Ecrire un texte érotique et se faire publier
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Description

Vous voila prêt à aborder l'écriture érotique. Raconter le réel et le réalisable mais aussi le fantasme et la transgression. Trouver les mots justes, sensuels et sincères mais aussi les mots troublants, dérangeants, insupportables même.



L'écriture érotique n'est pas si facile qu'elle peut paraître au premier abord. Sans nuance, elle se borne à la description crue de gestes sexuels et verse dans la pornographie. Trop subtile ou lyrique, elle s'élève en poésie, touche le coeur mais pas le corps. Comme le désir, fragile et fort, l'écriture érotique joue les équilibristes. Pas d'inquiétude cependant. Si elle sait se dérober, elle se laisse aussi dompter !



Dans cet ouvrage, vous pourrez butiner d'un texte à l'autre, suivre patiemment l'ordre des pages ou aller directement à l'essentiel. Six chapitres s'offrent à vous, et avec eux, de nombreux exemples pour vous donner le ton et l'audace. Vous pourrez puiser dans chacun les propositions d'écriture selon vos désirs du jour.



Que vos lectures soit bonnes et que vos écrits s'épanchent sans retenue !




  • Au commencement était le sexe


  • Les mots polissons


  • De la fesse au téton


  • L'emprise des sens


  • Mise en scène


  • No limit

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 septembre 2013
Nombre de lectures 1 698
EAN13 9782212236033
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Écrire un texte érotique
Vous voilà prêt à aborder l’écriture érotique. Raconter le réel et le réalisable mais aussi le fantasme et la transgression. Trouver les mots justes, sensuels et sincères mais aussi les mots troublants, dérangeants, insupportables même.
L’écriture érotique n’est pas si facile qu’elle peut paraître au premier abord. Sans nuance, elle se borne à la description crue de gestes sexuels et verse dans la pornographie. Trop subtile ou lyrique, elle s’élève en poésie, touche le cœur mais pas le corps. Comme le désir, fragile et fort, l’écriture érotique joue les équilibristes. Pas d’inquiétude cependant. Si elle sait se dérober, elle se laisse aussi dompter !
Dans cet ouvrage, vous pourrez butiner d’un texte à l’autre, suivre patiemment l’ordre des pages ou aller directement à l’essentiel. Six chapitres s’offrent à vous, et avec eux, de nombreux exemples pour vous donner le ton et l’audace. Vous pourrez puiser dans chacun les propositions d’écriture selon vos désirs du jour.
Que vos lectures soit bonnes et que vos écrits s’épanchent sans retenue !
Faly Stachak est conseil en pratiques d’écriture et auteur notamment du best-seller Écrire, un plaisir à la portée de tous, aux éditions Eyrolles. Elle conçoit et anime des workshops en techniques d’écriture et parfois, quelques nuits d’écriture érotique ( www.falystachak.com ).
Jean-Marie Gachon est chargé de communication au CNRS et chargé de cours en stratégies créatives à l’Université de Strasbourg. Il anime un site de correspondances érotiques depuis plus de dix ans.
Faly Stachak – Jean-Marie Gachon
Avec la complicité de Luc Kern
Écrire un texte érotique et se faire publier
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Pour communiquer avec l’auteur : www.falystachak.com
Dans la même collection et du même auteur : Écrire – Un plaisir à la portée de tous Écrire pour la jeunesse Faire écrire les enfants 50 ans, la plus belle vie des femmes
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2013 ISBN : 978-2-212-55538-7
À Doudou, chère amie, pour sa vie bien remplie.
« Nous sommes sortis tous les deux dans le soleil, sa robe volait, Montmartre avait un air italien. Elle m’a raccompagné au métro, je l’ai embrassée joyeusement sur les deux joues. Nous commencions une histoire de cul et de gaîté. »
Jacques D RILLON , Six érotiques plus un .
Préface
Le genre qui monte
Vous êtes assis dans le métro ou dans le train. Vous plongez une main dans votre sac et, du bout des doigts, vous faites discrètement glisser ce livre sur vos genoux. Vous l’ouvrez, au hasard d’une rencontre, cherchant déjà ce que vous coucherez sur la page. Mais ce n’est pas très commode de lire ainsi, vous relevez le livre. C’est ce mot « érotique » sur la couverture qui vous gêne un peu ? Pourtant, si vos voisins ont quelque charme, ce pourrait être une belle entrée en matière, non ? D’ailleurs, ce mot, porteur de tant d’effets, est devenu si courant ! Aujourd’hui, la littérature érotique n’est plus un tabou. Le livre le plus vendu dans le monde en 2012 ? Un roman érotique ! Et que dire d’Internet ? Difficile de cacher quelque chose... plus de frontières, plus d’interdits. Tout ce qui est à voir, à montrer, à entendre, à dire, circule désormais jour et nuit. À vous les jeux de langue savants à partager en toute intimité ou plus, si affinités ! À vous surtout la liberté d’écrire et d’être lu, dans les limites de la légalité, bien sûr.
Car pour vous aujourd’hui, plus de bûcher, plus de prison, plus de procès, plus de ruine, plus de réputation à sauvegarder, plus de clandestinité, nul besoin de masque ou d’anonymat. Plus de censure non plus, ou si peu, tant il est difficile parfois de juger dans ce domaine-là ce qui est érotique et ce qui ne l’est plus ou ne l’est pas. Adonnezvous sans crainte au plaisir sur la page (doucement !), donnez du sens, osez ! Vous ne serez pas du lot de ceux-là, auteurs, éditeurs, qui, jusqu’à peu encore, ont lutté pour la liberté d’expression, et donc la liberté tout court, poursuivant leurs travaux en dépit des condamnations, avec toutes leurs convictions.
À vous la plume audacieuse, licencieuse et jouisseuse !
Relevez votre livre.
Osez !
Vous voilà prêt à aborder l’écriture érotique. Raconter le réel et le réalisable mais aussi le fantasme et la transgression. Trouver les mots justes, sensuels, et sincères. Mais aussi les mots troublants, dérangeants, insupportables même. Mais si l’écriture érotique paraît facile au premier abord, détrompez-vous. Créative par excellence, elle prend sa source dans l’imaginaire et dans la sexualité. En cela, elle exige du doigté. Sans nuance, elle se borne à la seule description crue de gestes sexuels, et elle verse dans la pornographie. Trop subtile, trop tendre ou trop lyrique, elle s’élève en poésie, touche le cœur mais pas le corps. L’écriture érotique, comme le désir, fragile et fort, joue les équilibristes. Pas d’inquiétude. Si elle sait se dérober, elle se laisse aussi dompter ! Prêt à la coucher sur la page ? Vous allez surprendre et vous surprendre.
Mais comment pénétrer ce livre ? Butiner d’une page à l’autre, suivre patiemment l’ordre des pages ou aller directement à l’essentiel ?
Six chapitres s’offrent à vous, avec eux, de nombreux exemples pour vous donner le ton, l’audace. Si vous pouvez puiser dans chacun, selon les désirs du jour, du premier aux derniers chapitres, les propositions d’écriture se complètent et grimpent crescendo dans le travail du texte !
L’autobiographie vous tente ? Éveil à la sensualité, leçons de choses et secrets d’alcôve. De la mémoire à l’imaginaire, de l’autofiction à la fiction, initiation à l’érotisme : quand les écrits intimes du je se dévoilent : « Au commencement était le sexe. »
Vous aimez jouer avec les mots, en goûter les contours, surtout quand ils débordent de sens. Avec le sexe, chacun d’entre eux devient jouissance et réjouissance. Et s’il y a plus de mille façons de faire l’amour, il y a plus encore à écrire et inventer... À vous les « Mots polissons », calembours, acrostiches, néologismes et métaphores...
« De la fesse au téton », du plan d’ensemble au champ contre-champ, tout ici est affaire de regard : place aux détails du corps et aux promesses de volupté. Portrait, hommage, jeux, poésie, inventaire et fiction... Morceaux choisis qui font rêver les sens.
Nus l’un dans l’autre, sentir sa chaleur, humer sa peau, baiser sa bouche, écouter son souffle... Ivresse des gestes à rejouer tout à « L’emprise des sens ». Descriptions, précision du vocabulaire, travail du rythme, du ton, du style.
Lieux et situations insolites, accessoires et machineries des voluptés... convoquez votre imaginaire pour inventer d’autres entrées pour exciter sa libido, usez et abusez de « Mises en scène ».
De la petite coquinerie drôle et polissonne au stupre sur l’autel immaculé d’une cathédrale, l’imaginaire a de quoi ici ravir ou retourner vos sens ! Dans tous les cas, osez explorer, par la force des mots et des images, les profondeurs de l’inconscient, le vôtre et celui des auteurs cités. Tout ne se joue ici que sur papier... Expériences réelles ou fictives, « No limit ».
Enfin, pour aguerrir votre plume, pour qu’elle fasse mouche à tous les coups, des encarts théoriques, explicatifs des différentes notions littéraires, vous accompagneront tout au long de ce parcours intime.
Mais avant de vous plonger, corps en avant, dans la grande aventure de l’écriture coquine, une petite « Touche d’histoire » où vous découvrirez que l’écriture érotique, au cours des âges, s’inscrit dans la quête de la liberté.
Que vos lectures soient bonnes, que vos écrits s’épanchent sans retenue !

