Les loups d Hallasta
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Les loups d'Hallasta

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Description

Bit-lit - 366 pages


Jess est une jeune femme solitaire. Orpheline depuis l’âge de dix ans, elle s’est rapprochée de sa cousine Judith, l’une des rares personnes à connaître son don secret de clairvoyance... Cette faculté lui permet de réussir avec brio son métier d’enquêtrice, bien moins à maintenir une vie sentimentale stable. Malgré cette capacité, elle garde un esprit très cartésien et ne croit absolument pas au surnaturel.


Pourtant, son monde bascule le jour où elle se réveille dans une étrange forêt, auprès de sa cousine, au lendemain d’une soirée bien arrosée. D’apparences ordinaires, ces bois se révèlent très vite dangereux, hantés par d’inquiétantes créatures.


Kelyan, jeune lycan égoïste et arrogant, ne supporte pas l’autorité de son grand-père Melvin, chef de leur meute. Chaque année, ce dernier organise une battue où les proies ne sont autres que métamorphes et humains. Malgré son tempérament de feu et le peu d’estime qu’il a envers les espèces qu’il juge inférieures, la cruauté dont fait preuve son peuple l’écœure profondément.



Propulsées au cœur de cette chasse sanguinaire, Jess et Judith ne pourront survivre que grâce à la protection de Kelyan qui va tout risquer pour elles, de sa place au sein de la meute à sa propre vie.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 19
EAN13 9782379612831
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les loups d’Hallasta – 1 - Les contrées de Varulvar


MANON HALEY
MANON HALEY

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-281-7
Illustration de couverture : Nicolas Jamonneau
Première Partie
Un Nouveau Monde
CHAPITRE 1
Jess


La journée démarre très mal. J’ai renversé mon café sur ma nouvelle veste en cuir que j’ai payé une fortune et ma voiture vient de rendre l’âme. Je grogne comme un ours lorsque je rentre dans le pick-up de mon coéquipier qui ne fait aucun commentaire, trop habitué à ma mauvaise humeur matinale.
— Pourquoi sommes-nous appelés, aujourd’hui ? le questionné-je, d’un air renfrogné.
— Ils ont retrouvé un cadavre dans la Seine, une balle entre les deux omoplates. Je n’ai pas plus de détails.
— Charmant. Quel courage de tuer sa victime par derrière !
Mon collègue me regarde du coin de l’œil. Il a compris que je n’ai pas la forme ce matin. Nico sent toujours quand j’ai un problème. Je ne supporte pas qu’il arrive à lire si facilement en moi. Heureusement, il est une des rares personnes à en être capable. Depuis le décès de mes parents à l’âge de dix ans, j’ai érigé des barricades autour de mon cœur que je n’abats presque jamais. Je ne dis pas que j’ai eu une enfance malheureuse, loin de là. Mon oncle et ma tante m’ont recueillie après l’accident et se sont très bien occupés de moi. Cependant, je n’aime pas dépendre des autres. Je ne veux plus jamais souffrir comme lors du décès de mes parents. Je suis devenue par conséquent quelqu’un de très solitaire et cela me convient parfaitement. Je m’entends très bien avec ma cousine Judith qui a un an de plus que moi et qui est la seule personne au monde à connaître mes secrets les plus sombres. Nous avons fait les quatre cents coups ensemble quand nous étions jeunes et nous continuons à nous voir régulièrement. En pensant à elle, je réalise soudainement que j’ai accepté de sortir avec elle ce soir pour prendre un verre dans Paris. À cause de ma rupture d’hier avec Dylan, j’avais complètement oublié. Je ne suis pas d’astreinte ce week-end, alors nous allons en profiter.
— Vas-y, dis-le ! m’impatienté-je en le voyant hésiter à me parler.
— Je n’ai rien dit.
Il lève ses mains en l’air en signe de réédition tout en se marrant.
— Non, mais tu le penses tellement fort que je sais que tu vas me dire : « je t’avais prévenue que ça ne marcherait pas entre vous, vous étiez trop différents ».
— Alors, vous avez encore rompu, conclut-il simplement.
— Oui, et définitivement. Il veut partir pendant deux ans en Alaska pour aller sauver les bébés phoques, maugréé-je.
— OK, et où est le problème ?
