Victorine
155 pages
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Description

Romance historique – 260 pages


XIXe siècle,


Victorine, jeune femme en avance sur son temps, préfère un mariage d’amour à un mariage de convenance. Pourtant, le duc de Beaumanoir a d’autres projets pour sa fille. Bien qu’elle aspire à faire la fierté de son père, elle est prête à tout pour déjouer ses plans, refusant d’épouser le comte d’Ambroise, plus âgé qu’elle.


Mais la cruauté de la vie va la rattraper et changer son regard sur l’avenir...



Découvrez le tout dernier roman de Lola T., empli de ce qu’elle savait offrir de mieux à ses lectrices : émotions, drame, aventure et passion.

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Informations

Publié par
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EAN13 9782379613920
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Victorine

Lola T.
Lola T.


Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-392-0
Photo de couverture : Elena Preo
Mot de l’éditrice


Comme bon nombre d’entre vous le savent, la disparition de Lola T. m’a terriblement affectée, de par l’amitié qui nous liait. Publier ses derniers écrits, c’était rendre hommage à son talent, mais surtout exaucer son souhait le plus cher et voir ses personnages prendre vie.
Peut-être sentirez-vous son âme à travers eux.
À ma fille Flavye, qui aime voyager dans mes romances historiques.

Lola T.
Prologue



— Mais, père, m’exclamai-je surprise par sa déclaration, je n’ai pas l’intention de prendre homme pour époux, je n’ai que dix-huit ans.
— Bien de tes amies ont déjà convolé, Victorine, il est temps pour toi d’en faire autant.
— Je ne suis pas mes amies, et je n’aspire point à devenir épouse.
— Tu feras selon mes désirs !
Mon père, le duc de Beaumanoir, veuf depuis ma naissance, était un homme très convoité par la gent féminine. Après la perte de ma mère, décédée en couche, je fus le soleil de sa vie, comme il aimait à me le répéter. Bien des dames usèrent de leurs charmes pour le séduire ; chacune d’entre elles fut éconduite, jusqu’à sa rencontre avec Lady Louise, une veuve anglaise qui, contre toute attente, retint son attention. Mon père restait, à son âge, un homme plein de charisme, apprécié et aimé, avec une détermination qui faisait plier bien des hommes d’un simple regard. Les épousailles de mon père et de Louise auraient lieu ce samedi, ce qui mettait la demeure en ébullition. Était-ce la perspective de cette nouvelle vie qui s’ouvrait à lui qui l’influençait pour m’unir à un homme bien né ? Si tel était le cas, j’en serais fortement désappointée. Comme toutes les jeunes filles nées de bonne famille, je savais pertinemment que mon père aspirait à me donner à un noble qu’il trouverait convenable, et je n’étais pas contre, le mariage ne m’effrayait pas, il était même dans mes projets à long terme. J’étais juste désireuse de profiter de ma liberté encore quelques années. Aimant mettre en avant mes convictions, parfois un peu trop franche, un trait de caractère que je tenais de mon père, j’argumentais en ce sens. Je n’étais pas non plus demoiselle à prendre des gants, lorsqu’une situation m’échappait. Ce qui m’avait valu déjà bien des déconvenues. Nos échanges devinrent bien plus houleux.
— Cette insistance à me voir me marier a-t-elle un rapport avec vos propres épousailles ? Serais-je devenue une charge pour vous ?
— Victorine, je suis offensé par tes propos. Un homme a un intérêt certain pour toi, à n’en pas douter, il ferait un excellent mari.
— Vraiment, je n’ai donc point mon mot à dire.
— Je pense à ton avenir, mon enfant.
— Je suis encore dans la fleur de l’âge, vous pourriez m’accorder quelques années.
— J’ai fait mon choix, Victorine, c’est ainsi.
— Et puis-je connaître l’identité de cette personne ?
— Le comte d’Ambroise.
