Fog fighters - Au sommet des cent - Poussière moteurs action
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Description

LIVRE 1
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Bataille Royale – Au sommet des cent
L’explorateur Arma, ancien skieur freeride, est un casse-cou qui a la compétition dans l’âme. Sur les pentes enneigées et les lacs gelés, il a tout ce qu’il faut pour refroidir les ardeurs de ses adversaires. Son unique objectif est la Victoire Royale!
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LIVRE 2
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Sauver le Monde – Poussière moteurs action
La guerrière Cop, l’éclaireuse Toy, l’explorateur Rock et l’ingénieur Guz sont les combattants désignés pour une mission éprouvante en plein désert. Dans le sable, le ciel et les tunnels, pas de mise en scène, il faudra improviser car ça va chauffer. L’enjeu est de sauver le monde!

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 avril 2020
Nombre de lectures 1
EAN13 9782898083358
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Bataille Royale – Au sommet des cent
Au milieu du chaos planétaire provoqué par le Fog — un brouillard toxique et radioactif — se trouve une île où les trouées sont aussi prévisibles qu’éphémères. Il n’en fallait pas plus aux survivants réfugiés dans leurs stations spatiales pour en faire un terrain de jeu leur permettant de se divertir et d’aiguiser leurs sens. Ils y organisent des Batailles Royales dans lesquelles 100 combattants surmotivés sont parachutés et s’affrontent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Dans cette arène bordée par le Fog qui se réduit irrémédiablement, il n’y a pas d’autres règles que celles du plus malin et du plus fort.
L’explorateur Arma, ancien skieur freeride, est un casse-cou qui a la compétition dans l’âme. Sur les pentes enneigées et les lacs gelés, il a tout ce qu’il faut pour refroidir les ardeurs de ses adversaires. Son unique objectif est la Victoire Royale !

Copyright © 2020 Gilles St-Martin, Stéphan Bilodeau
Copyright © 2020 Éditions AdA Inc.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Révision éditoriale : L.P. Sicard
Révision linguistique : Mélanie Boily
Illustration de la couverture : Kan-J
Montage de la couverture : Mathieu C. Dandurand
Illustrations à l’intérieur : Kan-J
Images de la section Codex : © Getty images
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier : 978-2-89808-333-4
ISBN PDF numérique : 978-2-89808-334-1
ISBN ePub : 978-2-89808-335-8
Première impression : 2020
Dépôt légal : 2020
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com

Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Arma
Prénom : Jeff
Classe : Explorateur
Ce garçon est une véritable tête brûlée. Chaque fois qu’il y a un risque à prendre, il répond présent. Ancien skieur freeride, il adore la glisse et les cascades. C’est un compétiteur né qui ne recule devant aucun défi. Évidemment, ses excès de confiance lui valent parfois des blessures sérieuses, mais il revient toujours avec la volonté inébranlable de battre ses records. Ses amis le traitent généralement de cinglé, mais il est loin d’être idiot. Il connaît ses limites et les lois de la physique. Les risques qu’il prend sont toujours calculés. Même si l’urgence le pousse à faire des approximations, son talent lui permet généralement de s’en sortir indemne.
PHASE 1
AVALANCHE DE BONNES NOUVELLES
D epuis hier, l’île a complètement changé. Ça, c’est la première bonne nouvelle. Il a en effet neigé abondamment. Ce n’est jamais arrivé et nos scientifiques s’arrachent les cheveux pour essayer de comprendre ce qui s’est passé. Bon courage ! Si j’étais eux, j’oublierais ce détail et je me concentrerais plutôt sur le vrai sujet qui nous concerne tous : éradiquer définitivement le fog de la surface du globe. Si nous voulons retrouver un jour le plancher des vaches, il faudra passer par-là. Et de toute façon, ce brouillard radioactif est si déroutant que les transformations qu’il peut générer sur la planète ne m’étonnent guère.
