Le vieillissement dans l immigration
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Le vieillissement dans l'immigration

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Description

Quel partenariat efficace peut-on instaurer face au public des migrants âgés ? Les différents textes présentés dans cet ouvrage s'appuient sur des recherches, allant de l'intervention sociale et la prise en compte des pratiques culturelles et cultuelles des migrants âgées, à la problématique du retour et non retour et à celle des soins, sans omettre celle de l'accompagnement social d'un groupe atypique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2009
Nombre de lectures 241
EAN13 9782336273914
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Editions L’Harmattan
Collection « ESPACES INTERCULTURELS »
Directeurs de la collection : Fabienne RIO et Emmanuel JOVELIN
Comité de lecture
Michèle VATZ-LAROUSSI (Université de Sherbrooke, Canada)
Tania OGAY (Université de Fribourg, Suisse)
Aline GOHARD (Université de Fribourg Suisse)
Claudio BOLZMAN (Haute école deGenéve-Université de Genève, Suisse)
René MOUKONKOLO (Université de Tours, - France)
Mohammed LAHLOU (Université de Lyon France)
Anne Françoise DEQUIRE (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban)
Hédi SAIDI (Université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban)
Gina THESEE (Université du Québéc, Canada)
Emmanuel JOVELIN (université catholique de Lille/Institut social Lille Vauban, France)
Mourad KAHLOULA (Université d’Oran, Algérie)
Fabienne RIO (Université Paris 8, IME, France)
Aissa KADRI (Université de Tours)
Ana ELIA (Université de Calabria, Italie)
Reinaldo FLEURI (Université Fédéral de Santa Catarina, Florianoplois, Brésil)
Marie Antoinette HILLY (université de Poitiers, France)
Geneviève VERMES (Paris 8, France)
Nicole CARIGNAN (Université du Québec, Montréal)
Le vieillissement dans l'immigration

