Deadly Rose
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Description

Dark Romance - 420 pages -




Dans une déferlante de désastres, l’emprise du ghetto assombrit un peu plus chaque jour la vie de Rosabella qui joue avec le feu... Et nul ne peut défier impunément les règles instaurées sur le territoire des dangereux Young Bones qui dominent Brownsville.




Ezra, redoutable membre de ce gang, n’a d’autre choix que d’éliminer la menace que représente cette jeune femme. Mais face à elle, tout va basculer et les entraîner tous deux en plein cauchemar, dans une folie meurtrière.







« Elle est l’infime espoir qui fait battre mon cœur dans cette cruelle existence... »









« Il est le diable incarné qui brûle mon âme et m’entraîne en enfer... »

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9782379611209
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Deadly Rose


L.S. Ange
Charlie Genet
L.S. Ange
Charlie Genet



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-120-9
Correction : Nord Correction
Couverture : Didier de Vaujany
Rosabella
Ezra
CHAPITRE 1



Rosabella

Je n’ai pas toujours fait les bons choix dans ma vie, mais tout ce que j’ai fait, c’était par amour. Aujourd’hui ne fait pas exception.
La toux rauque, cri de la mort, résonne, ricoche sur les murs décrépis, pour s’abattre sur moi, comme un décompte morbide. Chaque quinte est un pas vers la tombe, je le sais.
Le studio familial est vide. Nous avons presque tout vendu, il ne reste que l’essentiel : une table en plastique dans la cuisine, un réchaud à gaz et un vieux four électrique. La pièce de vie est à l’image du reste, à part un fauteuil éventré, recouvert d’un plaid multicolore, et une commode qui nous sert d’armoire, il n’y a plus rien à vendre. Sur le meuble de rangement trône le dernier objet de confort : une télévision à tube cathodique. Personne ne veut acheter cette machine d’un autre temps, rescapée de ma grand-mère.
Une quinte de toux, encore… suivie du grincement du fauteuil. Mon cœur se fissure.
— Rosabella ?
La voix de ma mère y colle un pansement éphémère. Elle tire le rideau qui sépare la pièce en deux, créant une chambre avec un semblant d’intimité dans notre studio. Cette femme courageuse nous a élevés seule, bravant toutes les difficultés d’une vie de sans-le-sou, travaillant sans relâche pour que nous mangions à notre faim avec mon frère et ma sœur. Elle est un exemple de volonté et de force, dont je vais m’inspirer. Aujourd’hui, il ne reste que moi pour prendre soin d’elle. Un frisson glacé me traverse. Je ne dois rien lâcher… pour elle…
— Tu sors, ma chérie ? s’étonne-t-elle.
Je jette un œil dans le miroir piqué de rouille, et lui souris. Je n’aime pas lui mentir.
— J’ai un entretien pour un travail.
— Tu en as déjà un, tu vas t’épuiser, s’indigne-t-elle.
— Deux jobs, ce n’est rien, maman. Tu devrais aller dormir, tu as besoin de forces.
Pour les habitants de Brownsville, le cumul de petits boulots est commun. Ma mère en a eu jusque quatre en même temps, et ce, pendant des années. Aujourd’hui, elle n’arrive plus à aller de la cuisine à la chambre sans manquer d’air, elle lutte contre la maladie qui la ronge aussi sûrement que de l’acide.
Ma mère me fixe, le regard sombre. Elle n’approuve pas que je sorte la nuit.
— Maman, murmuré-je, nous avons besoin d’argent pour manger et pour te soigner…
— Ce que tu ramènes de ton travail au supermarché suffit à nous nourrir.
Le maigre salaire gagné dans la supérette locale nous permet tout juste de payer le loyer du taudis qui nous sert de logement. Le gérant me laisse emporter les denrées périmées – du beurre dans les épinards en somme.
— Tu as besoin de ton traitement, soufflé-je.