Le comte d’Ambroise était un intime de la famille depuis bien des années, il fut même le meilleur ami de mon frère aîné qui perdit la vie dans un accident de cheval cinq ans auparavant. Mon père eut beaucoup du mal à se remettre de cette tragédie. De huit ans mon aîné, ma mère ayant eu bien des difficultés à donner un second enfant au duc, Henri fut pour moi un grand frère plein de tendresse, portant sur ma personne un regard protecteur. Sa perte fut particulièrement difficile à accepter, j’avais pour lui une profonde affection. Le comte Auguste d’Ambroise resta très proche de mon père après cette disparition soudaine. Il vint régulièrement lui rendre visite, après cette terrible perte, sans pour autant me porter une attention particulière. Jadis, nous avions été plus complices, il aimait me taquiner sous le regard amusé de mon grand frère. Le décès de celui-ci mit un terme à cette complicité. Il continua à s’entretenir régulièrement avec mon père, me laissant à distance. Ma stupéfaction fut grande à l’annonce de son nom.
— Père, il a presque deux fois mon âge.
— Tu exagères totalement, et l’âge n’a pas d’importance. Auguste est très apprécié dans la bonne société, il saura prendre soin de toi.
— Mais pas une fois il ne m’a porté attention. Chaque fois qu’il est venu au manoir, il m’a totalement ignoré.
— Un trait un peu réservé de sa personnalité sans doute.
— L’on dit de lui qu’il aime le jeu et les femmes. Ce n’est pas réellement la description d’un homme timide.
— Des bruits de salon, rien de plus. Ma décision est prise et je te demanderai de la respecter.
Je tapai du pied, agacée. Lorsque mon père ordonnait, il me fallait obéir sans objection. Cependant j’espérais au moins avoir le droit de regard sur le futur époux. Dans cette société où la femme était dépendante de l’homme, j’avais une chance insolente, mon père prenait fréquemment en considération mes opinions et mes souhaits. J’allais donc faire ma plaidoirie, afin d’obtenir un délai à cette décision, lorsqu’il leva la main vers moi, mettant un terme à la discussion. Lorsqu’il faisait ce geste, l’insistance devenait inutile. Il me fallait attendre un moment plus opportun. Je retournai dans ma chambre, très énervée.
Ne pouvant aller contre sa volonté par respect et par étiquette, je ne m’avouai pas vaincue pour autant. Je pris mon manteau et sortis de la demeure, bien décidée à trouver une parade à cette folie. La seule personne pouvant m’aider dans ma quête était ma cousine Jeanne. Si elle n’avait pas dans les salons une réputation pure, cela était bien différent dans les soirées mondaines. À 25 ans, Jeanne, grande blonde aux yeux marron, avait une beauté flagrante. Elle était considérée comme une vieille fille sulfureuse qui aimait batifoler et s’amuser, avec des idées parfois saugrenues qui charmaient en permanence. Héritière d’une coquette fortune à la mort de son père, le baron Beaulieu, elle vivait sa vie sans restriction, loin de sa mère qui n’adhérait pas aux choix de sa fille, qui ne souhaitait « s’encombrer » en aucun cas, selon ses propres termes, d’un homme. Une liberté qui enviait bien des demoiselles dans le duché. Ce qui me ramena à la décision de mon père : moi, comtesse d’Ambroise, cette pensée m’affolait. Je respectais Auguste, il était un réconfort précieux pour mon père, pour autant, je ne pouvais m’imaginer devenir sa promise.
— Victorine, ma chère, vous avez l’air d’une humeur bien fâcheuse, s’étonna Jeanne alors qu’elle me recevait dans son petit boudoir.
J’arpentais la pièce nerveusement, sous son regard amusé.
— Mon père désire que je me marie
— Voilà bien là une idée stupide.
— Certes, je suis parfaitement d’accord avec vous, je dois cependant lui obéir.
— Vraiment ?
— Jeanne, je ne suis pas comme vous, j’aspire à faire la fierté de mon père.
— Alors, quel est le problème ?
— Je ne m’attendais pas à une telle précipitation.
— Les bals débutent dans quelques jours, ils seront l’occasion de faire connaissance avec des hommes charmants.
— Oh ! Mais ma chère, mon père a déjà remédié à ce petit problème, il souhaite m’unir au comte d’Ambroise.
— Ce cher Auguste, il y a bien pire comme choix.
— Je n’ai aucune inclinaison pour lui, Jeanne et il est bien trop vieux.
Jeanne soupira longuement et se leva afin de stopper mes allers-retours.
