Le harcèlement au travail - Mémoire d un combat
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Description

Dans ce mémoire l’auteure témoigne de son profond attachement à son activité hospitalière dans la ville de son enfance et de sa prise de conscience progressive des violences pouvant être exercées sur les soignants hospitaliers mais aussi dans d'autres secteurs professionnels, principalement l'industrie automobile.Ayant été involontairement témoin et victime d'une véritable dérive mafieuse lors de ses dernières activités au Service d’Urgences dont elle a été évincée en novembre 2000 elle décidé de diffuser l'information de son mieux en tentant de lancer une procédure juridique, en alertant l'Inspection du Travail, la presse locale, en intervenant brièvement dans des débats publics à compter de 2005 puis la procédure ne démarrant pas en rédigeant ce mémoire. Elle était d'autant plus motivée pour cette lutte que dès octobre 2000 elle a été informée du suicide récent de quatre médecins hospitaliers consécutifs à des pressions au sein de l'hôpital dont un à Fréjus par balle de revolver face au bâtiment de l'administration. Elle a progressivement découvert l'existence au centre Hospitalier de Toulouse d'un directeur ''fossoyeur ''ayant à son actif 600 licenciements.Au fil des années jusqu'en 2013 quelques livres, quelques films, le contact quotidien avec des patients issus de divers milieux professionnels lui ont permis d'appréhender les tristes réalités du monde du travail actuel. Afin d'extrapoler la situation toulousaine elle contacte Peugeot-Mulhouse, le Techno-centre, le Centre Hospitalier de Nantes et est informée sur un drame survenu au Centre Hospitalier de Montpellier dirigé par un ancien Commandant de police.A défaut d'avoir pu déclencher puis médiatiser une procédure pénale elle souhaite que ce mémoire constitue une modeste trace des souffrances endurées par d'honnêtes travailleurs dont la santé est dangereusement mise en péril au sein de l'entreprise.Elle dédie à son frère, fidèle compagnon de lutte de 1997 à 2010, trop tôt disparu cette année là. et à son père, héros de la première Guerre Mondiale décoré de la Légion d'Honneur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de lectures 11
EAN13 9782359300895
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,048€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection
UN AUTRE REGARD
Élisabeth Des
Le harcèlement au travail
Mémoire d’un combat
Préface
Jacques Giron
Le harcèlement au travail - Droits réservés.
ISBN : 978 -2 -35930 -089-5
®SARL Les points sur les i éditions
16 Boulevard Saint-Germain
75 005 Paris
Tel : 01 60 34 42 70 – Fax : 09 58 00 28 67
www.i– editions.com
Droits de traduction et reproduction pour tous pays. Toute reproduction même partielle de cet ouvrage est interdite sans l’autorisation de l’éditeur. Les copies par quelque procédé que ce soit constituent une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 sur la protection littéraire.
Préface
En guise de préface, je voudrais témoigner du courage dont E DES a fait et fait preuve.
Son courage, son obstination à rester debout l’ont sûrement sauvée à plusieurs reprises, sauvée de l’ensevelissement, du mépris des autres et d’elle-même.
Rester debout face au harcèlement : voici son message premier et essentiel !
Rester debout, faire face au harcèlement …ou en mourir !
Dans cette société capitaliste mondialisée tout est fait pour et par le profit d’une infime minorité. Cette société est devenue un enfer pour certain-e-s… ! Pour tous-tes ?
Cette société organise la lutte de tous contre tous et l’élimination des « hors norme »s et des soit –disant « faibles ».
Une société cannibale !
Cette société ne doit pas être la nôtre : il faut changer de société ! dit E.DES.
Cannibale : n’est ce pas exagéré ?
Le témoignage d’E.DES qui va suivre montre que non !
Regardons autour de nous comme le fait E.DES : les suicides de France Télécom ont-ils été inventés ou bien provoqués avec préméditation au contraire par un management extrême et tueur ?
Regardons autour de nous dans les entreprises en France et dans le monde…
Regardons, y compris à l’Hôpital.
Quelle est l’actualité « sociale » dans notre Hôpital en ce mois de mars 2013 ?
La direction propose une formation pour cadres au titre éloquent : du « lean » manufacturing, du « lean management »... au « lean » Hôpital.
Que veut dire « lean » ? « lean « veut dire alléger, dégraisser ! « lean » veut dire aussi –dit la direction– « ne pas tout faire, »…et ajoute-t-elle « faire avec peu ».
Peu de quoi ? Peu de personnel, bien sur !
Ne pas tout faire notamment dans l’humain, le relationnel …tout ce temps perdu !