Un pâle sourire apparaît sur ses lèvres. Elle s’assied sur le matelas deux places. Je l’observe. D’elle, je tiens mes cheveux bruns et lisses, ma peau hâlée, mes pommettes hautes. Notre ressemblance au même âge est flagrante, à l’exception de mes yeux bleus pailletés de vert, un cadeau de mon paternel. Il a foutu le camp juste après ma conception. Construire une famille n’était pas dans le programme de cet enfoiré.
La génétique m’a plus gâtée que la vie. Ça fait de moi une beauté convoitée, ce qui est loin d’être un atout dans ce quartier pourri, mais ce soir, je compte bien l’utiliser.
Mon frère et ma sœur ont eu un autre géniteur, il est resté avec nous quelques années, nous donnant un semblant de famille ; puis il a trouvé que vivre dans un des faubourgs les plus malfamés de New York était trop difficile, il s’est noyé jusqu’à la mort dans l’alcool.
Aujourd’hui, Annélia Santa, la femme qui m’a portée, n’est plus la beauté de ses jeunes années. Son teint blafard, ses joues creusées, ses lèvres pâles trahissent une vie de désillusions et de labeurs qui ont participé à lui filer cette merde de cancer. Les jours de ma mère sont comptés, c’est inéluctable !
— Ces médicaments ne me sauveront pas, ma chérie.
La boule dans ma gorge enfle. Il sera bien temps de pleurer plus tard.
— Ils t’aident. Sans eux, tu souffres.
— Mais te tuer à la tâche ne prolongera ma vie que de quelques mois. Je préfère te savoir en sécurité, le soir, près de moi, plutôt que je ne sais où.
— C’est pour être serveuse dans un bar, expliqué-je.
L’inquiétude assombrit son regard.
— Ça paye bien, et c’est un établissement calme, du côté d’Ocean Hill, près de Broadway, une adresse appréciée.
J’ai l’impression d’avoir du gravier dans la trachée, conséquence directe de mes mensonges. Pourtant, pour sa tranquillité, c’est mieux que la vérité.
— Tu pourrais peut-être rencontrer un homme, là-bas, pense-t-elle à voix haute. Il t’emmènerait loin d’ici.
Malgré les lâches, les mâles violents qui ont jonché sa vie, elle a toujours cru aux contes de fées, nous en racontant chaque soir pour nous endormir. Seulement, le prince charmant ne vit pas à New York.
Je promène mon regard dans notre appart : des murs couverts de moisissures, en partie responsables de l’inflammation des poumons de ma mère ; des fils électriques qui pendent hors de leur gaine, des fenêtres en simple vitrage qui ne protègent que de la pluie, pas du froid. Certains chiens ont des niches plus confortables, à Manhattan. Quitterai-je un jour ce taudis ? Oui, certainement, mais pour une des trois destinations habituelles des jeunes du quartier. Ici, si à vingt-cinq ans tu n’es pas mort, tu es en prison ou dans un gang. Le happy end, ce n’est pas pour nous !
— Peut-être, qui sait ? la rassuré-je.
— J’aimerais tellement que tu sois heureuse.
Je m’assieds près d’elle, la prends dans mes bras. Je donnerais tout pour elle, même si cela doit me traîner dans la crasse de cette ville. Nous restons enlacées quelques minutes, savourons ce moment, avant que je ne me redresse.
— Je dois me préparer, dis-je.
— Je vais m’occuper de tes cheveux. Il faut que tu sois belle et efficace, ils ne doivent pas te gêner.
Si elle savait à quel point elle a raison. Belle et efficace…
Je lui tends une brosse et, comme elle l’a fait tant de fois dans mon enfance, elle démêle ma longue chevelure. Je ne l’ai jamais coupée, enfin, jamais plus d’un ou deux centimètres. Aujourd’hui, lorsque je suis debout, les pointes caressent la chute de mes reins. Rapidement, elle me les remonte en une queue-de-cheval haute qu’elle tresse pour la contenir. Elle m’observe dans le miroir avec un sourire satisfait.
— Tu peux faire craquer n’importe quel homme avec ce visage d’ange. Choisis le bon.
Nouveau frisson… suivi d’une vague de nausées.
Ma mère quitte l’espace chambre après avoir refermé le rideau.
Un coup d’œil par la fenêtre, la nuit tombe, il est temps…

