Madame Adina
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Madame Adina , livre ebook

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Description

Madame Adina, une dame d'un certain âge, est emmenée en ambulance. De jeunes voisins, Fannie et Cyril, observent la scène en curieux. Plus tard, les enfants apprennent que Mme Adina a été victime d'une agression. Ils s'offrent pour s'occuper de ses chats pendant son absence.
En entrant chez elle, ils constatent que l'appartement a été saccagé. Au fil des jours, ils découvrent peu à peu chez leur voisine des aspects de son passé que personne ne soupçonnait. Figure haute en couleur et objet de racontars en raison de son allure bohème, Mme Adina viendrait en réalité d'une famille très à l'aise financièrement. De plus en plus intrigués par le personnage, Fannie et Cyril trouvent des indices qui aideront la police à mener son enquête.
L'agression contre Mme Adina, apprend-on, serait en fait liée au passé communiste de son pays d'origine, en Europe. Mais qu'est-ce que le communisme vient faire là-dedans ? Et qu'est-ce que le communisme ? Voilà un autre mystère à résoudre pour Fannie et Cyril.
Madame Adina
Alain Cavenne
Les Editions L'Interligne, 2017
ISBN : 978-2-89699-566-0

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896995684
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0016€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chapitre 1








T out excitée, Fannie fit irruption dans la chambre de son frère.
– Cyril, il y a une ambulance dans la rue, juste en face !
– Et après ? répondit Cyril.
– Ils ont sorti une civière ! C’est vrai, viens voir !
– Il y a quelqu’un de malade, ça arrive. Laisse-moi finir mon casse-tête.
Fannie sortit de la chambre de Cyril et retourna au salon. Depuis que Cyril s’était mis à faire des casse-tête, plus rien d’autre ne pouvait l’intéresser. Aussitôt qu’elle mit le nez à la fenêtre, elle lança un cri.
– Cyril, la police vient d’arriver, c’est grave ! C’est Mme Adina !
Soudain Cyril hésita. Il ne lui restait qu’une cinquantaine de morceaux à placer, mais avec une ambulance et la police juste en face, chez Mme Adina… Il était peut-être en train de rater un événement sérieux. La curiosité l’emporta, il se leva pour aller retrouver Fannie. Malheureusement, il avait une jambe engourdie. Il perdit l’équilibre, se heurta la tête contre le cadre de la porte. Ouille ! Il entra dans le salon en se frottant le crâne et en boitant. Fannie, la tête collée à la fenêtre, sursauta quand Cyril se glissa à côté d’elle.
– Il vient juste d’arriver une deuxième voiture de police, regarde !
Une ambulance était arrêtée au milieu de la rue et derrière, deux voitures de police. Les gyrophares des véhicules tournaient, orange et blanc pour l’ambulance, bleu et blanc pour les autopatrouilles. Un policier était debout en compagnie d’une femme devant la porte ouverte de Mme Adina, un autre se tenait sur le trottoir et tournait la tête à droite et à gauche, surveillant on ne savait trop quoi, disant aux passants de circuler.
– Ils sont où, les autres ? demanda Cyril.
– Ils sont entrés chez Mme Adina.
– Viens, dit Cyril, dehors on verra mieux. Il se passe quelque chose !
Ils n’étaient pas les seuls à avoir eu la même idée. D’autres voisins étaient sortis, des curieux s’étaient arrêtés et parlaient entre eux. L’attente ne fut pas longue. Les ambulanciers, précédés d’une policière, sortirent de l’appartement en tenant une civière à bout de bras. Cyril et Fannie eurent la même réaction : « Ouf ! Elle est vivante ! »
En effet, la tête de Mme Adina n’était pas recouverte, comme on fait quand une personne a perdu la vie. Des courroies la retenaient, mais la couverture s’arrêtait à son cou et elle portait un masque à oxygène. Quand même : l’ambulance, la police, la civière, l’oxygène, ça devait être grave…
