Les coups de la vie - Tome 3
142 pages
Français

Les coups de la vie - Tome 3 , livre ebook

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Description

La vie ne fait pas de cadeau et l'être huain est tout sauf un ange. La méchanceté (parfois gratuite), la haine, les coups bas et autres sont devenus monnaie courante. Mais heureusement qu'il n'y a que ça.Parce que l'homme est aussi un être capable d'altruisme, d'amour sincère et de don de soi... Et c'est l'être humain justement, avec ses bons et mauvais côtés qui constitue la matière première des confidences des lectrices et lecteurs du Magazine numéro 1 en Côte d'Ivoire. Confidences faites à Anzata Ouattara qui les traite et les publie dans les colonnes du journal. Des histoires captivantes mais aussi, surprenantes, et même parfois insolites, puisque traitant de réalités pouvant déranger des esprits dits cartésiens.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2020
Nombre de lectures 3 198
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,05€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


–A Dieu Tout-Puissant. Merci pour le souffle de vie que Tu m’as
donné,et pour cette inspiration.

– A ma mère,
Grandedame, belle et généreuse. Que ton âme repose en paix !
Tun’auras pas vécu pour rien.

Dépot légal : 9390
Les Coups de la vie Tome 3
er
Editions, 1trimestre 2020, 142 pages

ANZATA OUATTARA

TOME
3

PRÉFACE

L'ÉCOLE DE LAVIE

arlant de la confession, Bourd déclare : “Dès qu'on a perce ́l'abces̀
et qu'on l'a jete ́dehors, on sent tout à coup la sérénité se répandre
P
dans l'âme.”
Cette citation traduit parfaitement l’et́at d’âme de ces hommes et de ces
femmes qui ont choisi de se confier àAnzata Ouattara, la confidente
publique. Qui pour se soulager d’un lourd fardeau qui leur pèse, qui
pour partager une expeŕience inédite qui a laisse ́une empreinte
indeĺébile dans leur vie. Depuis que Go Magazine existe, on assiste à un
ballet incessant d’âmes en détresse. Des personnes qui éprouvent le
besoin de libérer leurs consciences troublées. Des personnes
recroquevillées dans la solitude, avec leurs lourds secrets, ne sachant a ̀qui parler.
D’ailleurs, chacun de nous ne garde-t-il pas en lui, au moins un secret
qui le hante et qui détermine, parfois à son insu, sa manière d’et̂re et
d’agir ? De temps en temps, il lui apparaît comme un flash, pour lui
rappeler qu’il étouffe dans son tref́onds. D’autres secrets sont plus légers
heureusement. Mais chacun a des cadavres dans son placard. Au figuré
bien entendu, encore que...

Le secret nous ronge et exerce une pression sur notre conscience pour
ensuite émerger à la surface. En def́initive, ce sont les plus courageux
d’entre nous qui décident de témoigner au grand jour. C’est pour cela qu’il faut
les saluer car, à travers leurs témoignages, les autres évitent les nombreux
pièges qui jalonnent les chemins de leur existence.

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Anzata Ouattara, disais-je plus haut, est une confidente publique. Ce
rol̂e requiert plusieurs qualiteś : inspirer la confiance, être un model̀e
soi-même, et̂re sereine à tout instant et surtout... ne point s’eŕiger en
donneuse de leçons, ne point juger. Qui est-elle pour juger ?Cela relève de
Dieu. Elle-même est soumise àson jugement. Dans bien des cas, la
personne qui éprouve le besoin de s’exprimer se culpabilise suffisamment.
Elle réclame juste une oreille attentive pour recueillir ses paroles. Se
sentir écoute ́procure une sensation de protection. C’est une theŕapie qui,
comme l’abces̀ lorsqu’il est perce,́ soulage énormément.

Être confidente publique, c’est aussi savoir écouter. Une autre qualité
que peu de gens possèdent malheureusement. Anzata Ouattara, elle, l’a
naturellement. “Une oreille attentive est exceptionnelle aussi bien pour
celui qui écoute que pour celui qui parle. Lorsque nous sommes reçus à
cœur ouvert, sans et̂re jugeś, qu'on nous écoute d'une oreille intéressée,
notre esprit s'ouvre.” [Sue Patton Thoele]. Anzata Ouattara ne juge pas.
Lorsqu’un témoignage suscite un vif débat –comme c’est souvent le cas
lors de nos réunions hebdomadaires du lundi –elle trouve les mots justes
pour ramener toutes les passions à la réalité. Elle a ce détachement
nécessaire, utile dans le rol̂e qu’elle campe, pour ne ni réprouver, ni
approuver. Àchaque témoignage, elle apprend beaucoup de
l’expérience de l’autre. Des mystères de ce monde. Des relations humaines.
De la cupiditédes hommes, entre autres.