D’ou le « mal être » des soignants jusqu’au risque de suicide et d’où d’un autre coté plusieurs milliers de chômeurs de plus …
Ah ! Vraiment vive le « lean » management et vive cette société !
Notre CGT du CHU Toulouse condamne les pratiques de dégraissage inventées par Toyota qui sont le summum de l’intensification du travail avec en prime la recherche d’une certaine servitude volontaire dans une soit –disant autonomie des équipes.
Vincent de Gaulejac, sociologue, montre que ce système de management est à l’origine de pathologies physiques et psychiques lourdes au travail.
Julien Gorrand de la CGT 76 a écrit : « le lean manufacturing c’est l’exploitation maximale ». En effet la polyvalence avec rotation et autocontrôle se font avec des objectifs à atteindre chaque fois plus élevés… impossibles. Cet autocontrôle est un leurre qui emprisonne.
Au total : le « lean management » soumet à des cadences de travail épuisantes, déstabilisantes… pouvant pousser au suicide.
Dans notre hôpital, il y a tout juste un an, il y a eu une tentative de suicide sur le lieu même de son travail d’une brancardière de l’Hôpital des Enfants.
Le lieu même de la tentative de suicide désigne la cause du geste : le service insuffisant donné aux enfants et à leurs familles perçu et ressenti comme injuste par l’employée… du fait du manque de personnel, du peu de temps pour « l’humain » pendant le brancardage.
Ce fait là, la CGT ne l’a pas inventé. Et le pire c’est qu’un an après l’état mental de la personne reste très altéré et... sa situation financière est très précaire sans que cela pose problème à la direction !
E.DES a décidé de raconter son histoire, son vécu de harcèlement comme témoignage et… pour survivre !
Elle a résisté y compris à la psychiatrisation que notre bonne société lui a infligée.
Il faut lire son témoignage !
C’est en survivante qu’elle s’est informée sur ce mal grâce à des livres, des films, des débats.
Elle a pris contact avec différents interlocuteurs pour comprendre, pour élargir son témoignage : Peugeot Mulhouse, Technocentre Guyancourt, plusieurs centres Hospitaliers...
Elle se décrit comme étant désormais « une écrivain amateur mais passionnée par ce problème de société, ce problème de santé publique… »
Au delà du témoignage elle lance un appel à la résistance collective face au management harceleur dominant dans notre société actuelle.
Notre CGT des hôpitaux de Toulouse essaye de répondre à ce management harceleur et au manque de personnel organisé par les gouvernants et par ce gouvernement… qui devait apporter le changement ! Notre CGT se sert de l’arme du CHSCT pour organiser la riposte collective du personnel.
Seule une riposte collective pourra faire reculer les prédateurs organisés qui nous gouvernent et qui « benoitement » promeuvent le « lean mangement » librement consenti.
C’est parce que le témoignage d’E.DES appelle à une résistance « debout » et collective que nous soutenons son combat.
Son combat est le nôtre et celui de toutes–tous les travailleurs, travailleuses contre cette société injuste qui ne peut être la nôtre !
J.GIRON
1
1985-2000 : seize ans d’urgences.
Les deux jours suivant l’envoi des psychiatres pour m’interroger, le jour du déménagement du Service d’Urgences dans un nouveau bâtiment, j’ai cru que je ne parviendrais pas à me souvenir de mes années de travail dans ce Service.
Puis j’ai concentré mes efforts sur deux patients que nous avions reçus plus souvent : un insuffisant respiratoire haut en couleurs qui m’avait gentiment remerciée en m’offrant une petite peluche et une charmante patiente surnommée ‘’Pâquerette ‘’pour laquelle nous parvenions souvent à obtenir une place dans le Service de Médecine Interne le plus proche. Les souvenirs ont à nouveau afflué dans mon cerveau : visages, voix des patients et des équipes soignantes successives, longues visites, moments forts me sont revenus en mémoire et avec eux l’envie de tenter d’expliquer comment, pourquoi, on peut à ce point aimer une activité médicale au sein d’un Service ‘’de porte’’ d’un hôpital, progressivement devenu un authentique Service d’Urgences pouvant prendre en charge jusqu’à 50000 patients par an. L’attachement sincère à cette activité aura dans l’ensemble persisté en moi malgré des conditions de travail difficilement imaginables pour qui n’a pas vécu dans ce Service, surchauffé et bruyant hiver comme été où en seize ans je ne disposerai jamais d’un bureau et d’une chaise personnels, où aucun plan de carrière digne d’un médecin spécialiste ne pouvait être envisagé. Deux rangées de chambres à un ou deux lits, se faisant face l’un à l’autre, simplement fermées par des rideaux, tel était le décor initial de mon travail au ‘’SAM’’.
