Ottawa, lieu de vie français
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Description

Ottawa, lieu de vie français discusses the urban
changes and the ways in which Ottawa francophones
began thinking about and building their city, from the
1960s onwards, the ideas and actions of that period still
shaping life in French Ottawa today. 



Stemming from the Chantier Ottawa collaborative
and interdisciplinary project, this book brings together
over twenty researchers specializing in the history of
francophone institutions in the national capital,
its leaders, and its networks. It analyzes the growth and
the characteristics of the French-speaking population
throughout the years, its growing diversification, and
the transformation of its living environments. 




It brilliantly reconstitutes the events that have marked
the recent history of Ottawa, describes the contexts in
which these events took place and the conditions that
made them possible. They contributors also reflect on
the current and future impact of this history, both for
Ottawa and throughout Ontario.
Ottawa, lieu de vie français traite des transformations
urbaines et des façons pour les francophones d’Ottawa
de penser et de construire leur ville, à partir des années
1960, creuset d’idées et d’actions qui moulent encore
aujourd’hui la vie française de la capitale. 



Issu du Chantier Ottawa, un projet collaboratif et
interdisciplinaire, cet ouvrage magistral réunit des
chercheurs qui s’intéressent à l’histoire des institutions
francophones de la capitale, au profil de leurs
dirigeants, à leurs réseaux. Il analyse la croissance et les
caractéristiques de la population de langue française
au fil du temps, sa diversification grandissante, et la
transformation de ses milieux de vie. 




Il reconstitue de main de maître les événements qui ont
marqué l’histoire récente d’Ottawa, décrit les contextes
dans lesquels ils se sont produits et les conditions qui
les ont rendus possibles, et réfléchit à leur portée, tant
immédiate que pour la suite des choses à Ottawa et
ailleurs en Ontario.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 novembre 2017
Nombre de lectures 8
EAN13 9782760325777
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0072€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

COLLECTION " AM RIQUE FRAN AISE
Comit ditorial : Michel Bock (directeur), assist de
Benoit Doyon-Gosselin, Yves Frenette,
Anne Gilbert et E.-Martin Meunier
Chad Gaffield, Aux origines de l identit franco-ontarienne : ducation, culture, conomie , 1993.
Peter W. Halford, Le fran ais des Canadiens la veille de la Conqu te : t moignage du p re Pierre Philippe Potier, s. j ., 1994.
Diane Farmer, Artisans de la modernit : les centres culturels en Ontario fran ais , 1996.
Robert Toupin, Les crits de Pierre Potier , 1996.
Marcel Martel, Le deuil d un pays imagin : r ves, luttes et d route du Canada fran ais : les rapports entre le Qu bec et la francophonie canadienne (1867-1975) , 1997.
Suzelle Blais, N ologie canadienne, ou Dictionnaire des mots cr s en Canada et maintenant en vogue de Jacques Viger , 1998.
Estelle Huneault, Au fil des ans : l Union catholique des fermi res de la province d Ontario, de 1936 1945 , 2000.
Donald Dennie, l ombre de l Inco : tude de la transition d une communaut canadienne-fran aise de la r gion de Sudbury (1890-1972) , 2001.
Jean-Pierre Wallot (dir.), Le d bat qui n a pas eu lieu : la Commission Pepin Robarts, quelque vingt ans apr s , 2002.
Jean-Claude Dub , The Chevalier de Montmagny (1601-1657) : First Governor of New Franc e, traduit par Elizabeth Rapley, 2005.
Jean-Pierre Wallot (dir.), La gouvernance linguistique : le Canada en perspective , 2005.
Michel Bock (dir.), La jeunesse au Canada fran ais : formation, mouvements et identit , 2007.
Marcel B n teau et Peter W. Halford, Mots choisis : trois cents ans de francophonie du D troit du lac ri , 2008.
Anne Gilbert, Michel Bock et Joseph Yvon Th riault (dir.), Entre lieux et m moire : l inscription de la francophonie canadienne dans la dur e , 2009.
Pierrick Labb , " L Union fait la force ! L Union Saint-Joseph d Ottawa/du Canada 1863-1920 , 2012.
Joel Belliveau, Le " moment 68 et la r invention de l Acadie , 2014.
E.-Martin Meunier (dir.), Le Qu bec et ses mutations culturelles : six enjeux pour le devenir d une soci t , 2016.
Fran ois-Olivier Dorais, Un historien dans la cit : Ga tan Gervais et l Ontario fran ais , 2016.

Les Presses de l Universit d Ottawa (PUO) sont fi res d tre la plus ancienne maison d dition universitaire francophone au Canada et le seul diteur universitaire bilingue en Am rique du Nord. Depuis 1936, les PUO " enrichissent la vie intellectuelle et culturelle en publiant, en fran ais et en anglais, des livres valu s par les pairs et prim s, dans le domaine des arts et lettres et des sciences sociales.
R vision linguistique : Jos e Therrien et Colette Michaud/CRCCF
Correction d preuves : Colette Michaud
Mise en page : discript enr.
Maquette de la couverture : discript enr.
Illustration de la couverture : [Rue York, March By, Ottawa], [197 ?]. Photographie : n b ; 29 cm 7,5 cm (Universit d Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, Fonds Jean-Robert-Gauthier (P348), Ph268-1/848).

Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives Canada
Ottawa, lieu de vie fran ais / sous la direction de Anne Gilbert, Linda Cardinal, Michel Bock, Lucie Hotte et Fran ois Charbonneau.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7603-2575-3 (couverture souple)
ISBN 978-2-7603-2576-0 (PDF)
ISBN 978-2-7603-2577-7 (EPUB)
ISBN 978-2-7603-2578-4 (Kindle)
1. Canadiens fran ais - Ontario - Ottawa - Conditions sociales. 2. Ottawa (Ont.)
- Conditions sociales. I. Gilbert, Anne, 1954-, directeur de publication
II. Cardinal, Linda, 1959-, directeur de publication III. Bock, Michel, 1971-,
directeur de publication IV. Hotte, Lucie, directeur de publication
V. Charbonneau, Fran ois, 1974-, directeur de publication FC3096.9.F85O88 2017 305.811 4071384 C2017-905538-0 C2017-905539-9

D p t l gal : 2017
Biblioth que et Archives Canada
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Les Presses de l Universit d Ottawa ; Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, 2017
Imprim au Canada