Les ambulanciers hissèrent Mme Adina à l’intérieur de l’ambulance, un ambulancier monta avec elle, l’autre prit le volant et le véhicule s’éloigna en faisant entendre sa sirène. Peu après, une des voitures de police démarrait aussi, emmenant la femme qu’ils avaient vue à la porte, mais une policière stationna la deuxième le long du trottoir et resta quelques instants à l’intérieur, à discuter avec son coéquipier. Finalement ils sortirent de la voiture, tenant tous deux un carnet.
Pierre Martin, le voisin d’à côté, s’avança vers eux et leur adressa la parole. Le policier se tourna vers les badauds et cria : « Rentrez chez vous, c’est fini. Il ne s’est rien passé. »
– Non, certain ! lança Fannie. S’il ne s’est rien passé, pourquoi est-ce qu’il dit que c’est fini ?
– Je ne sais pas, répondit Cyril. Moi je retourne à mon casse-tête.
– Je reste un peu, décida Fannie. On ne sait jamais.
– Toi, t’as trop d’imagination. Ils sont partis, qu’est-ce que tu veux qu’il arrive ? Tu devrais venir m’aider. J’achève, mais j’ai des problèmes avec le ciel. Tout ce qui me reste, c’est un tas de morceaux bleus ou gris. T’es bonne là-dedans, je veux le finir.
– D’accord, j’arrive.
Quand Fannie apparut dans la chambre de Cyril, elle était de nouveau tout énervée.
– Les policiers passent aux portes, ils questionnent les voisins. Peut-être qu’ils vont venir ici !
– Pourquoi ? On n’a rien vu, on ne sait pas ce qui s’est passé, c’était fini quand l’ambulance est arrivée.
– Oui, mais ils ne le savent pas, c’est pour ça qu’ils frappent aux portes !
À peine quelques minutes plus tard, la sonnette retentit.
– Tu vois ? Les voilà ! lança Fannie, et elle bondit hors de la chambre.
Cette fois, Cyril était ébranlé. Il se leva lui aussi. Sa sœur avait fait entrer la policière et parlait déjà avec elle. Aïe ! Fannie avait raison, se dit-il, la police est chez nous ! Et il eut une deuxième pensée, inquiétante : son casse-tête ! Fannie serait bien trop excitée pour l’aider à finir !
– C’est mon frère, dit Fannie, mais il n’a rien vu, lui, il était dans sa chambre. Moi j’ai tout vu, du début à la fin, j’étais à la fenêtre !
– Bravo, c’est exactement ce qu’on cherche, dit la policière. Comment tu t’appelles ?
– Fannie. Lui, c’est Cyril.
– Moi, je m’appelle Anne Beauregard. Tes parents sont à la maison ?
– Non, ils travaillent.
– Alors, Fannie, tu as vu quoi au juste ?
– J’ai vu l’ambulance arriver, puis la police : deux policiers dehors, deux qui sont entrés. Les ambulanciers ont sorti Mme Adina en civière, elle n’était pas morte parce qu’elle portait un masque, puis ils sont partis. Après, vous avez commencé à frapper aux portes. Qu’est-ce qui est arrivé ? Mme Adina est malade ?
– Non, elle a eu un accident, dit la policière. Justement, on aimerait savoir si vous avez entendu des bruits bizarres ce matin ou même hier soir.
– Quelle sorte de bruits ?
– Je ne sais pas, des bruits qu’on n’entend pas d’habitude. Des coups, des chocs, une voiture qui part vite…
– Non, rien du tout. Hein, Cyril ?
– Je ne peux pas dire. Moi, je n’ai rien entendu.
– Avez-vous entendu des cris, des choses cassées ?
– Non, fit Fannie, on n’a rien entendu. C’était tranquille…
– C’est vrai, ajouta Cyril, c’était tranquille.
– Dernièrement, avez-vous vu quelqu’un, un étranger dans le quartier, quelque chose d’inhabituel, n’importe quoi ? Avant que l’ambulance arrive…
– Pas vraiment… Toi, Cyril ?
– Moi non plus. Quelle sorte d’accident elle a eu, Mme Adina ? C’est quoi, les choses cassées ?
– Rien en particulier. Finalement, ce n’était pas trop grave, vous allez la revoir bientôt. Vos parents reviennent à quelle heure ?
– À 5 ou 6 heures, ça dépend, répondit Fannie. Voulez-vous leur parler ?
– On verra, c’est possible que quelqu’un repasse en soirée ou demain. En tout cas, merci et dites à vos parents qu’on est venus.
La policière alla frapper chez d’autres voisins. « Toi, viens m’aider ! » dit Cyril à Fannie.
Quand il arriva dans la chambre, il lança un retentissant : « Non, Agathe ! Descends ! » La chatte s’apprêtait à se coucher sur le casse-tête. Des fois, quand Cyril faisait ses devoirs, Agathe grimpait sur son bureau. Elle aussi aimait s’instruire. Mais sur le casse-tête, pas question ! Agathe sauta et s’enfuit.
