La Saga des Âmes : L’Âme Errante
229 pages
Français

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La Saga des Âmes : L’Âme Errante , livre ebook

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Description

Charlotte ne peut plus nier ce qu’elle ressent pour MKT / Heath. C’est trop beau, trop vrai, complètement inattendu. Pourtant, un danger envoûtant brille dans les yeux noirs, si mélancoliques, du seul homme capable de lui redonner confiance en elle. Des yeux qui ont le pouvoir de déceler ses pensées les plus intimes, ses désirs les plus secrets.

Et si MKT tient à la réconcilier avec son corps, Charlotte, elle, fait tout ce qu’elle peut pour rassembler les fragments de son cœur. Elle est trop craintive, trop blessée par la vie, et n’a aucune idée de ce dont il est véritablement capable... mais elle ne peut plus faire marche arrière.

MKT / Heath s’est immiscé sous sa peau...

Et il va y mettre le feu.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 45
EAN13 9782381510125
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© Océane Ghanem, 2020
© Éditions Plumes du Web, 2020
82700 Montech
www.plumesduweb.com
ISBN : 978-2-38151-012-5

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'Auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
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1. Où es-tu, mi bella ?
Heath

La tôle froissée. Le siège renfoncé. L’odeur âpre du gasoil dégoulinant sur l’asphalte brûlant. La douleur. L’incompréhension. Les gémissements de détresse. Un corps en travers du pare-brise. Et du sang. Tellement de sang...
Heath, m’appelle-t-elle d’une voix larmoyante. Heath ! Par pitié !
Pitié . C’est un mot que Vega n’invoque pratiquement jamais sur ses lèvres pourpres. Elle n’en a pas. Elle n’en veut pas. C’est aussi pour cela que je l’aime : elle est beaucoup plus forte que moi.
Heath, Heath, Heath ! martèle-t-elle au-delà de la souffrance, d’un timbre rauque altéré par des gargouillis sinistres.
D’autres voix s’élèvent autour de nous. Dans un recoin perdu de ma conscience, je sais que nous venons d’avoir un terrible accident. J’ai lâché le volant. Max m’a hurlé de freiner. Vega a cherché à agripper sa ceinture. Mais c’était trop tard. Bien trop tard. L’avant de la voiture s’est encastré dans le muret d’un joli pavillon de banlieue, les roues ont saccagé la pelouse verte et bien entretenue, et du sang m’a giclé en travers du visage, une gifle d’hémoglobine tiédie par le choc de mon engourdissement.
Heath !
C’est Max, cette fois. Les battements désordonnés de mon cœur s’apaisent très légèrement à l’intérieur de ma poitrine : mon ami est vivant.
Enfin, vivant ... C’est un bien grand mot pour décrire l’état actuel de Max. Il ne le sait pas, et il ne le saura probablement jamais, mais j’ai compris ce qu’il lui était arrivé... Sa mère l’a écrit partout sur les murs de leur maison froide et suante de folie.
Elle l’a fait.
Je la déteste.
Elle me l’a volé.
Aujourd’hui, Max est plus mort que vif. Il ne sourit plus. Il ne rit plus. Il regarde le monde qui l’entoure avec des yeux sombres et inexpressifs. Il ne ressent du plaisir qu’en s’immergeant profondément dans ses cauchemars, plus noirs les uns que les autres. S’enfonçant jusqu’au cou dans toutes les embrouilles qui croisent son chemin, il semble déterminé à s’autodétruire, à se mutiler, à se perdre dans Albuquerque.
Max n’a plus peur de rien et ne craint plus personne. Même plus le diable qui habite l’esprit de sa mère.
On ne peut pas tuer ce qui est déjà mort , me répond-il à chaque fois que je me risque à lui faire la morale sur ses tendances suicidaires. Ne t’inquiète plus pour moi, Heath.
C’est affligeant et terrifiant. Contrairement à ce que l’on pense, la peur est une émotion positive. Elle t’aide à mettre en lumière toutes les choses que tu risques de perdre, si tu ne fais pas attention à ce qu’il se passe dans ta vie. Et si tu n’arrives pas à la ressentir, c’est que tu ne possèdes rien de valeur à quoi te raccrocher lorsque le sol s’écroule sous tes pieds. Moi, j’ai peur... mais pas autant que je le devrais. On m’a déjà volé la plupart des choses auxquelles je tenais : ma fierté, ma dignité, mon innocence, la pureté de mon meilleur ami, le sourire de ma Mamá et la liberté de mon grand frère...