Une touche d’histoire
Pour la liberté d’expression
Rares sont les grands écrivains en France, mais aussi ailleurs, qui ne s’y sont pas frottés – avec plus ou moins de bonheur –, voire engagés. Parce qu’elle incarne l’idéal de la culture, celui de pouvoir tout dire, tout lire, tout voir, dans un esprit cher aux libertins du XVIII e siècle, qu’on la fustige ou qu’on la loue, l’écriture érotique est un synonyme de liberté. Ici règne le droit de la chair et de l’esprit mêlés, le privilège de s’exprimer, d’inventer, d’émouvoir... Il n’en a pas toujours été ainsi dans l’histoire, et qui sait ce que cette dernière nous réserve ? Alors, profitons !
De fait, comme l’écrit Jean-Jacques Pauvert, référence incontournable en la matière – et dont je résume ici largement l’ouvrage La Littérature érotique –, ce dernier terme, accolé au juridique, a été longtemps entendu comme hautement suspect : « Est dite “juridiquement érotique” toute littérature : qui outrage les bonnes mœurs (et/ou, pendant quelque temps la religion) ; dont l’intention “évidente” est d’exciter les passions sensuelles ; qui nie “les principes fondamentaux de la morale sociale, familiale ou individuelle” (jugement Sade, 1955) dont le langage, les tableaux, descriptions, etc., sont “indécents”, “pornographiques”, “grivois” ou “obscènes”... »
Pourtant, ce que nous considérions hier comme érotique, voire pornographique, ne l’est plus forcément aujourd’hui. Affaire d’époque, affaire aussi de personne. Pour reprendre une célèbre formule, « la pornographie, c’est l’érotisme des autres ».
Tout est donc question de regard, regard collectif, celui porté par la société, regard personnel, celui que l’on porte sur les choses de l’amour et du sexe selon son histoire, sa sensibilité, ses valeurs... Bénéficiant tantôt de liberté, tantôt proscrite, tout ce qui traite d’Éros fut, et reste encore dans certains pays, soumis à l’histoire et... à la censure.
Aux origines
À partir de quelle date peut-on parler de « littérature érotique » ? Les textes les plus anciens, légendes mésopotamiennes d’il y a 5 000 ans, comportent quelques passages que l’on pourrait qualifier aujourd’hui d’érotique. Mais ce qui est érotique pour nous, au XXI e siècle, l’étaitil alors pour eux ? Quelle traduction, quel sens, quel registre de langue donner par exemple au mot mésopotamien désignant le sexe féminin : vulve, chatte, con ? Dans le doute, les experts ont préféré de prudents points de suspension : « Si tu es ma reine, laisse-moi te toucher le... »
Un peu plus près de nous, chacun connaît les sculptures et les illustrations indiennes (dont le célèbre Kama Soutra , au IV e siècle), mais aussi les estampes chinoises, japonaises ou les miniatures perses, toutes suggestives. Si elles furent des modèles de « l’amour libre » dans les années 1960, qu’on ne s’y méprenne pas : textes comme images prônent les pratiques sexuelles comme un acte sacré témoignant de la spiritualité inhérente à ces sociétés. La variété dans les positions de l’amour n’a qu’un but : maintenir l’harmonie du couple pour le bon ordre de la société. Ainsi, ces authentiques manuels d’éducation sexuelle sont loin d’une bande dessinée aux intentions grivoises.
L’Antiquité
Il faut attendre la Grèce antique ( VII e et VI e siècle avant J.-C.) pour évoquer une littérature érotique orale notée, détruite en grande partie par la censure des monastères à la fin de l’Antiquité. C’est avec le théâtre de tradition populaire d’Aristophane (– 400) et sa pièce Lysistrata que l’on peut vraiment commencer à parler de littérature érotique.
Vient la conquête romaine (– 200). Si les Grecs ont perverti leurs conquérants, il semble que les Romains avaient de belles dispositions, visibles dans la culture savante mais aussi et surtout dans la culture populaire, l’une et l’autre s’étant influencées. Mieux transmise, la culture latine nous est restée, avec Catulle notamment, connu par les érudits comme « fondateur, pour notre culture, de la poésie amoureuse », ce qui ne l’empêche pas d’être cru à l’occasion :
« Taverne à putes, et vous autres, ternes tas de frères qui polluent Castor et Pollux, vous croyez-vous les seuls aux verges solides, les seuls ayant pleine licence de foutre la moindre fille, quand les boucs ce sont les autres ?... »
Plus tard, alors que Rome s’emploie à mettre bon ordre, Ovide sera l’un des premiers auteurs censurés pour « outrage aux mœurs » avec son célèbre L’Art d’aimer (vers l’an I), qui va à l’encontre des mesures prises par le pouvoir en faveur du mariage. Citons encore Le Satiricon , de Pétrone, dont il ne subsiste que des fragments assemblés de différents manuscrits. Détruit après sa parution, rejeté par une partie de la société pour la crudité et la décadence des mœurs mise en scène. Enfin, citons L’Âne d’or, Les Métamorphoses d’Apulée (vers 170 ou 180) qui reprend le thème de l’âne, symbole de la lubricité.
Pendant toute la période du III e au VI e siècle, la montée du christianisme semble coïncider avec l’apparition d’une nouvelle mentalité, où chasteté, virginité, continence et piété sont de règle. Rares sont les textes qui réussissent à circuler « sous le manteau ».
Le haut Moyen Âge
Au VII e siècle, dans ce qu’il est convenu d’appeler le haut Moyen Âge, se développe la culture arabe, dont la littérature se caractérise d’abord par la poésie.
« Un cou aussi beau que celui de la gazelle blanche,
Délicat, lorsqu’il se dresse sans aucun ornement ;
La chevelure abondante et très noire, ornant le dos,
Riche ainsi qu’un rameau de palmier chargé de fruits
Et ses boucles rebelles se relèvent indomptées,
Noyant les rubans dans un flot d’ondes enchevêtrées. »
Imru’-l-Qays ( VI e siècle).
À partir du VIII e siècle, elle prend un ton nouveau, audacieux, presque contestataire.
Liberté de parole et de mœurs, qui ne saurait jamais trop perdurer... Au IX e siècle, le monde arabe va glisser peu à peu « dans le conformisme religieux, à de rares exceptions près ». En Occident, après les invasions barbares et la dégradation progressive de la langue latine, entre autres, les textes sont rares, malgré la liberté des mœurs.
Vers la fin du millénaire émerge en Allemagne et en France une nouvelle catégorie de poètes, de musiciens, de prêtres sans charge, d’écoliers errants... les goliards , sorte d’anarchistes. S’il ne reste que quelques bribes de leurs textes, ils sont la première manifestation, dans l’histoire, d’une mentalité libertine, affirmant l’individualisme, la quête de liberté et la révolte contre la toute-puissance de l’Église. Cette dernière, d’ailleurs, ne manquera pas, au XIII e siècle, de les condamner et de les exclure.
En Orient, avant de sombrer dans le puritanisme pendant deux siècles, le Japon qui adopte l’écriture chinoise produit, pour une très petite élite, une littérature féminine pudique et délicate, dont, vers 1010, le célèbre roman d’amour Le Dit du Gengi . Ce n’est que dans les années 1960 que la littérature érotique réapparaîtra au Japon.
Amour courtois et gaillardises
Vient en France le temps de l’amour courtois... À cette évocation, les cœurs s’attendrissent... Reprenez-vous, gentes dames ! Si les troubadours des XI e , XII e et XIII e siècles chantent l’idéal courtois, ils chantent aussi des textes érotiques, voire scatologiques :
« Il n’est pas de noble dame au monde, si elle ne montrait son “cor” et son con, tout comme ils sont au naturel – en me disant : “Sire Raymond, cornez-moi donc ici dans le derrière” que je n’y penchasse mon visage et mon front, comme si je voulais boire à une fontaine. »
Raimon de Durfort.
Fi des hauteurs de l’âme et de la courtoisie ! Le troubadour sait se montrer misogyne et obscène. Ainsi en est-il de poètes célèbres comme Peire Cardenal, Raimon de Durfort (un nom évocateur...) ou Bernard de Ventadour.
En France plus qu’ailleurs, ce genre de chansons abonde, une autre forme d’exception ! S’il existe des passages érotiques dans le Roman de Renart , recueil de contes et de fabliaux dont les thèmes viennent de l’Europe entière, ils sont davantage satiriques et obscènes qu’érotiques. Quoi qu’il en soit, jusqu’aux environs du XIV e siècle, la France s’avère la plus gaillarde et la plus féconde en production littéraire érotique. Elle sera rejointe, à la fin du siècle, par l’Italie avec Pétrarque et Boccace dont Le Décaméron , recueil de nouvelles érotiques, a pour toile de fond la grande peste noire qui ravage l’Europe à partir de 1348. Ce texte, où « éclate la joie de vivre de la Renaissance », restera interdit dans les pays anglo-saxons jusqu’en 1960 ! Quant à l’Angleterre, les Contes de Cantorbéry , composés par Chaucer vers 1390, manifestent une certaine grivoiserie.
En France, comme en Italie, la production de poètes gaillards se poursuit, chacune dans une langue qui s’affirme, tels Guillaume Coquillart (1421-110), Henri Baude (1430) ou Eustache Deschamps (1346-1407) :
