Toi. Moi. Et les étoiles T4
171 pages
Français

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Description


Elle s'est enfuie. Il ne pensait jamais la retrouver.



Elle a bravé la tempête.


Il pensait avoir échappé à la sienne.


Aujourd’hui, les rôles s’inversent.


Ethan et Livie, ensemble, se lancent dans une nouvelle quête du passé.


Mais sera-t-il prêt à l’accepter ?


••••••


Si vous aimez les grandes histoires d’amour, le suspense et les tabous, cette lecture est pour vous !


"Mon plus gros coup de cœur de livre de romance! "


"Nelly écrit avec une telle sensibilité, qu'on en ressort transformé!"


"Une série bouleversante, mes mains en tremblent encore!"


Craquez pour une romance intense et laissez-vous emporter par un tsunami d’émotions fortes


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 36
EAN13 9782955987568
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


"Nelly écrit avec une telle sensibilité, qu'on en ressort transformé!"


"Une série bouleversante, mes mains en tremblent encore!"


Craquez pour une romance intense et laissez-vous emporter par un tsunami d’émotions fortes


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Nelly Weaver
 
 
 
 
 
 
 
Toi. Moi.
Et les étoiles
Tome 4
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
© Nelly Weaver, 2020. Tous droits réservés.  
L’œuvre présente sur le fichier que vous venez d’acquérir est protégée par le droit d’auteur. Toute copie ou utilisation autre que personnelle constituera une contrefaçon et sera susceptible d’entraîner des poursuites civiles et pénales.
 
Ce livre est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnages ou des lieux réels serait utilisée de façon fictive. Les autres noms, personnages, lieux et événements sont issus de l’imagination de l’auteur, et toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé serait totalement fortuite.
 
Site de l’auteur : www.nellyweaver.fr
 
contact@nellyweaver.fr
 
ISBN : 9782955987568
Quand tu aimes quelqu’un, tu le prends en entier, avec toutes ses attaches, toutes ses obligations. Tu prends son histoire, son passé et son présent. Tu prends tout, ou rien du tout.
R.J Ellory
Anima-Wajdi Mouawad
Prologue
Livie
 
 
 
 
Le service vient de se terminer. Je devrais être pressée de rentrer. Je devrais me réjouir de retrouver Ethan. Mais ce n’est pas le cas. Nous nous sommes tellement éloignés l’un de l’autre depuis qu’il sait. Depuis qu’il sait tout.
Il n’y a pas que la mort de Will qui plane comme une ombre entre nous. Non. En lui faisant lire mon journal, je lui révélais le vrai moi. La fille que je cachais.
 
Celle qui me fait peur.
 
Celle qui a agressé Amy dans les vestiaires.
 
Celle qui dort en moi attendant patiemment le moment pour surgir.
 
Il a pu saisir chacune de mes pensées, chacun de mes mots qui retraçaient tout ce que nous avions vécu depuis que la psy de l’hôpital m’avait suggéré de poser sur papier ce que je me refusais d’énoncer à voix haute. C’était un pari risqué de tout lui dévoiler. Il a pu ainsi se rendre compte de l’étendue de mes mensonges, mais j’espérais au fond de moi que cela lui prouverait une fois pour toutes que j’avais pris la plus grande décision de ma vie. Je ne ferai plus marche arrière et il avait le droit de tout savoir.
Mais l’espoir que nos sentiments soient assez forts s’amenuit de jour en jour. Et la nuit dernière, pour ne rien arranger, il m’a surprise. Je ne sais pas ce qui m’a poussée à consulter le site internet de l’agence de mon père. Je ne peux pas l’expliquer, car je ne le sais pas moi-même.
 