Mohamed Bousnane
Abdoul Ba
Fatima Skanari
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http:/www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296079168
EAN : 9782296079168
Sommaire
Editions L’Harmattan - Collection « ESPACES INTERCULTURELS » Page de titre Page de Copyright Préface Préambule Remerciements Avant-propos Introduction Le vieillissement des immigrés en France : le cas des femmes et des hommes vivant seuls Le blues des migrants âgés : entre idéalisation et mémorisation du pays d’origine D’une immigration de travail vers une gérontologie de l’espérance Vieillesse, migration, précarité et isolement : un accès aux soins limité La place des immigrés âgés dans l’action sociale en Allemagne, Hollande et Suisse Personnes âgées immigrées en Belgique : initiatives développées pour une meilleure prise en compte. Du traitement spécifique à l’entrée dans le droit commun : la prise en compte des migrants âgés dans l’action sociale Conclusion générale Présentation des auteurs Espaces interculturels - Collection dirigée par Fabienne Rio et Emmanuel Jovelin
Préface
Au lendemain de la guerre, la France a appelé les travailleurs d’Afrique à rejoindre ses usines, où la main d’oeuvre manquait. C’est ainsi, que des hommes seuls parfois ou avec leur famille, ont quitté le soleil et la terre rouge de leur région natale pour faire face à nos besoins en production.
Je n’oublie pas que l’immigration s’est faite souvent dans la douleur. Douleur de quitter son pays, douleur de quitter sa famille, douleur dans l’apprentissage de nouveaux modes de vie, douleur dans la précarité qui touche plus durement les populations immigrées ou issues de l’immigration...
Le rêve des plus anciens migrants était de donner à leurs enfants les moyens de réussir. Mais la crise industrielle des années 70/80 a d’abord touché les immigrés. Notre pays n’a pas toujours pu les accompagner dans leurs difficultés pour trouver un emploi et un logement décent. Il n’a pas toujours su protéger leurs enfants égarés entre deux cultures et confrontés à l’absence de perspective d’avenir dans les ghettos urbains, qui les ont vu grandir.
Aujourd’hui, nous devons lutter de toutes nos forces pour rendre espoir aux habitants de ces cités. Nous devons combattre inlassablement la xénophobie, le racisme et son cortège de discriminations qui brisent de nombreux espoirs et pousse parfois au repli communautaire. Cette lutte passe d’abord par des politiques publiques volontaristes de reconquête de ces quartiers, par l’emploi, l’éducation, la culture...
Elle passe aussi par des formes de reconnaissance, que ce soit par l’acquisition de la nationalité française, le droit de vote des étrangers aux élections locales et bien sûr par l’accession à des hautes fonctions dans notre société.
Parmi ces migrants âgés, qui sont le propos de cet ouvrage, beaucoup de ces hommes et de ses femmes sont venus s’installer à Lille et dans sa métropole pour travailler dans les usines textile. Au fil des ans et malgré les difficultés nées de la crise industrielle, ils ont fait vivre Lille, comme chaque citoyen lillois. Leurs enfants et petits enfants sont allés à l’école de la République, ils ont fondé leur propre famille, les cultures se sont rencontrées, mélangées. Ainsi est né le métissage qui fait la fierté de notre ville.
A Lille, je demande à chacun d’être à l’écoute de ces hommes et ces femmes immigrées, aujourd’hui âgées. Cette écoute est la première des réponses aux problèmes qu’ils rencontrent dans leur quotidien. A Lille, nous voulons permettre à chacun de s’exprimer dans sa diversité, à travers nos instances représentatives composées de citoyens de la Ville mais aussi au travers d’une longue tradition de soutien de la Ville à ses associations qui créent du lien et favorisent les échanges.
Ce que je veux en priorité c’est rompre l’isolement dont souffrent les plus fragiles. Avec Lille Ville de la Solidarité, je veux développer un nouvel art de ville, une ville où l’on vit mieux ensemble. Je veux entraîner tous les Lillois dans un élan de fraternité, qui a l’ambition de ne laisser personne au bord du chemin.
Dans ce cadre Lille est aussi Ville Amie des Aînés. Elle traduit la volonté de porter une attention particulière à nos aînés et parmi eux les migrants âgés, à leur culture, à leur mémoire, à l’héritage qu’ils ont à nous transmettre. Ils nous ont tant donné, nous leur devons tant. Et je veux qu’à Lille, pas une femme, pas un homme, ne souffre de solitude ou d’abandon, alors que déjà pèse sur lui la blessure de l’exil. Je pense en particulier aux hommes accueillis dans les foyers de travailleurs migrants, des hommes qui parfois n’ont jamais revu leur famille et qui souvent ont été abandonnés par notre pays dans des conditions de vie indignes.
A cet égard, je tiens à saluer l’engagement auprès des migrants âgés de la Coordination Régionale de l’Immigration et je la félicite pour cet ouvrage passionnant, instructif et que j’ai plaisir à préfacer.
Je forme le vœu que la lecture de ce recueil incite chacune et chacun d’entre nous à faire un geste solidaire à l’égard de des hommes et des femmes dont il relate l’histoire.
Martine Aubry Maire de Lille
Préambule
Conçue comme provisoire, l’immigration de travail des années 50 s’est installée et puis s’est ridée : les anciens travailleurs migrants ont vieilli en pays d’accueil et d’adoption.
Certains n’ont jamais pu quitter l’hôtel meublé ou le foyer de Travailleurs Migrants (FTM), réduisant leur vie de labeur à une chambre de 5, 9 ou 12 m 2 , et rationalisantleurs dépenses au minimum afin de pouvoir envoyer régulièrement quelque argent à leur épouse et enfants restés au pays.
Rythmant leur temps de vie entre ici et là bas, absents ici et là bas, comme l’évoquait le sociologue A.Sayad dans La double absence, nombre de ces personnes « célibatairisées » ont été maintenues dans une situation de précarité sociale, matérielle et psychologique, cumulant problèmes de santé et d’accès aux droits.
Si la situation des hommes qui ont pu procéder au regroupement familial est meilleure, pour avoir pu accéder au droit de vivre en famille, ils rencontrent cependant les mêmes obstacles dans l’accès aux droits : difficile accès aux prestations sociales, aux soins, au droit à une retraite à taux plein, à un logement digne, à l’accès à la nationalité française... La situation des femmes âgées immigrées est encore plus dramatique dès lors qu’elles se retrouvent seules pour devoir faire face à un environnement social et administratif complexe.
Le droit et les politiques publiques, loin d’améliorer les conditions de vie et de vieillissement de ces personnes, participent à leur précarisation, en les privant du droit de circuler librement, leur droit de vivre en famille sans conditions, leur droit de devenir français pour l’avoir servi, et leur droit de vieillir dignement.
N’est—il pas impératif de reconnaître et d’affirmer que ces anciens travailleurs immigrés et leurs familles font partie intégrante de l’Histoire de France et qu’ils ont largement contribué à sa prospérité ?
N’est-il pas temps d’admettre que la France, redevable envers ces vieux travailleurs immigrés, doit garantir leur bien être durant cette période délicate de leur vie?
Si le colloque Vieillir dans l’immigration, l’oubli d’une génération silencieuse a pour objet de rappeler les conditions de vieillissement des personnes immigrées et leurs besoins et attentes en matière de services, il se veut surtout rappeler que ces vieux immigrés appelés dans l’après-guerre pour répondre aux besoins économiques de la France, ont largement rempli leurs devoirs et qu’il est aujourd’hui urgent d’exiger le respect de leurs droits et en particulier celui de vieillir dignement, là où ils l’entendent et sans restriction aucune.
Fatima SKANARI Directrice de C.R.I.
Remerciements
La prise en compte du vieillissement des immigrés est une réalité, qui a fait quelques progrès ces dernières années en Nord-Pas- de- Calais. Nous tenons ici à remercier :
La mairie de Lille et les services de Martine AUBRY qui ont été sensibles à cette dimension et qui collaborent avec nous afin d’améliorer les conditions de vie des personnes âgées immigrées.
Au Conseil général du Nord, son président Bernard Derosier et en particulier les ervices en charge des personnes âgées qui ont pris des engagements sur le territoire du Nord.
Au Conseil régional Nord-Pas-de-Calais et en particulier la Vice-présidente Ginette Verbrugghe dont les services ont accompagné l’expérience pilote menée sur la Région.
A la C.R.A.M. Nord-Pas-de-Calais-Picardie, son Directeur pour leur réelle volonté de prise en compte des personnes âgées immigrées.

