voulu faire en sorte que nous, les Indiens, demeurions au même endroit pour ne pas le déranger pendant que lui exploite et détruit notre territoire. Du même coup, le Blanc a voulu tuer notre culture indienne en même temps que notre langue indienne. Après être arrivé sur nos terres, en nous prenant pour nous enseigner son mode de vie à lui, le Blanc a pris du même coup nos enfants pour leur donner une éducation de Blancs, uniquement pour les gâcher et uniquement pour leur faire perdre leur culture et leur langue indiennes, comme il a fait à tous les Indiens d’Amérique.
Quand il a voulu s’emparer ainsi de nous, le Blanc n’a pas convoqué une seule assemblée pour bien faire comprendre aux Indiens comment il songeait à les tromper. Nous n’avons jamais entendu le Blanc nous dire et nous n’avons jamais reçu de lettre dans laquelle il nous dit :

Moi je suis Blanc et vous, vous êtes Indiens. Les terres où vous êtes, il est vrai qu’elles vous appartiennent à vous, les Indiens ; je sais, ce ne sont pas mes terres à moi. Mais je vais vous dire quelque chose, je vais vous demander quelque chose, je vais vous faire une demande.
Le Blanc ne nous a jamais dit :

Vous les Indiens, êtes-vous d’accord que j’aille vous rejoindre dans votre territoire ? Êtes-vous d’accord que j’exploite votre territoire ? Êtes-vous d’accord que je détruise votre territoire ? Êtes-vous d’accord que je construise des barrages sur vos rivières et que je pollue vos rivières et vos lacs ? Avant que vous n’acceptiez ce que je vous demande, réfléchissez bien et essayez de bien comprendre. Il pourrait arriver que vous regrettiez dans l’avenir de m’avoir permis d’aller vous trouver chez vous, car si vous êtes d’accord que j’aille dans votre territoire, j’irai pour y ouvrir une mine. Une fois la mine ouverte, je devrai ensuite exploiter et ruiner toute l’étendue de votre pays. Et je barrerai toutes vos rivières et je salirai tous vos lacs. Qu’en pensez-vous ? Aimerez-vous boire de l’eau polluée ?
Le Blanc n’a jamais parlé de cela aux Indiens.

J’exploiterai votre territoire et je le détruirai. Aujourd’hui, vous voyez, il est encore très propre et, vous le savez, toutes les sortes d’animaux que vous avez, les animaux indiens, sont encore propres. Tous sont encore bons à manger. Plus tard, je gaspillerai et je salirai vos animaux, toutes les espèces d’animaux indiens. À l’avenir, votre territoire ne sera pas aussi propre que maintenant et vos animaux ne seront pas aussi propres que maintenant. Qu’en pensez-vous ? Après que j’aurai gaspillé et sali vos animaux, est-ce que vous, les Indiens, aimerez les manger même s’ils ne sont pas propres ? Par exemple, c’est dans des égouts que vous prendrez toutes les sortes de poissons que vous avez, si à l’avenir vous voulez les tuer pour votre nourriture.
Jamais le Blanc n’a expliqué cela de cette façon aux Indiens.

Pour ce qui est du chantier que j’ouvrirai sur vos terres, il n’y a que moi, qui suis Blanc, qui y gagnerai ma vie tant que je vivrai parce que le travail salarié fait partie de ma culture à moi, Blanc. Réfléchissez bien au travail salarié que je vais introduire dans votre territoire. Vous les Indiens, attention que je vous trompe et attention de vous tromper vous-mêmes. Le travail salarié qu’il y aura dans votre territoire, ce ne sera pas pour vous rendre heureux, vous les Indiens : ce n’est pas votre façon à vous de gagner votre vie. Il pourrait peut-être arriver que sur le chantier le Blanc n’ait pas besoin de l’Indien, de celui qui n’a pas sa carte de compétence par exemple. Et vous, les Indiens, comment gagnerez-vous votre vie à l’avenir, pensez-vous ?
Si vous me permettez d’exploiter votre territoire, je n’accepterai pas que vous me dérangiez après m’avoir donné vos terres pour mon usage. Vos animaux indiens – je le sais et vous, les Indiens, le savez aussi – toutes les sortes d’animaux vous appartiennent encore aujourd’hui. Mais si vous acceptez que j’exploite votre territoire, si on implante le travail salarié sur vos terres, je vous interdirai de tuer vos animaux. Je ne vous permettrai pas de vivre des animaux indiens. Quand le travail salarié sera implanté dans votre territoire, voici comment il servira au Blanc : il ira travailler chez vous quelques années seulement et quand il aura accumulé son argent, il retournera dans son pays. C’est de cette unique façon que nous utiliserons le travail salarié si vous acceptez que votre territoire soit détruit. Nous, les Blancs, serons nombreux à nous enrichir à même votre territoire et vous, les Indiens, serez toujours pauvres. Il se pourrait peut-être que vous vous rendiez compte que tout cela vous apporte encore plus de misères qu’aujourd’hui, alors que vous vivez encore selon votre propre culture et que vous avez votre façon à vous de gagner votre vie.
Le Blanc n’a jamais parlé de cela aux Indiens dans ces termes.