Les PUO sont reconnaissantes de l appui financier leur programme d dition qu offrent le gouvernement du Canada, le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts de l Ontario, la F d ration canadienne des sciences humaines, par l interm diaire des Prix d auteurs pour l dition savante, et l Universit d Ottawa.
la m moire de Robert Yergeau
Introduction
Ottawa, lieu de vie fran ais
Anne GILBERT, Michel BOCK, Linda CARDINAL, Lucie HOTTE et Fran ois CHARBONNEAU, Universit d Ottawa
Pendant toutes ces ann es, qui correspondaient la fin de mon adolescence, j ai eu l impression de vivre dans une ville assi g e au milieu d un monde en guerre. Il ne se passait pas un jour sans que l on n apprenne quelque histoire confirmant la fin imminente d une vie qui avait perdu son sens originel. L glise perdait ses fid les, le quartier perdait du monde, la communaut francophone d m nageait au Qu bec ou en banlieue, m me les personnes changeaient de visage avec l habillement jeune, les coiffures, les lunettes. Tout changeait ! La musique, les magasins, les restaurants, m me certains noms de rue. Des difices entiers qui taient pour nous des rep res depuis toujours taient d molis, des rues taient effac es de la carte, surtout dans la basse-ville, et de nouvelles art res apparaissaient l o il n y avait eu que des champs ou des usines v tustes du temps de la guerre, la vraie.
D ANIEL P OLIQUIN 1
C ES ANN ES VOQU ES PAR R OCKY , le jeune homme dont Daniel Poliquin raconte les souvenirs d adolescence dans L historien de rien , ce sont les ann es 1960, et cette ville assi g e, c est Ottawa, qui changeait alors radicalement comme bien d autres grandes villes du pays. R novation urbaine, explosion d mographique des banlieues, disparition d industries qui avaient fourni son gagne-pain une bonne partie de la g n ration pr c dente bouleversaient l ordre du monde des francophones de la capitale. Leur quartier le plus ancien, la Basse-Ville, qui avait accueilli les premiers francophones au d but du XIX e si cle, en sortirait profond ment transform , alors que les plaines LeBreton, autre quartier francophone embl matique, allaient tre compl tement ray es de la carte, laissant un trou b ant dans le paysage et for ant la population migrer ailleurs Ottawa, ou de l autre c t de la rivi re, dans ces localit s qui forment aujourd hui Gatineau. Drame pour les uns ou r ve d habiter la banlieue enfin r alis pour les autres, peu importe, puisque la communaut s en est trouv e fortement branl e, d autant plus que ses institutions traditionnelles taient aussi touch es par le changement. Un ensemble de " petits scandales en t moignaient, relat s aussi par Poliquin : vie en couple hors mariage, divorces, planification des naissances, crise des vocations religieuses, d saffection l gard de la paroisse et de ses organisations ; les m urs changeaient, ce qui branlerait les bases du r seau associatif autour duquel s tait difi e la vie fran aise Ottawa. Rocky, pour sa part, affirme : " Moi, j tais content. Comme tous les jeunes de mon ge, je pensais que les servitudes d autrefois avaient fait leur temps et que la libert venait d arriver en ville. Contrairement ses parents et grands-parents, il aimait bien " tout ce mouvement de m tamorphose . Ottawa participait ainsi sa fa on aux grandes mutations dont on parlait la t l vision. La ville, sa ville, n tait plus hors du monde.
Cet ouvrage traite de ces transformations et des nouvelles fa ons pour les francophones d Ottawa de penser et de construire la ville, leur ville, partir des ann es 1960. Il examine leur nouveau mode d habiter ses quartiers, leurs luttes pour la reconnaissance de leur patrimoine urbain historique, leurs initiatives pour renouveler les institutions francophones de la capitale, voire pour s en doter de nouvelles, leurs actions pour am nager leur espace culturel. Il s int resse aussi aux nouvelles strat gies m diatiques et politiques qu ils ont d velopp es depuis ce moment charni re qu ont t les ann es 1960, afin de prendre la place laquelle ils aspirent pour eux et leurs enfants.
Des v nements-m moire
Comment raconter cette histoire des transformations d Ottawa, en tant que lieu de vie fran ais ? Comment d crire les changements qui se sont op r s chez les francophones d Ottawa dans leurs fa ons de vivre, de se d finir, de se gouverner, de faire de la politique ? Les auteurs des chapitres r unis dans cet ouvrage se sont inspir s, bien s r, des quelques travaux existants sur Ottawa, qui rappellent les grandes tapes de l histoire de la ville, depuis les d buts de Bytown 2 . Mais ils n ont pas pu s y confiner : l histoire " officielle d Ottawa, celle des John Taylor, David Gordon et autres historiens de la capitale offre un r cit dans lequel les francophones sont marginalis s, voire invisibles. Nous avons donc choisi de la raconter selon la perspective des francophones en nous penchant sur leurs milieux de vie, leurs institutions, leur mobilisation et leur engagement. Cette recherche s inscrit dans la mouvance des histoires de Lucien Brault 3 et de Georgette Lamoureux 4 , dont les uvres phares renferment nombre d informations uniques sur les v nements, grands et petits, qui ont marqu l volution d Ottawa, du point de vue des francophones. Ces ouvrages datent toutefois et ils n ont pas toujours le regard critique que nous avons souhait poser sur l histoire d Ottawa en tant que lieu de vie fran ais 5 . Ce sont donc les v nements marquants de cette histoire particuli re de l affirmation des francophones comme citoyens part enti re qui constituent le fil conducteur de cet ouvrage. Il se rapproche ainsi de ces travaux en histoire contemporaine qui racontent " par le bas , du point de vue des exclus, des minorit s, des " soci t s sans histoire , en vue de renverser la perspective de l histoire classique. Il participe de cette tendance qui a men une nouvelle fa on d aborder l histoire des soci t s et qui est parvenue en r v ler des pans jusqu ici n glig s.
La lutte pour sauver le Patro, l ouverture de l cole De La Salle, la fondation du Mouvement d implication francophone d Orl ans (MIFO) et celle du Th tre de la Corv e, la mont e du mouvement C est l temps, la cr ation du Festival franco-ontarien, la mise sur pied du Conseil scolaire de langue fran aise d Ottawa-Carleton, l adoption d une premi re politique de langues officielles la Ville d Ottawa sont parmi les v nements qui sont racont s ici. Non seulement Ottawa, en tant que lieu de vie fran ais, a-t-elle connu, au fil des ans, des changements importants, mais ceux-ci ont fortement marqu celles et ceux qui les ont v cus. Cette poque de bouleversements, qui allaient mener la mise mal des certitudes des a n s et la disparition du monde dans lequel avaient grandi les acteurs de ces transformations, est rest e grav e dans la m moire de toute cette g n ration de francophones. S ils en parlent parfois avec nostalgie, ils insistent le plus souvent sur les institutions qu ils ont alors cr es, Ottawa comme ailleurs en Ontario fran ais, dans les domaines scolaire, culturel, juridique ou politique. Plusieurs actions qui ont marqu cette p riode sont devenues des hauts faits. Et les francophones de la capitale les mettent contribution all grement, lorsqu il s agit non seulement de c l brer leur pass et leur fiert , mais aussi de d fendre leurs acquis. L objectif de notre ouvrage est de reconstituer la trame de ces v nements-m moire, de d crire les contextes dans lesquels ils se sont produits et les conditions qui les ont rendus possibles. Nous r fl chissons aussi leur port e, tant imm diate que future, Ottawa et ailleurs en Ontario.
Transformations et r sistance au changement
Ce livre s int resse donc au changement dans ses multiples expressions. Il porte sur les conditions qui ont rendu possible " ce mouvement de m tamorphose de la francophonie d Ottawa voqu par Poliquin et sur la fa on dont il s est op r dans divers secteurs de la vie collective. C est ainsi que nous portons une attention particuli re aux acteurs du changement, individus et organismes. Les nombreux organismes francophones qui ont vu le jour Ottawa depuis les ann es 1960, tiennent une grande place dans notre r cit. Si ces nouvelles organisations n ont pas toujours r ussi orienter le changement dans la direction voulue - le meilleur exemple est probablement celui du Comit du r veil de la Basse-Ville Est, dont la vision du quartier tel qu il devait merger de la r novation urbaine est loin d avoir t entendue -, elles n en ont pas moins contribu consolider les bases institutionnelles de la francophonie d Ottawa.
Par ailleurs, l histoire de la francophonie ottavienne r v lera que ces nouveaux organismes n ont pas n cessairement fait consensus. Tous les acteurs francophones d Ottawa dont il est question dans nos pages n appelaient pas le changement avec la m me vigueur, et leurs visions quant aux transformations faire taient loin d tre les m mes. Notre r cit des transformations de la vie fran aise d Ottawa contient ainsi plusieurs r f rences aux tensions qui les ont souvent accompagn es. La r sistance au changement s est exprim e avec d autant plus de force qu il venait bousculer l ordre tabli par les organismes autour desquels la communaut s tait structur e jusque-l . L opposition la mise sur pied d coles publiques de langue fran aise, qui s est manifest e essentiellement Ottawa, est probablement l pisode de l histoire de l Ontario fran ais le plus connu. Mais il y a eu d autres divisions au sein de la francophonie d Ottawa qui sont discut es dans cet ouvrage. Tous les groupes n ont pas r agi de la m me fa on aux enjeux auxquels cette derni re a t confront e au cours des cinquante derni res ann es.
Le vent de d mocratisation qui a souffl sur la vie fran aise d Ottawa est l un de ces enjeux qui ont interpel l quipe de recherche. l instar de ce qui se passait ailleurs dans le monde, les francophones d Ottawa appelaient la participation d un plus grand nombre aux structures de d cision de leurs organismes, leur ouverture des positions jusque-l d valoris es. Les artistes et les cr ateurs ont jou ici un r le central. La francophonie d Ottawa a v cu des conflits de g n rations, dont certains auteurs rappellent les pisodes particuli rement houleux.
La politisation des enjeux tient aussi une place importante dans l histoire que nous proposons d Ottawa. Durant la p riode qui nous a int ress s, les francophones d Ottawa semblent avoir progressivement mis de c t leur peur de susciter un ressac de la part de la majorit anglophone et ils ont port leurs revendications sur la sc ne politique, que ce soit en mati re d ducation, de sant , de services sociaux et de loisirs. Ils ont d velopp cet gard des fa ons particuli res de faire qui ne sont pas trang res certaines r alit s proprement ottaviennes. Il convient de souligner les efforts des francophones d Ottawa pour investir le palier municipal, o ils ont t de plus en plus engag s, individuellement et collectivement. Les actions qu ils y ont men es ont eu une grande port e symbolique qui n aura pas t sans effet sur le d veloppement institutionnel que nous venons d voquer.
La singularit d Ottawa
Ottawa n est pas une ville comme une autre. Le dire ne d coule pas d un chauvinisme mal plac , mais bien de la n cessit de contextualiser les changements qui ont touch la vie fran aise d Ottawa au cours des derni res cinquante ann es. La ville a certaines particularit s, dont il faut prendre toute la mesure si l on veut comprendre les processus qui seront d crits ici. Deux d entre elles m ritent qu on leur porte une attention sp ciale.
Il y a quelque cent soixante ans, la reine Victoria d signait Ottawa comme capitale du Canada-Uni. Ce statut particulier a eu de fortes incidences sur l avenir de ce qui n tait alors qu une petite ville excentr e, dont l essentiel de l activit reposait sur l exploitation foresti re. La population augmenta d s lors au rythme de la croissance de la fonction publique, stimulant du m me coup la construction, le commerce et les services 6 . Ottawa est aujourd hui la quatri me ville la plus peupl e du pays, et elle jouit d un grand pouvoir d attraction, tant l chelle canadienne qu l chelle internationale.
La pr sence du gouvernement f d ral a contribu donner la francophonie d Ottawa un dynamisme in gal au pays. La d cision qu il prenait en 1970 de rendre la fonction publique bilingue a suscit une transformation en profondeur de la structure professionnelle des francophones, qui sont aujourd hui surrepr sent s dans l administration publique 7 . La population de langue maternelle fran aise affichait en 2011 le plus bas taux de ch mage. Ses revenus et revenus d emploi sont sup rieurs ceux de la population de langue maternelle anglaise. Et elle compte davantage de migrants interprovinciaux que cette derni re. Ces caract ristiques ne sont pas rest es sans effet sur ses ambitions et ses r alisations, port es par ailleurs par tous les maillons du r seau institutionnel francophone 8 . Ottawa a profit de sa proximit avec le gouvernement f d ral pour s affirmer comme le principal centre administratif, politique, litt raire et culturel de la francophonie canadienne. La ville s est ainsi distanc e de Qu bec et de Montr al pour prendre les r nes de la francophonie hors Qu bec, tout en s imposant progressivement devant Sudbury, sur le plan culturel, et Toronto, sur le plan politique.
La capitale a joui, cet gard, d un avantage certain. Fortes d avoir contribu difier un espace propice l panouissement des minorit s de langue fran aise partout au pays, ses lites francophones ont acquis une connaissance unique non seulement des rouages de l tat mais aussi des possibilit s offertes par le droit. Mais surtout, elles sont ressorties de leurs nombreuses confrontations avec la majorit , avec une conscience in branlable dans leur capacit d agir sur leur destin e. " Entre la nation et l ethnie , pour reprendre l expression de notre coll gue Joseph Yvon Th riault 9 , elles ont r solument pris le parti de la nation. Nous croyons que ce rapport particulier des chefs de file francophones d Ottawa la dualit nationale a eu un effet important sur l histoire d Ottawa, lieu de vie fran ais.
De ce point de vue, Ottawa a toutefois une histoire raconter qui va au-del de son r le de " capitale nationale : celle de ses r sidents francophones, qui y logent, y travaillent et y vaquent une foule d occupations au quotidien. Ils fr quentent ses glises et ses coles, ses garderies, ses h pitaux et ses centres de soin de longue dur e, ses biblioth ques et ses th tres, ils lisent ses journaux, coutent ses radios et participent aux nombreuses associations autour desquelles s est ciment e la communaut au fil du temps. Ils veulent que la Ville leur offre tous les l ments qui leur permettent de vivre la vie laquelle ils aspirent pour eux et leur famille. Les uns la r clament plus anim e, d autres la souhaitent plus paisible. Tous nourrissent le r ve qu elle soit propre et s curitaire, verte et accueillante, qu elle leur donne du travail et qu elle leur offre une diversit de services. Parmi ces r sidents francophones, ainsi que parmi les francophones des localit s avoisinantes qui m nent une bonne partie de leurs activit s Ottawa, plusieurs souhaitent travailler en fran ais et avoir acc s des services publics et priv s dans leur langue, quoique tous ne le crient pas haut et fort. Certains ont abdiqu , ne s tonnant m me plus que le fran ais n occupe pas une place gale l anglais dans la capitale du pays.
Bref, Ottawa cumule deux fonctions, celle de capitale et celle de milieu de vie pour ses r sidents. Les uns diront qu elles se juxtaposent, se superposent. Les chapitres de cet ouvrage montrent plut t qu il y a un v ritable couplage entre elles, qu elles forment une boucle dialectique, une boucle dynamique. La revendication d une ville officiellement bilingue, irr m diablement li e au statut de capitale du Canada, en constitue le meilleur exemple.
Le caract re frontalier d Ottawa et la proximit de Gatineau conf rent une autre particularit la r gion. Des milliers de Qu b cois francophones convergent quotidiennement vers Ottawa, pour le travail, les services sp cialis s dans les domaines de l ducation et de la sant , le magasinage, les loisirs. Ils contribuent la pr sence du fran ais dans les changes 10 . Cette pr sence qu b coise dans l espace francophone d Ottawa constitue une ressource inestimable pour la vie fran aise, en moussant la demande locale pour les services en fran ais et en pourvoyant certains postes dans les institutions francophones du c t ontarien de la fronti re.
La toile de fond
L histoire des francophones d Ottawa ne saurait tre racont e sans faire, en toile de fond, le rappel de certaines donn es quant leur nombre et leur territoire. Le nombre de francophones a augment depuis les ann es 1960, point de d part de la plupart des analyses qui sont pr sent es dans cet ouvrage 11 . Au cours des trente derni res ann es seulement, la population de langue maternelle fran aise 12 est en effet pass e de 104 120 131 299 (voir les tableaux 5.1 et 5.2 , p. 166 ), ce qui lui a permis de d velopper des assises plus solides sur le territoire.
Leurs institutions sont plus nombreuses, dans un ventail de plus en plus large de secteurs de la vie collective. Le nombre de francophones a atteint des seuils critiques qui lui permettent, aujourd hui, de b n ficier, par exemple, d un coll ge de langue fran aise et d un centre de th tre professionnel francophone. Durant la m me p riode, leur poids relatif a cependant diminu . La proportion de francophones es t pass e de 19,2 % 15,0 %. Diff rents facteurs y ont contribu , depuis l exogamie et la non-transmission du fran ais jusqu l anglicisation li e la difficult du fran ais s imposer comme langue de travail, et plus largement, comme langue d usage public dans la r gion. L attraction grandissante exerc e par Ottawa aupr s des immigrants a aussi jou en d faveur des francophones : le nombre d allophones a plus que tripl dans la capitale depuis 1981, et leur proportion a doubl . Bref, le tissu linguistique a chang , ce qui n est pas rest sans effet sur la place du fran ais et des francophones dans la vie collective.
Le territoire du fran ais a aussi chang (voir les figures I.1 et I.2 ). Il s est largi, d une part, vers le sud et l ouest notamment, o l on trouve aujourd hui des concentrations de francophones l o il n en existait pas au tournant des ann es 1970, favorisant l usage du fran ais dans de nouveaux voisinages et donnant sa l gitimit la revendication de services en fran ais qui soient accessibles partout sur le territoire d Ottawa. Mais c est surtout dans l Est que les nombres se sont le plus accrus, confirmant le r le d Orl ans comme p le de la vie fran aise en banlieue. Bien que leur poids relatif ait diminu dans plusieurs de leurs bastions historiques - Basse-Ville, Vanier, Orl ans, Westboro - et qu ils ne forment plus nulle part la majorit en 2011, les francophones repr sentent toujours une proportion importante de la population presque partout l est du canal Rideau. Notre ouvrage montre que cette continuit dans l occupation du territoire nourrit leur identit et contribue fortement leur affirmation dans l espace public, contredisant la th se selon laquelle l identit franco-ontarienne est de plus en plus coup e du territoire, situ e hors de l espace, la suite de l incapacit grandissante des francophones de d velopper des horizons d attente g ographiques 13 . Bref, leur r partition g ographique aura fortement aid les francophones s approprier la ville.


F IGURE I.1 - Carte illustrant la r partition de la population ayant le fran ais comme langue maternelle Ottawa en 1971, 1991 et 2011, en nombre.
Source: Statistique Canada, Recensements de 1971, 1991 et 2011 (secteurs de recensement de 2011).


