Du coq à l’âme : L’art populaire au Québec
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Description

L’art populaire est le reflet d’une société, de la perspective de ses créateurs, dont les approches sont tantôt traditionnelles et rationnelles, tantôt indisciplinées et débridées. D’hier ou d’aujourd’hui, l’art populaire révèle toute son expressivité, met en valeur les objets anciens et contemporains.

Du coq à l’âme. L’art populaire au Québec est le résultat de plusieurs années de recherche et de rencontres avec des créateurs, des collectionneurs et des chercheurs, tous passionnés de cette forme de créativité originale et authentique.

L’anthropologue Jean-François Blanchette jette un regard historique et photographique sur les collections d’art populaire québécois du Musée canadien de l’histoire, dont la très prestigieuse collection de Nettie Covey Sharpe, acquise en 2002. Par sa vision identitaire, la présente publication vise à mieux faire connaître l'histoire culturelle et sociale et à présenter la créativité d'artistes québécois souvent peu reconnus. Vous y découvrirez l'histoire de l'art populaire, les artistes et leurs œuvres. Du coq à l'âme. L'art populaire au Québec vient circonscrire l'art populaire et présenter son développement dans le temps, depuis sa forme traditionnelle, fort ancienne, jusqu'à sa forme indisciplinée, plus récente, du graffiti.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 février 2014
Nombre de lectures 9
EAN13 9782760308190
Langue Français
Poids de l'ouvrage 42 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0099€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

DU COQ
À
L’ÂME

L’art populaire au Québec

Jean-François Blanchette

DU COQ À L’ÂME

Page blanche conservée intentionnellement

DU COQ À L’ÂME
L’art populaire au Québec

Jean-François Blanchette

COLLECTION MERCURE
ÉTUDES CULTURELLES NUMÉRO 85

MUSÉE CANADIEN DE L’HISTOIRE
ET LES PRESSES DE L’UNIvERSITÉ D’OTTAwA

© 2014 Musée canadien de l’histoire
Tous droits réservés.Toute reproduction d’un extrait
quelconque de ce livre par quelque procédé que
ce soit (par des moyens mécaniques ,électroniques
ou autres, y compris xénographie ,photocopie ou
enregistrement ,ou par des systèmes informatiques)
est strictement interdite sans l’autorisation
del’éditeur.Veuillez envoyer toute demande
de reproduction à permission@civilisations.ca.
Coédité par
le Musée canadien de l’histoire
et les Presses de l’Université d’Ottawa

Catalogage avant publication
de Bibliothèque et Archives Canada
Blanchette, Jean­François ,1946­, auteur
Du coq à l’âme : l’art populaire au Québec/Jean­
François Blanchette.
(Collection Mercure)
o
(Études culturelles; n85)
Publié en collaboration avec le Musée canadien de
l’histoire.
Publié en formats imprimé(s) et électronique(s).
ISBN 978­2­7603­0814­5 (couverture souple).
–ISBN978­2­7603­0819­0(pdf).
– ISBN 978­2­7603­0818­3 (epub)
1.Art populaire­­Québec (Province). I. Musée canadien
de l’histoire, organisme de publication II. Titre. III.
Collection :Collection Mercure IV .Collection: Études
o
culturelles (Musée canadien de l’histoire) n; 85
NK842 Q8 B56 2014 745.09714 C2014­900521­0
C2014­900522­9

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Poste : eS civred eoc sanmms destpoesal
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Énoncé sur les droits des artistes
Le Musée respecte les droits des artistes et fait tout
son possible pour retracer les ayants droits des
œuvres représentées dans ses publications .Le cas
échéant ,nous serions reconnaissants à toute
personne qui pourrait nous informer des droits
qu’ils possèdent sur les œuvres qui sont illustrées
dans cet ouvrage.

Révision linguistique : André La Rose
Correction d’épreuves: Nadine Elsliger
Mise en page :Édiscript enr.
Maquette de la couverture: Édiscript enr.

La Collection Mercure
Remarquablement canadienne et hautement spécialisée,
la Collection Mercure réunit des ouvrages portant sur des
recherches effectuées au Musée canadien de l’histoire, et
elle s’appuie sur le savoir­faire des Presses de l’Université
d’Ottawa. Mise sur pied en 1972, la ctuiroenl lMeercCo
est le principal véhicule qu’utilise le Musée canadien de
l’histoire pour publier ses recherches scientifiques. Elle
comprend plusieurs contributions remarquables à l’histoire,
à l’archéologie, à la culture et à l’ethnologie canadiennes .Les
ouvrages de la série sont publiés en français ou en anglais,
et ils comportent un résumé dans l’autre langue officielle

The Mercury Series
Strikingly Canadian and highly specialized, the Mercury
Series presents research from the Canadian Museum of
History and benefits from the publishing expertise of the
University of Ottawa Press .Created in 1972 ,the Mercury
Series is the Canadian Museum of History’s primary vehicle
for the publication of academic research, and includes
numerous landmark contributions in the disciplines of
Canadian history ,archaeology, culture and ethnology. Books
in the series are published in either English or French ,and
all include a second­language summary.

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RÉSUMÉ

La créativité populaire dans le domaine des arts plastiques ,communément appelée «art
populaire»,f orme le sujet du présent ouvrage .L’auteur nous y invite à le suivre dans les
méandres de ses enquêtes de terrain et dans la découverte de créateurs de diverses régions
du Québec .Devenu conservateur en culture matérielle au Musée national de l’Homme en
1979 ,il y est arrivé alors que ses collègues étaient à cataloguer ,avec Nettie Covey Sharpe,
la plus importante collection d’art populaire et d’antiquités du Québec qui ait été acquise
me
jusqu’alors. Sa rencontre avec M Sharpe ,qu’il partage avec le lecteur ,de même que les
recherches qu’il a menées afin de connaître le contexte dans lequel cette femme excep
tionnelle a élaboré sa collection, véritable trésor national, permet de mieux saisir le rôle de
pionnière qu’a joué cette femme d’exception. Il profite de cette collection, ainsi que des
autres pièces acquises par le musée national depuis Marius Barbeau au cours des années
1920 jusqu’aux acquisitions faites au tournant du troisième millénaire, pour montrer com
ment l’art populaire s’est développé au cours des âges depuis la fondation de la colonie
e
française en terre d’Amérique au début du xvisiècle .Les formes de créativité ont ,de toute
évidence, changé au fil des ans, alors que la société québécoise est passée de la tradition
– l’art populaire traditionnel – à la modernité d’aujourd’hui – l’art populaire indiscipliné
– assortie de l’utopie de la libération de l’artiste. L’auteur présente enfin son interprétation
de l’art comme reflet de la société en se fondant sur la présen tation raisonnée d’œuvres
tirées de la collection du musée.

v

ABSTRACT

The creativity of ordinary folk in the realm of the visual arts, commonly referred to as ‘folk
art,’ is the subject of this work.The author invites us to follow his investigations in the field
as he discovers creators in the various regions of Quebec. Appointed Curator of Material
Culture at the National Museum of Man in 1979 ,he arrived at the museum just as his
colleagues were in the process of cataloguing ,with Nettie Covey Sharpe, the largest col
lection of Quebec folk art and antiques acquired up to that time. His meeting with
Mrs. Sharpe, which he shares with the reader, along with the research he undertook in
order to understand the context within which this exceptional woman had developed her
collection, a veritable national treasure, allow us to better comprehend the pioneering role
she played .He uses this collection as well as other pieces acquired by the national museum,
from Marius Barbeau in the 1920s up to acquisitions made at the turn of the third millen
nium ,to show how folk art has developed through the ages ,from the foundation of the
th
French colony in America at the beginning of the 17 century.The art form has changed
over the years, as Quebec society evolved from traditional—traditional folk art—to the
modernity of today—the unconventional ,unruly folk art—, coupled with the utopia of
artistic freedom. Finally, the author presents his interpretation of the art as a reflection of
society ,based on a selected presentation of works drawn from the Museum’s collection.

vi

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-

TABLE DES MATIÈRES

Résumé .....................................................................................................................
Abstract .....................................................................................................................
Préface ......................................................................................................................
Introduction ..............................................................................................................
Objectifs ...........................................................................................................
Organisation de l’ouvrage..................................................................................
Remerciements .................................................................................................

