Petites chroniques du futur
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Petites chroniques du futur

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Description

Un gouvernement assoiffé de pouvoir qui contrôle son peuple par le biais de la neurotechnologie, une planète Terre malmenée, polluée et surpeuplée, qu'on ne peut plus sauver, des compagnies pharmaceutiques et des chercheurs prêts à tout pour tester de nouveaux remèdes, l'espèce humaine, en voie de disparition, remplacée par de nouvelles races d'androïdes, de robots et de clones... autant de courtes histoires projetées dans des futurs souvent inquiétants, parfois rassurants.
Les progrès scientifiques et technologiques servent-ils l'humain ou se développent-ils plutôt au détriment de sa santé, de son environnement et de sa liberté? Reflétant les préoccupations des jeunes auteurs qui les ont créées, les nouvelles de science-fiction réunies dans ce recueil invitent au questionnement et à la réflexion, non sans une bonne dose d'humour et, parfois même, de poésie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 mai 2013
Nombre de lectures 11
EAN13 9782895974024
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les progrès scientifiques et technologiques servent-ils l'humain ou se développent-ils plutôt au détriment de sa santé, de son environnement et de sa liberté? Reflétant les préoccupations des jeunes auteurs qui les ont créées, les nouvelles de science-fiction réunies dans ce recueil invitent au questionnement et à la réflexion, non sans une bonne dose d'humour et, parfois même, de poésie.
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PETITES CHRONIQUES DU FUTUR
CONCOURS LITTÉRAIRE MORDUS DES MOTS
Le concours de création littéraire Mordus des mots a été mis sur pied par les Éditions David dans le but d’encourager l’imagination et la créativité des jeunes et de stimuler leur intérêt pour l’écriture et la lecture en français. Tous les élèves de 11 e et 12 e années des écoles secondaires franco-ontariennes ont été invités à participer à cette quatrième édition du concours, consacrée à la science-fiction. Parmi les textes soumis, une trentaine ont été retenus et vous sont présentés dans ce recueil.
DÉJÀ PARUS
Petites chroniques du crime Nouvelles policières, 2010.

Petites chroniques de notre histoire Récits historiques, 2011.

Petites chroniques identitaires Récits et parcours, 2012.
PETITES CHRONIQUES DU FUTUR
NOUVELLES DE SCIENCE-FICTION
Collectif d’élèves
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Petites chroniques du futur [ressource électronique] : nouvelles de science-fiction / collectif d’élèves.
Monographie électronique.
Publ. aussi en format imprimé.
ISBN 978-2-89597-401-7 (PDF). — ISBN 978-2-89597-402-4 (EPUB)
1. Science-fiction canadienne-française — Ontario. 2. Écrits d’élèves du secondaire canadiens-français — Ontario.  3. Nouvelles canadiennes-françaises — Ontario.
PS8323.S3P47 2013 C843’.08762089283 C2013-902181-7

Les Éditions David remercient la Fondation Trillium de l’Ontario, le ministère de l’Éducation de l’Ontario et l’Université d’Ottawa pour leur contribution à cette publication.


Les Éditions David
335-B, rue Cumberland
Ottawa (Ontario) K1N 7J3
Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819
info@editionsdavid.com
www.editionsdavid.com

Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
Dépôt légal (Québec et Ottawa), 2 e trimestre 2013
Préface
D’emblée, je salue l’effort de tous les élèves qui ont envoyé un texte de science-fiction (SF) au concours Mordus des mots . Pour beaucoup, ce fut un « premier contact » avec un genre littéraire méconnu. Cet abordage s’est aussi fait en français, un autre défi en milieu minoritaire. Mais la rencontre de l’inconnu n’est-elle pas un thème courant en SF ?
En lisant les premières lignes d’une nouvelle de SF, on devine qu’on est ailleurs ; un ailleurs étrange, différent, rempli de technologies avancées et de paysages exotiques. Toutefois, l’auteur ne néglige pas pour autant la réflexion sociale : les personnages font face à des obstacles qui les forcent à changer, à évoluer, à faire des choix déchirants.
Les lecteurs aguerris reconnaîtront sans doute certains thèmes de la SF. Un écrivain en herbe qui aborde pour la première fois ces rives inconnues s’appuiera sur des souvenirs, des films, des jeux ou des événements familiers avant de faire le grand saut vers l’altérité.
Les nouvelles soumises reflètent des préoccupations actuelles des jeunes, projetées dans des futurs inquiétants. Manipulations génétiques sur des humains, catastrophe écologique, guerre civile, révolte contre une dictature, robotisation des cerveaux, tout y passe. Du drame à l’humour, la rébellion prend parfois la forme d’une recette de sucre à la crème ! Poésie et musique ne sont pas en reste : soutenues par une langue de haut niveau, elles enrichissent l’expérience de lecture.
Les auteurs de SF décrivent les conséquences de nos choix de vie. Et ce futur se rapproche à grands pas : qu’on pense aux récentes avancées de l’impression en 3D 1 ! Les textes qui suivent témoignent de la lucidité de la nouvelle génération face aux défis qui l’attendent.
Et, en passant, ils nous font voyager vers d’autres mondes...