Lorsque je sors de l’appartement, ma mère somnole devant une émission sans intérêt, ses lunettes à oxygène dans le nez. Elle devrait les garder toute la journée, cela fatiguerait moins son cœur, mais nous n’en avons pas les moyens, enfin, pas encore. Je vais y remédier dès ce soir.
Je dévale les escaliers, sept étages, jusqu’à la sortie. Mes bottes à talons claquent sur le béton des marches. Devant l’immeuble de briques rouges, un groupe de mecs avec casquettes et baggys discutent. J’ignore leurs sifflements sur mon passage, garde les yeux baissés pour ne pas provoquer un intérêt démesuré. Ils sont pour la plupart des voisins agréables, mais, à la nuit tombée, ils deviennent des prédateurs sans scrupules. Si l’envie leur en prenait, je pourrais me retrouver enfermée dans une cave, obligée de payer de mon corps le droit de vivre ici. Depuis que Lazio n’est plus là, j’évite les escapades nocturnes. Il était plus jeune que moi mais, avec son flingue à sa ceinture, il dissuadait les pervers d’approcher les femmes de sa famille. À moins que ça ne soit le tatouage du gang sur sa jugulaire. Hélas, il existe des requins bien plus dangereux que les petites frappes de cette ville. Lazio n’a pas pu protéger Joye, et n’est plus là pour me sauver.
À partir d’aujourd’hui, je sortirai tous les soirs, sans aucune protection.
— Eh, Rosie ! m’interpelle l’un d’entre eux.
Je l’ignore consciemment. Je déteste ce surnom autant que celui qui l’utilise.
— Rosie Santa, où tu vas ? crache-t-il.
Je m’arrête. Il fallait qu’il soit là, ce con.
— Ça ne te regarde pas, Ben, lancé-je en pivotant vers lui.
Un grand black dégingandé lève son cul des marches du perron. Le baggy lui tombe bas, dévoilant son caleçon de marque qu’il a dû payer le prix d’une semaine de provisions pour nous.
— On ne se barre pas comme ça de mon immeuble, annonce-t-il.
— Je ne savais pas que tu avais acheté les murs.
Les hommes qui l’entourent rient. Je devrais me taire, mais cet enfoiré me sort par les yeux depuis toujours. Il a fréquenté quelque temps ma petite sœur, j’ai pu évaluer son taux de connerie.
Il s’approche en me fixant, le sourire mauvais.
— Je suis le protecteur des habitants du 103.
— Autoproclamé ?
Là, je pousse le bouchon, je dois me ressaisir. J’ai un timing, ma place va être prise.
Il s’arrête à quelques centimètres de moi. Son haleine pue l’alcool et le tabac froid. Ses yeux sont injectés de sang, il est défoncé.
— Tu ne me parles pas comme ça ! gronde-t-il.
J’ai envie de lui répondre, de l’envoyer chier, mais je n’ai pas le temps pour ça et pas le physique pour lui mettre une raclée.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Il me déshabille du regard, mon manteau long cache ma tenue de travail. J’en resserre les pans pour dissimuler ma peau peu couverte.
— Que tu payes le droit de passage.
— Tu plaisantes ? Tu ne peux pas me demander de la tune pour sortir de chez moi.
— J’peux t’empêcher de rentrer.
Je fulmine. Ce con va me faire perdre mon emplacement. Je n’ai vraiment pas le temps pour toutes ses conneries.
— Tu pourrais peut-être me montrer un peu ton joli corps pour t’acquitter du droit de sortie.
— Dans tes rêves !
Il m’attrape par le col de mon vêtement, mon cœur s’emballe, mais je cache ma peur. J’en ai vu d’autres.
— Si tu paies pas, je file ton adresse aux Young Bones. Une chienne comme toi, ça devrait les intéresser.
Je tremble à l’évocation de ce gang, spécialisé dans la prostitution et le trafic de drogues. Ses membres sont vicieux, dangereux et sans scrupules.
— Sinon, il y a toujours ta mère, elle est pas mal conservée pour son âge…
Je lui saute au visage comme un chat enragé. Lâchant mon sac à main, je le griffe. Il m’envoie une gifle retentissante. Ma tête pivote violemment, je retiens un cri de douleur.
— Cent dollars par semaine, ton corps, ou les YB, c’est toi qui vois, balance-t-il. T’as jusqu’à demain pour le premier versement.
Je masse ma joue, avant d’acquiescer silencieusement. Il crache à mes pieds et retourne vers ses amis qui ricanent. Je ramasse mes affaires, éparpillées dans la chute de ma pochette, remerciant mon intuition de m’avoir fait prendre du maquillage. Je suis certaine d’avoir la trace des doigts de Ben sur la peau et les hématomes ne vont pas attirer le client.
Je m’éloigne d’un pas pressé vers mon lieu de travail puis rejoins Rockaway Avenue. Trouvant le flux rassurant des passants, je parcours quelques blocs pour atteindre une des rues perpendiculaires. L’angle que forme deux d’entre elles m’attend. Des travailleuses y sont déjà installées, marchant pour se tenir chaud, ou interpellant les promeneurs afin de leur proposer leurs services. Elles sont nombreuses, mais je peux encore me faufiler dans la place.
Mon être tout entier hurle son désaccord quand je retire mon manteau. J’avance vers ma destination, la boule au ventre. Je repense à ma mère pour me donner du courage, coince mon vêtement superflu dans une cachette, repérée il y a quelques jours. Je suis venue ici de nombreuses fois avant de me décider à sauter le pas, avant d’être au pied du mur, de devoir choisir entre manger ou soulager ma mère. Je n’ai plus d’autre option !
Je cherche une fenêtre pas trop sale m’offrant un reflet. La trace des doigts de Ben a presque disparu, pas besoin de camouflage. J’ai la nausée, je vais sûrement devoir lui donner les gains de ma première passe.
J’avance sur le bitume, prends une pose que j’espère suggestive. Le froid glace rapidement mon corps, à moins que ce ne soit le dégoût. J’ai revêtu un débardeur qui ressemble à un corset noir à lacets, trouvé dans les affaires abandonnées de Joye. Porter sa tenue pour ma première soirée de prostituée m’horripile, mais je n’ai pas l’argent pour acheter autre chose, et elle avait ce qu’il fallait…
Les autres me jettent des regards méchants, méfiants. Je n’ai pas de mac, je tente ma chance en solo, sans aucune protection. Elles ne voient en moi qu’une concurrente, alors que, comme elles, je suis une survivante.
Une voiture ralentit, un homme, la soixantaine, me reluque, bave sur ma poitrine remontée dans un défi à la pesanteur.
— Viens là, m’ordonne-t-il.
Je m’avance d’un pas, un haut-le-cœur me terrasse quand je le vois déjà en train de se masturber.
— Combien pour la sucer ?
Je panique…
— Deux… deux cents dollars.
— Tu plaisantes ? Tu crois que tu as une bouche en satin et un gosier en or ? Je veux juste éjaculer au chaud. Dégage !
Je m’éloigne, soulagée. Une autre jeune femme aux cheveux peroxydés prend ma place pour vingt billets.
Il va falloir que je me ressaisisse, je ne dois pas oublier pourquoi je suis là.
CHAPITRE 2



