Les rencontres de Rome
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Description

Dame Alix doit mener seule ses combats. Partie à Florence, puis à Rome pour connaître le secret du célèbre tissage au fil d’or et l’intégrer dans les motifs du chef-d’œuvre qu’elle prépare, Alix fait la rencontre des grands peintres italiens dont Raphaël qui, plus tard, dessinera des grotesques, un art antique oublié et redécouvert récemment, pour orner ses tentures.


Son chef-d’œuvre achevé, Alix part à Bruges pour le présenter aux membres de la Guilde. Accusée d’avoir copié le thème qu’elle a choisi, elle est soutenue par l’oncle de feu son époux, cardinal au Vatican, et le banquier Alessandro van de Veere dont elle devient la maîtresse. Sa précieuse licence en mains, elle revient dans ses ateliers reconstruits en son absence.


Enfin, reconnue maître-lissière, elle peut créer ses propres productions et même aider à l’exécution des grandes tentures royales comme celles d’Auguste et la Sibylle et David et Bethsabée. Ses ateliers tournent et ses voyages à Rome et à Florence favorisent ses grands travaux.


Durant ce temps, Louis XII qui mène avec acharnement les guerres italiennes se bat à Bologne où se trouve Alessandro qu’Alix va rejoindre.

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Publié par
Nombre de lectures 26
EAN13 9782374535920
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
Dame Alix doit mener seule ses combats. Partie à Fl orence, puis à Rome pour connaître le secret du célèbre tissage au fil d’or et l’intégrer dans les motifs du chef-d’œuvre qu’elle prépare, Alix fait la rencontre des grands peintres italiens dont Raphaël qui, plus tard, dessinera des grotesques, un art antique oublié et redécouvert récemment, pour orner ses tentures. Son chef-d’œuvre achevé, Alix part à Bruges pour le présenter aux membres de la Guilde. Accusée d’avoir copié le thème qu’elle a choisi, elle est soutenue par l’oncle de feu son époux, cardinal au Vatican, et le banquier Alessandro van de Veere dont elle devient la maîtresse. Sa précieuse licence en mains, elle revient dans ses ateliers reconstruits en son absence. Enfin, reconnue maître-lissière, elle peut créer se s propres productions et même aider à l’exécution des grandes tentures royales comme cell es d’Auguste et la Sibylle et David et Bethsabée. Ses ateliers tournent et ses voyages à Rome et à Florence favorisent ses grands travaux. Durant ce temps, Louis XII qui mène avec acharnement les guerres italiennes se bat à Bologne où se trouve Alessandro qu’Alix va rejoindre. Les Ateliers de Dame Alix Les Ateliers de Dame Alix font revivre ces femmes d ont François 1er n’a pu se passer ! Louise d’Angoulême, M arguerite de Navarre, Claude d e France, Françoise de Chateaubriand, Anne d’Étampes, Éléonore d’Autriche, Diane de Poiti ers et même la lissière Dame Alix et ses filles… Tome 1, Les broderies de la cour Tome 2, Les Vierges du Vatican Tome 4, Le temps des galanteries Tome 5, Echec et Gloire Tome 6, Les triomphes
Née dans la Sarthe,Jocelyne Godarda longtemps vécu à Paris. Depuis quelques années, elle vit dans le Val de Loire. Les sagas et biographies romancées qu’elle a publiées au fil du temps ont toujours donné la priorité à l’Histoire et aux femmes célèbres des siècles passés. Ces femmes qui ont marqué leur temps, souvent oubliées ou méconnues, et qui, par leurs écrits, leurs œuvres, leurs engagements, leurs talents, leurs amours, ont signé l’Histoire de leur présence qu’elle n’a cessé de remettre en lumière. L’Égypte ancienne et le Japon médiéval l’ont fortement influencée. Puis elle s’est tournée vers l’époque carolingienne, le Moyen-Âge et la Renaissance. Et, plus récemment, elle a mis en scène, avec l’éclairage qu i leur revient, une longue saga sur l’investissement des femmes durant la Grande Guerre. Lorsque ses héroïnes sont fictives, elles ont toujours un lien étroit avec les femmes qui ont fai t la Grande Histoire. Dans ses plus jeunes années, elle s’est laissé guider par la poésie et e lle a publié quelques recueils. Puis elle s’est tournée vers le journalisme d’entreprise auquel ell e a consacré sa carrière tout en écrivant ses romans. Depuis son jeune âge, l’écriture a toujours tenu une grande place dans son quotidien. Un choix qui se poursuit.