Pourtant, pour un praticien désireux de mieux se former au contact des patients, souhaitant être confronté à des pathologies variées et épris de contacts humains, ce Service était idéal. Il était le seul à pouvoir lui permettre de côtoyer dans la même journée des patients de tous âges, de toutes professions, de tous niveaux socio-économiques présentant les tableaux cliniques les plus variés, tant en ce qui concernait le degré de gravité que la symptomatologie. C’était le seul qui lui évitait de trop ‘’s’enfermer’’ dans l’exercice de sa spécialité. C’était aussi le seul à lui permettre d’exercer au contact de professionnels aussi divers : brancardiers, aides-soignants, infirmiers et infirmières, surveillantes, secrétaires, hôtesses, externes et internes avides d’apprendre et de commencer à mettre en pratique leur savoir théorique, chefs de clinique brillants et dévoués, praticiens hospitaliers, manipulateurs et manipulatrices, secrétaires, pompiers, policiers…L’Attachée que j’étais vivait littéralement au cœur d’une équipe et de la structure hospitalière. Je pouvais être amenée, pour mon plus grand bonheur, à contacter dans la même journée de nombreux collaborateurs et collaboratrices dans les deux hôpitaux toulousains ou les principales cliniques de la ville et de sa périphérie. Le combat était certes souvent rude pour arracher un lit d’hospitalisation dans le service adéquat ou un secteur de Soins Intensifs peu avant 20 heures ou à quatre heures du matin. Mais quel soulagement quand des brancardiers, des ambulanciers ou une équipe du SAMU venaient prendre en charge un patient nous ayant posé un problème diagnostique heureusement résolu, de l’observation du jeune externe à la synthèse du médecin le plus expérimenté ou à l’examen clinique du chirurgien le plus chevronné en s’aidant de tous les moyens mis à notre disposition, de l’électrocardiogramme aux résultats biologiques, de la sonde d’échographie jusqu’à l’interprétation du cliché thoracique parfois complété par la tomodensitométrie.
Il n’est guère d’autre service qui puisse offrir une telle diversité de pathologies, de degrés de gravité. Des urgences chirurgicales venaient parfois se mêler aux tableaux médicaux : appendicite quelquefois compliquée de péritonite, cholécystite, fracture de la clavicule ou du fémur chez une patiente âgée. Le jeune médecin en formation peut progressivement apprendre à lire un électrocardiogramme, à palper un abdomen, à identifier la raideur de nuque d’une hémorragie méningée, à se former à l’examen neurologique, à suspecter puis diagnostiquer formellement avec l’aide d’examens radiologiques ou de résultats biologiques une pancréatite, une grossesse extra-utérine, un accident vasculaire cérébral. Il saura reconnaître l’odeur ‘’de pomme reinette‘’ de l’haleine d’un patient diabétique en acidocétose. Il pourra aussi se familiariser avec les effets secondaires de certains médicaments, couramment prescrits tels les anti-inflammatoires, les digitaliques, les anticoagulants. Le travail aux Urgences est une école d’humilité et de patience. Une embolie pulmonaire, une appendicite peuvent se présenter sous des aspects diaboliquement trompeurs. Durant de longues années, obtenir les résultats d’examens biologiques supposait plusieurs heures d’attente avant de les récupérer par téléphone et le transfert d’un seul patient justifiait de parlementer longuement avec divers services.
C’est incontestablement aussi un Service qui prépare à être confronté à des situations difficiles, qu’il s’agisse d’un consultant agité au fond du couloir, de l’accompagnante d’une employée de maison mettant en doute mon diagnostic pour pouvoir à nouveau immédiatement bénéficier de ses services, de policiers venus interroger un patient manifestement incapable de leur répondre, de la famille d’un patient présentant un infarctus du myocarde très contrariée par le fait que je lui aie obtenu un lit de Soins Intensifs à l’hôpital de Rangueil et non à Purpan. Un patient souffrant d’une pathologie rare, ultérieurement diagnostiquée grâce à la mise en commun des connaissances d’internistes chevronnés peut se mêler au flot des consultants en soins externes.
Des souvenirs insolites me reviennent en mémoire tel un accouchement dans le dernier box au fond du couloir : l’enfant est né avant que la voiture conduisant sa jeune maman à l’hôpital de La Grave ait eu le temps d’arriver à bon port ! Je me souviens d’une vénérable grand-mère lisant le matin dans son lit ‘’La Dépêche du Midi ‘’ sous l’œil médusé des membres de sa famille, tout de noir vêtus, préparés la veille au soir à l’issue fatale !
