Mon père est une chaise
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Mon père est une chaise , livre ebook

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Description

Les premiers romans pour adultes de Jean-François Beauchemin, Comme enfant je suis cuit et Garage Molinari, ont été salués par la critique. Il nous offre maintenant un roman jeunesse magnifiquement illustré par Marc Mongeau, un récit à la fois drôle, poignant et dérangeant sur la folle entreprise d'un garçon qui décide de contester certaines règles établies.
Un soir, le père d'Anatole Malabar tombe sur la tête et perd la raison. Cet accident marque pour lui le début d'une nouvelle existence, une chance unique de tout reprendre depuis le début. C'est du moins l'avis de son fils de 11 ans, qui nous entraîne au gré de son imagination délirante dans une aventure rocambolesque. Anatole décide de protéger et d'assister son papa adoré dans les premiers moments de sa nouvelle vie. Ce sera l'occasion pour ce garçon déraisonnable, hyperactif et friand des aventures illustrées de Lothar et son guépard d'inverser les rôles et de remplir un moment la tâche du père, ce qu'il fait en défiant allègrement toutes les conventions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 janvier 2013
Nombre de lectures 2
EAN13 9782764417140
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

TITAN +
Du même auteur
Comme enfant je suis cuit, roman, Québec Amérique, 1998.
 
Garage Molinari , roman, Québec Amérique, 1999.
 
Le chien qui voulait apprendre le twist et la rumba , texte paru dans Récits de la fête , collectif d’auteurs, coll. Mains libres, Québec Amérique, 2000.
 
Les Choses terrestres , roman, Québec Amérique, 2001.

Données de catalogage avant publication (Canada) Beauchemin, Jean-François
Mon père est une chaise
(Titan +)
Pour les jeunes.
9782764417140
ISBN 978-2-7644-1714-0 (EPUB) I. Titre. II. Collection.
PS8553.E171M66 2001 jC843’.54 C00-942112-2
PS9553.E171M66 2001
 
Les Éditions Québec Amérique bénéficient du programme de subvention globale du Conseil des Arts du Canada.


Elles tiennent également à remercier la SODEC


pour son appui financier.
Diffusion :
ADP, 955, rue Amherst
Montréal (Québec), H2L 3K4
(514) 523-1182 extérieur: 1-800-361-4806 • télécopieur : (514) 939-0406
 
Dépôt légal : 1 er trimestre 2001
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
 