Michèle Laframboise
Auteure-conseil
Concours de création littéraire
« Mordus des mots » 2012-2013
1 Et si vous relisez cette préface dans vingt ans, en sera-t-on rendu au téléporteur ?
PLANÈTE À VENDRE
Une berceuse pour Sigrun
« A u commencement, notre monde n’était que feu, noirceur, et cendres. Puis, la Sirène apparut. Nul ne sait comment, ni pourquoi ; elle prit simplement racine au cœur de ce monde hostile. Alors, elle se mit à chanter. Lentement, son aria transcenda le rugissement des flammes et les grondements de la pierre ; si belle et pure était-elle que le monde lui-même en fut calmé. Des cendres refroidies, la vie surgit. Nourrie par le chant de la Sirène, la nature prit ses droits, et, au terme de milliers d’années, nous finîmes par naître à notre tour. Depuis, cette mélodie nous permet de prospérer. Cependant, il est dit que lorsque les humains auront abusé de leur temps, la Sirène altérera son chant pour le rendre perçant et destructeur. L’aria deviendra requiem, et le monde sombrera une nouvelle fois dans les ténèbres et les flammes. »

Ainsi parle la légende. Bien des gens écarteraient ces fadaises du revers de la main, les reléguant au rang d’inepties. Malheureusement, il devient évident que le mythe n’en est pas un. Au siècle dernier, le sang versé lors des guerres incessantes et la cendre des villes brûlées pénétrèrent jusqu’aux entrailles du monde et le rendirent malade. Les cataclysmes ravageant la surface de la terre se multiplièrent démesurément, causant des pertes humaines considérables. Et toujours, le chaos prit de l’ampleur.
Avant qu’un déluge ne nous emporte ou qu’une lame ne nous transperce, mon frère, Sedgar, et moi décidâmes de partir en quête de la Sirène, pour essayer de renverser la situation… Longtemps, nous la cherchâmes. Assaillis par des vents violents et des pluies diluviennes, au faîte de hautes montagnes et au creux d’obscures cavernes, sous un soleil de plomb ou à la lumière de deux lunes, nous poursuivîmes nos recherches. Notre ardeur porta ses fruits puisque, dans une salle profondément enfouie sous terre, nous la trouvâmes.
* * *
Un silence profond, dense, presque tangible règne dans la pièce. Entièrement recouverts de plaques d’acier, ses murs sont tapissés d’aiguilles, de cloches vitrées et de leviers en tous genres. Partout où se pose le regard, la rouille a fait son œuvre et ronge les appareils, telle une gangrène. Sedgar traverse le cadre déformé de la porte, scrutant la pénombre, guettant un possible danger. Fascinée, j’effleure le levier le plus proche et je sens les flocons d’acier s’effriter et tomber au sol.
— Depuis combien de temps ces appareils sont-ils ici, à ton avis ?
— D’après leur état, je dirais des centaines d’années. Qu’ils aient survécu si longtemps… c’est incroyable.
Laissant mon frère à ses explorations, je me détourne du levier et me dirige vers le fond de la salle, d’où sourd une lumière diffuse. Plus je m’en approche, mieux je distingue une silhouette sombre, vaguement effrayante, dans laquelle se découpe le contour d’une main, d’une tête, d’un torse. Animée par une curiosité insatiable, je m’avance toujours plus près. Soudain, un éclair aveuglant m’éblouit avant de disparaître, remplacé par une douce lumière verdâtre à la pulsation languissante. Désorientée, je mets un peu de temps à me réapproprier le contrôle de mes sens. Lorsque je recouvre enfin la vue et l’ouïe, je remarque immédiatement que quelque chose a changé. D’habitude si nonchalant, Sedgar se tient à mes côtés, raide comme une statue. Je tourne la tête en direction de son regard, et je fige à mon tour. Devant nous se tient l’objet de notre quête : la Sirène.
Même au cœur de mes rêves les plus débridés, je n’aurais pu imaginer un être à l’apparence aussi singulière. À l’instar de la salle, son corps semblable à celui d’une femme est entièrement composé d’une substance métallique rappelant le platine. Il pend, démembré, suspendu au plafond par des filins d’acier. Des tubes dans lesquels s’écoule un liquide clair relient le corps au reste des appareils de la pièce, s’enchevêtrent dans un épais tapis de cheveux argentés fins comme des fils d’araignée. Enfin, une large bande métallique, remplaçant les yeux, semble isoler du réel cet assemblage fascinant, morbide, et pourtant étrangement élégant.
— Elle existe vraiment, dis-je. Sedgar, la Sirène n’est pas seulement une légende !
Ma voix se veut assurée, mais seul un murmure s’échappe de mes lèvres, tant l’ivresse de la réussite est poignante. Je me ressaisis vivement, cependant. Le temps presse, et notre tâche est loin d’être accomplie.
— Sirène, vous qui avez le pouvoir de guérir notre monde, écoutez-nous ! Les peuples s’entretuent et la planète est ravagée par des cataclysmes sans précédent. Pourquoi ?
