Crowman - 2 - Résurrection
260 pages
Français

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Crowman - 2 - Résurrection , livre ebook

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Description

Dark Romance - 500 pages



Une course contre la montre s’engage pour retrouver Eleanor, enlevée par les hommes de Crowman. Séquestrée et torturée en un lieu inconnu, comment peut-elle désormais garder le moindre espoir ?


Luke et Declan, malgré leurs différends, vont devoir s’allier et faire preuve d’obstination pour porter secours à la jeune femme et la sauver des griffes de son tortionnaire.


Blessée dans sa chair, blessée dans son âme, Eleanor saura-t-elle puiser les forces nécessaires à sa survie ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782379611612
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Crowman – 2 - Résurrection

2 — Résurrection

Lucie F. June
2 — Résurrection

Lucie F. June



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-161-2
Photos de couverture : LightField Studios
1


Luke

Une soirée inoubliable, unique, un commencement, voilà ce qui était prévu. Au lieu de ça, je suis là, debout, figé, douloureux. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Une bombe a explosé, le bruit a inondé mes oreilles en un son aigu incontrôlable, écrasant. Je n’entends plus rien, sauf cette douleur lancinante. Eleanor… Mes doigts, eux, sont restés figés sur cette carte effrayante, sur ce souvenir qui n’en est plus un : Crowman …
Il l’a emmenée.
Declan n’a rien dit d’autre.
Il n’a pas bougé non plus, d’ailleurs.
En fait, on dirait qu’il a cessé d’exister.
En cet instant, j’aimerais qu’il hurle, s’agite comme il sait si bien le faire, qu’il la ramène au plus vite. Mon amour, ma muse, mon écorchée, Eleanor. Où es-tu ?
J’ai froid, tellement froid. Ce putain de silence est en train de me faire crever !
— Declan ! Depuis combien de temps a-t-elle disparu ? Tu as prévenu la police ?
Pas de réponse. Il reste au sol, effondré, le visage figé dans une expression effrayante et grotesque. À quoi joue-t-il ? Je ne sais pas qui est ce pantin éclaté par terre, mais ce n’est pas ce mec insupportable, arrogant, que je connais et qui me manque soudain cruellement.
— Putain, Declan ! Réponds-moi !
Il ne dit rien, s’obstine à fixer le sol à en pleurer.
Le sol … cette étrange couleur qui s’y mélange…
La migraine cherche à faire sortir mon cerveau par ma bouche.
— C’est du sang ?
Je ne veux pas savoir, mais le pantin ricane, se décide enfin à parler :
— Ça, on peut dire que t’es un foutu génie !
Je l’attrape par les épaules, le hisse contre le mur, poussé par l’adrénaline, aidé par la faible résistance de cet idiot.
— Tu vas arrêter de te foutre de ma gueule et me dire tout ce que tu sais. Il faut faire quelque chose !
— Sans blague ? Mais il était temps que tu arrives ! Dieu soit loué !
Je le lâche, désespéré.
— T’en as rien à faire d’elle, en fait. Tu t’en fous qu’elle soit avec ce mec.
Ma provocation le réanime enfin, il se met à grogner et me pousse violemment.
— Qu’est-ce que tu crois ? Que je t’ai attendu pour réfléchir ? C’est foutu ! Tu ne comprends pas ? Le simple fait que tu parles de lui comme d’un mec montre à quel point tu es loin de savoir qui il est. C’est un monstre, un sadique, la pire chose que le monde a pu créer. Ça fait des années que je cherche à mettre la main sur lui, parce que chaque souvenir d’Ellie, chaque cri qu’elle a poussé dans la nuit par sa faute, chaque cicatrice sur son corps, m’a donné une envie viscérale de retrouver cette ordure pour lui arracher les os du corps. J’ai échoué, encore et encore. Crowman est pire qu’un fantôme, c’est un diable déguisé en monsieur tout le monde, un putain de courant d’air.
— Mais…
— NON ! C’est terminé, Luke. Nous l’avons perdue…
2