PREMIÈRE PARTIE

Chapitre 1
«Pour passer le temps» ou Au-delà du temps qui passe........................................
Définition de l’art populaire ..............................................................................
Méthodes d’entrevues........................................................................................
Motivations des créateurs...................................................................................

Chapitre 2
Collectionner le Québec de tradition française à la manière
de Nettie Covey Sharpe .................................................. ......................................
Récit de vie ......................................................................................................
Les débuts d’une passion .............................................................................
De nouveaux horizons ................................................................................
À la rencontre de son destin........................................................................
La cueillette en temps de guerre :du porte­à­porte à la campagne...............
Une passion devenue profession ..................................................................
Tomber amoureuse d’une vieille maison de pierre.......................................
Toutes les rénovations de la maison s’étendirent sur plus d’un an .Un an!....
Mon plaisir de rencontrer les artistes ...........................................................
Le legs de Nettie Covey Sharpe ........................................................................

Chapitre 3
Sept coffres dans un grenier. L’art populaire traditionnel
et le mouvement de renaissance artisanale.........................................................
Tradition et innovation......................................................................................
L’inventaire des ressources artisanales .................................................................

v
vi
1
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3
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6

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51
52

63
67
72

Chapitre 4
Les patenteux l tei seisndplciésin 9 8...........................................................................
L’art populaire d’hier à aujourd’hui.................................................................... 89

vii

Une soirée chez Jean Palardy à l’été de 1950 ..................................................... 93
Lespatenteux.................. 9....7 ................................................................................
Les . 10............i 1 ................................................................ésin....isndplci................

Chapitre 5
Phases du développement de l’art populaire québécois ............................ 105
Introduction...................................................................................................... 105
L’artpopulaireancré dans la tradition ................................................................ 109
L’art populaire g uat oû ldeau’«e»tr................................................................16 ...1
L’art indiscipliné................................................................................................122
Le mimétisme de l’art populaire ........................................................................ 125
L’art populaire impopulaire: le graffiti................................................................126

Conclusion :L’art populaire au début du millénaire

....................................................135

SECONDE PARTIE

Œuvres choisies: l’art populaire, reflet de société ........................................31 ..... 9
1 .Enraciné – Pluriel.......................................................................................... 140
1.1La nature prend vie...............................................................................141
1.2Je me souviens ...................................................................................... 163
1.3 ................ 871 lPolessymbaux ace ................................................................
2. Fidèle – Rebelle............................................................................................189
2.1Fidèleàlafamille..................................................................................190
2.2Fidèle à la religion ................................................................................205
2.3 Rebelle tout court ................................................................................ 224
3 .Fier – Raconteur...........................................................................................232
3.1Fierdesespossessions ........................................................................... 233
3.2Fierdesesréalisations............................................................................ 248
3.3 Fier de ses ................................................................ n.a.s.s. .s.e.coc i5a6n2n
4 .Jouisseur – Excessif........................................................................................278
4.1Au jeu!.................................................................................................278
4.2Juste pour rire!......................................................................................290
4.3 .299 ........orTc ,ptse’as pss a!.ez....................................................................

Bibliographie............................................................................................................. 311
Index des artistes........................................................................................................ 321

viii

À Deborah Brownrigg (1959­2007),
conceptrice graphique,
pour sa créativité,
son professionnalisme,
sa ténacité et sa sérénité
qui ne cesseront
de m’interpeller

Page blanche conservée intentionnellement

PRÉFACE

Faut­il voir comme simple calembour et fantaisie le titre de Du coq à l’âme donné à cet
ouvrage? Comme il est difficile de définir l’art populaire en utilisant les seules ressources
de la logique et de la langue ,il semble plus aisé de le qualifier d’abord .Or, cet art touche
l’âme et c’est comme cela qu’on le reconnaît et l’apprécie ,avant même de le définir.Telle
est la démarche suivie par Jean­François Blanchette, qui, avant d’écrire, a longuement fré
quenté les objets, ainsi que celles et ceux qui les ont fabriqués ou collectionnés pour
eux­mêmes ou pour les musées .En cela, il a suivi les leçons de son célèbre prédécesseur
dans l’institution muséale canadienne Marius Barbeau ,qui n’a jamais défini le folklore, mais
établissait à quoi on peut le reconnaître:

Quand ,à l’aide de connaissances transmises de père en fils ,on se communique une
adresse manuelle, les tours de main et les pratiques usuelles dans la vie quotidienne,
sans recourir aux livres ,aux almanachs et aux moyens établis […] C’est alors que nous
découvrons le folklore dans son milieu propre ,toujours à l’œuvre et mobile et prêt à
assimiler de nouveaux éléments sur sa route.
«Ce qu’est le folklore», Cerfnaaçsiieade­nnieéman c’l edacAeihad sr,9 ( 9165)

, p. 7­8.

À l’instar du folklore ,ou de l’ethnologie de soi ,comme nous dirions maintenant, l’art
populaire a intéressé plusieurs chercheurs depuis les Marius Barbeau et Jean­Marie Gauvreau,
chef du premier inventaire des ressources artisanales du Québec ,auquel collaborèrent parmi
d’autres Paul­Émile Borduas et AlbertTessier, qui, dans les années 1930 et 1940 ,ont promu
et révélé au grand public les arts issus de la tradition. Jean­François Blanchette fait partie
de cette relève. En 2002 ,il apporte une contribution de premier plan à son domaine lorsqu’il
acquiert ,en faveur du Musée canadien des civilisations, le Fonds Nettie Covey Sharpe, le
plus gros don jamais fait à l’institution ,mais surtout l’un des plus significatifs quant au
discours que porte cet ensemble de plus de 3 000 objets anciens sur la culture traditionnelle
du Québec. «J’ai été initié à l’art populaire ,écrira­t­il ,au contact de l’un des grands col
lectionneurs en art populaire québécois, Nettie Covey Sharpe (1907­2002).» C’était le
23 avril 1983. Nous devons ainsi comprendre qu’elle fut pour lui une véritable égérie.
Dans les années qui suivront 2002, il enrichira de façon soutenue les collections d’art
populaire du musée en recueillant lui­même ,sur le terrain ,auprès des créateurs ou de leurs
descendants, ou encore de collectionneurs, un millier de pièces reflétant les continuités et
les ruptures par rapport à la longue tradition artisanale .Il enrichira de la sorte l’image de
marque du Musée canadien des civilisations en tant qu’institution regroupant la plus riche
collection d’art populaire au Canada. En 2004, il formera un groupe de travail qui se
donnera pour mission de faire le point sur le sort de l’art populaire: développement des
collections dans les musées et situation de la recherche dans les universités. J’ai fait partie
de ce groupe de huit passionnés qui s’est réuni autour de Jean­François Blanchette pendant
plusieurs années .Par la suite ,il se consacrera à la préparation d’une grande et vaste exposition