— Il a accepté la mission sans m’en parler. Il prétend que deux ans, c’est vite passé, qu’il a besoin de participer à quelque chose de concret pour avancer dans la vie. Fichu activiste ! De toute façon, ça n’aurait jamais pu fonctionner entre nous, il est… comment dire ? Trop zen et trop pacifiste pour moi. Tu avais raison, me lamenté-je.
— Je suis désolé que votre histoire se termine comme ça.
— Arrête, tu ne l’aimais pas !
— Oui, mais je vois bien que tu es blessée.
— Je m’en remettrai, soupiré-je. Honnêtement, je n’étais pas vraiment amoureuse, c’est juste qu’il était mignon, gentil et pas mauvais au lit.
— Je ne veux pas savoir, râle mon collègue, ce qui a le mérite de me faire rire.
Sous son look de bad boys, Nico a un cœur en or et ne supporte pas de voir une femme éplorée. Je ne comprends pas qu’il n’essaie pas de refaire sa vie. Pourtant, il ne manque pas de prétendantes. Toutes les femmes se retournent sur lui. Il faut dire qu’avec son mètre quatre-vingt-dix, sa carrure de catcheur et ses nombreux tatouages, il ne passe pas inaperçu. Il a un visage plutôt classique avec des cheveux châtains et des yeux couleur noisette, cependant, il a une personnalité attachante.
La mort de son épouse, il y a deux ans, lui donne constamment un sourire triste que de nombreuses femmes trouvent craquant. Pour un homme de vingt-huit ans, il a déjà subi énormément d’épreuves dans la vie, ce qui lui permet de garder un calme apparent et une sérénité que je lui envie. J’ai beau avoir presque le même âge, je suis une vraie boule de nerfs.
En réalité, Nico peut s’avérer très dangereux, surtout quand des gens qu’il aime se trouvent en danger. Nous sommes coéquipiers depuis quatre ans et j’ai pu partager avec lui différentes phases importantes de sa vie. L’homme plein de vie qu’il était à notre rencontre, toujours de bonne humeur, est devenu un homme calme et posé, ayant connu un passage à vide d’homme brisé où il buvait beaucoup. La plupart de mes connaissances ne comprennent pas pourquoi je ne lui saute pas dessus, notamment ma chère cousine. Elles ne réalisent pas que je l’ai vu traverser les pires épreuves de sa vie ce qui a créé un lien fort entre nous, bien différent de l’amour.
Nous formons une drôle d’équipe, car je suis physiquement son opposé. Je fais tout juste un mètre soixante-quinze, je suis assez fine, certes tout en muscles, cheveux blond foncé aux yeux marron et je n’ai aucun tatouage sur le corps. Néanmoins, notre duo professionnel fonctionne formidablement bien et notre chef a toujours été satisfait de nos résultats.
Je dois admettre que si nous résolvons la plupart des enquêtes qui nous sont confiées, c’est aussi grâce à ma capacité à avoir des flashs du passé et du futur lorsque je me concentre sur un objet ou une personne. Judith et Nico sont les seules personnes à être informées de mes dons de voyance. Ma mère y avait vaguement fait allusion avant sa mort, mais seulement pour me confier que ce don se transmettait de mère en fille depuis des générations. Elle n’a même pas eu le temps de m’en expliquer le fonctionnement.
— Jess, m’interrompt-il dans mes pensées.
Je n’ai même pas remarqué que nous étions arrivés et que le moteur ne tournait plus.
— Ça va aller ?
— Oui, oui. T’inquiète.
— Laurent est encore sur place.
Laurent est notre supérieur hiérarchique, il aime se déplacer en premier sur les scènes de crimes pour déterminer quelle équipe envoyer ensuite. Il a tendance à nous refiler les cas les plus difficiles, mais je ne m’en plains pas, car j’adore mon boulot.
— Bonjour, Laurent, dis-je en le saluant de la main. Qu’avons-nous ?
— Jeune fille de seize ans. Des marques de ligatures au niveau des mains et des pieds. Balle entre les deux omoplates. Le légiste devra définir s’il y a eu viol ou non.
Alors que je me penche sur le corps, des images m’assaillent. Elle, allongée sur un lit, les mains attachées à l’un des barreaux, un homme de petite taille lui enlève son pantalon, puis plus rien. Je n’ai pas besoin du retour du légiste pour confirmer les craintes de mon chef. Espérons qu’il y ait des traces de sperme et que notre homme soit enregistré dans notre base de données ! Pauvre fille. Personne ne mérite de mourir à cet âge et de cette façon.