« – D’où venez-vous ? Où fûtes-vous hier soir ?
– Et toi, d’où vient à cette matinée ?
Que t’en est-il ? – Il me le faut savoir.
– Je ne finay hier toute la journée.
– De quoi faire ? – D’avoir une épousée.
Bon sein portait, gros con et grosses fesses ;
Quatorze fois lui battit sa poupée,
Tant qu’elle dit : “Fuis de ci, tu me blesses.” »
Imprimerie et censure
L’invention de l’imprimerie, à la fin du XV e siècle, va révolutionner la diffusion des textes et, du même coup, rétablir la censure. Non qu’elle fût inconnue, mais face au progrès rapide de l’imprimerie, la surveillance s’accroît, principalement celle des écrits contraires aux textes religieux. Au début, peu d’ouvrages sont concernés. Si certains auteurs, bénéficiant de protection, peuvent être imprimés, la majorité d’entre eux, prudents, échaudés par l’exemple de Rabelais dont le Pantagruel a été censuré par la Sorbonne pour obscénité, impriment clandestinement, sans avoir recours au traditionnel privilège (demande d’autorisation au conseil du roi).
C’est en France, où l’on imprime, clandestinement bien sûr, une poésie abondante et fort libre, et en Italie, férue de conte et de prose, que circule la littérature licencieuse. La poésie érotique du XVI e siècle, avec les poètes de La Pléiade et leurs « gaillardises » (Ronsard, du Bellay, Bonaventure des Périers, Louise Labé, Tahureau, Claude Brissart, Jodelle, Madeleine de l’Aubespine...), va contribuer largement à enrichir la langue française, notamment, le langage amoureux. Les poèmes d’amour sont tout aussi érotiques que les « gaietés », mais le lexique diffère pour les seconds, avec « les mots de gueule » grossiers, issus d’une langue populaire : foutre, cul, con, couillon, vit ... qui servent tout autant aux injures qu’aux mots du sexe. Un lexique féroce quand il s’agit d’invectiver les lesbiennes et les sodomites ainsi que les prostituées.
Si certains auteurs se cachent parfois « pour le principe », d’autres comme Ronsard, font imprimer, avec privilège, certains de leurs ouvrages tel le Livret de Folastries de 1553, qui met à l’honneur le membre viril, ou cunnus :
« Je te salue, ô vermeillette fente,
Que vivement entre ces flancs reluis ;
Je te salue, ô bienheuré pertuir
Qui rends ma vie heureusement contente.
C’est toi qui fais que plus ne me tourmente
L’archer volant qui causoit mes ennuis.
T’ayant tenu seulement quatre nuits
Je sens sa force en moi desjà plus lente.
O petit trou, trou mignard, trou velu
D’un poil folet mollement crespelu,
Qui, à ton gré, domptes les plus rebelles,
Tous verts galants devroient pour t’honorer
À beaux genoux te venir adorer
Tenant au poing leurs flambantes chandelles ! »
Joliment poétique et cru, mais rien d’inquiétant pour le pouvoir. Plus dérangeantes sont les querelles théologiques fréquentes, menées en latin sous la forme de pamphlets obscènes.
Avec De Matrimonio (1592), s’ouvre le débat toujours actuel sur la censure : quelle est l’intention de l’auteur ? Pour dénoncer les outrages aux mœurs, l’auteur, directeur du noviciat de Grenade, détaille avec une telle crudité les cas sexuels qu’il semble promouvoir ce qu’il condamne ! En France, le combat continue pour que vive l’esprit gaillard ! Ainsi Montaigne lui-même : « Qu’a fait l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire, pour n’oser en parler sans vergogne et pour l’exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment : tuer, dérober, trahir, et cela, nous n’oserions qu’entre les dents ?... »
Point de vue qui finira par le mettre à l’Index, en 1676.
Les débuts du libertinage
Fin XVI e -début XVII e siècle, la langue française, en pleine floraison, se fixe en avance sur les toutes les autres encore multiples et en gestation.
Si les érudits catholiques comme protestants s’affrontent sur le terrain idéologique, tous se réfèrent aux anciens, Grecs et Latins, pour les lettres. D’un commun accord, ils admettent les poètes dits de « gaillardise » – expression de l’héritage latin avec Priape – qu’ils opposent à l’érotisme pervers, signe d’une âme malade.
Le premier de ces poètes fut François de Malherbe, futur libertin. Voici l’un de ses poèmes, publié anonymement de son vivant, dans lequel il entreprend sa maîtresse au cours du repas :
« Là ! Là ! pour le dessert, troussez moy ceste cotte,
Viste, chemise et tout, qu’il n’y demeure rien
Qui me puisse empescher de recognoistre bien
Du plus haut du nombril jusqu’au bas de la motte,
Là, sans vous renfroigner, venez que je vous frotte,
Et me laissez à part tout ce grave maintien :
Suis-je pas vostre cœur ? Estes-vous pas le mien ?
C’est bien aveque moy qu’il faut faire la sotte !
– Mon cœur, il est bien vray, mais vous en faites trop :
Remettez-vous au pas et quittez ce galop.
– Ma belle, baisez-moy, c’est à vous de vous taire.
– Ma foy, cela vous gaste au milieu du repas...
– Belle, vous dites vray, mais se pourroit-il faire
de voir un si beau con, et le foutre pas ? »
Après la mort d’Henri IV et les désordres politiques qui s’ensuivent, l’Église tente de « s’emparer des consciences », mais c’est sans compter sur l’opposition, inédite dans l’histoire, d’un mouvement de pensée et d’action, le libertinage. Les premiers libertins se nomment Malherbe, marquis de Racan, François Maynard et, le plus célèbre, leur chef de file, Théophile de Viau : « Un esprit jeune et rebelle contre les contraintes officielles de la société : bigoterie, conformisme, soumission aux convenances » (J.-J. Pauvert, La Littérature érotique ). Plus l’Église étend son pouvoir, contrôle les esprits, plus les libertins vont se révolter. Mouvement unique en Europe, le libertinage regroupe d’abord des poètes, mais aussi des magistrats et de jeunes seigneurs. Leurs propos sont libres, audacieux, provocateurs : « Le libertinage devient un entraînement pour une bonne partie de la jeune noblesse de Paris. Elle ose, dans les églises, se moquer d’un prédicateur maladroit. Elle se réunit dans les “cabarets d’honneur”, où elle chante des couplets blasphématoires en révolte contre la religion ou la répression des mœurs. La classe supérieure se laisse gagner ; c’est l’époque où la jeune Anne d’Autriche s’amuse, avec quelques jeunes amies, à lire l’obscène Parnasse satyrique » (A. Adam, Les Libertins au XVII e siècle , Buchet-Chastel, 1964, cité par J.-J. Pauvert).
Pour avoir fustigé le roi dans un pamphlet grossier ou prononcé des propos impies, on est pendu, ou brûlé, et/ou l’on a la langue arrachée. Ce ne sont pas tant les textes érotiques qui dérangent que la crainte de l’athéisme, les considérations antireligieuses mêlant des descriptions pornographiques.
Ainsi, le procès contre Théophile de Viau, accusé de libertinage, marque un tournant dans la littérature française : les vingt-cinq pièces érotiques qui composent son Parnasse satyrique mettent en scène une nature pourvue de pouvoirs que seul Dieu est censé posséder. La publication des recueils collectifs de priapées aurait pu se poursuivre avec privilège du roi, mais le libertinage est une menace pour l’esprit et les textes érotiques dans leur ensemble sont désormais clandestins, hormis quelques facéties sans danger. À partir des règnes de Louis XIII et Louis XIV, le mouvement libertin est neutralisé.
Sous le règne de Louis XIV, époque d’une grande richesse littéraire, apparaissent les premiers grands romans érotiques français. Ainsi, l’illustre Corneille – lui-même ! – avec, L’Occasion perdue recouverte , pièce poétique de quarante stances, dont les copies circulent clandestinement vers 1650. Il raconte les déboires d’un amoureux devenu soudain impuissant auprès de sa belle... Tout finira bien, mais Corneille devra, en pénitence, sous l’ordre du père Pauli, transcrire en vers français L’Imitation de Jésus-Christ . Sainte punition !
L’École des fill es, paru en 1655, est la première œuvre qui fait scandale sous le règne de Louis XIV. Malgré les condamnations des prétendus auteurs et la saisie des exemplaires (on en retrouva un chez Fouquet lors de son arrestation), le livre connaît un succès croissant et maintes rééditions. Texte libertin par excellence, au-delà de la volonté de choquer le bon goût et la vertu, il « devient manuel d’amour, manuel de savoir-vivre, manifeste de liberté et de sagesse » (Jacques Prévot, cité par J.-J. Pauvert).
Pourtant, c’est dans la piété et la répression, sous l’influence de madame de Maintenon, que s’achève le règne de Louis XIV. Même Les Nouveaux Contes de Jean de la Fontaine, si respecté à la cour, et qui versa lui aussi dans le genre érotique, seront suspendus à la vente en 1675.
Le siècle des Lumières
Les temps changent : le XVIII e siècle sera l’âge d’or du libertinage.