Je range mes affaires dans mon vestiaire tandis que j’entends Hayley discuter avec Cédric derrière moi, mais je ne prête pas attention à ce qu’ils disent. Mes pensées sont trop noircies par le trou dans mon cœur. Celui qu’Ethan a laissé, mais que j’ai moi-même provoqué.
Je referme mon casier et prends la direction de la sortie.
— Tu n’as pas l’air dans ton assiette, ça va avec Ethan ? me demande Cédric.
Hayley me jette un coup d’œil. Elle espère toujours que j’arriverais à persuader Ethan de lui parler, mais aujourd’hui, ce n’est pas vraiment ma priorité. Je hausse les épaules en lui répondant :
— Ça va.
S’il y a bien une personne avec qui je n’ai pas envie de discuter de mon couple, c’est Cédric. Bien qu’il ait fini par accepter qu’il ne se passera rien entre nous, je me vois mal lui en parler. De toute façon, je ne peux rien dire, à personne. Comment pourrais-je présenter les choses ?
 
— En fait, on est en froid depuis que je lui ai avoué avoir participé à un meurtre et avoir passé pratiquement toute notre relation à lui mentir, mais j’espère bien qu’il va me pardonner.
 
Ridicule.
 
Je suis ridicule d’espérer.
 
Je devrais peut-être me résoudre et lui rendre sa liberté. Le laisser partir. Peut-être qu’au fond, il sait que tout est fini, mais qu’il se sent redevable envers moi. Pour le bébé. Pour cette culpabilité qui le ronge, la même qu’il partage avec mon frère.
Fred nous salue d’un air bougon. Il n’est déjà pas très souriant d’habitude, mais en ce moment, c’est encore pire. Il peut même être particulièrement exécrable. Heureusement pour nous, dans ces cas-là, il passe le plus clair de son temps dans son bureau, nous évitant ses piques cinglantes pour un badge de travers ou tout autre détail insignifiant. Nous rejoignons le parking et Hayley s’éloigne au moment où Cédric se tourne vers moi :
— Écoute, je sais que ça doit te paraitre bizarre après… ce qui s’est passé entre nous, mais…
— Il ne s’est rien passé, je m’empresse de lui répondre.
Il sourit, émet un rire et lâche :
— Merci pour le rappel…
Je me mords la joue en me rendant compte combien j’ai pu le blesser. Après tout, pendant un instant, je ne l’ai pas repoussé et sa présence me faisait du bien alors qu’Ethan était à Cover- Road.
— Excuse-moi , Cédric. Je ne suis pas très douée dans ce genre de situation.
Il hoche la tête et reprend :
— Bref, je voulais simplement te dire que j’avais compris, je ne tenterai plus rien, mais si tu as envie de parler… on est toujours amis, non ?
Je souris.
— Bien sûr, mais tout va bien, ne t’inquiète pas.
Je n’attends pas sa réponse et m’éloigne.
 
J’ignore mon cœur blessé.
 
J’ignore la douleur qui me donne envie de hurler.
 
J’ignore ces sensations réveillant le besoin de tout plaquer.
 