L’important, c’est que l’île est couverte d’un épais manteau blanc nimbé d’un silence total. Évidemment, ça ne va pas durer. D’ici peu, 100 furieux vont y atterrir pour se livrer un combat chaotique et sans merci. La deuxième bonne nouvelle, c’est que j’en ferai partie. De plus, c’est le jour de Noël. Quel plus beau cadeau pouvais-je rêver que d’être sélectionné pour participer à cette compétition justement aujourd’hui ?
On pourrait croire que je suis sur un nuage. En vérité, c’est pour moi une forme de thérapie. Enfermé dans cette station spatiale froide et austère, je commençais à devenir fou. Il était grand temps que ce jour arrive. J’avais des fourmis dans les jambes à force de patienter. Bon, j’avoue que c’était aussi lié à l’accident que j’ai eu lors de ma dernière mission. J’ai fait les frais d’un éboulement déclenché par nos propres tirs de bazooka contre des muzos troglodytes. Ça m’a coûté deux jambes dans le plâtre pendant cinq semaines et deux longs mois de rééducation douloureuse. Pour moi, c’était physiquement et moralement très éprouvant. Je n’arrêtais pas de gigoter les bras et le buste, tandis que mes membres inférieurs ne répondaient pas comme je le voulais. Toy m’a même surnommé « Culbuto ». Cette éclaireuse loufoque aime me taquiner, et je le lui rends bien. Avec elle, je m’amuse beaucoup. Mais au fond, elle avait raison ; il valait mieux en rire qu’en pleurer.
Aujourd’hui, cette mésaventure est derrière moi. Adieu, le Culbuto ridicule ! Le talentueux Arma est de retour et il est gonflé à bloc !
Avec ce relief et cette neige, toutes les conditions sont réunies pour que je fasse merveille. Je suis le plus heureux des hommes. Avant le grand bouleversement, je passais ma vie à parcourir les massifs montagneux, à défier les plus hauts sommets et à braver les pentes les plus raides. C’était le bon temps. Aujourd’hui, je ne rêve que d’une chose : rechausser mes skis et retrouver cette incroyable sensation de liberté que seule la glisse est capable de m’apporter.
— Explorateur Jeff, nom de code Arma, présentez-vous immédiatement en salle de téléportation ! annonce la voix métallique de l’ordinateur central.
— Hé, ça fait déjà une heure que je poireaute devant ! déclaré-je distinctement, le sourire aux lèvres.
Je m’installe dans le module de téléportation et attends la suite. Je la connais déjà, pour avoir participé à plusieurs batailles royales. Mon meilleur résultat est une 7 e place et mon pire, une 99 e . Dans ce genre d’exercice, ce n’est pas comme aux Jeux olympiques. Il est difficile d’identifier des favoris. Si toutefois on s’y aventure, il faut savoir qu’ils ne remportent pas toujours la victoire. Il peut se passer tellement de choses dans ces événements que les paris tiennent autant du hasard que de la connaissance des participants. Néanmoins, il s’en fait beaucoup sur Espoir-007. Ma cote n’est pas élevée. Je vaux mieux mais mon récent accident m’a fait chuter dans la hiérarchie. Dans un sens, c’est bien mieux ainsi. J’ai joué une belle somme sur moi et je compte bien récolter le jackpot. Je n’aurais alors qu’à le dépenser sans compter à Spacefun où sont invités le gagnant et les membres de sa station spatiale. Ça peut paraître futile, mais quand on a passé des années dans l’espace à observer une planète où on ne peut plus aller en toute liberté, on le voit tout autrement.
— Explorateur Jeff, nom de code Arma, êtes-vous prêt pour la téléportation ?
— Prêt et remonté comme une pendule !
— Attention, téléportation dans 3… 2… 1…
• • •
— Yeah, génial !
J’adore la téléportation. C’est un peu comme sauter d’un avion sans parachute et les yeux fermés, mais en sachant qu’on survivra. Bon, je n’ai jamais essayé, mais j’en ai rêvé et c’était génial.