Quand arrive enfin l’étape de la rédaction, elle a besoin de pénet́rer au
plus profond de la personne qui raconte, pour ressentir et exprimer
l’émotion qui accompagne l’histoire. Ce dernier eĺément est essentiel
pour toucher le lecteur afin que celui-ci en tire une leçon.

Le Président Houphoueẗ-Boigny se plaisait à dire qu’“il y a une école
ou ̀il n’y a pas de diplôme, c’est l’école de la vie.” Les coups de la vie,
c’est aussi cela, une école de la vie !

Ce livre que vous tenez entre les mains est le troisième d’une série.
Chaque histoire est authentique et particulier̀e. J’espère qu’en les lisant,
vous en tirez des leçons, utiles pour parer les coups que la vie nous porte
tous les jours. La vie ne fait pas de cadeau. Si nous sommes prépareś à
ses épreuves, nous pouvons plier, mais nous ne romprons jamais. Alors
prêts ? Bonne lecture et... vive la vie !
ZohoréLassane

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AMOUR (presque)
IMPOSSIBLE

Amour (presque) impossible

avais 11 ans, je vivais dans ma ville natale de Thies̀, à 72
Kilomet̀res de Dakar. Un jour, notre quartier était en
effervesétaiJt al’léapprofondir ses connaissances en Arabie Saoudite. Il y a passé
cence a ̀cause du retour de l'imam Hadj Cissé. J’étais encore très
jeune quand j'ai entendu dire beaucoup de bien de cet imam. Il
six ans et son retour a et́e ́annoncé à grand renfort de publicité. On
n'arrêtait pas de vanter ses meŕites et ses qualités spirituelles. Il est resté
toutes ces années en Arabie Saoudite en laissant derrier̀e lui ses trois
femmes et ses cinq enfants. L'aîné de ses enfants se trouvait en Arabie
Saoudite avec lui. Ce matin-la,̀ j'ai accompagné ma mère au marché car
elle avait et́e ́choisie par la communaute ́musulmane et les autorités pour
la préparation des diffeŕents mets. Sans vraiment connaître cet imam,
l’idée de le rencontrer me rendait heureuse.

L'imam tant attendu est arrivé très tard dans la nuit. Je dormais déja.̀
Tres̀ tôt le matin, je me suis réveillée en même temps que ma mère. Je
voulais avoir des nouvelles de notre imam. Ma mer̀e m'a dit qu'il était
arrivé et qu'elle devait faire a ̀manger pour la réception et la lecture du
Coran. Il y avait beaucoup de personnaliteś a ̀recevoir. Les femmes de
l'imam ne pouvaient pas faire seules la cuisine. Ma mer̀e a fait des
boulettes de poisson et de viande, des vermicelles et du tchêp blanc. J'étais
chargée d'envoyer la nourriture à la mosquée. A mon deuxième tour, j'ai
eu le temps de bien observer l’imam. Il était grand, un peu bronzé de
teint et pas tres̀ gros. C'était un tres̀ bel homme. Il était très propre. Je l'ai
tellement regarde ́qu'il a demande ́a ̀une de ses épouses qui j'étais. Je
suis repartie à la maison en courant pour raconter a ̀ma mer̀e ce que
j'avais vu. Ma mer̀e s'est mise a ̀rire. J'allais maintenant presque tous les

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Amour (presque) impossible

jours à la mosquée pour y déposer la nourriture. Et puisque l'imam Hadj
Cissé habitait la cour de la mosquée, je le voyais presque tous les jours.
C'était un peu comme un saint ou un homme inaccessible. Or moi, je
pouvais le voir tres̀ souvent. Et chaque fois, il me faisait des bénédictions
et en faisait aussi pour ma mère. Je les lui transmettais en imitant la voix
de Hadj Cisse,́ ce qui la faisait beaucoup rire.