1

-

-

2

PRÉFACE

qui sera inaugurée le 18 juin 2008 au musée de Gatineau .Cette exposition aura pour titre
— nous l’attendions — Du coq à l’âme. L’art populaire au Québec la quistejbo 004 seL .
2 2
meublaient occupaient 930 m, ou 10000 pi.
L’ouvrage éponyme que publie aujourd’hui Jean­François Blanchette témoigne de sa
carrière de conservateur, et rend compte des recherches de ses prédécesseurs et de celles
qu’il a lui­même menées ,dans le cadre desquelles il a été appelé à côtoyer les chercheurs
de sa génération et les artistes de son temps. L’organisation des chapitres reflète donc cette
préoccupation ,puisqu’ils traitent tour à tour de définitions et de méthodes ,des grandes
périodes de l’art populaire où la tradition laisse place à la modernité ,de l’indiscipline des
«patenteux», de la typologie enfin, ce qui l’amène à discuter des formes les plus actuelles
de cet art de la culture populaire, passé peu à peu du centre vers la marge.
Après la publication d’inventaires ,de catalogues et d’ouvrages monographiques sur l’art
populaire du Québec ,une synthèse de son histoire ,de ses artistes et de ses chercheurs était
attendue .Jean­François Blanchette nous offre donc aujourd’hui cet ouvrage de synthèse,
illustré d’un magnifique corpus photographique, capable à lui seul d’émouvoir et d’instruire
toute âme sensible.
Jean Simard

INTRODUCTION

Cet ouvrage vise à présenter l’art populaire québécois et son développement au fil des ans.
Il est le résultat de plusieurs années de recherche et de rencontres avec des créateurs, des
collectionneurs et des chercheurs ,tous passionnés de cette forme de créativité originale et
authentique. Les témoignages des uns et des autres et l’observation des œuvres des artistes
m’ont amené à découvrir certains aspects fondamentaux de cette créativité dynamique,
parfois stable ,parfois mouvante.
Depuis les origines de notre musée il y a un siècle maintenant ,la créativité populaire
a été au centre de nos recherches et de nos collections .Nous avons ainsi répondu à un
besoin de connaître et de conserver notre patrimoine. Nos expositions et publications sur
l’art populaire ont alimenté ce besoin de savoir. En effet ,les publications demeurent une
référence essentielle. Le public n’a souvent pas d’autres sources de références permanentes
pour connaître la créativité populaire au Canada .Les publications répondent à un besoin
de la part du public ,des amateurs d’art populaire, des artistes eux­mêmes ,des collectionneurs
et des chercheurs en ethnologie et en histoire de la culture matérielle et des antiquaires,
tant québécois qu’étrangers .Il est important de faire remarquer que l’art populaire québécois
est reconnu au Canada anglais comme en Nouvelle­Angleterre en tant que forme d’art
spécifique, et qu’il y est fort recherché. De plus,i l faut noter que l’art populaire au Québec
a fortement inspiré les créateurs québécois contemporains de toutes disciplines, dont notam
ment les peintres, les designers, les artistes des métiers d’art et les producteurs de médias
électroniques.

Objectifs
Cet ouvrage offre un regard historique et photographique sur les collections d’art populaire
québécois du Musée canadien des civilisations ,en mettant un accent particulier sur celles
qui n’ont pas été publiées ,comme la très prestigieuse Collection Nettie Covey Sharpe,
acquise en 2002 .Par sa vision identitaire de la société, la présente publication vise à favoriser
une meilleure compréhension de l’histoire culturelle et sociale du Québec et à témoigner
de la créativité d’artistes québécois souvent peu reconnus .Elle est un complément aux
recherches et interprétations de l’art populaire que j’ai pu faire à la suite de l’exposition
portant le même nom qui a été inaugurée au Musée canadien des civilisations en 2008 et
1
dont une partie a été présentée à travers le Canada jusqu’en 2013.
L’ouvrage porte plus particulièrement sur l’histoire de l’art popul aire ,sur ses artistes, sur
leurs témoignages et ,bien évidemment, sur leurs œuvres .L’essai figurant dans la première
partie définit l’art populaire et présente son développement dans le temps, depuis sa forme
traditionnelle ,fort ancienne ,jusqu’à sa forme indisciplinée ,plus récente. Je pense que mon

1. L’équipe principale de cette exposition était composée d’Éric Pallotta ,chargé de projet, Diane
Schreiner, Karine Lelièvre et Renée Des Rosiers ,interprètes publiques ,et Jean­François
Blanchette, conservateur.

3

-

4

INTRODUCTION

travail se distingue des ouvrages antérieurs sur l’art populaire d e différents points de vue.
Tout d’abord, il distingue les diverses formes d’art et de créativité populaire depuis les arts
domestiques jusqu’aux arts indisciplinés .Ensuite ,il démontre que l’art populaire indiscipliné,
inspiré et motivé qu’il est par la libération de la créativité, marque une ru pture avec la
tradition. Il souligne le fait que les artistes populaires ne créent pas avant tout pour passer le
temps, pour décorer ou pour embellir la vie qu’on l, telne tosvul eadsnnvoq’a irop ué t é.sspa
Enfin, il démontre que l’art populaire québécois dans son ensemble ,et avec ses contradictions,
est une forme de créativité qui reflète non seulement ce que sont les artistes, mais encore
2
la société québécoise elle­même . Ce faisant, je pense contribuer à mieux faire connaître
les diverses phases du développement de l’art populaire et à distinguer les diverses facettes
3
de la créativité populaire au cours des ans et dans des contextes socio­économiques variés .
Il faut mentionner que l’art populaire indiscipliné, en raison de sa rupture avec la
tradition, a perdu l’attrait de la nostalgie et demeure largement méconnu du public en général
et de certains spécialistes .Comme le mentionnaient les auteurs des Quu duxteeneactébP: « Il
est curieux de constater que l’art du quotidien prend un visage prestigieux lorsqu’il est
4
passé à l’histoire .» Étant donné que notre mandat est de nous intéresser à toutes les formes
d’art populaire ,l’approche adoptée dans le présent ouvrage permettra de porter l’attention
sur des aspects de la créativité auxquels on s’est peu intéressé jusqu’ici et sur le bien­fondé
d’examiner des ensembles plutôt que des phénomènes particuliers.
Des photos de terrain des artistes à l’œuvre, prises pour la plupart au cours de mes
5
« terrains» ,de même que des photographies d’archives ,illustrent l’essai de la première partie
de cet ouvrage .La seconde partie est constituée d’un catalogue d’œuvres choisies .Elle
présente des œuvres de l’art populaire québécois d’hier à aujourd’hui grâce à de superbes
photos réalisées tout particulièrement pour cette publication par les photographes du musée,
dont, tout d’abord, Marie­Louise Deruaz ,ainsi que Steven Darby ,Frank Wimart et Harry
Foster .La majorité de ces photos sont inédites.