Ezra

— Tu veux te prendre une balle dans la tête ? Là, entre les deux yeux ? la menacé-je en appuyant le canon de mon arme contre son front. Tu croyais franchement que je n’allais pas m’apercevoir que tu piquais du fric ?
À genoux devant moi, elle tremble de tous ses membres. Son visage est strié par les larmes et le mascara, elle fait pitié à voir. Cette sale pute nous vole de l’argent, en gardant des passes pour elle depuis plusieurs semaines. Comme si je ne la surveillais pas… Depuis le temps que je fais ce job, rien ne m’échappe. On ne peut pas leur faire confiance, c’est la première des règles que j’ai apprises.
— Tu devrais savoir que j’ai des yeux partout ! Je vois tout. J’entends tout. Je suis comme ton ombre, tu ne peux rien me cacher !
Le regard suppliant, elle est à la limite de se pisser dessus. Je pourrais culpabiliser d’être le salopard que je suis, mais je ne ressens rien. Je suis sans scrupule ni morale, je me fous complètement de mes semblables, et cela, depuis longtemps. Depuis ma naissance, en fait. Depuis que cette putain de vie m’a foutu dans l’utérus d’une junkie. Je devrais m’estimer heureux d’avoir une tête, deux bras et deux jambes ! Ma salope de génitrice s’est shootée tout le long de sa grossesse. Quant à mon père, le néant total, j’ignore qui il est. Sûrement un client de l’une de ses passes. Elle était prête à tout pour avoir sa dose de merde.
Je redresse la tête, jette un œil aux alentours. Je me trouve à l’angle de Rockaway et Black Avenue. C’est calme à cette heure tardive, mais il ne faut pas se fier aux apparences, c’est mortellement dangereux. Il suffit de regarder la traînée recroquevillée à mes pieds.
Je repère quelques-unes de mes putes, un peu plus loin, des clients, quelques sacs à vin, je reconnais aussi plusieurs de nos dealers qui bossent dans l’ombre des allées ou des entrées de bâtiments. Ce quartier est le nôtre. Les YB règnent en maître ici ; nous contrôlons les réseaux de prostitution et de drogue.
J’étais gosse quand Dario, le grand boss, celui qui se trouve à la tête de l’organisation, m’a récupéré. Sans lui, je serais sans doute mort depuis longtemps. Je lui dois tout, et il le sait. Avec le temps, je suis devenu son bras droit. Il me connaît mieux que quiconque, il est conscient que je n’ai aucune limite, que rien ne me fait peur. De toute façon, je suis lucide, à presque 27 ans, mes jours sont comptés. Quand on fait partie d’un gang, il est rare de dépasser la trentaine, à moins d’être protégé comme Dario l’est.
Depuis plusieurs années, je m’occupe du sale boulot. S’il y a quelqu’un à tuer, de l’argent à récupérer, des comptes à régler, c’est moi qu’on appelle. Tout le monde ici sait que je ne plaisante pas, mes preuves ne sont plus à faire. Grand nombre de cadavres pourrissent au fond de l’East River. Il suffit d’apercevoir les traits tatoués sur mon avant-bras droit pour comprendre que la liste est longue. Des remords ? Aucun ! Toutes ces vermines ne manqueront à personne ! On m’ordonne, je m’exécute, c’est comme ça que ça marche depuis le début, et ça fonctionne plutôt bien. Je gagne un paquet de fric que je mets de côté pour me casser de ce cauchemar. Je ne suis pas inconscient, je sais qu’un de ces jours, je vais y laisser ma peau. Mon but est de récolter assez d’argent pour me barrer au Canada, loin de cette merde.
Je loue un petit appartement minable à Brownsville pour économiser un max. Je ne fais pas de dépenses inutiles, plus vite j’aurai réuni ce qu’il me faut, plus vite je prendrai la route, sans regret. Je ne dois pas commettre d’erreur, personne ne doit savoir. Si Dario apprend que je veux me faire la malle, je suis un homme mort. On ne quitte pas un gang, ou seulement les pieds devant.
— Ez… s’il… te plaît… je rembourserai tout…, bredouille la petite blonde avachie sur le bitume.