Putain ! s’époumone Max en me secouant dans tous les sens. Réveille-toi, mec ! Réveille-toi, réveille-toi, réveille-toi !
Sa panique flagrante alimente la mienne. Un brasier incandescent s’allume dans le fond de mon ventre. S’il éprouve de nouveau ce genre d’émotion explosive, c’est que la situation l’a profondément ébranlé. L’horreur est allée le chercher aussi loin qu’il est possible de pénétrer dans le cœur d’un homme sans le tuer.
J’ouvre les yeux.
La terreur me coupe le souffle.
L’effroi me vole mon oxygène.
Mon cœur se brise littéralement dans ma poitrine. Je sens des morceaux tomber à mes pieds. Je les vois s’écraser sur mes rêves brisés par la seule femme qui ait réussi à me donner l’envie de croire à un avenir meilleur. Toute mon existence s’achève sur cet ultime clignement de paupières que je m’accorde pour comprendre que....
Je ne serai plus jamais le même.
Après .
Je ne serai plus jamais entier.
Après .
Je ne serai plus jamais heureux.
Parce qu’il n’y aura pas d’après pour Vega.
Heath, me supplie-t-elle, la bouche écumante d’une salive rose et mousseuse. Je ne... s’il te plaît... aide-moi...
Que pourrais-je faire pour elle ? Je ne suis pas Dieu et visiblement, notre créateur l’a condamnée. Vega parle peut-être encore, mais elle est déjà morte. La moitié supérieure de son corps est passée en travers du pare-brise qui s’est fendillé autour d’elle comme une immense toile d’araignée. La vitre épaissie s’est effilée en pointes acérées, indubitablement mortelles, qui se sont plantées dans son ventre et ses reins lors de la collision. Son beau visage maculé de sang est méconnaissable : nez cassé, orbite fendue, œil crevé et joues lacérées jusqu’à l’os.
Où es-tu passé, mi bella ? Ce n’est pas toi, ça... non, ça ne peut pas être toi !
Je me mets à pleurer avant même que mon cerveau ne parvienne à assimiler toute la monstruosité de la scène que Vega m’offre, mourante, la main tendue vers moi...
Heath, souffle-t-elle, prête à perdre connaissance. S’il te plaît...
Les mains tremblantes de Max m’extirpent de mon siège par la portière ouverte. Son élan me fait tomber à la renverse sur le bitume défoncé. Les gravillons m’écorchent les paumes, une douleur électrique remonte le long de mes doigts jusqu’à la racine de mes cheveux. Je crois que l’un de mes bras est cassé, mais je m’en fiche. La souffrance physique est secondaire.
À côté de moi, Max vomit sur la chaussée. Il est si près de la foule curieuse qui s’amasse sur le bord de la route pour étancher sa soif de morbidité malsaine qu’il éclabousse leurs chaussures vernies.
Allez-y ! ai-je envie de hurler, alors que je sanglote, le visage plongé dans mes mains. Prenez votre pied à observer ma petite copine mourir sous mes yeux ! Vous pourrez faire la morale à vos gosses plus tard : mettez toujours votre ceinture, bande de grosses merdes !
Heath...
La voix de Vega s’éteint dans un souffle saccadé. Je sens qu’elle meurt, qu’elle me quitte, qu’elle disparaît en s’émiettant dans le vent tourbillonnant du désert. La chaleur donne un relief saisissant à l’odeur de son sang qui se répand sur la carcasse pliée de la voiture d’Ambroise.
Elle l’a trahi et envoyé en prison – en me poussant à commettre le pire des crimes pour sauver notre peau . Il a juré de se venger et m’a supplié de me libérer une bonne fois pour toutes de l’emprise néfaste qu’elle exerce sur mes sens... et voilà, la vengeance d’Ambroise est exaucée. Il obtient toujours ce qu’il veut, de toute façon. La roue a fini par tourner et moi, je suis la pauvre cloche qui s’est pris le revers en pleine tronche.
S’il te plaît...
Péniblement, j’arrive à me redresser et à atteindre la main qu’elle s’obstine à me tendre. Nos regards se croisent par-dessus nos doigts entremêlés. Elle voit sa fin dans mes yeux, comme elle a vu, autrefois, le début d’une vie commune pleine de rires et de promesses.