F IGURE I.2 - Carte illustrant la r partition de la population ayant le fran ais comme langue maternelle Ottawa en 1971, 1991 et 2011, en pourcentage.
Source: Statistique Canada, Recensements de 1971, 1991 et 2011 (secteurs de recensement de 2011).
La d marche
Cet ouvrage se veut une synth se des travaux men s dans le cadre du Chantier Ottawa. Ce programme de recherche pluridisciplinaire a t mis sur pied par le Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise (CRCCF) l automne 2010 14 , en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyennet et les minorit s ( CIRCEM ) et le coll ge des Chaires de recherche sur la francophonie canadienne de l Universit d Ottawa, dans le but de reconstruire une histoire locale, communautaire, institutionnelle et urbaine d Ottawa, qui refl te la fa on dont la ville a t v cue par les francophones qui l habitent.
Parmi les objectifs du Chantier : reconstituer l histoire d une ville pour laquelle nous disposons de peu d interpr tations du point de vue des francophones ; r v ler des pans d histoire dont le contenu est souvent noy dans un r cit et un discours communautaires qui mettent l accent sur les r ves et les r alisations de la communaut franco-ontarienne en g n ral ; contribuer par cet effort intellectuel difier une m moire d Ottawa, f t-elle celle d historiens et autres praticiens des sciences humaines et sociales ; et participer ainsi, notre mani re et en nous appuyant sur ce que nous savons faire de mieux - chercher et interpr ter -, la construction identitaire sans laquelle tout avenir est impossible envisager pour la francophonie d Ottawa.
Le Chantier a produit un ventail de travaux, sur une diversit de th mes, dont plusieurs sont pr sent s ici. Les terrains d tude ont t nombreux, les questionnements divers. Les ann es 1960-1980, creuset d id es et d actions qui moulent encore aujourd hui la vie fran aise de la capitale, en constituent le point central. S ouvre, en effet, avec cette p riode de transformation, une nouvelle page de l histoire de la francophonie d Ottawa. Plusieurs disciplines ont t mises contribution : l histoire et la g ographie, les lettres et les sciences sociales. Le Chantier a b n fici du travail des plus grands sp cialistes de la francophonie ontarienne ainsi que de celui de nombreux jeunes chercheurs, qui en assureront la rel ve. Il a profit d changes particuli rement formateurs avec d autres quipes de recherche de l Universit Laval, de l Universit Concordia et de l Universit du Qu bec Montr al. Il a aussi b n fici de l appui de divers organismes communautaires, dont l Association des r sidents de la Basse-Ville d Ottawa, qui a particip activement aux recherches sur les transformations dont le quartier a t l objet et sur les mobilisations dont il a t la source, depuis plus de cinquante ans.
Les analyses font l objet de plusieurs publications, dont un num ro th matique de Francophonies d Am rique consacr Ottawa 15 , ainsi qu un livre, paru aux Presses de l Universit Laval en 2015 dans la collection " Culture fran aise d Am rique , sous le titre M moires et mobilisations 16 . Le pr sent ouvrage offre un retour sur ces travaux, tout en les prolongeant. Plusieurs nouvelles perspectives sont abord es. Et pour les questions qui auraient fait l objet de textes ant rieurs, de plus amples r sultats sont pr sent s, dans un effort commun d approfondissement des analyses des processus l uvre dans les transformations de l espace francophone d Ottawa. Chacun des textes offre ainsi des pistes de r flexion in dites sur le pass de la francophonie d Ottawa et sur la fa on dont il a influenc ce qu elle est devenue, au fil du temps.
La d marche qui a pr sid la production de l ouvrage est relativement unique. Tous les chapitres sont issus de la collaboration de la vingtaine d auteurs qui, dans le cadre d une s rie d ateliers, ont soumis leur texte l valuation des autres membres du groupe. C est ainsi qu histoire et g ographie ont crois le fer, que sociologie et science politique ont t discut es l aulne du droit, que les sciences humaines ont t confront es aux sciences sociales. Les d bats ont t assez houleux parfois, les d marches des uns n tant pas celles des autres, sans oublier la diversit des outils de recherche, depuis la recherche en archives jusqu aux entretiens en passant par le recours aux journaux. la suite de ces discussions, les auteurs ont pr cis leur th se, d velopp leurs arguments, consult de nouvelles sources. S inspirant des commentaires manant de coll gues travaillant dans des perspectives diff rentes de la leur, ils ont pouss plus loin leur r flexion tant sur les v nements qu ils ont choisi de raconter que sur les contextes qui les ont nourris ainsi que sur leurs cons quences, tant r elles que symboliques. Ainsi, notre ouvrage est pluridisciplinaire, dans le sens plein du terme. Non seulement regroupe-t-il des textes manant de diverses disciplines, mais il croise aussi, souvent, leurs questionnements et leurs conclusions.
La pluralit des regards
La pluralit des temps
Notre travail a donc ceci d int ressant qu il croise plusieurs regards. Il en r sulte une certaine diversit , notamment en ce qui concerne le temps. L ouvrage juxtapose plusieurs temporalit s. Les temps longs, qui couvrent souvent l ensemble de la p riode vis e par l ouvrage, sont ceux des transformations en profondeur des fa ons d tre et de penser. La s cularisation, par exemple, ou encore la d mocratisation des organismes communautaires s inscrivent dans de tels temps longs, sur une p riode qu il est d autant plus difficile baliser que la mont e de l individualisme, que d aucuns voient comme leur corollaire, ne semble pas s tre encore arr t e. Les temps courts sont ceux de la mobilisation autour d un enjeu sp cifique, de la mise sur pied de nouveaux organismes, du moment propice cr par les promesses d un futur gouvernement. Entre les deux, des p riodes plus ou moins longues de transformation d un quartier, de remise en question des structures du r seau associatif, d ouverture des artistes et des crivains un langage plus universel. Et encore l , certaines nuances s imposent. La modernisation et ses effets sur la francophonie d Ottawa s inscrivent, bien s r, dans un temps long, que certains feront d ailleurs remonter bien avant les ann es 1960. Mais elle n en a pas moins t ponctu e de moments relativement courts de prise de conscience et d adoption de pratiques nouvelles. La plupart des chapitres conjuguent ainsi plusieurs temporalit s, passant de l v nement court au temps plus long. Mais certains s en sont tenus l un ou l autre.
Autre l ment de diversit , tous les chapitres ne portent pas n cessairement sur la m me p riode. Les uns traitent des ann es 1960, qui ont vu s branler les certitudes, tant mat rielles que morales, autour desquelles s tait forg l espace francophone d Ottawa ; d autres concernent les ann es 1970, qui ont vu la refondation du r seau institutionnel et la consolidation du r le d Ottawa comme m tropole de l Ontario fran ais ; d autres ont pour objet les ann es 1980 et 1990, riches en v nements de toutes sortes sur le plan politique et porteuses d occasions nouvelles pour l affirmation du fran ais sur le territoire de la ville. Enfin, certains traitent des ann es plus r centes, marqu es par une plus grande diversit de la francophonie d Ottawa ainsi que par le d bat qui perdure sur le bilinguisme au palier municipal.
L organisation de notre ouvrage refl te assez bien cette logique temporelle : la premi re partie fait une large place aux v nements qui ont men , au cours des ann es 1960 et 1970, la d structuration des quartiers francophones traditionnels et des solidarit s communautaires d velopp es dans les voisinages qui caract risaient jusque-l la francophonie d Ottawa ; la deuxi me partie porte sur le r seau associatif francophone d Ottawa tel qu il s est renouvel durant les ann es 1970 et 1980 et sur les institutions dans les domaines scolaire et culturel qu elles ont vu na tre ; la troisi me concerne les actions qui ont men les francophones l assaut de la sc ne municipale pour y revendiquer un bilinguisme la hauteur de leurs attentes, depuis les ann es 1980.
La pluralit des espaces
Au-del du temps, notre ouvrage compose avec une autre pluralit : celle des espaces. En effet, le lieu de vie fran ais qu est Ottawa est englob dans des espaces plus vastes et englobe, son tour, des espaces de plus petite dimension. la base de cette construction en unit s g ographiques embo t es, on pense, bien s r, aux voisinages et aux quartiers francophones d Ottawa ainsi qu aux paroisses qui constituent, pour plusieurs, le principal point d ancrage dans la ville. Certains chapitres de cet ouvrage traitent d Ottawa cette chelle. La ville d Ottawa, dans son ensemble, fait l objet d autres chapitres qui s int ressent plus particuli rement aux lois et aux r glements r gissant la vie fran aise. D autres villes sont aussi voqu es, dont celles qui ont fusionn en 2001 pour former la ville d Ottawa que l on conna t aujourd hui. Vanier occupe, parmi ces villes, une place unique puisqu elle a t dirig e historiquement par les francophones, qui y ont longtemps form la majorit .
La r gion de la capitale nationale forme un autre espace de r f rence important pour ses habitants dans la mesure o leurs activit s d bordent souvent la fronti re de la ville, sans oublier le r le jou par les francophones de l Outaouais qu b cois dans la consolidation de plusieurs institutions ottaviennes. L Est ontarien, pour qui Ottawa constitue la m tropole et qui est au centre de son r seau associatif, fait aussi partie int grante de l histoire d Ottawa, lieu de vie fran ais. Si bien que l un et l autre se confondent souvent dans l analyse, surtout lorsqu il s agit de l action des organismes.
Les solidarit s provinciales et nationales et l ventail de collaborations et de synergies qu elles rec lent sont aussi venus infl chir le cours de l histoire qui sera racont e dans ces pages. Nombre de chefs de file ottaviens dont nous avons tudi les hauts faits ont aussi uvr l chelle provinciale ou au palier f d ral, de sorte qu il a t parfois difficile de d partager l histoire d Ottawa de celle plus g n rale de l Ontario fran ais ou de la francophonie canadienne. Enfin, on ne pourrait taire les influences venues d ailleurs dans le monde, qui ont teint aussi certains v nements marquants de notre histoire.
Cette pluralit d chelons g ographiques de la recherche sur Ottawa ne devrait pas tre per ue comme un probl me. Bien au contraire, la g ographie et les autres sciences humaines qui s y confrontent la tiennent pour un formidable atout en ce qu elle permet, depuis un lieu donn , d acc der la diversit des processus qui agissent sur le territoire. Certains l abordent de front, faisant de l tude de leur croisement l objet m me de leur recherche. D autres pr f rent ne pas trop s encombrer de la pluralit g ographique, devant la difficult de conceptualiser un enjeu plusieurs chelles la fois : ils choisissent d instinct de se concentrer sur un des chelons d analyse, contribuant ainsi clairer les dynamiques l uvre cet chelon particulier, quitte revenir plus tard d autres aires d action, de d lib ration, voire d identification. Nous avons observ ces deux tendances dans les textes r unis ici.
Pr sentation de l ouvrage
Intitul Ottawa, lieu de vie fran ais , ce livre propose treize chapitres, regroup s autour de trois axes de r flexion : le premier rappelle les changements qui se sont op r s dans la population francophone et son cadre de vie ; le deuxi me porte sur les transformations de l espace francophone et sa modernisation dans diff rents secteurs de la vie collective ; le troisi me examine le rapport changeant de la francophonie d Ottawa au politique et ses nouvelles fa ons de porter ses causes dans l espace public.
Les gens et les lieux
La premi re partie de l ouvrage r unit cinq tudes sur la population francophone d Ottawa, ses quartiers et ses autres points d ancrage g ographique au fil du temps. Elle s ouvre sur un portrait de la population francophone depuis les d buts d Ottawa jusqu en 1961, r alis par l historien Yves Frenette, avec la collaboration de Paul L. Gareau. Illustr de cartes repr sentant la r partition des francophones dans les quartiers centraux d Ottawa, ce premier chapitre d crit les lieux de leur enracinement dans la ville ainsi que certaines caract ristiques de la population sur le plan socio conomique. Il pr sente la ville d Ottawa avant qu elle n entre dans une p riode de changement qui viendra la transformer en profondeur.
Ce sont les transformations de la Basse-Ville caus es par la r novation urbaine qui servent de toile de fond au chapitre r dig par Caroline Ramirez. La naissance du Comit du r veil de la Basse-Ville Est et la r sistance qu il a offerte l urbanisme d vastateur dont le quartier tait la cible constituent un pisode particuli rement important de l appropriation de la ville par les francophones. Or il n avait pas t document jusqu ici. Le chapitre comble un vide important dans la litt rature.
Les chapitres suivants nous transportent vers Ottawa, lieu de vie fran ais tel qu il est aujourd hui. Celui de Rosalie Thibeault porte sur la gentrification de la Basse-Ville Ouest d Ottawa. L auteure s interroge sur les fa ons actuelles d y " faire communaut en tenant compte du fait que la population francophone s est beaucoup diversifi e dans le quartier depuis les ann es 1960. Enqu te l appui, elle illustre comment la culture agit comme ciment communautaire dans un milieu par ailleurs fortement anglicis et comment la m moire joue un r le important dans la coh sion entre les nouveaux r sidents et les francophones tablis depuis longtemps dans ce quartier francophone embl matique d Ottawa.
C est aussi d espace dont il est question dans le chapitre de Kenza Benali. L auteure tudie les revendications patrimoniales dans trois quartiers centraux d Ottawa qui ont t au c ur de la vie fran aise dans la capitale, dont la Basse-Ville, mais aussi les plaines LeBreton et Vanier. Ces mobilisations montrent toute l importance que prend l espace en tant que v hicule de la m moire collective et source d identit . Le patrimoine sert de vecteur de r sistance la domination de la majorit sur les destin es d une ville que la francophonie voit comme la sienne. Le texte illustre comment la conservation du patrimoine est devenue un l ment fondamental du maintien de l identit des francophones d Ottawa.
Le dernier chapitre de cette partie de l ouvrage s int resse aux mutations de la francophonie d Ottawa depuis 1981, la suite de l arriv e de nombreux immigrants francophones. Luisa Veronis et Philippe Couton y montrent que bien qu ils soient des acteurs incontestables d un renouveau social et d mographique prometteur, ces nouveaux arrivants sont souvent confront s aux in vitables difficult s que connaissent presque tous les migrants ainsi qu aux incertitudes concernant leur insertion dans la francophonie d Ottawa. Le cas du Centre de services communautaires de Vanier (CSC Vanier) illustre bien les enjeux li s leur int gration. Ce chapitre brosse un portrait g n ral des principales dimensions sociales, d mographiques et culturelles de cette nouvelle tape dans l volution de la francophonie d Ottawa que celle ouverte par l immigration francophone.
La communaut et les institutions
La deuxi me partie du livre regroupe quatre analyses des mutations qu a connues le r seau institutionnel francophone d Ottawa, des contextes qui les ont rendues possibles et de leurs effets sur le devenir de la communaut . Le premier chapitre retrace les grands moments de son volution, depuis l arriv e des Oblats Bytown en 1844 jusqu au d m nagement de l Association canadienne-fran aise de l Ontario Toronto, en 1995. Michel Bock, en collaboration avec Genevi ve Richer, s int resse plus particuli rement aux deux projets qui ont anim les b tisseurs, religieux et la cs, de l Association, soit celui du Canada fran ais jusque dans les ann es 1960, puis celui de l Ontario fran ais. Les tensions entre Ottawa, devenue " m tropole de l Ontario fran ais , Sudbury et Toronto sont au c ur du r cit qui nous est propos .
Le chapitre de Lucie Hotte, Jo l Beddows et Isabelle Kirouac Massicotte poursuit cette interrogation sur le r le d Ottawa au sein de l espace franco-ontarien, en prenant le domaine culturel comme champ d tudes. Il dresse l historique des institutions th trales et litt raires franco-ottaviennes, cherche cerner la place qu elles occupent dans la sph re culturelle franco-ontarienne pour montrer comment elles concourent, durant les ann es 1970 et 1980, transformer Ottawa en capitale culturelle de l Ontario fran ais.
Le statut particulier occup par Ottawa dans la sph re de l ducation a aussi retenu notre attention. Jean-Philippe Croteau consacre un chapitre aux changements survenus dans cette sph re entre les ann es 1960 et la fin des ann es 1990, lesquels ont men la restructuration du syst me scolaire francophone Ottawa. Il montre comment Ottawa constitue l un des espaces politiques qui t moignent le mieux de l aboutissement des revendications scolaires de la minorit francophone de l Ontario, entreprises depuis plusieurs d cennies d j . Il fait aussi ressortir les tensions auxquelles elles ont donn lieu.
Le quatri me et dernier chapitre de cette partie de l ouvrage s int resse deux institutions m connues : les universit s catholiques bilingues que sont l Universit Saint-Paul et le Coll ge universitaire dominicain. Martin Meunier et Sara- ve Valiquette-Tessier montrent comment ces institutions tentent de tirer leur pingle du jeu au moment o l environnement dans lequel elles se meuvent change radicalement, commencer par les transformations r centes des pratiques religieuses et linguistiques. Ce chapitre nous ram ne aux sources premi res du changement, soit aux pratiques quotidiennes d une communaut francophone qui est entr e de plain-pied dans l re moderne.
La politique et les mobilisations
La troisi me et derni re partie de l ouvrage comprend aussi quatre textes. Ils traitent de l affirmation des francophones dans l espace politique d Ottawa, en portant une attention particuli re leur pr sence l h tel de ville. Le mouvement C est l temps, qui m nera la reconnaissance des droits de la communaut francophone dans le domaine juridique, constitue le point de d part du chapitre de Marie-H l ne Eddie et Linda Cardinal. Les auteures rappellent que des membres du mouvement ont pr f r effectuer un s jour en prison plut t que de renouveler leur permis de conduire ou l immatriculation de leur v hicule en utilisant des formulaires crits en anglais seulement. N e Ottawa, la contestation s tendra d autres villes de l Ontario fran ais. Le r le jou ici par le journal Le Droit illustre jusqu quel point les m dias sont devenus des acteurs de premier plan du d veloppement de la communaut francophone Ottawa.
Les trois autres textes portent sur l pineuse question du bilinguisme la Ville d Ottawa. Celui de Fran ois Charbonneau dresse l historique de la politique de bilinguisme la Ville, depuis son adoption en 1970 jusqu aux d bats r cents concernant sa capacit de r pondre aux attentes des francophones. Parmi les enjeux, celui de la langue de travail et celui de l offre de services en fran ais sur le territoire sont examin s ainsi que la port e du Comit consultatif sur les services en fran ais mis en place au tournant des ann es 2000 17 . L auteur constate hors de tout doute que le manque de volont politique constitue une entrave majeure l adoption d une loi faisant d Ottawa une Ville bilingue.
L article de Linda Cardinal et d Anne M vellec analyse la question sous l angle du jeu politique des divers acteurs la Ville, dont celui des conseillers municipaux. Ce chapitre tudie leur r le dans le d veloppement des services en fran ais la Ville d Ottawa, de 1980 2000. partir d une typologie in dite des dossiers " francophones sur la sc ne municipale, les auteures analysent non seulement la capacit des conseillers francophones, au demeurant peu nombreux, d influencer le d veloppement des services en fran ais Ottawa, mais aussi le r le jou par des conseillers francophiles dans certains de ces dossiers.
Pierre Foucher s int resse aussi au bilinguisme officiel de la Ville, mais sous les angles juridique et constitutionnel cette fois. Le chapitre rappelle la situation actuelle la Ville d Ottawa en mati re de langues et fait ensuite tat des facteurs qui peuvent militer en faveur d un changement du statut linguistique de la capitale du pays. Les institutions susceptibles de s y int resser et les moyens requis pour y parvenir sont aussi abord s. L auteur constate que la situation juridique de la Ville d Ottawa, en ce qui a trait au bilinguisme officiel, est probl matique. Faisant cho aux recommandations des tats g n raux sur la francophonie d Ottawa, tenus en novembre 2012, il conclut que la politique linguistique de la Ville ne cr e pas de droits et qu en cons quence, il serait plus pertinent d noncer clairement que le fran ais et l anglais sont les langues officielles d Ottawa.
T moignages
Enfin, l ouvrage comprend un dernier chapitre, d Anne Gilbert et Danielle Migeon, qui fait office de synth se. Il pr sente, en les contextualisant, des extraits de t moignages recueillis dans le cadre du Chantier Ottawa aupr s de " grands t moins de la vie fran aise de la capitale. Huit d entre eux ont g n reusement accept de nous rencontrer pour changer sur leur parcours personnel durant ces ann es de profondes transformations de l espace francophone d Ottawa qui forment la mati re de cet ouvrage. Leurs r flexions sur leurs motivations personnelles, les strat gies qu ils ont privil gi es, les r seaux qu ils ont mobilis s donnent voir des dimensions m connues des changements qui se sont op r s dans le monde francophone d Ottawa au cours des cinquante derni res ann es. Nous avons choisi de leur laisser le mot de la fin, qui sera consacr certains de leurs commentaires sur l tat actuel de la francophonie d Ottawa et sur les voies de son avenir.