— Et tu rembourseras avec quel argent ? Tu me prends pour un idiot ?
Pour lui faire comprendre qu’il vaut mieux ne pas me chercher, je lui envoie un coup de crosse dans la tête. Elle s’étale de tout son long sur le trottoir. Tout ce que je vois en la regardant, c’est ma mère. Une colère noire s’infiltre dans mes veines, je prends sur moi pour ne pas la buter maintenant. Je dois garder mon sang-froid, morte, elle ne nous rapportera plus rien. Il sera facile de la remplacer, mais elle, elle est formée, je n’ai pas de temps à perdre avec ces conneries. Récupérer une débutante et devoir la mettre au pli est un calvaire sans nom, c’est Red qui s’en charge, la Portoricaine a la peau dure.
Elle pleure, gémit en se tenant la tête. Je pointe l’arme sur elle. De mon mètre quatre-vingt-dix, je la domine. Une sensation de toute-puissance m’envahit.
— Tu vas te remettre au travail et traîner ton cul sur cette avenue jour et nuit pour rembourser jusqu’au dernier penny de ce que tu nous dois ! Garde bien en tête que je serai au courant de chaque queue qui entrera dans ta bouche, ou qui se tapera ta petite chatte, rien ne m’échappera ! Tu entends ?
Ma voix est plus tranchante que l’acier. Mon regard plus sombre que les ténèbres. Je suis le prédateur, elle est ma proie, c’est ce qu’elle doit comprendre.
Elle hoche la tête en se traînant à mes pieds, je la repousse d’un coup de semelle.
— Ne pose pas tes sales pattes sur moi ! Remets-toi debout et arrange-toi, tu vas faire fuir les clients !
Une fois sur ses jambes chancelantes, elle me fait face. Ses bas résille sont déchirés, elle est pitoyable. Elle s’approche de nouveau, provocante, glisse sa main sur mon bras. Comme si cette salope pouvait me faire bander… C’est à mourir de rire.
— Ez… Je peux me faire pardonner si tu veux…, minaude-t-elle en se collant à moi.
Ma main se referme sur sa gorge. Mes doigts se resserrent. Son visage se déforme sous le coup de la douleur. Elle devient rouge.
— Écoute, ma belle, si je souhaitais m’envoyer en l’air, je choisirais du premier choix, pas un bout de viande avariée ! Si je voulais me choper une IST, tu serais la première sur ma liste !
Elle grimace, vexée. Je la repousse de toutes mes forces, elle se rattrape de justesse sur ses talons hauts. Son regard noir en dit long sur l’envie qu’elle a de me tuer.
Je lui souris. Un rictus sadique, diabolique, plein de promesses et de menaces à peine voilées. Elle recule d’un pas, s’éloigne en titubant.
— Demain soir, à la même heure, je veux mon fric ! crié-je pour qu’elle m’entende.
Je range mon arme, ferme ma veste et m’approche d’une vitrine pour observer mon reflet. Je passe une main dans mes cheveux noirs coupés courts, fixe mon visage à la mâchoire carrée, ombrée d’une barbe de quelques jours. Mes grands yeux gris sont cernés, je suis épuisé. J’ai sans aucun doute une gueule d’ange, mais c’est le diable qui brûle en moi. Je sens la puissance du mal à chaque instant courir dans mes veines. Je n’ai plus de cœur ni d’âme depuis longtemps, le poison de la rage, la colère ont fait de moi un monstre sans limites. Ma peau couverte de tatouages est la preuve vivante de tous mes péchés. Je les grave à l’encre noire pour ne pas oublier. Ne pas oublier qui je suis derrière cette façade glaciale, ce corps fait de muscles, de blessures. Ne pas oublier d’où je viens, pour garder mon objectif en tête : me barrer au plus vite de Brownsville.
Un coup de tonnerre me sort de mes sombres pensées. Je regarde le ciel par-delà les immeubles de briques rouges. Une première goutte s’échoue sur ma joue, je l’essuie d’un geste brusque et m’empresse de rejoindre mon véhicule planqué à quelques rues.
Tandis que j’avance dans la nuit, une silhouette inhabituelle attire mon attention. Je m’immobilise. Je connais toutes les putes qui tapinent sur notre territoire ; elle, j’ignore qui elle est. Petite, fine, elle a tout d’une enfant. C’est quoi ce bordel ? Je m’approche de quelques pas, m’adosse à l’entrée d’un immeuble pour l’observer de plus près.