Me voilà planté comme un piquet au milieu du cercle lumineux numéro 7. La navette de largage se remplit peu à peu. Des gens apparaissent autour de moi. Comme d’habitude, il y a de tout : des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux, des sobres et des excentriques, des sérieux et des comiques. J’adore cette diversité et ces contrastes. C’est quand même autre chose que ces muzos barbants et prévisibles. Enfin, pour la plupart…

Derrière moi, j’aperçois une superbe rousse au look rétro et élégant. Je la connais, elle s’appelle Puce. Elle a récemment gagné une bataille royale, sa toute première.
Non loin d’elle, je retrouve une vieille connaissance. Il se fait appeler Rex. C’est un mec un peu dérangé qui se balade toujours avec un ridicule costume de dinosaure. J’ai déjà croisé sa route dans des batailles royales. Je lui en veux particulièrement parce que c’est à cause de lui si j’ai une fois terminé 99 e . Il avait atterri juste derrière moi et m’a pris en traître. La pire honte de ma vie, à part peut-être la fois où j’ai perdu mon pantalon dans une épreuve de saut à ski filmée en direct par la télévision. Cette fois, je vais tout faire pour être à la hauteur. C’est la victoire royale que je vise, pas la figuration.
J’aime être observé et admiré quand je réalise des prouesses. Dans quelques instants, je sais que je vais être servi. Les drones pullulent sur l’île et c’est très bien ainsi. Les combats sont si nombreux et intenses qu’il est en effet difficile de ne rien manquer. Tous les gens qui orbitent autour de la Terre ont le droit de profiter du spectacle.
— Hé, Arma, évite de te battre avec tes fesses, cette fois, m’interpelle une voix familière.
Je me retourne et avise Salto, un éclaireur d’Espoir-066 qui a beaucoup de panache. Une fois, après avoir sauté d’un toit pour échapper à une rafale de mitraillette, je suis retombé dans un buisson où il avait eu la mauvaise idée de se cacher. Mon derrière en a pris un coup, mais lui a carrément été sorti de la partie.
— Salut, Salto. Es-tu certain que ce costume d’arlequin est un bon choix dans un paysage enneigé ?
— Ce sont les couleurs de la victoire, mon gars.
— Tu as raison, ce sont celles que je verrai quand je t’aplatirai, une fois de plus.
— Tu peux toujours rêver… en couleurs !
Je souris. Cette ambiance concurrentielle où l’humour se mêle au désir de revanche me fait vibrer.
La navette est maintenant pleine. Tout à coup, le haut-parleur annonce :
— Attention, largage dans une minute. Restez bien droits, bras et jambes serrés.
Le tube d’énergie m’enveloppe et l’ogive me coiffe. J’agrippe sa poignée.
Pchiii…
Et voilà : 100 pilules géantes sont prêtes à être lâchées dans le vide.
— Attention, largage dans dix secondes ! annonce la voix de synthèse. Tenez fermement les poignées de commande de vos modules.
Allez, c’est parti. A moi le grand air des montagnes !
— 5… 4… 3… 2… 1… Largage !
PHASE 2
ÇA COMMENCE AU SOMMET
M e voilà enfin en plein ciel. Sous mes pieds s’étale un paysage grandiose. L’île est totalement recouverte de neige. C’est éblouissant et presque émouvant de voir une telle pureté sur cette planète ravagée et souillée par le fog. Ses rivières, figées par le froid, réfléchissent les rayons du soleil qui s’engouffrent abondamment dans la large trouée. Pour l’instant, cet espace laisse apparaître toute l’île, mais elle ne va pas tarder à se réduire.
Autour de moi, les autres concurrents descendent dans leur cellule de largage et s’observent mutuellement. Tout le monde cherche l’endroit idéal pour se poser. Pour ma part, mon choix est fait depuis longtemps. C’est le sommet de la plus haute montagne que je vise. Cette décision est la meilleure à prendre dans mon cas. Non seulement être à cet endroit me permet de dominer l’ensemble de l’arène, mais mes talents de skieur me donneront un avantage pour la longue et dangereuse descende vers la zone qui m’attend.