Révision linguistique : Diane-Monique Daviau
Mise en pages : PAGEXPRESS
 
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés
©2001 Éditions Québec Amérique inc.
www.quebec-amerique.com
Sommaire
TITAN + Du même auteur Page de titre Page de Copyright Dedicace Mercredi soir, boulevard aux Oiseaux Un nouveau père, nom d’une vipère! À l’ouvrage, à l’ouvrage ! Une porte infranchissable Le poste d’observation Holà ! au lit! Boum ! Voici une lorgnette! Une tartine et... un voisin! Arrière, Pipeau! Mille crapauds! Tous au bain, mousse à chien! Allô ? Ici Blaireau! À la soupe! À la pêche avec ma perche! Un peu de vinaigre ? Voilà les affreux! À l’attaque, Poulette! Noirfléau! Par ici les rideaux! Des comprimés plein la citrouille Mon père est une canicule Le trompettiste dans papa Pompons les comprimés dans papa! J’ai une trouille terrible Ça grille, ça grille! Lothar m’embauchera-t-il un jour? Des biscuits pour déjeuner Blaireau dans le combiné La tête douce de Poulette Mille crapauds! Voilà une auto! Encore une leçon de caleçon Du renfort, tout de suite? Nom d’une truite! Une pluie de biscuits! Quatre policiers sur le palier Poulette à la rescousse! Petit répit au salon Faut pas t’en faire Jus de chaussettes ! Revoilà les quatre truites à casquettes! Catastrophe et Catapulte Il pleut des objets Okay, les gorilles Les mots de Poulette
Pour Geneviève, Pierre-Luc et François Beauchemin, qui auront mon âge en 2030.
Mercredi soir, boulevard aux Oiseaux
Ça se passe chez nous, boulevard aux Oiseaux. Après l’école, pour me rendre utile, j’ai ciré l’escalier jusqu’à ce que ça reluise à mort. « Ça fera plaisir à papa », me dis-je en rangeant ma brosse et ma cire sous l’évier, une fois ce beau travail terminé. Puis je monte Guépard, ma bicyclette jaune, jusqu’à la cuisine, et avec Poulette on course comme des fous dans l’appartement en attendant que papa rentre du boulot. À tous les coups c’est moi qui gagne, parce que cette bicyclette roule formidablement. Mais, aussi, Poulette est déjà tellement vieille !
Au bout d’une heure environ, j’entends boum ! C’est papa qui arrive et qui glisse sur une marche parce qu’il ne remarque rien de mon cirage. Dans le salon je lâche Guépard et je cours, Poulette à mes trousses, voir un peu ce qui se passe. J’ouvre la porte et qu’aperçois-je? Mortesoupe! Raidecroûton ! Chiendoux! Mon père, étendu sur le palier du rez-de-chaussée, les vêtements tire-bouchonnés, des tas de paperasses sorties de sa mallette de vendeur de balais télescopiques, son chapeau, son parapluie et ses chaussures, éparpillés comme des morceaux de pain jetés aux corneilles. Bout de souriceau ! Quelle chute !
Ensuite je reste pendant un moment sans rien faire et tout paralysé de stupeur sur le seuil, parce que je n’ai pas l’habitude de voir les gens rester comme endormis au bas des escaliers.
Finalement je file à la cuisine, je remplis d’eau froide la marmite à macaronis et je reviens la vider sur la tête de papa, flouche! Puis Poulette vient lui lécher les oreilles, et je crois que ça lui chatouille à l’intérieur de la tête parce que le voilà qui s’éveille enfin.
Quand il retrouve ses sens mon père dit : « Je suis une chaise. »
Ce sont les premières paroles de sa nouvelle vie. Sa vie de chaise.
Je m’appelle Anatole, j’ai onze ans, ce soir c’est mercredi. Mon meilleur ami est une chienne qui s’appelle Poulette. Tous les jours je fonce à l’école Montclocher sur le dos de Guépard, ma formidable bicyclette. J’adore l’odeur de la cire à parquet quand ça sort de la boîte. Une aventure illustrée de Lothar et son guépard est imprimée sur mon caleçon. Le mois dernier, maman est partie vivre ailleurs, elle dit que papa travaille tout le temps, qu’il n’est plus jamais à la maison, qu’elle en a jusque-là de passer ses soirées à l’attendre.
J’ai les cheveux roux et depuis tout à l’heure mon père est une chaise.
Un nouveau père, nom d’une vipère!
Truffe de chien! Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir droit à deux vies au cours de la même existence. De pouvoir tout reprendre à zéro. De faire comme si rien ne s’était passé jusqu’ici et de rembobiner.
Pour la première fois dans cette vie remplie de trucs ennuyeux la chance sourit à mon père. Et ce n’est pas moi qui vais tout faire rater en allant raconter ce soir aux voisins que papa est en train de rembobiner. Ni aux voisins, ni à personne d’autre. Motus et bouche fermée : ça restera entre lui, Poulette et moi. Les gens sont si jaloux! Certains pourraient être tentés d’essayer de le remettre dans sa vie de vendeur de balais télescopiques. Mais pas question, nom d’une vipère à puces! Ce mercredi soir marque la date de la deuxième naissance de Christian Malabar, père d’Anatole Malabar!
C’est ce que je me dis au bas de l’escalier.
Alors je ramasse en vitesse la mallette, les papiers, le chapeau, le parapluie, les souliers et j’ordonne à Poulette de nous suivre, je prends papa par la main et on remonte en douce tous les trois à l’appartement. Mon père ne dit rien, sauf, à la septième puis à la quinzième marche : « Je suis une chaise.» En chemin je me retourne sans cesse : tout va bien, personne ne nous suit. À cette heure les voisins sont tous devant leur télé. Qu’ils y restent, nom d’un grenier à grenouilles !
Là-haut je verrouille derrière nous. Ah! ils peuvent bien venir, ceux qui essaieraient d’ôter sa nouvelle vie à mon père ! Qu’ils viennent ! Qu’ils viennent ! Ils trouveront à qui parler ! Poil de pou ! Canard à rames ! Boîte à couleuvres !
Mais il s’agit pour l’instant d’établir un plan. Il faudra cacher mon père. Autrement, c’est sûr, on lui chipera sa renaissance. Il faudrait être prêt à soutenir un siège, comme dans Lothar et les forbans , là sur mon caleçon.
Papa est debout au milieu de la cuisine. Muet, le regard fixe, le corps raide. Raide comme une chaise. Je lui saisis les épaules, le plie en deux et l’assieds sur le plancher.
Poulette vient lui lécher le visage.
À l’ouvrage, à l’ouvrage !
Première étape, parce qu’il est six heures : nourrir le nouveau-né. Je m’assieds devant mon père, je demande doucement : « Papa, c’est Anatole. Qu’est-ce que tu veux bouffer pour souper ? Tu m’entends ? »
Pas de réponse. Comme c’est étrange, ces yeux qui vous fixent comme si vous étiez une laitue! On dirait le regard d’une chèvre.
Je songe : mon père est une chaise avec l’âme d’une chèvre.
Je sors à nouveau la marmite, je mets à cuire une montagne de macaronis longs. Plus tard à table, je remplis à ras bord deux assiettes, une pour mon père et l’autre pour moi. Mais ce tas de nouilles ne semble pas l’émouvoir. De son œil de chèvre, il reste là à considérer, sans y toucher, ce repas pourtant délicieux.