Jocelyne GODARD
Les Ateliers de Dame Alix
TOME 3 LES RENCONTRES DE ROME
LES ÉDITIONS DU 38
Quand on excelle dans son art, et qu'on lui donne toute la perfection dont il est capable, on s'égale à ce qu'il y a de plus noble et de plus relevé. La véritable grandeur est libre, douce, familière, populaire ; elle se laisse toucher et manier, elle ne perd rien à être vue de près ; plus on la connaît, plus on l'admire. Elle se courbe par bonté vers ses inférieurs et revient sans effort dans son naturel ; elle s'abandonne quelquefois, se néglige, relâche ses avantages toujours en pouvoir de les reprendre et de les faire valoir ; elle rit, joue et badine, mais avec dignité. On l'approche avec retenue. Son caractère est noble et facile, inspire le respect et la confiance. (extrait desCaractèresde la Bruyère)
I
Après son périple à Rome, puis à Bruges, Alix ne revint à Tours qu’à l’automne. Mathias, son fidèle ami, s’était lancé avec un fol acharnement dans le travail. Sa douleur quant à la disparition de Florine semblait s’effacer peu à peu, laissant dans son esprit l’image d’Alix qu’il se promettait de conquérir. A présent, pour lui rien ne comptait plus que la retrouver pour lui prouver qu’il avait su remonter les ateliers. En son absence, il les avait remis en marche avec les maigres moyens dont il disposait. Mais, depuis que Julio ét ait rentré, les deux ateliers fonctionnaient à plein rendement avec quatre hautes lisses et quatre basses lisses qui permettaient dorénavant d’assumer un nombre de commandes supplémentaires. Oui ! Aux côtés d’Alix, Mathias reprenait vie, courage, espoir et agissait en plein accord avec elle. La jeune femme lui ayant laissé les pleins po uvoirs en son absence, Mathias avait rengagé le contremaître Arnold et sa femme, partis travailler chez un autre maître après l’incendie des ateliers d’Alix. Certes, le jeune lissier avait bien fait les choses, tant sur le plan de la reconstruction des lieux que sur l’engagement des ouvriers. Après avoir retrouvé Arnold, il s’était mis à la recherche de Landry disparu à Paris pour les mêmes raisons, puis revenu en Val de Loire. Il l’avait découvert à Blois alors qu’il recherchait du travail et, sans plus se poser de question, les deux hommes étaient revenus ensemble. Avec un réel soulagement, Alix voyait ses ateliers revivre. Seuls manquaient le visage, les yeux, la voix de Jacquou, mais elle avait enfoui en elle tout ce qui lui restait de lui, comme un merveilleux souvenir qu’elle ne laisserait certes pas échapper. Jacquou sommeillait doucement et éternellement là où son cœur battait encore. Alors, dégagée des tourments de la solitude et de la rancœur, elle se laissait submerger par son nouvel amour qui la transportait vers des horizons insoupçonnables, ceux d’une vive passion étrangement mêlée à cette Renaissance italienne qui arrivait peu à peu jusqu’en France. Et, avec son esprit créatif, curieux, ambitieux, volontaire, Alix ne pouvait manquer cela. Alessandro l’y aiderait. Après Julio, bien décidé à rester en Val de Loire, et Angela dont les compétences s’avéraient meilleures chaque jour, restait Pierrot, l’orphelin recueilli qui terminait son apprentissage. Quand Mathias avait revu Alix, un flot de joie l’avait submergé. La trouvant plus belle encore qu’à son départ, il était vaguement inquiet, pourtant, de cette lueur de bonheur qu’elle avait dans les yeux et qu’il devait maudire quelque temps plus tard, en apprenant la cause. — Alix ! souffla-t-il quand la jeune femme fut dans ses bras. Alix, si je n’avais pas eu tout ce