Enfin, nous remercions tout particulièrement Fatima Skanari, Directrice de la C.R.I. Nord-Pas-de-Calais, pour le travail mené depuis 2002 auprès des associations, des institutions et des personnes âgées immigrées elles-mêmes. Elle a fait émerger cette problématique des personnes âgées immigrées et a contribué à la prise de conscience collective.
Avant-propos
Il y a des immigrés âgés, retraités, hommes et femmes. Cette banale évidence n’est pas entièrement acquise face à l’oubli et à l’occultation de cette réalité : l’immigration reste avant tout pensée comme population jeune et active et l’immigré ne peut être vieux et retraité. Elle reste aussi occultée sinon minorée par l’importance croissante de la population âgée en général 1 .
Jeunes immigrés, partis d’Afrique dans les années 1950-1960, devenus bras armés pour les lourdes batailles industrielles (textile, charbon, automobile, bâtiment), force de travail pour les tâches les plus pénibles, ils se trouvent et se découvrent vieillis avant l’âge, affaiblis physiquement et psychologiquement. A coup d’intérims et d’emplois exploités et parfois aléatoires, ils ont construit et traversé les « Trente glorieuses » mais se réveillent aujourd’hui dans des conditions précaires (santé fragile, retraite chaotique, logement exigu et devenu insalubre, solitude...). Leurs prédécesseurs d’Europe (Italiens, Polonais, Espagnols...) ont été pris en charge par les institutions de leurs pays d’origine et les multiples actions et accords bilatéraux et européens. Nos vieux Africains, qui n’ont pas souvent la nationalité française, depuis longtemps exclus de la vie sociale n’ont que leur solidarité et quelques associations pour leur venir en aide et les soutenir.
La multiplicité, la complexité et l’imbrication de leurs problèmes (culturels, familiaux, économiques, sociaux, médicaux, migratoires...) nous imposent une réflexion soutenue pour entrevoir des actions efficaces et durables (accès au droit, à la santé publique, à un logement, à des loisirs adaptés, à une retraite convenable et, somme toute, à une vie et à une fin de vie dans la dignité). Tel est le pari engagé depuis quelques années par la CRI (Coordination régionale à l’immigration) et dont ce colloque reste un moment privilégié.
D’avance merci aux différentes associations ayant collaboré à l’organisation de ce colloque, à la Mairie de Lille d’avoir mis à notre disposition cette grande salle pour la tenue du colloque.
Mohamed Bousnane, Président de la C.R.I.
Introduction
Colloques 2 , thèses de doctorat, études, accords bilatéraux, rencontres interministérielles sur l’immigration sont fréquents. C’est dire combien la question des populations immigrées reste un enjeu politique, économique, social, culturel tant dans les pays d’accueil que dans les pays de départ. En effet, le nombre de migrants dans le monde ne cesse d’augmenter malgré le durcissement des conditions à l’entrée dans les pays d’immigration. Immigration légale ou illégale, immigration temporaire ou définitive, le problème n’est plus de contenir les flux migratoires ou d’encourager au retour mais de réfléchir à une politique d’intégration, au sens large du terme, des différentes générations issues de l’immigration.
Le profil des immigrés résident dans les pays européens comme la France, l’Angleterre, l’Allemagne a beaucoup changé ces trois dernières décennies. Les candidats à l’immigration européenne proviennent de plus en plus des pays africains ou asiatiques. Ils remplacent, dans une certaine mesure, les premiers migrants originaires des pays européens autrefois en retard de développement comme la Pologne, l’Italie, L’Espagne ou le Portugal. Aujourd’hui, ces pays sont devenus, à leur tour, des pays d’immigration. La composition démographique des populations immigrées s’est aussi modifiée. En France, les lois sur le regroupement familial votées en 1976 et le durcissement des conditions d’entrée ont accéléré le passage d’une immigration temporaire à une immigration d’installation. C’est ainsi que l’on note la présence dans les foyers ou d’autres formes de résidence des immigrés du troisième âge. Le traitement des populations âgées n’a jamais été une chose simple mais la question devient encore plus difficile lorsqu’il s’agit de personnes âgées étrangères ou issues de l’immigration.
Le colloque Vieillir dans l’immigration organisé par la C.R.I. voulait montrer la face cachée de cette population oubliée. C’est chose faite. J’ai eu l’honneur et le plaisir d’animer ce colloque. Les communications, très riches d’enseignements, présentées par des chercheurs travaillant sur des pays européens différents et les débats qui ont suivi, ont permis de mieux cerner la problématique des personnes âgées immigrées. Plusieurs thèmes en lien avec la situation des immigrés dans les pays d’installation ou dans les pays d’origine sont traités.