Organisation de l’ouvrage
Cette publication s’articule autour d’étapes de carrière jumelées à des instantanés de la vie
culturelle et socio­économique du Québec ,et ce, afin d’aider le lecteur, à ma manière très
personnelle, à comprendre comment l’art populaire québécois s’est développé au cours des
quatre derniers siècles. J’invite ainsi le lecteur à découvrir comment j’ai approché mes

2. À ce sujet, on lira avec intérêt le texte de Mauro Peressini sur l’analyse de l’art populaire et son
interprétation, qui va dans le même sens : « Femmes et sexualité dans l’art populaire, le dur métier
de conservateur », dans Pascale Galipeau, Les paradis du monde :l’art populaire du Québectineau, , Ga
o
Musée canadien des civilisations ,coll .«Mercure», dossier n68, du Centre canadien d’études
sur la culture traditionnelle, 1995, p. 17­73.
3. Voir la discussion de Jean­Claude Leblond sur l’importance d’isoler, entre autres ,certaines
variables historiques pour comprendre le sujet de l’art populaire, dans eisrusl arpdugpaoRte arl’r ,
manuscrit inédit de 1994 ,Québec ,Musée de la civilisation ,p. 31 sqq.
4. Louise De Grosbois ,Raymonde Lamothe et Lise Nantel, Les patenteux du Québec ,Montréal,
Parti pris ,1978 ,p. 9 (Édition originale publiée en 1974 ,à Montréal, aux Éditions Parti pris).
5. Le terme «terrains» est utilisé pour désigner des travaux et recherches sur le terrain.

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

5

terrains et mes nombreuses rencontres avec les artistes et les artisans de la créativité
québécoise, et comment mes recherches ont permis d’expliquer les changements dans la créativité
québécoise que j’ai observés grâce à l’analyse des pièces de collection qui sont entrées au
musée .Par ailleurs, la suite des chapitres permettra au lecteur de comprendre les diverses
facettes de la créativité québécoise au fur et à mesure de son développement au fil du temps,
en considérant tout aussi bien l’art populaire inspiré de la tradition que l’art populaire
impopulaire du graffiti, et en passant par l’art populaire dit indiscipliné et les autres formes
d’art populaire.
Cet ouvrage est divisé en deux parties .La première est constituée d’un essai traitant du
développement de l’art populaire dans le temps .La seconde présente un catalogue d’œuvres
choisies illustrant mon interprétation de l’art populaire québécois en tant que reflet de la
société québécoise.
Comme il se doit, le chapitre premier permettra de définir ce que j’entends par art
populaire et de délimiter mon champ d’intérêt. J’y présente mon approche d’ouverture à
toutes les formes de créativité populaire, afin que le lecteur puisse distinguer ce livre des
définitions traditionalistes de certains collègues qui ne considèrent que l’art populaire de la
société préindustrielle .La découverte la plus fructueuse de l’art populaire se fait sur le
terrain, là où les artistes créent leurs œuvres. Les méthodes de terrain et de rencontre avec
les artistes sont par conséquent des éléments centraux de ce champ d’étude et de la décou
verte des motivations des artistes présidant à la création de leurs œuvres.
L’art populaire québécois des colons venus de France et de leurs descendants est devenu,
e
au début du xx siècle, un élément de prédilection pour les collectionneurs qui s’intéressaient
au patrimoine ancien du Québec et qui cherchaient à cerner l’identité propre des Canadiens
français, comme on appelait les Québécois de souche française à l’époque.Au nombre des
collectionneurs d’alors figurait Nettie Covey Sharpe ,une anglophone qui s’est intéressée
très tôt à ce patrimoine. Étant donné que sa collection fait maintenant partie de la Collection
nationale du Musée canadien des civilisations, son histoire personnelle de même que
l’histoire du développement de sa collection méritent de faire l’objet du chapitre 2 .Cela
permettra de comprendre le contexte socioculturel qui l’a motivée et inspirée, dans lequel
s’est développé son intérêt pour ces vieilles choses du passé ,qui seront appelées beaucoup
plus tard à devenir des trésors nationaux. Car Nettie Covey Sharpe fait partie d’un petit
groupe d’avant­gardistes qui se sont penchés sur la préservation du patrimoine matériel des
Québécois francophones. On verra ainsi ,bien que son expérience soit singulière ,que le
contexte, quant à lui, était propice à l’éclosion et au développement d’une passion inusitée,
ou du moins, peu commune.
Toutefois ,cette forme d’art populaire d’intérêt pour Nettie Covey Sharpe ne durera
e
pas. En effet, tout un mouvement de modernité envahira le Québec au cours du xx siècle,
incitant les Québécois à délaisser leurs traditions et leur savoir­faire ancien .L’industrialisation
en sera la cause initiale, mais la crise économique survenue entre 1929 et 1939 suscitera un
retour aux sources et un renouveau de la créativité artisanale .Cela se fera avec la proposition
d’une esthétique nouvelle qui influencera la créativité québécoise. Pour mieux saisir ce
phénomène, le chapitre 3 présente en capsule l’une des activités marquantes de cette époque,
l’inventaire des ressources artisanales du Québec ,réalisé entre 1938 et 1942 .On comprendra

6

INTRODUCTION

qu’il s’agit d’un instantané, qui est par ailleurs d’autant plus intéressant qu’il met en jeu les
divers processus de changement dans l’art populaire traditionnel, des changements influencés
par les tenants des grandes écoles québécoises de formation en art et en artisanat.
Le mouvement de modernisation de la société amène les créateurs populaires à s’expri
mer librement, indépendamment des pressions sociales et des diktats des écoles .C’est l’art
des patenteux d’art fte formeej tudc ia t’lbo 4.pihae tre t tni’lraliipscdi sui qnéllatsni’teC .tne
On y découvre tout un ensemble de formes d’expression populaire nouvelles ,qui vont
surprendre, et parfois même offusquer ,les citoyens dans leurs activités journalières. On traitera
également ici des graffeurs et graffiteurs qui viennent rejoindre certains artistes de l’art
indiscipliné dans leur contestation de la société ,et leur critique et opposition à ceux qui
possèdent les richesses de ce monde. La forme d’expression de ces graffeurs et graffiteurs ne
fait habituellement pas partie d’un examen de l’art populaire, mais,s i l’on considère que l’art
populaire est l’art de la société populaire ou l’art du peuple et qu’on y inclut l’art indiscipliné,
6
il n’y a qu’un pas à faire pour l’inclure .Un pas qu’il nous fallait bien faire un jour.
Le dernier chapitre de la première partie explore la créativité de la culture populaire
dans le temps .L’examen de l’évolution de la société et des changements dans la créativité
québécoise nous amène à définir des phases distinctes de cette créativité populaire, où des
types particuliers d’art populaire naissent ,croissent et disparaissent .Cet exercice permettra
de comprendre la présence ,l’absence et même la coexistence de tel ou tel type d’œuvre à
un moment ou à un autre de l’histoire. Enfin, une brève conclusion nous amènera à nous
e
demander ce que sera l’art populaire du xxi siècle, question que d’aucuns pourraient
trouver futile puisque nous avons affaire à des créateurs et à des innovateurs.
Le catalogue d’œuvres choisies accompagnant l’essai de cet ouvrage offre une synthèse
de l’art populaire québécois sous huit épithètes qui nous amènent à découvrir l’identité
québécoise sous l’angle de sa production d’art populaire .L’organisation de ce catalogue
constituera en quelque sorte une définition personnelle de l’art populaire québécois ,rendue
possible grâce aux témoignages des artistes ainsi qu’au regroupement des œuvres sous des
catégories qui souhaitent mettre en lumière le dynamisme et l’énergie qui président à la
production des œuvres.

Remerciements
Mes premiers travaux d’ethnographie sur le terrain ont débuté en 1970 dans la région du
Saguenay .Dès cette époque, je me suis intéressé aux techniques traditionnelles comme la
7
construction des fours à pain et aux témoignages de leurs artisans. Plus tard ,après avoir
été embauché par le Musée national de l’Homme (maintenant le Musée canadien de
l’histoire) ,j’ai été initié à l’art populaire par mes collègues du musée qui n’avaient que des

6. Michel Colardelle ,ancien directeur du projet de musée des civilisations de l’Europe et de la
Méditerranée, avait proposé d’inclure dans ce musée les formes nouvelles d’expression populaire
comme le tatouage et le graffiti .Conférence donnée à l’Université du Québec à Montréal le
8 octobre 2004.
7. Lise Boily et Jean­François Blanchette, Les fours à pain au Québec O,awttl de tan anoiM ,aeésu
l’Homme, 1976 ,127 p.