travail, Dieu, que je me serais langui de toi ! Alix s’était mise à rire. Mais elle aussi ignorait encore que bientôt elle ne devrait plus se moquer de l’amour que lui portait Mathias. Elle comprendrait aussi que les tendres effusions qui les avaient réunis à l’heure de son départ en Italie et dans le Nord, étaient la suite cohérente de leur veuvage réciproque qui les avait plongés tous deux dans l’anéantissement total. Certes, tout aurait pu être différent si Alix n’était pas rentrée de Bruges les yeux avivés par cette lumière étrange que craignait tant Mathias. C elle qui hantait les yeux du jeune lissier était douce, tranquille, sereine, tellement pleine d’espo ir du renouveau qu’il attendait, tandis que la lueur qui brillait dans le regard d’Alix était le reflet d’une passion dévorante. Ainsi allait le destin. Alors que Mathias était resté seul, Alix avait trouvé la renaissance de l’amour. Elle n’en parlait cependant à personne et seuls Julio et Angela connaissaient la raison de
la joie qui soulevait tant son esprit et son cœur. — Nicolas ! Mon petit ange ! s’exclama-t-elle en so ulevant l’enfant de Mathias dans ses bras. Comme te voilà grand à présent. Oui ! Le fils de Mathias, qui avait si peu connu sa mère, respirait la force et la santé. Alix le garda contre elle, respirant cette odeur de la petite enfance, si tendre encore. Le bambin se mit à rire, à babiller, à gazouiller des mots incompréhensibles. De sa petite main potelée, il tapotait le visage de la jeune femme. — Ton fils est superbe, Mathias. — C’est un peu le tien, Alix, murmura son compagnon. Tu l’as nourri, élevé et même sauvé des flammes, rappelle-toi. — C’est vrai. Nicolas est presque mon enfant. Elle le serra davantage contre elle, comme si, soudainement, elle ne voulait plus le lâcher. Oui ! Nicolas était son enfant, le fils que, par deux fois, elle n’avait pu mettre au monde. — Nous t’apprendrons le beau et grand métier de lissier, Nicolas. Tu seras l’un des plus forts, ça je te le jure ! Elle le tendit à Bertille qui s’approchait, l’air joyeux d’avoir enfin retrouvé sa maîtresse. Les effusions furent sincères et chaleureuses. Bertille prenait si bien en main l’intendance de la grande maison qu’Alix n’eut aucun mal à retrouver ses habitudes. — Et maintenant, déclara la jeune femme, allons voir les merveilles que tu as faites, Mathias. Le jeune lissier repoussa une mèche drue qui retombait sur son front. Puis il fit glisser ses doigts dans son épaisse chevelure de ce blond roux et chatoyant qui se remarquait tant de loin. Il entremêlait lentement ses doigts aux mèches rebelles, comme pour en redresser l’ordonnancement souvent bousculé par l’agitation du travail. Un geste qu’il effectuait toujours quand son esprit était absorbé par une idée qui lui tenait à cœur. O r, à cet instant précis, le point essentiel résidait dans ce qu’il avait réalisé en son absence. Ses yeux intensément bleus soutinrent quelque temps le regard de la jeune femme. Elle posa la main sur son épaule. — Oui ! Allons, acquiesça-t-il. Les ateliers, qui se tenaient non loin de la maison, près de la place Foire-le-Roi, avaient été entièrement rebâtis. Ils se touchaient et les annexes, qui n’avaient pas été endommagées par l’incendie, avaient été agrandies, si bien que, mordant sur la cour intérieure, elles atteignaient presque le bout des ateliers. — Nous pourrons bientôt tout réunir, décréta-t-il. Cela nous permettra de doubler les stocks de fournitures et, ainsi, de gagner du temps sur la finition des ouvrages. — C’est immense ! s’extasia la jeune