Comment je suis resté inconnu
101 pages
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Comment je suis resté inconnu , livre ebook

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Description

« Cinq ans déjà ont disparu sans qu’aucun obstacle ne vienne perturber l’écoulement paisible de cette rivière de questions qui compose l’essentiel de ma vie insipide.




Plusieurs années que j’ai renoncé. À chercher un but à tout cela. À devenir ce que je suis censé être, pour peu que cette réalité existe dans un univers parallèle quelconque. Pompier involontaire ? Informaticien sans boutons ? Écrivain à la dérive...



Maintenant, je le sais pourtant. L’heure du réveil a sonné. »





Jean-Fabien possède la panoplie complète pour être heureux : un boulot épanouissant avec une chaise à roulettes, une clef de douze, un pull en laine sans trou et un anonymat confortable.



Il a même plusieurs femmes à ses pieds – ou pas loin – et un ami fidèle et proche (en tout cas plus proche du boulet que du canon, lui).



Et pourtant, ça le démange, il faut que ça bouge. Ou alors, il est allergique à la laine.



Mettre fin à son célibat serait une sorte de mouvement, se dit-il.



Se faire publier aussi, s’ajoute-t-il (car il est fort en addition).



C’est qu’il se pose beaucoup de questions mais obtient peu de réponse.



Un héros moderne, en somme (même si là, il ne s’agit plus d’addition).





L’amour et l’écriture sont les deux mamelles des nouvelles aventures de Jean-Fabien, loser sympathique en roue libre, qui revisite le thème du nègre littéraire à travers ce troisième ouvrage où l’on croisera des blondes, des rousses, pas beaucoup de lave-linges à hublot, mais quand même un détective privé et quelques vampires égarés.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 juillet 2015
Nombre de lectures 20
EAN13 9782366510683
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Titre
Jean-Fabien
Comment je suis resté inconnu
(Code de la déroute)
roman



Du même auteur aux éditions Paul&Mike
Le journal d’un écrivain sans succès
La perspective du primate (avec Jean-Luc Trescases)
Aux éditions Langlois Cécile sous le nom Fabien Muller
L’inconvenance du désastre
Aux éditions du Cherche-Midi sous le nom Fabien Muller (ouvrage collectif)
Coussin Lointain dans recueil  60 ans, et alors ?

Avertissement
L’auteur est collaborateur régulier du site Femina.fr d’où les chroniques du livre sont issues.
À noter que les relations entre le héros du roman et les personnages du magazine auquel il participe dans Comment je suis resté inconnu sont, elles, totalement fictives.


 
« Ce qui compte, ce n’est pas l’objectif, Neo. C’est le chemin à parcourir pour y arriver. »
MORPHEUS, Matrix

« Aujourd’hui j’ai décidé de geindre.  (…) Geindre le matin est assez délicat, chacun ayant beaucoup à faire avant de partir au travail ou à l’école. On perçoit une dilution de l’attention. Les gens, faut pas les faire chier avant qu’ils aient avalé deux cafés à la suite. »
MARC VILLARD, Un jour je serai latin lover


