La romance de ma vie... TU PARLES !
203 pages
Français

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La romance de ma vie... TU PARLES ! , livre ebook

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Description


Alizée, auteure à succès, ne sort pas de chez elle.


Alizée possède un vieux chat violeur nommé Vampyr.


Alizée ne porte que des pyjamas pilou, n'en déplaise à certains.


Alizée n'aime ni les enfants, ni ses parents, ni... Non la liste serait trop longue, restons sur ce qu'elle aime...


Alizée adore la tranquillité, de ce fait, elle ne supporte pas son voisin canon qui fait crier les filles, une fois la nuit tombée. Elles pourraient faire preuve de solidarité, après tout !


Alizée va donc en découdre avec...




Ervin est beau.


Ervin est musclé.


Ervin plaît aux femmes et il le sait. PIRE ! Il en profite à fond !


Ervin est un incorrigible arrogant.


Ervin est horripilant.


Ervin a une voisine qui lui résiste, et il compte bien la faire ployer...


Sauf qu'il ne s'attendait pas au phénomène Alizée...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 19
EAN13 9782379930867
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Romance de ma vie…
TU PARLES !
 
 
 
Farah ANAH
 
 

 
L’auteure est représentée par Black Ink Éditions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit, sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : La romance de ma vie… TU PARLES !
Auteur : Farah ANAH
Suivi éditorial : Sarah Berziou
 
© Black Ink Éditions
Dépôt légal mars 2020
 
Couverture © Black Ink Éditions. Réalisation Elisia Blade – Sweet Contours. Crédits photo Shutterstock.
ISBN 978-2-37993-086-7
 
Black Ink Éditions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site Internet : www.blackinkeditions.com
 
 
Table des matières

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Épilogue
Remerciements

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
À ma muse au sirop d’érable
 
 
 
 
Chapitre 1

Foutue page blanche !
Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche. Blanche.
Fuck , je perds la tête !
Si un jour je parviens à débuter cette histoire, j’en fais le serment, mon héroïne se prénommera Blanche !
Mes doigts effleurent le clavier, fébriles. Aux premières lettres posées, mon ventre se comprime. Impossible d’écrire quoi que ce soit… Aussitôt, j’efface mes mots, expire un bon coup et gomme les réminiscences désagréables qui s’imposent à moi.
Minuit. Des sueurs froides parcourent ma colonne vertébrale. Vampyr vient ronronner sur mon bureau, posté près de mon ordinateur portable. Caresser sa sombre fourrure me relaxe. Mon bébé…
— Tu ne veux pas m’aider un peu, sale bête ? Tu dois bien avoir connu une ou deux petites chattes en chaleur dans le quartier, non ?
Il m’observe de ses yeux argentés, bâille et m’ignore, signe que, ma détresse, il n’en a rien à cirer.
OK, Alizée, referme cette fenêtre, ouvre plutôt celle d’ Astres sanglants , ton super thriller super gore, et prépare la meilleure excuse du monde à servir au meilleur éditeur de romance du monde…
Entre-temps, je laisse le texte anesthésier mon malaise, embarquée dans cette histoire sordide à souhait, et ne rabats mon écran qu’au petit matin.
 