Plusieurs mois après son arrivée, ma mer̀e et moi et́ions allées à la
prier̀e du vendredi. Hadj Cissé a demande ́a ̀ma mer̀e de passer le voir
ce soir-la.̀ Il avait quelque chose d'important a ̀lui dire. Lorsque nous
sommes retournées à la maison, ma mer̀e a commence ́à s'inquiéter. Elle
se demandait quelle faute elle avait commise pour être convoquée par
l'imam. Le soir venu, j'ai dit à ma mer̀e que je voulais l'accompagner
chez Hadj Cisse.́ Elle n'y a pas trouvé d'inconvénient. Nous nous
sommes rendues toutes les deux à la mosquée. Hadj Cisse ́recevait des
gens pour régler un litige. Il fallait donc attendre aupres̀ de ses épouses
qui n'arrêtaient pas de dire à ma mer̀e que j'et́ais jolie et bien eĺevée.
Puis Hadj Cisse ́a appelé ma mère. Il voulait la voir seule. Lorsqu'elle est
sortie de son entretien, elle était plutot̂ gaie. J'et́ais rassurée. A la maison,
j'ai demandé a ̀ma mer̀e de me rendre compte de son entrevue avec
Hadj Cissé. Elle m'a dit que cela me concernait, mais qu'il fallait d'abord
qu'elle discute avec mon per̀e avant de m'en parler. J'et́ais impatiente.
Mon per̀e vivait en Cot̂e d'Ivoire. Ma mère lui a parle ́au téléphone. Plus
tard, elle m'a informéque l'imam voulait que je sois la promise de son
fils N'Diaga qui et́udiait en Arabie Saoudite. Je ne le connaissais pas
bien, mais l'idée me plaisait car je voulais aller vivre chez l'imam.
Apparemment, mes parents et́aient d’accord. Ma mer̀e vantait dej́à les
qualités de N'Diaga. Il avait encore cinq ans d'études à faire avant de
revenir au Sénégal pour être, lui aussi, imam. Je l'imaginais un peu
comme son père. Les premier̀es ceŕémonies des fiançailles ont été faites,
c'est-a-̀dire les premières colas.

Je grandissais en pensant àmon futur mari que je n'avais encore jamais
vu. C'était toujours l'image de son per̀e qui alimentait mes pensées.
Lorsque j'imaginais mon foyer, je me voyais en parfaite harmonie avec
l'imam et cela me rassurait. En plus d'être imam, Hadj Cissé savait lire et
écrire le français et l'arabe. Il était véhicule ́et repreśentait tous les imams
aux ceŕémonies politiques ; ce qui faisait qu'on le voyait souvent à la
teĺe.́ J’avais beaucoup d’admirations pour lui. J'étais maintenant très
fréquente chez eux, puisqu'officiellement, j'et́ais la belle-fille de Hadj
Cisse.́ Il avait beaucoup d'estime pour moi et m'avait inscrite à l'école

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Amour (presque) impossible

franco-arabe. Il veŕifiait mes notes, payait mes fournitures et me donnait
régulièrement de l'argent pour mes besoins. C'était aussi un très bon
père de famille. Jamais je n'avais vu ses femmes se disputer. Elles étaient
comme des sœurs. Lorsqu'il voulait offrir un cadeau, il l'offrait aux trois
pour ne pas faire de jalouse. Il et́ait juste. J'imaginais mon mariage aussi
paisible et sans histoire, puisque N'Diaga et́ait le portrait craché de son
père, d'apres̀ les dires de sa mer̀e.

J'avais 16 ans l'année ou ̀N'Diaga devait rentrer au pays. Mon beau- per̀e
n'arret̂ait pas de me complimenter. Il disait qu'il et́ait fier du choix qu'il avait
fait pour son fils et que l'année suivante, il ferait le mariage. Puis le fils de
l'imam arriva. J'et́ais impatiente de faire sa connaissance. Son accueil
n'était pas aussi grandiose que celui de son père.

C'était normal car N'Diaga n'avait pas la même popularité que lui. Pour
l'accueillir, il y avait juste la famille. Nous et́ions en train de faire la
cuisine lorsque Hadj Cisséest arrivéavec N'Diaga. J'avoue que je ne
m'attendais pas àce que j'ai vu. Physiquement, N'Diaga n'avait rien de
commun avec Hadj Cissé. Il était gros, noir et de petite taille. Le portrait de
sa mère ! J'étais un peu déçue, mais je me disais que le plus important,
c'et́ait le caractère. S'il ressemblait a ̀son per̀e, j'aurais gagne.́ Hadj Cissé
a fait les preśentations et visiblement N'Diaga était content du choix de
son père. Il le lui a fait savoir. Sans trop me vanter, j'et́ais très jolie, avec
les rondeurs d'une vraie femme africaine.