La Sirène reste muette. Encore et encore, j’interpelle notre créatrice, mais toujours elle reste murée dans son silence. Malgré tout, je refuse de m’avouer vaincue. Pendant que je m’évertue à percer le mutisme de la créature de platine, Sedgar examine les composantes nous entourant. Un étrange globe enchâssé dans une plaque d’acier retient vite son attention.
— Sigrun, dit-il, tes supplications ne servent à rien. Viens plutôt observer ceci.
J’abandonne mon discours avec réticence, pour poser mon regard sur l’étrange petite sphère. Lorsque je l’effleure de mes doigts, l’éclat verdâtre devient momentanément plus perçant et des centaines de symboles virevoltent autour de nous avant de s’immobiliser. À ma grande surprise, les caractères lumineux sont analogues à ceux de notre langue, à tel point que je n’éprouve aucune difficulté à les déchiffrer. Je me mets à lire et un titre attire mon attention. Je le frôle, et de nouveaux glyphes apparaissent.
— Programme de régulation planétaire Ligéia. L’ordinateur biologique Ligéia allie circuits électroniques évolués et neurones humains pour former le complexe intelligent le plus puissant depuis l’échec du complexe Leucosie…, lis-je lentement, bien des mots m’étant inconnus. Qu’est-ce que c’est que ce charabia ?
— Hum… je crois en avoir compris assez pour connaître la raison du silence de « Ligéia ». Elle n’est pas vivante, du moins, pas au sens conventionnel ; elle pense, mais sans en être consciente…
— Mais alors, comment communiquer ?
— Regarde, me dit Sedgar, indiquant du doigt un carré flottant nous représentant, figés au seuil de la pièce. La Sirène a pu nous voir entrer… Alors, ce globe doit permettre la communication. Continuons de chercher.
Nous poursuivons notre lecture, les curieux glyphes défilant sous nos yeux. Une chose est claire néanmoins ; la Sirène de la légende n’est pas mythique, mais fut créée par un peuple à la technologie incomparablement plus avancée que la nôtre. Au sein de l’enchevêtrement de figures en orbite autour de moi, je remarque deux ensembles de symboles contigus, l’un d’eux en perpétuel réagencement. Curieuse, je les effleure et me mets à décortiquer les passages intelligibles. Je peine à réprimer un hoquet de stupeur.
— Sedgar, la Sirène agonise.
— Quoi ?
— Les cellules de son « cerveau » meurent. Avant, elle était en mesure de réguler notre environnement au grand complet. Mais maintenant… La guerre a trop chamboulé ses paramètres. À cause de cela, elle ne peut plus les rééquilibrer et ses capacités se détériorent. Plus elles régressent, moins elle peut effectuer les réajustements. C’est un cercle vicieux, fatal, et les cataclysmes sont les stigmates de son mal !
Mon frère reste silencieux quelques moments, puis, avec une expression d’extrême détermination, se retourne vers les glyphes et se met à chercher la plus petite parcelle d’information susceptible d’aider la situation. Pendant des heures, nous épluchons toutes les lignes de symboles nous passant sous les yeux. Enfin, un titre, le dernier, apparaît devant nous. Aussitôt sélectionné, il fait disparaître toutes les autres icônes, ne laissant qu’un petit paragraphe.
— Tabula Rasa , lis-je, la table rase. Programme de complémentation d’urgence. Établi comme mesure préventive en réponse à l’échec de Leucosie. Après activation…, je m’arrête net.
— Quoi ? Qu’y a-t-il ?
Je déglutis et, péniblement, reprends ma lecture.
— Après activation, tout organisme vivant ayant déclenché Tabula Rasa deviendra le nouveau processeur biotique de Ligéia, assurant sa pérennité.
Je laisse passer quelques instants, essayant d’assimiler toutes les implications de ce que je viens de lire.
— Donc, quiconque lance ce programme se sacrifie et permet à la Sirène de continuer à fonctionner.
Ce constat tombe avec le poids d’une dalle de pierre. Sedgar et moi échangeons un regard ; toute notre vie repasse en quelques secondes. Nous sommes inséparables, nous ne faisons qu’un.
— Avec ce programme, le monde redeviendra comme avant. La guerre s’éteindra…
Jamais je n’ai entendu autant d’émotions dans la voix de mon frère. Nous savons ce qu’il nous reste à faire. Mains jointes, nous approchons nos paumes du petit rectangle suspendu sous les glyphes. Dès le contact, une voix désincarnée s’élève.
— Programme de complémentation d’urgence Tabula Rasa , protocole de sauvegarde 3021 enclenché. Veuillez vous placer devant le cœur informatique.
Lentement, nous prenons place devant la Sirène. Son aura de légende l’entoure toujours. Alors qu’elle n’était qu’une idée dans notre imaginaire, dans quelques instants, nos consciences et la sienne ne feront plus qu’une.
— Préparation des implants. Activation. Arrimage dans dix secondes… neuf secondes… huit secondes…
Deux tubes émergent du corps métallique et se positionnent à la base de nos cous.
— … cinq secondes…
Un dernier regard. Une larme.
— … trois secondes… deux secondes… une seconde… arrimage.
Une légère douleur. Puis, le néant.