 
— Écrire, écrire, écrire ! C’est toi qui me l’as dit, c’est pas compliqué ! Il faut écrire tous les jours, s’exclame Gala, ma super copine qui ne comprend super rien.
Elle s’agite dans mon appartement, poings sur les hanches, faisant danser sa longue chevelure dorée sur ses épaules dénudées. Quelle idée de porter un débardeur en octobre, franchement… Force m’est de la soupçonner d’avoir un radiateur dans le cul, c’est impossible autrement !
— Oh ! Zée, tu m’écoutes ?
Je lève les yeux vers elle, démontrant qu’elle m’exaspère au plus haut point.
— J’écris tous les jours, rétorqué-je, trempant mes lèvres dans ma chicorée.
— Ouais, des trucs glauques et tordus ! Je te parle d’écrire de la romance !
— Mes trucs glauques et tordus sont des histoires vachement bien ficelées, tu sais. Tu devrais les lire, un de ces quatre !
« Hors de question », me dit-elle, comme à son habitude. Galati ne lit et ne pond que du feel good et de la chick lit .
Bien sûr que ma meilleure amie écrit. À côté. En passe-temps. Son job de commerciale étant sa réelle passion.
— On sait toutes les deux que tes plus grosses ventes sont en romance ! Et puis, je me languis de tes histoires, poupée, geint-elle en s’affalant sur mon canapé. Ça fait deux ans que tu n’as pas publié de livre d’amour !
Oui, « poupée », parce que selon elle, avec mes pommettes saillantes, mon petit nez retroussé, mes yeux verts en amande, ma petite bouche pulpeuse et mes cheveux dorés, je ressemble à une poupée.
— Oui, eh bien, tu n’as qu’à en écrire, toi ! Ça ne se commande pas, ces choses-là ! T’es pourtant bien placée pour le comprendre.
Elle me connaît, l’agressivité de mon ton ne la froisse pas le moins du monde. Elle ignore juste à quel point son réquisitoire me dérange.
— Je crains seulement qu’Alain finisse par t’oublier, que tes privilèges s’envolent par la même occasion !
Tu parles ! Mon éditeur me colle au cul chaque semaine à me supplier de lui livrer un nouveau manuscrit. Je suis sa poule aux œufs d’or. L’auteure de ses plus gros cartons, et, étant donné sa soif de fric, il n’est pas prêt à me lâcher de sitôt.
Sauf que je n’y arrive plus. Parfois, je m’essaie à quelques scènes érotiques, histoire de relancer la machine. Rien n’y fait. Depuis deux ans, en romance, c’est la page blanche. Enfin, j’ai bien tenté… Elles se sont toutes terminées en thrillers sanglants, avec une héroïne meurtrière et des morceaux du héros dispersés çà et là sur les dernières lignes.
Lorsque quelques bruits depuis le couloir m’interpellent, Gala me fait de gros yeux.
— Tu as vu le spécimen qui emménage à côté ?
L’étincelle dans ses iris mordorés ne me dit rien qui vaille.
— À moins que je sois somnambule, ça me paraît compliqué.
Je suis au fait qu’il est déjà midi, cependant, horaire d’auteure célèbre oblige, je viens d’émerger…
La coquine se mord la lèvre inférieure dans un sourire.
— Il est pas du tout repoussant.
Sur notre échelle, cela vaut bien un « il est canon de ouf ».
— Tu m’en vois ravie, bâillé-je en sifflant le reste de ma tasse.