Nous ne nous marierons pas.
Nous n’aurons pas d’enfants.
Nous ne veillerons pas côte à côte.
Et ce n’est pas à cause de l’accident.
Heath... Pitié, aide-moi. Ne me lâche pas !
Je ne sais même pas comment elle arrive encore à me parler. Il y a tellement de sang, tellement de plaies, tellement de...
Les yeux fermés, j’évite de regarder l’esquille de verre brisé qui perce son abdomen à un endroit trop tendre, trop dangereux.
Je t’aime... souffle-t-elle. Tu le sais, hein ?
Ces mots m’assassinent plus qu’ils ne me réconfortent. Je n’ai pas envie de les entendre. Pas maintenant. Pas dans ces circonstances. Ce sont ses adieux, et je ne suis pas prêt à lui dire au revoir. Pas comme ça. Pas après une dispute où mes paroles ont dépassé ma pensée. Notre histoire ne peut pas s’achever de cette manière.
Ça a toujours été toi, continue-t-elle, alors que ses yeux s’opacifient sous le voile de la mort. Ne lâche pas ma main...
Je pleure si fort que je n’entends plus le son de sa voix.
Mi bella... Comment vais-je réussir à vivre sans la voir tous les jours ? Même tes mensonges incessants vont me manquer !
Ne pleure pas... s’il te plaît...
La force de mes sanglots redouble d’intensité.
Je t’aime. Je suis désolé. Pour tout. Je suis désolé...
De ne pas te croire lorsque tu me dis que tu m’aimes, alors même que tu agonises par ma faute. De ne plus t’aimer autant qu’au premier jour, parce que je ne peux pas m’empêcher de te détester. De ne pas être suffisamment généreux pour te pardonner tes infidélités et tes mensonges, bien que je sache que je ne t’ai pas laissé d’autre choix que celui de me trahir pour t’en sortir...
Reste avec moi, OK ? Ne regarde que moi... lui dis-je, envahissant son champ de vision pour l’imprégner de ma présence. Je suis là. Tu n’es pas seule. Je suis là. Toujours là...
Le reste de la rue m’est complètement indifférent, même si je sens que Max se tient à ma droite, sentinelle vigilante et silencieuse.
Tu prendras soin de ma mère, Heath ?
Sa requête me cisaille le cœur, me déchiquette l’âme. C’est justement à cause de sa mère que l’on en est arrivé là... Mais Vega l’a toujours aimée plus que tout au monde. Elle s’est vendue pour elle. Elle m’a aussi vendu, moi . Et toute ma famille. Sans regrets, sans remords. Vega s’est scarifiée pour une femme qui n’a jamais ressenti la moindre envie de vivre. Elle a détruit sa vraie maison – la mienne – pour essayer d’en construire une dans laquelle Alicia Di Laurentis n’essaierait pas de s’immoler par le feu, de se pendre ou de se trancher les veines.
Un échec cuisant : plus Vega s’acharne à la sauver, moins Alicia s’accroche à la vie.
Oui. Je m’occuperai de ta mère.
Le fardeau que Vega porte tant bien que mal depuis l’enfance s’abat sur mes épaules. Ma colonne vertébrale ploie sous le poids de cette responsabilité écrasante.
Merci...
Ses traits se détendent, ses lèvres s’entrouvrent sur un long soupir qu’elle n’arrive pas à pousser jusqu’au bout et ses paupières commencent à se fermer. Pour la toute dernière fois.
Ne lâche pas ma main... m’ordonne-t-elle dans une ultime requête. J’ai tellement peur du noir, Heath. Et du silence... je déteste le silence...
Je serre sa main encore plus fort.
Promis, mi bella . Je ne te lâcherai pas.
L’homme en survêtement gris qui a prévenu les secours s’approche de moi. Il essaie de me tirer à l’écart de la voiture, mais Max l’en empêche en lui sautant à la gorge. Je ne sais pas combien de minutes, ou d’heures, je reste là, noyé par mes larmes ensanglantées, à veiller sur Vega. Le fil du temps semble s’entortiller sur lui-même ; un fragment d’éternité se condense dans une poignée de secondes.
C’est à la fois la plus longue et la plus courte minute de toute ma vie.