Prologue
Il est de ces moments reposants que l’on voudrait voir durer plus d’une pause déjeuner, ces moments où l’on vaque à son inactivité habituelle, sans stress ni pression d’aucune sorte.
Franck est assis à ma droite, légèrement penché sur un journal usé et dont la fonction principale est de l’aider à garder la contenance nécessaire à l’expression la plus discrète et la plus animale de sa concentration oculaire. Ses yeux bougent latéralement au rythme des paires de jambes qui foulent de leurs hauts talons noirs les dalles piégées du parvis. L’espacement millimétré de ces grosses plaques bétonnées fait risquer à tout instant l’anicroche, le talon coincé précédant la chute.
Nous sommes sur le petit carré de pelouse en plein milieu du parvis de la Défense, à assumer notre passivité, attendant quelque rayon de soleil transperçant, annonciateur d’une précocité printanière qui ne serait pas pour nous déplaire, nous les amateurs de mollets qui se pressent.
Je me sens serein, le spectacle hypnotique de ces chevilles entremêlées se mouvant dans une danse parfaitement synchronisée et absurde provoque en moi une ivresse passagère et douce.
Leur destination m’importe aussi peu que la raison qui les pousse à se dépêcher ainsi. Elles jouent une symphonie dépourvue de chef d’orchestre et au rythme trépidant : j’apprécie religieusement le tempo œcuménique de leur pas.
À l’heure où la durée de notre pause la rend indécente, j’engage un mouvement vers le bureau, dans une réminiscence de ma conscience professionnelle passée. Franck, transpercé par un sursaut de motivation assez rare pour être évoqué, me propose de nous déplacer jusqu’au CNIT. Un petit tour au rayon disques ne me tuerait pas, me suggère-t-il, et l’entreprise survivra bien vingt minutes de plus sans nous. Pas la peine d’indiquer qu’il a raison, même si ce n’est pas forcément agréable à entendre. Nous voulons tous nous sentir utiles, un jour ou l’autre.
Dans notre cas, notre utilité réside ailleurs que dans notre inactivité professionnelle, bien que nous n’ayons pas encore découvert ce lieu bien protégé.
Nous marchons en silence, n’ayant rien d’intelligent à proférer, ce qui n’est pourtant pas ce qui empêche Franck de s’exprimer en règle générale.
Tout à coup, devant nous, à même pas un mètre, nous assistons à un vol plané digne des meilleures cascades hollywoodiennes. En l’espèce, la voleuse ne se révèle pas être, à son grand dam, cascadeuse, ni d’Hollywood, ni de nulle part ailleurs.
Ce n’est pas la première fois de ma fulgurante carrière à la Défense que j’assiste à cette chorégraphie féminine savamment mal orchestrée qui voit l’acteur de la pirouette atterrir violemment sur le parvis. Le temps que je passe à apprécier la vue des talons qui foulent ces quelques mètres carrés impersonnels me permet souvent d’être le témoin de ce genre d’anecdote. J’avoue avoir une certaine préférence pour les petites chutes, ces trajectoires imprévues et mal négociées, de par leur beauté décalée, et la déchirure dans l’espace-temps préfabriqué qu’elles occasionnent, ma circonstance favorite étant celle où la femme d’affaires affairée se transforme par la magie d’un « merde » grossièrement hurlé en une simple passante piégée par l’implacabilité de la gravité ou trahie par la fragilité d’un escarpin trop sollicité.
Les conséquences classiques de ce type d’acrobatie sont souvent loin de la dramaturgie affichée de la scène. On compte, en effet, quelques foulures et autres ongles cassés, mais jamais rien de bien méchant, en tout cas rien qu’un gros bisou ne puisse se faire évaporer dans l’atmosphère bienveillante qui guérit.
À cette seconde précise, cependant, Franck et moi comprenons que nous assistons à l’un de ces instants merveilleux où la blessure réelle se substitue au comique de la scène, l’hilarité provoquée en devenant moins ostentatoire (on a une pudeur, tout de même).
La maladroite a voulu ignorer la marche qui se dressait, et mal lui en prit puisque c’est la marche qui a gagné. Le coin de son museau a amorti la lourde chute dans un *plop* sec qui soulève la question de la matière dont sont constitués les protagonistes : un des deux, de la femme ou du sol, est manifestement creux.
La dame se relève péniblement lorsque nous l’atteignons. Elle paraît ne s’inquiéter en premier lieu que de son téléphone : mauvais choix vu la couleur de son nez, mais rassurant au fond, et indiquant sans doute que les pompiers sont inutiles (ils ne descendent plus les chats des arbres, je les imagine mal s’inquiéter d’une éraflure sur la coque d’un téléphone dernière génération).
Quelques badauds s’arrêtent, plus pour filmer la scène que pour porter assistance, tandis que nous la tenons de sorte qu’elle s’époussette.
Elle nous aperçoit, enfin, et demande : « Je n’ai rien de cassé ? ».
—Je ne sais pas, vous avez une photo de vous avant ? ose Franck.
—Mais non, tout va bien, Madame, vous saignez un peu, corrigé-je de suite afin de ne pas paniquer la cascadeuse.
—Je disais ça juste pour comparer…
—Oui, on a compris Franck, merci.
—Je dois aller chercher ma fille à la garderie… Je crois que je n’ai pas vu la marche.
L’arête du nez de la dame est fendue sur une bonne largeur inondant son visage de sang. C’est bien simple, nous ne distinguons plus la bouche du nez, ni de quoi que ce soit d’autre, son visage n’est qu’une rivière vermillon.
—Ah oui, c’est sûr que votre fille va être rassurée de vous voir dans cet état, annonce Franck dans un effort pour gagner le concours de la réplique la plus positive.
Ignorant Franck, je décide d’éponger la demoiselle avec un stock de mouchoirs qui se reposait dans ma poche latérale droite depuis plusieurs lunes.
Après quelques tentatives, nous abandonnons l’idée de stopper le flux sanglant. Je lui laisse finalement le paquet entier afin qu’elle l’applique à la source du bain rougeâtre. Elle m’indique que « tout va bien, merci messieurs ».
Je note qu’elle est tout sauf convaincante.
Je regarde à droite, puis à gauche.
Deux jeunes filles qui se sont approchées m’annoncent qu’elles n’ont rien de plus palpitant dans leur agenda que de l’accompagner quelques minutes vers sa destination tout en veillant sur elle.
Je les étudie rapidement, elles ont l’air sérieuses (l’une d’elles a même des lunettes).
Ma mission semble terminée, même si Franck fait mine de vouloir rester. Je préfère ne pas chercher à savoir pourquoi il ne veut pas bouger et commence à le traîner par la veste tout en laissant l’acrobate du jour aller récupérer sa fille, bien encadrée par deux adolescentes dégourdies.
Je considère ma montre, nous avons perdu dix minutes.
Nous avons toutefois une bonne excuse, et je ne sais si c’est

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