J'et́ais tres̀ souvent chez l'imam, car je voulais être proche de mon
fiancépour mieux le cerner avant notre mariage. Il m'arrivait de rester
discuter avec lui jusque tard dans la nuit et il me raccompagnait. Je
sentais qu'il m'aimait. Mais pour moi, les choses allaient au ralenti. Je ne
voyais rien d'Hadj Cisséchez N'Diaga. Il voulait me faire l'amour avant
notre mariage. Bien sûr, j'ai refuse.́ N'Diaga se plaignait beaucoup. Un
peu bagarreur sur les bords et très sournois, il me décevait de jour en
jour. Hadj Cissé avait remarque ́que je n'et́ais plus très fréquente chez
lui. Il m'a donc fait appeler pour comprendre ce qui n'allait pas. J'avais
du mal àm'exprimer. Finalement, je lui ai dit que son fils voulait me faire
l'amour avant notre mariage, ce qui n'et́ait pas correct. En plus, je ne
l'imaginais pas comme ça. En parlant à Hadj Cissé, j'avais les larmes aux
yeux. Il était malheureux. Il m'a conseille ́de ne pas accepter les
propositions de son fils. Il me soutenait. Il m'a fait comprendre qu'il avait sa
personnalité qui lui était propre et que N'Diaga avait la sienne. Il a pris
l'exemple de ma mer̀e et moi. Effectivement, je n'avais aucune

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ressemblance avec ma mère. Hadj Cisse ́a longuement parle ́et il m'a
rassurée. Il tenait vraiment a ̀ce que je sois sa belle-fille et je n'avais pas
inteŕet̂ a ̀le décevoir.

J'ai donc recommencé à fréquenter N'Diaga jusqu'au mariage. Notre
nuit de noces a et́e ́triste. Je faisais l'amour pour la première fois, mais
j'ai et́e ́déçue. N'Diaga m'a brutalisée, il n'avait fait montre d’aucune
douceur. J'ai vu dans les films qu'on embrassait d'abord la femme, qu'on
lui faisait de petits câlins avant de lui faire l'amour. N'Diaga ne m'a rien
fait de tout cela. J'ai passétoute la nuit àpleurer. Je ne m'attendais
vraiment pas a ̀cela. Les autres jours étaient pareils. N'Diaga me faisait
l'amour chaque soir et tôt le matin, avant la prière de l’aube. J'en avais
marre. Il se faisait plaisir sans penser a ̀moi. Apres̀ chaque rapport, je
ressentais des brûlures au niveau de mes parties intimes. J'avais beau me
plaindre, les choses ne changeaient pas. J'avais fini par me convaincre
que c'et́ait comme ça dans tous les couples. Puis je suis tombée
enceinte. Je maigrissais de jour en jour. J'habitais non loin de ma
bellefamille. Tous les jours, je devais passer déposer la nourriture de mes
beaux-parents. C'était la coutume. En vérite,́ c'et́aient mes meilleurs
moments. Voir Hadj Cisse ́me sourire et même me donner de l'argent en

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Amour (presque) impossible

cachette car il me sentait triste et malheureuse avec son fils, était
réconfortant. Ce mariage était loin d'être ce à quoi je m'attendais.
N'Diaga n'était pas aussi bon que son père. Il prenait de la drogue tous
les soirs. Lorsque j'en ai parlé a ̀son père, mon mari m'a battue toute la nuit
en disant que la drogue lui permettait de veiller pour ses prier̀es. Il était
toujours énerve ́et maladroit.

Ma grossesse me fatiguait beaucoup, au point que Hadj Cissém'a
interdit de faire la cuisine. Ses femmes nous apportaient àmanger. Pour
N'Diaga, je n'existais plus. Son per̀e avait beau essayer de le raisonner,
il ne changeait pas. Il ne me touchait plus et il me disait ouvertement
qu'il n'aimait pas les femmes enceintes. J'étais contente qu'il ne me fasse
plus l'amour, car je ne ressentais pour lui que du dégout̂. Seul mon
beauper̀e m'aidait a ̀le supporter encore, car même ma mer̀e ne voulait rien
entendre lorsque je lui racontais mes problèmes conjugaux. La goutte
d'eau qui a fait déborder le vase, c'est qu'à huit mois de ma grossesse,
N'Diaga a épouse ́une autre femme. Son per̀e était malheureux et
honteux. Il m'a suppliée presqu'en pleurs de ne pas tenir compte des
agissements de son fils. Il m'a dit qu'après l'accouchement, il me donnerait de
l'argent pour faire du commerce. Le trousseau et les médicaments, c'et́ait
l'imam qui s'en occupait.