Stéphane Aubin
Collège catholique Samuel-Genest, Ottawa

…Initialisation du protocole de présentation 1001-07…
…Initialisation réussie.
…Identification : Stéphane Aubin.
…Âge : 17 ans.
…Personnalité : rassembleur, enjoué, sérieux, engagé, organisé, professionnel.
…Intérêts : lecture, musique, dessin, théâtre, écriture, photographie, sciences.
…Objectifs : devenir vétérinaire spécialisé en gestion des zoonoses.
…Fermeture du protocole de présentation 1001-07…
…Fermeture réussie.
Le bien ou le meurtre ?
L e Centre pour les recherches avancées, situé à Seattle, était une entreprise privée chargée par le Gouvernement des États-Unis de permettre aux gens de voyager dans le temps. Dix années de recherches pour créer une machine à explorer le temps n’ont mené à aucun résultat. Le désespoir des chercheurs les a forcés à tenter une approche différente et couronnée de succès après seulement quelques années. En créant un champ magnétique puissant et concentré, il est devenu possible d’aménager une fissure dans le continuum espace-temps pour déplacer une personne du présent vers un autre lieu et un temps précis.
* * *
— Bon retour ! Comment s’est déroulée ta mission ? demanda Jean.
— Comme toutes les autres, commença Vanessa en avançant sur la plate-forme et en se dirigeant vers les escaliers. Au lieu prévu, j’ai observé les personnes autour de moi — les mères et les pères avec leurs tout petits enfants, le policier qui protège sa communauté, le prêtre qui sortait de l’église. J’ai libéré la solution cancéreuse, sachant que dans quelques mois, chaque personne présente serait morte, continua-t‑elle, le dégoût et la tristesse dans la voix.
— Arrête de te tourmenter. Nous faisons un travail nécessaire pour le bien ultime de la société. Quelques millions de morts, c’est malheureux, mais préférable à des centaines de milliards qui souffrent. Nos actions assurent l’avenir de l’humanité.
— Oui, je sais, répliqua Vanessa sans conviction. Chaque jour, tu me rappelles l’importance de ce projet, mais Jean, tu ne comprends pas. Tu n’es pas là à regarder les visages innocents, sachant que tu seras responsable de leur mort. Je sais, nous travaillons pour faire le bien, mais c’est encore difficile pour moi d’ignorer ma conscience.
— T’as un cœur tendre et il n’y a rien de mal à cela. Nous n’avons pas le temps d’effectuer une autre mission avant le dîner et, de toute façon, je peux voir que tu as besoin de te détendre un peu. Allons chercher quelque chose à manger au petit café du coin et tu pourras te vider la tête un peu, avant ton prochain voyage.
— D’accord. J’aimerais cela.
* * *
En rentrant dans leur laboratoire après le dîner, Vanessa observa silencieusement la plate-forme d’échange rectangulaire et recouverte d’aluminium, où ses voyages dans le temps commençaient toujours. Il y avait quatre escaliers pour y monter. Ses dimensions étaient de cinq mètres par huit et au centre, il y avait la charpente d’une porte. De forme plutôt carrée, elle aussi était faite d’aluminium lisse et luisant.
Jean rompit le silence.
— Es-tu prête ? demanda-t-il.
— Non, mais commençons quand même.
Il se dirigea vers le bureau et revint placer un petit tube en verre dans la main de Vanessa.
— Notre algorithme a déterminé la prochaine destination et l’époque.
Il prit une longue pause avant de continuer, tandis que Vanessa se dirigeait vers la porte sur la plate-forme.
— C’est un orphelinat en Roumanie, le 25 mai 1972. Le dictateur, Nicolae Ceausescu, a interdit la contraception et les avortements en 1966. Depuis ce temps, les orphelinats sont surchargés et débordent d’enfants abandonnés par leurs parents. Plusieurs souffrent du VIH et du SIDA qu’ils ont hérités de leurs parents. Étant donné la surpopulation et la propagation des maladies, nous devons agir.
— Magnifique, s’exclama Vanessa d’un ton évidemment sarcastique. J’adore tuer des enfants.
— Je sais que la situation est loin d’être idéale, mais on n’a pas la permission d’abandonner. Tu sais ce qui nous arriverait. Lorsque notre algorithme nous donne une cible, il faut laisser nos jugements personnels de côté et poursuivre notre mission.