Je me mets au volant et prends la direction de chez nous. Chez lui. Je ne sais plus vraiment. Je n’aurais peut-être pas du réemménager avec Ethan aussi rapidement. Je n’ai toujours pas rendu mon appartement, je crois qu’au fond de moi, je savais que j’avais besoin d’une porte de sortie, juste au cas où.
Je m’arrête à un feu rouge alors que les larmes montent en écoutant la radio. Il s’agit d’un titre de Ed Sheeran. Une chanson qui me parle beaucoup trop. Un amour né pendant l’enfance… Perfect, un titre tellement évocateur…
« J’ai trouvé une femme, plus forte que quiconque. Elle partage mes rêves, j’espère qu’un jour je partagerai sa maison. J’ai trouvé l’amour, pour supporter plus que mes secrets. Pour transmettre de l’amour, pour porter nos enfants. Nous sommes encore des enfants, mais nous nous aimons. »  
Je ferme un instant les yeux au moment du refrain, me laissant imprégner par ma propre tristesse. Quand le feu passe au vert. Je braque sur le côté, trop chamboulée pour continuer ma route.
« Bébé, je danse dans le noir en te tenant dans mes bras Pieds nus dans l’herbe, en écoutant notre chanson préférée Quand je t’ai vue dans cette robe, tu étais si belle Je ne mérite pas ça, chérie, tu es parfaite ce soir »  
Je sors de la voiture alors que cette chanson m’atteint bien plus que je ne pouvais l’imaginer.
L’idée de me retrouver dans cet appartement me comprime le cœur. L’idée de le voir s’éloigner de plus en plus me fait tellement mal. Et je me sens seule, si seule de ne pas pouvoir en parler à qui que ce soit. Je ne peux pas expliquer ce qui se passe. Seuls Greg et Ethan peuvent comprendre et il m’est impossible de verbaliser tout ce que je ressens. Alors je sais, il faut que je le fasse. Je dois lui rendre sa liberté. Pour lui, je dois le faire. Cette idée déchirante est la seule solution.
Je me relève et remonte en voiture essayant de trouver les mots pour lui expliquer. Je répète mon discours plusieurs fois dans ma tête et , au moment de me garer en bas de notre immeuble, je l’aperçois marcher dans ma direction. Il doit revenir de chez Jenny. Il m’avait prévenue qu’il passerait la voir ce soir. Ils s’entendent bien, trop bien parfois, même si j’essaie toujours de faire en sorte que cela ne m’atteigne pas.
Je sors de la voiture, les mains tremblantes me disant que c’est maintenant. Si j’attends, je n’en aur ai plus le courage. Il n’est plus qu’à quelques pas de moi quand j’ouvre la bouche pour lui expliquer que nous devons parler, mais je n’en ai pas le temps. Avant même qu’un son ne sorte, il prend mon visage entre ses mains et plaque ses lèvres contre les miennes.
La surprise de ce geste me coupe les jambes et je m’agrippe à sa veste pour ne pas tomber. Même s’il continuait à m’embrasser, même s’il me faisait l’amour, ce n’était plus mon Ethan. Et pourtant, là , à cet instant, tout mon corps s’éveille parce que je sais que c’est lui. Il est revenu. Ses mains se resserrent sur ma nuque alors que sa langue me dévore à tel point que j’ai du mal à suivre le rythme. Et puis, il écarte son visage doucement du mien avec un sourire que je n’avais pas vu depuis longtemps.
Ses pouces passent sur mes joues, mes yeux ne pouvant se détacher des siens. J’avais préparé ce que je devais lui dire et maintenant, je ne suis plus décidée. L’espoir se fraye un chemin, comme une décharge soulageant le poids dans mon cœur.
— Celui qui me séparera de toi n’est pas encore né ma puce, me dit-il.
Je ris, me disant que ce soir, c’est moi-même qui étais sur le point de le faire. Pourtant, en le voyant ainsi, je me demande si l’espoir ne serait pas permis tout compte fait. Sommes-nous en train de reculer pour mieux sauter, ou ai-je le droit d’espérer au risque de souffrir , d’autant plus ?
— J’étais sur le point de te dire quelque chose, mais après un tel baiser je ne sais plus ce que je veux, je lui avoue.
Il se met à rire en répondant :
— Ouais, j’embrasse plutôt bien, hein ?
J’éclate de rire devant son aplomb et secoue la tête.
— Je suis très sérieuse.
— Moi aussi ! réplique-t-il.
Ses iris pétillent de malice, des reflets argent scintillant au milieu de ses prunelles émeraude.
Après toutes c es années, j’ai remarqué combien ses yeux pouvaient exprimer son humeur. S’il est en colère, le vert de ses iris s’assombrit à tel point que c es taches grises disparaissent peu à peu. Quand il est d’humeur légère par contre, elles s’illuminent et je ne me lasse jamais de les voir briller. Lorsqu’il souffre, son regard vire au noir, aussi sombre que l’obscurité. C’est ce que j’ai vu le jour où il s’est énervé à propos d’Hayley. Elle fait remonter en lui des souvenirs douloureux. Mais là, tout ce que je vois, c’est de l’amour. Un amour qui pourrait bien effacer mes dernières pensées sombres.
Il prend mes mains dans les siennes et les pose sur son cœur. Ce geste qui me traduit sans même un mot que ce soir, il a pris une décision.
— On arrête de ressasser à partir d’aujourd’hui , Livie. On laisse le passé au passé, de toute façon, on ne pourra rien changer.
Pour appuyer ses paroles, une de ses mains se pose sur mon ventre. Je hoche la tête me disant que son discours est bien meilleur que celui que j’avais préparé.
 