La population immigrée âgée est hétérogène. Aussi, les situations varient selon le sexe et les pays d’origine. A partir de ses recherches sur le vieillissement des immigrés en France, Rémi Gallou montre les conditions de résidence très difficiles des hommes âgés immigrés vivant en couple ou seuls aux foyers et la dépendance des femmes âgées immigrées vis-à-vis d’un réseau social souvent restreint. Il montre que les études sur les femmes restent insuffisantes alors que l’immigration se féminise.
Les approches géographiques de l’immigration ont montré que le migrant pratique une double appartenance territoriale. Il est entre « ici et là bas » , entre le pays d’installation et le pays d’origine, entre la famille restée au pays et le réseau social établi dans le pays d’immigration. Durant sa vie migratoire, l’immigré est confronté à ce dilemme. Fatima Mezzouj et Emmanuel Jovelin analysent le désir du retour et la contrainte d’une vie en France chez les migrants âgés. Au-delà des questions liées au logement et au rapport au pays d’origine, sont traitées des questions plus spécifiques comme la retraite, l’accès aux soins, l’utilisation des services publics et la définition des politiques sociales à destination des populations immigrées.
Omar Samaoli montre les restrictions sociales et administratives auxquelles sont confrontés en permanence les retraités immigrés dans les pays européens. Il est admis que durant les premières années d’installation, l’immigré souffre de la solitude. On constate aussi que parfois même la longue durée ne change en rien cette situation d’isolement. L’immigré peut devenir de plus en plus ostracisé : c’est ce que montre Sylvie Emsellem à travers une communication sur la précarité et l’isolement des immigrés accentués par un accès limité aux soins. L’augmentation des personnes âgées immigrées dans les Etats européens oblige les professionnels de la santé et des services sociaux à prendre en compte cette catégorie de population dans les actions sociales Cependant, là aussi, les situations divergent tant au niveau des immigrés en raison de leurs parcours professionnels qu’au niveau des Etats en raison des lois en cours. Des recherches réalisées en France, en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas permettent de cerner les facteurs limitant des actions sociales conduites en direction des immigrés âgés. Claudio Bolzman s’appuie sur ses recherches effectuées sur différents pays européens pour présenter quelques facteurs pouvant expliquer la sous utilisation des services sociaux et de la santé par les personnes âgées immigrées résident en Europe. Marie Thérèse Casman et Faïza Guelamine, respectivement sur le cas belge et sur le cas français, montrent les initiatives développées pour une meilleure prise en compte des migrants âgés dans l’action sociale.
Ces différentes communications s’appuyant sur des recherches menées sur plusieurs années et sur des expériences professionnelles ont suscité des débats et ont permis de préparer la deuxième partie de cette rencontre autour des ateliers suivants : L’intervention sociale et la prise en compte des pratiques culturelles et cultuelles : quelle adaptation pour les professionnels du travail social ? Les services de soins et d’aide à domicile : comment éviter la mise à l’écart des personnes immigrées vieillissantes des dispositifs de droit commun ? Comment mieux associer les personnes âgées à la vie de la cité ? Comment faire des maisons de retraite des espaces valorisants, respectueux des modes vie des résidents en fonction de leur origine culturelle ? Quel partenariat envisager pour garantir un service de soins de qualité et adapté à la diversité culturelle ? Comment mieux adapter l’accompagnement en fin de vie ?
Abdoul Ba Université d’Evry-Val-d’Essonne
Le vieillissement des immigrés en France : le cas des femmes et des hommes vivant seuls
Rémi GALLOU
Introduction
Vivre seul est une situation particulière. On sait qu’un ménage isolé ne l’est pas nécessairement au sens social ou affectif du terme et qu’une personne vivant seule demeure souvent bien entourée (entourage familial, réseau amical, de voisinage...). Cependant, l’avancée en âge constitue un facteurs de fragilisation pouvant se traduire notamment par une dégradation de l’état de santé et des conditions de vie. Pour les hommes immigrés qui vieillissent en France, cette question se pose avec une acuité plus grande encore tant il est vrai que pour une part au moins, des membres de la famille (et parfois toute la famille) résident à l’étranger. La situation des hommes immigrés vivant seuls en France ainsi que leurs conditions de vieillissement sont mieux connues que celles des femmes immigrées isolées. Au sein de ce groupe, la situation la plus connue est certainement celle de ces hommes, le plus souvent originaires d’un pays du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, qui ont été logés en foyer dès leur arrivée en France et qui, trois ou quatre décennies plus tard, y vivent toujours. Le sujet est complexe car d’un côté, ces hommes ont vieilli sur place dans des conditions de logement précaires (chambres individuelles mais installations sanitaires et cuisines collectives, confort limité, règlements intérieurs contraignants...) et devenues inadaptées à une population qui