Cette jeune femme semble complètement perdue, pas à sa place. Qu’est-ce qu’elle fiche ici ? Ses longs cheveux bruns sont emprisonnés dans une tresse relevée sur le sommet de son crâne. Ses petits seins sont pris au piège dans un bustier noir et sa jupe couvre à peine le haut de ses cuisses… Est-ce une nouvelle recrue ? Je serais au courant. Impossible ! Mon regard se fige sur son visage de poupée : rond, aux pommettes hautes, de grands yeux clairs, un petit nez droit, une bouche… une bouche pulpeuse à se damner. Une chaleur se diffuse dans mon corps rien qu’en imaginant poser mes lèvres dessus. Ses jambes sont fines, musclées, allongées par des bottes qui lui arrivent au-dessus du genou.
C’est une apparition surprenante, complètement hallucinante. Elle n’a rien à voir avec les putes qui sillonnent les trottoirs de Brownsville. Non, elle est novice, ça se remarque à sa façon maladroite de se tenir, de marcher. Son sourire est crispé, ses mains nerveuses ne cessent de tirer sur sa jupe comme si elle voulait l’allonger. Je jurerais que c’est la première fois qu’elle fait ça ! A-t-elle un mac ? Qu’est-ce qu’elle fabrique ? Se rend-elle compte qu’elle se met en danger en tapinant sur notre territoire ? Soit elle est stupide, soit elle est suicidaire. Peut-être les deux…
Je reste un moment à la fixer, me demandant quoi faire. Ce soir, j’ai d’autres chats à fouetter, je dois rejoindre Dario pour lui remettre les recettes de ma tournée. Si je trouve cette gamine encore là demain, je m’occuperai de son cas. S’il le faut, je me chargerai d’elle personnellement pour la former , pensé-je, un sourire diabolique aux coins des lèvres. Cette idée me plaît et cette nana me fait bander, c’est certain ! Putain ! Faut vraiment que je fasse une halte chez Liz en rentrant, que je me décharge de toute cette tension.
Je fais demi-tour, emprunte une rue adjacente pour ne pas croiser l’inconnue, et marche d’un pas rapide vers ma Dodge Challenger noire. Je me glisse derrière le volant, fixe la route à travers les vitres teintées et démarre en trombe. Quelques minutes plus tard, je me gare face à la planque de Dario. Une petite usine désaffectée, en retrait, dans une rue discrète. Je fais signe aux gardes devant l’entrée et pars à la recherche de celui qui m’a tout appris, de la baise à comment tuer un homme. Tout ce que je sais aujourd’hui, je le tiens de lui. Il m’a enseigné à combattre, à tirer avec une arme, à faire disparaître un corps. C’est moi, maintenant, qui dirige une partie de son business. Je suis comme son fils, c’est ce qui me donne tous les droits et me permet de vivre l’existence que je souhaite mener. Tant que le job est fait et que j’accours quand il siffle, tout va bien.
Je trouve Dario installé dans son fauteuil fétiche, dans une pièce arrangée comme un bar miteux. C’est là qu’on se rassemble, qu’on parle affaires. En me voyant, son visage s’illumine. Ses cheveux noirs sont emprisonnés à l’arrière de son crâne. La cinquantaine passée, il en impose. Ses yeux sombres me fixent. Je m’approche, il se lève et me fait une accolade amicale.
— Ezra, je t’attendais !
Il est une des rares personnes à avoir l’autorisation de m’appeler par mon vrai prénom. Pour tout le monde, je suis Ez.
Je lui rends son étreinte et ouvre ma veste pour en sortir l’enveloppe de billets que je jette sur le comptoir.
— Un whisky, fils ? propose-t-il.
J’acquiesce en m’installant sur un tabouret. Il pose deux verres de liquide ambré et s’accoude face à moi.
— Alors, tu lui as réglé son compte à cette pute ? me questionne-t-il sur un ton hargneux.
— Je m’en occupe. Elle va rembourser ce qu’elle doit. Si elle fait un autre faux pas, elle ira plonger tout droit au fond de l’East River, un moellon accroché aux pieds.