Luke

L’attente est interminable. J’ai la désagréable sensation d’être une image bloquée dans un téléviseur. Où est passée cette foutue télécommande ? Personne ne songe à appuyer sur lecture, alors nous restons figés, Declan dans le canapé avec une bouteille de whisky dont le niveau est la seule chose en mouvement et, moi, prostré devant la porte d’entrée. Il a dit qu’il arrivait, que je ne devais toucher à rien, qu’il allait prendre les choses en main. Depuis, je ne respire plus, j’attends.
Mes pensées filent à vive allure, elles écrasent ma raison sous des images effrayantes, reconstituant malgré moi ce qui a dû se passer ici. Eleanor sublime, prête à me recevoir enfin chez elle. Je la vois sourire quelques secondes puis, lorsqu’elle ouvre la porte, tordre son visage de frayeur. J’imagine cet homme sans faciès, à l’allure effrayante, immense. Il veut s’emparer d’elle, mais mon Eleanor lui résiste.
Mon estomac se contracte, comme s’il voulait expulser le sang que mes yeux ont photographié sur le sol.
C’est un cauchemar…
— Luke ?
Je sors de ma transe, les yeux brûlants, le corps crispé, prêt à imploser.
— Tu es venu !
— Bien sûr que je suis venu.
— Je… je ne savais pas qui appeler. J’aurais dû prévenir la police, mais je… j’ai eu peur qu’ils ne puissent pas faire ce…
— Ce que moi je peux faire ?
— Oui.
Blake balaie la pièce des yeux, puis m’adresse un regard presque compatissant, ne faisant qu’accentuer mon angoisse.
— Dis-moi que tu peux faire quelque chose.
— J’ai amené ce qu’il faut pour des prélèvements. Il se peut qu’elle ait blessé l’un de ses agresseurs et qu’on trouve une piste à partir de là. J’ai contacté des personnes de confiance en chemin, on va tout faire pour la retrouver rapidement.
Un ricanement nous fait tourner la tête. Declan est debout, l’air hagard, les cheveux désordonnés. Son teint semble s’être vidé de tout flux sanguin.
— Amusez-vous bien, les apprentis experts ! Moi, je me casse.
J’attrape son bras pour le retenir, le fais grogner de mécontentement.
— Tu vas où ? Il faut que tu nous dises ce que tu sais à propos de celui qui l’a enlevée, c’est toi qui connais le plus de choses sur le passé d’Eleanor.
— Ouais ! Et ça t’emmerde, hein ?
— Je n’ai pas le temps pour nos querelles, Declan. On parle de la vie d’Eleanor, pas de qui va marquer le plus de points, bordel !
— Dans ce cas, ne te mêle pas de ça, ou tu vas la faire tuer plus vite que prévu. Ce mec a des contacts partout, si tu préviens les flics, il nous pistera et la déplacera sans arrêt. Cette affaire ne concerne que moi.
— Ah, vraiment ? Et qu’est-ce que tu comptes faire à part te lamenter et te saouler ?
— Va te faire foutre !
Declan s’éloigne, j’abdique. Qu’il s’en aille après tout, on avancera mieux sans sa mauvaise humeur et son agressivité. Avant de franchir le seuil, il se retourne, soudain menaçant :
— C’est votre faute s’il l’a retrouvée. Vous avez remué la merde, ressorti de vieux articles de presse et enquêté sur elle. Vous avez forcément déclenché une de ses alertes. À cause de vous, elle est avec ce malade. Estimez-vous déjà heureux que je ne vous bute pas tous les deux.
Il disparaît. Le trou qui s’est installé dans ma poitrine s’agrandit à m’en aspirer tout entier.
— Luke ? Est-ce que ça va aller ?
— Declan a raison, Eleanor a été enlevée, car je n’ai pas pu me retenir de faire ingérence dans sa vie. Nous devons tout tenter pour la retrouver. Tiens-moi informé dès que tu sauras quelque chose.
— Qu’est-ce que tu comptes faire ?
— Declan détient de nombreuses informations sur Eleanor et ce Crowman  ; il n’est pas question qu’il les garde pour lui.
— Ce mec est instable. Laisse-moi m’en occuper, il nous dira ce qu’on veut savoir.
— Blake, crois-moi, l’idée de t’imaginer malmenant Declan est assez plaisante, j’avoue, mais je dois le gérer. Pour elle.
Eleanor, ma douce guerrière. Accroche-toi, j’arrive.
3


Declan

La vitesse de la moto et le vent qui cingle mon cou me permettent de reprendre mes esprits lentement. Le court-circuit dans mon cerveau a été si violent que j’ai cru un instant ne pas pouvoir récupérer mes facultés. Il est plus que temps ! Elle a disparu, elle, cette partie de moi qui me permet de ne pas basculer.
Ellie, je suis tellement désolé ! Ne lâche pas, je vais venir te chercher.
Je secoue la tête pour chasser une larme qui cherche à brouiller ma vue et mes idées. Je n’ai plus le droit de craquer, je dois être sans failles, me couper de toutes mes pensées irrationnelles ou je ne serai pas efficace dans mes recherches. Je sais ce que je dois faire.
En arrivant chez moi, j’envoie un SMS à mes parents ainsi qu’à James :

[Besoin urgent de vacances, j’emmène Ellie à la montagne ! On vous embrasse]