— Qu’attendez-vous de moi ?
— Que nous trouvions une feinte à cette union. Je ne conçois pas d’être la comtesse d’Ambroise.
— La solution est simple, trouvez-vous un homme intéressant, qui vous plaît et saura faire de vous une femme honorable. Si celui-ci vous fait une cour empressée et demande votre main à votre père, il pourrait changer d’avis. Il faudra néanmoins que cet homme soit un parti tout à fait convenable, un vicomte, un comte.
— Je ne vois pas qui pourrait prétendre à ce poste, Jeanne. Je suis désemparée.
— Voyons voir, souffla-t-elle en mettant son doigt devant ses lèvres.
Elle réfléchit un long instant avant de reprendre la parole, un large sourire aux lèvres.
— Je vois trois possibilités qui pourraient nous convenir dans cette situation.
— Qui ?
— Le vicomte Joseph de Castillonne, le comte Charles de Fresne et le comte Hypolite de Cressac.
À mon tour je plongeais dans mes réflexions. Le vicomte de Castillonne était un jeune homme qui aimait la chasse et la danse, sa bonne humeur était très appréciée de ces dames. Le comte de Fresne, quant à lui était bien plus charismatique avec, à ce que l’on disait, une bonne humeur permanente, la danse l’ennuyait et pourtant il était présent à chaque réception, et le comte Hypolite de Cressac faisait soupirer d’allégresse bien des demoiselles lorsqu’il apparaissait à une soirée. Son physique avantageux était l’un de ses plus grands atouts, tout comme son immense fortune. Ces choix n’étaient pas dépourvus de sens, et ils étaient tous trois d’un âge raisonnable, même si le comte de Cressac avait quelques années de plus.
— Vous venez, chère cousine, de me redonner un peu d’espoir, je suis persuadée que l’un de ces trois jeunes hommes fera un mari parfait. Encore faut-il que mon cœur s’emballe.
— L’amour est un sentiment qui passera au second plan, Victorine, soyez déjà conquise par l’un des traits de caractère de nos prétendants et le reste viendra.
Je la regardai avec stupéfaction. Si ma cousine aimait laisser entrer des hommes dans sa couche, sans le moindre attachement, j’aspirais à des sentiments sincères pour celui qui ferait de moi une femme.
— Les sentiments sont pour moi primordiaux.
— Ma chère, tous les couples ne s’unissent pas par amour comme le firent vos parents, et au vu de la situation, vous n’avez pas réellement le choix.
Il était vrai que le temps jouait en ma défaveur.
— Vu votre bouille charmante, me taquina-t-elle en pinçant mon menton, vous allez faire craquer bien des messieurs.
Assez petite, fine aux yeux bleus et cheveux corbeau, la peau un peu trop laiteuse, je n’avais pas les jolies formes de Jeanne, ni même sa beauté naturelle, cependant j’avais déjà reçu quelques compliments de certains jeunes hommes.
— Faites un marché avec votre père, chère cousine, reprit-elle, demandez-lui d’attendre le mois d’août, que l’été ensoleille les parcs et jardins. Si à ce moment-là aucune demande en mariage ne lui parvient, alors vous vous unirez au comte d’Ambroise.
— Vous ne me laissez que quatre mois !
— Croyez-moi, cela est bien assez pour faire tourner la tête d’un homme.
— Tout en restant vertueuse.
— Cela va de soi.
Nous prîmes le thé ensemble, discutant des nouvelles toilettes que nous aimerions acquérir, avant que je ne rejoigne le manoir familial. En me levant le matin même et en admirant les bourgeons précoces sur les arbres du jardin, annonçant doucement la fin de l’hiver, je n’aurais jamais cru que mon existence allait être bouleversée. Insouciante encore à l’aube de ce nouveau jour, je devenais en même temps que le coucher du soleil, une femme bien plus déterminée, prête à se battre pour contrer une union arrangée. Mon enfance prenait fin en cette fin de journée, et même si je savais pertinemment que ce moment arriverait, je me désespérais déjà de perdre cette légèreté que je chérissais tant.
Je relevai le menton, lissai ma robe et pénétrai dans le bureau de mon père, prête à argumenter sur les conditions de ma future union. Celui-ci allait-il céder à ma demande ?
Chapitre 1