— Oui. Commençons maintenant afin qu’on puisse terminer pour la journée. Quelle maladie est-ce que je lâche ? demanda Vanessa en regardant la poudre de couleur rose contenue dans le petit tube de verre.
— C’est le choléra. Il sera…
— Non. C’est terrible. On ne peut pas les faire souffrir comme cela.
— Ce n’était pas à moi de décider. Les gens à la tête de cette opération veulent que chaque décès résultant du projet soit plausible et ne provoque aucune spéculation. C’est pour ça que le choléra a été choisi. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne pouvons tuer que des très petits groupes de personnes à la fois. Par ailleurs, les enfants ne souffriront pas beaucoup et seront morts en deux ou trois jours seulement parce qu’ils sont mal nourris et que leurs systèmes immunitaires sont déjà faibles. Sois prête à traverser, j’entre les données dans le logiciel maintenant.
— Je mériterais d’aller en enfer pour ce que je fais, proclama Vanessa.
Debout sur la plate-forme, elle regarda la lumière changer de couleur à cause du champ magnétique généré. La lumière passa de jaune à bleu, puis à rouge et s’éteignit après avoir formé un arc-en-ciel.
— C’est prêt. Bonne chance, ajouta Jean.
Sans un mot, ni même un regard, Vanessa franchit le seuil et se trouva aspirée dans l’espace-temps. Le logiciel qui contrôlait son voyage créait l’hologramme d’un chemin pavé, qu’elle devait suivre pour retrouver l’ouverture sur l’autre côté. Après quelques minutes de marche, elle se sentit aspirée encore une fois et emmenée dans une petite allée sombre. Elle sortit de l’allée et vit qu’il faisait noir, comme si le soleil s’était déjà couché et que la rue était silencieuse, à l’exception de quelques voitures qui passaient. Vanessa parlait couramment le roumain et en lisant les enseignes, elle constata qu’il n’y avait aucun orphelinat à proximité. Le logiciel opérait à cinq kilomètres et une semaine près, donc elle devait souvent se promener un peu ou attendre avant d’accomplir ses missions.
Afin de connaître la date, elle entra dans un petit restaurant et acheta de la nourriture. Le reçu indiquait que c’était le 25 mai 1972, donc au moins elle était arrivée à la date prévue. Avant de partir, elle demanda où se trouvait l’orphelinat. Le propriétaire lui dit qu’il fallait sortir, aller vers la droite et continuer sur cette rue pendant environ 500 mètres. L’orphelinat serait à sa gauche.
Le bâtiment était obscur et délabré. Vanessa s’approcha et trouva la porte débarrée. Au premier étage, elle traversa la cuisine, la salle à manger et ce qui avait l’air d’une petite salle de classe, avant de monter au prochain étage. Dans la première chambre, elle vit six femmes endormies, les dirigeantes de l’orphelinat. La prochaine porte s’ouvrait sur une immense salle et elle eut le cœur serré de voir tous les petits lits en ligne, chacun contenant un ou deux enfants dormant profondément. Il y avait même des jeunes sur le plancher. Elle se retourna et continua son chemin. Derrière la porte au bout du corridor était la pouponnière. Il y avait vingt-huit bébés en tout. En entendant un bruit derrière elle, Vanessa sursauta, mais fut soulagée de voir que c’était seulement un des bébés qui n’était pas encore endormi.
La petite avait l’air d’avoir environ un an, elle portait une couche et une chemise rose et sale qui couvrait à peine son corps mince. Lorsqu’elle s’aperçut que l’étrangère l’observait, elle leva la main, comme pour dire bonjour. À ce moment, Vanessa fut frappée par la gravité de sa mission, et commença à douter de pouvoir vraiment exécuter le plan. Abandonner maintenant la condamnerait à mort. On ne lui permettrait pas de retourner à sa vie et à l’année 2103. Il fallait qu’elle accomplisse la tâche. Elle sortit le tube de sa poche. C’était pour le bien ultime de l’humanité, dont la population excédait maintenant 27 354 229 756 individus.
Mais faisait-elle le bien… ou commettait-elle le mal ?