Liberté de pensée et hégémonie de la langue vont conférer à la France une place exceptionnelle en Europe. Tout le monde lit ou parle le français et le pays est réputé dans toute l’Europe « comme modèle de l’art d’aimer et, plus précisément, de l’art de jouir » (Alexandrian, Histoire de la littérature érotique ). Au début du siècle circulent des ouvrages galants, des épigrammes, tels ceux de Grécourt. On rime de nombreuses chansons libertines, on excelle dans le théâtre érotique, surtout à partir des années 1730 et 1740, pièces, rappelons-le, toujours clandestines, tel cet extrait de Granval fils, La Nouvelle Messaline (1750) qui parodie Corneille :
« Ô rage ! Ô désespoir ! Ô Vénus ennemie !
Étais-je réservée à cette ignominie ?
... N’est-ce donc pas pour toi le plus sanglant affront,
Qu’on m’ait enfin réduite à me branler le con ? »
Ou encore Les Tableaux des mœurs du temps , de Crébillon fils, à l’adresse des gens du monde, sont une « merveille d’érotisme », tel cet extrait du dialogue XVI où la comtesse se donne dans un boudoir :
M ONCADE : Oui, je veux baiser ton petit nombril ; je veux conduire ma langue comme un pinceau sur toutes ces petites veines bleues que je vois là. Je voudrais porter ma bouche sur tout ton corps, qui est enchanté
L A COMTESSE : Je t’abandonne tout mon amant ! Tout est à toi !... Que veux-tu ?
M ONCADE : Passer la main sous tes petites fesses pour les soulever un peu... Bon... Bon... Voilà, ma camarade, empoigne et place-le moi !
L A COMTESSE : Est-ce qu’il n’a pas l’esprit de se placer lui-même ?
M ONCADE : Non, c’est un hurluberlu qui ne sait ce qu’il fait.
L A COMTESSE : Donne-moi donc ce drôle-là... Couche-toi sur moi... Attends... Attends... Ah ! Comme il me chatouille ! là !... c’est là ! Chien ! Tu me pinces les fesses !... C’est là te dis-je... Pousse... encore... encore... ah !... ah !... Il entre... Tu me fais mal !... non, non... Baise-moi... l’y voilà... Jerni ! Je le sens jusqu’à l’âme... Oh qu’il est bien... mon ami ! mon ami... je le fais !... je le fais !
M ONCADE : J’achève... j’achève... je n’en puis plus.
L A COMTESSE : Je meurs de plaisir !... »
Le conte de fées érotique refait son apparition. Si couru que le premier roman de Diderot, Les Bijoux indiscrets (1748), répond au code du genre. Longtemps considéré comme obscène, il sera condamné à la destruction sous Louis-Philippe, en 1835.
Sous l’influence de Voltaire, on dénonce, dans des satires anticléricales, la luxure des moines. La plus célèbre, le roman de Charles Gervaise de La Touche, publié en 1741, Histoire de Dom B... portier des Chartreux, aussitôt saisi par la police mais constamment réédité au cours du siècle et dont la Pompadour possédait un exemplaire.
Le XVIII e siècle est aussi celui où les Mémoires, genre au service des faits d’ordre public, se transforment en confessions. On livre, avec une volonté de sincérité, fausse ou réelle, ses passions, ses penchants, sa sexualité. Jean-Jacques Rousseau sera le premier à mêler vie publique et vie privée et sera ainsi précurseur du genre de l’autobiographie. Quant aux Mémoires de Casanova, s’ils ont été rédigés entre 1789 et 1792, ils seront d’abord publiés dans une traduction allemande de 1822 à 1827.
Tolérée par les pouvoirs publics, la littérature licencieuse française circule soit clandestinement, soit semi-clandestinement. À cette époque, les textes philosophiques étant édités sous le manteau chez les mêmes imprimeurs français ou étrangers que les textes érotiques, la « philosophie » finit par être amalgamée à la pornographie et donc, à l’athéisme, les philosophes s’adonnant d’ailleurs aux deux genres.
À Venise, en Italie, toujours sous l’emprise de l’Église, apparaît le plus grand poète priapique, Baffo (1694-1768), tuteur de Casanova, et qu’encenseront Apollinaire et Robert Desnos. En Angleterre, l’événement littéraire érotique marquant est la publication de Fanny Hill, Memoirs of a Woman of Pleasure, prostituée londonienne, inspiré de romans français et rédigé par John Cleland alors qu’il était emprisonné pour dettes.
Sous l’impulsion du clergé, les classes moyennes françaises se sont alphabétisées. Les textes des philosophes se répandent et, avec eux, la réflexion et la révolte. La révolution se prépare. De nombreux pamphlets dits « révolutionnaires » sont, en réalité, des livrets pornographiques, œuvres de maîtres chanteurs plus que de philosophes. Et c’est avec des accusations d’une rare obscénité et d’une rare violence, qu’on attaque, dans ce dernier quart du XVIII e siècle, Louis XV puis Louis XVI et surtout la reine Marie-Antoinette et, avec eux, toute la haute société.
Révolution française et « silence des lois »
Jusqu’en 1789, les pamphlets se déchaînent, mettant en scène les perversions, fausses ou vraies de la cour :
« Une reine jeune et fringante,
Dont l’époux très auguste était mauvais fouteur,
Faisait de temps en temps, en femme très prudente,
Diversion à sa douleur,
En mettant à profit la petite industrie
D’un esprit las d’attendre et d’un con mal foutu. »
La production clandestine de textes politiques et érotiques bat son plein et circule dans toute l’Europe quand la Révolution éclate. On peut citer Mirabeau avec Erotika Biblion (1782) et Ma conversion ou Le Libertin de qualité .
Un peu avant la prise de la Bastille et jusqu’en 1790, toute censure et tout contrôle policier sont abolis de fait. Chacun, relayant la cour et les pamphlétaires professionnels, y va de son couplet. La politique ne manque pas d’être elle aussi à l’honneur : « Nos députés savent que c’est une grande qualité pour un législateur que de se branler le vit. C’était là le grand secret de Lycurgue. S’il eut passé son temps à patiner un cul féminin, à arroser une motte, il aurait fait vraiment de belles lois. »
Les archives dévoilent leurs secrets et déversent sur la place publique, « des alcôves de Versailles », des rapports choquants et édifiants rédigés sur l’ordre de Louis XV et qui dénoncent la dépravation des mœurs d’ecclésiastiques, de ducs et de comtes, notamment.
C’est une période que le marquis de Sade – qui a commencé à la Bastille en 1785 Les 120 Journées de Sodome et publie, en 1791, sa première Justine ou les Malheurs de la vertu – nomme « le silence des lois ».
Le bon temps ne peut durer éternellement : Robespierre prend le pouvoir et met « les vertus à l’ordre du jour ». Aussitôt, la censure reprend ses droits et des imprimeurs sont même arrêtés et guillotinés.
La société française, à la sortie de la Terreur, est en plein chaos, valeurs renversées et perte de repères. La galanterie fait son profit du désordre, malgré la pénurie de papier et de moyens. De 1794 à 1797, Restif de la Bretonne imprime lui-même Monsieur Nicolas ou Le Cœur humain dévoilé , les publications posthumes de Mirabeau circulent partout, et même des œuvres licencieuses, écrites par des femmes, font leur apparition. Quand Sade sort de « maison de santé », il publie, en 1795, La Philosophie dans le boudoir et, surtout, de 1797 à 1801, « se lance bientôt dans la plus grande entreprise de librairie pornographique de tous les temps : les 3 600 pages de La Nouvelle Justine , suivi de L’Histoire de Juliette , sa sœur » (J.-J. Pauvert, Sade vivant , t. III, Robert Laffont, 1990).
Triomphe du roman et retour à la morale
Le XVIII e siècle se termine sur une « explosion » de nouveaux ouvrages licencieux, dont les dix volumes de La Nouvelle Justine suivie de Juliette , en 1799 qui vont conquérir l’Europe. Mais c’est trop tard. Bonaparte, premier consul, a besoin d’une société « morale » pour asseoir son autorité. En 1801, Sade sera emprisonné définitivement et meurt en 1814. Même mort, il ne cessera de régner sur la librairie clandestine et d’influencer toute la littérature du XIX e , Hugo, Sand, Théophile Gautier, Eugène Sue, Baudelaire, Lamartine, Dumas, Musset, etc. Comme l’écrit Maurice Blanchot, cité par J.-J. Pauvert : « Cette œuvre [...] a tout de suite épouvanté le monde. On peut admettre que, dans aucune littérature d’aucun temps, il n’y a eu un ouvrage aussi scandaleux, que nul autre n’a blessé plus profondément les sentiments et les pensées des hommes. »
Si la France a régné intellectuellement sur l’Europe pendant tout le XVIII e siècle, après la Révolution, le spectacle de la licence sans entrave a provoqué des réactions de repli : un nouveau courant est né en Allemagne et en Angleterre, le romantisme. Les valeurs sont celles de l’ordre moral, comme en Espagne et en Italie : « L’art doit être grave, candide et religieux », écrit Victor Hugo. Ainsi, Flaubert sera inquiété pour avoir publié Madame Bovary , puis acquitté, et Baudelaire devra supprimer six de ses pièces des Fleurs du mal , pour « réalisme » et « érotisme. »
Les bijoux
« La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
– Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre ! »
Baudelaire, Les Fleurs du mal , une des pièces condamnées, 1842.