Avec l’aide de ma femme de chambre, je me préparai en ce grand jour qui allait sceller l’union de mon père avec Lady Louise. Ne l’ayant côtoyée qu’à trois reprises, je n’avais pas d’avis particulier sur sa personne. Je devais tout de même avouer qu’elle fut, lors de ces rencontres, courtoise, aimable et discrète. J’espérais qu’une certaine entente se créerait entre nous.
— Souhaitez-vous votre collier en rubis, madame ?
La voix de Lucie, ma femme de chambre, me sortit de mes pensées. Je regardai rapidement mon reflet dans la psyché. Pour cette occasion particulière, j’avais revêtu une robe en mousseline écrue, à différents volants, nouée dans le dos par un ruban rose. Les manches larges se terminant par de la dentelle tombaient avec légèreté sur mes poignets, et le décolleté rond rendait la tenue attrayante. Mes cheveux bruns relevés en chignon dégageaient ma nuque qui n’attendait plus que d’être parée d’un bijou.
— Je préfèrerais mon collier avec le médaillon en saphir, Lucie.
— C’est un très bon choix, madame.
Elle ferma délicatement l’attache autour de mon cou et s’éclipsa en me faisant un léger sourire. Je passai ma main sur le médaillon avant de rejoindre la salle de réception, afin de voir si tout était prêt pour le bal qui suivrait l’union. Cette même union qui serait célébrée dans le jardin d’hiver, une idée de Lady Louise, qui se révélait assez judicieuse. La salle de bal était somptueuse avec ses hauts vases aux bouquets gigantesques, et ces grandes tables dressées de leurs nappes blanches, immaculées, recouvertes de petits fours et gourmandises de toutes sortes. J’étais toujours admirative, des transformations que l’on pouvait apporter par une simple décoration. Ainsi, cette salle de bal habituellement éclairée mettant en valeur son plafond voûté et ses peintures grâce à l’éclairage des grands lustres en cristal, devenait en ce jour une pièce bien plus délicate et accueillante. L’orchestre s’installait tranquillement, alors que le personnel s’affairait toujours aux dernières tâches.
— N’oubliez pas de remettre des verres sur la table de gauche, dis-je gentiment à l’un des serveurs. Et demandez à la gouvernante de rajouter également quelques fleurs au centre des tables. Il faudrait aussi un peu plus de chaises dans l’antichambre et ouvrez le fumoir pour ces messieurs.
— Bien, mademoiselle.
— Faites également enlever l’indiscret de la pièce adjacente et remplacez-le par quelques fauteuils.
— Il en sera fait selon votre bon vouloir, mademoiselle.
Mon inspection finie, j’étais désireuse de rejoindre mon père. En me rendant dans son bureau, je croisai le comte d’Ambroise. Habituellement, je l’aurais salué poliment, sans y porter une grande importance, mais après la conversation avec mon père, je ne pus m’empêcher de me sentir mal à l’aise en l’apercevant.
— Vous êtes ravissante, Miss Vicky.
Dès le jour où il était entré dans le manoir en compagnie de mon frère, ce gentleman s’était amusé à m’appeler Miss Vicky à tout va. Il était vrai que durant mon enfance, je n’étais pas férue de mon prénom, avoir le même que celui de mon père ne me réjouissait point. Pour cette raison, je me faisais nommer Vicky. Si je trouvais cela amusant quelques années auparavant, cela devenait un peu déplacé dorénavant, notamment lorsque j’appris par la suite que ce prénom avait été choisi bien avant ma naissance par ma mère, ce qui le rendit plus précieux à mes yeux.
— Mes respects, monsieur, répondis-je machinalement, me dépêchant d’entrer dans le lieu de travail de mon père.
— Papa ! m’exclamai-je, alors que son valet l’aidait à mettre sa veste, pourquoi vous préparez-vous dans votre bureau ? Vos appartements auraient été bien plus adaptés.
Il me fit un large sourire. Le bureau de mon père était le centre de la demeure, il y passait la plupart de son temps. J’approchai de lui et déposai un léger baiser sur sa joue. Mon père était encore à son âge un homme attirant. Grand, fin, les cheveux poivre et sel, frisé, avec de grands yeux marron et une moustache toujours taillée à la perfection. Il savait prendre soin de lui et je trouvais cela fort agréable.
— Tu es très jolie dans cette tenue, ma fille, déclara-t-il en me fixant de son regard plein d’affection. Je n’avais jamais remarqué à quel point tu ressemblais à ta mère, tu as les mêmes yeux bleus expressifs et son sourire enfantin.
Cet air de culpabilité sur son visage n’avait lieu d’être. Depuis toujours, mon père vivait dans les souvenirs, mettant ma mère dans bon nombre de nos conversations. Son amour pour elle fut immense, malheureusement le destin la lui avait arrachée. Il était temps que son cœur s’ouvre de nouveau et qu’il sourît à la vie avec une femme à son bras.