femme impressionnée par l’ampleur des lieux. — Il y avait suffisamment d’argent pour le faire, j ’en ai profité, déclara Mathias, fier de sa réussite. Nous pourrons acheter encore une lisse et prendre un plus grand nombre de commandes. — Mais il faudra engager du personnel. L’as-tu prévu ? — Bien sûr. Arnold connaît un jeune ouvrier qui cherche du travail. Il devrait se présenter dans quelques jours. Nous le prendrons à l’essai et, s’il fait l’affaire, nous le garderons. Du second atelier arrivèrent Arnold et son épouse. Les retrouvailles furent joyeuses. Arnaude raconta aussitôt que Guillemin était un grand garço n et que, bientôt, il pourrait rendre des petits services si Alix le laissait faire son apprentissage dans ses ateliers. — Mais Guillemin n’a que huit ans ! protesta Alix en souriant. — Tu sais bien qu’il connaît déjà tous les fils et que, d’instinct, il écarte les mauvais des bons ! Mathias prit la jeune femme par le bras et l’entraîna hors des ateliers.
— Viens, fit-il. A présent, je voudrais te montrer autre chose. Elle le suivit, prête à voir les autres prodiges que le jeune lissier avait réalisés. Ce n’était qu’un projet, mais quel projet ! — Regarde ! Sortant par l’arrière des ateliers, ils se retrouvèrent à l’extérieur de la cour dont l’un des angles donnait sur la place Foire-le-Roi. Julio accourait et désignait de la main le lieu désert qui, autrefois, n’était qu’un abri stockant les céréales d’un vieux marchand tourangeau. Le vieil homme étant mort sans laisser d’héritier et le stockage vidé n’ayant pas été remplacé, les murs plutôt sales et délabrés avaient été cédés à Mathias, pour le compte d’Alix, à très bas prix. Julio s’excitait : — Ça pourrait être l’emplacement de notre comptoir italien. Qu’en penses-tu ? — Magnifique ! s’extasia la jeune femme. Magnifique ! — La place au sol totalise plus de quarante pieds de long et vingt de large, affirma Julio, les yeux brillants de joie. Tout au fond, nous pourrions aligner les lisses et sur le devant les tables et le comptoir. — Oui ! Merveilleux. Et si nous construisons le bât iment en une pièce unique, mais de très grande dimension, nous pourrions exposer nos tentures sur les murs. — Sûrement pas, Alix, objecta aussitôt Mathias, c’e st un risque qu’il serait dommage de prendre. As-tu pensé au vol ? La nuit, les rôdeurs sont toujours attirés par ce genre d’expositions. — Sans parler d’un autre risque d’incendie pour lequel nous ne sommes nullement à l’abri. Y as-tu songé, Alix ? rétorqua Julio d’un ton qui amena l’inquiétude sur tous les visages. Mgr Jean t’a bien mise en garde. Avec tes ennemis tourangeaux qui épieront le moindre de tes mouvements, il faut envisager le pire. Tu devrais installer un gardien. — Tu as raison, répliqua Alix. J’ai été suffisammen t prévenue contre les agissements des lissiers de Tours qui me narguent et me surveillent. Il nous faut un gardien. Julio hocha la tête. — Il ne sera pas facile d’en trouver un de toute co nfiance. Nous ne pouvons pas prendre n’importe qui. — J’ai ma petite idée, fit Alix. — Laquelle ? demandèrent ensemble Mathias et Julio. — La comtesse d’Angoulême m’a écrit que Juan et Lisette ne voulaient pas rester à Amboise. Et, à présent que Léo est là pour conduire l’attelage, Juan pourrait fort bien garder les lieux. Il suffirait de lui construire tout à côté une petite maison pour abriter sa famille, laquelle devrait s’agrandir. Angela qui venait d’arriver s’élança dans ses bras. — Oh ! Dame Alix, je vous avais promis d’apprendre à tisser. Julio est un excellent maître. Je