Whitney Walpole
École secondaire catholique l’Essor, Tecumseh

Whitney est en onzième. Elle consacre la majorité de son temps aux travaux scolaires et se prépare à devenir docteur. Le reste de son temps est partagé entre la famille, le bénévolat, le conseil étudiant, l’équipe de théâtre et celle de School Reach.
Intervention
M ai 1947, près de la Mer Morte, notes du professeur Van Libra.
Je n’arrive pas à y croire. Je suis dans un tel état de stupéfaction que je peux à peine écrire. Mon équipe d’archéologues et moi venons de faire une immense découverte, pas très loin de notre campement. Une découverte si énorme qu’elle pourrait bouleverser notre monde en entier : le passé qu’on croyait connaître, le présent et le futur. Eh bien, voilà : l’humanité a eu des visiteurs dans le passé, à une époque reculée ! Des êtres qui semblent avoir été pratiquement des dieux. Ils ont fait leur apparition sur Terre dans une nuée remplie de feu. Durant leur séjour, ils ont peut-être aidé nos ancêtres à bâtir des merveilles, telles les pyramides.
Tandis que j’écris ceci, mon ami est à côté de moi et essaye furieusement, une quatrième fois, de déchiffrer les parchemins pour être certain qu’on ne délire pas. On les a trouvés dans des grottes au bord de la Mer Rouge et ils pourraient dater de plus de deux mille ans, selon nos estimations.
En ce lundi 19 mai 1947, je déclare à quiconque lira ceci que nous ne sommes pas fous ! Il nous faudra plus de lectures pour mieux comprendre tout ça. Cependant, jusqu’à présent, nous sommes certains de deux choses : ils sont venus il y a longtemps… et ils reviendront.
* * *
4A9, Da6oste, Amérique du Nord, 2100.
D’Arielle se lança sur le canapé flottant dans la salle de visionnement.
— Ah, la belle vie !
Enfin. Elle pouvait jouir d’un rare moment de solitude, sans entendre les pleurs du bébé.
— Mon petit trésor, murmura-t-elle en cherchant la télécommande du Roulant qui transmettait les sons et les images de la chambre du petit qui dormait. Je suis folle de toi, mais Maman a besoin de son temps à elle.
D’un simple mouvement de télécommande, D’Arielle fit avancer l’appareil ; l’image de son miracle dormant dans son berceau fit sourire la mère et remplit son cœur de paix. « Ah, la belle vie ! Ah, la belle vie ! » , chanta encore son esprit, alors que ses yeux se fermaient tranquillement. D’Arielle attendit le doux murmure de la pluie que le système de la maison faisait toujours jouer lorsqu’elle s’apprêtait à s’endormir… mais il n’y eut aucun son. Elle ouvrit les yeux et se trouva enveloppée de noirceur. Une panne d’électricité ? Incroyable. La ville avait assez de déchets pour en produire, non ? Le courant revint en un clin d’œil. « Ah, la belle vie, en effet ! »D’Arielle sourit. Elle se retourna pour jeter un dernier coup d’œil au Roulant et, à cet instant même, toute beauté dans sa vie disparut et son cœur cessa de battre. Lorsque la pleine lune se dévoila dans le ciel ce soir-là, on entendit un cri de désespoir qui fracassa le calme du quartier.
* * *
Une semaine plus tard à l’Assemblée de la Défense de l’Amérique du Nord.
Clop, clop, clop . Le général faisait les cent pas sur l’estrade et le martèlement de ses bottes remplissait la salle où étaient réunis près de mille agents de la sécurité et de la défense. Perplexes et en attente, les employés l’observaient alors que son regard rempli de questions parcourait lentement son entourage. Puis, l’Aventurier, comme il se faisait appeler, s’arrêta, prit un eJournal et le déposa brusquement sur l’eBureau.
— Quarante-cinq enfants, dit-il d’une voix qui résonna dans la salle. Quarante-cinq enfants ont disparu au cours des derniers jours et nous n’avons aucune trace, ni le moindre indice qui pourrait expliquer ce phénomène. Il fit un pas en avant sur l’estrade. Et ce n’est pas tout, rajouta-t-il. Comme pour décupler notre folie, par hasard — ou par chance — des chercheurs du gouvernement viennent de découvrir des documents très anciens qui prédisent que de soi-disant êtres divins doivent revenir sur Terre à notre époque.
Des murmures s’élevèrent dans la salle, des sourcils se froncèrent, tandis que certains visages demeuraient vides. Ils continuèrent simplement à fixer l’orateur.
— Nous nous sommes rendus sur Mars, Jupiter et même Uranus et nous n’avons trouvé aucune autre espèce vivante dans toute la Voie Lactée. Plusieurs parents sont si inquiets qu’ils sont presque hystériques.
Le général haussa encore le ton.
— Que sommes-nous supposés faire pour trouver une solution, hein ? Que faut-il faire ?
La salle fut alors plongée dans un nouveau silence. Le général fit une pause pour maîtriser ses émotions. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix tremblait légèrement.
— Que ce message soit très bien compris. Le jour où l’un d’entre vous trouvera des indices qui pourraient aider notre cause, nous serons ici, prêts à l’écouter. Le bureau sera ouvert jour et nuit pendant le mois prochain, selon un ordre que nous avons reçu du gouvernement. Nous les vaincrons, renchérit-il. Vous qui croyez nous faire peur, nous vous vaincrons !
* * *
Le lendemain, près du Parc de l’Éteint, rue XI.
— Il me poussera des ailes le jour où j’accepterai encore de jouer au eSoccer avec toi, dit le jeune Yllman. Il soupira tout en se demandant quoi faire.
— Ah, allons, n’exagère pas à nouveau, lui répondit Aras en lui donnant un coup de coude. Tu sais bien que tu ne pourrais pas trouver meilleur ami que moi. Il lui sourit. Admets même que tu ne pourrais pas vivre sans moi.
Yllman lui lança un regard noir. Il semblait être le seul dont la patience et le sens de l’humour avaient disparu quand Aras avait lancé l’eBalle dans les champs une heure auparavant ! Il tapa du pied, rajusta son masque et serra les lèvres pour ne pas se plaindre. Formidable. Non seulement se retrouvaient-ils dans la zone où l’air était le plus suffocant, mais il n’y avait pas de Wi-Fi ici, ce qui signifiait que l’appareil servant à localiser l’eBalle ne fonctionnerait pas. Pourquoi avait-il accepté de jouer sur un terrain aussi éloigné de la ville ? Ah, oui, il avait perdu son bon sens. Il secoua la tête en y pensant. « En effet ! Nous avons perdu notre bon sens. »