— Je vous laisse poursuivre l’enquête. Nous ferons un point demain à mon bureau.
— Très bien. À demain, lancé-je en comprenant alors que mon week-end de repos vient de tomber à l’eau.
— Bon courage. C’est moche. Elle était si jeune et avait la vie devant elle.
Je ne suis pas toujours d’accord avec ses ordres, cependant, c’est l’un des rares gradés à manifester de l’empathie pour les victimes et les familles. Il prend toujours du temps pour recevoir les proches et leur expliquer délicatement les circonstances.
— Je peux déjà te confirmer qu’elle a bel et bien été violée, annoncé-je à mon collègue.
— C’était, hélas, assez prévisible, me répond Nico en regardant Laurent monter en voiture. Tu as vu autre chose ?
— Son agresseur est un homme assez petit et pas très corpulent.
— Rien d’autre ?
— Non, pas pour le moment. Une chose, si ! Elle était enfermée dans une chambre disposant d’un lit en fer forgé.
— Cela ne nous avance pas à grand-chose.
— Non, en effet, soupiré-je.
Je m’approche de la personne de la scientifique responsable de la scène de crime.
— Salut, Matthew. As-tu des informations pour nous ?
— Salut, Jessica. Nous avons retrouvé ses papiers. Elle se nomme Claire Rousseau. Elle habite dans le 16e arrondissement. Elle est morte suite à une balle reçue entre les deux omoplates. Au vu de l’état du corps, je peux t’affirmer qu’elle est décédée il y a moins de douze heures. C’est tout ce que je peux te dire pour le moment.
— Les beaux quartiers. Qui a bien pu vouloir faire une chose pareille à une gamine de cet âge ?
— Ça, c’est à toi de le découvrir.
— Nous allons devoir annoncer la nouvelle aux parents, nous interrompt Nico.
— C’est Laurent habituellement qui s’en charge, protesté-je.
— Il vient de m’envoyer un message. Il est en réunion avec le député de la Tullière.
— Encore cet enfoiré, pesté-je.
Nico sourit devant ma colère. En effet, depuis que ce type m’a reluqué les fesses et m’a fait des avances à un gala de charité alors que sa femme était à moins de cinq mètres de nous, je ne peux pas le voir en peinture. C’est un coureur de jupons bien connu. Faire une telle chose alors que son épouse est à proximité, je trouve ça tout bonnement répugnant.
Mon cœur bat à cent à l’heure tandis que nous grimpons les marches de l’immeuble des Rousseau. Je vais avoir besoin de nombreux verres ce soir pour oublier cette journée. Je frappe doucement à la porte dans l’espoir qu’ils sont tous déjà partis travailler. J’avoue que sur ce coup, je suis très lâche, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Malheureusement pour moi, une femme d’un certain âge, à l’air hautain, nous ouvre.
— Bonjour. Que puis-je pour vous ? nous questionne-t-elle en ayant beaucoup de peine à détacher son regard des innombrables tatouages parcourant le cou de mon collègue.
— Inspecteur Dérin et Largeot.
— Dans quel pétrin s’est encore fourrée Claire ? s’énerve-t-elle. J’ai beau dire à mon mari que nous devrions la mettre en pension, il fait la sourde oreille et se comporte comme si tout allait bien.
Je la stoppe net dans son élan de dénigrement de sa propre fille, alors que nous ne lui avons encore rien annoncé.
— Madame, est-ce que votre mari est là ?
— Oui.
— Nous aurions besoin de vous parler à tous les deux.
— Très bien, je vous en prie, bafouille-t-elle, désormais gênée, en ouvrant la porte en grand pour nous laisser passer.
Elle nous fait signe de nous asseoir sur l’un de leurs grands canapés en cuir blanc immaculé et part à la recherche de son époux. J’examine la beauté de leur logement, ancien parquet parfaitement entretenu, magnifique moulure, belle hauteur sous plafond, meubles de luxe, la classe, je dois le reconnaître. Leur arrivée au bout de quelques secondes me fait sortir de ma contemplation et me ramène durement à la réalité.
— Il y a un problème avec Claire ? demande à son tour son mari visiblement plus inquiet que sa femme.