La zone, cet espace qui ne cesse de se rétrécir au fil de la bataille royale, est un paramètre capital qui conditionne tout le déroulement de l’épreuve. Au début, elle est immense. On n’a que l’embarras du choix pour décider l’endroit où l’on veut atterrir et la direction à prendre. Mais à la fin, elle est si petite que les concurrents encore en lice sont condamnés à une promiscuité destructrice. Telle est la règle du jeu. L’arène se rétrécit et le nombre des participants fond comme neige au soleil.
Pourtant, elle n’est pas prête de fondre, cette neige qui me tend les bras. Un vent glacial me transit, car le tube d’énergie qui m’entourait s’est effacé, le socle sur lequel j’étais juché s’est envolé, et je suis maintenant suspendu à l’ogive qui, freinée par le parachute personnalisé à mes couleurs, descend lentement vers l’île. Ceux qui n’ont pas prévu de vêtements d’hiver vont le regretter. Avant même qu’ils n’aient touché le sol, certains disparaissent déjà. Non mais franchement, il y en a qui ne doutent de rien. Le premier à avoir gagné un retour direct vers sa station spatiale est un blond au look de surfeur et qui était carrément en maillot de bain. C’était amusant de voir son corps bronzé passer au bleu pâle. Pour ma part, je ne crains pas le froid. J’en ai vu d’autres. La rigueur de l’hiver, ça me connaît. Je me souviens d’une expédition dans la chaîne himalayenne où mon bivouac avait été soufflé par une tempête. J’avais construit un igloo de fortune au cœur du blizzard. Cet effort m’avait réchauffé et surtout sauvé la vie.
Ce spectacle aérien jalonné de disparitions prématurées est divertissant. Cependant, il faut rester concentré et penser à la suite. L’espace d’atterrissage que je vise n’est pas plus large qu’une piscine gonflable. Il ne faut pas le rater. Sinon, je serai obligé de me poser des centaines de mètres plus bas. En agissant habilement sur la poignée de l’ogive, je m’approche dans le sens du vent, ce qui facilite le contrôle de ma trajectoire. J’ai déjà bien ralenti ma chute. En contrebas, j’aperçois la plupart de mes adversaires qui prennent la direction des contreforts, des vallées et des agglomérations. Hé, voilà une autre bonne nouvelle. Ça fait trois !
Mon atterrissage sur le sommet de la montagne est d’une précision parfaite. Je m’enfonce délicatement dans un bon mètre de neige craquante avant de rencontrer la roche qui stoppe immédiatement ma descente. Lorsque mon ogive reprend la direction de la navette de largage, j’embrasse le paysage d’un regard satisfait. Je frissonne. Il m’est impossible de savoir si c’est à cause du vent glacial qui siffle dans mes oreilles ou tout simplement de l’excitation de voir enfin débuter cette bataille royale. Quoi qu’il en soit, je profite pleinement de cet instant de paix et de sérénité. Par les temps qui courent, c’est si rare et surtout si bref…
Je chausse mes skis de randonnée, déploie mes bâtons télescopiques et jette un coup d’œil à mon bracelet NUMA. Entre les imprudents qui ont été transformés en glaçons durant le parachutage, ceux qui n’ont pas résisté à des atterrissages catastrophiques et les premières victimes des combats, le compteur n’affiche déjà plus que 51 participants. Au début d’une bataille royale, c’est toujours l’hécatombe. En revanche, celle-ci est particulièrement prématurée. Tant mieux pour moi.
Je profite de ce moment de calme pour analyser la forme de la trouée dans le fog. La montagne sur laquelle je suis juché n’est pas située au milieu. Elle sera donc envahie par le brouillard mortel bien avant la bataille finale. Je ne dois pas attendre pour débuter ma descente. J’anticipe un rétrécissement final au niveau d’un plateau rocheux accessible depuis la face nord de la montagne. C’est la plus escarpée, mais ça ne me fait pas peur. De là où je suis, je vois des explosions. Des détonations retentissent par intermittence dans le lointain. La bagarre fait rage !