— Père, vous n’avez pas à vous sentir coupable de vous remarier. Vous êtes resté seul durant bien des années et je sais que mère aura toujours dans votre cœur une place à part.
— Bien sûr, souffla-t-il. Je ne voudrais pas que tu imagines que…
— Je n’imagine rien, le coupai-je rapidement et je suis très heureuse pour vous. Et si vous ne voulez pas contrarier la future duchesse de Beaumanoir, il serait temps de vous rendre près d’elle.
Il se tourna vers le portrait de ma mère fixé au-dessus de son bureau et prit mon bras. L’heure d’ouvrir un nouveau chapitre à sa vie était venue. Il n’y eut, durant la cérémonie, ni grand discours ni échanges de vœux larmoyants, pour autant l’émotion était palpable. Louise rayonnait dans sa robe de mariée ivoire, et mon père se détendit dès qu’ils furent déclarés mari et femme. J’allai saluer le jeune couple pour les féliciter.
— Je suis heureuse de vous accueillir dans notre famille, madame.
— Je vous en prie, Victorine, appelez-moi Louise. Je suis certaine que nous pourrons lier des liens d’affection.
Je lui fis un léger sourire avant de me tourner vers mon père.
— Papa, le bonheur vous va très bien.
— Victorine, murmura-t-il en m’embrassant tendrement.
Et les festivités commencèrent. Jeanne vint me rejoindre en me tendant une coupe de champagne.
— Buvons aux jeunes mariés, encore une vie de liberté gâchée.
— Jeanne ! m’offusquai-je, vous parlez de mon père.
— Bientôt, cela sera votre tour, et je vois déjà l’un de vos prétendants converser avec la duchesse de Meillis. Venez, mon amie, je vais faire les présentations.
— Mais Jeanne, je….
Déjà, elle m’attirait vers le comte de Fresne.
— Comment allez-vous, mon cher ? s’exclama-t-elle, coupant irrespectueusement la parole à la duchesse, qui détourna les talons, offusquée.
— Jeanne, répondit-il en lui faisant un baise-main, je suis ravi de vous revoir. Toujours d’une humeur joyeuse en toute circonstance.
— Pourquoi ne le serais-je point, ce n’est pas moi qui viens de me passer la corde au cou.
— Vous êtes incorrigible, s’amusa-t-il.
Ma cousine connaissait toute la bonne société, si elle n’avait pas une pieuse réputation, elle était admise pour ses indiscrétions dans tous les salons de la ville qui faisaient le bonheur des dames, mais également pour sa joie de vivre et sa gentillesse. Quant aux gentlemen, aucun d’eux n’ignorait sa présence lorsqu’elle était présente dans une pièce. Lorsqu’elle paraissait, une aura se dégageait d’elle, attirant tous les regards. Comme des papillons attirés irrésistiblement par le soleil, les hommes étaient prêts à se brûler les ailes pour ce moment fugace.
— Laissez-moi, mon ami, vous présenter ma cousine Victorine de Beaumanoir.
— Mademoiselle, me salua-t-il poliment.
— Monsieur, je suis enchantée.
Jeanne conversa un court instant de choses et d’autres qui m’étaient totalement inconnues avant de s’excuser. Je la maudissais intérieurement, ne sachant quel sujet aborder.
— Le buffet est-il à votre goût ? demandai-je me sentant ridicule d’une telle question.
— Certainement.
La musique retentit et mon père ouvrit le bal avec sa nouvelle femme. Nous les regardâmes un instant, comme le voulait la coutume, avant que d’autres danseurs les rejoignent sur la piste. Je savais pertinemment que le comte n’aimait point valser, pourtant je m’entendis dire.
— Appréciez-vous l’art de la danse ?
— Pas particulièrement, rétorqua-t-il, je trouve cela futile et inutile.
Je fronçai le nez.
— Et vous, mademoiselle, aimez-vous cela, tournoyer au son de la musique ?
— Beaucoup, je trouve cela divertissant et très enrichissant.
— Cela ne m’étonne pas, rares sont les jeunes demoiselles à ne pas aimer virevolter.
La danse était un moyen de lâcher prise, comme bien d’autres divertissements. Je ne voyais pas en quoi cela serait plus futile qu’une promenade, ou la chasse. Son air pédant m’agaçait, je préférai prendre congé plutôt que me montrer désagréable.
— Si vous voulez bien m’excuser, la jeune fille futile a envie de trouver un cavalier qui comme elle, aimera ce moment de légèreté.
Je m’éloignai rapidement, un peu honteuse de mon insolence, lorsqu’une main effleura mon épaule, me faisant faire volte-face.
— M’accorderez-vous le plaisir de vous faire valser, Miss Vicky ?
Le comte d’Ambroise me souriait fièrement.
— Cessez de m’appeler ainsi.
— Bien, Miss Vicky de Beaumanoir.