Bizarrement, les deux paires d’yeux me fixent avec insistance. Pourquoi les gens se tournent-ils toujours vers moi quand ils s’attendent à une mauvaise nouvelle. Je ne suis pas l’ange de la mort, bon sang !
Nico se gratte la gorge pour prendre la parole. Il sait très bien que je n’arrive pas à faire ce genre d’annonce à cause du décès de mes parents. Je ne sais pas pourquoi, c’est trop douloureux.
— Nous sommes sincèrement désolés, mais nous avons retrouvé le corps de Claire ce matin. Elle est décédée.
Les deux nous regardent avec étonnement, néanmoins, ils ne font aucun commentaire. Mon cœur s’arrête net dans l’attente d’une réaction de leur part qui ne vient pas. Ils nous fixent sans un mot. Leur comportement est flippant. La mère de Claire se met à respirer fortement et devient brusquement pâle comme un linge. Son mari, quant à lui, sort d’un coup de sa torpeur et se tourne vers sa femme comme s’il prenait conscience qu’elle est à ses côtés. Il tente de la rassurer, en vain. Elle commence à hyperventiler. Nous ouvrons les fenêtres pour lui faire de l’air et l’allongeons sur le canapé. La crise ne fait qu’empirer. Nous décidons d’appeler les secours avant qu’elle ne fasse un malaise. J’attendais une réaction de leur part, je suis servie.
Les pompiers arrivent en quelques minutes. Quand ils comprennent la situation, ils lui injectent un calmant pour l’aider à se détendre. Ils nous expliquent qu’elle n’a pas supporté le choc et qu’elle a fait une crise d’angoisse. Ils nous suggèrent de repasser le lendemain pour les interroger. Le problème est que plus nous attendons, moins nous avons de chance de résoudre cette affaire rapidement.
CHAPITRE 2
Kelyan


Quelqu’un tambourine violemment à ma porte, me faisant pousser un grondement féroce. Je ne supporte pas que mon sommeil puisse être troublé de la sorte alors que nous avons couru une bonne partie de la nuit. Le soleil n’est pas encore levé et je me demande qui a l’audace de venir me déranger ainsi. Je ne tarde pas à le savoir, car cette personne entre sans attendre de réponse de ma part. Elle ouvre en grand les rideaux, me faisant prendre conscience qu’il n’est peut-être pas aussi tôt que je le pensais.
— Tu es fou de dormir à cette heure-ci, me réprimande mon cher cousin Mayron. grand-père nous attend dans quinze minutes dans la salle de réception.
— Je n’ai pas envie de m’y rendre. Je ne comprends pas qu’il m’oblige encore à participer à cette satanée battue.
— Chaque année, tu t’en plains, et chaque année, tu y participes quand même.
— Je vais avoir quarante ans, bon sang ! De quel droit m’impose-t-il encore ses choix ? grogné-je.
— Peut-être parce qu’il est le chef de notre meute et le plus respecté de tous les territoires.
— Tu parles de respect, c’est juste qu’il est craint de tous.
— Tu marques un point. Écoute, ajoute-t-il doucement, nous pensons tous les deux la même chose de grand-père, mais ce n’est pas aujourd’hui que nous allons refaire le monde. Tu n’as pas encore envie de recevoir une raclée monumentale devant sa garde personnelle, je suppose.
— Quand je pense que c’est mon frère qui va reprendre les rênes après grand-père, il est encore pire que lui, me lamenté-je.
— Élias est arrogant et extrêmement dangereux, mais tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même s’il reprend le flambeau. Si tu arrêtais de cacher ta dominance à la famille, tu serais celui à qui revient le rôle de chef.
— Nous en avons déjà discuté. Il est le fils aîné et, si je montre que je suis bien plus fort que lui ou que grand-père, je n’aurai que des problèmes. Je ne veux pas de ce rôle de toute façon, j’aime trop ma liberté.
— Tu veux surtout continuer à te balader incognito sur tous les territoires et prendre toutes les femelles qui s’offrent à toi.
— Mon cher Mayron, je n’y suis pour rien si elles me trouvent toutes irrésistible.
Je le vois qui lève les yeux au ciel devant mon manque de modestie, ce qui m’amuse énormément.
— Sache qu’être chef ne m’aurait absolument pas empêché de continuer de sauter sur tout ce qui bouge, affirmé-je, sûr de moi.
— Toi, le jour où tu vas te lier à une femme, je vais bien me marrer.