avance en âge et qui rencontre des problèmes croissants de handicap et de dépendance. D’un autre côté, l’attachement au foyer, au groupe constitué de proches, de semblables existe, tout comme existe un réel attachement à la France. Ces hommes finalement se sont (ou se disent) habitués à cette vie de célibataire, la plupart conservant des liens plus ou moins étroits avec leur famille restée au pays, mais ne concevant pas, une fois atteint l’âge de la retraite, de retourner vivre définitivement dans ce pays d’origine. La solution aux difficultés grandissantes rencontrées par les occupants de ces foyers semble résider dans la recherche d’un équilibre entre la réhabilitation des lieux et le respect de la vie sociale, permettant ainsi aux résidents de se maintenir sur place. Il s’agit finalement de favoriser le maintien à domicile, comme c’est le cas pour l’ensemble de la population vieillissante en développant l’accès aux soins et aux droits sociaux.
La situation des femmes isolées immigrées qui vieillissent en France est bien moins connue. Célibataires, veuves, séparées ou divorcées, elles sont nombreuses à vivre seules et rien ne permet d’affirmer que leur situation, en terme de conditions de vie, de niveau de revenu, de santé ou de relations sociales, soit meilleure que celle de leurs vis-à-vis masculins. Une part non négligeable de celles qui, ayant connu une carrière professionnelle brève ou hachée (et parfois pas de carrière du tout), bénéficient d’une faible pension de retraite, éventuellement réduite en cas de veuvage à la pension de réversion. Pour ces femmes, on peut faire l’hypothèse que s’instaure une certaine dépendance vis-à-vis du reste de la famille et principalement des enfants, leur réseau social étant bien souvent plus restreint que celui des hommes.
La connaissance des caractéristiques et des comportements des ménages immigrés vieillissant en France ont rarement fait l’objet d’une enquête à part entière. L’enquête Passage à la retraite des immigrés 3 réalisée par la CNAV en 2003 comble en partie cette lacune. Les informations portant sur les immigrés âgés de 45 à 70 ans ainsi que sur leur ménage y sont abondantes. De plus, la sélection de la tranche d’âge des 45-70 ans permet de saisir la diversité des situations sociales des immigrés vivant en France, avant, pendant et après l’âge de la retraite.
Présentation de l’enquête Passage à la retraite des immigrés
L’enquête sur le vieillissement et le passage à la retraite des immigrés en France (PRI), a été menée en 2003 sur une population immigrée de 45 à 70 ans, résidant en France, définie par le lieu de naissance (hors de France) et la nationalité de naissance (non française), ce qui n’exclut pas les Français par acquisition de la nationalité mais exclut les Français nés à l’étranger 4 . Cette enquête individuelle avait pour objectifs l’étude des processus de passage de la vie active à la retraite des immigrés, des projets de retraite, des parcours de vie, migratoire, professionnel et familial. Elle a été réalisée dans douze régions de la France métropolitaine, regroupant 90 % de la totalité de la population cible. L’échantillon final est constitué de 6 211 personnes vivant en ménage ordinaire. Les personnes immigrées vivant en foyer ne font donc pas partie de l’échantillon.
L’enquête apporte des informations socio-démographiques et économiques concernant la personne interrogée, ainsi que sur son histoire migratoire, son entourage familial et son réseau social. Les aides et les transferts économiques dont elle est le centre sont également recensés. Des questions portent sur les attitudes et opinions sur la retraite, le rapport à la famille, à la religion, à la société d’accueil et au pays d’origine. En ce qui concerne l’origine des migrants, seuls les pays les plus représentés pourront faire l’objet d’une étude spécifique. C’est le cas des immigrés originaires des trois pays du sud de l’Europe (Espagne, Italie et Portugal) et du nord de l’Afrique (Algérie, Maroc et Tunisie). La Turquie peut également être distinguée pour certains traitements globaux. Les autres pays sont quant à eux regroupés par grandes zones géographiques. Les migrants originaires d’Europe, qui sont encore les plus nombreux dans les tranches d’âge considérées par l’enquête, seront différenciés selon qu’ils sont originaires du Nord (ex-“Union des Quinze”) ou des autres pays européens (majoritairement ceux de l’Est).
Le choix des 45-70 ans cible la période de la vie mature, le passage à la retraite et les quelques années qui suivent. Il permet d’étudier des cohortes issues de vagues migratoires avec des profils et des provenances spécifiques à une période précise de l’histoire récente des migrations. Le seuil de 45 ans permet ainsi d’inclure des ressortissants d’Afrique noire, dont la structure d’âge est plus jeune que celle des Européens de migration plus ancienne. Celui de 70 ans permet d’éviter de déséquilibrer l’échantillon dans le sens d’une très faible minorité de ressortissants d’Afrique et d’Asie et d’une très large majorité d’Italiens et d’Espagnols.