1. Daniel Poliquin, L historien de rien , Montr al, ditions du Bor al, 2012, p. 136.
2. Parmi ces ouvrages, John H. Taylor, Ottawa, an Illustrated History , Toronto, James Lorimer ; Ottawa, Mus e canadien des civilisations, 1986 ; Jeffrey Keshen et Nicole St-Onge (dir.), Construire une capitale : Ottawa = Making a Capital : Ottawa , Ottawa, Les Presses de l Universit d Ottawa, 2001 ; et David Gordon, Town and Crown : An Illustrated History of Canada s Capital , Ottawa, Invenire, 2015.
3. Lucien Brault, Ottawa, capitale du Canada : de son origine nos jours , Ottawa, Les ditions de l Universit d Ottawa, 1942.
4. Georgette Lamoureux, Histoire d Ottawa , t. 1 : Bytown et ses pionniers canadiens-fran ais , Ottawa, G. Lamoureux, 1978 ; t. 2 : Ottawa 1855-1876 et sa population canadienne-fran aise , Ottawa, G. Lamoureux, 1980 ; t. 3 : Ottawa 1876-1899 et sa population canadienne-fran aise , Ottawa, G. Lamoureux, 1982 ; t. 4 : Ottawa 1900-1926 et sa population canadienne-fran aise , Ottawa, G. Lamoureux, 1984 ; t. 5 : Ottawa 1926-1950 et sa population canadienne-fran aise , Ottawa, G. Lamoureux, 1989.
5. Bien qu ayant jou un r le central dans l volution r cente de la francophonie ontarienne et dans son affirmation la fois conomique, culturelle et politique, Ottawa est quasi absente des tudes sur l Ontario fran ais. Les autres villes n ont gu re t plus tudi es. Cette absence de la ville comme mode d appr hension de la francophonie ontarienne a cr un vide sur le plan de la connaissance, que nous avons voulu contribuer combler.
6. Taylor, Ottawa, an Illustrated History .
7. Commissariat aux langues officielles, Portrait des groupes de langues officielles de la r gion d Ottawa , Ottawa, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, 2015, p. 4, sur le site du Commissariat aux langues officielles , [ http://www.ocol-clo.gc.ca/fr/publications/portrait-linguistique-ottawa ] (26 septembre 2016).
8. La pr sence du gouvernement f d ral attire un large ventail de groupes de pression, dont plusieurs uvrent la d fense du fran ais. De nombreux organismes francophones vocation provinciale ont aussi leurs bureaux Ottawa.
9. Joseph Yvon Th riault, " Entre la nation et l ethnie , Sociologie et soci t s , vol. 26, n 1 (printemps 1994), p. 15-32.
10. Anne Gilbert et al., La fronti re au quotidien : exp riences des minorit s Ottawa-Gatineau , Ottawa, Les Presses de l Universit d Ottawa, 2014.
11. Pour des donn es plus anciennes, voir le premier chapitre de l ouvrage, consacr la population et aux quartiers, depuis la fondation de Bytown jusqu en 1961.
12. Nous aurions pu choisir un autre indicateur de la pr sence fran aise. Il nous semble, toutefois, que la langue maternelle refl te le mieux l identit socioculturelle, qui est la base m me de l affirmation des francophones sur le territoire, qui fait l objet de cet ouvrage.
13. C est la th se que d fendait, par exemple, Fran ois Par dans La distance habit e , Ottawa, Les ditions du Nordir, 2003.
14. Yves Frenette avait amorc le projet en 2007. Anne Gilbert l a poursuivi compter de l automne 2010. Il a v ritablement pris son envol en mai 2011, quand l quipe a re u une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, dans le cadre de son programme D veloppement de partenariat. Intitul " Construction d une m moire fran aise Ottawa : savoirs communautaires et r seaux sociaux , le projet de quatre ans avait t pr sent par 15 chercheurs de l Universit d Ottawa, l automne 2010, sous la direction d Anne Gilbert.
15. Les articles du num ro 34 de la revue Francophonies d Am rique , intitul Ottawa : penser la ville , sont issus de communications pr sent es au colloque Penser la ville : Ottawa, lieu de vie fran ais en novembre 2011, organis par Linda Cardinal, Lucie Hotte et Anne Gilbert.
16. Michelle Landry, Martin P quet et Anne Gilbert (dir.), M moires et mobilisations , Qu bec, Les Presses de l Universit Laval, 2015.
17. Voir Politique de bilinguisme , sur le site de la Ville d Ottawa , 2014, [ http://ottawa.ca/fr/hotel-de-ville/services-en-francais/direction-des-services-en-francais/politique-de-bilinguisme ] (30 septembre 2016).
LES GENS ET LES LIEUX
Chapitre 1
Esquisse de la population canadienne-fran aise d Ottawa, 1871-1961
Yves FRENETTE, Universit de Saint-Boniface Avec la collaboration de Paul L. Gareau, Universit de l Alberta
D ANS CE CHAPITRE , nous tudions la population canadienne-fran aise 1 d Ottawa, de la Conf d ration, qui confirma le statut de la ville comme capitale du dominion du Canada, au d but des ann es 1960, l aube des transformations urbaines qui en chang rent le visage. partir surtout des agr g s des recensements canadiens entre 1871 et 1961 2 , nous observons l volution des Canadiens fran ais, en nombre et en pourcentage, par rapport aux autres groupes qui composent la population totale de l agglom ration. Notre analyse se d ploie trois chelles : la ville dans son entier, les quartiers, les sous-districts de recensement. Nous sommes ainsi m me d tablir la r partition spatiale des Canadiens fran ais d Ottawa et leur poids d mographique par rapport la population totale, et ce, tous les trente ans (1871, 1901, 1931, 1961) 3 .
Nous accordons une attention particuli re la Basse-Ville, qui est born e l est par la rivi re Rideau, au sud par la rue Rideau, l ouest par la rue Sussex et au nord par la rivi re des Outaouais (voir la figure 3.1 , p. 89 ). Jusqu en 1941, le quartier compte deux sous-districts de recensement : Ottawa, situ entre la rivi re des Outaouais et la rue St. Patrick ; By, entre cette derni re et la rue Rideau. partir de 1951, le Bureau f d ral de la statistique r am nage pour ses besoins le territoire des centres urbains du pays, de sorte que la Basse-Ville compte d sormais quatre secteurs de recensement (16, 17, 18, 19).
Avant d entrer au c ur de l analyse, il sera toutefois utile d voquer bri vement la gen se de l agglom ration, puis d en faire ressortir les grandes tendances d mographiques entre le milieu du XIX e si cle et 1960.
De Bytown Ottawa
Jusqu au milieu de la d cennie 1820, la future Ottawa, souvent d sign e sous le nom " Les Chaudi res , n avait t qu un lieu de transbordement inhabit sur la route de l Outaouais. L closion d une petite ville en ces lieux devait beaucoup plus aux craintes qu inspirait le souvenir de l invasion am ricaine du Haut-Canada (Ontario) en 1812 qu des motifs conomiques. C est en effet la raison pour laquelle les autorit s britanniques d cid rent, en 1826, de creuser un canal qui relierait la rivi re des Outaouais au lac Ontario. Elles confi rent la supervision des travaux au colonel John By qui, l ann e suivante, donna son nom l agglom ration naissante. En 1828, la population de Bytown se chiffrait environ 1000 personnes, dont environ 400 Canadiens fran ais. Pour les desservir, eux et leurs coreligionnaires irlandais, la paroisse Notre-Dame fut alors fond e. En 1837, la fin de la construction du canal et de grandes difficult s dans l industrie foresti re, qui constituait le moteur conomique de la r gion, provoqu rent de fortes variations d mographiques. La partie ouest de la Basse-Ville, entre les rues Sussex et Dalhousie, constituait alors le c ur de l agglom ration. Le march Byward, ouvert en 1848, en symbolisait la vocation commerciale 4 .
Peu apr s son arriv e d Europe en 1842, le p re oblat A. Neyron qualifiait Bytown de " Petite Babylone 5 . La localit avait, en effet, la r putation d tre l endroit le moins polic de l Am rique du Nord britannique, avec ses hordes de travailleurs forestiers canadiens-fran ais et irlandais qui l envahissaient pisodiquement pour fr quenter ses nombreux h tels, ses tavernes et maisons closes, concentr s dans la Basse-Ville. En concurrence pour les emplois, les deux groupes s taient affront s violemment pendant la d cennie 1830, lors de la guerre des Shiners 6 . La violence ponctuait aussi les relations conflictuelles entre catholiques et protestants, particuli rement aux environs de la Saint-Patrice, le 17 mars, et de la f te des orangistes, le 12 juillet. En septembre 1849, dans la foul e de l incendie de l difice du Parlement Montr al quelques mois plus t t, clata au march Byward l meute du Stony Monday qui opposa r formistes et tories au sujet de la visite projet e Bytown de lord Elgin, gouverneur g n ral du Canada 7 .
En 1855, la ville fut rebaptis e Ottawa et, deux ans plus tard, elle fut choisie comme capitale de la province du Canada par la reine Victoria, ce qui r solut un conflit opposant Montr al, Qu bec, Toronto et Kingston. L agglom ration comptait alors autant de Canadiens fran ais que d Irlandais catholiques, soit environ 2800 personnes pour chaque groupe. Les premiers vivaient presque exclusivement dans la Basse-Ville (92,4 %), tandis que les seconds taient davantage r partis dans l agglom ration, moins de la moiti (43 %) habitant au sud de la rue Rideau et l ouest du canal du m me nom 8 .
Les grandes tendances
Comme le montre le tableau 1.1 , la population d Ottawa passa d environ 3000 personnes en 1841 un peu plus de 268 000 individus 120 ans plus tard. Les d cennies 1840 et 1850 furent les plus dynamiques, avec des augmentations respectives de 150 % et de 90 %. Ce n est gu re surprenant, ces ann es tant celles de la premi re phase d urbanisation de la localit . Puis, l accroissement d cennal fut beaucoup plus modeste, l exception de la derni re d cennie du XIX e si cle, au cours de laquelle la population augmenta de 61 %. Le faible taux de croissance refl tait une industrialisation plut t limit e qui ne s effectuait que par l industrie foresti re, et encore ! partir de 1867, le d veloppement de la ville fut troitement associ son statut de capitale du Canada. Ainsi, Ottawa diff rait beaucoup d autres centres, comme Montr al et Toronto 9 .
Le tableau 1.2 permet d observer l origine ethnique de cette population des intervalles de trente ans, entre 1871 et 1961. Nous constatons une diminution de 10 % de la proportion des individus d origine britannique, ces derniers repr sentant n anmoins encore plus de la moiti de la population de la ville cette derni re date. En d pit d une croissance num rique importante, les Canadiens fran ais d crurent aussi en proportion, passant du tiers au quart. Par contre, les personnes d origine allemande, juive et italienne augment rent en nombre, mais elles ne repr sent rent jamais plus de 5 % de la population totale. cette diversification ethnique correspondait une diversification religieuse, quoique le catholicisme soit demeur la religion dominante (voir le tableau 1.3 ).