La Restauration (avec Louis XVIII et Charles X) va s’évertuer à gommer non seulement la période révolutionnaire mais aussi les licences littéraires du passé : les listes de livres interdits se multiplient, non seulement érotiques mais aussi, dans le même élan, philosophiques : De La Mettrie, d’Holbach, L’Origine de tous les cultes de Voltaire, les Lettres persanes de Montesquieu, Le Tableau de l’amour conjugal de Nicolas Venette ; les fameuses Liaisons dangereuses , ouvrage accusé, notamment, d’avoir « provoqué la Révolution française », sont interdites à la réimpression en 1821.
Dans de telles conditions, la librairie clandestine est plutôt pauvre. Les chansonniers, Béranger en tête et son protégé Émile Debraux – qui auront maille à partir avec les autorités –, vont représenter la résistance à l’ordre moral :
« À quatorze ans, de la gentille Adèle
Le libertin chiffonna le mouchoir,
Et sans façon sur l’herbette nouvelle,
Il lui montra... tout son petit savoir.
– Ah ! Nom d’un chien ! s’écriait la d’moiselle,
Après avoir connu ce vaurien-là,
L’diable m’emport’si j’pass pour une pucelle !
Dieu quelle tête il a ! »
Leurs chansons vont circuler dans la France entière et jusqu’en Allemagne où E. T. A. Hoffmann (le célèbre auteur de contes fantastiques) fait paraître l’un des rares romans érotiques allemands, Sœur Monika.
Malgré un net ralentissement des productions, Gamiani ou Deux nuits d’excès, de Musset, deviendra le livre érotique le plus imprimé jusqu’en 1914.
À la fin du Second Empire, sous Mac Mahon, l’ordre moral se poursuit et le terme « pornographie » se substitue à celui d’« érotisme ». On censure les Heures parisiennes (1866), Les Chants de Maldoror (1869) ; Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly est confisqué en 1874... Malgré la police, « la librairie clandestine ne chôme pas », même si certains éditeurs doivent se cacher à travers l’Europe ou sont condamnés à l’exil.
Nana, qui rencontre un énorme succès, va défrayer la chronique. Zola est qualifié de « pornographe », mais il est finalement reconnu comme chef de file du naturalisme. Comparé à Sade, il se défend de toute intention de grivoiserie, et montre la crudité avec réalisme. À la différence du roman idéaliste, le roman naturaliste n’est pas dangereux : « Chez une femme qui prend un amant, il y a toujours au fond la lecture d’un roman idéaliste, que ce soit Indiana , ou Le Roman d’un jeune homme pauvre. Rien ne trouble comme ces pages qui emportent le lecteur dans le rêve des grandes passions » (cité par J.-J. Pauvert).
Cela dit, dans l’Angleterre victorienne et puritaine de 1880, un éditeur anglais sera poursuivi et mourra en prison pour avoir publié L’Assommoir . En France, l’heure n’est pas aux poursuites.
En 1880, paraît Boule de Suif, de Maupassant. Et si les temps sont dits « pornographiques », que dire de ceux qui vont suivre !
Fin de siècle et mutations
L’Union républicaine, présidée par Gambetta, gagne les élections législatives de 1880. La loi du 29 juillet 1881 place la France sous un régime unique au monde : pour la première fois, l’imprimerie et la librairie sont libres, sauf dans certains cas de délits très précis. Face à cette liberté d’expression, les pays d’Europe avoisinants, ainsi que la Chine, le Japon et l’Inde sous domination anglaise, « affectent un puritanisme austère ». Il faudra notamment attendre les années 1960, pour que l’Angleterre et les États-Unis puissent lire les traductions intégrales de Zola, des nouvelles de Maupassant ou, plus tard, certains romans de Colette.
En Angleterre mais aussi en Hollande, au plus fort du puritanisme, surgissent des publications érotiques. My Secret Life , en onze volumes, en est le chef-d’œuvre. Il faudra attendre quatre-vingts ans pour qu’il paraisse au grand jour en Angleterre. Walter, nom de l’auteur et du narrateur, à la vie sexuelle mouvementée, raconte ici l’une de ses expériences précoce :
« Aucun de nous deux ne connaissait grand-chose sur l’autre sexe. Je réussis avec difficulté à lui faire ôter ses vêtements jusqu’au jupon et moi-même vêtu de ma seule chemise, je trouvai un immense plaisir dans la nudité, la caressant de la nuque aux chevilles, explorant avec mes doigts chaque fente et chaque cavité de son corps, des aisselles au pubis. Avec quels yeux avides et débordant de concupiscence, je me plongeai dans la contemplation de son mont-de-vénus, après avoir ouvert, non sans objection et avec quelque peine, ses cuisses réticentes ; j’admirai ses grandes lèvres couvertes de poils, ses petites lèvres rouges et l’orifice plus rentré et caché que je ne pensais. »
Pour les esprits censeurs, la loi de 1881 a tout de même ses limites. Si les temps sont moins stricts, on continue tout de même à poursuivre et à condamner pour outrages aux mœurs. Ainsi l’un des pionniers de l’édition érotique, Isidore Liseux, finira sa vie dans la misère, ruiné par les procès. Pourtant, les éditeurs ne fléchissent pas. Et en 1896, L’Aphrodite de Pierre Louÿs est un triomphe. On commence à s’intéresser à Sade d’un point de vue scientifique : en 1901, sortira une étude de cinq cents pages rédigée par un psychiatre allemand, Eugen Dühren : « C’est le 2 juin 1740 que vit naître l’un des hommes les plus remarquables du XVIII e siècle, disons même de l’humanité en général... L’étendue des ouvrages principaux à elle seule et la dimension du travail intellectuel et physique qu’ils nécessitèrent sont étonnantes » (cité par J.-J. Pauvert).
XX e siècle : le siècle de toutes les révolutions
Le XX e siècle est un monde en pleine mutation, celui de toutes les révolutions, politiques, scientifiques, culturelles... Quant à la littérature érotique, la librairie clandestine ne cesse de s’accroître et les Français caracolent toujours en tête de ce qui est devenu « l’industrie pornographique ». Guillaume Apollinaire, dont l’œuvre poétique érotique va être d’importance, publie Les Onze Mille Verges en 1907 :
« Ses mains à elle n’étaient pas inactives, elles avaient empoigné la pine du prince et l’avaient dirigée dans le sentier étroit de Sodome. Alexine se penchait de façon à ce que son cul ressortit mieux et pour faciliter l’entrée à la bite de Mony.
Bientôt le gland fut dedans, le reste suivit et les couilles venaient battre au bas des fesses de la jeune femme. Culculine qui s’embêtait se mit aussi sur le lit et lécha le con d’Alexine qui, fêtée des deux côtés, jouissait à en pleurer. Son corps secoué par la volupté se tordait comme si elle souffrait. Il s’échappait de sa gorge des râles voluptueux. La grosse pine lui remplissait le cul et allant en avant, en arrière, venait heurter la membrane qui la séparait de la langue de Culculine qui recueillait le jus provoqué par ce passetemps. Le ventre de Mony venait battre le cul d’Alexine. Bientôt le prince culeta plus fort. Il se mit à mordre le cou de la jeune femme. La pine s’enfla. Alexine ne put plus supporter tant de bonheur, elle s’affala sur la face de Culculine qui ne cessa pas de lécher, tandis que le prince la suivait dans sa chute, pine dans le cul. Encore quelques coups de reins, puis Mony lâcha son foutre. »
C’est lui qui remettra aussi en circulation, et au grand jour, de 1909 à la Première Guerre mondiale, des œuvres majeures de la littérature érotique (expurgées au mieux), de l’Arétin, Baffo, Mirabeau, John Cleland, Crébillon fils, etc. C’est aussi à lui que l’on doit « la première revendication totale de l’importance de Sade » dont il publie officiellement, en 1909, des Morceaux choisis .
Pendant ce temps, en Angleterre, on commence à publier sous le manteau deux genres de production particulièrement appréciés outre-Manche : la flagellation et la petite fille.
Au sortir de la Première Guerre mondiale, la librairie clandestine recommence à circuler. Entre les deux guerres, elle sera florissante, la France en tenant toujours le monopole. Elle commence aussi à se libéraliser et c’est à Paris que les Anglais viennent imprimer leurs œuvres : Ulysse, de Joyce, en 1922, L’Amant de Lady Chatterley , de D. H. Lawrence, interdit en Angleterre et aux États-Unis paraît librement en français en 1932, Tropic of Capricorn et Tropic of Cancer , d’Henry Miller, en 1934, en anglais...
La librairie officielle, elle, est toujours aux aguets, « entre scandales volontaires et involontaires » : La Garçonne , de Victor Margueritte, 1922, Le Diable au corps , de Raymond Radiguet, 1923, Le Blé en herbe , de Colette, publié en feuilleton en 1923 et interrompu sous les protestations des lecteurs, publié librement en 1954, Le Temps retrouvé , de Marcel Proust, 1927, Belle de jour , de Joseph Kessel, 1928, Si le grain ne meurt , d’André Gide, 1924, L’Europe galante , de Paul Morand, 1925, Dieu des corps, de Jules Romain, 1928, Le Livre blanc , de Jean Cocteau, 1930, Mort à crédit , de Céline, 1936... défrayent la chronique et témoignent d’un univers libertin très diversifié.
