La Trappe
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La Trappe , livre ebook

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Description

"La trappe est parfaitement lisse.
Je comprends mieux pourquoi ils m’ont demandé de retirer mes chaussures. Sur ce genre de métal brossé, les chaussettes glissent sans problème ; un peu trop, même. Le moment venu, rien ne viendra gâcher ma chute et je leur offrirai un joli spectacle.
Mais il reste encore sept minutes avant l’heure prévue et j’essaye de rester concentré sur la position de mes pieds, qui ont tendance à vouloir s’éloigner l’un de l’autre. La tension, sans doute, qui me fait suer et qui rend mes chaussettes un peu humides, ce qui est diablement vexant.
… / …
Sept minutes, bientôt six. L’horloge murale accomplit consciencieusement son travail. On pourrait croire que rester debout sans moufter pour quelques poignées de secondes supplémentaires n’est pas bien compliqué…eh bien, si vous le pensez, je vous invite à venir prendre ma place.
Parce que le problème, avec la trappe, ce n’est pas seulement qu’elle finisse par s’ouvrir…c’est que ça fait déjà presque une heure que je suis dessus avec une corde autour du cou…"
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Nouvelle d'environ 14700 mots (approx. 80 pages sur liseuse numérique).
Par les auteurs du roman "Rémoras".

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 septembre 2014
Nombre de lectures 1 686
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA TRAPPE
Nouvelle