Elle sirote son café, l’air rêveur.
Galati Stravis et moi étions ensemble au collège, nous nous sommes ensuite perdues de vue. C’est en tant que fan absolue qu’elle m’a un jour contactée via mon profil d’auteure de romance, et alors, je l’ai reconnue. Je suis allée la voir lors d’un salon littéraire, pour la sortie de son livre à elle. Depuis, notre amitié s’est considérablement renforcée.
Plutôt réservée, Gala taira ses espoirs. Tout comme moi, elle se prépare à avoir la trentaine. Seulement, être célibataire à cet âge-là lui pèse. Épanouie sur tous les fronts, elle rêve de l’amour, tandis que je n’en attends plus rien, au contraire de ma carrière professionnelle.
Telle une forcenée, je m’acharne, je me vide, excelle dans mon domaine en expulsant toute la noirceur qui sommeille en moi, toute la lumière qui s’interdit de briller. Toute cette vie que je ne vis plus. Que je fuis. Que je hais.
Vampyr crache lorsqu’on frappe à la porte. Mon cœur sursaute en même temps que mon amie.
— Tu crois que c’est le voisin ? chuchote-t-elle comme s’il pouvait l’entendre.
Je regarde en l’air, hausse les épaules et lève mon auriculaire, faisant mine d’écouter sa réponse.
Forcément, il n’existe que deux appartements, au quatrième étage.
— Oh, mais va ouvrir et admire ! me rembarre-t-elle.
Je me vêts de mon peignoir pilou, enfile mes espadrilles en laine et me traîne jusqu’à l’entrée.
Fuck , c’est pas faux, mon nouveau voisin n’est absolument pas dégueu !
— Je peux vous aider ? grommelé-je avec un sourire maladroit.
Grand. Beau. Cheveux foncés. Barbichette pas ridicule (bizarrement). Yeux revolver, sombres et profonds. Mince et élancé. Il me faut lever la tête pour établir le contact visuel. Il semble intrigué, les lèvres retroussées bien plus franchement que les miennes.
— Bonjour, je viens de l’appartement voisin, je voudrais savoir si vous n’auriez pas du café, par hasard ?
Mais qu’il est mignon ! Mais qu’il est gentil ! Peut-être aurait-il pu pousser les présentations, cela dit.
— J’arrive.
Incapable de plus d’amabilité, je disparais derrière la cuisine américaine, tandis que mon amie s’empresse de sympathiser avec Voisin Beau-gosse. Du coin de l’œil, je l’observe sourire, s’agiter, minauder…
Malgré sa crinière blonde, Gala ne correspond pas exactement aux canons de beauté de notre société. Elle me dépasse de quelques centimètres, atteignant le mètre soixante-cinq, possède la même petite poitrine que moi, mais n’est pas alourdie par l’énorme fessier qui me colle au train. Néanmoins, il se dégage d’elle un charme naturel puissant, une féminité qui attire une catégorie de mâles qui ne l’enchante pas forcément. Une catégorie au-dessus de la cinquantaine. Pour une presque trentenaire de son genre, ce n’est pas toujours engageant !
Lorsque ma grande âme charitable met fin à son badinage à coup de café offert, c’est béate que mon amie commence à se dandiner.
À compter d’aujourd’hui, ses visites risquent d’augmenter, j’en mets ma main à couper. Enfin, mon ongle, restons prudente…
 