Je tapai du pied et allais décliner son invitation, mais des regards interrogateurs se posaient déjà sur nous. Je lui fis une légère révérence et pris son bras. Danser avec lui ne fut pas si désagréable, cependant je restais sur mes gardes. Le comte d’Ambroise était un parti convoité. Ce n’était pas un homme que l’on qualifiait de beauté insolente, mais il avait un charme que bien d’autres enviaient. Grand brun aux yeux marron, élégant. Il plaisait par sa fortune comme par son charisme. Que je prenne un autre aristocrate pour époux ne le laisserait pas longuement dans l’embarras, il n’aurait qu’à détourner son regard pour trouver une femme qui accepterait sa demande. D’ailleurs je ne comprenais pas pourquoi il éconduisait avec respect toutes celles qui lui portaient intérêt. Je connaissais également son entêtement à avoir le dernier mot, Jeanne m’avait avertie. Mon père l’avait probablement déjà mis dans la confidence concernant ce projet d’union, peut-être se sentait-il déjà gagnant, espérant qu’aucun autre homme que lui ne ferait sa demande ? Ou peut-être allait-il tenter de me charmer afin de détourner mon intention d’autres potentiels prétendants ? Je me rendis compte que je n’avais aucun moyen de le cerner, malgré ses visites fréquentes au manoir ces dernières années. Cette pensée me conforta dans mes réflexions, sa présence m’importait peu. La mélodie prit fin et il me raccompagna devant le buffet.
— Ce fut un moment charmant. Merci, Miss.
J’inclinai respectueusement la tête avant de me tourner vers celle qui était devenue ma belle-mère.
— Mon père vous a déjà abandonnée ? dis-je avec un léger sourire afin de mettre un point final à cette parenthèse avec le comte.
— Il avait une affaire urgente à régler.
— Le jour de son mariage ? C’est insensé.
— C’est un homme, souffla-t-elle en me souriant. Mais vous, ma chère, votre père m’a confié qu’il souhaitait vous voir bientôt convoler.
— Si cela ne tenait qu’à moi, je resterais libre comme ma cousine, avec tout de même une vie plus saine.
— Il est vrai qu’elle n’a pas la plus pieuse des réputations et pourtant elle est très appréciée.
— Oui, c’est le pouvoir de Jeanne, elle apparaît et sans même le vouloir, elle devient le centre d’attention de la gent masculine.
Louise leva les yeux au ciel en soufflant longuement, désignant discrètement ma cousine. Autour d’elle, une horde de nobles se pressait.
— Mais vous, Victorine, vous n’aspirez pas à devenir épouse et mère ?
— Je dois m’y résoudre, mais cela n’est en rien une demande de ma part. J’aime pouvoir faire ce que bon me semble, sans contrainte ni étiquette.
— Vraiment ?
— Je ne dis pas que je réfute ce rôle. Épouse me plaît, devenir mère est un cadeau béni des dieux.
— Alors, je ne comprends pas exactement pourquoi la requête de votre père vous déstabilise à ce point ?
— Une femme devrait pouvoir choisir le moment qui lui convient le plus pour convoler avec un homme. Et profiter avant de sa jeunesse pour voyager, apprendre et découvrir.
Elle me regarda longuement sans répondre. Que pouvait-elle répondre à cela, elle venait de se marier pour la deuxième fois, cela était donc dans ses principes. Nous restâmes un long moment à déguster une coupe de champagne en silence, lorsque mon père refit son apparition.
— Puis-je espérer que dorénavant vous vous consacrerez à moi, chéri ?
Entendre le souffle de ce mot intime à l’intention de mon père me surprit. Il n’était que mon père depuis 18 ans, j’oubliais qu’il était également un homme.
— Tout est réglé, je vous suis dorénavant entièrement dévoué, mon amie.
— Alors, faites-moi danser, mon cher époux.
Mon père prit sa main et ils rejoignirent la piste de danse. Leur amour était comme une évidence, qui se lisait dans leur regard et leur gestuelle. J’étais sincèrement heureuse pour eux.
— Il faut absolument que je vous narre ce qui est arrivé à mademoiselle Hokins.
Gisèle ! Une jeune fille avec qui j’avais fait une partie de mes études, avant de demander un percepteur à mon père, venait de me rejoindre. La compagnie d’autres femmes ne me dérangeait pas, pour autant, j’aimais une part de solitude, d’où le besoin de m’instruire ailleurs que dans un établissement pour jeunes filles. Gisèle était curieuse de nature, elle aimait accentuer les rumeurs et faire des esclandres autour d’elle. Elle parlait souvent fort, afin d’être remarquée et n’attendait qu’une chose, qu’un homme la courtise. Ce qui n’était que rarement le cas. Nous n’avions que peu de points communs.
— Je ne pense pas désirer entendre vos commérages, Gisèle.
— Mais au contraire, il paraît qu’elle serait dans une situation délicate, et que l’homme responsable de son état, dont elle était follement éprise et qui lui avait promis le mariage, se serait enfui en l’apprenant. Quel scandale !
— Gisèle !
— Regardez comme elle s’évertue à dissimuler cette honte.
Mademoiselle Hokins, un peu en retrait, dissimulait son ventre avec un châle qu’elle tenait fermement devant elle.