Il ne faut rien laisser au hasard. Prendre des risques est une bonne chose, mais il faut que ce soient des risques calculés. Après avoir minutieusement examiné le relief et tiré parti de mon expérience, je décide d’une voie à suivre pour cette descente vertigineuse. Une fois prêt, j’inspire un grand coup pour mélanger l’adrénaline de mon corps avec l’air vivifiant qui m’entoure et m’élance sur la pente. C’est le cocktail du succès !
Mes skis fendent la neige épaisse et durcie par le froid. Je prends rapidement de la vitesse et commence à emprunter des trajectoires sinueuses afin de la maîtriser. Mon regard est rivé devant moi. C’est mon guide. C’est grâce à lui que je parviens à anticiper les obstacles qui se dressent sur mon chemin. Les rochers saillants affleurant le manteau neigeux sont peut-être les plus sournois. La moindre bosse sur cette étendue blanche est synonyme de danger. Pour moi, ce n’est pas effrayant, au contraire. C’est dans ce genre de situation que je suis le plus à l’aise et surtout le plus heureux.

Je me régale. Traçant une route en arabesque sur ce relief où l’horizon n’a plus de sens, je file comme le vent.
Au détour d’un rocher, j’avise un précipice que je n’ai pas anticipé. J’ai trop de vitesse pour m’arrêter. Tant pis, je fonce à toute vitesse vers le vide. Je décolle comme un aigle, stabilise ma position pour profiter d’un maximum de portance et retombe dans une profonde étendue de neige fraîche. Ma course s’arrête brutalement dans ce tapis salvateur.
— Ouch !
Il me faut quelques instants pour reprendre mes esprits. Je tends les bras vers le haut, m’extirpe tant bien que mal de ce carcan humide et m’allonge un instant sur la croute de neige pour retrouver mon souffle. Dans le ciel, j’aperçois à contrejour un drone qui fait du stationnaire. Il a filmé mon saut. J’ai certainement déclenché une ovation à Espoir-007. Cool !
— Groaaarhh !
Hé, c’était quoi, ça ? Ce grognement ne me dit rien qui vaille. Je fais un roulé-boulé et me blottis à l’abri d’un rocher. Depuis mon refuge de fortune, j’observe les environs. Au loin, j’aperçois une silhouette qui avance droit vers moi. C’est un individu grand, massif et… heu… poilu ? On dirait un yeti !
PHASE 3
FACE AU YETI
J e n’en mène pas large. Je ne m’attendais pas du tout à faire ce genre de rencontre sur ces pentes abruptes. Le yeti a probablement dû assister à mon saut. En général, j’aime avoir des spectateurs quand je fais des acrobaties, mais celui-là, je m’en serais bien passé. Instinctivement, je scanne la pierre qui est devant moi à l’aide de mon bracelet NUMA. Cette ressource ne sera pas de trop pour me protéger contre ce monstre, car je ne dispose pas de la moindre arme. Je pourrais bien tenter de le bombarder de boules de neige, mais je doute que ce soit très efficace.
— Groaaarhh !
Houlà, le voilà qui grogne de nouveau. Cet hominidé a d’énormes yeux globuleux qui louchent et lui donnent un air fou. Et pour couronner le tout, il est armé d’un bazooka ! Mais où a-t-il trouvé ça ? Probablement dans une grotte nichée dans un versant de cette montagne. Il est possible qu’il y en ait. Je ne les ai pas cherchées et j’ai préféré faire directement ma descente. C’est peut-être une erreur.
En observant attentivement cette créature, je comprends qu’elle n’a rien à voir avec un muzo des montagnes. Il s’agit en fait d’un homme vêtu d’un costume particulièrement réaliste qui n’a rien à voir avec le déguisement enfantin de Rex.
Il continue d’avancer dans ma direction en laissant d’énormes empreintes de pattes dans la neige. Tout à coup, il s’arrête et son regard se fige sur le rocher derrière lequel je me cache. Je me baisse aussitôt, et attends la suite en croisant les doigts. Comme je n’entends aucun bruit, je finis par me redresser lentement pour jeter un œil à nouveau. Lorsque que ma tête émerge du rocher, j’aperçois le yeti qui me cherche du regard. Sur la fourrure blanche, une lueur bleue bouge légèrement. Elle monte jusqu’à ses yeux et semble le gêner. Il a d’abord un mouvement de surprise, puis il fixe de nouveau le rocher.