Je sais que ça ne les surprendra pas. Il m’arrive souvent de faire ce genre de choses, d’avoir besoin de déconnecter du travail et des fantômes qui tournent dans ma tête. J’adore emmener Ellie avec moi, dans un chalet isolé, dans une villa gigantesque en bord de plage ou dans des excursions exotiques. Je donnerais tout ce que j’ai en cet instant pour l’avoir près de moi.
Dans mon bureau, je déverrouille mon coffre, en extirpe les piles de dossiers qui concernent Crowman et commence à activer mes contacts en leur envoyant notre code d’urgence. Depuis des années, je vis dans l’angoisse permanente que ce jour finisse par arriver. J’ai tout fait pour la protéger et il a fallu que ce merdeux foute tout en l’air.
Pourquoi je ne l’ai pas tué ?
— C’est pour toi, Ellie, seulement pour toi. Je sais que tu ne me le pardonnerais pas.
Mon téléphone ne cesse de sonner, le plan offensif est déclenché. En moins d’une demi-heure, tous mes contacts sont à sa recherche. Les bandes vidéo de la rue avoisinant l’appartement d’Ellie sont en train d’être récupérées pour m’être transmises. Sa photo circule dans les milieux illicites. Chaque personne ayant pu être en contact avec cette bande de fanatiques aux plumes noires ensanglantées va être examinée, interrogée, menacée, jusqu’à ce que j’obtienne des foutues réponses. Le temps de l’enquête en douceur est fini, je n’ai plus le luxe de me montrer patient, je dois la retrouver au plus vite.
Derrière mon ordinateur, je me connecte au système de sécurité du bâtiment et télécharge les images des dernières heures, Ellie a toujours refusé que je mette des caméras chez elle, mais elle avait fini par céder pour en mettre dans l’entrée. En vitesse légèrement accélérée pour être certain de ne rien manquer, je nous observe rentrer après notre visite chez Luke, nous vois monter jusqu’à son loft. J’aperçois son sourire lorsque je lui dis au revoir, puis nous disparaissons de l’écran, elle dans son appartement et moi dans la rue.
Mes poings se contractent à l’idée de ce qu’il a pu se passer ensuite. Je n’aurais pas dû la laisser seule. J’accélère encore la bande jusqu’à les voir, ces criminels, ces brutes qui ont enlevé ma raison d’être. Trois hommes immenses pour une seule femme, quelle bande de lâches ! J’ai beau arrêter la bande à plusieurs reprises, je ne vois rien : casquettes vissées sur leurs têtes, aucun signe distinctif ne me saute aux yeux. C’était prévisible, mais l’espoir m’animait malgré tout. Lorsque je les vois frapper au loft comme s’ils venaient simplement rendre une visite amicale, mon cœur s’emballe.
La porte s’ouvre, j’arrête de respirer. Ils tentent de tirer Ellie par les bras, elle résiste. L’un des hommes est catapulté dans l’escalier pendant que les deux autres s’engouffrent dans le loft. Je ne peux pas voir ce qu’il s’y passe, la frustration s’étrangle dans ma gorge. Le temps paraît interminable. Mon esprit crée de parfaites illusions, imaginant sans mal la scène se déroulant à l’intérieur : elle, se défendant corps et âme, eux, brutaux, sans limites.
Enfin, je les vois à nouveau. Un premier homme sort du loft, s’assure qu’il n’y a personne et fait signe aux autres de le suivre. Ils apparaissent à l’écran, me donnent envie d’y plonger pour leur arracher les tripes. Ces deux pourritures maintiennent Ellie pour qu’elle ne s’effondre pas totalement. Je n’arrive pas à distinguer si elle est encore consciente. Ses vêtements sont déchirés, ensanglantés, les témoins de l’atrocité qui vient de se dérouler.
Je vais vous retrouver et vous crever un par un.
L’un d’eux abandonne les marches pour s’engouffrer dans l’ascenseur avec elle. Il la pousse dans un coin, elle chancèle. Ce connard s’énerve, l’attrape par la nuque et la plaque contre la grille à demi fermée. Je mords ma lèvre au sang en voyant le visage d’Ellie, tuméfié, gonflé, méconnaissable. C’est insupportable, j’appuie sur pause, attrape ma poubelle avec urgence et y déverse tout le contenu de mon estomac. Je peine à retrouver mon souffle. Ayant soudainement très chaud, j’éponge mon front avec mon pull et avale une gorgée d’eau avant de me forcer à continuer mon visionnage.
L’un des deux hommes sur les marches fait demi-tour et bouscule le géant dans l’ascenseur. Je ne peux pas entendre ce qu’ils se disent, mais ils se disputent clairement, au point qu’Ellie s’effondre au sol lorsque le colosse la lâche pour frapper son acolyte. Ce dernier se défend.