 
Chapitre 1
Livie
 
 
 
 
— Je suis énorme ! je lance en m’asseyant à côté de mon frère.
— Mais non, répond-il, juste disproportionné e.
Je me tourne vers lui pour le fusiller du regard, mais finis par me détendre en le voyant si souriant. J’entame le sixième mois. J’ai mal partout, mon ventre va bientôt atteindre la circonférence de la Te rre et tenir tout un service commence à s’avérer difficile. Aujourd’hui, Greg est venu me rendre visite à mon travail. Il le fait de temps en temps. Ça me fait plaisir, dommage qu’Ethan ne puisse pas se joindre à lui. Ça m’aiderait à passer le temps. Avec les beaux jours qui reviennent, les gens commencent à vouloir profiter du soleil et les journées sont un peu longues.
Même si on en parle peu, je vois des changements chez mon frère. Ce n’est pas flagrant, mais je les vois. Ses sourires, ses rires sont plus naturels. Il semble moins préoccupé, mais ce n’est pas encore gagné.
Ayant terminé son service, Amy passe derrière le bar pour poser son tablier tout en me dévisageant. Je lui rends ce même regard noir avant qu’elle ne s’éloigne. C’est notre seul moyen de communication désormais. Elle n’a pas oublié notre altercation dans les vestiaires quand je l’ai menacée, ce qui me va très bien. De cette façon , elle garde ses distances. Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle. Que ce soit par rapport à la disparition de Will ou pour les drogues qu’ils me fournissaient. Si je ne me rendais pas réellement compte des conséquences à l’époque, aujourd’hui, c’est différent. Parfois pourtant, ça me manque. Me sentir libre et légère le temps d’une soirée avec un petit comprimé qui m’aiderait à oublier tout ce qui s’est passé. Mais je ne le fais pas. Pour moi, pour mon bébé et pour les gens qui m’entourent. Ça ne serait pas juste. Ils ont été là et me soutiennent jour après jour. Car même si Ethan n’était pas revenu de Cover- R oad, me laissant élever notre fils seul, j’aurais été parfaitement entourée de mon frère et de mes amis. Et pour cette raison, je me dois d’être irréprochable. Même Hayden, que je pensais incapable de pardonner à Greg, semble avoir fini par laisser tomber. Je n’en revenais pas quand je l’ai vu lui serrer la main un soir où nous avions organisé une petite soirée avec tous nos amis. Greg m’a regardée d’un drôle d’air comme s’il se demandait s’il y avait un piège et Ethan l’a charrié en prenant la main d’Hayden pour la serrer.
— Tu vois de haut en bas. C’est comme ça que les gens civilisés se disent bonjour.
Ça a fait rire tout le monde - même Greg -, mais il n’a pu s’empêcher de se venger et on a pu assister à une bagarre digne du collège. Bon, ils se battent encore, mais je crois que c’est une façon de communiquer entre eux. Et puis ça n’est jamais très violent. Plus comme le désastre du jour de mon accident en tout cas.
 
Avec Ethan, ça va beaucoup mieux. Vraiment mieux en fait. Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé, mais je crois que ça a été comme un déclic. Il m’a dit qu’il avait beaucoup réfléchi et qu’on ne pouvait pas gâcher la chance d’être tous en vie. Cela ne pouvait être plus vrai. Tout peut basculer sans prévenir et depuis, tout va très bien. Bon , à part que je ressemble à une baleine et qu’il aime bien se moquer de moi quand je me plains .
Nous avons d’ailleurs commencé à réfléchir à des prénoms, mais pour l’instant, impossible de tomber d’accord. Il va bien falloir se décider, mais nous avons encore un peu de temps pour ça.
— Tant que tu passes les portes, je ne vois pas où est le problème, dit Cédric en se joignant à la conversation, me faisant revenir à moi.
Greg pouffe de rire alors que je cherche une bonne réplique à lui balancer. Avec Cédric aussi ça va mieux. Il a compris que notre relation restera platonique et ça a permis d’alléger pas mal de tensions.
— Ne les écoute pas , ils sont jaloux, dit Hayley en s’installant à côté de moi.
— Jaloux ? je lui de mande.
— Bien sûr, répond-elle. Ils pourront baiser comme des lapins, ils ne pourront jamais tomber enceintes ! Ils sont jaloux !
Mouais, je ne suis pas sûre de sa théorie, surtout quand je vois Greg et Cédric éclater de rire.
— Ça ne m’a jamais tenté personnellement , dit Cédric.
Hayley le pointe du doigt en répondant :
— On n’insulte pas ma belle-sœur, tête de fion.
 