Routine du mardi, j’enfile de quoi me protéger du froid et nous bravons l’extérieur, arpentant les rues de Montmartre. Une boule me leste l’estomac. Les images de Gala et de « Milo », mon nouveau voisin, me hantent. Je les supprime, appuie sur « delete » à l’instar de ce que je fais pour les phrases de mon non-roman d’amour.
Comme à l’habitude, nous faisons quelques magasins avant de distribuer jouets et vêtements à l’orphelinat Vanille-Chocolat. Ma bonne action de la semaine. Il faut bien me rattraper de toutes les vacheries que je balance à tout bout de champ. Compenser pour tous ces enfants brailleurs que j’effraie de mon regard assassin quand leurs parents ont le dos tourné.
Compatir à leur cause, puisqu’elle m’est familière.
 

 
Mon bol de popcorn rempli à ras bord et Vampyr posé sur les genoux, j’ouvre l’écran de mon ordinateur, puis prends une profonde inspiration.
Mon flot est compliqué, ce soir. J’ai besoin de davantage de bouffe, davantage de concentration.
Soudain, des cris sourds retentissent. Je fronce les sourcils, tente de déchiffrer leur nature.
Mon cœur s’emballe. Ça vient d’à côté. Intriguée, je cesse de respirer pour une meilleure perception. Furibonde, je me lève et colle mon oreille au mur.
Des gémissements ! Féminins !
Sidérée, je m’écarte, me précipite à ma place avec le désir d’agrandir l’espace entre mon bureau et les ébats qui ont lieu chez le voisin.
Ça ne fonctionne pas ! Non, mais sérieusement ? Et vu la voix de crécelle de la demoiselle, ça pue !
Elle continue, continue, continue. « Oh, oui vas-y ! », « Prends-moi le cul, bel étalon ! », « Fais-moi jouir pour toi ! »
Mon irritation n’a d’égal que mon irrépressible sourire moqueur. « Fais-moi jouir pour toi » ? Vraiment ? Très bien, mais qu’il se dépêche, alors.
Impossible de me concentrer pour écrire, je reste là, bras croisés et sourcils froncés, à fulminer en subissant leur petite sauterie.
Mon palpitant s’agite. L’odeur des encens à la coco ne parvient pas à brouiller les images distinctes qui se dessinent dans mon cerveau. Le spécimen de cet après-midi en pleine action avec une bombasse. Et pourtant, mes doigts refusent de coucher la scène sur l’écran.
Mon cœur se serre.
Longtemps…
Putain, mais c’est qu’il est endurant, le chaud lapin !
Je bondis hors de ma chaise et manque de me briser le poing contre mon mur.
— C’est pas fini, oui ? Il est deux heures du mat’, putain !
Ils n’en ont absolument rien à foutre.
S’arrêtent cinq minutes pour remettre le couvert.
Toute. La. Nuit.
Et je n’ai pas écrit un seul mot.
 

Hors de question que je laisse le petit nouveau chambouler ma routine ! J’ai besoin de bosser dans le calme ! Le lendemain, je n’ai pas pris de douche, je ne me suis pas habillée ni coiffée. Mon réveil a sonné à neuf heures et, l’esprit en chasse, je me suis postée près de la porte d’entrée à guetter la moindre activité sur le palier. J’ai encore ces putains d’images qui me parasitent la cervelle et me tordent le ventre ! Il va voir de quel bois je me chauffe, le Casanova !
Vers midi, enfin, il sort de chez lui. Je ne manque pas l’occasion et déboule dans le couloir, plus remontée que jamais.
Ensuite, tout l’air autour devient aride. Je pile face à un homme occupé à verrouiller sa porte. Les yeux plissés, j’avise le morceau. Sa carrure en impose, dégage quelque chose de sale… très sale… Il ne s’agit pas du même mec « pas dégueu » d’hier. Oh, non, certainement pas !
Mon cœur se met à cogner quand il pivote vers moi, l’air surpris. Sans dire un mot, il me détaille de la tête aux pieds et reste campé sur ses jambes.
Putain, ce qu’il est beau. Il pourrait carrément s’agir d’un héros de bouquin, avec sa large mâchoire, sa fine barbe de trois jours, ses yeux sombres surplombés de sourcils épais et son dégradé brun foncé. Un cliché ambulant ! Un cliché ambulant qui me coupe le souffle !
— C’était toi, cette nuit ? l’attaqué-je en guise de salutations.
Ses lèvres s’incurvent à demi, tandis qu’il hoche la tête.
Dire que je suis en pyjama pilou…
« Prends-moi le cul, bel étalon. »
J’enchaîne avant de laisser transparaître mon trouble :
— Tu comptes habiter ici ? Ou tu viens squatter le nouvel appart de ton pote ? Parce que, je te préviens tout de suite, il est hors de question que tu parasites mes soirées avec tes parties de jambes en l’air ! Je travaille de nuit, tu vois, et il me faut LE SILENCE ! C’est la raison pour laquelle j’ai emménagé ici. Alors, ta greluche, tu lui demandes de la mettre en sourdine quand tu la tringles !
À son tour d’être abasourdi. Je ne me suis encombrée d’aucune politesse, certes, ainsi, il sait d’emblée à qui il se frotte. Les yeux écarquillés, il ne réagit pas plus que tout à l’heure. Agacée, je renchéris :
— J’espère que c’est bien compris. Tu pourras transmettre le mot à « Milo ». Lequel de vous deux habite là ?
Il ne cesse de me fixer, se pointant lui-même du doigt.
Il se fiche de moi ?
— La moindre des courtoisies serait de me répondre !
Oh, je suis consciente de passer pour la voisine revêche, cependant, rien ne vaut la tranquillité de mes nuits. Même pas cet être vivant au charisme presque irréel.
L’apollon me répond par un haussement d’épaules, puis, de la tranche de sa main, il désigne sa gorge.
Non… ne me dites pas qu’il…
— Ah bon, bordel, tout ce bruit alors que t’es muet ? Qu’est-ce que ça serait si tu pouvais parler ! La prochaine fois, demande à tes conquêtes de la mettre en veilleuse, par solidarité !
Et je le laisse planté là, bouche bée, avant de refermer la porte dans un claquement magistral et me terrer sous la couette pour récupérer mon sommeil.
Je pense avoir été assez claire. Alors… pourquoi cette boule m’alourdit-elle l’estomac ? Pourquoi l’idée qu’un homme de cet acabit habite à côté me bousille-t-elle les tripes ? Me provoque-t-elle des nœuds d’angoisse ?
J’enfouis le visage dans mon coussin, frémissante d’effroi. Puis parviens non sans mal à m’endormir, avec l’espoir cuisant de gommer ces dernières heures à mon éveil.
 