Après que j’aurai instauré le travail salarié sur vos terres, vous ne devrez pas me déranger et je vous interdirai vos animaux. Voici tout ce que je pourrai faire pour vous, les Indiens : à chaque famille, une fois par mois, je donnerai un peu d’argent, je vous donnerai des maisons et je vous enseignerai ma culture. C’est ce que je ferai pour que vous, les Indiens, deveniez sédentaires. Qu’en pensez-vous ? Aimerez-vous demeurer constamment au même endroit toute votre vie, pensez-vous ne jamais connaître l’ennui ?
L’argent et les maisons que je vous donnerai, de même que toutes les autres choses que je vous distribuerai sous la forme de mes services de Blancs, ma culture que je vous enseignerai, pensez-y bien. Attention que je vous trompe et attention de vous tromper vous-mêmes. C’est par l’argent et les maisons que je vous donnerai et toutes les autres choses que je vous distribuerai que vous vendrez votre territoire et votre culture. Aujourd’hui encore, je vous donne tout ce que vous me demandez mais plus tard, quand vous aurez fini de vendre votre culture et votre territoire, n’allez pas penser que je vous donnerai des choses comme je le fais à présent. Et vous, les Indiens, vous fonctionnerez comme fonctionnent les Blancs ; que vous en soyez capables ou non, vous aussi, c’est comme cela que vous devrez fonctionner. Même si vous êtes Indiens, vous aussi vous débourserez de l’argent pour tout, comme les Blancs. Et si vous pensez vivre de vos animaux indiens, vous aussi vous paierez, comme les Blancs.
Le Blanc ne nous a jamais parlé de cela de cette façon et ne nous en a rien expliqué. Après son arrivée ici, dans notre territoire, il nous a pris pour nous enseigner sa façon de vivre à lui et il a pris nos enfants pour leur donner une éducation de Blancs sans nous parler de rien et sans nous expliquer quoi que ce soit. Quand le Blanc a pris nos enfants pour les éduquer à sa manière, il ne nous a pas dit ceci :