Avant l'accouchement, j'ai emménagé dans ma belle-famille. Hadj
Cisséme rendait visite tout le temps dans ma chambre. C'est àpeine si
N'Diaga venait me voir. J'ai accouche ́d'un garçon qu'on a baptise ́Hadj
Cisse.́ J'étais très contente que mon fils porte le nom de mon beau-per̀e.
Après le baptême du petit Hadj Cisse,́ j'ai regagne ́mon foyer.
L'atmosphère était plutot̂ tendue a ̀la maison. N'Diaga se consacrait
entier̀ement a ̀sa nouvelle épouse Sarah. Franchement, Sarah était tres̀
gentille avec moi. Elle se proposait de m'aider lorsque j'et́ais très
occupée, mais N'Diaga n'appréciait pas qu'elle me parle. Lorsque mon
fils a eu six mois, une nuit, N'Diaga est venu dans ma chambre. Il voulait
me faire l'amour. J'ai refusé et il m'a battue. J'ai fui pour me ref́ugier chez
son père. Ce jour-la,̀ Hadj Cisse ́et́ait tellement énerve ́qu'il a failli porter
main àson fils. N'Diaga a dit devant tout le monde qu'il ne voulait plus
de moi, qu'il me répudiait. Mon beau-per̀e pleurait, tellement il s'en
voulait. Il m'a tenue dans ses bras et m'a demandépardon pour tous ces
moments de souffrance. La même nuit, il a fait ramasser toutes mes
affaires de chez N'Diaga pour les ramener chez lui. Il a pris
l'engagement devant tous de s'occuper de moi jusqu'àce que j’aie un autre mari.

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Amour (presque) impossible

Vraiment, Hadj Cisse ́ne meŕitait pas un fils comme N'Diaga, drogue ́et
bagarreur. Lorsque mon fils a eu un an et demi, j'et́ais toujours chez Hadj
Cisse.́ J'avais repris des forces. Mon ex beau-per̀e et́ait tellement
disponible pour moi que... je suis tombée amoureuse de lui. Je l'aimais
peutêtre depuis longtemps sans comprendre que c'était de l'amour. J'étais
persuadée qu'il le savait lui aussi. Souvent, je surprenais son regard sur
moi. Il baissait les yeux comme un voleur. Il et́ait toujours avec mon fils.
N'Diaga et́ait a ̀nouveau papa car Sarah venait de lui donner un autre
enfant. Elle aussi en avait marre de lui. Elle venait me voir tout le temps
pour pleurer. Contrairement à elle, moi, j'et́ais soutenue par Hadj Cissé.

Un soir, Hadj Cissém'a fait appeler par mon fils et m'a remis 500.000
francs. Il m'a dit de rentrer en Côte d'Ivoire rejoindre mon père, histoire
de changer d'air. Il m'a demandéde lui laisser son homonyme, mais je
voulais aussi que mon père fasse sa connaissance. Je me suis donc
retrouvée en Côte d'Ivoire, chez mon père, avec mon fils. Tous les jours,
Hadj Cissé nous téléphonait du Sénégal pour avoir de nos nouvelles. Je
savais qu'il m'aimait mais il ne savait pas comment le manifester. Moi
j'étais folle de lui. Il et́ait pour moi le model̀e d'homme parfait. En Côte
d'Ivoire, je vivais chez mon père qui est bijoutier à Cocody. Sa bijouterie
est tres̀ réputée. Il gagne beaucoup d'argent. Il m'a proposé de rester
avec sa deuxième épouse et lui pour travailler. Mais à cause d'Hadj
Cissé, je n'arrivais pas a ̀me décider. Imaginer que je ne le verrai plus
comme avant me rendait malade. J'ai expliquéà HadjCissé quemon
père voulait que je reste en Côte d'Ivoire puisque plus rien ne me retenait
au Sénégal. Il et́ait très triste. Je l'ai senti dans sa voix. Il m'a donc
annoncéqu'il viendrait àAbidjan pour voir son petit-fils. J'avais hâte de
le voir. Durant tout le temps que nous avions passéàAbidjan, Hadj Cissé
nous envoyait régulier̀ement de l'argent. A Abidjan, on me draguait
partout. Parmi mes dragueurs, il y avait un ami de mon père que ma
bellemer̀e appréciait beaucoup. Il et́ait très gentil. Mais pour moi, il n'existait
pas. J'attendais impatiemment l'arrivée de Hadj Cissé.