Charmant.
 
Même si Ethan a jusqu’ici toujours refusé de la voir, nous avons vraiment appris à nous connaitre et nous nous apprécions beaucoup. Elle garde l’espoir qu’Ethan finisse par changer d’avis et j’essaie de lui en parler de temps en temps, mais jusqu’ici ça n’a rien donné. Sitôt je prononce le prénom d’Hayley, qu’il est immédiatement pris d’une envie soudaine de s’enfuir à toutes jambes . Je crois que c’est sa façon à lui d’éviter qu’on se dispute, alors je n’insiste pas trop pour ne pas le pousser à bout, même si je trouve son attitude ridicule. Hayley ne peut pas être tenue responsable des actes de son père après tout.
— Tu sais ce qu’elle te dit la tête de fion ? réplique aussitôt Cédric.
— Non, mais je sens que je ne vais pas tarder à le savoir, le provoque Hayley.
Cédric se penche sur le bar et lui murmure quelque chose à l’oreille. Impossible d’entendre ce qu’il lui dit et je jette un coup d’œil à Greg qui a l’air tout aussi amusé que moi. Hayley se recule soudain, les joues rosies. Cédric, accoudé au bar devant elle, ne la quitte pas des yeux. Bon bah , je crois que Cédric à définitivement tourné la page et qu’il a déjà quelqu’un en vue.
— Cédric, tu… , lui dit-elle visiblement choquée.
— Je… quoi ? lui répond-il alors qu’elle semble incapable de former une phrase simple composée d’un sujet, d’un verbe et d’un complément.
Elle tente de baragouiner des mots sans aucun sens avant de définitivement laisser tomber et de descendre de son siège pour s’éclipser. Cédric la regarde s’éloigner et j’attends qu’elle ait disparu derrière la porte battante pour éclater de rire. Quoi ? C’est drôle quand même !
 
Quand enfin, je peux quitter mon travail, je repars avec Greg. Sur la route, je décide de tâter le terrain vu qu’il ne me parle jamais de ses séances. J’ai conscience que je le faisais très peu voire pas du tout avec Ethan, mais ne sait-on jamais.
— Alors… le Dr Harris, tu n’as pas encore eu envie de l’étrangler ? je lui demande, arrêtés à un feu rouge.
Il se tourne vers moi en émettant un rire avant de reporter son attention vers la route.
— Toi, si        ?
— Carrément, surtout quand il mâchouille les branches de ses lunettes, qu’est-ce qu’il peut m’énerver !
Il émet un rire, il sait parfaitement de quoi je parle et j’ajoute :
— Ou quand il fixe son bloc en faisant cliqueter son stylo… Ça , c’est carrément pénible !
Il reste silencieux une minute avant de finir par dire :
— Ça va.
 
Ok, donc je vais devoir me contenter de ça…
 
Le feu passe au vert et il ne dit plus rien. Les rues défilent tandis que je ne sais pas si je peux insister. J’ai beau connaitre mon frère mieux que personne, parfois il reste une véritable énigme.
Quand on s’arrête en bas de chez nous, il reste immobile sans faire le geste de sortir, alors je fais de même. Cela dure longtemps, très longtemps, mais je sais que s’il ne sort pas, c’est qu’il veut me dire quelque chose, mais qu’il a besoin de temps. Donc je le lui donne. Je revois encore le visage de mon frère lorsqu’il pleurait face à moi. C’est une image que je n’oublierai jamais. J’ai réalisé ce jour-là combien papa lui avait fait du mal à lui aussi , que ça soit directement ou à travers moi. Avant ce jour, je n’avais pas pris conscience de ce que mon silence avait impliqué pour Greg et Ethan. Même si je sais qu’on ne pourra rien changer, j’espère qu’un jou r, ils ne porteront plus ce fardeau qui est le mien.
— Tout va bien, c’est juste…
Il souffle, se redresse et ouvre sa portière.
— Rien, rentre chez toi, Ethan doit t’attendre.
 