Il saisit son verre, l’avale cul sec en me regardant droit dans les yeux.
— Fais attention, si tu laisses passer la moindre chose, elles te boufferont. Elles sont prêtes à tout pour se payer leur dope !
— Je croyais qu’on la leur fournissait gratos pour les garder sous notre emprise ?
— C’est terminé ! Ces salopes revendaient une partie de la came qu’on leur filait !
— Tu pensais m’en informer quand ? Si je ne suis pas au courant de ce qu’il se passe, comment veux-tu que je dirige nos filles ?
— J’avais donné l’ordre à José de te le dire !
— Putain d’enculé ! Il me cherche, ce type, ça va mal finir, Dario !
— Je sais, c’est un cousin, il est de la famille, je dois faire avec, Ezra !
Je me retiens d’exploser. Depuis que cette merde est ici, j’ai des soucis. Il monte les dealers contre moi et me cache des infos. Sous prétexte qu’il est de la famille, il essaie de m’évincer.
J’avale mon verre d’une traite et mes yeux se posent sur le tatouage que Dario a dans le cou. J’ai exactement le même. Deux lettres qui font régner la terreur, deux lettres qui signifient que tu appartiens à vie aux Young Bones. YB. Je devrai les faire disparaître, le jour où je serai en cavale, si je ne veux pas finir avec une balle dans la tête.
Je suis las de cette existence. J’ai la sensation d’être seul au monde. Je m’interdis tout attachement pour qu’on n’ait aucun moyen de pression contre moi. Pas de femme, pas de famille, pas de gosse ; de toute façon, pour en faire, dans ce monde, faudrait être fou ou égoïste. Rien.
Moi et ma colère. Moi et ma solitude. Moi et le néant.
— J’ai repéré une nouvelle fille à l’angle de Rockaway et Black Avenue. Encore quelque chose dont je devrais être au courant ? demandé-je, agacé.
— Pas que je sache. Tu penses qu’elle navigue en solo sur notre zone ?
— Je sais pas trop, elle n’a rien à voir avec les autres…
— Comment ça ? Un cul reste un cul !
— C’est pas ça ! Elle est différente, on dirait une pucelle dans un bordel. C’est une gamine inexpérimentée, c’est sûr ! Et si c’était un piège des flics ?
— Qu’une façon de le savoir…, dit-il avec un air menaçant.
— Je vais surveiller ça de près. Si elle est encore là demain, je me ferai passer pour un client !
— Tu gères, fils !
— Ouais. Autre chose à me dire ? Je vais rentrer, je suis mort.
— Casse-toi, c’est bon !
Je le salue et me dirige vers la sortie. Une fois dans la rue, j’allume une clope et recrache la fumée tout en ouvrant ma caisse. Je remarque une ombre, un peu plus loin, je me fige. Une silhouette approche de l’entrée, je reconnais ce con de José. Je fais machine arrière, le rejoins à grandes enjambées. Cet idiot panique, se précipite vers la porte. Je le chope, avant qu’il n’ait le temps de disparaître, par le col de sa veste et le plaque au mur. Ses yeux sont exorbités par la peur.
— Tu n’avais pas quelque chose à me dire, grosse merde ? grogné-je en le fusillant du regard.
— Va te faire foutre ! me crache-t-il au visage.
Je respire profondément pour ne pas perdre mon calme. Si je dérape, Dario n’aura pas d’autre choix que de me le faire payer. J’ai beau être son bras droit, son sang ne coule pas dans mes veines, contrairement à ce minable.
Je resserre ma prise, m’approche de son oreille et murmure :
— Fais très attention à toi… Un accident, une balle perdue, c’est si vite arrivé…
Je recule, plante mon regard dans le sien pour lui faire comprendre que ce ne sont pas des menaces en l’air. Il déglutit avec difficulté.
— Je suis le cousin de Dario, tu peux rien me faire ! me provoque-t-il.
— Moi, non, mais l’ami d’un ami…
Il perd son sourire, blêmit.
Je lui fais un clin d’œil et pars en jetant par-dessus mon épaule :
— Protège bien tes arrières…
Je grimpe dans ma caisse et m’éloigne. Il va vite falloir que je me casse d’ici, avant de commettre l’irréparable.
CHAPITRE 3
 