– Ne crie pas après elle ! dit Fannie.
– Hier, elle a sauté sur ma table et elle a défait toute une section du moulin. Ça m’a pris dix minutes à réparer les dégâts. C’est déjà assez difficile comme ça, je n’ai pas besoin qu’Agathe s’en mêle !
– Bon… Alors, où en es-tu ?
Les casse-tête, c’était la nouvelle passion de Cyril, qui depuis quelques jours y consacrait des heures et des heures. À l’école, il avait gagné à la fin de l’année un casse-tête de cinq cents morceaux, Vue de Venise . Il s’était dit : « Quel drôle de cadeau ! » Il n’avait jamais fait de casse-tête de toute sa vie, sinon quand il avait trois ou quatre ans, des casse-tête d’animaux avec de gros morceaux, comme les enfants en font. En voyant son cadeau, Cyril n’avait pas été impressionné. « Qu’est-ce que je vais faire avec ça ? » s’était-il demandé. Puis, un jour de pluie qui suivait un autre jour de pluie, tanné de pitonner à l’ordinateur, de lire des textos comme « Il fait moche, hein ? » et d’autres niaiseries, il sortit son cadeau. Pour passer le temps…
Le temps passa à une vitesse prodigieuse. Il mit tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée à faire son casse-tête.
Il n’avait jamais imaginé qu’un casse-tête puisse être une entreprise aussi laborieuse… et prenante ! Ça ne s’appelait pas casse-tête pour rien. Deux jours plus tard, en rentrant du parc avec sa planche à roulettes, il passa devant une vente de garage dans la rue et vit un casse-tête de mille cinq cents morceaux, à deux dollars ! L’image était assez belle : de l’eau, un bateau, un moulin à vent et beaucoup de nuages. La femme qui vendait ses affaires l’assura qu’il ne manquait aucun morceau. « Il est difficile, il casse vraiment la tête, celui-là ! » ajouta-t-elle. Cyril demanda à la dame de le garder une minute, courut à la maison et revint vite avec l’argent. Il passa le reste de l’après-midi et la soirée dans sa chambre. Le lendemain aussi, il pleuvait. Le troisième jour, le ciel s’était dégagé, il aurait pu retourner au parc, mais il approchait de la fin, il voulait terminer à tout prix.
– J’ai fini le moulin à vent, le bateau, la mer, dit Cyril, il me reste juste des morceaux de ciel et des nuages. J’ai de la misère. Tu peux m’aider ?
– Si tu veux… Qu’est-ce que tu penses qui est arrivé à Mme Adina ?
– Je ne sais pas. Elle a pu tomber malade…
– Pourquoi la police est venue ? Quand quelqu’un est malade, on envoie l’ambulance. Là, deux voitures de police pour une personne malade ? Ils ont d’autres chats à fouetter !
– Fannie ! Qu’est-ce que tu penserais si quelqu’un se mettait à fouetter Agathe ?
– Bon, d’autres choses à faire. Mais pourquoi la police ?
– Il lui est peut-être arrivé quelque chose de grave, comment veux-tu qu’on le sache ? Toi et ton imagination…
– La police cogne aux portes et demande si on a vu des étrangers dans le quartier, si on a entendu des bruits. Toi, tu manques d’imagination !
Le bruit de la porte d’entrée interrompit leur conversation.
– C’est maman, dit Fannie. On va lui dire ce qui est arrivé.
– On ne sait pas ce qui est arrivé.
– On peut au moins dire que la police est venue ! lança Fannie.
Déjà, Florence vidait un sac d’épicerie et elle écouta sa fille d’une oreille distraite. Fannie lui raconta les événements de l’après-midi, mais elle était tellement excitée qu’elle n’arrivait qu’à s’embrouiller.
– Qu’est-ce que tu dis ? demanda sa mère. La police est venue ici ou chez Mme Adina ?
– Les deux ! La police est allée chez Mme Adina, après elle est venue ici quand l’ambulance est partie.
– Peux-tu me donner le temps d’arriver ?
– Franchement ! dit Fannie, dépitée. Quand est-ce que la police sonne chez nous ? Ils vont revenir pour vous questionner, papa et toi.
– Ils vont revenir ? demanda Florence, intéressée tout à coup. Écoute, ma chérie, laisse-moi mettre le souper au feu, papa va arriver et là tout le monde va t’écouter.