— Ce n’est pas près de m’arriver malgré l’insistance de mes parents. Je n’ai aucune envie d’être l’homme d’une seule femme.
— Tu as de la chance, ce n’est pas d’actualité aujourd’hui. Lève-toi et va prendre une douche ! Tu pues le chien mouillé à plein nez.
Chaque année, c’est la même rengaine. Je me dispute avec les membres de la meute personnelle de Melvin, mon grand-père, qui m’impose la participation à cette foutue battue. Depuis des décennies, il enlève des humains et des métamorphes qu’il parque dans une arène comme de vulgaires animaux. Il choisit une poignée d’heureux participants, que j’exècre au plus haut point, pour aller les traquer durant plusieurs jours. La mascarade se termine quand il n’y a plus aucun survivant du côté des victimes.
Ils ne comprennent pas que je ne retire aucun plaisir ni aucune gloire à traquer le peu d’humains arrivant sur nos terres ou des métamorphes soi-disant dangereux. Je laisse volontiers ma place à ceux pour qui il s’agit d’un honneur. Cette réunion de préparation est totalement ridicule. Mon grand-père va encore vanter les mérites de nos prochaines proies qu’il a réussi à obtenir grâce à sa main mise sur la majeure partie des territoires d’Hallasta. Les victimes préférées de Melvin sont les êtres humains. Pour lui, l’odeur de leur peur est la plus alléchante qui existe, seulement, ils se font de plus en plus rares.
Les portails qui nous les ramenaient tendent à disparaître. Nous pensons qu’ils s’amenuisent, car leurs créateurs ont déserté notre monde depuis de trop nombreuses années. Je n’ai jamais vraiment écouté les récits de ma grand-mère, Elsy, sur ce sujet. Je n’aime pas particulièrement l’Histoire et trouve les humains insipides et beaucoup trop fragiles. Les portails ont tendance avec les années à nous ramener des chasseurs et ceux-là, par contre, c’est un bonheur de les massacrer. Certains métamorphes ainsi que certains lycanthropes, selon Elsy, vivent encore dans le monde des hommes. Pour parer à toute menace, des groupes d’humains se sont rassemblés et se sont formés pour chasser et tuer tout représentant de nos espèces. Certains nous haïssent profondément et essaient d’atteindre notre monde pour nous éradiquer, seulement ils ne savent pas dans quoi ils s’embarquent. Ils ne reviennent jamais chez eux. Certaines choses m’échappent. Notamment, la façon dont ils ont pu entendre parler de ces fameux portails et comment ils les trouvent. Leurs apparitions se faisant de plus en plus exceptionnelles, je n’ai pas cherché à en savoir plus.
Contrairement aux participants, mon objectif n’est pas de pourchasser et de massacrer tous les humains comme des bêtes sauvages. Le plus répugnant de cette histoire est qu’ils finissent par les manger. Sous le règne de Melvin, les lycanthropes ont eu tendance à laisser un peu trop leur part animale dicter leurs instincts et mes congénères sont désormais pour la plupart très sauvages et violents. De plus, ils en sont très fiers.
Ma grand-mère m’a souvent répété que la situation n’avait pas toujours été ainsi dans le passé. Mon frère, Élias et ma sœur, Aélis, mes deux aînés, sont tout particulièrement brutaux et dangereux. Ce sont de faux jumeaux de quarante-trois ans, mais ils sont faits de la même trempe. Ces deux-là auraient mieux fait de ne pas venir au monde, à mon avis. Ma petite sœur Alya est différente. Elle est très douce et tient beaucoup de ma mère, Chaya. Elle est une soumise, tout comme elle. Elle vient tout juste de fêter ses vingt-cinq ans et va devoir s’unir à Layvin le meilleur ami de mon frère, l’un des membres de la meute personnelle de mon grand-père. Je sais qu’elle est inquiète et se demande dans quel enfer elle va atterrir.
La garde de Melvin se compose de dix lycans : les jumeaux, Layvin, mon oncle, mon père et cinq autres de différents âges. J’ai toujours refusé d’en faire partie, tout comme Mayron, au grand dam de mon père et de mon grand-père pour lesquels nous sommes les vilains petits canards de la famille. Le plus dominant après mon grand-père est mon frère ; ce qui tombe bien, car il est l’aîné de tous ses petits-fils. C’est donc à lui qu’incombera la lourde tâche de prendre sa relève d’ici quelques années. Mon père n’est pas assez puissant pour prétendre à ce rôle et grand-père n’a pas d’autre fils. Sa fille, la mère de Mayron, n’aurait jamais eu le droit de prendre le statut de chef de meute même si elle était une puissante dominante.