sais déjà tendre mes fils sur la trame et reporter mes repères. Je n’avance pas très vite, mais je réussis chaque soir à prouver que j’ai progressé. — C’est vrai, Alix, Angela est douée. Elle me secondera bientôt. — Alors, je me félicite de ne pas t’avoir laissée mourir entre les mains brutales de cet odieux commerçant. Elle vit que Julio posait sur elle un doux regard tranquille. Une lueur qu’elle ne connaissait pas habitait son œil noir. Se pouvait-il donc qu’il fût amoureux de cette petite, encore une enfant, et qu’il laissât de côté les questions religieuses ? Puis elle sourit en hochant la tête. N’était-elle pas, elle-même, tombée amoureuse de Jacquou à
l’âge de huit ans ? C’est ainsi que, le plus naturellement du monde, Ma thias avait pris la direction des deux ateliers. Lui qui, novice autrefois, avait été sous les ordres d’Arnold installé dans les lieux bien avant son arrivée, se retrouvait après Alix le maître de tout. Si Alix Cassex, la nouvelle lissière tourangelle, disait-on dans toute la ville, avait effectué ce choix, c’est que Mathias avait toujours prouvé son infaillible fidélité envers elle, tandis qu’Arnold, bien qu’il fût généreux et sincère, allait plutôt dans le sens où le vent tournait. Une première fois, il s’était enfui avec sa femme et so n fils, comme beaucoup l’avaient fait, durant la terrible peste dernière, la laissant seule désempar ée. Son second abandon avait eu lieu après l’incendie où, sans travail, il avait dû chercher un autre emploi, ce qu’Alix avait fort bien compris. Cependant Mathias, bien qu’ayant aussi un enfant à charge, était toujours resté près d’elle, bravant peste et incendie, essuyant avec elle les peines et les tourments qui pleuvaient sur leurs épaules, mais souriant aussi dès qu’une accalmie venait éclaircir l’horizon. N’était-il pas normal qu’à présent Mathias prenne u ne place de choix, juste derrière Alix, et se retrouve le maître des ateliers ? La jeune femme ne regrettait pas sa décision. Après tout, Arnold restait le contremaître, Landry serait son ouvrier et Pierrot son apprenti. Chacun savait qu’Arnold était un bon élément, capable, sérieux, honnête et travailleur. Ces points-là étaient incontestables. Mais il avait tou jours manqué du sens des responsabilités qui, sans aucun doute, sortait l’ouvrier de sa condition subalterne. Mathias avait plus d’audace et de fermeté, plus d’envergure aussi. Il l’avait prouvé en faisant fonctionner les ateliers, sans aucun moyen, après l’incendie qui avait tout emporté. Tandis que Mathias était un responsable, Arnold ne serait toujours qu’un bon exécutant. Oui ! Alix pouvait se reposer entièrement sur son ami Mat hias et penser à ses voyages brugeois et florentins qu’elle devrait désormais organiser pour rapporter des commandes. Mais ce qu’ignorait encore la jeune femme c’est que , ce soir-là, le cœur du lissier devait saigner douloureusement devant les mots qu’elle s’apprêtait à lancer tandis que Bertille apportait un plat de lentilles qui dégageait une bonne odeur de topinambours et de lard fumé. — Je vais m’absenter quelque temps, fit-elle en se tournant vers Mathias. — Mais tu viens juste de rentrer ! objecta son compagnon en la regardant étonné. Où veux-tu aller ? — Oh ! Pas très loin, fit Alix d’un ton embarrassé. Je dois me rendre tout d’abord à Amboise, puis peut-être à Blois et Orléans. Après, je dois aussi… — Ah ! coupa Angela d’un ton joyeux, le sire Van de Veere viendrait-il dans la région, par hasard ? Mathias en resta pantois. — Le sire Van de Veere, qui est-ce ? — C’est le banquier, indiqua Alix un peu confuse. — Mais que vient-il faire à Tours ? — Négocier, prendre des contacts, chercher de nouveaux clients. Il a de nombreuses activités. — Dans cette région ! — Oui ! Sans doute. Il perçut un léger énervement dans l’attitude d’Alix et n’insista pas. Puis, le souper achevé, après les embrassades habituelles, chacun rejoignit sa chambre afin d’être frais et dispos le lendemain à l’aube. Mathias avait son logis tout à côté de la grande maison où Bertille et Alix gardaient avec elles