Vous, les Indiens, êtes-vous d’accord que je donne à vos enfants une éducation de Blancs dans l’unique but de détruire leur culture et leur langue ? Réfléchissez bien à ce que je vais vous dire. Attention que je vous trompe et attention de vous tromper vous-mêmes, car il pourrait arriver que dans l’avenir vous ayez des regrets à cause de vos enfants. Si vous acceptez que je leur donne une éducation de Blancs, ce sera le commencement de la fin de votre culture indienne. C’est ce qui fera que vous abandonnerez graduellement votre culture. Par exemple, bientôt on ne saura plus par vos noms de famille que vous êtes Indiens. Blancs et Indiens, nous porterons les mêmes noms. Quand vous chercherez vos noms indiens partout dans les livres, vous ne vous y trouverez jamais vous-mêmes. Viendra un temps où vous ne vous reconnaîtrez plus entre vous. Peut-être que vos enfants auxquels je vais faire perdre leur culture indienne se mettront à sa recherche plus tard, mais ils ne la retrouveront jamais. Jamais ils ne retrouveront cette langue indienne qu’ils auront perdue.
Le Blanc n’a pas parlé de cela à l’Indien. Ce qu’il ne lui a pas dit, c’est qu’il voulait tuer notre culture à notre insu, il voulait tuer notre langue à notre insu et il nous volait notre territoire.
De nos jours, c’est lui qui fait la loi dans notre territoire et à nous les Indiens, il fait suivre ses règlements, comme à des Blancs. Nous remercions le Blanc de ses lois et règlements mais ils ne nous sont d’aucune utilité parce que nous, qui sommes Indiens, ne comprenons rien à la loi des Blancs de toute façon. Que le Blanc garde ses lois et règlements et qu’ils lui servent à lui, parce que c’est de sa culture qu’il s’agit. Voici ce que je pense. Si, de nos jours, l’Indien faisait la loi que les Blancs doivent suivre, peut-être bien qu’ils n’y comprendraient rien et peut-être bien qu’ils ne pourraient pas s’y conformer. Aussi, en territoire indien, seul l’Indien était en droit de faire des lois et de les faire respecter des Blancs afin que les nouveaux venus sachent toute chose ; qu’ils se tiennent tranquilles après être venus eux-mêmes trouver les Indiens dans leur territoire ; qu’ils fassent attention de ne pas causer de blessures aux Indiens ; qu’ils connaissent bien le maniement des armes à feu afin de ne pas tirer n’importe où; qu’ils ne s’amusent pas avec les animaux indiens de façon à ne pas gaspiller la nourriture de l’Indien qui provient des animaux indiens. Voilà la loi que l’Indien aurait demandé au Blanc de respecter après son arrivée en territoire indien.
Si le Blanc n’avait rien compris à ces lois et règlements indiens et s’il n’avait pu s’y conformer, il serait retourné d’où il était venu, là où il y a des lois et des règlements de Blancs. Si le Blanc n’avait pas compris la loi indienne et s’il avait été incapable de la respecter, il n’aurait pu, lui non plus, éviter d’être harcelé par les Indiens. Nous, par exemple, sommes vraiment harcelés par les Blancs parce qu’ils veulent à tout prix être les maîtres dans notre territoire. Mais nous en avons assez d’être, depuis des années, gouvernés par les Blancs. Nous en avons assez d’être, depuis des années, malmenés par eux et nous en avons assez de les voir, depuis des années, nous manquer de respect.
Si le Blanc est venu chez nous, c’est uniquement pour trouver un gagne-pain. Après l’avoir trouvé dans le territoire des Indiens, le Blanc aurait dû leur laisser la paix, il n’aurait pas dû essayer de les gouverner ni essayer de tout leur apprendre. Il aurait dû se dire : « Quand je suis arrivé en territoire indien, les Indiens se gouvernaient eux-mêmes et se suffisaient à eux-mêmes. » C’est ce que le Blanc aurait pu remarquer quand il les a vus pour la première fois. Si le Blanc avait gardé sa culture pour lui-même, nous aussi nous aurions gardé la nôtre et aujourd’hui il n’y aurait pas tant de conflits entre Blancs et Indiens.
Le Blanc a toujours pensé : « Il n’y a que moi d’intelligent. » Nous sommes au courant du fait que le Blanc va à l’université et qu’il possède un diplôme. L’Indien, que le système scolaire blanc classe en zéroième année, possède aussi un diplôme mais lui, il n’a jamais montré qu’il en possédait un et son diplôme ne lui a jamais servi. Quand il vivait encore sa vie à l’intérieur des terres, il se montrait à lui-même qu’il possédait un diplôme et il le faisait valoir. Quand le Blanc est venu le trouver dans son territoire, l’Indien a rangé son diplôme parce que, voyant le Blanc pour la première fois, il a pensé : « Il est probablement plus intelligent que moi. » Voilà pourquoi il a rangé son diplôme. Après la venue du Blanc, il s’est mis à l’observer à son insu pour voir comment il allait agir envers lui. Il voulait voir si le Blanc allait lui faire du tort et s’il allait lui manquer de respect dans son propre territoire. Après l’avoir observé quelques années, l’Indien sait, aujourd’hui, que le Blanc le croit inintelligent.