M.I.A



© M.I.A, juillet 2012. Tous droits réservés.
Éditions Hélène Jacob, septembre 2012. Collection Thrillers .
ISBN : 979-10-91325-07-3
La trappe est parfaitement lisse.
Je comprends mieux pourquoi ils m’ont demandé de retirer mes chaussures. Sur ce genre de métal brossé, les chaussettes glissent sans problème ; un peu trop, même. Le moment venu, rien ne viendra gâcher ma chute et je leur offrirai un joli spectacle.
Mais il reste encore sept minutes avant l’heure prévue et j’essaye de rester concentré sur la position de mes pieds, qui ont tendance à vouloir s’éloigner l’un de l’autre. La tension, sans doute, qui me fait suer et qui rend mes chaussettes un peu humides, ce qui est diablement vexant.
Car il ne manquerait plus que je me casse la gueule avant l’heure. Ça foutrait tout le protocole en l’air et ils semblent sacrément y tenir. Pour que le Gardien me laisse tranquille, je fais donc gaffe à garder les pieds bien alignés de part et d’autre de la ligne rouge et à ne pas bouger un orteil.
Ma chaussette gauche a un trou sur le dessus, près du pouce. J’aurais dû penser à ce genre de détail avant de quitter ma cellule et demander une paire de rechange. Même quand il est dans ma situation, un homme a bien le droit à un peu de fierté personnelle, après tout. Maintenant, c’est trop tard et ça va m’ennuyer jusqu’au dernier moment.
Inutile que j’en parle à l’homme debout derrière moi, il ne me répondra pas. Une fois qu’on est sur la trappe, on n’a plus le droit de lui adresser la parole, sauf pour la dernière question rituelle.
Sept minutes, bientôt six. L’horloge murale accomplit consciencieusement son travail. On pourrait croire que rester debout sans moufter pour quelques poignées de secondes supplémentaires n’est pas bien compliqué… eh bien, si vous le pensez, je vous invite à venir prendre ma place.
Parce que le problème, avec la trappe, ce n’est pas seulement qu’elle finisse par s’ouvrir… c’est que ça fait déjà presque une heure que je suis dessus avec une corde autour du cou…
1 – LA BANQUE
Tout est parti de travers dès le braquage de la banque. Cinq semaines de préparation pour perdre trois membres en moins d’une heure, moi j’appelle ça un fiasco, même si Ricky a insisté pour qu’on parle juste de « problème ».
Ricky était un crétin. Vingt ans à peine, un air de gros dur qui ne trompait personne et une tendance peu convaincante à vouloir se la jouer « vrai professionnel ». Le « problème », comme il aurait sans doute aimé le dire lui-même, c’est que Ricky n’est justement plus là pour en parler, puisqu’il est mort. Pas à la banque, mais quelques jours plus tard, quand on a voulu récupérer ceux qu’on avait perdus pendant le braquage et que le fiasco s’est transformé en désastre total.
Non, je dis une connerie… Ricky nous a quittés pendant l’épisode du fourgon, c’est Orson qui y est passé avant lui. Voilà que je m’embrouille… Je pensais pouvoir rester calme jusqu’au bout, mais la trappe me fait le même effet qu’à n’importe quelle autre personne qui serait à ma place. Je suis à deux doigts de me pisser dessus.
Si je mets de l’ordre dans ma tête, ça m’aidera à tenir jusqu’à la fin. Peut-être aussi que ça m’évitera de regarder l’horloge qui a l’air de se foutre de moi. Il suffit que je reste concentré et que je reparte bien du début.
Pour la banque, nous étions huit, dont deux nanas qui n’avaient rien à faire là, si vous voulez mon avis. Lana, une brune incendiaire aux yeux pas commodes, dont la seule expérience criminelle avait été de partir avec la caisse de son patron et de se faire pincer, et Sally, un petit ange blond au ventre rebondi, qui ne payait plus son loyer depuis des lustres et bouffait dans les poubelles. Sally était enceinte. Ça vous montre à quel point cent millions peuvent motiver les braqueurs les plus improbables. Elles sont mortes elles aussi, à présent. Je suis le dernier à y passer.
L’organisation générale du braquage, nous l’avons confiée à Karl, un type qui m’a tout de suite été antipathique mais qui avait de la suite dans les idées, il faut bien le reconnaître. Disons que c’était le moins mauvais de nous tous pour monter un plan valable. Le genre à arnaquer ses petits camarades dès l’école primaire, en leur revendant les billes qu’il venait de leur voler. Je pense aussi que c’était le plus gros salaud de la bande, même en comptant Lucas, qui était pourtant une sacrée pourriture. La preuve, c’est que Karl a réussi à durer un peu plus longtemps… mais moins que moi, ce qui fait que je me pose cette question : est-ce que je ne suis pas le pire de tous, finalement ?
Ce qui est sûr, c’est que j’aimais bien le vieil Orson, un barbu ridé qui avait l’air d’être revenu absolument de tout, y compris de sa propre vie. Lui et moi avions de longues conversations silencieuses très agréables. Je n’ai jamais réussi à seulement savoir ce qu’il faisait avant qu’on se retrouve tous dans ce bourbier. Je me dis que ça n’a plus grande importance à présent. Il ne reste que moi et ce foutu trou dans ma chaussette qui me fait horriblement honte.
Merde, voilà que ça me reprend…
La banque que nous avons choisie, parmi les huit agences WSB de la ville, était une petite bâtisse grise, dont la laideur extérieure ne reflétait pas du tout ce qu’elle avait dans le ventre. Nous aurions pu en trouver une plus prestigieuse, mais celle-là était censée être la moins sophistiquée, au niveau surveillance. Enfin, on a surtout fait confiance à Karl sur ce coup-là, vu qu’aucun de nous ne savait trop dans quoi il allait mettre les pieds.
Par la suite, on m’a d’ailleurs demandé pourquoi j’avais accepté de me lancer dans un truc pareil, alors que ma seule vraie compétence était le vol de voitures et que ça commençait à dater. Que voulez-vous que je vous dise ? L’idée m’avait juste semblé bonne sur le moment, comme ça a dû être le cas pour les autres. C’est un peu comme demander à un neurochirurgien pourquoi il s’est improvisé cardiologue dans un moment de désespoir. Il a forcément une raison de croire qu’il peut sauter le pas, même si elle vous échappe. Mais je reconnais que je n’avais aucune idée de la tournure que prendraient les événements. Je ne savais surtout pas à quel point je serais mauvais avec un flingue.
Les armes étaient censées impressionner les âmes sensibles, c’est tout. Il n’était pas du tout prévu qu’on les utilise et il n’y avait que Tony et Orson qui semblaient vraiment savoir ce qu’ils devaient en faire. Tony avait été champion de tir dans son bled natal et Orson avait peut-être participé à la dernière guerre, pour ce que j’en sais. Karl était bon lanceur de couteaux, lui. Il faisait des tours pour impressionner les filles, les premiers temps. Genre « je touche une pomme à dix mètres les yeux bandés ». Un salaud et un frimeur en prime…
Lucas était juste bon pour cogner et il adorait broyer les phalanges de Ricky à chaque fois que l’occasion se présentait, comme pour lui rappeler qui était le vrai dur, entre eux deux. Il faut dire que le CV criminel de Ricky se résumait officiellement à un incendie volontaire. Face aux quatorze types que l’autre avait étendus dans un bar, un soir de rixe, ça ne pesait pas très lourd. Mais j’ai toujours eu l’espoir secret que Lucas se réveillerait une nuit avec le cul en feu. Malheureusement, je n’ai jamais eu ce plaisir.
Enfin, tout ça pour dire que sur le plan des flingues, nous étions mal barrés. Heureusement, Lana était sacrément douée pour battre des cils quand ça devenait nécessaire et Sally était bonne comédienne. Karl a donc décidé de nous concocter – je le cite – un plan de type « psychologique » plutôt « qu’agressif ». Quand je pense au résultat, je me demande s’il n’aurait pas mieux valu choisir directement la deuxième option.
Derrière moi, je peux entendre la légère respiration du Gardien. Je l’avais presque oublié, celui-là, tellement il est discret. En presque une heure, il ne s’est même pas raclé la gorge une seule fois. Il prend tellement son boulot à cœur que j’ai presque autant de pitié pour lui que pour moi. Enfin, j’exagère un poil quand même…
Pour en revenir au plan, l’id&#

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