La librairie clandestine, dans le même temps, se porte au mieux : Pierre Louÿs produit en quelques années une œuvre érotique de talent sans précédent : Manuel de civilités à l’usage des petites filles , Le Trophée des vulves légendaires, Douze douzains de dialogues ... c’est véritablement l’âge d’or de cette librairie que la brigade mondaine laisse relativement tranquille. Citons encore Renée Dunan, Les Caprices du sexe , 1928, Pierre Mac Orlan, Petites Cousines , 1919, Aragon (sous le pseudonyme d’Albert de Routisie), Le Con d’Irène , 1928, Jean Lurçat, Roger ou les À-côtés de l’ombrelle , 1926, Georges Bataille, Histoire de l’œil, 1929... Le groupe surréaliste, enfin, dont l’activité érotique influence les mœurs, donne à Sade la place qui lui revient dans la littérature française (1931-1935).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les lois Daladier particulièrement répressives, la librairie clandestine se montre très discrète en France. Ailleurs, la littérature érotique est quasi silencieuse.
À la Libération, les lois sont de plus en plus répressives, et c’est en 1947 que s’ouvre le procès de J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian. La même année, un jeune éditeur, Jean-Jacques Pauvert, inaugure la publication des œuvres complètes de Sade : après neuf ans de procès, de perquisitions, de tentatives de saisie... Sade sera réintégré en librairie.
Et tandis que le parti communiste s’avère un censeur redoutable, opposé à la politique du planning familial, les Anglo-Saxons amorcent leur libération « du carcan puritain ».
Années 60 : la révolution sexuelle
Née dans les années 1950 aux États-Unis, la beat generation , courant artistique et littéraire opposé aux valeurs conformistes, va semer les graines de la révolution culturelle des années 1960. Dans cette mouvance, la révolution sexuelle, partie des pays les plus rigoristes, États-Unis et Scandinavie, va être vécue comme une libération face à la morale et à la religion. Sous l’influence de Freud, étudiée scientifiquement, la sexualité est considérée comme « un problème » qu’il faut combattre et résoudre : « Il faut avant tout déculpabiliser les rapports sexuels. Il faut apprendre aux gens à se servir de leur sexe comme de la cuillère et de la fourchette » (Maj-Britt Walan, psychologue et sage-femme suédoise, ministère des Affaires sociales suédois – cité par J.-J. Pauvert). De nombreux ouvrages pseudo-scientifiques ou satiriques témoignent de ce courant, dont le célèbre Rapport Kinsey paru en 1948 aux États-Unis.
À Paris, en 1959, l’exposition internationale du surréalisme, dont le thème est « l’érotisme », se fait entendre.
La littérature érotique suit bien évidemment ce mouvement de libéralisation et, cette fois, les États-Unis devancent la France : 1960, autorisation de publication de l’intégralité de L’Amant de Lady Chatterley ; 1961, Tropic of Cancer d’Henry Miller est mis en vente à New York ; 1962, La Révolution sexuelle des jeunes de Wilhem Reich, célèbre médecin et psychanalyste viennois qui mourra en 1957 au pénitencier de Lewisburg, « pour avoir prôné l’application pratique de ses théories » ; Éros et civilisation du philosophe Marcuse est édité en poche ; William Burroughs publie Le Festin nu , la Cour suprême autorise Fanny Hill de John Cleland.
En France, l’année 1954 marque un tournant décisif dans l’histoire de la littérature érotique avec la parution d’ Histoire d’O de Pauline Réage. Si le livre a probablement été écrit par le mari de l’auteure revendiquée, c’est bien une autre femme, Emmanuelle Arsan, qui signe en 1959, Emmanuelle, paru d’abord clandestinement puis officiellement grâce à une loi favorable aux éditeurs. Interdit d’affichage dans un premier temps, libéré en 1967, le livre connaîtra, grâce au film, un succès retentissant.
On le voit, c’est bien la libération des femmes qui a permis l’émergence de romans et d’éditions érotiques féminins (par exemple, Régine Deforges) et permet ainsi un autre regard : l’affirmation du désir de la femme, lesbien ou hétérosexuel, du point de vue du sujet et non plus de l’objet sexuel sous le regard masculin. Ainsi, Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, 1966, et, plus près de nous, Le Boucher d’Alina Reyes, 1988, ou La Femme de papier de Françoise Rey, 1989.
Dans le même mouvement, un nouveau thème littéraire sort de l’ombre, l’homosexualité masculine : Sodome et Gomorrhe de Proust, 1922, Si le grain ne meurt de Gide, 1926, Les Amitiés particulières de Roger Peyrefitte, 1947, ou encore les Œuvres complètes de Jean Genet 1951-1968, préfacées par Jean-Paul Sartre. Nul besoin désormais de se cacher derrière le modèle hétérosexuel.
Le mouvement gay et lesbien va s’affirmer dans les années 1970 aux États-Unis, avec aussi, malheureusement, l’arrivée du sida. Des écrivains comme Hervé Guibert, À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie , 1993, Renaud Camus, Journal , ou Mathieu Lindon, Prince et Léonardours , 1987, vont témoigner, sans culpabilité, de leur goût pour la transgression dans la recherche du plaisir.
Années 2000 : l’érotisme banalisé
Aujourd’hui, le propos érotique, disons plus largement sexuel, est tout autant présent dans la littérature générale que dans l’édition spécialisée. Les magazines féminins les plus populaires lancent leurs concours de nouvelles érotiques au printemps, et ce livre, Écrire un texte érotique, en témoigne ! En matière de thème porteur, la transgression est devenue « tendance », en témoigne, La Vie sexuelle de Catherine M ., de Catherine Millet, 2002, et le best-seller mondial en 2012, Cinquante nuances de Grey de l’Anglaise E. L. James dans lequel les pratiques SM (sadomasochistes), bien qu’amoindries, sont au cœur du problème à résoudre...
On l’aura compris, la frontière entre pornographie et érotisme devient de plus en plus floue. Pourtant, devant cette abondance de productions, même s’il s’agit de best-sellers, se pose la question bien réelle de la qualité : quand peut-on parler de littérature ? Et cela nous ramène à la question transcendantale : « Qu’est-ce que la littérature ? » Gardons-nous de répondre ici ! Et, sans pour autant ignorer la beauté du verbe, écrivez le désir sans entraves. Un projet excitant, non ?
*
Principalement d’après Jean-Jacques Pauvert, La Littérature érotique , Paris, Flammarion coll. « Dominos », 2000. Et aussi Alexandrian, Histoire de la littérature érotique , Paris, Seghers, 1989 ; Franck Évrard, La Littérature érotique ou l’Écriture du plaisir , Toulouse, Milan, coll. « Les Essentiels », 2003.
P REMIÈRE PARTIE
Au commencement était le sexe
« Il était une fois un prince et une princesse [...] Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Louis C ALAFERTE , Septentrion.
Le livre de contes se referme. Baiser sur le front, caresses sur la joue, bonne nuit ! La lumière s’est éteinte, vous êtes seul dans le noir, encore pénétré de l’histoire, content pour les héros. Mais pourquoi plane-t-il cette vague sensation de frustration ? « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Voilà un prince et une princesse que l’on a suivis pendant plusieurs pages dans le moindre détail de leur aventure. Et juste au moment où ça devient vraiment intéressant, c’est-à-dire quand le prince a enfin embrassé la princesse, tout s’arrête et on nous dit sèchement : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Point final. D’abord, ça se fait comment les enfants ? On nous cache quelque chose. Mais c’est justement quand le livre se referme que tout commence : la vie, l’amour, la mort... LE SEXE ! C’était comment la première fois du prince et de la princesse ? Et vous, vos premières fois ?
Le livre ne se referme pas. Il s’ouvre...
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Éveils
Des balbutiements de votre sexualité à la grande première fois, ce chapitre s’ouvre sur l’écriture autobiographique et l’autofiction. Visitez votre mémoire et, avec sincérité ou volontairement, en convoquant votre imagination, replongez dans les épisodes de l’enfance et de l’adolescence. Elle n’a pas toujours le goût de l’innocence mais celui parfois d’un trouble presque excitant.
Ce qu’il vous faudra maîtriser malgré la nostalgie qui peut envahir vos textes : le ton, l’ambiance érotique, la tension particulière, le vocabulaire, qui lors d’une scène un peu tendue bascule en contraste, dans la crudité. Enfin, l’humour, en arrière-plan. Il place les sujets un rien à distance, ou bien au premier plan, comme un éclat de rire. Un exercice d’équilibre, disions-nous... Votre voix érotique ? vous allez la trouver, si elle n’est déjà là !
Première turbulence
Il a deux ans, il cale son biberon un peu en dessous de son pénis et le fait rouler dans un mouvement de va-et-vient, tout en chantonnant.
Et vous, le tout premier dispositif qui vous faisait ronronner, vous vous en souvenez ? Quel âge aviez-vous ? Et de quoi s’agissait-il ?
Dans le style de l’autobiographie ( p. 34 ) ou de l’autofiction ( p. 40 ) (autobiographie « arrangée » ou fictive), confiez ce moment de pur bonheur tranquille.