C’est là que je l’aperçois : un étrange tatouage sur sa nuque. Dans leur affrontement, il a baissé sa garde, face aux caméras, et même si je ne peux toujours pas voir son visage, le tatouage, lui, apparaît clairement. J’imprime une capture d’écran que j’agrandis, espérant bien avoir une piste, avant de remettre la bande en route.
L’homme s’agenouille près d’Ellie, la soulève avec délicatesse et lui murmure quelque chose à l’oreille. La dernière image que j’aperçois est celle de cet homme qui passe la porte de l’immeuble en la tenant contre lui.
— Monsieur Lowell ! Pardonnez-moi de vous déranger, mais nous avons un problème à la porte et je n’arrivais pas à vous joindre sur votre ligne alors j’ai utilisé le double des clés.
Je me retourne sur mon gardien et son air inquiet, il faut dire que je dois faire peur à voir. Immédiatement, je me doute de qui est à l’origine du problème .
— Laissez-le monter, je vais m’en charger, merci.
Quelques minutes plus tard, Luke débarque dans mon salon.
— Qu’est-ce que tu veux, Daniels ?
— Tes infos. Tu as dit que tu enquêtais sur lui depuis des années, je veux tout savoir.
— Tu ne manques pas d’aplomb. Tu te pointes chez moi sans y être invité, tu exiges de tout connaître, mais ça ne te regarde pas !
— Comment oses-tu me dire que je ne suis pas concerné ! La femme que j’aime a été enlevée. Tu détiens des informations importantes, j’ai besoin de les connaître. On doit bosser ensemble, on n’a pas le choix !
Il a l’air sérieux. Bien sûr que je sais qu’il l’aime, qu’il veut vraiment la retrouver, mais elle ne me le pardonnera pas si je lui montre ces horreurs, qui est vraiment ce Crowman. Oui, elle me détestera, c’est certain.
— Je vais la retrouver, d’accord ? Mais tu dois rester en dehors de cette histoire.
— Tu ne peux pas me demander ça, je ne vais pas l’abandonner. Avec ou sans toi, je pars à sa recherche.
Je sens bien qu’il ne lâchera pas, je dois réfléchir vite. Cet idiot risque de tout faire foirer et accessoirement de se faire tuer. S’il nous fait remarquer, il les fera fuir davantage et c’est hors de question. J’hésite encore lorsque son téléphone sonne.
— Blake, tu as quelque chose ?
L’air concentré, il ne dit rien, se contente de hocher la tête à intervalles réguliers. Je sens la pression monter à nouveau en moi, allume une cigarette que je maltraite entre mes doigts. L’amoureux éperdu raccroche enfin, il me regarde sans ciller.
— J’ai des infos. Dis-moi ce que tu sais et je ferai pareil.
— Va te faire voir, Daniels ! Je n’ai pas besoin de toi.
— Parfait.
Il tourne les talons. Une furieuse envie de le coller au mur agite mon corps.
Ellie, pourquoi a-t-il fallu que tu tombes amoureuse de ce connard ?
— Qu’est-ce que tu comptes faire, Casanova ? Partir avec ta petite voiture à l’aventure, traquer les criminels avec tes poings ? Tu vas te faire tuer !
Il se retourne, impétueux.
— Qu’est-ce que ça peut te foutre, hein ?
— À moi ? Rien. En revanche, Ellie risquerait de m’en vouloir, elle. Il n’est pas question que tu bousilles notre relation en mourant bêtement.
— Trop aimable.
Je souffle intérieurement.
Je n’arrive pas à croire ce que je vais dire.
— C’est d’accord.
— Quoi ?
— Retrouvons-la… ensemble, mais à condition que tu suives mes règles.
— C’est-à-dire ?
— Tu feras ce que je te dis, sans poser de questions.
— Si ça peut te rassurer dans ta position de mâle dominant !
Inspirer. Expirer. Inspirer. Ne pas le buter.
— Declan ! Tu comptes me dire ce que tu sais maintenant ou dans six mois ?
Putain…
— Je ne pourrai pas te montrer mes dossiers, il y a trop de choses appartenant à ma sœur dedans.
— C’est rare que tu parles d’elle comme de ta sœur.
C’est parce qu’elle me manque, parce que j’ai besoin de sentir notre lien, quel qu’il puisse être.
— Ellie est mon âme sœur, ma chair, mon souffle. Si son cœur ne continue pas à battre quelque part sur cette foutue planète, le mien n’aura plus aucune raison de continuer ses efforts.
L’expression de Luke se fige. Je sais qu’il ne peut pas comprendre, personne n’a jamais pu. Pourtant, je le vois ravaler sa colère, souffler, se reprendre.
— Par quoi on commence ?
— Grâce aux souvenirs d’Ellie et à ses descriptions, j’ai pu établir des périmètres de recherche. Jusqu’ici, je n’avais rien pu soulever d’intéressant, pas sans mettre Crowman en alerte et risquer de la mettre en danger.