Oh non, il m’a repéré ! Je comprends à cet instant que j’ai fait une énorme erreur. La lueur bleue qui l’a alerté est en fait le reflet de mon masque de ski. Je me suis trahi par négligence.
La créature épaule son arme et la pointe vers le rocher. Il ne faut surtout pas perdre de temps. Je matérialise aussitôt une paroi de pierre devant moi.
Shuuu… BAOUM !
Le projectile explose contre le rocher et craquelle mon rempart. Encore un impact et tout s’écroule.
À cet instant, un grondement me fait lever les yeux vers le sommet.
Brrrooo !
Une avalanche ! Avec son arme de brute, ce singe a déclenché la colère de la montagne !
Une énorme masse blanche nimbée d’embruns laiteux dévale la pente comme un raz de marée. Je tire aussitôt sur la corde de mon blouson et appuie sur le bouton d’éjection de mes skis. Mon vêtement se gonfle et une coquille ultralégère m’enveloppe aussitôt.
BRRROOOOOOOOOOOOOO !
L’avalanche est sur moi. Sa puissance est phénoménale. Je me mets à tournoyer comme un Kinder Surprise dans son œuf en chocolat.
— Aie ! Ouille ! Aie !
Je suis chamboulé. Mes pieds ne touchent plus le sol et mes mains non plus. En revanche, mes fesses en prennent un sacré coup. C’est encore pire que quand j’ai atterri sur la tête de Salto. C’est un peu comme si je faisais une partie de bowling en apesanteur dans Espoir-007 et que je jouais le rôle de la boule.
Enfin, tout se calme. Le temps aussi semble s’arrêter. Plongé dans mon cocon de tissu, j’attends patiemment en dressant l’oreille. Je n’entends plus rien à part la brise qui balaye la neige. Je jette un œil sur mon bracelet NUMA. Le compteur de vie affiche 53. J’ai quasiment perdu la moitié de mes points dans cette avalanche. Il est temps de sortir et de reprendre les choses en mains.
J’ouvre ma protection synthétique et débouche aussitôt à l’air libre. Le système anti-ensevelissement a parfaitement fonctionné. Il m’a sauvé la mise. En revanche, j’ai été entraîné une bonne centaine de mètres en contrebas. Cet équipement de sécurité ne fonctionne qu’une fois. J’ai donc utilisé mon joker. Il faut maintenant jouer serré.
Autour de moi, le manteau neigeux n’est qu’un amas difforme parsemé de débris de bois et de roches. À cet instant, ma première pensée concerne mes précieux skis. Sans eux, je perds mon avantage dans ce décor. J’active leur fonction de localisation et ne tarde pas à les retrouver à quelques dizaines de mètres. Je profite de cette recherche dans la neige grumeleuse et remplie de débris naturels pour scanner toutes ces ressources de bois et de roches qui passent à portée de mon NUMA.
Ce stupide yeti-artilleur n’a pas pu s’en tirer. Il est certainement déjà en train de sécher ses poils et de réparer ses fractures dans sa station spatiale. Je souris en pensant à cette scène. Un homme cabossé vêtu d’un costume de yeti flottant en apesanteur dans le centre médical de sa station spatiale, ça doit valoir le détour. Toutefois, j’ai bien conscience d’avoir eu de la chance. D’abord ce saut d’inconscient, puis cette avalanche salvatrice. Cette fois, ma bonne étoile ne m’a pas lâché. Il ne faudrait peut-être pas que je lui en demande trop dans cette bataille royale.
L’arme du yeti me serait bien utile, mais la trouver dans ce chaos revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. J’abandonne donc cette idée, d’autant que je suis allergique au foin.
Résolu à être un peu plus prudent, je chausse mes skis et reprends ma descente en contrôlant ma vitesse et en faisant de fréquentes haltes. La montagne se fait l’écho des combats qui se déroulent dans la vallée.

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