T ABLEAU 1.1 - Population d Ottawa, 1841-1961
Ann e
Population
Accroissement
Nombre
Pourcentage
1841
3 122


1851
7 760
4 638
148,6
1861
14 669
6 909
89,0
1871
21 545
6 876
46,9
1881
27 412
5 867
27,2
1891
37 269
9 857
36,0
1901
59 928
22 659
60,8
1911
87 062
27 134
45,3
1921
107 843
20 781
23,9
1931
126 872
14 029
17,7
1941
154 951
28 079
22,1
1951
202 045
47 094
30,4
1961
268 206
66 161
32,8
Source: Agr g s des recensements du Canada.

T ABLEAU 1.2 - R partition de la population d Ottawa selon l origine ethnique, 1871, 1901, 1931, 1961

Source: Agr g s des recensements du Canada.

T ABLEAU 1.3 - R partition de la population d Ottawa selon la confession religieuse, 1871, 1901, 1931, 1961

Source: Agr g s des recensements du Canada.
Ottawa au d but de la Conf d ration
Au lendemain de la Conf d ration, Ottawa tait devenue une ville respectable. Comme les autres centres urbains nord-am ricains, elle tait divis e sur les plans social et ethnique 10 . Les Anglais et les cossais taient assez galement r partis entre la Basse-Ville, la C te-de-Sable et le quartier du Centre, alors que les quatre cinqui mes des Canadiens fran ais habitaient la Basse-Ville. Si l on ajoute le quartier Chaudi re-LeBreton, situ dans l ouest de l agglom ration, 93 % d entre eux vivaient dans des zones ouvri res. Quant aux Irlandais, catholiques et protestants, ils taient un peu moins pr sents dans la Basse-Ville (45 %). Le quart d entre eux habitait le Centre, une tendance qui augmenterait avec les ann es (voir les tableaux 1.4 et 1.5 ).

T ABLEAU 1.4 - R partition r sidentielle de la population d Ottawa par quartier et selon l origine ethnique, 1871
Quartier
Anglaise
Fran aise
Irlandaise
cossaise
Autres
%
Basse-Ville
29,6
79,1
45,1
23,5
36,5
Centre
29,6
2,1
25,5
34,3
23,7
C te-de-Sable
24,4
5,2
13,9
27,2
20,7
Chaudi re-LeBreton
16,4
13,5
15,5
14,9
19,1
Total
100,1
99,9
100,0
99,9
100,0
Source: Agr g s des recensements du Canada.
Cette s gr gation ethnique se superposait une s gr gation religieuse et sociale. Les anglo-protestants taient concentr s dans le Centre et les catholiques, plus pauvres, dans la Basse-Ville 11 . Ainsi, 60 % des irlando-catholiques de l agglom ration y vivaient 12 .
La figure 1.1 permet d tudier la composition ethnique des cinq sous-districts de recensement d Ottawa peu apr s son av nement comme capitale de la nouvelle nation canadienne. Dans celui de Wellington, qui correspondait alors au quartier Centre, presque la moiti des 4030 habitants taient d ascendance irlandaise, 27 % d ascendance anglaise et le cinqui me d ascendance cossaise. Les 154 Canadiens fran ais, qui repr sentaient seulement 4 % de la population du sous-district, taient donc noy s dans une mer anglophone. Plus l ouest, dans le sous-district de Victoria (c est- -dire le quartier Chaudi re-LeBreton), extension ouvri re de la ville de Hull domin e par l industrie foresti re, les Irlandais (37 %) et les Canadiens fran ais (30 %) formaient la majorit de la population. Avec 43 % des effectifs, les fils et filles d Erin taient aussi les plus nombreux dans le quartier r sidentiel de la C te-de-Sable (sous-district St. George). Ils y taient suivis par les Anglais (26 %) et les cossais (18 %), les 359 Canadiens fran ais repr sentant 11 % de la population du quartier.


F IGURE 1.1 - Composition de la population des sous-districts de recensement d Ottawa selon l origine ethnique, 1871.
Source: Agr g s des recensements du Canada.
On l a vu, lorsqu on traversait la rue Rideau vers le nord, pour entrer dans la Basse-Ville (sous-districts By et Ottawa), on se retrouvait dans un monde catholique, 87 % des habitants du quartier pratiquant cette religion, ce qui amena les autorit s religieuses fonder une deuxi me paroisse, Sainte-Anne, en 1873. Dans By, les quelque 2242 Canadiens fran ais formaient le groupe le plus nombreux, repr sentant 44 % de la population, comparativement 1858 Irlandais (36 %). Les r sidents d origine anglaise et cossaise, concentr s l est de la rue Dalhousie, repr sentaient le cinqui me de la population du quartier 13 . Plus populeux avec ses 5738 personnes, le sous-district Ottawa tait aussi plus canadien-fran ais tant en nombre (3467) et qu en pourcentage (60 %). Les 1558 Irlandais constituaient le seul autre groupe qui y comptait vraiment avec 36 % des effectifs. D ailleurs, en 1888, ils obtiendraient une paroisse nationale, Saint Brigid s. Ils taient largement canadianis s, 72 % d entre eux tant n s au pays. Malheureusement, les sources ne permettent pas de d terminer la province natale des Canadiens fran ais. On doit se contenter de noter que la proportion de r sidents de la Basse-Ville originaires du Qu bec (37 %) tait presque aussi lev e que celle des Canadiens fran ais n s en Ontario (42 %).
Les habitants de la Basse-Ville travaillaient surtout comme ouvriers, quoiqu on y trouv t aussi des membres des professions lib rales, des marchands et des fonctionnaires 14 . C tait le quartier d Ottawa o la qualit de vie tait la moins bonne, une caract ristique qui persisterait pendant toute la p riode l tude. Ainsi, le cinqui me seulement des m nages y tait propri taire, et on y mourait plus qu ailleurs : en 1885, bien que le sous-district By n e t compt que 18 % de la population de l agglom ration, 40 % des d c s de la ville y taient survenus. La situation tait quelque peu meilleure dans le sous-district Ottawa : avec 24 % des r sidents du centre urbain, il avait son cr dit 28,5 % des d c s 15 .
Au tournant du XX e si cle
Au d but du XX e si cle, la population de la Basse-Ville avait augment de plus de la moiti en trente ans, passant 16 902 personnes. Elle demeurait ouvri re et catholique (88 %), les Canadiens fran ais y ayant accru leur domination d mographique. Ils formaient maintenant plus de 70 % de la population (66 % dans le sous-district By et 77 % dans le sous-district Ottawa). Cette situation tait attribuable non seulement leur accroissement num rique (12 703 habitants en 1901), mais aussi au d part des Irlandais, qui ne repr sentaient plus que 15 % des r sidents du quartier, des Anglais (6 %) et des cossais (2 %). Le quart seulement des irlando-catholiques de la capitale y lisait encore domicile. Outre les Canadiens fran ais, seuls les immigrants d Europe continentale y avaient augment en nombre et en pourcentage depuis 1871. Comptant 826 habitants, ils repr sentaient 3 % de la population du quartier et taient r partis galement dans les deux sous-districts. Plus visibles, les Juifs, au nombre de 289, avaient rig deux synagogues, et plusieurs d entre eux tenaient commerce dans les rues proximit du march Byward. Presque les trois quarts d entre eux habitaient alors la Basse-Ville.
Dans les autres quartiers, les Canadiens fran ais avaient augment presque partout en nombre et en pourcentage (voir la figure 1.2 ). Ainsi, 2187 d entre eux vivaient dans la C te-de-Sable, repr sentant maintenant le quart de la population du quartier. La situation tait invers e chez les Irlandais, dont le pourcentage avait d cru 36 %. M me le Centre attirait d sormais les Canadiens fran ais. Dans le sous-district Wellington, leur nombre tait de 776 et leur pourcentage tait pass 7 %. La majorit tait toujours d origine britannique : Irlandais (42 %), Anglais (27,5 %), cossais (19 %). l est de la rue Bank, un nouveau sous-district de recensement, Central, avait vu le jour. On y trouvait 668 Canadiens fran ais qui repr sentaient 6 % de la population, le reste tant compos d Irlandais (35 %), d Anglais (33 %) et d cossais (21 %). Seul le sous-district ouvrier de Victoria, qui avait t d cim par un grand incendie en 1900, avait connu une baisse de ses effectifs canadiens-fran ais, tout comme ceux d origine britannique d ailleurs. Un grand nombre de personnes d plac es avaient install leurs p nates plus au sud, dans le nouveau sous-district Dalhousie, qui comptait, en 1901, 7450 personnes, dont le tiers de Canadiens fran ais et le tiers d Irlandais.
cette date, la r partition r sidentielle de la population avait quelque peu chang (voir le tableau 1.5 ). Trente ans plus t t, les cossais taient assez bien r partis dans les quatre quartiers de la ville ; d sormais ils constituaient le groupe le plus concentr avec 65 % de leurs effectifs dans le Centre. Les Canadiens fran ais les talonnaient avec 63 % des leurs dans la Basse-Ville, suivis par les Anglais (57 %) et les Irlandais (49 %) dans le Centre. Le ph nom ne est sans doute attribuable au fait que, lors du passage d une ville ouvri re une ville de fonctionnaires et de services, tous les l ments de la population ont connu une mobilit sociale, les Canadiens fran ais moins que les autres cependant.