— Montre-moi.
Donne-moi encore des ordres et je te fais avaler ton costard.
Je lui aboie de ne pas bouger du salon et retourne dans mon bureau. Je sors les documents nécessaires et range le reste dans mon coffre, y ajoute l’impression du tatouage que j’ai découvert avant que Luke ne vienne foutre sa merde. Quelques minutes plus tard, j’étale des plans cerclés de rouge devant lui.
— Sérieusement, Declan ? Il y a plusieurs états et tellement d’endroits à explorer !
— Tu sais que s’il n’y avait qu’un cercle rouge, on ne serait pas là à prendre le thé ?
Quel connard !
— Rappelle-moi pourquoi on ne se fait pas aider par des gens dont c’est le métier. Genre des flics.
— Pour commencer, parce que lorsqu’Ellie leur a parlé de Crowman, ils n’ont pas pu l’identifier, ils ont songé qu’elle l’avait inventé. Comme si imaginer une créature abominable pouvait la rassurer contre de vrais salopards bien humains ! Ensuite, si on les alerte, ils vont remuer toute la boue autour d’elle, mêler les journalistes à cet enlèvement et ôter à Ellie tout espoir de vie privée, encore une fois. Enfin, si ces abrutis de flics interviennent, toi et moi, nous serons pieds et poings liés. Nous ne pourrons rien faire pour la retrouver.
Ce dernier argument semble faire son effet, car il hoche la tête et attrape mes plans pour les observer plus minutieusement.
— Je pense avoir une idée pour diminuer les zones de recherche.
— Laquelle ?
Il baisse la tête et blêmit, l’air coupable.
— Daniels ?!
— Blake a découvert que mon téléphone était sur écoute.
— J’avais raison ! Ce connard a enquêté sur elle pour toi. Crowman l’a su et il vous a pisté jusqu’à ce que vous la meniez à elle.
— Probablement, oui. Eleanor m’a envoyé son adresse par SMS, c’est comme ça qu’ils ont dû la localiser.
L’amour ne rend pas seulement aveugle, il débilise aussi ! Comment as-tu pu être aussi inconsciente, Ellie ?
— Vous avez pu repérer la provenance de l’écoute ?
— Ce ne sont pas des amateurs. Ils brouillent les pistes, mais Blake a pu localiser chaque endroit d’où le signal a été transmis. Ça représente environ trois mille antennes relais dans vingt états différents.
— Au lieu de chercher Ellie à travers tous les États-Unis, nous la chercherons uniquement dans vingt états ! La botte de foin n’est plus qu’une bottine.
— Arrête avec ton cynisme ! Si on compare les endroits que tu as identifiés avec ceux trouvés par Blake, on réduira considérablement nos zones de recherche.
— Et ensuite ? On ira frapper à toutes les portes en demandant s’ils n’ont pas vu Ellie ? Quelle connerie !
— Tu m’emmerdes, Declan ! Ensuite, on verra. Blake est en attente des résultats d’analyse du sang retrouvé dans le loft d’Eleanor. Ces pistes, aussi insignifiantes soient-elles pour toi, sont tout ce que l’on a pour l’instant. Si je dois frapper à chaque porte de chaque ville de chaque état américain pour la trouver, je le ferai. Quitte à en avoir les phalanges rongées !
Je sais qu’il a raison, c’est tout ce qu’on a. C’est déjà bien plus que ce que j’avais moi, même si ce n’est pas encore assez. Il est tellement plus facile de m’en prendre à Luke qu’au vide cruel de l’absence d’Ellie…
— Donne-moi ce que vous avez trouvé ! Je transmets mes cartes et les vôtres à un contact. On aura nos zones de recherche dans une heure maximum. D’ici là, rentre chez toi, prépare des affaires, règle les détails de ton absence, on ne sait pas quand on reviendra. En attendant, personne ne doit être au courant de ce que l’on fait.
— J’ai déjà fait préparer une voiture. Elle sera en bas de chez toi dans trente minutes. Je dois me rendre au bureau, mettre mes affaires en ordre et appeler ma sœur. Passe me prendre là-bas quand tu seras prêt.
Luke s’éloigne, une idée douloureuse s’imprime en moi.
— Daniels, demande à Blake de faire des prélèvements dans l’ascenseur. Les hommes de Crowman s’y sont battus et l’un d’entre eux a été blessé.
— Comment tu peux savoir… attends, les caméras ! Tu as visionné les bandes ! Comment… je… elle… Eleanor…
Je sais ce qu’il n’arrive pas à demander. Mon cœur se serre en songeant à son corps disloqué, écrasé contre les grilles d’ Old Mama. Inutile qu’il visionne ça.
— Dépêche-toi d’aller voir ta sœur. Je serai au pied de Daniel’s Corp dans quarante-cinq minutes.
Blême, Luke hoche la tête avant de disparaître, replongeant mon appartement dans un silence morbide et anxiogène.
4