Les décès étaient cependant rares aux Urgences, concernant surtout en période hivernale les patients les plus âgés. Parfois cependant nous avons été confrontés aux dramatiques conséquences d’une rupture d’anévrisme cérébral ou aortique.
La loi des séries s’appliquait souvent de manière impressionnante : aux troubles du rythme cardiaque succédaient les accidents vasculaires cérébraux, les tableaux digestifs urgents, les pathologies infectieuses ou iatrogènes plus ou moins sévères.
Les saisons qui se succédaient amenaient chacune un autre type de patients et de tableaux cliniques, des coliques néphrétiques et des piqûres d’hyménoptères estivales aux admissions ‘’urgentes’’ de personnes âgées au début des vacances d’été, bien avant que la catastrophe sanitaire de 2003 mette en lumière la triste condition de certains de nos aînés en France.
Au fil des années, les progrès médicaux et techniques apparaissaient en pleine lumière : la meilleure prise en charge des douleurs abdominales sans crainte excessive de masquer une éventuelle défense, le passage progressif des clichés d’abdomen sans préparation à la tomodensitométrie abdominale en urgence, le recours si nécessaire à la tomodensitométrie thoracique en cas de suspicion d’embolie pulmonaire, en pouvant bénéficier de l’interprétation d’un confrère radiologue mondialement connu pour ses travaux dans ce domaine.
Des médecins ayant suivi la meilleure formation, avec lesquels j’ai longtemps pu travailler sans le moindre problème sont progressivement venus enrichir l’équipe, des médecins seniors venus de tous les services, parfaitement courtois avec l’Attachée que j’étais ont pris la relève de 18 heures 30 au petit matin. Les relations privilégiées quasiment amicales établies avec ces médecins nous permettaient de confronter nos avis devant des tableaux parfois déroutants.
Parallèlement, l’état des locaux dans lesquels nous exercions n’a fait que s’améliorer : la jeune Attachée que j’étais à partir de 1985 a ainsi connu un Service qui était un couloir bordé de deux rangées de chambres fermées par des rideaux, où deux patients se faisaient souvent face. Mais la bonne humeur de l’équipe nous aidait tous et toutes à tenir bon ; même nos repas, pris en commun à une table serrée contre le mur dans un office qui lui aussi était un petit couloir restent un excellent souvenir, même si nous suspections la cafetière de nous fournir un café ‘’contaminé’’ par des blattes !
Puis, au début des années 90, le Service s’est étendu vers le couloir opposé, un bureau, luxe suprême, a été mis à la disposition d’une nouvelle praticienne.
Au printemps 93, une marque inattendue de satisfaction et de reconnaissance de l’activité du service vint me donner des ailes pour la poursuite de mon travail : Monsieur le Professeur Georges LARROUY, dirigeant le laboratoire de Parasitologie-Mycologie m’écrivit au sujet de la prise en charge d’un de ses amis, présentant un problème cardiaque pour me remercier ainsi que tout le service. Il précisait qu’il était bon, à un moment où l’on parlait beaucoup des problèmes hospitaliers de constater que certains services fonctionnaient grâce au dévouement du personnel au mieux des intérêts des malades.
Mais un des plus beaux cadeaux de cette activité restera pour moi les liens de respect, d’amitié professionnelle sincère et fidèle tissée avec les membres des équipes soignantes, quel que soit le poste qu’ils aient occupé. Les relations développées avec les confrères radiologues, chirurgiens et médecins restés fidèles au Centre Hospitalier malgré les conditions de travail et une rémunération nettement plus faible que dans le secteur privé permettent tout naturellement d’optimiser la prise en charge des patients. Malgré le bruit, la fatigue, le stress, la mauvaise compréhension, le manque de reconnaissance souvent de l’activité du Service, les deux infirmières gérant avec le médecin senior une vingtaine de lits durant la nuit s’affairent, courant parfois dans les couloirs lorsqu’un patient appelle ou qu’un comitial présente une crise. Même en fin de nuit, les hôtesses gardent le sourire malgré l’agressivité croissante de proches de patients que le temps d’attente peut rendre désagréables.
Je fais l’expérience de la fatigue bien particulière engendrée par de longues heures passées dans ce type de service. Le retour à une atmosphère ‘’normale’’ suppose souvent une bonne demi-heure, voire une heure. Je me souviens d’un confrère se plaignant d’en avoir ‘’plein les jambes‘’ à la fin d’une visite ou menaçant de démissionner s’il devait continuer à travailler dans cette ambiance !
Mais je découvre également la fatigue déclenchée par les changements d’horaires, le passage de jour en nuit chez les infirmières, les hôtesses, les brancardiers.