-

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

7

« hi ! » et des « ha ! » pour la collection d’art
populaire de Nettie Covey Sharpe .Steve
me
Delroy, qui avait interviewé MSharpe au
sujet de chaque pièce de sa collection ,en
créait l’index et procédait à la transcription
d’entrevues, toutes plus intéressantes les
unes que les autres, avec cette dame dont la
carrière m’intriguait .Une anglophone qui
s’intéressait au patrimoine des Québécois
francophone!s Elle en avait une maison
pleine sur les bords du Saint­Laurent ! Dans
e
une maison de pierre du xviii siècle en
plus ! C’était en 1979­1980, à une époque
où les antiquités les plus anciennes avaient
disparu des campagnes .L’époque aussi où
toute une génération de jeunes ethnologues
québécois francophones, dont j’étais,
Nettie et son gros chat Kim, juillet 1981.
s’éveillait à son patrimoine .J’ai fait le récit
Photo : MCC
de sa vie ,en utilisant une approche auto-IMG2012-0004-0001-Dm
biographique que j’allais adapter tout au
8
long de ma carrière d’ethnologue . C’est pour moi un honneur d’avoir pu rencontrer cette
femme d’exception et un très grand privilège de pouvoir continuer mes recherches dans
sa collection et dans la documentation qui l’accompagne.
J’ai été appuyé dans mon appréciation de Nettie Covey Sharpe par son neveu David
9
Covey, qui lui rendait régulièrement visite, et qui prenait d’elle, malgré son refus de se
laisser photographier ,des photos exceptionnelles. Il m’a aussi fourni quantité d’informations
me
sur la vie et l’œuvre de sa tante .Je sais gré aussi à deux grands amis de MSharpe, Léonard
Anderson et Merlin L.Acomb ,pour leur collaboration lors de l’inventaire des biens de leur
amie, après son décès .Le temps que nous avons passé ensemble dans la maison de Nettie
— devenue presque un sanctuaire du patrimoine où nous osions à peine élever la voix — à
examiner sa collection et à l’inventorier, a été pour eux l’occasion de me faire connaître
me
des passages de la vie de M Sharpe et son travail de collectionneuse, et de me souligner
jusqu’à quel point elle était une femme visionnaire et déterminée. Je leur en suis grandeme nt
reconnaissant.
Comme la collection d’art populaire de Nettie Covey Sharpe comprenait
principalement des œuvres traditionnelles amassées jusque dans les années 1970 ,il était important
10
d’ajouter à ce riche corpus les œuvres d’artistes et d’informateurs que j’ai rencontrés et
interviewés au cours de ma carrière pour être en mesure d’examiner le développement de

8.Voir le premier chapitre de cet ouvrage.
9. iv daD yseoCev filt le Cars de,yevoC ld erèrf iettNee .
10. Le terme «informateur» est utilisé couramment en ethnologie pour référer aux personnes que
nous interviewons et qui nous renseignent sur leur mode de vie et leur métier.

8

INTRODUCTION

l’art populaire québécois depuis ses origines jusqu’à nos jours. J’ai eu la chance, au cours
de ma carrière, de rencontrer des artistes dans toutes les régions du Québec. Parfois ,lors de
terrains consacrés à la recherche de créateurs québécois. Parfois, en réponse aux appels
d’artistes ou de leur famille. Parfois, au hasard de mes vacances .Cet ouvrage présente bon
11
nombre de ces créateurs et une sélection de leurs œuvres. Près d’une centaine de créateurs,
anciens et contemporains ,connus et inconnus, sont représentés dans cet ouvrage qui fait
référence à leurs témoignages et à leurs œuvres .On y croisera ainsi les Nelphas Prévost, les
sœurs Bolduc, les frères Bourgault, les Georges Bédard ,les Thomas Brisson ,les Marie­Éva
Lemieux ,les Gaston Bergeron, les Georges­Édouard Tremblay et bien d’autres ,tout aussi
attachants les uns que les autres.
De plus, sept artistes ont accepté mon invitation de participer à mon projet
d’explorae
tion de la diversité de l’art populaire du début du xxi siècle et d’en explorer la signification
culturelle .Je leur en sais gré, à eux et à leur famille ,car ils m’ont accueilli généreusement
pendant quatre années de recherche (2004 à 2008) qui m’ont permis d’amasser cette richesse
12
d’information sur leur expérience de vie et sur leur art .Ce sont Léon Bouchard ,Michel
Fedak, Clémence Lessard, Raymond Massicotte ,Fleurette Solomon, Jacqueline Tremblay
13
et Michel Villeneuve .Comme groupe, ils représentent une bonne variété de la créativité
en art populaire contemporain et une richesse d’expressions sur les plans tant verbal que
14
plastique. Le choix de ces artistes a été guidé par quelques critères de base. Je cherchais
une brochette d’artistes qui se trouvaient à différents lieux d’influence entre la tradition et
la modernité, deux paramètres centraux de mon étude. Par ailleurs, leur diversité de style
et d’esthétique ,de techniques et de matériaux utilisés était essentielle à ma sélection. Je
cherchais aussi des artistes peu connus des publics des musées et des galeries d’art afin que
ce livre soit ,à cet égard, original. Enfin ,ce qui m’intéressait chez eux, c’était l’expression
d’une créativité personnelle ,libre des grands courants de l’art. C’était l’expression singulière
de chaque artiste en dehors des formes préétablies et loin du déjà­vu .C’était la production
plastique influencée par le discours populaire, indépendamment des grands courants
académiques de l’art ou du discours dit savant.
J’aurais voulu faire l’histoire des antiquités au Québec et de leurs promoteurs .Et ma
rencontre avec Nettie Covey Sharpe m’amenait dans cette voie, d’autant plus que s’était
ajoutée, dans l’examen de sa collection, la rencontre de l’antiquaire Robert Picard et de
15 me
son épouse Michelle. Ils avaient bien connu MSharpe. Robert Picard avait quitté sa
profession de comptable pour devenir antiquaire en 1965 ,après avoir constaté que les

11. On retrouvera quelque 75 noms dans l’index des artistes, auxquels il faudrait ajouter ceux qui,
autrefois ,ne signaient pas leurs œuvres.
12.DécédéàRoberval en janvier 2012.
13. Décédé à 02 i .11e )iam nSagy (suenaruC ceettumiihoc
14. Voir leurs portfolios respectifs sur le site Du coq à l’âme. L’art populaire au Québec ,Gatineau,
Musée canadien des civilisations, 23 décembre 2010 ,au http://www.civilization.ca/cmc/
exhibitions/arts/art­quebec/art­quebec1­f.shtml.
15. Michelle Picard, historienne et ethnologue ,est directrice du Musée de la Maison Rosalie­
Cadron ,qu’elle et Robert Picard ont réussi à préserver ,restaurer ,aménager et animer depuis
1996.