Luke

Il ne me reste que quelques mètres à franchir pour sortir du building, mais l’angoisse ne me lâche pas. Mon esprit me joue des tours : j’entends Sara me courir après, offusquée par mes mensonges, mais rien ne se produit. Je sors dans la rue en toute quiétude, balaie les trottoirs des yeux, repère la Cadillac Escalade que j’ai réservée, il y a quelques heures. Je ne peux pas distinguer Declan derrière les vitres teintées, mais je l’imagine pourtant, droit comme un i avec son regard brutal et ses yeux impatients. Les jours à venir risquent d’être très compliqués, je vais devoir jouer de patience et de finesse si je ne veux pas qu’il disjoncte. J’ouvre la porte côté passager et balance mon sac derrière avant de m’attacher.
— Où est-ce qu’on va ?
— Columbus, Ohio, c’est le point intéressant le plus proche.
— Parfait.
— Qu’est-ce que tu as dit à ta sœur ?
— J’ai menti, ne t’en fais pas.
L’ours grogne derrière le volant, je ferme les yeux, souffle discrètement.
— Je lui ai dit que nous avions besoin de nous retrouver avec Eleanor. Qu’après qu’elle m’a quitté, que j’ai cru l’avoir perdue à tout jamais, je ne veux pas rester loin d’elle. J’ai vendu des vacances en bord de mer, des destinations changeantes et une date de retour inconnue.
— Elle a marché ?
— Vu son niveau de colère et le fait qu’elle a clairement eu envie de me tuer, elle a marché, oui.
Declan ne répond rien, se contente de démarrer et de s’insérer dans la circulation.
540 miles. 8 h 40. Voilà ce qu’annonce le GPS de la Cadillac. Mon hélicoptère me manque. Blake m’a formellement interdit de le prendre, assurant qu’il serait surveillé, comme tous nos moyens de locomotion habituels. Ensemble, nous avons choisi cette voiture, puissante, confortable, discrète. Dommage que mon compagnon de voyage soit un sociopathe qui préfèrerait probablement voyager avec un cobra au venin mortel qu’avec moi. Peu importe . Il a besoin de moi, j’ai besoin de lui et Eleanor aura besoin de nous deux dès qu’on l’aura retrouvée.
Je m’enfonce dans mon siège, croise les bras et plisse les yeux, assez fort pour avoir mal. Depuis qu’elle a disparu, j’ai besoin de souffrir, ça m’empêche de penser, d’imaginer ces hommes s’engouffrer chez elle, la brutaliser et la kidnapper. Trop d’heures se sont déjà écoulées. Maintenant, elle est probablement auprès de lui.
Crowman. Ce monstre du passé qui la hantait encore, des années après être sorti de sa vie.
Que lui fait-il subir en ce moment ? Des images de bestialité et des hurlements s’entassent dans ma tête. Mon estomac se contracte, je serre les poings, enfonce mes ongles dans mes paumes jusqu’à les faire saigner. L’incohérence et la peur me noient dans mon propre corps. Je sens mon cœur se débattre dans le vide, sans espoir de s’accrocher à nouveau aux veines essentielles à son fonctionnement. C’est trop difficile ! Je ne peux pas respirer sans elle, je ne veux pas.
— Hé, Luke !
La voix puissante de Declan me sort de ma tétanie. Je sursaute légèrement, le regarde, sourcils froncés.
— Quoi ?
— Tu me fais flipper.
Moi ? Je fais flipper l’antisocial de service ? C’est un comble !