 
 
Rosabella
 
Un nouveau client s’approche de l’attroupement de femmes… de putes, devrais-je dire. Ce mot me reste en travers de la gorge, alors que je ne l’ai même pas prononcé.
Je redresse les épaules, tire sur ma jupe qui ne cache rien de mes jambes fuselées, colle un sourire sur mes lèvres.
J’avance vers lui, ondule des hanches maladroitement. Mon cœur s’affole, j’ouvre la bouche… Un coup de tonnerre retentit entre les bâtiments, une blonde me bouscule, se place entre nous. Elle accoste l’homme sans un regard pour moi. Je voudrais lui hurler qu’elle me vole mon premier client lorsqu’elle part avec lui, mais en vérité, je suis soulagée.
Je recule vers l’immeuble de briques sales. Un frisson me remonte l’échine, une sueur froide prend naissance sur ma nuque, suit mon cou, ma clavicule, pour venir se nicher entre mes seins. J’ai l’impression qu’un regard accompagne le chemin de cette perle d’angoisse.
J’ignore mon malaise, marche pour me réchauffer. La pluie commence à nous arroser, comme des plantes nocturnes en manque d’une source vitale. Je peux bien me faner, bientôt, je serai seule, je n’aurai plus de raison de vivre. Si ce n’est d’être la mémoire de ma famille décimée.
Les hommes en mal de sexe se succèdent, je reste derrière les autres filles. Je n’arrive pas à me lancer, je me cache dans les ténèbres de la nuit. Mon malaise perdure sans que je sache pourquoi. J’ai l’impression d’être épiée. Je fouille les rues environnantes : des putes, des dealers, des junkies, tout le monde m’ignore. C’est alors que je le remarque. Il ne passe pas inaperçu avec sa grande taille, son manteau en cuir, son large dos et ses cheveux bruns, coupés courts. Il quitte la rue sans se retourner. Pourtant, au fond de moi, je suis persuadée que c’est lui qui me fixait. Lorsqu’il disparaît, je me sens plus légère.
Nouveau coup de tonnerre, je tremble comme une feuille. Plus que de la mort, j’ai peur de l’orage. Je me tasse sur moi-même.
La blonde de tout à l’heure cherche du regard un éventuel client. Je l’observe un peu plus : ses cheveux sont emmêlés, sa joue tuméfiée. Notre première rencontre était trop courte pour que je remarque le rectangle mauve laissé par un objet sur sa pommette. Là, à la lueur du réverbère, je ne peux pas rater la bosse et l’hématome.
Elle réajuste sa tenue, se poste devant la même fenêtre sale que moi, un peu plus tôt. Elle jure en voyant la marque.
— Ça aurait pu être pire, lance une brune. Tu n’aurais pas dû essayer d’escroquer Ez.
La blonde marmonne, fouille son sac.
— Tu n’aurais pas du maquillage, au lieu de me dire ce que je sais déjà ? demande-t-elle à sa voisine.
L’autre l’envoie paître d’un mouvement de bras, file sur le bord de la chaussée, à l’affût d’un client intéressé.
— Putain, je vais jamais pouvoir ramener autant de fric avec cette tronche, grommelle-t-elle face à son reflet.
Je m’approche doucement, me racle la gorge.
— Qu’est-ce que tu veux ? m’interroge-t-elle méchamment.
— T’aider…
Je lui tends le fond de teint dont j’ai hésité à me servir un peu plus tôt.
Elle l’attrape vivement et commence à s’enduire la pommette abondamment. J’aurais peut-être dû lui fournir une truelle avec…
— T’es qui ? Une nouvelle recrue des YB ?
Je frissonne en imaginant cette possibilité. Être sous la coupe de ce gang, c’est finir au cimetière avant trente ans.
— Non.
— Tu vas pas me dire que tu es suffisamment conne pour venir tapiner en indépendante dans leur quartier ?
— La rue est à tout le monde, rétorqué-je fièrement.
Elle arrange sa perruque blonde de façon à dissimuler la bosse que le fond de teint ne peut cacher, ramène l’autre côté derrière son oreille. Les lettres YB sont tatouées juste en dessous, elle est marquée comme du bétail.
Elle pivote vers moi, me rend le make-up. Le flacon est à moitié vide et je n’ai pas les moyens d’en racheter. Ça m’apprendra à vouloir rendre service. Son regard me scanne de la tête aux pieds.
— Tu es plutôt jolie. Tu t’appelles comment ?
J’hésite à utiliser un pseudo, mais je n’ai rien à perdre, après tout. Dans quelques semaines, tout au plus, je serai orpheline. Et puis, à qui irait-elle parler de moi ?
— Rosabella, mais on m’appelle Rose.
— Crystal.
Pas de poignée de main, pas de sourire. Elle jette un œil par-dessus son épaule, un gamin d’une quinzaine d’années, le baggy en bas des hanches, le bonnet enfoncé sur son crâne de petit caïd, la fixe du coin de rue opposé. C’est sûrement une sentinelle pour les Young Bones.
— Je vais te filer un conseil, parce que tu as l’air sympa.
Une voiture ralentit, les filles commencent à s’approcher du potentiel vicelard en mal de cul.
— Barre-toi tant que tu le peux encore. J’étais pas plus vieille que toi quand je suis arrivée sur le trottoir. Je voulais juste m’en sortir.
Elle se frotte le nez avec le côté de la main, geste nerveux des junkies en manque de cocaïne.
— Deux ans après, je ne suis plus rien. Au mieux, je mourrai d’une overdose, au pire, la gueule éclatée sur le macadam par un client ou par...
Elle ne finit pas sa phrase, se compose un visage souriant en quelques secondes et fonce vers la voiture arrêtée, bien décidée à virer la fille qui a alpagué le mâle en rut.
Je reste figée, à la regarder marchander son corps pour une poignée de dollars. Sans même m’en rendre compte, je me baisse vers la cache, attrape mon long manteau et quitte le trottoir, non sans avoir vomi...

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