Le Blanc n’a probablement jamais su que l’Indien possède un diplôme : lorsqu’il est allé le trouver dans son territoire, l’Indien le lui a caché. Mais aujourd’hui il n’a pas honte de montrer au Blanc que lui aussi, en sa qualité d’Indien, possède un diplôme et il n’a pas honte de le faire valoir. L’Indien, lui, n’a pas de certificat à accrocher au mur attestant qu’il est diplômé : c’est dans sa tête que se trouve son diplôme.
2 – ASHINI KA MISHKAKANIT UTE TSHIUETINIT
Ume tipatshimun eukuannu umenu Tshishennish-Pien utipatshimun mak kauapikuesht Kakushkuenitak mak kauapikuesht Kauashkamuesht. Ume tipatshimun apu uiesh tshika ut mishkamek u anite mashinaikanit uesh ma e inniuiat, kauapishit eshk u eka ka tshishkutamuimit utinniun, apu nita ut ishinniuiat tshetshi mashinaitsheiat tshetshi uauitamat kassinu tshekuan nete utat ka pet aishpanit. Anutshish kashikanit kauapishit katshi tshishkutamuimit utinniun kie katshi pikunak nitinniunnannu, kashikat e mitatamat nitinniunnan, eukuan ka ut itenitamat kie ninan e inniuiat tshetshi mashinaitsheiat miam peikuan kauapishit. Nititeniten, e inniuiat tshetshipaniat tshetshi mashinaitsheiat, anu ninan nikanuenitenan tipatshimuna uesh ma ninan kashikat nishuait eshinniunanut nuapatenan. Kauapishit tapueu nenu essishuet : « Innu apu takuannit umashinaikan. » Innu tapue apu takuannit umashinaikan muk u nin eukuan etenitaman : kassinu innu papeik u kanuenitam u tipatshimunnu anite ushtikuanit, kassinu papeik u innu tshipa tshi tipatshimu anite utat eshk u nitinniunnan ka ishinniuiat mak ume kashikat eshinniuiat kauapishit utinniun tshetshi uauitamat kauapishit ka ishpish uin aiatinimit tan ka ishi-uieshimimit. Nin nititenitamun, kashikat anu ninan ishinakuan tshetshi aimiat kassinu anite tipatshimu-mashinaikanit kie anite katshitapatakanit uesh ma ute nitassinat apu tat kauapishit anu uin tshetshi minu-tshissenitak mak innua tan ka ishpannit ute nitassinat eshk u eka peik u kauapishit ka takushinit ute Tshiuetinit.
Tshipetenau anutshish kashikanit kauapishit essishuet : « Kauapikuesht Kakushkuenitak eukuan uin ushkat ka mishkak ashininu. » Kauapishit nenu essishuet nin eukuan etenitaman : kauapikuesht Kakushkuenitak ka itenitak tshetshi takushinit ute nitassinat, tshekuennua eukuannu eshinniuniti peshukupan ute Tshiuetinit ? Eukuannua innua mautania peshukupan. Kie peikuan kauapikuesht Kauashkamuesht ka itenitak tshetshi takushinit ute nutshimit, iapit eukuannua innua peshukupan kie eukuannua innua atusseshtakupan tshetshi ut inniut anite innu-mitshuapit kie eukuannua innua ashamikupan ishpish peikupipuna nenu ut e natauniti kassinu eishinakushiniti innu-aueshisha. Ne Kakushkuenitak kie ne Kauashkamuesht ka takushiniht ute Tshiuetinit, pikutatakuenit e papeikussiht tshetshi ituteht, ushtuin atut ut apatshiepanat innua, kuishk u tshipa takushinipanat e papeikussiht ute Tshiuetinit.
Nishuasht-tatunnu ka itashtet, metuenanuipan ute Kaiatushkanut. Ne mietuenanut eukuan ushkat nipetetan ume tipatshimun, kauapikuesht Kakushkuenitak uin katshi mishkak ashininu ute. Ume tipatshimun apu nita ut petuk nutaui tshetshi tipatshimut kie peikuan kutakat innuat kie tshishennuat apu nita ut petukau tshetshi tipatshimuht. Ka metuenanut ute Kaiatushkanut, ushtuin takupan innu eka uet minu-tshissenitak tshekuan ne tshe ut metuenanut.
Uiauitakanit tshe metuenanut nete utenat, kie ninan e inniuiat ekue uishamikauiat tshetshi uitshiaushiat tshe uaueshtakanit nete utenat, innuat tshetshi tutahk innumitshuapinu kie innushkueuat tshetshi piminueht miam tshetshi tshissuaht shaieua mak ashit tshetshi tutuaht kaianauakuakanniti. Uesh kashikat eshinniuiat kauapishit utinniun, mietueiati e inniuiat, eukuanat muk u shaieuat nanitam emuakaniht anite mietuenanuti. Ueshkat nitinnuinniunnan ka ishinniuiat, e makusheiati, eukuan atikupimi nimitshitan. Kie ne atiku-pimi apu takuak kutak tshekuan anu tshetshi uikak mak atiku-pimi namaieu miam shaieuat. Eshk u eka tshitshipannanut e metuenanut, e inniuiat ekue uishamikauiat tshetshi tshishuashpishuiat e inniuiat ka ishi-tshishuashpishuiat, innushkueuat kie napeuat kie innu-auassat. Mak peik u napeu tshishuashpitakanu miam peikuan shashish kauapikueshiht ka itashpishuht, Kautshipaiatikumiht ka ishinikatakaniht. Ne innu-mitshuap ka tutakanit, shaputuan ishinakutakanipan muk u atiku-pimi apu takuak anite pitukamit. Kie ne shaputuan ka tutakanit, tauat anite innuat pitukamit.

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