Écartez-vous, jeune homme ! exige un homme vêtu de l’uniforme caractéristique des ambulanciers. Laissez-nous intervenir !
Vega respire encore lorsqu’on m’arrache brutalement à elle. Je suis contraint de lâcher sa main pour éviter de la blesser davantage en l’entraînant en arrière avec moi, mais son hurlement d’agonie m’atteint à la poitrine avec la force d’une salve de mitraillette. Je n’ai pas été assez rapide. Une nouvelle giclée de sang coule sur le capot plié comme un accordéon.
Lâchez-moi ! Lâchez-moi, espèce de salauds ! S’il vous plaît, lâchez-moi ! Vega, je suis là ! m’écrié-je de toutes mes forces, en lacérant mes cordes vocales.
Je me débats du mieux que je le peux, mais mon bras cassé m’handicape dans cette lutte acharnée et perdue d’avance. Un pompier parvient à me clouer au sol, les deux genoux plaqués en travers de mon dos, tandis qu’un policier galbé comme une véritable armoire à glace réussit à immobiliser Max en l’emprisonnant dans une étreinte d’acier.
Heath !
Impuissants, nous regardons l’équipe de secours s’affairer frénétiquement autour de Vega qui hurle mon prénom à pleins poumons.
Heath ! continue-t-elle à réclamer. Heath !
J’ai beau m’agiter dans tous les sens pour la rejoindre, je ne fais qu’avaler des brins d’herbe et des mottes de terre, en me cognant aux jambes du pompier.
Heath…
J’ai l’impression que mes oreilles se mettent à saigner. J’aimerais me crever les tympans pour ne plus avoir à l’entendre. Mon prénom me fait l’effet d’une insulte, d’une condamnation... d’un majestueux doigt d’honneur du destin. N’est-ce pas exactement le vœu que j’ai formulé, encore et encore, ces dernières semaines ? Qu’elle me quitte pour de bon ? Qu’elle sorte définitivement de ma vie ?
Heath !
Je pleure, je suffoque, je meurs avec elle. Ce prénom maudit, ce prénom honni. Elle le crie jusqu’à la fin. Avec douleur, tristesse, panique et désespoir... Avec amour, aussi. Un peu. Parce qu’elle m’aime, malgré toutes les choses abjectes qu’elle m’a infligées et toutes les insultes mauvaises que je lui ai renvoyées à la figure. Oui, elle m’aime... et ça a toujours été le vrai problème.
Pourquoi m’as-tu fait ça, mi bella ? Pourquoi n’as-tu jamais réussi à te contenter de moi ?
Les serrures qui verrouillaient les dernières brides de mon cœur se mettent à sauter, les unes après les autres. Je lui ai consacré ma vie... et à présent, je lui sacrifie mon futur. Celui que j’avais espéré construire sans elle et celui que j’avais cru pouvoir bâtir à ses côtés. C’est à elle... Je veux que l’on enterre cette partie de moi à ses côtés.
Je suis désolé, m’excusé-je, alors que l’ambulance s’éloigne et que le pompier me berce contre son large poitrail. Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé...
Oui, Heath restera à Vega jusqu’à la fin.
Et c’est bien fait pour lui.
Dès que les lumières colorées de l’ambulance disparaissent à l’horizon, je sombre dans le néant avec l’espoir suicidaire de ne plus jamais me réveiller. Ma dernière vision est celle de mon vieux sac à dos noir et blanc, siglé des initiales d’une quelconque marque bas de gamme et dépassée : MKT.
Dans ce sac, il y a le flingue dont je me suis servi pour tuer Billy, le fric que l’on vient de voler aux Sinner’s et treize kilos de cannabis.
Une autre vie de gâchée à cause de Heath.
Ça serait une épitaphe parfaite pour leurs tombes, parce que je viens de tuer Vega exactement comme j’ai tué Billy : sans le vouloir, mais sans rien faire pour l’en empêcher.
Jusqu’à quel point pouvons-nous feindre d’être innocent ?
2. Érection matinale
MKT

Depuis mon accident, je me réveille tous les matins avec une méchante douleur dans l’épaule et les articulations. Mais aujourd’hui, c’est différent : j’ai mal à la queue. Toutefois, c’est une souffrance absolument délicieuse, à l’image de la petite fée toute en rondeurs qui dort paisiblement dans mes bras.
Dios mío...