— Tu veux bien conduire et arrêter de me mater ?
— J’ai cru que tu étais en train d’y passer. Ton corps s’est tordu d’une étrange manière, tu es devenu plus blanc qu’un mort.
— Eh ben, désolé, mais je suis toujours en vie.
Je me tourne contre la vitre comme un enfant qui boude, la fraîcheur de la glace apaise mon front en surchauffe. Eleanor…
— Il faut que tu arrêtes, Luke.
De respirer ?
Je n’ai pas envie de l’entendre. Pourquoi il ne se contente pas de nous emmener à Columbus ?
— On aurait dû prendre deux voitures, je crois.
Ma tête heurte violemment le montant de la porte lorsque la voiture quitte brutalement la route. Un crissement des pneus retentit, nous nous immobilisons.
— Mais t’es malade ! Qu’est-ce qui te prend, putain ?!
— Descends !
Quoi ?
Je n’ai pas le temps de bouger, Declan est déjà à ma porte. Il me force à sortir de la voiture, plaque mon dos à cette dernière et appuie sa main sur mon épaule pour me maintenir.
— Tu ne dois pas penser à elle ! On n’a même pas encore fait dix bornes que t’es déjà en train de me claquer entre les doigts. Tu vas prendre le volant, te concentrer sur cette foutue route, tu retourneras sur le siège passager uniquement quand tes yeux chialeront de fatigue. C’est clair ?
Je le repousse brutalement, excédé.
— Va te faire foutre, Lowell. J’ai accepté de te suivre, de me plier à ce que tu veux quand tu veux, mais pas question de te laisser aussi contrôler mes pensées ! Tu n’as pas le droit. Tu m’entends ?
Le contraire m’étonnerait vu la façon dont je hurle.
— Tu vas finir par en crever, Luke. Si tu penses à ce qu’elle subit en ce moment, tu vas t’enfoncer dans un néant dont on ne revient pas, crois-moi.
Son visage est déterminé, mais douloureux, soudainement marqué, comme si les années venaient de le rattraper sans prévenir.
— Je ne peux pas, les images s’entassent derrière mes yeux. Ose me dire que tu ne penses pas à elle ?
— Bien sûr que je pense à elle. Je ne fais que ça. Je vois son visage me sourire derrière la fenêtre de sa chambre au foyer, ses yeux s’agrandir de surprise lorsqu’elle a dansé pour la première fois. J’entends son rire derrière moi, je sens sa main serrer la mienne au milieu de la piscine pour ne pas couler. Crois-moi, il ne passe pas une seconde sans qu’elle ne soit avec moi. Seulement, ce sont de belles images qui me font avancer pour la retrouver, pas des visions effrayantes qui risquent de me clouer à nouveau au sol.
Il sourit, comme si les souvenirs d’Eleanor le rendaient vraiment heureux. Peut-être qu’il est capable de ressentir d’autres émotions que la colère ou la haine, après tout ? Je contourne la voiture et m’installe derrière le volant pendant que Declan prend mon siège passager.
— C’est bon, tu es prêt à partir pour de longues heures de route ?
— Oui, mais j’ai un service à te demander.
Il lève les yeux au ciel, contracte les mâchoires jusqu’à faire apparaître un sillon sur ses joues.
— Dis toujours, Daniels.
— Parle-moi d’Eleanor. Je sais que tu ne peux pas me confier ses noirceurs alors raconte-moi ses jours heureux. Je veux que tu envahisses mon esprit d’elle, de sa chaleur, de son sourire…
5