 
Chapitre 2

J’en étais sûre…
Les deux nuits suivantes, j’ai eu droit à un concerto de feulements aux timbres multiples. Pour ne pas faire défaut au cliché, toutes les nanas étaient différentes. Évidemment.
Deux possibilités. La première : en plus de ne pas péter un mot, il est sourd comme ses pieds et ne m’a absolument pas entendue lui remonter les bretelles. La seconde : il fait partie de ces sombres connards qui pensent pouvoir tout se permettre grâce à leur physique de rêve. Ou alors, sa bite est hors de contrôle. Auquel cas, il serait venu s’excuser le lendemain… À moins qu’il ne me trouve effrayante… ?
Ce matin, j’ai donc envoyé Vampyr dans l’appartement de monsieur MST par la terrasse. Il a pour mission d’uriner sur ses affaires, j’espère que les consignes ont été claires. Lorsque mon chat est contrarié, il pisse. Ça ne rate jamais ! Il est revenu deux heures plus tard, par cette même terrasse, tandis que je me délectais de la déconvenue du voisin. Dont je ne connais toujours pas le nom, d’ailleurs. Le seul moyen de l’apprendre serait de sortir de mon terrier. Activité rare, surtout lors des premières bourrasques automnales. Je n’en ai pas besoin, mon cocon est diablement plus apaisant et sécuritaire que la réalité extérieure. Le parquet confère à mon salon un aspect cosy, la bibliothèque remplie me rassure. Mes pseudos inscrits sur le dos de mes bouquins m’emplissent de fierté. Quelques plantes agrémentent le grand espace de vie où se suivent canapé, table basse et bureau. Je pourrais me sentir à l’étroit, si une large baie vitrée n’habillait pas mon mur. Je pourrais étouffer, si la vue sur les dômes de la basilique du Sacré-Cœur n’était pas splendide. Si je n’avais pas de terrasse où m’installer pour puiser l’inspiration.
Aujourd’hui, assurément, ce n’est pas mon jour. Mon téléphone n’a cessé de sonner, affichant les appels de ma mère que j’ai ignorés. À tous les coups, elle s’incrustera dans ma tanière et tentera de m’en extraire. J’ai assez avec les sermons de Gala, je n’ai pas la force de me battre contre un ennemi supplémentaire.
En prime, Delphine, l’éditrice de mes livres fantasy, n’est pas satisfaite de mon septième manuscrit. Elle me l’a remballé avec plus ou moins d’agacement. Entre elle et moi, les échanges crépitent. Je suis consciente de n’être pour elle qu’une machine à fric. Il faut dire que je ne fais aucun effort de mon côté non plus. Impossible de la saquer, avec ses idées étriquées sur la littérature. Madame travaille pour le plus gros groupe éditorial de France. De ce fait, elle considère son opinion comme vérité absolue, de quoi me provoquer de l’urticaire.
Heureusement, il me reste Martial. Mon confident, éditeur, et celui que je laisserais transformer mes thrillers de A à Z sans hésitation. Jamais il ne me sape ou me snobe. Ses conseils sont toujours judicieux et bienveillants, même celui de prendre un nom de plume masculin. Une femme, auteure de thrillers gores, est moins bien accueillie par le public, paraît-il, surtout si elle écrit également de la romance. Martial est celui qui me rebooste lors de mes coups durs, celui qui connaît mes failles, et, bien qu’il n’en tire aucun profit, il est chagriné par mon syndrome de la page blanche dès qu’il s’agit d’amour.
C’est après l’un de ses appels que ma machine interne se met en branle. Après mes scrolls quotidiens sur les réseaux sociaux à vérifier l’impact de mes œuvres, je m’acharne sur mon clavier. Les chapitres d’ Astres sanglants que je n’ai pas pu écrire cette nuit s’étalent sur mon écran. Ils surplombent les ahans qui m’ont bouffée pendant des heures, les mots salaces qui m’ont rongée, comprimée.
Quand, tout à coup, la sonnette retentit. Un coup d’œil à ma montre m’indique qu’il est quinze heures. S’il s’avère que ma mère a débarqué alors que j’ai fait la morte, je déménage en enfer !
— Zée ! Tu m’ouvres ?!
Ouf ! Galati.
Cette horrible fée rayonne dans l’une de ses robes les plus sexy. Elle m’adresse un sourire excité, encadré par un brushing qu’elle s’inflige rarement. Ses escarpins martèlent mon parquet quand elle me salue, lorsqu’elle s’affale sur mon canapé. Trop de bonne humeur, ça ne me dit rien qui vaille…