T ABLEAU 1.5 - R partition r sidentielle de la population d Ottawa par quartier et selon l origine ethnique, 1901
Quartier d Ottawa
Anglaise
Fran aise
Irlandaise
cossaise
Autres
%
Basse-Ville
8,5
63,6
14,8
6,0
29,9
Centre
57,0
7,6
48,7
65,2
35,3
C te-de-Sable
16,0
11,5
18,2
13,9
22,4
Chaudi re-Le Breton
18,4
17,3
18,2
14,8
12,3
Total
99,9
100,0
99,9
99,9
99,9
Source: Agr g s des recensements du Canada.


F IGURE 1.2 - Composition de la population des sous-districts de recensement d Ottawa selon l origine ethnique, 1901.
Source: Agr g s des recensements du Canada.
Vers 1930
Ottawa connut une grande expansion d mographique et territoriale au cours des trois premi res d cennies du XX e si cle. En effet, sa population augmenta de 112 % (voir le tableau 1.1 ), la faveur de l accroissement naturel, de l immigration et de l annexion de municipalit s environnantes. Cons quemment, de nouveaux sous-districts de recensement virent le jour (voir la figure 1.3 ). Parall lement, la population se canadianisait. En effet, les personnes n es au pays taient maintenant largement majoritaires.
Les Britanniques, qui taient devenus des Canadiens anglais, maintenaient leur domination, leur accroissement num rique d passant m me quelque peu celui de la population totale (118 %). Et, quoiqu ils n aient form qu une faible proportion de la population de la capitale (moins de 3 %), les Juifs avaient vu leur nombre d cupler pour atteindre 3300 personnes. Moins nombreux (1369), les Italiens signifiaient tout de m me leur pr sence dans le paysage de l agglom ration, notamment dans sa partie ouest.
La population d origine ethnique fran aise avait aussi progress , mais pas autant que les autres groupes, sa croissance tant de 97 %. Elle repr sentait moins de 30 % de la population de la ville en 1931 (voir le tableau 1.2 ). En outre, les transferts linguistiques vers l anglais avaient commenc , si l on en croit les recenseurs. En effet, seulement 11 % des individus d ascendance fran aise de dix ans et plus taient unilingues francophones, tandis que plus des quatre cinqui mes taient bilingues et que 9 % ne parlaient que l anglais. La plus grande dispersion des Canadiens fran ais l chelle de la ville pourrait-elle expliquer ce ph nom ne ? En partie, peut- tre. En effet, les Canadiens fran ais avaient cess d tre concentr s dans la Basse-Ville, 40 % peine d entre eux y r sidant (voir le tableau 1.6 ). Les autres habitaient dans le quartier Chaudi re-LeBreton (29 %), en expansion, et, dans une proportion moindre, dans la C te-de-Sable (14 %) et les quartiers du Centre (12 %). Les Canadiens fran ais taient, en fait, plus dispers s que les trois groupes d origine britannique. cet gard, les habitants de la capitale qui leur ressemblaient le plus taient ceux d ascendance autre que fran aise ou anglaise.
Cette dispersion r sidentielle n emp cha pas les Canadiens fran ais d accro tre leur domination dans la Basse-Ville, o ils formaient plus des quatre cinqui mes de la population du sous-district Ottawa et plus des deux tiers de celle du sous-district By, en d pit d une migration vers la banlieue d Eastview, situ e l est de la rivi re Rideau 16 . l exception des Juifs de By, les autres groupes avaient d sert la Basse-Ville (voir la figure 1.3 ). Commen a alors ce que certains Franco-Ontariens, notamment ceux y ayant grandi, consid rent comme l ge d or de la Basse-Ville, malgr la pauvret qui continuait d y s vir 17 .

T ABLEAU 1.6 - R partition r sidentielle de la population d Ottawa par quartier et selon l origine ethnique, 1931
Quartier d Ottawa
Anglaise
Fran aise
Irlandaise
cossaise
Autres
%
Basse-Ville
3,7
42,3
4,3
2,2
18,3
Centre
56,2
11,6
51,1
62,5
32,3
C te-de-Sable
8,3
13,7
12,4
8,0
15,0
Chaudi re-Le Breton
26,9
28,6
30,0
23,5
27,6
Rideau
4,9
3,9
2,1
3,8
6,8
Total
100,0
100,1
99,9
100,0
100,0
Source: Agr g s des recensements du Canada.
Plus de 90 % des 20 764 habitants de la Basse-Ville taient n s au Canada et plus de la moiti des francophones du quartier taient natifs de l Ontario. Le quart des r sidents venait du Qu bec, un pourcentage l g rement sup rieur celui de la ville dans son ensemble (17 %). l oppos , il n y avait plus dans la Basse-Ville que 234 personnes n es en Irlande. En fait, le seul pays de l ext rieur du Canada fournir plusieurs centaines de personnes (587) au quartier tait la Russie, en raison de l immigration des Juifs. En ce qui concerne la religion, la Basse-Ville demeurait un territoire catholique romain, 87,5 % des r sidents se r clamant de cette confession religieuse.
Dans aucun autre quartier ne trouvait-on une telle domination spatiale par un groupe. Les Canadiens fran ais formaient tout de m me la moiti de la population du vieux sous-district ouvrier de Victoria et 35 % de celle de la C te-de-Sable. Seuls les Anglais s imposaient presque aussi nettement au sein de la population du Centre, particuli rement dans le sous-district Riverdale, qui comprenait en partie l ancienne municipalit d Ottawa-East, annex e en 1907.
la veille de la r novation urbaine
l image de beaucoup de villes nord-am ricaines, Ottawa connut des transformations encore plus importantes pendant le second conflit mondial et l apr s-guerre, en contexte de tertiarisation de l conomie, particuli rement de croissance fulgurante de la fonction publique et des banlieues 18 . Comme il avait besoin d outils sophistiqu s pour planifier l avenir du pays, le gouvernement apporta des changements importants sa fa on de recenser la population. En 1951, comme nous l avons vu, le Bureau f d ral de la statistique cr a des secteurs de recensement dans les grandes villes et leur zone m tropolitaine. Celle d Ottawa comprenait m me, en 1961, la ville de Hull, situ e sur la rive qu b coise de la rivi re des Outaouais, et comptait en tout 84 secteurs.


F IGURE 1.3 - Composition de la population des sous-districts de recensement d Ottawa selon l origine ethnique, 1931.
Source: Agr g s des recensements du Canada.
La population de la municipalit elle-m me (par opposition la zone m tropolitaine) avait achev sa canadianisation. Sur les 262 206 habitants recens s en 1961, peine 16 % taient n s l ext rieur du pays. C tait bien peu, comparativement des centres urbains comme Montr al, Toronto, Winnipeg et Vancouver. Les deux tiers des immigrants de la capitale, soit quelque 27 000 individus, taient arriv s au Canada depuis moins de dix ans. La plupart s int graient la majorit de langue anglaise, dont le pouvoir d attraction tait grand. Soixante-dix pour cent des r sidents d Ottawa taient unilingues anglophones et 3 % unilingues francophones, tandis que le quart tait bilingue (anglais-fran ais) et peine 2 % taient allophones. La tendance aux transferts linguistiques vers l anglais observ e trente ans plus t t continuait : le pourcentage des individus d origine ethnique fran aise ne parlant que le fran ais se maintenait 12 %, mais celui des personnes bilingues tait descendu 72 %, au profit de la cat gorie des unilingues anglophones pass , lui, 17 %.
Pour les planificateurs urbains et pour beaucoup de r sidents d Ottawa, deux quartiers posaient particuli rement probl me en raison de leur pauvret , la Basse-Ville et Chaudi re-LeBreton. Ce n tait pas un hasard si les Canadiens fran ais taient nombreux y vivre en 1961 (voir la figure 1.4 ). Quelques ann es plus tard, la Commission royale d enqu te sur le bilinguisme et le biculturalisme (commission Laurendeau-Dunton) montrerait que, l chelle du pays, les francophones taient plus d munis que leurs concitoyens anglophones 19 .
Quatre-vingt-treize pour cent des 19 753 habitants de la Basse-Ville taient n s au Canada. Les trois quarts d entre eux taient canadiens-fran ais, 16 % d origine britannique et 8 % d claraient une autre origine. La proportion des catholiques tait de 88 %. Presque les deux tiers des habitants du quartier taient bilingues, et le pourcentage des unilingues anglophones (20 %) tait un peu plus lev que le pourcentage des unilingues francophones (16 %). Toutefois, la situation diff rait quelque peu entre les quatre secteurs de recensement qui composaient la Basse-Ville, les secteurs les plus au nord (18 et 19) comptant un taux plus lev d unilingues francophones (respectivement 18 % et 17 %), comparativement aux secteurs 16 et 17 (respectivement 13 % et 10 %). Cette l g re disparit s explique en partie par la r partition des Canadiens fran ais dans chacun de ces secteurs : 76 % dans le 16, 60 % dans le 17, 79 % dans le 18, 80 % dans le 19.
La Basse-Ville demeurait un quartier pauvre : le salaire moyen par famille se situait en de de 5000 $, alors que la moyenne tait de 6228 $ pour l ensemble de la ville. En outre, les trois quarts des m nages taient locataires. Toutefois, il faut relativiser. En effet, plus des quatre cinqui mes des demeures taient munies d une toilette chasse d eau et 87 % de bain ou de douche. Presque la moiti des m nages du quartier poss daient une auto.


F IGURE 1.4 - Composition de la population des secteurs de recensement d Ottawa selon l origine ethnique, 1961.
Source: Agr g s des recensements du Canada.
Ceux qui en avaient les moyens d m nageaient dans d autres parties de l agglom ration urbaine, notamment Eastview (le futur Vanier), devenu un bastion franco-ontarien. En fait, presque les quatre cinqui mes des Canadiens fran ais d Ottawa ne vivaient pas dans la Basse-Ville. Ils taient r partis sur tout le territoire urbain, avec des concentrations importantes dans la C te-de-Sable et dans leur ch teau fort Chaudi re-LeBreton qui, comme la Basse-Ville, subirait bient t les assauts de la r novation urbaine.

Ce chapitre visait contextualiser, dans le temps et l espace, les grands bouleversements que conna traient les Canadiens fran ais d Ottawa apr s 1960, particuli rement ceux de la Basse-Ville. Nous avons vu que leur proportion avait d cru du tiers au quart sur presque un si cle, en m me temps qu ils se d ployaient sur le territoire urbain, probablement la mesure de leur mobilit sociale, elle-m me attribuable au changement de vocation de la capitale du Canada, centre forestier transform en ville de fonctionnaires. D une part, les paroisses et les coles de langue fran aise se multipli rent dans l espace urbain, mais, l ouest du canal Rideau, la faiblesse num rique de la population canadienne-fran aise ne permit pas le d veloppement de v ritables foyers de vie fran ais (sauf aux plaines LeBreton), au contraire d Eastview. D autre part, l chelle de l agglom ration, le d clin du poids d mographique de la population canadienne-fran aise eut des cons quences sur leur influence politique.
Par ailleurs, m me si elle n en vint rassembler qu une minorit des effectifs canadiens-fran ais d Ottawa, la Basse-Ville en demeura le quartier le plus fran ais, occupant une position ambigu dans le monde des repr sentations : lieu de pauvret , mais aussi lieu de solidarit ethnique et nationale, avec ses nombreuses institutions religieuses et culturelles. Ici r side la principale lacune de notre tude : n avoir pas tudi le pendant familial et institutionnel de l volution d mographique du quartier, ce qui aurait permis de faire ressortir toutes les nuances de l exp rience de ses habitants, de reconstituer un monde perdu. Un monde qui m rite que l on se souvienne de lui, sans cynisme et sans complaisance.