Je revois Anne-Marie, vaillante infirmière, m’annonçant l’arrivée d’un patient présentant une hémorragie méningée, à la seule vue de sa position ‘’en chien de fusil’’, le diagnostic étant ultérieurement confirmé par la ponction lombaire, mais aussi Joëlle, venant me chercher immédiatement pour examiner les patients qu’elle considère à très juste titre les plus gravement atteints. Je me souviens également de Pierrette, courant à 5 heures du matin avec son plateau dans le couloir du secteur abusivement dit ‘’froid‘’ et Dominique, avec qui j’ai transporté dans des sous-sols sinistres des patients ayant présenté un accident vasculaire cérébral ou suspects d’embolie pulmonaire ou même un jour présentant une fissuration d’anévrisme de l’aorte abdominale. Ces équipes étaient magnifiques et la manière dont ces professionnels risquent d’être traités lorsqu’une équipe doit ‘’exploser‘’ lors d’une restructuration est totalement inadmissible pour ne pas dire monstrueuse. J’ai ainsi entendu traiter une infirmière particulièrement dévouée de ‘’dinosaure’’ par une consœur nouvellement nommée dans le Service.
Pire encore, Joël, notre fidèle brancardier de l’équipe initiale ayant travaillé plus de 15 ans dans le Service des Admissions Médicales décèdera d’une grave maladie deux ans après avoir été évincé de l’équipe.
Le contact est également indiscutablement facilité avec les anciens chefs de clinique dont j’ai partagé les longues visites dans un service souvent bruyant, devenus depuis de brillants spécialistes dans des cliniques offrant un très haut niveau de soins de Toulouse et de ses environs. Bénéficier du soutien de confrères de cette valeur lors d’une tentative de déstabilisation est un grand honneur.
Un apport incontestable de cette activité est d’offrir un parfait reflet de notre société, de découvrir les nouveaux fléaux qui la menacent : je me souviens ainsi du premier patient sidéen accueilli au Service des Admissions Médicales alors qu’il travaillait dans l’équipe de tournage d’un film d’André TECHINE, ‘’Le Lieu du Crime‘’.
Le surmenage professionnel m’est apparu en pleine lumière lors de la prise en charge d’un responsable travaillant dans le supermarché voisin, ainsi que les difficultés financières parfois rencontrées dans les professions indépendantes, la fatigue engendrée par le double travail des femmes, également mamans et maîtresses de maison.
Patients plus ou moins riches, plus ou moins connus, exerçant des professions plus ou moins reconnues et rémunérées sont pris en charge. Un clown réputé est venu y passer ses dernières heures, au même titre qu’une patiente âgée, mère de quatre enfants qui l’avaient tous abandonnée. Cadres supérieurs de l’industrie aéronautique et patients jetés à la rue par le monde du travail actuel se rejoignent, dès lors égaux face à la maladie, au terme inéluctable d’une vie.
A l’échelle locale, je constate que Toulouse mérite bien sa réputation de grand village : arrivée à quatre ans dans la ville natale de mon père, je verrai défiler de nombreuses personnes ayant peuplé mon enfance et mon adolescence, tel ce voisin d’immeuble de la résidence où je vivais enfant, toute proche des lycées Saint-Sernin et Fermat, où ma mère exerçait comme Professeur Agrégée d’Allemand dans les classes préparatoires aux grandes écoles. J’y retrouverai une retraitée parisienne souffrant d’asthme, voisine de la maison de week-end construite par mes parents et une camarade de terminale, secrétaire dans l’industrie aéronautique dont je réalise à cette occasion les difficiles conditions de travail et leur incontestable retentissement sur la santé.
Pour une pneumologue passionnée par l’Allergologie, l’activité d’urgentiste est particulièrement précieuse, en permettant la prise en charge la plus complète possible du patient mis en danger par sa pathologie allergique. Je me souviens de ce gérant d’un petit magasin d’alimentation du quartier Saint Cyprien qui avait présenté une réaction anaphylactique avec œdème du larynx après avoir été piqué par une guêpe attirée par les fruits composant son étal. La présence d’esprit de son épouse qui était aussi sa collaboratrice et qui a immédiatement alerté le SAMU lui a littéralement sauvé la vie. Après le ‘’rush’’ de trois heures et demie réalisé dans le Service de Pneumologie je prendrai le relais au cabinet pour les injections d’entretien mensuelles, jusqu’à son déménagement à Thonon-les-Bains pour vivre une retraite bien méritée.
Les piqûres d’hyménoptères, abeilles, guêpes et frelons, sont particulièrement redoutables chez les patients allergiques à leur venin lorsqu’elles intéressent la cavité buccale. La guêpe est en effet parfois au fond d’un verre au cours d’un repas en plein air. La réaggravation de l’œdème chez une patiente ayant subi ce type de piqûre m’avait valu une de mes premières émotions fortes d’Attachée aux Urgences et avait justifié l’administration d’une dose supplémentaire d’adrénaline.