— Tu m’expliques ? ronchonné-je.
— Quoi donc ?
— Ta présence. Ta tenue. Ton sourire niais. Tous ces trucs qui me filent des boutons…
Agitée, elle se précipite dans ma cuisine pour nous servir un verre de soda.
— Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. Je crois que je vais écrire un livre !
Je lève les yeux au ciel et siffle mon Coca.
— Mais comme je te lis toujours en avant-première, tu vas me dire de quoi il s’agit. Parce que j’étais en train de travailler, figure-toi !
Elle hausse les sourcils et croise ses jolies jambes.
— L’inspiration t’est revenue ?
— Pour Astres sanglants .
Sa moue déçue me court sur le haricot. Elle verra, ses ventes dépasseront celles de mes romances. Je m’en donne l’objectif et lui rabattrai le caquet !
— Écoute, je suis tombée sur Milo au supermarché, près de chez moi. Il se trouve qu’il n’habite pas du tout l’immeuble ! C’est son pote, Ervin, qui vient d’emménager. On s’est échangé nos comptes Insta, et en quelques commentaires, il m’a proposé de passer la soirée ici.
— Ici ? froncé-je les sourcils.
— Enfin, à côté. Ils organisent une pendaison de crémaillère et nous sommes cordialement invitées.
— Hors de question.
Catégorique.
Et son air de chien battu n’y changera rien.
— Pourquoi pas ? Ça te fera du bien de voir du monde et c’est parfait pour toi, tu n’as même pas à sortir !
Ma gorge se serre.
« Ervin ». Forcément, il ne pouvait pas porter un nom comme Bertrand ou Gilbert, hein. Ce genre de bête, c’est sexy jusqu’au bout. Il doit être con comme ses pieds, raison pour laquelle il est muet. Ne pas laisser transparaître son manque de neurones au premier abord… Le destin est bien fait…
— Laisse tomber, Gala, vas-y toute seule.
Je lui tais notre première rencontre. Elle serait capable de s’en servir pour ses chick lits  !
— Allez, poupée, je ne connais personne ! proteste-t-elle.
Brusquement, je me redresse et me dirige vers la cuisine. Vaine fuite, mon amie me talonne.
Elle ne me lâche pas, me supplie de l’accompagner, introduisant des images dérangeantes dans mon esprit. Celles de l’adonis muet sur le palier, ses yeux perçants me détaillant de bas en haut. Celles qu’ont provoquées ces gémissements trop bruyants depuis deux jours. Celles de la foule, du jugement, de cette image que je renvoie.
Le ton monte, comme souvent. La jolie blonde abdique, comme souvent. Et s’en va sans demander davantage de mes nouvelles, fâchée.
Ces altercations qui nous déchirent aspirent mon énergie. Elles me chagrinent, ternissent notre amitié toujours un peu plus. Je les redoute, car les relents de sentiments qu’elles me laissent me minent des jours durant.
Gala agit pour mon bien, j’en suis consciente. Elle ne dit rien, mais devine que quelque chose ne tourne pas rond depuis des années. Je me cache derrière ma charge de travail, seulement, elle me connaît depuis suffisamment longtemps pour comprendre qu’il ne s’agit pas que de ça.
Furieuse contre moi-même, je m’enfonce sur ma chaise, derrière mon bureau, et active mon écran en veille. Mes doigts pianotent à nouveau, déversent ma frustration. Les heures passent sans que je le réalise. Quelques éclats de voix se font entendre depuis l’appartement adjacent. Ce malotru ne m’a même pas prévenue de sa petite fête ! Ça commence à me taper sur le système, s’il croit m’ignorer encore longtemps… Demain, à la première heure, je remets les choses au clair avec lui ! Son handicap est loin de me freiner. Non, c’est son regard, en vérité, qui me perturbe. Son regard et ce qu’il a l’air d’avoir dans le pantalon, étant donné les cris des donzelles qu’il soulève !
Gala les a-t-elle réellement rejoints ?
Oserais-je avouer que je les envie, elle et sa capacité à surmonter sa timidité ?
Si ma copine est loin d’être extravertie, elle ne veut pas se laisser dévorer par ses inhibitions. Et je le sais, son insistance ce soir n’était pas seulement destinée à me changer les idées, elle recherchait mon soutien. Que je lui ai âprement refusé, en excellente meilleure amie que je suis.
Je rabats mes paupières, inspire fort. Chasse la boule.
Une musique espagnole s’élève, m’empêche à présent d’écrire. Mon téléphone vibre.
 