1. Les termes " Canadien fran ais , " Irlandais , etc. d signent les individus d une origine ethnique sp cifique tels qu ils ont t recens s par le gouvernement f d ral.
2. moins d avis contraire, nos donn es proviennent des agr g s des recensements du Canada. Les premiers recensements remontent l poque coloniale ; ils deviennent beaucoup plus fiables partir de 1871, bien que des probl mes subsistent. Les historiens utilisent les chiffres des recensements d cennaux avec prudence, mais ils les prennent tels qu ils sont, n effectuant pas, par exemple, d exercice de pond ration.
3. La ville d Ottawa constituait un district de recensement. Elle tait divis e en sous-districts, dont le nombre augmenta avec les ann es. Par ailleurs, en ce qui a trait la repr sentation spatiale, on peut d signer cinq quartiers qui recoupent ces sous-districts : Basse-Ville, C te-de-Sable, Centre, Chaudi re-LeBreton, Rideau.
4. Il existe trois synth ses d histoire portant sur Ottawa : A. H. D. Ross, Ottawa : Past and Present , Toronto, Musson Book Co., Limited, 1927 ; Lucien Brault, Ottawa, capitale du Canada : de son origine nos jours , Ottawa, Les ditions de l Universit d Ottawa, 1942 ; John H. Taylor, Ottawa, an Illustrated History , Toronto, James Lorimer ; Ottawa, Mus e canadien des civilisations, 1986. Il faut aussi mentionner l ouvrage collectif dirig par Jeffrey Keshen et Nicole St-Onge (dir.), Construire une capitale : Ottawa = Making a Capital : Ottawa , Ottawa, Les Presses de l Universit d Ottawa, 2001.
5. Robert Choquette, L glise catholique dans l Ontario fran ais du dix-neuvi me si cle , Ottawa, Les Presses de l Universit d Ottawa, 1984, p. 70.
6. Michael S. Cross, " The Shiners War : Social Violence in the Ottawa Valley in the 1830s , The Canadian Historical Review , vol. 54, n 1 (mars 1973), p. 1-26.
7. Nick Mika et Helma Mika, Bytown : The Early Days of Ottawa , Belleville, Mika Publishing Company, 1982, p. 205-206.
8. Il s agit d une estimation ; les recensements ne distinguent pas les Irlandais catholiques des protestants (Taylor, Ottawa, an Illustrated History , p. 210).
9. Sur Montr al, voir Paul-Andr Linteau, Histoire de Montr al depuis la Conf d ration , Montr al, ditions du Bor al, 2000 ; Dany Foug res (dir.), Histoire de Montr al et de sa r gion , t. 1 : Des origines 1930 , Qu bec, Les Presses de l Universit Laval, 2012. Sur Toronto, voir J. M. S. Careless, Toronto to 1918: An Illustrated History, Toronto, Lorimer, 1984.
10. Sur les divisions sociales et ethniques dans les villes canadiennes l poque de la Conf d ration, voir Gordon Darroch et Lee Soltow, Property and Inequality in Victorian Ontario : Structural Patterns and Cultural Communities in the 1871 Census , Toronto, University of Toronto Press, 1994.
11. Fernand Ouellet, L Ontario fran ais dans le Canada fran ais avant 1911 : contribution l histoire sociale , Sudbury, ditions Prise de parole, 2005, p. 429.
12. Taylor, Ottawa, an Illustrated History , p. 210.
13. Bruce Elliott, The City Beyond : A History of Nepean, Birthplace of Canada s Capital 1792-1990 , Nepean, Corporation of the City of Nepean, 1991, p. 103.
14. Taylor, Ottawa, an Illustrated History , p. 84.
15. Ibid. , p. 212.
16. Ibid. , p. 165.
17. Pour un exemple loquent, voir Jacques Faucher, Sur les chemins de ma m moire : un cho de la Basse-Ville d Ottawa , Ottawa, ditions Baico, 2011.
18. Taylor, Ottawa, an Illustrated History , p. 173-178.
19. Marcel Martel et Martin P quet, Langue et politique au Canada et au Qu bec : une synth se historique , Montr al, ditions du Bor al, 2010, p. 99-111.
Chapitre 2
Chronologie de la r sistance des citoyens francophones la r novation urbaine de la Basse-Ville Est entre 1966 et 1978
Caroline RAMIREZ, Universit d Ottawa
L ES R NOVATIONS URBAINE s de la seconde moiti du XX e si cle ont syst matiquement cibl des quartiers populaires compos s pour une grande part de logements insalubres, qualifi s de " taudis par les d cideurs. Ces interventions, justifi es par la volont d appliquer les th ories hygi nistes visant am liorer la qualit de vie des r sidents, taient accompagn es, dans le cas d Ottawa, d une pr occupation li e son statut de capitale nationale : l apparence des quartiers centraux se devait d tre la hauteur de cette fonction, d autant plus la veille des c l brations du 100 e anniversaire de la Conf d ration canadienne de 1867. Ottawa, le quartier de la Basse-Ville Est a ainsi t , entre 1966 et 1978, l objet d une r novation aussi laborieuse que contest e.
Le cas de la Basse-Ville Est pose, en effet, un d fi particulier la Ville d Ottawa : environ 75 % de ses habitants sont des Canadiens fran ais. Ils appartiennent en majorit une classe sociale aux revenus modestes et dont le niveau d instruction est inf rieur la moyenne de la ville, une situation classique des quartiers touch s par une r novation 1 . Le quartier est un haut lieu de la vie fran aise dans la capitale et regroupe plusieurs institutions francophones : glise, coles, centres communautaires, comme le Patro Saint-Vincent et la salle Sainte-Anne. La Municipalit fait cependant le choix de r am nager le quartier sans tenir compte de ses sp cificit s culturelles : au-del du fait que la zone concentre " between 9000 and 10 000 people basically French speaking Canadians 2 et qu il s agit de maintenir en place certains de ses lieux de sociabilit communautaire, aucune mesure n est prise pour pr server l identit du quartier et assurer une v ritable participation des citoyens au processus de r novation urbaine. Ces derniers, d abord passifs devant l implantation d un projet qui leur est impos , prennent progressivement position en faveur de la pr servation de l identit physique et culturelle de leur quartier.
Ce faisant, ils s inscrivent dans la mouvance des mouvements citoyens qui voient le jour au cours des ann es 1960 et 1970 en Europe et en Am rique du Nord. Ces mouvements, qui r clament la participation de la population locale aux processus de planification, se sont oppos s aux interventions urbanistiques radicales de l apr s-guerre, impos es par un pouvoir centralis 3 . Des auteurs comme Sherry R. Arnstein, l origine d une typologie du pouvoir accord aux citoyens, avaient r v l , l poque, le peu d efficacit des dispositifs participatifs mis en place en amont des op rations d am nagement urbain, les qualifiant de simples rituels symboliques et de mascarades prenant la forme de sondages et de rencontres publiques 4 . Les luttes urbaines des ann es 1960 int grent ainsi parmi leurs revendications la reconnaissance des savoirs des citoyens et le droit de participer toutes les tapes d cisionnelles de l am nagement de la ville 5 . Ces revendications concernent " notamment les modes de vie, la qualit de vie, l mancipation politique et sociale, les revendications des minorit s et, bien entendu, la pr servation ou la transformation du fameux cadre de vie 6 .
Dans le cas de la Basse-Ville Est, la d fense du " cadre de vie de la population et la r sistance au projet de r novation urbaine ont pris la forme d un ensemble d actes, de discours, de lettres, de p titions, de prises de position, souvent ponctuels, parfois plus substantiels et, pendant longtemps, assez inefficaces si l on consid re que leur objectif tait d influer radicalement sur le processus de la r novation. Ce sont pourtant ces gestes banals de r sistance, ces " commonplace struggles 7 , dont il faudra faire merger la coh rence, qui nous int ressent, en particulier leur spatialit . Pour Michel de Certeau, ces actes sont autant de " fa ons de jouer/d jouer le jeu de l autre, c est- -dire l espace institu par d autres, [et] caract risent l activit , subtile, tenace, r sistante, de groupes qui, faute d avoir un propre, doivent se d brouiller dans un r seau de forces et de repr sentations tablies 8 .
La g ographie de la r sistance nous aidera tudier l opposition des francophones de la Basse-Ville Est la r novation urbaine et comprendre le d roulement de cette contestation. Cette g ographie porte plus particuli rement sur l existence de spatialit s parall les, voire transgressives, qui traduisent la capacit des individus domin s, opprim s ou exploit s contourner ou transcender les r gles qui leur sont impos es par le pouvoir dominant 9 . Elle se consacre l tude du r le de l espace la fois comme support, outil et objet des r sistances individuelles et collectives. D s lors, il ne s agit pas de d terminer l effectivit de l action citoyenne en regard de sa capacit d stabiliser l autorit en place et modifier les r gles du pouvoir ; pas plus que de jauger la qualit d une force d opposition, l instar de David Harvey, l aune de son intelligence d finir ses int r ts en termes de classe 10 ou, comme le pense Manuel Castells, en fonction de son articulation autour d un seul axe de domination 11 . Ces nouveaux mouvements, qui s int ressent d autres injustices que celles relatives aux classes sociales, sont consid rer en soi, en tant que " responsive and vital articulation of people s experiences and demands of multiple, interacting fields of power 12 . Ils posent d autres questions, investissent d autres territoires de lutte, sortent de l opposition binaire et des cadres impos s par l ordre tabli 13 et, en cons quence, leurs victoires n ont pas toujours lieu sur le terrain des luttes de pouvoir.
Dans ce chapitre, nous tablirons une chronologie d taill e de la r sistance territoriale des citoyens de la Basse-Ville Est au cours des douze ann es de r novation urbaine de leur quartier. Dans une situation o la Municipalit prend presque la totalit des d cisions, nous montrerons comment des acteurs communautaires, a priori domin s, parviennent faire valoir une identit qui s affirme dans les discours pr nant la r sistance la transformation de leur milieu de vie. Nous verrons que les habitants contestent la domination de la Municipalit dans le processus d cisionnel en m me temps qu ils prennent conscience des sp cificit s socioculturelles de leur espace. Peu peu, ils gagnent le droit de faire valoir ces caract ristiques identitaires dans des plans mis sur pied de concert avec la Ville.
L int r t de cette chronologie est double. D abord, aucune autre recherche au Canada n a port jusqu pr sent sur la r ponse d une communaut francophone en milieu minoritaire une op ration de r novation urbaine. Cette tude nous donne galement l occasion de comprendre quelles ont t les conditions d une prise de conscience de l importance du territoire pour le maintien de la communaut , un moment o l urbanisme est encore un tout nouvel espace de lutte pour les francophones au Canada. Cette recherche permet d clairer le cheminement d une communaut d chir e entre les int r ts individuels, qui poussent quitter son milieu en qu te d une vie meilleure - en banlieue ou dans d autres quartiers urbains -, et le d sir de maintenir une collectivit , entra nant un questionnement sur ses conditions minimales d existence.
Nous avons combin plusieurs sources afin d tablir la chronologie de la r sistance des habitants du quartier. Les donn es relatives aux positions de la Municipalit sont conserv es aux Archives de la Ville d Ottawa. Les proc s-verbaux du conseil municipal de 1955 1979 ont t d pouill s ainsi que le fonds du Bureau des commissaires 14 . Ces documents sont une source utile, notamment parce qu on y trouve les comptes rendus d audiences de citoyens devant la Commission des affaires municipales de l Ontario (CAMO). La correspondance des maires a constitu un bon moyen de rendre compte du ton des changes entre les citoyens et la Municipalit , et de la position de chaque maire l gard de la r novation urbaine de la Basse-Ville Est 15 .
Nous avons pu prendre connaissance en grande partie des revendications des citoyens gr ce aux archives du Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, conserv es au Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise (CRCCF) de l Universit d Ottawa. Les entretiens r alis s en 1977 par l quipe de Caroline Andrew aupr s des r sidents de la Basse-Ville, dans le cadre du " Projet Histoire de la Basse-Ville Ouest , dont le fonds d archives est aussi conserv au CRCCF, ont repr sent des t moignages loquents sur les conditions de d part et le ressenti de certains des habitants. Les prises de position des leaders communautaires ainsi que l opposition particuli rement marquante des citoyens face la Ville ont notamment pu tre retrac es gr ce 420 articles qui traitaient de la r novation urbaine du quartier, parus dans le journal local francophone Le Droit et rassembl s dans le cadre de cette recherche par les assistants du Chantier Ottawa 16 .
Faire merger des tendances de l ensemble de ces sources a n cessit de nombreux allers-retours entre les diff rents textes, tant t issus de la Municipalit , tant t des citoyens et de leurs chefs de file : les voix se parlent, se compl tent, se contredisent, se chevauchent et permettent de recr er un dialogue entre ces multiples chos du pass . Ensemble, elles forment un t moignage qui nous permet de comprendre comment une communaut qui vivait jusque-l dans ce qui s apparentait un village canadien-fran ais, isol au c ur de la capitale nationale, a pu prendre conscience de ses caract ristiques identitaires urbaines et les d fendre dans un contexte de transformation spatiale radicale.
Mise en contexte : l re des r novations urbaines
La r novation urbaine au Canada
La r novation urbaine de la Basse-Ville est en grande partie le fruit du Mouvement moderne. En vogue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il succ de, en Am rique du Nord, aux premiers efforts de planification des villes par le mouvement City Beautiful , qui r pondait la fois des enjeux sanitaires et la volont d embellir l environnement urbain 17 . partir de 1950, les penseurs modernes, d sireux de rendre l utilisation de l espace plus fonctionnelle et plus rationnelle, cherchent r gler les probl mes sociaux urbains par leur traitement scientifique et des interventions radicales sur la ville 18 .
Les vieux quartiers centraux, en d clin en raison du ralentissement des activit s conomiques, de l urbanisation des espaces p riph riques, du vieillissement et de la paup risation de la population 19 , sont alors dans la mire des pouvoirs publics qui souhaitent mettre en uvre des op rations de r novation urbaine. La construction de routes et d autoroutes performantes, de nouveaux immeubles r sidentiels qui permettront de loger les plus pauvres et les classes moyennes, l am lioration du confort des foyers et, plus largement, l utilisation de l espace selon les fonctions r sidentielles, industrielles et commerciales sont assur es par de g n reux programmes de financement gouvernementaux et des d crets facilitateurs 20 . Au sortir de la guerre, l assurance de cette participation importante du gouvernement aux op rations de r novation urbaine pousse les municipalit s entreprendre le r am nagement de leurs vieux quartiers, dans un contexte conomique difficile :

