L auteure et autres nouvelles
77 pages
Français

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L'auteure et autres nouvelles , livre ebook

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Description


Être à la hauteur pour recevoir « L’auteure », voilà la préoccupation première de l’héroïne du texte qui ouvre ce recueil. C’est son compagnon qui l’a conviée, une écrivaine célébrissime qu’il ne faudra surtout pas décevoir. Une pointe de jalousie fait qu'elle y met un peu de mauvaise volonté, pourtant il faudrait que tout soit parfait. Mais voilà, rien ne se passe comme elle l’avait prévu.


Ismaël devient prématurément dépendant à cause d’une méthode de pêche dangereuse, des petits enfants initiés par leur grand-mère aux bienfaits de la soupe aux orties, d’anciens amis à nouveau rassemblés par la mort de l’un d’entre-eux, une virgule qui n’en fait qu’à sa tête, une famille déchirée, un cancre qui ne l’est pas tant que cela et enfin la nostalgie qui resurgit à cause d’une photo découverte dans un magazine.


Huit nouvelles ayant des thèmes complètement différents que l’écriture majestueuse de Brigitte Lécuyer rendent passionnantes. Impossible de s’en lasser.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9783722250458
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Brigitte Lécuyer
 
 
L’auteure
et autres nouvelles
 
 
© Brigitte Lécuyer
Bookless Editions
Tous droits réservés
Décembre 2018
Isbn : 978237222 5045  
 
 
L’auteure
 
 
 