Nos amis pompiers sont aussi particulièrement exposés à l’allergie aux venins d’abeilles, de guêpes ou de frelons, ainsi que les retraités s’adonnant au jardinage.
Les médicaments, tout particulièrement les antibiotiques de la famille des Pénicillines constituent d’autres pourvoyeurs très classiques de réactions allergiques violentes
De 1994 à 1999, une activité hebdomadaire de consultation m’ayant été proposée dans le Service de Pneumologie et d’Allergologie de Monsieur le Professeur Michel KREMPF, le relais après la prise en charge initiale a été encore facilité. Je verrai en particulier une patiente ayant présenté un œdème laryngé après avoir été mordue par le couple de hamsters de son petit-fils devenus soudain belliqueux après deux années de soins quotidiens particulièrement paisibles. Cette charmante dame ne présentait aucune autre allergie.
L’activité dans cette consultation restera longtemps très agréable. C’était un réel bonheur, pour une praticienne exerçant seule dans son cabinet de collaborer avec des médecins et des infirmières particulièrement compétents dans la prise en charge des patients allergiques. Je pourrai ainsi à plusieurs reprises explorer plus complètement certains patients que j’aurai vu ‘’en ville‘’ grâce à des tests cutanés irréalisables au cabinet ou des tests de provocation à certains aliments dans le cadre de l’hospitalisation de jour.
Parallèlement, dans le cadre de consultations dédiées au sevrage tabagique se déroulant au Centre de Dépistage et de Prévention de l’Athérosclérose, je pourrai voir en consultation des personnes d’âges, d’activité, de milieux socio-économiques très divers constituant autant de profils différents de patients fumeurs.
Les dernières années de mon activité ont été malheureusement assombries par une dégradation progressive de l’atmosphère de travail au Service d’Urgences. J’ai été ainsi confrontée à diverses pressions.
La principale s’est déroulée le 13 janvier 1999. J’ai dû alors subir la visite dans une période de convalescence dans mon appartement à usage mixte du futur Chef de Service des Urgences et de la surveillante, que je connaissais depuis plus de 15 ans. Ce confrère m’a soutenu que j’étais déprimée et m’a conseillé une psychothérapie de soutien, tout en me demandant une partie de mes vacations. Après son départ, la surveillante m’a quasiment obligée à prendre un rendez-vous avec une psychiatre, rendez-vous que j’annulai peu après, reprenant rapidement des forces ce qui me permit de revenir travailler aux Urgences quatre jours plus tard.
Les deux années suivantes, ce confrère et mes consœurs des Urgences, avec lesquelles je travaillais auparavant dans une ambiance de respect réciproque changèrent de comportement à mon égard. L’une de ces médecins internistes, auparavant assez aimable, apparemment fière au début de son activité dans le service de soigner des patients démunis, se permit entre autres de me railler sur la faible rémunération des médecins ayant mon statut alors que j’aurais dû bénéficier depuis longtemps d’un poste de praticien hospitalier mi-temps L’autre, qui avait à l’occasion approuvé mon efficacité et félicitée de poser le diagnostic le plus précis possible avant le transfert du patient se mit à remettre en question ma façon de travailler. J’étais désormais devenue ‘’impossible à cadrer‘’. Après avoir été retirée du tableau des gardes de nuit puis réquisitionnée le samedi 22 avril, les internes du Centre Hospitalier s’étant mis en grève illimitée, je repris des gardes, mon travail s’étant bien déroulé lors de cette réquisition.
Après une période où j’observai ces modifications de comportement avec un relatif détachement doublé d’incrédulité, l’élément déclencheur de ma réaction fut le retrait de mes trois dernières vacations par le Chef de Service des Urgences sous le prétexte que je ne supporterais pas la charge de travail dans le nouveau service, la prise en charge de patients posant des problèmes chirurgicaux. Ce jour-là je compris pour l’une des premières fois de mon existence la signification de l’expression ‘’ mon sang ne fit qu’un tour !’’.
Dès le lendemain, je m’informai de la possibilité d’un recours syndical auprès de Monsieur le Docteur Jacques GIRON et téléphonai à Monsieur le Docteur Jean DARNAUD, brillant Diabétologue, Président d’Honneur du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers de Centres Hospitalo-universitaires.
Le Docteur DARNAUD me dit que les administratifs hospitaliers voulaient désormais un hôpital sans malades !