Le jour de son arrivée, j'étais comparable a ̀quelqu'un qui attendait le
retour de son amoureux. Je tenais a ̀ce qu'il me trouve belle et
séduisante. Je souhaitais de tout mon cœur qu'il me déclare enfin son amour.
Je suis allée l'accueillir a ̀l'aéroport avec mon per̀e et mon fils. Lorsque
je l'ai vu sortir du hall, mon cœur s'est mis à battre très fort. Il était très
content de voir son petit-fils. Pendant tout le trajet, il ne faisait que parler
avec lui. Moi, je n'arrivais même pas à placer un seul mot. J'étais folle
d'amour pour lui. Àla maison, ma belle-mère avait tout organise ́pour le

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Amour (presque) impossible

dîner. Hadj Cisse ́a préféré s'installer a ̀l'hôtel. Deux jours apres̀ son
arrivée, mon beau-per̀e n'avait toujours rien dit d'important a ̀mon sujet.
J'ai donc décidé de faire le premier pas. Un soir, après le dîner, j'ai
accompagné Hadj Cisse ́à son hôtel. Lorsque nous sommes arriveś
devant l'hôtel, il m'a dit qu'il se faisait tard et que je devrais rentrer àla
maison. Je lui ai dit que je voulais lui parler. Nous nous sommes donc
installés dans sa chambre. Visiblement, Hadj Cisse ́était tres̀ embet̂é
d'être seul en face de moi. Je crois qu'il devinait aisément mes pensées.
J'avais du mal àplacer les mots. Mes larmes ont commencéà couler.
Hadj Cissé est venu se mettre à genoux devant moi. Il m'a relevé la tet̂e,
m'a fait un baiser sur le front avant d'essuyer mes larmes. Je voulais qu'il
m'embrasse pour que je ne sois pas obligée de parler, mais il est retourné
s'asseoir. Entre deux sanglots, je lui ai dit que je l'aimais et que j'en
souffrais terriblement depuis toujours. Hadj Cisse ́est reste ́près de cinq
minutes sans rien dire. La pièce et́ait calme. J'étais gênée. Puis, il est
venu vers moi, m'a prise par la main et m'a dit qu'il voulait que je lui
pardonne tout ce qu'il m'avait fait subir pendant toutes ces années. Hadj
Cissém'a avouéqu'il ressentait aussi quelque chose pour moi, mais que
c'et́ait difficile d'envisager quoi que ce soit avec moi. Vu que j'avais et́é
l'épouse de son fils. En plus, il y avait la différence d'âge. Moi je n'avais
rien àcirer de l'âge. Pour moi, l'amour seul suffisait. Hadj Cisséavait 56
ans et moi 22 ans. Pres̀ de 34 ans de différence d'âge. Il trouvait que ce
serait scandaleux qu'il épouse l'ex femme de son fils. Il et́ait trop aimé
pour décevoir sa communaute ́de la sorte. Il est revenu se mettre à
genoux devant moi, m'a embrassée sur la bouche et il m'a dit qu'une
histoire d'amour entre lui et moi n'et́ait pas possible. Personne ne
comprendrait. Et comme il et́ait Imam, vu son statut, jamais il n'oserait coucher
avec moi sans que nous ne soyons mariés auparavant. Mariée ou pas, je
voulais faire l'amour avec Hadj Cissé. Mais il n'a rien voulu savoir car il
était trop pieux. J'et́ais prête a ̀affronter tout le monde. J'ai moi aussi
étudie ́le Coran et nulle part, je n'ai vu qu'on ne pouvait épouser son
ex belle-fille. Je le veux pour la vie car lui seul peut me rendre heureuse.

Hadj Cisse ́est retourné au Sénégal après 3 jours passe ́en Côte d’Ivoire
alors qu'il avait prévu passer une semaine ici. Il est parti en me laissant
avec mon amour impossible (?). J'ai penséqu'il changerait d'avis, mais il
a et́e ́ferme. Il m'a conseille ́d'épouser Fall, l'ami de mon père, mais
j'heśite. Hadj Cissé revient bientot̂ pour voir son petit-fils. Je n'ai pas
encore renoncéàmon amour pour lui. Je l’attend de pied ferme.
Adja Dieng

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