Mon frère ne rêve que de devenir le chef suprême et, le jour où son règne arrivera, j’espère que les métamorphes, quelle que soit l’espèce, s’opposeront enfin à lui. J’en côtoie au quotidien, que ce soit des panthères, des jaguars, des ours, etc., et, pour ma part, les considère comme nos égaux. Contrairement à nous, ils ne sont pas dotés d’aura de dominance ou de soumission. Malgré tout, et bien qu’ils soient de redoutables combattants, ils restent sensibles à nos auras de trop forte dominance et peuvent être arrêtés brutalement lors d’un combat contre un loup, forcés de se soumettre mentalement.
Il est très difficile d’y résister notamment quand il s’agit de celle de Melvin. Le problème est que mon frère est très puissant lui aussi, presque autant que moi et mon grand-père. Mon oncle arrive pratiquement à son niveau et dépasse largement mon père, Layan.
Il existe d’autres meutes de lycanthropes, seulement elles sont bien plus petites que la nôtre et, pour ce que j’en sais, bien moins fortes aussi. Elles vivent en autarcie afin de nous éviter au maximum. Pour arrêter mon grand-père ainsi que tous les puissants dominants de notre meute, les meutes de métamorphes devraient s’unir pour attaquer en force. Melvin est très craint en Hallasta, cependant, il sait pertinemment qu’il n’en est pas le roi non plus et qu’il ne peut pas faire n’importe quoi. Il fait tout ce qu’il faut pour inspirer la terreur, sans aller trop loin pour ne pas déclencher une guerre.
J’entre dans la pièce en parcourant l’assemblée des yeux et rejoins Mayron dans le fond de la grande salle. Pour le moment, seuls les proches de mon grand-père sont présents pour cette réunion. D’ici quelques jours, les cinq mille membres de la meute seront conviés à un bal d’intronisation pour marquer le début de la battue.
— Merci, d’être tous venus ! s’exclame haut et fort Melvin pour se faire entendre de tous. J’ai un énorme souci concernant notre grand événement prévu dans trois jours. Il me manque des proies de choix. Je ne dispose que de douze métamorphes et de seulement trois humains. Il me faut encore cinq mets et je préférerais clairement des humains. Les métamorphes sont certes plus coriaces à débusquer et à tuer, mais leur goût et leur odeur ne sont pas comparables à ceux des humains.
J’exècre quand il utilise ce genre de termes. Je ne comprends même pas qu’il puisse les dévorer. Notre nature n’est pas plus faite pour manger de simples humains que d’autres espèces de métamorphes, seulement, mon grand-père raffole de leur chair fraîche et douce, selon ses termes. Nous ne manquons pas d’animaux sur nos terres, alors je trouve son comportement encore plus intolérable. Même si beaucoup sont désormais guidés par leur instinct animal, nous gardons au fond de nous une part d’humanité qui devrait nous empêcher de manger toutes autres espèces apparentées à l’homme.
— J’ai besoin d’une équipe pour partir dans les villages voisins. Ils ont peut-être recueilli de nouveaux humains ou alors nous pouvons essayer d’acheter les leurs.
— Il devient de plus en plus difficile d’en trouver, remarque mon oncle.
— En effet, les portails s’amenuisent. La magie qui nous lie au monde des humains tend à disparaître. Je pense qu’il est possible d’ouvrir nous-même un portail et je planche sur le sujet, ne vous inquiétez pas.
— Je me charge de cette tâche avec Layvin, se propose mon frère, fier de lui.
— Très bien. Je t’en remercie, fiston. J’aimerais revenir sur les règles de cette chasse. Habituellement, nous ne laissons qu’une heure ou deux à nos chers amis pour qu’ils prennent de l’avance. Cette année, nous leur laisserons douze heures et de quoi se défendre un peu. Ils disposeront d’un sac de survie avec à manger, à boire et un couteau. Comme vous le savez, la zone est presque entièrement clôturée. Nous aurons un champ d’action de cinquante hectares et trois jours pour agir. Cette année sera une année formidable. Vous verrez, nous allons passer des moments inoubliables.