Chapitre 2
Ethan
 
 
 
 
Avez-vous déjà remarqué combien certaines odeurs peuvent faire remonter des souvenirs ou des sensations ?
 
Livie , c’est la vanille. Ça a toujours été la vanille.
 
Samantha, quant à elle, c’était la cannelle. Elle aimait en mettre partout. Elle en abusait même un peu trop et j’adorais me foutre d’elle à ce sujet.
 
Une fois, nous avions fait un petit jeu avec Sam et Livie. Nous avions préparé trois tartes aux pommes chacun de notre côté et Greg et Franck avaient dû nous départager. C’était drôle et quand j’avais gagné à l’unanimité, on avait beaucoup ri. Ce jour-là, la cannelle avait tellement embaumé la maison que l’odeur avait persisté durant plusieurs jours. En tout cas, c’est ce que m’avait raconté Livie, la semaine suivante, alors que je m’efforçais d’être présent chez eux uniquement le weekend.
Aujourd’hui encore, quand je sens cette odeur, je repense à Samantha. C’est un peu bête de me dire que les meilleurs moments partagés n’é taient pour elle qu’une excuse pour m’obliger à rester. La première fois qu’elle m’avait mis à l’ouvrage, on venait de se faire remonter les bretelles avec Greg pour une blague dont Livie avait encore fait les frais. Je pense que Sam avait voulu me faire croire que c’était une punition. Moi, j’avais été subjugué par ses gestes. Par la transformation de simples ingrédients en un plat dont l’odeur avait embaumé toute la maison. Ce qui pourrait s’avérer une chose si banale, pour moi, avait été une véritable découverte.
Ma mère ne cuisinait pas. Elle se contentait d’ouvrir des boites, quand nous avions de quoi manger. Lorsqu’un jour, je suis rentré et que j’ai voulu lui montrer ce que Samantha m’avait appris, je ne devais avoir qu’une petite dizaine d’années. Je ne me souviens plus vraiment. J’avais été piqu er quelques légumes dans les différents potagers de notre petite ville. La nuit, ce n’était pas difficile et j’arrivais même parfois à récupérer des aliments encore très bien dans les poubelles. Les gens ne se rendent pas compte et se débarrassent de choses qui pouvaient nous nourrir facilement pendant plusieurs jours.
Alors je suis rentré et j’ai commencé à préparer une offrande qui, je l’espérais, aiderait à faire entrer un peu de douceur dans cette maison. Jamais je n’aurais imaginé qu’elle me le jetterait à la figure. Elle savait que j’allais souvent chez Livie et je crois qu’elle n’aimait pas ça. Elle avait très mal réagi les fois où Samantha laissait les sacs de courses sur le pas de la porte, mais j’avais espéré que si tout cela venait de moi, elle le prendrait différemment.
Elle a refusé d’y goûter et je me suis senti très mal. Je me suis allongé sur mon lit et j’ai fixé les fissures du plafond de ma chambre en me demandant pourquoi elle me détestait à ce point. Je me suis endormi et le lendemain en partant pour l’école, je me suis rendu compte que le plat préparé la veille était vide. J’ai d’abord cru qu’elle l’avait peut-être jeté à la poubelle, mais après avoir vérifié, j’ai souri. Elle avait beau avoir refusé, elle l’avait mangé. Je l’ai regardée , allong ée sur ce vieux clic-clac qui lui servait de lit , et j’ai compris ce jour-là que j’avais le droit d’espérer. Qu’un jour peut-être, elle trouverait la force de m’aimer. Alors j’ai pris l’habitude de mitonner des plats que je laissais dans notre vieux frigo, sans jamais lui proposer. Et le matin, la plupart du temps, je pouvais me rendre compte qu’elle s’était régalée.
 