1. Caractéristiques et trajectoires des immigrés résidant en France

1.1. L’âge, le sexe et les origines géographiques des immigrés de 45 à 70 ans
Quelques aspects spécifiques à la population immigrée âgée de 45 à 70 seront rappelés ici, un travail récent approfondi ayant déjà fait l’objet d’une publication. Le tableau 1 détaille les effectifs immigrés des hommes et des femmes par tranches quinquennales de 45 à 70 ans. Hommes et femmes immigrés sont également représentés aujourd’hui en France, après une longue période de sur-représentation masculine dont la trace se repère encore au sein des 50-70 ans.

Tableau 1 : Répartition des immigrés selon l’âge à la migration et le lieu de naissance

La structure par âge des immigrés selon le pays d’origine 5 reflète d’une façon assez nette les phases de l’histoire de l’immigration en France. Les différentes vagues vieillissent à des rythmes spécifiques et sont distinctes selon que l’on considère les hommes ou les femmes. Le graphique 2 donne un aperçu de ces évolutions : chez les hommes, les personnes originaires d’Algérie, d’Italie et d’Espagne et des autres pays d’Europe sont plus représentés parmi la tranche d’âge élevée (60-70 ans) que chez les actifs (45-59 ans). Inversement, ceux qui proviennent du Portugal, du Maroc, d’Afrique et d’Asie sont proportionnellement mieux représentés aux âges actifs. Pour les femmes la répartition suit à peu près la même logique, à l’exception notable des femmes originaires d’Algérie, bien plus nombreuses parmi les 45-59 ans que parmi les 60-69 ans.