Il me précisa que d’autres Médecins Attachés avaient subi des pressions et avaient pris un avocat. Il évoqua des cours de harcèlement moral suivis par plusieurs chefs de service… Il m’informa que quatre médecins hospitaliers s’étaient déjà suicidés en France après avoir subi des pressions, en particulier un confrère de Fréjus qui avait mis fin à ses jours par balle de revolver face au bâtiment administratif de l’hôpital. Je mesurai mieux la dangerosité de la situation que je vivais et la nécessité de donner l’alerte. Je consultai une Avocate, Maître Agnès DARRIBERE, pour la première fois de ma vie, avec la ferme intention de révéler ce qui se passait au sein de l’hôpital pour tenter d’éviter la survenue de drames.
J’informai oralement le Chef de Service et la surveillante que j’avais pris une avocate.
Trois semaines plus tard, le 21 novembre 2000, la surveillante vint me provoquer dans le couloir alors que je venais de gérer un patient du Service de Neurochirurgie de Monsieur le Professeur TREMOULET présentant une récidive de tumeur cérébrale. Je l’avais accompagné dans le service de Neuroradiologie pour une tomodensitométrie cérébrale avant de montrer les résultats de son examen à un neurochirurgien et de téléphoner pour lui trouver un lit. L’expression haineuse du visage de la surveillante à ce moment-là est quasiment impossible à décrire, au point en tout cas de faire baisser les yeux à l’infirmier témoin de la scène, Patrick LAMMERTYN. Je dus répondre à deux psychiatres, un Chef de Clinique, Monsieur Jérôme BOUCARD et une interne, Mademoiselle MURRAY appelés par mon Chef de Service et ‘’préparés’’ par ma collègue, Madame le Docteur Marie TUBERY dans le bureau situé à côté du secrétariat.
J’expliquai à Monsieur BOUCARD qu’à ma connaissance il était impossible d’enlever ses vacations à un médecin Attaché effectuant au moins 5 vacations depuis de longues années sans son accord écrit. J’ai précisé que je ne me sentais pas déprimée, que je travaillais jusqu’à des heures tardives au cabinet, ce qui était impossible en cas de dépression. Il me répondit que cela était variable. J’acceptai de parler à Monsieur le Professeur Dominique LAUQUE à qui je rappelai qu’il m’avait reproché mon âge et mon absence de formation spécifique alors que je n’avais jamais commis de faute professionnelle en seize ans. J’avais toujours été traitée avec courtoisie par mes collaborateurs médecins. Un confrère, Monsieur Hervé LEVENES avait même pris congé de moi lors de son départ de Toulouse en me disant de rester travailler dans le service car j’étais l’âme silencieuse et efficace du Service des Admissions Médicales … Je lui rappelai que la veille personne n’était venu me chercher pour la visite officielle du nouveau bâtiment. Cette étrange consultation se termina relativement bien, le Chef de Clinique, Monsieur Jérôme BOUCARD, m’invitant à retourner travailler dans le Service mais Monsieur le Professeur Dominique LAUQUE s’y opposa en secouant la tête.
Je quittai le bureau en précisant que j’espérais que le ‘’secret médical ‘’ serait respecté…
Etrange fin de fonctions, alors que j’avais toujours respecté le travail fourni par ce chef de service, tout particulièrement lorsque les conditions de travail initiales aux urgences étaient particulièrement difficiles.
Lorsque j’appelai Monsieur le Docteur Jean DARNAUD, il me dit avoir été ‘’estomaqué’’ par l’envoi des psychiatres. Il me conseilla de ne pas retourner dans le service, au risque selon lui d’avoir à porter à tort la responsabilité du décès d’un patient…
Je décidai donc de limiter mon activité à mes consultations au cabinet, tout en constituant mon dossier juridique et en tentant de diffuser l’information sur les pressions sévissant au Centre Hospitalier.
2
2001
Le 15 janvier 2001, je suis reçue à la Mairie de Toulouse par Monsieur Pierre PUEL, Adjoint au Maire, à la demande du Professeur Philippe DOUSTE-BLAZY que j’avais informé en octobre 2000, me souvenant qu’il était Chef de Clinique dans le Service de Monsieur le Professeur GALINIER lorsque je débutais mon activité au SAM et qu’il connaissait de ce fait mes conditions de travail initiales.
Je résume les pressions subies. Monsieur PUEL me dit qu’il comprend ma réaction après 16 ans de dévouement, que j’aurais dû demander un poste de praticien hospitalier. Il me demande si la situation est récupérable avec mon Chef de Service. Mon regard doit être éloquent. Il me demande si je veux de l’argent, je lui réponds que je veux du travail. Mais il me rétorque qu’il faut faire la demande à l’Agence Régionale d’Hospitalisation. Il me remet sa carte, me dit de le rappeler 8 jours plus tard.