Un jour, elle était tellement défoncée qu’elle s’est assise avec moi à table. Ça n’arrivait jamais, c’était une cohabitation difficile. J’avais préparé des cannellonis. Elle a souri en avalant une bouchée et m’a raconté que ma grand-mère adorait lui en faire quand elle était petite. Je me suis demandé si je rêvais ou si elle se rendait vraiment compte qu’elle s’adressait à moi. Elle ne me regardait pas, elle ne le faisait jamais, et elle a continué à manger en silence. Et puis, elle a soudain repris la parole. Elle a commencé à me parler de ses parents, qui avaient perdu la vie dans un incendie. Elle m’a parlé de son père, de sa mère qu’elle adorait et combien elle s’en voulait de les avoir ignorés lorsqu’elle était tombée enceinte. Elle m’a ensuite parlé de lui. De mon père, dont je ne savais absolument rien, me retraçant qu’elle l’avait rencontré dans son lycée et combien elle était tombée amoureuse de lui. Et puis comment il l’avait abandonnée en apprenant sa grossesse. J’ai compris ce jour-là pourquoi elle me détestait. J’ai compris combien elle regrettait son choix. Le choix de m’avoir donné la vie.
 
Alors quand je pense à elle, ce n’est pas une douce odeur qui me vient. Ce n’est que de l’amertume. Rien d’autre.
 
Aujourd’hui, je sais que mon fils ne vivra jamais ça. Il aura tout ce à quoi Livie et moi n’avons jamais eu droit. Une famille, une qui sera incapable de lui faire du mal.
 
Quand Livie ouvre enfin les yeux, je souris en reprenant un dernier cliché de ce corps magnifiquement arrondi. Des formes qui ne m’ont jamais fait autant d’effet. Elle grimace en geignant et se tourne sur le flanc en attrapant mon oreiller qu’elle plaque sur sa tête.
— Arrête !
Je ris et pose mon appareil sur la table de nuit avant de la rejoindre. J’écarte l’oreiller de son visage et m’accoude au-dessus d’elle en la couvrant de baisers.
— Tu es belle au réveil, j’y peux rien.
— Seulement au réveil ?
Je relève les yeux vers elle. J’aime ses boucles emmêlées qui la font râler plus d’une fois par jour. Et voir cette expression espiègle m’emplit de joie. J’attrape une de ses mèches que j’enroule autour de mon doigt en répondant :
— Le reste du temps, ça peut aller.
Elle me donne une tape sur la tête que je n’ai pas le temps d’esquiver et j’attrape ses poignets en les plaquant de chaque côté de son visage.
Ces derniers jours ont été difficiles pour l’un comme pour l’autre, mais après la discussion que j’ai eue avec Hayden et Jenny, c’est comme si un voile s’était levé. Je savais déjà tout ça, mais l’énoncer à voix haute a été comme un électrochoc et aujourd’hui, je sais maintenant où je vais.
La première chose, j’arrête d’avoir toujours peur. On sait aussi bien l’un que l’autre que tout peut basculer du jour au lendemain et on n’y peut rien.
Deuxième chose, on se concentre sur le bébé. Cet enfant a besoin de nous, de parents qui tiennent la route pour lui donner le minimum de stabilité que nous pourrons lui offrir.
Et troisième chose… Je me penche vers ma table de nuit et elle se met à râler.
— Ethan ! Tu m’écrases !
— Oups. Désolé, je lui réponds en lui tendant le petit paquet.
Ce ventre commence à vraiment devenir encombrant, mais elle l’oublie très vite quand elle voit ce que je tiens entre mes mains. Elle écarquille les yeux sans oser pour autant le saisir.
— Tu ne croyais tout de même pas que j’allais oublier ? je lui demande.
Elle se mord la lèvre avec ce petit air mutin.
— Joyeux anniversaire, Livie.
Son regard devient espiègle et elle me saute dessus, me faisant tomber sur le dos. Elle me chevauche les deux bras levés et s’écrie :
— Je suis majeure !
J’éclate de rire en voyant...

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