L’autobiographie
« C’est un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence. Elle met l’accent sur sa vie individuelle et, plus particulièrement, sur l’histoire de sa personnalité » (définition de Philippe Lejeune). Écrit à la première personne, le je , il s’agit d’être le plus sincère possible, de dire la vérité. En cela, elle peut s’apparenter à une confession.
La poupée
Premier corps pris dans ses bras et blotti contre soi. On l’habille et, surtout, on la déshabille. Elle est un peu triste la poupée toute nue, surtout si ce n’est pas Barbie. Mais elle ouvre et ferme les yeux, on peut lui bouger les bras, les jambes, lui faire tourner la tête, l’embrasser sur la bouche, la caresser partout et même exercer déjà quelques méfaits sadiques sur son corps de plastique... Vous vous souvenez ? Faites la description ( p. 112 ) de votre poupée, et racontez l’une de vos séances intimes.
Si vous ne jouiez pas à la poupée, ou/et si vous êtes un homme, sur qui ou quoi exerciez-vous votre pouvoir (sexuel s’entend !) ?
On joue au docteur ?
Toutes ces vocations humanitaires qui se sont perdues ! Pourtant, vous étiez bien motivé. Le voisin, la voisine, le cousin, la cousine, le copain, la copine, le petit frère, la petite sœur, tous ont été auscultés par vos petites mains expertes. Racontez les terribles maladies qui les ont frappés et votre dévouement à leur chevet... Sous la forme d’un dialogue ( p. 35 ), où vous reconstituerez le ton de l’enfance (sans pour autant « parler bébé », ni retranscrire un langage oral mais composer entre l’écrit et l’oral), ouvrez de nouveau une consultation.