Je contacte deux jours plus tard Monsieur le Professeur Michel KREMPF, Chef du Service de Pneumologie et Allergologie, ayant travaillé durant 5 ans à sa consultation. Il me dit que ‘’ je tiens le bon bout ‘’ si Monsieur PUEL évoque l’obtention d’argent. Monsieur KREMPF me recevra plus d’une heure dans son bureau la même semaine. J’avais rencontré pour la première fois ce grand enseignant lorsque j’étais étudiante en troisième année, lors d’un cours matinal concernant l’auscultation pulmonaire et cardiaque dans le service de Monsieur le Professeur MIGUERES. J’avais été frappée par le profond respect et la douceur avec lesquels il avait ensuite examiné dans sa chambre une patiente souffrant d’une pleurésie.
Après m’avoir courtoisement accueillie et m’avoir précisé qu’il pouvait être le prochain médecin interrogé par un psychiatre, il m’a patiemment écoutée lui exposer la lutte que je débutais pour ma réintégration. C’est lui qui me conseillera pour la constitution de mon dossier juridique de contacter le psychiatre qui m’a interrogé, qui est son propre témoin.
Lorsque je rappellerai Monsieur PUEL le 22 janvier, il me confirmera qu’il me soutient dans mon combat.
Le 31 janvier, je me rends à l’Hôtel Dieu pour rencontrer le Directeur des Affaires Juridiques, Monsieur DUCLOS. Il me dit que le travail dans le secteur public use, que les médecins sont de mauvais managers, précise que l’une de mes consœurs est ‘’une tueuse qui flingue tout le monde, administratifs et soignants‘’ que mon Chef de Service était très embarrassé lorsqu’il est venu le voir en lui demandant ce qu’il devait faire de ces vacations. Si un Chef de Service me donne des vacations je serai réintégrée. J’explique que de mon côté je ne peux guère me permettre d’être usée, mon activité professionnelle devant se prolonger jusqu’à ma retraite.
Ce Directeur se souvient d’un précédent conflit juridique, particulièrement lointain entre un Attaché et son Chef de Service, s’étant soldé semble-t-il par un retentissement psychologique notable chez ce pauvre confrère, devenu littéralement obsessionnel. Je maintiens ma demande des coordonnées exactes du Directeur du Centre Hospitalier, Monsieur Daniel MOINARD, pour lui envoyer un courrier témoignant de ma démarche.
Le lendemain matin, Monsieur DUCLOS me fait appeler par sa secrétaire pour me préciser que notre conversation s’était déroulée amicalement mais qu’il ne m’avait jamais officiellement rencontrée.
Le 8 mars, je dépose les deux témoignages constituant les preuves écrites du harcèlement au domicile chez mon Avocate, Maître Agnès DARRIBERE. Je mesure mieux la gravité de l’agression subie lorsqu’elle me précise le montant des indemnités obtenues grâce à elle par un confrère du secteur privé ayant subi un harcèlement, en particulier des pressions concernant des gardes de nuit. Mais mon impression de soulagement à la sortie de son cabinet est indescriptible : j’ai des chances de parvenir à prouver les tortures morales subies par des soignants consciencieux et dévoués en France ! Sur mon élan, je me rends à la Réunion Publique de Philippe DOUSTE-BLAZY salle Jean Mermoz, organisée comme une sorte de ‘’show’’. A aucun moment il n’y sera question de l’hôpital.
Le jeudi 22 mars, Monsieur le Docteur Jean DARNAUD me reçoit dans son bureau de la Clinique Dieulafoy à Purpan. Je me souviens du stage en Diabétologie que j’avais effectué dans son service avec un groupe de charmantes externes et deux endocrinologues à présent installés en ville. La photographie de fin de stage avait été prise à l’extérieur de ce bâtiment gris de 6 étages qui a depuis bien sûr subi les ravages du temps. Nous étions tous et toutes particulièrement souriants sur cette photo. Au cours de ce stage j’avais retrouvée comme patiente une de mes anciennes professeurs de français du lycée Saint-Sernin, particulièrement cultivée et parfois journaliste pour une radio locale. Elle avait un jour expliqué à notre classe qu’elle avait été amenée à interviewer Yves MONTAND dans sa chambre de l’Hôtel ‘’Les Comtes de Toulouse‘’. Lorsqu’il avait connu sa profession, il lui avait dit n’avoir jamais eu de maîtresse comme elle ! Elle prodiguait de précieux conseils aux adolescentes que nous étions : il fallait séduire la personne du sexe opposé par l’apparence extérieure mais le retenir par sa r

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