Des cris de joie résonnent dans l’immense salle se répercutant en tous sens. Les seuls qui ne participent pas à l’euphorie générale sont Mayron et moi-même. Les proies vont être abattues comme des animaux. Ils m’écœurent tous et me font honte de faire partie de cette meute, mais surtout de cette lignée d’êtres sanguinaires qui n’ont plus aucun sens moral, plus une once d’humanité.
— Nous allons commencer les préparatifs du bal dès aujourd’hui. La salle doit être à la hauteur de l’événement. Vous connaissez tous vos tâches, il est temps pour chacun de s’y mettre, remarque-t-il en clôturant ainsi la réunion.
Avant que j’aie le temps de tourner les talons, Melvin m’interpelle, à mon grand désarroi.
— Kelyan, j’aimerais te parler.
— Oui, grand-père.
— Suis-moi.
Je n’aime pas quand il se comporte de la sorte. Une mauvaise nouvelle va me tomber sur le coin du nez, je le sens. Nous traversons les nombreux couloirs sans parler. Ce silence est oppressant et je sais qu’il en joue. Nous vivons dans un château qui pourrait accueillir une vingtaine de familles tellement il est immense. Je vis ici avec mes parents, mes frères et sœurs, mon oncle et son fils qui n’est autre que mon meilleur ami et cousin Mayron, mon grand-père, ainsi que la famille de Layvin, dont le père a été recueilli par Melvin à la mort de ses parents.
Nous vivons tous ensemble. Le château a été rénové pour former de jolis petits appartements. Seuls mes parents disposent d’un vrai quatre pièces dans l’une des plus grandes ailes de cette bâtisse. Ma grand-mère, Elsy, je ne sais pour quelle raison, a préféré partir vivre dans un cottage dans le fond de notre domaine. Je passe la voir régulièrement, car cette femme très intelligente est d’une grande bonté. Elle est, cependant, un peu extravagante et pleine de mystères. Elle ne nous a jamais expliqué les raisons de son soudain départ, il y a de nombreuses années, pour vivre en solitaire. Mon père a bien essayé de questionner mon grand-père qui a refusé catégoriquement d’en parler et quand Melvin donne un ordre, personne ne s’y oppose, pas même son propre fils. Il nous a juste dit que c’était une vieille folle.
CHAPITRE 3
Jess
 
 
Je suis soulagée de rentrer enfin chez moi après une telle journée. Nico a gentiment fait un détour pour me déposer alors qu’il avait un rendez-vous urgent. Je vais devoir trouver un peu de temps pour confier ma voiture au garagiste durant le week-end, car je ne peux pas dépendre de lui trop longtemps. Nous vivons tous les deux dans deux petites villes limitrophes de l’Ouest parisien. Je n’ai, hélas, pas les moyens de loger dans Paris même, à moins d’accepter d’habiter dans un petit studio de neuf mètres carrés ou de faire de la collocation. Certes, mon appartement n’est pas très grand, néanmoins, je dispose d’une chambre séparée et d’une grande salle de bains. Je vis dans une résidence toute récente, ce qui me permet d’avoir un logement bien agencé et bien équipé. Je suis la première locataire, il est donc impeccable.
Je jette avec colère mes boots dans l’entrée. Nous n’avons rien de rien, pas un début de piste pour le moment ! Après avoir annoncé la nouvelle du décès de la jeune Claire à sa famille, nous avons passé notre temps à interroger ses amis. À ma grande déception, leurs témoignages n’ont pas été des plus fructueux et n’ont rien révélé d’intéressant pour l’enquête. Ils prétendent tous que c’était une jeune fille gentille et intelligente qui a fait quelques bêtises au lycée, mais rien de bien méchant. Sa meilleure amie était effondrée. Elle a passé la soirée avec elle, la veille au soir, dans un bar, avant qu’elles ne rentrent chacune chez elle vers vingt-deux heures. Cette information a permis de confirmer les affirmations du légiste sur l’heure du décès.
Demain, nous retournerons chez ses parents pour essayer d’en apprendre davantage. Sa mère a insinué qu’elle leur causait bien des soucis, ce qui est en contradiction avec les témoignages de ses amis. Je suis curieuse de savoir à quoi elle faisait allusion. Je suis d’autant plus frustrée que je n’ai eu aucun autre flash. J’espère que toucher les objets de sa chambre m’aidera un peu. Enfin, pour le moment, je sors et je ne veux plus y penser !