Léon Bouchard et sa sculpture en
pierreL’Accomplissement, dans le
parc municipal de Sainte-Hedwidge de
Roberval en 2007
Photo : Jean-François Blanchette, 2007
IMG2013-0187-0009-Dm

Michel Villeneuve à l’œuvre chez lui
en 2006
Photo : Jean-François Blanchette, 2006

Michel Fedak chez lui, avec une grosse
prise
Photo : Jean-François Blanchette, 2006
IMG2013-0187-0006-Dm

Fleurette Solomon sculptant un
personnage en 2007
Photo : Jean-François Blanchette, 2007
IMG2013-0187-0008-Dm

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

Raymond Massicotte expliquant la puissance
énergétique
Photo : Marie-Louise Deruaz, 2008
IMG2008-0952-0022-Dm

9

Clémence Lessard et quelques-unes de
ses sculptures
Photo : Jean-François Blanchette, 2005
IMG2011-0174-0005-Dm

Jacqueline Tremblay peignant des œufs
d’émeus dans son atelier
Photo : Jean-François Blanchette, 2007
IMG2013-0187-0010-Dm

10

INTRODUCTION

Robert Picard avec une œuvre d’Épiphane Boucher (-1990),
Saint-Athanase-de-Rivière-du-Loup
Photo : Jean-François Blanchette, 2004
IMG2013-0187-0001-Dm

Michelle Picard tenant« Le taureau qui voit rouge »
Villeneuve (1926-), Pointe-au-Pic
Photo : Jean-François Blanchette, 2004
IMG2013-0187-0002

meubles d’occasion qu’il avait acquis à bas prix pour meubler sa maison ancienne de l’avenue
du Parc­La Fontaine à Montréal avaient une valeur patrimoniale et que leur prix allait
augmenter avec le temps .C’était l’époque où l’on cherchait plutôt à démolir ces vieilles
maisons qu’à les rénover et à jeter au feu ces meubles anciens ,symboles de la misère
de gens réalisaient ce que ces maisons et ces meubles représentaient pour notre histoire et
notre culture .Mais il s’en trouvait aussi d’autres qui, à l’instar de Nettie Covey Sharpe qui
mettait elle aussi la main en 1950 sur la vieille maison de pierre « qui ne valait plus rien »
de la rue Riverside à Saint­Lambert, achetaient d’anciennes maisons .Ils passaient pour des
illuminés .Je n’ai pas encore fait cette histoire des antiquités au Québec, mais Robert et
Michelle Picard y occuperont une place de choix, car ils ont été, pour moi et pour bien
d’autres spécialistes et amateurs d’antiquités et d’art populaire québécois, des conseillers
17
toujours soucieux de bien connaître et de préserver le patrimoine .
Mes collègues du Groupe de travail en art populaire ont été de précieux collaborateurs
lors de mes années de recherche, tout particulièrement lors de l’orientation de ce projet. Je
les remercie de leurs nombreuses interventions et participations à nos débats ,qui visaient
la connaissance de l’art populaire et de ses créateurs .Ce groupe était formé de Jean Simard,
professeur émérite d’ethnologie au Département d’histoire de l’Université Laval, de
Christian Denis, conservateur et coordonnateur du programme Patrimoine à domicile au

d’Ernest

16
.Peu

16. Quand j’étais jeune et collectionneur ,ce que je ne suis plus, j’accumulais les vieux meubles
québécois dans le sous­sol de la grande maison de mes parents .Ma mère ne comprenait pas.
Ces meubles représentaient pour elle toute la misère de ceux et celles qui s’en étaient servis
pendant plusieurs générations de familles nombreuses sans grands moyens.
17. On lira avec un intérêt renouvelé les nombreux articles qu’ils ont publiés dans Magazin’Art sur
l’art populaire et les antiquités du Québec depuis 1988.

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

11

Musée de la civilisation de Québec, de
Pascale Galipeau, ethnologue, auteure et
chercheure pigiste ,de Nathalie Boudreault,
directrice des collections et de la recherche
au musée rég ional La Pulper ie de
Chicoutimi, de Benoît Gauthier, alors
directeur du Musée québécois de culture
populaire, et Guy Coutu, archiviste au
même musée, d’Andrée Gendreau,
anciennement directrice de la recherche et des
collections au Musée de la civilisation de
Québec, de Conrad Graham, anciennement
Deux personnages clés dans les études sur la culture populaire
conservateur des arts décoratifs au Musée
au Canada. Luc Lacoursière visitant Carmen Roy alors qu’elle
McCord ,de Valérie Rousseau ,conservatrice
effectue, à titre de folkloriste à l’emploi du Musée national du
e
de l’art contemporain et du xx siècle à Canada, des recherches en Gaspésie en 1950. Elle deviendra
fondatrice du Centre canadien d’études sur la culture
l’American Folk Art Museum de New York,
traditionnelle du Musée national de l’Homme (maintenant le
ainsi que moi­même.
Musée canadien des civilisations) en 1970. Luc Lacoursière est
J’ai aussi bénéficié du résultat de nom -alors directeur du Centre de folklore de l’Université Laval, qu’il
a fondé en 1944.
breuses enquêtes faites par mes collègues du
Photo : Lida Moser, 1950
Musée canadien des civilisations et des col
BAnQ-Q, Fonds Lida Moser
laborateurs externes du musée ,ainsi que des P728, S1, DQ15, P49
nombreuses collections qu’ils ont bien docu ­
mentées et que j’utilise également dans ce livre. Parmi mes anciens collègues, je n’oublie pas
la confiance et le soutien que m’a prodigués mon patron de l’époque, Pierre Crépeau. En
plus de m’avoir embauché au Centre canadien d’études sur la culture traditionnelle, il m’a
initié au folklore et à l’art populaire et m’a guidé lors de mes premiers terrains dans ce champ
d’étude. Et évidemment ,bien avant et bien après cette période ,il y eut Paul Carpentier ,dont
la créativité et la perspicacité dans le domaine de la recherche sur le terrain furent des
exemples à suivre ,mais que peu d’ethnologues peuvent se vanter d’y avoir réussi. Enfin, et
non pas le moindre car en plus d’avoir été mon patron pendant près de dix années, il a d’abord
été un collègue de travail dans l’étude des arts populaires et de l’artisanat ,mon grand ami
Stephen Inglis ,qui a toujours été là pour m’écouter, me rassurer et m’encourager.
Je désire remercier mes collègues des divers départements qui m’ont aidé ,en fonction
de leur expertise propre ,dans la réalisation de cet ouvrage .D’abord mon patron David
Morrison, qui m’a accordé le temps et les ressources nécessaires pour effectuer la recherche
et rédiger le manuscrit ,Benoît Thériault, le spécialiste de Marius Barbeau et ses collègues
archivistes, Stéphane Laurin et ses collègues de la gestion des collections pour leur vaste
connaissance tant pratique que théorique de nos collections, ainsi que les restaurateurs, dont
le travail méticuleux permet de préserver les objets de la détérioration que le temps et les
conditions d’utilisation imposent forcément aux pièces de la collection. Il y eut aussi, au
cours des années, des stagiaires formidables d’études de deuxième cycle en muséologie qui
m’ont donné un solide coup de main dans la réalisation des diverses étapes de ce projet:
Mireille Bourgeois, Anna Ciociola ,Julie Côté, Wahsontiio S. Cross, Amanda McFillen,

12

INTRODUCTION

Croix de chemin dessinée par Paul Carpentier dans son carnet de terrain en 1971. Il y a écrit : « Croix de cheminc ,egrLabeice Maurhez
rang 1, Chambord. Plantée par Louis­Joseph Laberge en 1942. L’idée était venue de la J.O.C. [Jeunesse ouvrière catholique] mais le
voisin avait le bois mais pas l’habileté; un matin les Laberge ont trouvé un grand pin sur la grève, Dieu avait parlé. On y faisait le
me
mois de Marie. Inf. [Informateur] M Joseph Laberge, 76 ans. »
Dans le carnet on trouve la photo de Louis Joseph Laberge, âgé de 16 ans, en 1942, avec ses outils au moment où il vient de terminer
la croix.
Archives MCC, Fonds Paul Carpentier, Carnet 2, fo 118, 1971
IMG2012­0378­0001­Dm et 0002­Dm.