Le dialogue
Un dialogue est un procédé littéraire qui retranscrit une conversation fictive ou réelle au style direct ou indirect. C’est-à-dire que le narrateur, celui qui raconte l’histoire, donne la parole à ses personnages. Il s’agit de les rendre vivants, ils parlent, comme dans la vie. Attention cependant, les dialogues ne sont pas une retranscription de l’oral, mais une « construction », à mi-chemin entre l’oral et l’écrit.
Il existe trois formes de dialogue.
Le dialogue au style indirect
Le narrateur nous raconte l’essentiel des propos tenu par les personnages :
« Samantha exige de son voisin qu’il lui ouvre son soutien-gorge d’une seule main tout en glissant l’autre bien au fond de sa culotte, délicieuse manœuvre qu’il avait approuvée et exécutée sur-le-champ. »
Le dialogue au style indirect libre
Le narrateur rapporte les propos des personnages mais sans les faire parler directement :
« Samantha demande à son voisin qu’il lui ouvre son soutien-gorge d’une seule main tout en glissant l’autre bien au fond de sa culotte. Il lui répond qu’il approuve cette délicieuse manœuvre qu’il exécute sur-le-champ. »
Le dialogue au style direct
Le narrateur laisse la parole à ses personnages et les fait s’exprimer selon leur personnalité et le rôle qu’ils jouent dans l’histoire (psychologie, statut social, registre de langue...) :
« Ouvre mon soutien-gorge d’une main et, de l’autre, glisse là bien au fond de ma culotte, susurra Samantha à son voisin.

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