— Certes, cela est bien embarrassant, mais elle est surtout à plaindre, son honneur est perdu à jamais. Ne pouvez-vous être indulgente envers elle ?
— Pourquoi le serais-je ? Elle s’est volontairement mise dans cette situation par sa conduite irresponsable, madame, s’énerva-t-elle. Son comportement fut bien léger, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même. Je trouve cela fort préjudiciable pour sa famille.
— Et vous ne pensez pas à mademoiselle Hokins ? Elle a le cœur brisé et sa réputation entachée à jamais. Cela est bien dur de votre part, Gisèle.
— Il faut assumer ses actes, madame. Tout le monde n’a pas la même grâce que vous et moi.
— Personne ne sait ce que la vie nous réserve, Gisèle. Ne soyez pas sarcastique, je vous prie.
Elle prit un air hautain et disparut, pour mieux colporter ses paroles à d’autres convives qui les relayeraient à leur tour. Comme toutes les demoiselles de ce monde, j’aimais les cancans, ils pouvaient être amusants, divertissants et parfois un peu choquants. Mais je n’aimais point que l’on se réjouisse du malheur des autres. Certes, cette demoiselle s’était montrée très imprudente, mais personne ne savait ce qui pouvait arriver dans une existence et sincèrement je la plaignais. D’ailleurs, mon regard se posa sur elle au moment où elle quittait la réception, certainement blessée par les regards de mépris qu’engendraient les propos de Gisèle. Instinctivement, je la rejoignais.
— Mademoiselle Hokins !
Elle se retourna, séchant rapidement la larme qui s’échouait sur sa joue.
— Veuillez m’excuser, je n’aurais pas dû accepter l’invitation de votre père, mon intention n’était pas de vous mettre dans l’embarras, je ne pouvais imaginer que…
— Que Gisèle répandrait des rumeurs sur votre personne.
— Vous devez savoir que ces propos sont exacts. J’aimais sincèrement cet homme, j’ai cédé à la tentation, persuadée qu’il serait mon époux rapidement. Notre relation ne fut que tromperies et mensonges. Je mérite ce jugement.
— Je comprends votre désarroi, mais personne ne devrait avoir le droit de vous juger si sévèrement.
— Je vais partir à la campagne chez l’une de mes tantes, afin de mettre au monde l’enfant et d’être loin de ma famille qui ne souhaite plus ma présence.
— Vos sœurs seront là pour vous soutenir.
— Elles m’ont reniée elles aussi. J’ai tout perdu, mon amie.
Charlotte Hokins avait deux sœurs, je regrettais que celles-ci ne soient pas assez compatissantes pour lui accorder leur amitié, malgré les épreuves.
— Écrivez-moi, Charlotte, si le cœur vous en dit. Je ne cautionne certes pas votre comportement, mais je ne vous juge pas. Permettez-moi d’être votre amie à distance. Je pense que vous en aurez besoin.
— Merci, murmura-t-elle en prenant ma main dans la sienne. Vous êtes si bonne.
Elle s’éloigna au creux de la nuit, le cœur aussi sombre que l’obscurité, peinée, ne trouvant plus de sens à son existence. Le chemin pour retrouver le goût à la vie serait semé d’embûches, pour autant, je savais qu’elle avait la force et la hargne pour se relever, telle une grande dame. Je restais là, pensante, à observer sa silhouette s’effacer. Quelques années auparavant, alors que je n’étais qu’une enfant, mon frère avait été au centre de rumeurs bien fâcheuses. Les raisons exactes étaient restées obscures pour moi, j’étais bien trop jeune pour m’en préoccuper. Bien des nobles avaient pris leurs distances avec ma famille, et nous étions devenus le centre d’intérêt des salons. Cela avait duré jusqu’à ce que mon frère eut repris le contrôle de la situation. Pour autant, cette partie de sa vie l’avait changé à jamais et mené sur des chemins tortueux. Je savais que mon père rendait cette période de mépris envers lui, responsable de sa déchéance, supposant même que cela l’avait mené à sa funeste destinée. Ces mêmes nobles qui s’étaient éloignés étaient revenus naturellement, témoignant à mon père toute leur sympathie lors des obsèques de mon aîné. Mon père avait refusé de reprendre contact avec certains, ne pardonnant pas leurs actes mesquins, en chassant même de son duché. Je ne savais donc que trop où pouvait mener une rumeur, qu’elle soit justifiée ou non. Et je savais pertinemment que Mademoiselle Hokins allait se sentir bien seule et désemparée. Si notre correspondance pouvait lui remettre du baume au cœur, j’en serais fort aise.
Je retournai dans la salle de réception où les invités prenaient doucement congé. En voyant quelques couples s’éloigner, je pris conscience qu’il était temps pour moi de me montrer à des soirées, afin de ferrer un prétendant. Je souhaitais un mariage d’affection, à défaut d’amour et le comte d’Ambroise ne correspondait pas à cette attente.
Chapitre 2