le petit Nicolas. Après avoir quitté silencieusement la table, et guettant Angela dont la chambre se trouvait sur le passage de la sienne, il l’attrapa par le bras et jeta d’une voix troublée : — Qui est ce Van de Veere ? — Mais Alix vous l’a dit, c’est le banquier de Bruges. — Pourquoi vient-il en Val de Loire ? — Je… je crois qu’Alix l’a invité. Mathias pâlit. — Invité, mais où ? — Je ne sais pas. Elle doit sans doute vouloir lui rendre ses gentillesses. — Lui rendre ses gentillesses ! répéta Mathias d’un air ahuri sans rien comprendre. De quelles gentillesses parles-tu ? La pâleur de son visage s’accentua et ses yeux bleus s’allumèrent de colère, une lueur noire les assombrit. — Elle est allée chez lui. — Où ? — Dans sa maison de Bruges. — Longtemps ? — Je ne sais pas. Oui, sans doute. Nous sommes repartis tout de suite après, je ne peux pas vous en dire davantage. Le visage de Mathias prit une pâleur effrayante, celle d’un mort. Ses mâchoires se contractèrent. Il leva une main tremblante et passa ses doigts nerveux au travers de sa chevelure rousse. Puis, d’une voix étouffée, il poussa un juron. — Ce Van de Veere la courtise-t-il ? Consciente qu’elle en avait trop dit, Angela se mit à frissonner. Elle ne voulait pas causer de tort à Alix et elle sentit que c’était chose faite. Mathias lâcha son bras et poussa un nouveau juron. — Oh ! Mathias ! lança Angela d’une petite voix, c’est avec elle que vous devez discuter de tout cela, pas avec moi. Comment ne pas comprendre qu’Alix avait appartenu à cet homme ? Comment ne pas être désespéré quand il pensait de plus en plus à un tendre rapprochement entre eux, le petit Nicolas scellant leur affection réciproque ? Tout s’éclairait à présent. Alix avait un amant. Vo ilà d’où venait cette lumière éclatante qui brillait dans son œil, cette lueur qui ne lui était pas destinée, ce vacillement de la prunelle réservé à ce banquier qu’il détestait avant même de l’avoir vu. Après cette flagrante désillusion qu’il ne pouvait encaisser, il y eut ce lendemain où Mathias n’était pas à l’atelier. Quand la jeune Angela raconta son bref entretien avec lui, Alix prit peur. Où était-il allé ? Durant deux jours, il ne revint pas et elle dut par tir à sa recherche. Mais où pouvait-elle le trouver ? Fouiller toute la ville de Tours était im possible. Le temps lui manquait. Alessandro devait arriver d’un jour à l’autre. Comment allait- elle s’y prendre ? Oui ! C’était impératif, il fallait qu’elle retrouve Mathias avant la venue du banquier florentin. Alix entra dans presque toutes les auberges de la v ille et s’informa sans succès. Personne n’avait vu Mathias, qu’on appelait « le Lillois ». Chaque fois qu’elle posait la question, Alix restait pensive sur la réponse négative qu’elle recevait en retour. On lui conseilla cependant d’aller voir sur les bords de la Loire pour le cas où il serait allé se promener. Dubitative quant au terme « se promener » , Alix sentit son inquiétude tourner carrément en angoisse.
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