Le parc de l’Éteint ne recevait pratiquement plus de visiteurs. Dans le voisinage, tous étaient même obligés d’augmenter le niveau d’air pompé par leur e4, un système porté par les humains, lorsqu’ils se retrouvaient à l’extérieur d’un bâtiment. Environ une dizaine d’années plus tôt, trouvant futiles leurs efforts pour sauver la planète, vu le réchauffement intense qui perdurait et qui contaminait l’air, les autorités de chaque pays avaient décidé de fermer l’œil sur ce phénomène et de fournir des e4 aux 50 millions d’habitants sur Terre. « Nous allons cuire ici, pensa Yllman en essuyant la sueur sur son front. En fait, ces derniers jours, la chaleur a augmenté sans cesse ».Curieusement, la chaleur ne semblait pas déranger Aras, qui fit un pas en avant, les yeux rivés sur la pancarte qui indiquait le nom du territoire et qui avertissait le public des dangers trouvés là. Puis, doucement, soudainement et subtilement… un bruit… comme le pas de quelqu’un. Pour une raison qu’il ignorait, ce bruit donna à Yllman la chair de poule. Toute trace d’humour s’évanouit du visage d’Aras lorsqu’il se retourna. Voyant ce qui se trouvait derrière son ami, son visage devint livide. Yllman se retourna lui aussi, lentement, le cœur battant.
* * *
Pendant ce temps, dans une station quelque part dans l’univers.
Head se leva de son siège. Il sourit en voyant les deux petits humains tomber. Ces « petits », on les appelait des adolescents. Peut-être que l’envoi de Mic comme messager ne fut pas très réfléchi, étant donné que sa taille dépassait la norme. Cependant, l’équipe n’avait pas le choix. Il s’apprêta à prendre la parole.
— Il vam fi opy b . Nous n’avons pas le choix, comme vous le savez déjà . Q’ol dit. Mal levera signifius. Nous leur dirons ceci très bientôt. Nous devons sauver le plus grand nombre d’entre eux.
Il examina l’aiguille de la machine qui se trouvait à côté de lui, puis il leva les yeux.
— A l oret onit . Nous sommes venus aider cette race il y a longtemps. Cette fois ci, nous venons faire plus . Iris thio va vim. Ils ne le savent pas, mais nous, nous le savons. Head marqua une pause. Blay y vov . La fin est arrivée.
* * *
Dans la station volante du ministre de la Défense.
— Nous comprenons, D’Arielle, cela fait longtemps qu’on le cherche. Oui, oui… Combien d’appels dites-vous encore ? Deux mille parents ont appelé le centre d’urgence ?… Oui, nous comprenons. Nous sommes présentement en quête d’information, soyez rassurée, car nous n’abandonnerons pas.
Ovive, la secrétaire de l’Aventurier, raccrocha l’eTéléphone tandis que les autres travailleurs tentaient de gérer les appels que recevait le système. Elle croisa les jambes, s’accouda sur son eBureau et regarda le général, le sourcil levé. L’Aventurier choisit de l’ignorer et relut leur adresse de destination tandis qu’à sa gauche, son assistant, Troy-Li, se raclait la gorge.
— Général, lui dit-il, vous savez bien que nous ne pouvons pas faire confiance à ces inconnus. Nous n’avons aucune idée…
— Eh bien, justement ! rétorqua son supérieur, prêt à hausser la voix. Nous n’avons aucune idée de l’emplacement de ces enfants qui disparaissent maintenant par dizaines. En ce moment, leurs parents sont en rage et en pleurs et considèrent peut-être même nous lyncher.
Ses épaules s’affaissèrent.
— Nous n’avons pas le choix, dit-il après un long soupir. C’est le seul indice pertinent qu’on a reçu tout au long de cette quête. Il se leva. Accélère ! cria-t-il au pilote. Et vous autres, au lieu de gaspiller votre salive sur des propos inutiles, préparez-vous à faire la guerre !
La navette vola à une vitesse étourdissante, suivie par 18 autres de plus petite taille, toutes munies d’armes terriblement dangereuses. Le général et son armée de 1 500 employés de la défense et de la sécurité s’avançaient, la tête haute et les épaules droites. Ils étaient tous prêts. Peu importait qui les attendait. Après deux heures de voyage, le Désert Damara apparut à travers un brouillard. Les navettes descendirent doucement pour avoir une meilleure vue du territoire et surtout de ces êtres mystérieux. Toutefois, le spectacle qui se dressa devant eux les paralysa. Silence.
— Miséricorde… souffla faiblement Ovive avant de perdre l’équilibre. L’un des employés se porta à sa rescousse. Des enfants !
Lorsqu’ils aperçurent les navettes, certains agitèrent vivement les bras, d’autres poussèrent des cris de joie et plusieurs applaudirent et sautèrent… ils avaient l’air si heureux !
Abasourdi et tremblant, l’Aventurier chercha à tâtons son eTéléphone, qu’il ne trouva pas.
— Atterrissez ! aboya-t-il les yeux écarquillés. Atterrissez tout de suite !
Voyant qu’il s’écroulerait, Troy-Li lui apporta une chaise. Puis, tout d’un coup, tous les passagers de la navette laissèrent éclater leur joie. Ils pleurèrent, ils rirent, ils rendirent leurs saluts aux enfants, ils sautèrent de joie et, lorsque les véhicules atterrirent et que les portes s’ouvrirent, tous se précipitèrent à la rencontre des jeunes.
— Maman ! cria une petite fille de six ans en courant, les bras tendus.
— Mon bébé, hoqueta une agente en l’embrassant à genoux. Mon bébé !
— Maman, dit l’enfant après un instant, en la regardant avec insistance, nous devons partir ! Le gentil monsieur et la gentille madame nous ont dit qu’ils nous ont enlevés parce que l’air n’était pas bon chez nous pour les petits.
— C’est vrai, ajouta une adolescente. Ils nous ont dit que, sans qu’on s’en rende compte, le réchauffement planétaire s’aggravait très sérieusement. Si nous, enfants, étions restés sur la planète durant les derniers jours, nous aurions pu mourir.
— Ils vous invitent donc, renchérit un garçon de dix ans, vous, les adultes ! La fin est arrivée pour nous et ils aimeraient nous voir vivre sur une nouvelle planète, mieux préservée et beaucoup plus grande.
— Regardez ! s’exclama soudainement quelqu’un. Là, à l’horizon !
Tous levèrent les yeux pour voir un objet descendre. Une énorme navette spatiale construite en forme de palais se profila à travers le brouillard. Somptueusement bâtie, elle était de toutes sortes de couleurs : crème pour du matériel qui ressemblait à des briques, brun foncé pour les portes et doré, partout ailleurs. Lorsqu’elle atterrit, les portes s’ouvrirent et avec elles, une seconde chance pour les humains.