 
Les jours suivants je demeurai seule au manoir, mon père ayant emmené sa jeune épouse en voyage de noces. Cette solitude ne me pesait point, elle était nécessaire et bienvenue au vu des circonstances. Pendant l’absence de mon père, j’aspirai à mettre ma liberté à profit, afin de pouvoir paraître à diverses réceptions et d’obtenir quelques invitations, je sortis donc chaque jour. Avec Jeanne, nous fîmes une apparition dans un salon de thé très réputé, ce qui nous valut une invitation au bal des Amphors, puis je fis quelques emplettes afin de parfaire ma garde-robe, ce qui me permit de faire la connaissance du Vicomte de Castillonne qui me pria de bien vouloir l’accompagner à la chasse. Si ce divertissement n’était pas du tout apprécié de ma personne, je promis de réfléchir sérieusement à cette demande. Je n’étais pas demoiselle à sortir énormément de l’enceinte du manoir, ma présence fut donc rapidement remarquée.
— Tu pourrais avoir tous les hommes à tes pieds si tu le désirais, me taquina Jeanne alors que nous traversions les terres de mon père. La séduction est innée chez toi.
— Un seul sera bien suffisant, soufflai-je en saluant les femmes qui me souriaient.
— Et en parlant de la gent masculine, voici celui qui se considère déjà comme ton futur promis.
Le comte d’Ambroise arrivait fièrement sur son étalon. Je n’étais pas une cavalière émérite, certes, je montais à cheval, mais toujours avec appréhension. Malgré cela, je me redressai et relevai le menton, hors de question de ne pas paraître à mon avantage, même devant lui. Ce comte avait fière allure, une posture qui démontrait la noblesse de son rang, bien des dames se retournaient sur son passage, se demandant pourquoi un homme si bien né n’avait pas encore pris femme pour épouse. Et honnêtement, je me posais également cette question. Qu’avais-je de plus qu’une autre prétendante ?
— Cet homme a toujours refusé mes faveurs, le savais-tu ? me questionna Jeanne.
— Non, et ta vie intime ne m’intéresse pas.
Elle éclata de rire.
— Tu ne seras pas contrariée si j’use de mes charmes pour le mettre dans mon lit, il serait un très beau trophée.
— Jeanne ! m’écriai-je. Un peu de savoir-vivre, je te prie.
Je ne pus longtemps afficher un air sérieux. Je chassai l’air de ma main ce qui l’amusa.
— Fais comme bon te semblera, car il ne partagera jamais ma couche, sois-en certaine.
— Alors, à moi de jouer, répondit-elle avec enthousiasme tandis que le comte nous rejoignait.
Poliment, il ôta son chapeau pour nous saluer. Son regard passa rapidement entre moi et ma cousine, un regard profond.
— Mademoiselle de Beaumanoir, mademoiselle Delacroix.
— Monsieur le comte, répondit-on à l’unisson.
Jeanne déplaça doucement sa jument pour se mettre sur le flanc du cheval du comte. Elle se redressa, pédante, et battit exagérément des cils.
— Comte d’Ambroise, je serais très honorée que vous acceptiez mon invitation à prendre le thé, ce jour.
Il écarquilla...

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