Catherine O’Sullivan, Catarina Palhau et Sarah Schmitt .Je remercie aussi Ginette Côté,
Henriette Levasseur et Marie Dufour qui m’ont accompagné da ns la préparation de diverses
versions de ce projet au cours des années. Enfin,j e remercie les Presses de l’Université
d’Ottawa qui ont su réunir une équipe de collaborateurs de haut calibre pour la préparation
de cet ouvrage :André La Rose à la révision linguistique, Régis Normandeau à l’infographie
et Nadine Elsliger à la correction d’épreuves. L’expertise et le savoir­faire des PUO auront
rendu possible la parution de cet ouvrage qui fera maintenant votre plaisir, cher lecteur.
De nombreux collaborateurs ,qu’ils soient collectionneurs ,donateurs ,historiens ,anti
quaires ou amateurs d’art populaire et de culture populaire ,m’ont aidé dans mes travaux
de recherche et de collection au cours des années et je leur en sais gré .Hélène­Andrée
Bizier, dont la vue sur le Québec d’hier et d’aujourd’hui comporte toujours des interpré
tations nouvelles et inspirantes, qui m’a proposé d’organiser les œuvres choisies accompa
gnant l’essai de cet ouvrage selon ce qu’elles peuvent nous révéler des gens qui les ont
fabriquées ,Micheline Blanchette, avec qui les discussions sur la famille, les arts et la culture
18
n’ont jamais manqué ni de vivacité ni d’authenticité, John Fleming ,dont le regard éclairé
sur l’art populaire ainsi que les qualités intellectuelles et esthétiques de ses livres ont été de
19
véritables sources de référence et d’inspiration ,Sylvie Plouffe et Barry Cole ,qui m’ont

18. On lira avec intérêt Micheline Blanchette, boyms le metheytsuoNos ss, nles,ymbom tyn souoS eh s
dans la culture québécoise francophoneoitidÉ seL ,ekoo8,00 2.,.C.G Gnsp .1 68 ,hSrerb
19. Je venais juste de remettre mon manuscrit pour production lorsqu’est paru l’ouvrage de Fleming,
Rowan et Chambers. Il n’est donc pas cité ici .Néanmoins, j’ai pu bénéficier de bonnes

-

-
-

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

permis de mieux connaître et apprécier le
travail de May Cole quant à la sauvegarde
de notre patrimoine, Adrien Levasseur, qui
partage si généreusement les découvertes en
art populaire qu’il a faites d’un bout à
l’autre du Québec, Lynda Cloutier ,qui met
à notre disposition sa connaissance des
20
artistes de la Beauce, sans oublier Peter
Baker et Wesley Mattie, qui, ayant bien
connu Nettie Covey Sharpe, ont contribué,
Chantal Roussel devant « Été 1963 » d’Archélas Poulin qu’elle
de diverses manières ,au développement de
a remis au musée de la part de sa grande amie Carole Leduc,
me
notre connaissance de l’art populaire.
petite­fille d’Archélas Poulin. Merci M Roussel !
Photo: Jean­François Blanchette, 9 septembre 2013.
Jean Simard et Dominique Foisy­
Geoffroy ont revu mon manuscrit et m’ont
proposé des corrections et quelques réorganisations, et je leur en suis reconnaissant.
L’organisation finale du manuscrit et les idées émises demeurent toutefois mon entière
responsabilité.
Enfin, les auteurs le savent, se consacrer à l’écriture demande à nos proches une abné
gation de temps et d’écoute. Je tiens donc à remercier mon conjoint Johnny Drouin pour
sa patience, ses suggestions et son encouragement lors des nombreuses heures d’écriture
empruntées sur le temps que j’aurais voulu consacrer à notre vie commune, car les strictes
heures de bureau n’auraient jamais suffi pour écrire cet ouvrage.

13

-

Un soudeur de métier a réalisé cette boîte
aux lettres singulière, qui a fait son temps,
entre Scott et Saint­Bernard, en Beauce.
Photo: Jean­François Blanchette, 2004
IMG2011­0210­0001­Dm
discussions avec lui sur ce sujet passionnant, en particulier sur le sempiternel problème de la
définition de l’art populaire.Voir John A. Fleming et Michael J. Rowan, anaCnaidloF rA ktot
1950T ehot,nevsrU inof Aity ta Plber02 ,sser 755 ,21otPh (p.iephraoges A. s de Jam E,ondm
Chambers).
20. L’une de ses nombreuses réalisations est, selon moi ,la seule manière objective de regarder l’art,
qu’il soit populaire ou autre .En effet, dans le très beau film evêr eLoémoR edar pon, cre
dleaétivité sans créer le cadre restrictif de ce qu’on appelle «populaire».Voir Simon Poulin, eLr e êv
de Roméo,eiraM­etniaS ,DDV, rpdot8 0( i n, 0e2Piotunloonmi cna oemimSungood Cc uIimta
de Lynda Cloutier).

Page blanche conservée intentionnellement

PREMIÈRE PARTIE

Page blanche conservée intentionnellement

CHAPITRE
«POUR PASSER LE TEMPS»
OUAU­DELÀ DU TEMPS QUI PASSE

La définition de l’art populaire comme art de la culture populaire ou art d’un peuple met
la table pour cet ouvrage .S’ensuit l’explication des diverses méthodes d’entrevue utilisées
lors de mes rencontres avec les artistes, car elles ont façonné les propos recueillis et elles ont
permis d’aller au­delà de l’expression «pour passer le temps» .Enfin ,on découvrira, grâce
aux techniques de terrain utilisées, certaines des motivations qui animaient les artistes lors
de la création de leurs œuvres, au­delà du temps qui passe.

Définition de l’art populaire

À Montréal, tout le monde disait :«C’est de l’art naïf que tu fais.» Je trouvais ça telle
ment déplaisant… Je ne suis pas naïve! Ici, en Beauce ,ils me disent que je suis une
1
artiste populaire .Je n’aime pas plus ça! (Clémence Lessard)

1

-

On hésite avec raison à définir ce qu’est l’art populaire .Les membres d’un groupe de
2
travail en art populaire , composé de spécialistes de l’art populaire québécois ,se sont penchés
sur cette question à plusieurs reprises et il ne leur a pas été possible de s’entendre sur une
définition qui couvrait tout à la fois la créativité et les artistes qui produisent cette forme
d’art. Ils ont cru y arriver, mais, chaque fois ,ils trouvaient bien des exemples d’œuvres qui
n’entraient pas dans la définition et de vies d’artistes qui contredisaient leurs assertions. La
créativité même des artistes et le renouvellement que cela comporte semblent contraires à
toute tentative de définition du sujet .Les artistes refusent qu’on les place dans un cadre
comme on tente de le faire dans un champ d’étude .Comme le disait ,au sujet de ces
créateurs, Pierre Gauvreau, l’un des signataires du bolg suefRla et grand collectionneur d’art
populaire avec son épouse Janine Carreau ,«Les distinctions ne sont qu’académiques. Ce
3
qui les définit ce sont leurs œuvres!»