À mes pieds, Poulette m’examine bizarrement aussi. Mais je connais ce regard. Quand la chienne me dévisage ainsi, ça signifie toujours : «Et maintenant qu’est-ce qu’on fait, chef ? »
Je réfléchis. Que ferait Lothar dans une telle situation ?
Bon sang, mais c’est bien sûr! Il faut avant tout assurer notre sécurité. Construire une barrière infranchissable entre l’ennemi qui pourrait se pointer et nous. Empêcher l’intrusion de ces limaces à grimaces. Se barricader, quoi. J’ai une idée. Ah! Mais c’est qu’il faudra mettre à contribution mes talents d’ingénieur !
À l’ouvrage, tournecornichon !
Une porte infranchissable
Tout d’abord je mets à nouveau à bouillir dans la marmite tout un tas de macaronis longs. Quand c’est prêt, je brasse cet amas de nouilles et j’y ajoute une bonne dose de farine blanche et quelques menus ingrédients solidifiants : sucre brun, tranches de pain écrasées, poudre à récurer, tout le bidon de colle de menuisier de papa, et aussi un peu de cire à parquet, pour parfumer.
Puis, armé d’une spatule, je colmate le pourtour de la porte d’entrée. Ensuite je renverse la table et je l’appuie contre le tout. Par tous les diables ! si quelqu’un parvient à entrer ici, je ne m’appelle plus Anatole !
Pendant que je m’occupe à ce petit travail, mon père et Poulette me regardent. On lit la perplexité dans les yeux de la chienne. C’est que mon plan est si formidablement mis au point ! Mais on ne peut pas demander aux bêtes de tout comprendre.
Cependant il n’y a rien dans le regard de chèvre de mon père.
Après cet exercice éreintant, j’ai besoin de me délier les jambes.

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