Elle m’a complètement fait perdre la boule, hier soir. Sa bouche, ses mains et ses yeux sont des armes de destruction massive contre les pauvres mecs dans mon genre. Elle est tellement... je n’ai même pas de mots pour la décrire. Vraie ? Honnête ? Sincère ?
Non , réalisé-je, l’estomac lesté d’une bille de plomb brûlant.  Authentique .
C’est exactement ça : Charlotte est authentique dans sa douleur, son plaisir et ses peurs. Rien n’est joué, rien n’est tronqué. Et j’aime énormément cette facette légèrement abrupte de sa personnalité haute en couleur.
Être avec elle, c’est... euphorisant. Aphrodisiaque. Un peu comme une drogue, douce et suave. Le nez plongé dans son cou, j’inspire plusieurs bouffées de son parfum érotique. Elle sent la baise torride, le musc et la femme comblée. Son orgasme mouille encore la pointe de ma langue, où le goût délicat de son plaisir s’attarde dans ma salive. Mon sexe se raidit contre ses fesses généreuses, que je caresse d’un revers de la main sous les draps entortillés autour de nos jambes emmêlées. J’adore son corps voluptueux, souple et lisse. Il me donne tellement faim... Ses seins et ses fesses débordent de mes mains lorsque j’essaie de les empaumer, et ça...  Putain   !  C’est typiquement le genre de trucs qui me fait bander comme un dingue !
— Chaton ? murmuré-je, les reins en feu. Tu dors encore ?
Elle marmonne quelques paroles incompréhensibles, toujours profondément endormie, et relève la jambe pour se repositionner sur le ventre. Le drap glisse sur ses cuisses laiteuses et m’offre une vue affolante sur...  ma  petite chatte glabre.
Un grondement vibre dans ma poitrine.
Charlotte est un véritable festin, et je suis plus que déterminé à le savourer jusqu’à la dernière miette. Mais je ne suis pas d’humeur à précipiter les choses. Elle a cinq ans d’abstinence sexuelle à rattraper, et il est hors de question de la baiser vite fait, bien fait, comme je le fais d’habitude. Du moins, pas avant qu’elle n’ait savouré de lentes et ardentes séances de préliminaires. C’est le meilleur, dans le sexe : les caresses, les baisers, le flirt poussif et les chamailleries au lit. Une fois que l’on a conclu, l’intérêt pour l’autre finit inévitablement par s’émousser. Sans sentiments, le sexe n’est qu’un passe-temps agréable, une espèce de jeu de dupes. Quand on a gagné la partie et mis le ballon au fond du filet, on passe à autre chose. Un autre jeu, un autre adversaire. Et je n’ai pas très envie qu’elle se dégote un nouveau partenaire...
Pourquoi ? Tu ne l’aimes pas ! Ce n’est qu’un... Comment tu dis ? Ah oui, un passe-temps !
Agacé par la voix moqueuse qui rugit dans ma tête – et qui ressemble étrangement à celle de Vega – je m’extirpe tant bien que mal du lit chaud et douillet. Un rapide coup d’œil au radio-réveil en forme de lèvres fluorescentes m’indique qu’il est déjà plus de neuf heures du matin.
 Pas étonnant que je meure de faim ! Je n’ai rien avalé depuis l’omelette aux champignons qu’Oksana m’a préparée, hier après-midi. Les médicaments que les médecins m’ont prescrits pour mon épaule me barbouillent l’estomac, et honnêtement... j’étais trop malade pour réussir à garder quoi que ce soit dans le ventre. Les premiers symptômes du manque commencent à se manifester, douloureux et pernicieux. Même si je les attendais de pied ferme, je dois avouer que je suis surpris par la virulence de leur apparition. Oz m’a dit que c’était une réaction normale. Selon lui, c’est mon subconscient qui amplifie la souffrance induite par le manque de cocaïne :  plus j’appréhende, moins je résiste.  Quand il est passé à l’appartement pour notre rendez-vous quotidien, j’ai trouvé sa présence étonnamment réconfortante. Assis à la table de la cuisine, nous avons discuté pendant des heures et des heures. Oksana s’est jointe à la conversation, au début. Puis elle a compris que son frère n’oserait pas aborder les aspects les plus sombres de sa désintoxication devant elle et, même si cela lui a fait de la peine d’être exclue de cette partie de sa vie, elle a compris qu’elle devait s’effacer pour me permettre de guérir à mon rythme... Généreuse, elle a entrainé Chance et Pistil dans une longue balade au parc, avant de rameuter Hyde et Clyde pour une séance de sport tardive.