[Gala : L’ambiance est cool, je suis sûre que tu seras à l’aise. Je m’ennuie sans toi…]
 
Malgré notre altercation, elle persiste.
 
[Zée : Tu n’as qu’à revenir.]
 
[Gala : Non, Milo est super, mais ses potes le monopolisent.]
 
[Gala : Et puis, ton voisin est canon ! Tu devrais vraiment venir te rincer l’œil…]
 
Oui, eh bien, merci, je me suis ramassé sa perfection en pleine tronche ! Me rendre carrément chez lui, ça ne sent pas bon…
Sauf que Gala continue de me prendre par les sentiments, d’alourdir ma culpabilité, elle qui ne trouve que de rares occasions de sortir et rencontrer du monde…
Noyée dans ma tourmente, je suis saisie par la sonnette. Je me statufie jusqu’à la deuxième tentative, qui engendre des crampes d’estomac.
Merde…
La démarche traînante, je me dirige vers mon entrée comme s’il s’agissait du purgatoire.
Quelle n’est pas ma surprise de découvrir ma meilleure amie, rayonnante, accompagnée du fameux Milo qui me sert son sourire Colgate.
— Salut, la voisine !
Troublée, je fronce les sourcils. Me rappelle que je suis en pyjama.
— Qu’est-ce que vous faites là ? ne puis-je m’empêcher de lancer.
— Ne t’en fais pas, le rassure Gala, elle est grognon, mais elle ne mord pas. C’est juste sa façon d’être. (Elle revient vers moi.) Milo se demandait pourquoi tu ne venais pas, et Ervin s’en voulait de ne pas t’avoir invitée en personne.
...

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