Ganise Clermont
École secondaire publique De La Salle, Ottawa

Intellectuelle, passionnée et amicale, Ganise s’intéresse à la théologie, prend plaisir aux moments passés avec sa famille et ses amis et apprécie la littérature depuis toujours. Elle souhaite publier un livre un jour.
La Lune époustouflante
C e soir, la Lune brille de mille feux, resplendissante dans le ciel étoilé. Sa couleur d’un vert émeraude et sa forme triangulaire la font paraître encore plus belle en cette nuit d’été. Installée sous la tente à l’abri de la pluie, la famille l’observe attentivement par le hublot. Le grand-père Aladé brise le silence afin de raconter à nouveau l’une de ses fameuses histoires du passé, celle de la Lune blanche. Les enfants le rejoignent, intrigués, décidés à ne rien manquer de cette histoire.
Comment la Lune pourrait-elle être blanche ? Le grand-père sourit avant d’expliquer, amusé par la curiosité de ses petits-enfants. Il leur décrit l’apparence de la Lune au 21 e siècle, 200 ans auparavant.
— La Lune était ronde, blanche et couverte de cratères. Son apparence variait à chaque soir, passant de pleine à demi-Lune et devenant même parfois invisible de la Terre, nom qu’on donnait autrefois à l’Aqua. Des scientifiques y ont fait beaucoup d’expériences. Ils ont même réussi à y marcher !
Les enfants éclatent de rire :
— Mais grand-papa, aujourd’hui des gens vivent sur la Lune. On peut y aller facilement !
Aladé leur répond :
— Peut-être, mais à l’époque, il n’y avait pratiquement pas d’oxygène sur la Lune. De plus, les gens ne pouvaient pas l’atteindre aussi facilement, car elle était beaucoup plus éloignée que maintenant. Les premiers vaisseaux ont mis cinq jours pour atterrir sur la Lune alors qu’aujourd’hui, on peut s’y rendre en seulement une journée et sans danger.
Les enfants restent bouche bée puisque, pour eux, un voyage sur la Lune signifie une sortie avec l’école ou encore l’endroit idéal pour assister à un spectacle. Ils y vont même fréquemment. Aladé poursuit son histoire, même si les petits sont encore perdus dans leurs pensées. Comment imaginer un monde sans accès à la Lune, leur endroit favori, là où ils peuvent enfin se reposer ?
Aladé raconte l’état de la Terre en 2030. Polluée, l’eau s’y faisant rare. Il n’y avait aucune verdure, plus aucun arbre, presque plus d’oxygène, seulement un sol sec et craquelé à perte de vue. Les scientifiques avaient donc décidé de faire des recherches afin de sauver l’humanité. Ils y ont longuement réfléchi et, après de nombreux tests, ils ont découvert que la Lune produisait des résultats plutôt impressionnants sur l’atmosphère terrestre. Lorsqu’elle se retrouvait dans l’hémisphère boréal, elle amenait le temps des pluies, mais quand elle était dans l’hémisphère austral, au contraire, elle occasionnait en général des temps froids ou des temps secs. Ils en ont donc conclu que si la Lune se retrouvait en permanence dans l’hémisphère boréal, il y aurait assez de pluie pour que la Terre retrouve son aspect normal. Les scientifiques ont travaillé pendant plus de deux ans au projet 30PLUIE. Après plusieurs échecs, ils ont finalement trouvé la solution. Ils ont créé un laser immense installé sur une nouvelle base spatiale située à Ottawa. Cet instrument servirait à changer la direction de la Lune et à la retirer de son orbite afin de la diriger vers l’hémisphère boréal. Puisque la Lune serait plus proche de la Terre, elle cesserait d’être constamment en mouvement. Même si les nombreux tests effectués en laboratoire avaient fonctionné, les scientifiques n’avaient aucune idée de la façon dont la véritable exécution du projet se déroulerait.
Le jour venu, toute la population s’était réunie autour d’un énorme téléviseur spatial afin de ne rien manquer de ce jour historique. Plusieurs se disaient : « Ça passe, ou ça casse » et ils avaient bien raison. Si le plan échouait, l’humanité cesserait à tout jamais d’exister. Dès la tombée de la nuit, à l’apparition de la pleine Lune, l’opération débuta enfin, au grand plaisir des scientifiques qui retenaient leur souffle depuis très longtemps. Le rayon de lumière immense fut dirigé vers le ciel et atteignit le disque lunaire après cinq minutes interminables. Un gaz chimique puissant créé par les scientifiques se propagea sur la Lune à partir d’un satellite artificiel qui s’y était posé le jour précédent. Ce gaz entourait la Lune afin que le rayon puisse la sortir de son orbite facilement. Tout se passa comme prévu. La Lune commença à se déplacer. Les scientifiques poussaient des cris de joie et applaudissaient leur réussite.

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