Je file directement dans mon dressing me choisir une tenue agréable pour la soirée. Je sais déjà que Judith va venir en robe malgré la saison qui se rafraîchit fortement. La connaissant, elle va vouloir aller danser ensuite. Je prends un pantalon noir slim avec un débardeur blanc, recouvert de filaments dorés sur le côté droit, un gilet noir et ma veste en cuir. Cette tenue convient à tout type de sortie. Je prendrai mes bottes à talon, celles de couleur marron, pour parfaire ma tenue. Je me glisse avec grand plaisir sous la douche chaude.
Soudain, je suis prise d’un vertige et me retiens de justesse à la barre installée dans la baignoire. Des images d’énormes loups prennent place dans mon champ de vision, deux yeux gris perlés de petites tâches vertes m’observent. Ils sont magnifiques et me frappent droit au cœur. Puis tout disparaît.
Je suis troublée par ce qu’il vient de se produire. Il est impossible qu’il s’agisse d’un flash tellement cela paraissait irréel. Je n’ai jamais vu un tel regard et les loups semblaient bien trop gros pour être vrais. Ces images n’ont ni queue ni tête. Un frisson me parcourt le corps, sans que j’en comprenne la raison. Je me demande pourquoi je suis aussi perturbée. Je me remémore sans arrêt ce regard. Je suis encore toute chamboulée quand je sors de la salle de bains, enroulée dans ma serviette.
 
Le bar est bondé, je peine à rejoindre Judith à sa table. Elle a invité plusieurs de ses anciennes amies de faculté qu’elle côtoie encore beaucoup. Pour la plupart, je les trouve assez sympathiques, même si je préfère ne pas les voir trop souvent. Je ne suis pas une grande amatrice des sorties entre filles. J’avoue que ce soir, j’aurais préféré rester seule avec ma cousine afin d’oublier cette journée. Au moins, je vais pouvoir boire pour penser à autre chose. Le week-end s’annonce compliqué, j’ai besoin d’une forte motivation. Rien de mieux que de la bière et de la téquila pour le débuter.
Je pousse tout le monde pour me frayer un passage et finis par atteindre le fond de la salle.
— Salut, Jess ! me lance Judith avec un large sourire. Je suis contente qu’on se voie enfin. Je crois bien que ça fait plus d’un mois que nous ne sommes pas sorties ensemble.
— Oui, ça fait un bail, mais je n’ai pas arrêté avec le boulot ces derniers temps, me justifié-je maladroitement en faisant la bise à ses trois amies, Lisa, Anaïs et Louise.
— À mon avis, c’est plutôt le beau Dylan qui accapare tout ton temps, me taquine-t-elle gentiment.
— Un peu, peut-être. De toute façon, ce n’est plus d’actualité.
— Oups, pardon ! Je ne savais pas.
Judith me lance un sourire triste et gêné.
— C’est tout récent. Ne t’inquiète pas, ça va aller, soupiré-je en voyant son air embarrassé.
— Que s’est-il passé ? me demande-t-elle en appelant d’un signe de la main l’une des serveuses.
— Nous n’étions pas faits l’un pour l’autre. Et puis, il part deux ans en Alaska pour son travail. Franchement, je n’ai pas trop envie d’en parler. Je suis là pour oublier cette semaine bien pourrie à tous les niveaux.
— Tu es encore sur une enquête difficile ?
— Oui, une fille de seize ans s’est fait assassiner et a été jetée ensuite dans la Seine.
— Oh, mon Dieu ! s’exclame Anaïs, horrifiée.
— Tu travailles toujours avec ton irrésistible collègue ? me questionne Louise.
— Il est vraiment canon et tellement viril, s’extasie Judith, le sourire aux lèvres.
— Si tu le trouves si mignon pourquoi ne l’invites-tu pas à sortir ?
— Il ne t’intéresse vraiment pas ? s’étonne-t-elle sincèrement.
— Non, je te l’ai déjà dit. La place est libre, ma chérie.
— Le problème, c’est que la dernière fois que je suis sortie avec vous, il m’a à peine regardée. Il ne faisait que discuter avec toi et tes autres collègues.
— Il est assez sauvage depuis le décès de sa femme, alors, bon courage.
— Quel gâchis, se lamente-t-elle.
...

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