J’aimerais ne pas l’aimer autant, mais elle ne me facilite pas la tâche. Parfois, j’en veux à Max de l’avoir autorisée à dormir à l’appartement pendant qu’il est au Japon... mais je me raisonne toujours avant de dire quelque chose de stupide. Oksana déteste la solitude et pire encore... elle déteste être loin de Max. Il n’est parti que depuis trois jours et pourtant, elle accuse déjà son absence avec des mimiques de chien battu qui me donnent envie de la prendre dans mes bras pour la consoler. Au demeurant, je ne suis pas le seul à être attendri par sa détresse. Hyde et Clyde se démènent pour lui changer les idées. Quant à Chance... Depuis notre voyage à Albuquerque, ils sont inséparables. Et non, je ne suis pas jaloux. Ou juste un peu.
Heureusement que sa bite ne fonctionne plus , songé-je, en me traînant jusqu’à la salle de bain attenante à la chambre. 
Max commence à se méfier de leur proximité. À sa place, j’aurais déjà vrillé complètement du cerveau, surtout après la scène surréaliste dans la cuisine, mercredi ! Mais Max a une confiance aveugle en Oksana. Et il a raison : elle préférerait se trancher les veines avec une tronçonneuse plutôt que lui faire du mal.
Arrête de penser à elle ! Tu viens à peine de quitter le lit de sa meilleure amie !
Encore la voix narquoise de Vega. Ces derniers jours, elle me remet constamment les pendules à l’heure. Peut-être est-ce à cause de l’accident... Je ne nierais pas que cela a fait remonter à la surface toutes les merdes de mon passé que j’essayais d’enterrer avec ma consommation excessive d’herbe et d’alcool. Cependant, je crois que c’est aussi à cause de ma relation naissante avec Charlotte que le fantôme de Vega me hante l’esprit.
MKT adore Oksana. Mais Charlotte... c’est Heath qu’elle fait bander.
Et ça fout la merde dans ma tête.
Les fesses à l’air, je déambule dans la salle de bain de Charlotte, à la recherche d’une boîte de Paracétamol. Rien. Elle n’a que des tampons, des produits d’hygiène féminine et du maquillage –  des tonnes et des tonnes de maquillage !
Mon épaule et mes côtes cassées me font grincer des dents.
— Ça me fait chier...
Je n’ai pas envie de rentrer à l’appartement pour prendre ma dose de médicaments. Non, j’aimerais passer la journée au lit avec Charlotte... en espérant qu’elle le veuille, elle aussi. Mon reflet grimaçant me toise à travers le miroir. Si l’on fait abstraction de mon air crispé, j’ai plutôt bonne mine, aujourd’hui.
Si éjaculer dans la bouche d’une femme est thérapeutique, jouir dans la bouche de Charlotte est miraculeux. En quelques coups de langue, elle a complètement chassé l’accablement et la dépression qui engluaient mes pensées.
La poitrine agitée par un sentiment bizarre, je me détourne de mon reflet et me dirige vers les toilettes. Pisser avec une érection matinale est toujours un défi, mais je deviens plutôt doué à ce petit jeu. Et si quelques gouttes ont échappé à mon contrôle, je ne m’en suis pas aperçu...
— Vivement que ma main redevienne fonctionnelle, pesté-je, en lorgnant ma queue raide et dure.
Elle tressaute contre mon ventre, comme si elle m’avait entendu.
Faut vraiment que j’arrête de parler à ma bite, moi...
Pris d’une subite envie de rire, je retourne dans la chambre, attrape mon caleçon et recouvre mes attributs virils. Charlotte dort toujours à poings fermés, mais elle a changé de position. À présent, elle est étendue sur le dos, les jambes serrées et les bras levés au-dessus de sa tête. Je ne vois plus les replis secrets de son sexe, mais son visage serein et souriant est d’une beauté naturelle à couper le souffle.