Graphique 1 : Répartition des immigrés selon la tranche d’âge et le lieu de naissance

Source : Enquête PRI Cnav, 2003.
Cette analyse de la structure par âge permet également de poser des hypothèses. Ainsi, le cas des hommes d’origine algérienne correspond-il davantage à un vieillissement massif des générations qui ont migré dans les années 50 et 60, au faible renouvellement des jeunes migrants ou au maintien quasi-général des personnes en France, une fois l’âge de la retraite atteint ? La situation des immigrés d’origine portugaise est-elle au contraire le fait d’une arrivée plus tardive des migrants ou d’un départ massif des personnes à l’âge de 60 ans ? L’étude de la structure des populations par âge ne donne qu’une description partielle des processus socio-démographiques en cours. Ainsi la faible représentation d’une population immigrée dans les tranches d’âge plus élevées peut être le résultat d’une migration récente et d’un vieillissement encore peu visible, ou bien d’un départ (retour au pays) massif des individus, à l’heure de la retraite. A l’inverse, une présence marquée dans les âges élevés peut révéler à la fois l’ancienneté du courant migratoire et le faible renouvellement de celui-ci, ainsi que le maintien en France de cette population. C’est l’étude des perspectives résidentielles permettra d’approfondir cette analyse.

1.2. Eléments de trajectoires résidentielles
L’enquête Passage à la retraite des immigrés (PRI) s’intéresse aux éléments de la trajectoire individuelle des immigrés en interrogeant notamment les personnes sur leur âge à la migration et les motifs l’ayant suscitée. Afin de mieux saisir le contexte dans lequel la migration s’est réalisée, nous en rappelons les principaux éléments constitutifs.
L’étude des motifs de migration montre que dans la grande majorité des cas deux motifs se détachent : tout d’abord un tiers des personnes cite la volonté de trouver un travail, de fuir le chômage ou la pauvreté ; ensuite 30% évoquent la volonté de suivre ou de rejoindre le conjoint ou la famille. Suivent les motifs liées à l’insécurité au pays d’origine, les troubles, les guerres, les menaces... (12%), les autres raisons professionnelles (les propositions d’emploi, mutations) sont citées dans 9% des cas. Cependant l’étude des motifs d’immigration montre de nettes différences selon le sexe (graphique 2). Le regroupement familial est de loin la raison prépondérante pour les femmes, tandis que la recherche d’un emploi l’emporte largement pour les hommes.

Graphique 2 : Répartition des immigrés de 45 à 70 ans selon le sexe et le motif de la migration

Source : Enquête PRI, Cnav, 2003.
Les différentes causes sont inégalement réparties selon les pays d’origine. Les immigrés qui ont fui l’insécurité viennent principalement d’Asie (dont 48% les originaires citent ce motif) et d’Algérie. D’autres, moins nombreux, ont aussi voulu échapper à la répression ou à la guerre. C’est le cas d’Africains, d’Européens de l’Est et aussi de Portugais qui ont quitté leur pays sous Salazar ou au moment des guerres coloniales. La recherche de travail est le plus souvent invoquée par les femmes de l’Europe du Sud (davantage que par les hommes) et aussi par les hommes du Maghreb. Les autres raisons professionnelles (mutations, opportunités...) sont surtout données par les Européens du Nord qui sont aussi parmi les plus nombreux à être venus pour faire des études (également à invoquer les “autres motifs”). Les migrations pour études sont fréquentes parmi les Africains et les Asiatiques.

1.3. Les situations résidentielles des immigrés
Pour mieux connaître et comprendre les comportements résidentiels des immigrés, l’étude des ménages au sein desquels ils vivent est indispensable. L’enquête PRJ permet de cerner les types de ménages immigrés et de les mettre en relation avec leurs caractéristiques résidentielles.
L’étude de la composition des ménages immigrés en cinq types principaux donne une vision d’ensemble de la population. Décliner les types de ménages immigrés selon les origines géographiques permet d’affiner une vision globale un peu sommaire et de respecter le caractère hétérogène des populations migrantes. Ce sont les ménages originaires du continent africain et de Turquie qui sont les plus majoritairement constitués de familles Les couples sont pour leur part sur-représentés parmi les personnes originaires de pays d’Europe. Il faut cependant noter quelques particularités, notamment la sur-représentation des hommes vivant seuls originaires d’Algérie (population qui a été logée dans les foyers de travailleurs et qui y vieillit aujourd’hui), de nombreuses cohabitations chez les personnes originaires de pays d’Asie ainsi que les faibles proportions d’isolés d’origine portugaise.