1.Communication personnelle de Clémence Lessard ,17 octobre 2006.
2. uQna t àal al asil ort revuOn groe cedansupe sem etd sed merb oet cde. gerauvortni’l noitcud
difficulté de définir l’art populaire, voir Jean Simard, Bernard Genest ,Francine Labonté et René
Bouchard, ecQuéb du uo rapssPrt as:mptee lerserialupop setsiQuéb, emtnreenoGvuce , ud béuQ ,ce
o
Ministère des Affaires culturelles ,coll. «Les Cahiers du patrimoine» ,n17, 1985, p.12 sqq.
3. Pierre Gauvreau, dans le film de Charles Binamé Gauvreau ou l’obligeance de la liberté, DVD,
Montréal ,Vivalogik et Vivavision,2001.

17

18

«POUR PASSER LE TEMPS » OU

AU-DELÀ DU TEMPS QUI PASSE

Joseph­Aimé Houde (1932), La Sainte Famille, Rivière­Éternité, 8 décembre 2006
Pièce sculptée dans une seule bûche de bois et peinte au début des années 2000
Photo: Jean­François Blanchette
Archives MCC 2009­H0015.1.2.1.8
Chaque année, à la fin novembre, les habitants de ce village pittoresque du Saguenay créent d’ingénieuses crèches de Noël, qu’ils
installent devant leur maison.

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

Nelphas Prévost aimait sculpter des violons dans les chantiers. Ses outils étaient très rudimentaires : canifs, haches, limes et autres
instruments tranchants. Ici, il démontre sa technique, dans son village de Fasset, en 1981.
Photo: Jean­François Blanchette
Archives MCC S85­893

19

20

«POUR PASSER LE TEMPS » OU

Clémence Lessard à Saint­Joseph­de­Beauce
Photo : Jean­François Blanchette, août 2007
MCC IMG2013­0187­0005­Dm

AU-DELÀ DU TEMPS QUI PASSE

jEAN-FRANçOIS BLANCHETTE

21

Pour moi, dans cet ouvrage ,l’art populaire c’est l’art de la culture populaire .C’est l’art
issu du discours populaire avec les diverses formes qui se développeront en même temps
que changera la culture populaire, de sorte que les formes observées aujourd’hui se dis
1
tinguent des formes observées antérieurement ,alors que la société était traditionnelle .On
découvrira donc, au fil des ans ,diverses formes de créativité plastique, les artistes qui les
produisent ainsi que les sociétés dont ils sont issus. On verra que l’art populaire est le reflet
d’une société vue par des créateurs aux perceptions tantôt traditionnelles et rationnelles,
tantôt indisciplinées et débridées .D’hier à aujourd’hui ,l’art populaire nous révèle toute son
expressivité ,soit à travers la beauté des objets anciens ,soit à travers l’âme subtile ,vive,
ironique ,parfois contestataire et révolutionnaire ,de l’art populaire contemporain.
L’art populaire ,c’est l’art du peuple .La tradition s’inspire du milieu et retourne dans
le milieu. La production de l’œuvre d’art populaire traditionnel présuppose l’influence et
même l’acceptation du milieu où elle se développe .Le milieu s’y retrouve comme dans
l’œuvre de tradition orale .En ce sens ,l’œuvre d’art populaire traditionnel est une œuvre
conformiste puisqu’elle respecte les règles et les voies de la société traditionnelle. La création
ou la répétition respecte ainsi les éléments de base du code culturel .L’œuvre d’art populaire
traditionnel se distingue donc de celle des patenteuxtion est la créa ,odtn, euqitarcnysoidi
2
comme celle des créateurs de jardins imaginaires. Dans ce dernier cas ,l’appartenance à un
groupe ou à une collectivité, ou encore la reconnaissance par ce groupe ou cette collectivité,
3
ne sont pas un critère de sélection ,car nombre de créateurs originaux, de patenteux ed te
gosseuxq ,’ugreiysenL ai ts s,nutrrlaeecnocroio nb dre rap sétejer tnoé.utnamuom curle
autrefois dans la société traditionnelle entre le créateur, l’œuvre et son destinataire a fait
place ,pour certains types d’œuvres ,à un antagonisme culturel .Cela ne devrait pas nous
surprendre si l’on remarque que la division des classes ,liée à l’individualisme dans la
créativité, permettra la prolifération d’œuvres qui, bien que faisant partie de l’ensemble culturel,
n’obtiennent pas la reconnaissance qu’elles méritent objectivement ,quand elles ne sont pas
tout simplement méprisées.
Il y a lieu de dire un mot ici sur certaines formes de créativité associées à l’art populaire :
l’art naïf et l’art brut. Ces deux formes, qui existent depuis longtemps, se sont maintenues
jusqu’à aujourd’hui ,indépendamment des changements socioculturels survenus au cours des
siècles. En ce qui concerne l’art naïf ,je dois dire que je n’ai pas retenu ce terme lors de mes
études de l’art populaire en raison du danger d’associer la naïveté de l’œuvre à une soi­disant
naïveté de l’artiste. Car, si l’œuvre peut sembler naïve ,ce n’est pas le cas de l’artiste .Les livres

1. Pour une définition exhaustive de l’art populaire traditionnel, on lira le classique d’Henry Glassie,
The Spirit of Folk Art : The Girard Collection at the Museum of International Folk Art, rkoY weN ,
Abrams, 1989 ,276 p.
2. Jean­François Blanchette, ler em tpsoPp ruessa, numa-nacae séMuua ,iten ,aG9118 de éditt inscri
dien des civilisations, Centre canadien d’études sur la culture traditionnelle (Fonds Jean­François
Blanchette ,81­62), p. 6­7.
3. Contrairement au principal critère de sélection de l’inventaire des artistes populaires au Québec
de Jean Simard, qui considérait «le principe de la reconnaissance dans la culture d’origine […]
comme principal critère de sélection » et qui a présenté ceux qui « semblaient jouir de la
meilleure reconnaissance de la part de leurs pairs». Jean Simard et al. ,op .cit. ,p. 14­17.

22

«POUR PASSER LE TEMPS » OU

Calvaire, entre Saint­Paul de Button
et Notre­Dame du Rosaire, comté
Montmagny, s. d.
Photo : Laboratoire TAVI, Trois­Rivières
ASTR, 0014­Q3­157

AU-DELÀ DU TEMPS QUI PASSE

Épitaphe de J. Arthur Fournier
(18631931), « menuisier­charpentier, meublier,
sculpteur au canif, fabricant de stèles
funéraires… et journaliste pigiste à
la défunte Action catholique » (Michel
Chassé, L’Oie blanche, au sujet de
J. Arthur Fournier, avec la participation
de Réal Fournier et de Jean Simard,
Mémorial de Saint-Jean-Port-Joli, Saint­
Jean­Port­Joli, Musée de la mémoire
vivante, 2012, 556 p., au http://cmatv.
ca/archives­oie­blanche/lancement-
du­memorial­de­saint­jean­port­joli/,
12 novembre 2012).
Photo attribuée à Albert Tessier,
Laboratoire TAVI, Trois­Rivières, v. 1938.
ASTR, 0014­Q3­92

Croix de fer servant de monuments funéraires au cimetière de Sainte­Anne, Québec
Archives MCC Fonds Marius­Barbeau E2005­01343

Croix funéraire, cimetière de
SaintAndré­Avellin, 1981
Photo: Jean­François Blanchette, 1981
MCC IMG2013­0187­0003­Dm

Croix de chemin au trait­carré,
en face du village de
Sainte­Mariede­Beauce, 1919.
Photo: C.M. Barbeau
Fonds Marius Barbeau 45893

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