Sur une impulsion, j’attrape mon portable et immortalise ce spectacle fascinant. Une rose sur un fond rose. Charlotte a l’air d’un bonbon à la fraise prêt à être sucé. J’enregistre la photo dans mes favoris et verrouille mon téléphone. Normalement, je l’enverrais à Max et Chance ; c’est un rituel pathétique que nous avons instauré depuis tant et tant d’années que je ne me rappelle même plus comment il a commencé... mais je n’ai pas envie que mes potes apprennent que j’ai réussi à dompter mon petit chat. Pas avec une photo d’elle à moitié nue, en tout cas.
Celle que Max m’a envoyée d’Oksana est toujours épinglée dans mes favoris.
Eh oui, peut-être l’ai-je utilisé deux-trois fois pour des trucs franchement dégueulasses. Ça me donne un vague sentiment de nausée rien que d’y penser. De toute façon, Max n’en aurait rien à foutre de la photo de Charlotte, alors que Chance...
Un autre grondement vibre dans ma cage thoracique. Je crois que je suis en train de régresser au stade d’Homme de Néandertal.
— Chaton ? tenté-je à nouveau, pressé de remettre le couvert. T’es réveillée, là ?
Toujours pas de réaction. Et mon estomac se met à crier famine. J’adresse un regard désolé à ma queue ; une autre érection de perdue ! Puis je sors de la chambre, en faisant attention à faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller ma sœur.
Une précaution inutile.
La porte de sa chambre, située pile en face de celle de Charlotte, est grande ouverte. Nos regards se croisent par-dessus la carcasse endormie de mon meilleur ami, allongé sur un matelas gonflable. À moitié nu, Chance ronfle doucement, la bouche ouverte, avec Bagera d’un côté et Velvet de l’autre. Je ne suis pas étonné de constater qu’il a réussi à apprivoiser le chat démoniaque de Charlotte. Contrairement à moi, ce mec a la cote avec les animaux.
En revanche, je suis surpris de le retrouver dans la chambre d’Inès, vêtu d’un short de pyjama et... de rien d’autre que ses tatouages lubriques et ses piercings obscènes.
Oh, oui ! Il a vraiment de la chance que sa bite soit hors service depuis ses turpitudes en Thaïlande !
— J’en étais sûre... souffle Inès d’une voix désabusée.
Assise en tailleur sur le lit, des livres éparpillés dans tous les coins, elle fait ses devoirs, telle une parfaite élève studieuse... qu’elle est assurément.
C’est là que je m’aperçois de ma propre tenue : un slip et une attelle. Avec une érection à fendre une bûche en deux, des griffures sur le torse et les lèvres gonflées.
Existe-t-il des preuves plus compromettantes ? Il est évident que je sors du lit de Charlotte. Et que j’y ai passé une nuit de débauche crapuleuse !
— Qu’est-ce qu’il fait là ? chuchoté-je d’un ton furieux. Et pourquoi est-il à moitié à poil ?
Inès hausse un sourcil, dédaigneuse.
— Et toi ?
Une riposte méritée et justifiée qui m’enflamme le sang d’une fureur noire. Exaspéré, je fais trois pas en avant, les poings serrés le long du corps et les mâchoires crispées dans une posture belliqueuse.
— Réponds-moi ! exigé-je, dans une pâle copie de grand frère inquiet pour l’innocence de sa sœur. Nessie !
En vérité, je suis plus agacé par son dédain ostensible que par la présence de Chance dans sa chambre. Mon ami m’a prévenu qu’il l’amenait au centre-ville pour la faire boire des shots de vodka et danser sur de la pop ringarde jusqu’au bout de la nuit. Bon, OK : c’était peut-être même mon idée... Je voulais qu’Inès entame sa dix-huitième année sur une note joyeuse et mémorable. Et oui, je l’admets : je désirais aussi avoir le champ libre avec Charlotte. Mais je ne m’attendais pas à me faire surprendre dans une situation ambiguë, le cul presque à l’air ! Ni à éprouver autant de jalousie en comprenant que Chance, contrairement à moi, est visiblement autorisé à dormir dans cette baraque.
Même le putain de chat psychotique est tombé sous le charme de ce crétin !
— Nous sommes rentrés t-tard, et il était... légèrement é-éméché, bégaie-t-elle, les joues rouges. Il s’est endormi dès qu’il est... arrivé.
Je ne suis pas sûr de la croire, mais je m’oblige à hocher la tête. Chance sera nettement plus facile à interroger et à intimider. J’obtiendrai la vérité de sa bouche.
— Tu as picolé, toi ?
Inès fronce le nez.
...

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