Graphique 3 : Répartition des types de ménages immigrés selon les lieux de naissance

Sources: Enquête PRI, Cnav, 2003 et EHF, Insee, 1999.
En 2002, l’Enquête Nationale Logement réalisée par l’Insee indiquait une proportion de 56% de propriétaires en France, dont 21% d’accédants. Pour les ménages immigrés, ces chiffres étaient respectivement de 35% et de 15%. On retrouve ces écarts dans notre échantillon, à un niveau plus élevé cependant (76% de propriétaires non immigrés et 52% de propriétaires d’origine immigrée), la sélection d’une population de référence d’âge mûr ayant tendance à “tirer vers le haut” le nombre de propriétaires. La sous-représentation des immigrés parmi les propriétaires peut s’expliquer par un niveau de revenus dans l’ensemble inférieur à celui des non immigrés, mais également pour partie, par l’absence de transmission patrimoniale (peu d’immigrés héritent d’un patrimoine immobilier sur le territoire). Comme c’est le cas pour l’ensemble des ménages, l’âge moyen des immigrés propriétaires est plus élevé que celui des immigrés ayant un autre statut d’occupation : les propriétaires ont en moyenne 56,1 ans, les locataires du social 54,9 ans, les locataires du privé 54,3 ans (les détenteurs d’un autre statut ont en moyenne 54,7 ans).
La représentation graphique des statuts d’occupation selon les pays d’origine fait apparaître de grandes tendances et quelques particularités (graphique 4). Les ressortissants des pays d’Europe sont davantage propriétaires que la moyenne des immigrés. Les personnes qui viennent du Portugal font figure d’exception, avec une proportion de la catégorie “autres statuts” deux fois supérieure à la moyenne (9% contre 4%). Il s’agit pour la plupart de personnes qui exercent des services directs aux particuliers et qui bénéficient à ce titre d’un logement gratuit Les immigrés en provenance des pays d’Asie sont légèrement sur-représentés parmi les propriétaires (56%), et quand ils sont locataires, ils le sont plus souvent dans le parc privé (22% contre 16% en moyenne). Seuls 16% résident dans le parc social (contre 26% en moyenne). Les personnes originaires des pays du Maghreb et des autres pays d’Afrique se distinguent par la grande place qu’occupent la location et en particulier le secteur social dans leur champ d’occupation résidentielle.

Graphique 4 : Statuts d’occupation des ménages immigrés selon l’origine géographique

Source : Enquête PRI, Cnav, 2003.
Enfin l’ancienneté de la migration tient une place déterminante dans l’accession à la propriété. Les immigrés propriétaires sont ceux qui vivent en France depuis plus longtemps, avec près de 34 ans en moyenne. Viennent ensuite les locataires du secteur social, en France depuis un peu plus de 29 ans en moyenne et ceux du secteur privé, depuis 26 ans et demi.
Dernier lien relevé, celui unissant taille du ménage et répartition dans les fractions du parc de logement. Les ménages immigrés présentent une taille moyenne supérieure à celle des autres ménages. Plus de 28% des immigrés de 45 à 59 ans vivent dans des ménages composés d’au moins 5 personnes (cette proportion est de 7% pour les non immigrés).
Les immigrés en provenance du Maghreb et des autres pays d’Afrique, de Turquie vivent davantage en famille, leurs ménages sont plus grands. Trois fois sur quatre la personne de référence de ces grands ménages est originaire d’un pays du continent Africain ou de Turquie. La majorité de ces grands ménages (53%) est locataire au sein du parc social, secteur d’habitat qui propose des logements plus grands (3,5 pièces) que les autres en moyenne (3,3 pièces) ; notons que les logements en accession à la propriété sont plus grands encore (4,7 pièces), mais il s’agit alors de la capacité des ménages à financer un tel projet qui est en cause.

1.4. Les perspectives résidentielles des ménages immigrés
L’enquête

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