 
Ce soir-là, j’avais déjà coupé les olives en julienne, haché les canapés au saumon, donn é à manger au jambon à l’os, râpé le chien et mis le four au frigo ou le contraire. J’étais fin prête à recevoir les invités. Oui, non, tout allait bien madame la marquise, à vingt heures j’allumerai les bougies, avant ce n’était pas la peine. Un malheur arrivait si vite.
Calée dans mes sabots, j’attendais aussi le dernier moment pour me faire belle, mettre ma petite robe noire spéciale soirée, mon collier de perles noires aussi, de Tahiti (cadeau de Bertrand) et mes escarpins de princesse des mille et une nuits, en solde, mais une petite folie tout de même. J’étais juste un peu stressée ces temps-ci, par mon travail, le nouveau patron, des locaux neufs et peu adaptés, les enfants qui profitaient du divorce pour se trouver des circonstances atténuantes à leur médiocrité scolaire, le chien malade qui vomissait partout, le hamster qui fuguait de sa cage et qu’on retrouvait dans le tiroir à chaussettes, lesquelles en dentelle, finissaient à la poubelle.
Exceptionnellement, Noisette coucherait dans le garage. Les enfants étaient déjà casés chez mon ex dont ce n’était pas le jour, mais j’avais promis juré de les reprendre dimanche à 10 heures tapantes, juste avant que débute le grand prix de Monza ou de Spa je ne sais plus. Parce qu’il me connaissait bien, Josselin se méfiait encore. Il ratait à cause de mon nouveau mec et de ses idées d’auteur e , un ciné, un resto, une soirée d’enfer avec ses potes. Et quoi d’autre encore ?
Moi, j’angoissais d’avoir à inviter cette inconnue, l’amie d’enfance de mon ami, qu’il venait de retrouver grâce aux amis de mes amis sur facebook. Cette grande auteure comme il l’appelait avec emphase ouvrait bientôt sa maison d’édition ! Éditeur , il n’avait que ce mot là à la bouche ! À ma connaissance, on ne disait pas encore éditeuse. É diteuse, gigoteuse, rieuse, trieuse, friteuse, chieuse, tous ces mots se mirent à valser dans mon crâne et à me donner le tournis. Moi aussi je savais écrire et faire des vers sans en avoir l’air comme Victor Hugo, et je n’en faisais pas tout un plat.
J’avais ouvert le frigo où se revigoraient une barquette de tomates cerise, des minis concombres et des carottes en bâtonnets taillés de mes petites mains. Un Sauvignon bien frais me tendait ses bras dorés, je l’ai attrapé. J’en ai sifflé une bonne lampée, directement au goulot et ça m’a fait un bien fou.
Histoire d’amuser la galerie, j’ai demandé à Bertrand quelle taille elle faisait son auteure et si elle n’allait pas devoir se baisser pour passer notre porte avec sa moitié. Mais Bertrand n’avait pas ri, mais pas ri du tout. Consterné, voilà il était consterné et me trouvait consternante, ridicule et même jalouse.
Alors moi jalouse ai-je pouffé. Moi jalouse, en fait je… et bien oui je l’étais, mais je n’allais pas lui avouer, il aurait avancé ses arguments et justement, je n’avais pas envie de les entendre ce soir, ses arguments
J’ai retrouvé les verts murs de ma cuisine. En douce, j’ai descendu un bon tiers du Sauvignon qui était bon mais trop sucré. Je commençais déjà à voir trouble et à flotter. Une douche chaude s’imposait. Alors que je sortais de la salle de bains et que j’étais presque maquillée Bertrand qui surfait tranquille sur Internet au lieu de m’aider, avait bifurqué vers la cuisine, histoire de voir l’avancement du chantier. Comme s’il avait été piqué par un aiguillon de guêpe géante j’ai entendu son cri. Forcément il avait vu… le bordel. Je suis descendue sur la pointe des pieds.
T’as vu l’heure m’a-t-il férocement lancé en tapotant sa Rollex (une fausse). D’après lui, Je devais en priorité ranger ce merdier et attaquer la cuisson du jambon à l’os. Il a débité tout un tas de trucs minables qui ne faisaient rien qu’attiser le mal au crâne qui sourdait à mes tempes : j’ai compris dans une sorte de ouate, qu’il allait se taper la honte de sa vie et que j’étais capable de tout faire foirer, de ruiner ses projets littéraires, de foutre sa vie en l’air… et gnagnagna…
Dans un sursaut, j’ai riposté : « Parce que t’as l’intention de lui faire visiter la cuisine à ton auteureu, tu crois vraiment que ça va l’intéresser ton auteureu, ta cuisine de prolétaire ? » J’avais beau arranger tout ça dans ma tête : auteure, je n’y parvenais pas. J’étais sujette au vertige et ça me faisait juste penser à l’altitude ; prendre de la hauteur, elle et ses grands airs.
Parce que Bertrand avait lourdement insisté, je savais la tête qu’elle avait, je l’avais vue à la télé à se gausser dans ces fameuses émissions où l’animateur flattait ses invités comme la croupe d’une jument, tous ils se la jouaient grammaire exemplaire, s’écoutaient parler, débitaient des mots pompeux accrochés les uns aux autres comme les wagons d’une vieille locomotive, et ça faisait tchout tchout tchout jusqu’à plus soif.
Elle, la star, l’auteure, elle était au-dessus de la mêlée. Elle croisait et décroisait ses jambes de girafe avec classe, replaçait mollement une mèche désinvolte, puis elle suçotait une branche de ses lunettes d’un air concentré. Tout en elle était étudié, maniéré, surfait. Et sa coiffure ! Une choucroute blindée de laque carrément obsolète. Mais comment allait-elle dignement s’asseoir dans mes canapés défoncés sans se coller la collection complète de poils roux sur son joli postérieur. Comment allait-elle survivre au milieu de la poussière de mes bouquins dont elle allait sûrement éplucher les titres. C’est sûr, elle se sentirait obligée de faire ses commentaires sur ma « culture de gare », mais elle attendrait peut-être que je file en cuisine.
D’un coup, une honte épaisse et brute m’est tombée dessus, j’ai eu honte d’aimer les bandes dessinées de Claire Brétecher et tout un tas de livres qui n’avaient reçu aucun prix. Sur mes étagères Ikea, les Goncourt ne se bousculaient pas, pas plus que les Renaudot ou les Femina. Il y avait bien un peu de poésie, Rimbaud, Prévert et… Alphonse Allais qui d’un pas gai allait rejoindre Verlaine et Gérard de Nerval au rayon classique. Et puis en se baissant on trouvait des petites nouvelles sympas et quantité de romans anglais et irlandais à l’humour ravageur et des romans d’Outre Atlantique qui m’emportaient loin, très loin, là où je n’irai jamais, faute de fric. Alors si elle voulait qu’on l’appelle auteur, on le ferait, mais auteure avec un e au bout, ce n’était pas plus glorieux qu’épicière, fermière ou bouchère. En attendant, je préférais dire écrivaine, mais je n’étais pas contre le genre masculin.  Mais pas contre du tout.
Je suis remonté e poser une touche de bleu-vert sur mes paupières pour mettre mes yeux de biche à l’honneur. On a sonné et sonné encore et comme Bertrand n’avait pas l’air de réagir, j’ai dévalé l’escalier mes escarpins jolis aux pieds. Ce n’était que le livreur de sushis au cas où, l’auteure de mes deux ne mangeait pas de jambon. On ne sait jamais avec les auteures. Des capricieuses, ces petites bêtes-là. Des nourritures intellectuelles, tu parles ! En tout cas qu’on ne me raconte pas qu’ils sont à jeun sur les plateaux, pour parler comme ça, c’est PAS de la flotte qu’ils ont dans leurs verres à la télé.
J’ai réglé les sushis avec la carte bleue de Bertrand, il me devait bien ça ! Je l’ai rangée bien gentiment dans son porte-carte cuir de veau garanti et comme il n’épluchait pas ses comptes, il ne s’en rendrait pas compte. C’était ma petite revanche, lui faire payer ses dépenses somptuaires pour l’auteure. J’avais déjà sommeil et je savais que j’allais faire pâle figure avec mes yeux cernés et mon brushing raté. J’ai allumé les bougies, ramassé un lego qui avait échappé à l’aspirateur. J’ai posé l

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