Declan

Je bouge à nouveau dans mon siège. Cette caisse a beau être très confortable, je commence sacrément à avoir le corps engourdi. Encore quelques kilomètres, et il faudra s’arrêter. J’observe Luke du coin de l’œil, lui aussi a besoin d’une pause, c’est évident : ses traits recommencent à se tendre et je le sens partir à nouveau dans ses pensées obscures. Inutile de le laisser s’enfoncer davantage, il est temps de lui parler d’une autre anecdote concernant Ellie et moi.
— Tu sais, quand nous étions au foyer, nous n’avions que très peu de distractions, la piscine en était une, même si tous les autres enfants nous regardaient comme des bêtes étranges. Nous y allions tous les mardis et jeudis, j’adorais ces moments. Je me sentais libre au moins quelques heures, je pouvais expulser toute cette rage de moi. Pour chaque souvenir douloureux, je nageais plus vite, plus fort, comme si l’eau était une surface épaisse qu’il fallait que je brise. Pour Ellie, c’était différent. Elle refusait de se joindre à nous, restant loin des bassins à griffonner sur son calepin.
— Pourquoi restait-elle en retrait ainsi ?
Je souris bêtement en me souvenant de ce jour où j’ai voulu le savoir moi aussi.
— Elle m’a dit d’aller me faire foutre lorsque je le lui ai demandé.
— Elle avait déjà son fichu caractère.
— Disons que la Eleanor que tu connais est bien douce, comparée à celle de notre enfance !
— J’aurais aimé la connaître à cette époque…
— Oh, ça m’étonnerait, ça ! Elle t’aurait fichu son poing dans la gueule et t’aurait fait regretter de l’avoir seulement regardée.
— Charmant !
— Elle était… intouchable…
Je m’égare un instant dans mes pensées, sens le regard interrogateur de Luke sur moi et me reprends rapidement.
— Un soir, un dessin s’est échappé de son cahier, je l’ai ramassé et j’ai été époustouflé. Je n’avais encore jamais pu voir un de ses croquis. C’était tellement parfait, si réaliste, effrayant. Les traits la représentaient, elle, se noyant dans la piscine. Nous étions tous là aussi, debout près du bassin, bras croisés à la regarder se noyer. C’est à ce moment précis, alors que je la connaissais à peine, que j’ai su que jamais je n’arriverais à l’apprivoiser par la douceur ou la patience.
— Qu’est-ce que tu as fait ?
— J’ai hurlé son nom en agitant son dessin. Tout le monde retournait au vestiaire, elle m’a foudroyé du regard et a fait demi-tour pour me rejoindre.
Je m’interromps quelques secondes, replonge dans la scène comme si je la vivais à nouveau.
— Rends-moi ça, Lowell !
— C’est tombé de ton carnet. Je suis d’accord pour te le rendre à une condition : que tu viennes te baigner avec moi.
Son regard se remplit d’électricité, menaçant de me foudroyer sur place.
— Et si je t’arrachais les yeux pour t’étouffer avec, plutôt ?
— Parfait, faisons cela !
Mon sourire provocateur et mes bras prêts à l’accueillir finissent de la faire monter en pression. Elle se dirige à toute vitesse vers moi, prête à me faire regretter mon affront. Je me campe sur mes pieds solidement et tandis qu’elle arme son bras pour me frapper, je le saisis pour la déséquilibrer et la jette dans la piscine.
Le bruit de son corps qui heurte la surface liquide résonne dans le bâtiment désert. Je pose son dessin au sol et plonge dans le bassin pour la rejoindre. Elle se débat pour ne pas couler totalement, la panique a envahi tout son être. Je nage jusqu’à elle en quelques secondes et la hisse contre moi, ce qui a pour effet de la rendre totalement hystérique.
— ESPÈCE DE MALADE, LÂCHE-MOI !
— Comme tu voudras, princesse.
À sa demande, je la lâche. Elle coule immédiatement. Je l’attrape à nouveau par les épaules et la maintiens fermement malgré ses vives protestations.
— Écoute-moi bien, Eleanor Davis, je ne suis pas ton ennemi. Laisse-moi être ton point d’ancrage. Soit, je te tiens, soit tu coules.
Ses yeux vont si vite ! Elle me scrute, je sens qu’elle hésite entre me casser le nez et fondre en larmes.
— Tu ne sais pas à quoi tu t’exposes.
— J’en ai rien à foutre, je ne te lâcherai pas. Peu importe la force avec laquelle tu te débattras, je m’accrocherai à toi pour que tu ne coules pas. Je ne te laisserai pas sombrer sans rien faire, c’est une promesse.
— Qui es-tu pour faire des promesses que personne n’a su tenir ?
— Personne, mais j’espère que tu pourras faire de moi un homme bien. J’ai senti un lien avec toi dès que je t’ai vue, je sais que je dois être là pour toi. Ce sentiment est plus fort que tout, il me ronge depuis des semaines. Je ne peux pas te garantir d’être irréprochable. En revanche, je te jure de me battre de toutes mes forces pour être ton ami, le meilleur. Si tu veux, je pourrais même nous fabriquer des bracelets identiques comme gage d’amitié.
Ma blague immature la fait presque sourire, elle se détend enfin entre mes bras, je desserre un peu la pression sur ses épaules, elle se remet à battre frénétiquement des jambes, en panique totale.
— Calme-toi, je ne te lâcherais pas. Jamais.
Ses doigts agrippés à mes poignets, elle lève un regard déterminé et brûlant vers moi :
— Gage ?
Je lui souris, apaisé, la tire doucement vers moi pour la ramener vers le bord. Dans ses cheveux mouillés, je lui chuchote :
— Gage, Ellie.
6
 
 
Luke
 
Mon esprit fourmille d’images de la jeunesse d’Eleanor et Declan. Après ces heures passées à l’écouter parler de la façon dont s’est nouée leur relation, j’ai l’impression de mieux la comprendre. En tout cas, c’est moins douloureux. Je songe à cette fois où Eleanor a laissé échapper ce mot, gage, et où je n’ai pas saisi son importance. Maintenant, je sais. Il est le symbole de leur promesse d’être toujours honnêtes l’un envers l’autre, d’être toujours présents quoi qu’il arrive, sans faux-semblants.
—  Vous êtes arrivés à destination.
La voix mécanique du GPS me replonge dans la réalité.
— Bienvenue à Columbus !
— Tu veux dire bienvenue au Devil’s Snake, ...

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