Chapitre 2








I ls étaient à table et parlaient justement de ce qui était arrivé chez Mme Adina quand on sonna à la porte. C’était la police, comme Fannie l’avait prédit, un homme, cette fois. Il voulait parler à Florence et Bernard de leur voisine d’en face, Mme Adina Olaru. Avaient-ils entendu ou vu quelque chose d’inhabituel ou d’étrange dans la rue la veille ou durant la nuit, plus tôt en matinée ? Avaient-ils aperçu des personnes étranges dans le quartier au cours des derniers jours ? Les mêmes questions que la policière en après-midi. Le jeune policier n’entra pas dans la maison comme sa collègue l’avait fait, il resta sur le perron. Fannie et Cyril s’avancèrent et écoutèrent attentivement.
– Moi je n’ai rien vu, dit Bernard, questionnant Florence du regard.
– Moi non plus, rien de particulier. Mme Adina reçoit beaucoup de monde, ajouta Florence, on a dû vous le dire. Elle a sa clientèle.
– Elle est diseuse de bonne aventure, il paraît, dit l’agent.
– Oui, voyante, un peu tout ça, confirma Florence. Il y en a qui prétendent qu’elle est une sorcière, mais Mme Adina est la plus paisible des femmes. Elle tire aux cartes, elle n’a jamais dérangé personne.
– On va s’en souvenir, dit l’agent. Merci beaucoup.
– C’est grave, ce qui est arrivé ? demanda Bernard.
– Elle va s’en tirer. Il y a du désordre dans l’appartement, elle a été frappée assez brutalement.
– Elle a été frappée ? s’exclama Florence. Elle qui a toujours un sourire pour tout le monde ! Pourquoi, par qui ?
– C’est ce qu’on veut savoir, fit l’agent, qui se reprochait intérieurement d’en avoir trop dit. Demain, si elle peut parler, on en saura plus long.
Le policier partait quand soudain Florence pensa à quelque chose.
– Savez-vous si quelqu’un va nourrir ses chats ? demanda-t-elle. Ils vont avoir faim, ils vont avoir soif, il y a la litière à nettoyer…
– Ses chats ? Je ne suis pas au courant.
– Ben, elle a plusieurs chats, Mme Adina, c’est connu. Il faut les nourrir.
– On pourrait s’en occuper ! lança Fannie.
– C’est vrai, approuva Florence.
– Attention ! s’interposa Bernard. Est-ce qu’il y aurait un risque ? Il y a eu de la violence, on ne voudrait pas…
– Je pense que pour la violence, c’est fini, dit l’agent. Mme Adina est à l’hôpital, elle est protégée.
– Alors il faudrait une clef pour entrer, dit Florence.
– Je note, répondit l’agent. Demain, on devrait pouvoir l’interroger. Je peux prendre votre numéro de téléphone ? On va vous appeler.
L’agent nota le numéro et l’adresse, salua et Florence referma la porte.
– Eh ben, Mme Adina a été attaquée, battue, dans son appartement !
– Je l’avais dit que c’était grave ! lança Fannie.
Elle était atterrée par ce qui venait d’arriver à leur voisine, et en même temps fière d’avoir soupçonné avant les autres que Mme Adina avait couru un vrai danger. Heureusement, au dire du policier, elle allait s’en tirer, on comptait pouvoir la questionner bientôt.
Le reste du repas fut une longue conversation au sujet de Mme Adina. Florence confessa qu’elle s’était déjà fait tirer aux cartes chez elle. Par curiosité, et elle sentait que ça pourrait lui faire du bien… Bernard en fut grandement étonné. Fannie et Cyril voulurent la faire parler, mais Florence refusa net de révéler ce que Mme Adina lui avait dit. Elle décrivit cependant l’appartement : des chats qui circulaient, une boule de cristal sur un meuble, des chandelles allumées, une grande quantité de livres, des tentures à la fenêtre d’une petite pièce. Il faisait sombre et Mme Adina lui avait servi du thé. Elle n’avait utilisé que des cartes.
– Elle a été fine avec moi, ajouta-t-elle. Elle était habillée comme d’habitude. Le plus curieux, c’est que je n’aurais pas pu deviner son âge. Je lui parlais et je ne pouvais pas dire si elle avait cinquante ou soixante-dix ans. Aujourd’hui, quand je la croise dans la rue, on jase toujours un peu. Je pense qu’elle doit avoir autour de soixante ans, un peu plus.
– Mais qui pourrait lui vouloir du mal ? demanda Fannie. Elle a été chanceuse !
– Peut-être que son agresseur n’avait pas prévu en venir aux coups, répondit sa mère.

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