[ ] les contraintes institutionnelles de caract re conomico-politique, dans lesquelles sont plac es les municipalit s, trouvent leur solution partielle dans l implication de celles-ci dans la r novation urbaine [ ]. Pour sortir de leur d s quilibre fiscal en augmentant leurs revenus autonomes autrement qu en surtaxant davantage, les villes doivent " r nover 21 .
Au Canada, les amendements de 1949 la Loi nationale sur l habitation assurent ainsi la participation du gouvernement f d ral aux projets de r novation urbaine. Ce dernier cherche explicitement r gler la question des " taudis et construire des logements publics sur les terrains d gag s. Les projets des Habitations Jeanne-Mance Montr al et de Regent Park Toronto sont les premiers r alis s dans ce cadre 22 . En 1964, de nouveaux amendements permettent cette fois la Soci t canadienne d hypoth ques et de logement (SCHL) de financer les tudes de r novation urbaine hauteur de 50 %. Le ministre du Travail, John Robert Nicholson, lors du discours pr sentant ces amendements devant la Chambre des communes, insiste sur l urgence de ralentir " the spread of structural and environmental decay par des programmes municipaux qui " could generate the physical, economic and, more important, the social renewal of declining areas or areas about to decline 23 . Les r novations urbaines se multiplient et les lots de logements consid r s insalubres sont d truits en grande quantit dans l espoir d am liorer l environnement urbain.
Mais les premiers projets de r novation urbaine se r v lent tr s vite un chec. D abord parce qu ils reposent sur la croyance que les villes canadiennes font face des probl mes de m me ampleur que les villes tatsuniennes, donnant lieu des politiques mal adapt es au contexte urbain canadien 24 , et, surtout, parce que ces op rations ne font que d placer le probl me de la pauvret urbaine, ne r pondant au mieux qu au besoin de logements de certaines personnes 25 :

La r novation urbaine a dispers les collectivit s existantes, ce qui tait contraire aux objectifs du d veloppement communautaire. Les avantages de la r novation sont all s la minorit des personnes d plac es qui ont eu la possibilit de revenir dans les logements publics et qui ont choisi de le faire. Pour ceux qui ont continu de louer un logement dans le secteur priv , la r novation urbaine a souvent men une augmentation de loyer, en plus de d ranger leur vie 26 .
Les r seaux d entraide et de solidarit ayant disparu en m me temps que l ancien b ti, les services sociaux ne suffisent pas la nouvelle population, souvent peu ancr e dans le quartier et en situation transitoire : des enclaves de pauvret se cr ent ou se renforcent 27 .
Le 29 janvier 1969, la Commission f d rale d tude sur le logement et l am nagement urbain, avec sa t te le ministre lib ral des Transports, Paul Hellyer, publie d ailleurs un rapport portant sur les cons quences n gatives de la r novation urbaine sur la vitalit des communaut s locales et sur le r le du logement public dans le mal- tre social et psychologique de ses occupants. Le ministre Hellyer, apr s s tre rendu sur les sites d une quarantaine de projets de r novation urbaine travers le Canada - il visite la Basse-Ville Est d Ottawa le 7 janvier 1969 -, d cide de geler les fonds f d raux de tous les projets encore en cours d valuation. Sont en cause le manque de prise en compte des sp cificit s locales dans l application des projets, l absence de concertation avec les habitants, la bureaucratisation du programme, des administrations plus soucieuses de la rapidit du processus que de la qualit du produit de la r novation, la mauvaise gestion du temps et des comp tences et la difficult stimuler les investissements et les d veloppements priv s dans les secteurs r nov s 28 . Ce moratoire sur l approbation de nouveaux projets entre en vigueur apr s que plus de 160 tudes portant sur la r novation urbaine eurent t d pos es et que 84 autres projets eurent t approuv s au Canada 29 .
La r novation urbaine Ottawa
Tent e par les largesses des gouvernements provincial et f d ral en m me temps que press e par la Commission du district f d ral (CDF), qui avait entrepris d am liorer l apparence de la capitale canadienne en appliquant le plan de l architecte Jacques Gr ber 30 , la Ville d Ottawa entreprend, en 1957, de r pertorier ses quartiers r sidentiels les plus d grad s. Sous le mandat de la mairesse Charlotte Whitton, la Municipalit d cide, en effet, de h ter la r alisation de son nouveau plan officiel afin de soumettre par la m me occasion une demande de financement pour mener une tude portant sur la r novation urbaine. Cette tude commence d s l ann e suivante. Les premi res archives du Bureau des commissaires d Ottawa documentant ce processus sont class es sous le titre " Urban Renewal (Slum Clearance) : la r novation urbaine est donc troitement associ e, d s le d but, la d molition des taudis.
Pour s assurer que les municipalit s ont entre leurs mains les outils n cessaires la mise en uvre efficace de projets de r novation, tout un arsenal de cours, de formations et d interventions de sp cialistes est d ploy tant t par le gouvernement f d ral, par l interm diaire de la SCHL, tant t par le minist re de l Am nagement et du D veloppement de l Ontario (MADO). Le 7 janvier 1958, la SCHL crit ainsi la Ville d Ottawa pour annoncer qu elle organise des cours de quatre semaines sur la r novation urbaine 31 . Cette formation se termine par la publication, en f vrier 1958, des " Urban Renewal Notes du MADO, utilis es comme un document de r f rence par la Ville d Ottawa. La r novation urbaine y est d finie comme " an attempt to correct some of the errors of the past et consiste " renewing our urban communities for better living 32 .
Le 28 juillet 1958, la Ville soumet sa proposition de r aliser une tude qui, en dix-huit mois, devra d finir les quartiers r nover. Deux des consultants retenus sont Gordon Stephenson, de l cole d architecture de l Universit de Toronto, l origine du plan de r novation urbaine du quartier d Africville Halifax, et John Issalys, qui avait particip avec Gr ber la pr paration du plan pour la capitale nationale de 1950 33 . Le 2 octobre 1958, la SCHL accepte de financer hauteur de 75 % l tude de r novation urbaine de la Ville d Ottawa, laquelle permettra de d terminer quelles zones r sidentielles parmi celles retenues pr c demment pourront b n ficier de mesures de conservation et de r habilitation ou tre l objet d une intervention beaucoup plus radicale.
Un comit est cr pour superviser la r alisation de l tude : il comprend des repr sentants de la Ville, de la SCHL, de la CDF et du MADO. Tr s vite, les tudes pr liminaires sont entam es. Apr s l identification de zones prioritaires, gr ce un premier rapport r alis entre f vrier et mars 1958 34 portant sur l tat et le manque de logements locatifs Ottawa, une lettre est envoy e, en juin 1959, aux habitants dont le logement sera valu plus tard 35 . On y explique que cette enqu te sera " a basis for the development of long-range plans for improving housing throughout the city et on demande aux r sidents de se montrer coop ratifs, assurant que leur participation aidera faire d Ottawa " a better and happier place to live .
Le 21 septembre 1959, la quatri me rencontre du comit paritaire est l occasion de faire le point sur la progression des enqu tes. Seize aires d tude sont d limit es en fonction de la concentration des logements d grad s et, au moment de la rencontre du comit paritaire, 5405 logements ont d j t inspect s. Les questionnaires portaient, entre autres, sur l tat du b timent, le surpeuplement, l acc s une salle de bains et la pr sence d une cuisine distincte des autres pi ces. Pour justifier ces enqu tes, la Ville reprend le discours hygi niste des penseurs modernes :

Bad housing conditions, particularly where a whole area is affected, become a serious social problem with indirect costs that must be paid by the tax-payer. The social results are seen in the health, morality, employability and general attitude of the occupants of these houses. The physical conditions of the dwellings, overcrowding, lack of fresh air and sunlight, inadequate water and sanitary conveniences, improper facilities for food storage, dampness, vermin and filth, result in a high rate of tuberculosis, infant mortality and illness from infectious diseases. In combination with a bad residential environment, such conditions conduce to juvenile delinquency, vice, crime and demoralization of family life 36 .
Apr s la n gociation d une entente de financement suppl mentaire avec la SCHL, la Ville r alise, en 1962, une seconde tude mettant jour et approfondissant celle de 1959. En d cembre 1962, apr s avoir limin de la liste de ses priorit s une partie des secteurs qu elle avait auparavant r pertori s, la Ville d cide de se concentrer sur sept quartiers (voir la figure 2.1 ).


F IGURE 2.1 - Carte illustrant les quartiers s lectionn s par la Ville d Ottawa apr s les enqu tes de 1959 et 1962, en pr vision de la r novation urbaine.
Source: Ville d Ottawa, Analysis of Urban Renewal Surveys 1959/62 , Ottawa, Planning Branch, 1962, p. 28, Archives de la Ville d Ottawa, Centre de ressources aux Archives de la Ville d Ottawa, RC-ARL/M0172.
La Basse-Ville, village francophone au c ur de la capitale canadienne
La Basse-Ville Est n est alors qu en cinqui me position dans l ordre de priorit s des r novations, derri re le secteur de la rue Preston, dans la Petite Italie, et les quartiers de Nanny Goat Hill, de Mechanicsville et du Pont Hurdman. Le sort de sa voisine, la Basse-Ville Ouest, est laiss en suspens. Ensemble, les Basses-Villes Est et Ouest forment alors le quartier de la Basse-Ville : tabli sur un ancien marais ass ch en 1826 sur les ordres du colonel By, il est parmi les premiers d Ottawa avoir t trac s et peupl s. Principalement occup par des ouvriers d origines canadienne-fran aise et irlandaise uvrant la construction du canal Rideau, achev e en 1832, le quartier a vu sa population francophone augmenter au fil des ans, attir e par l industrie foresti re, puis par l activit conomique g n r e par la nomination d Ottawa comme capitale du pays. Comprenant deux paroisses catholiques, centrales dans l organisation de la communaut - celle de la cath drale Notre-Dame, construite entre 1841 et 1865 pour l ouest, et celle de l glise Sainte-Anne, fond e en 1873 pour l est -, le quartier comprend galement plusieurs institutions ducatives, conomiques, familiales et r cr atives, qui en font l un des c urs de la vie francophone de la capitale 37 .
En 1965, la Basse-Ville Est compte environ 9400 habitants et est " overwhelmingly a tightly knit, Roman Catholic, French speaking, high density residential community, whose residents have relatively low incomes and generally lower levels of formal education 38 . Si le quartier est majoritairement occup par des locataires, leur stabilit r sidentielle est tr s forte : la proximit des emplois et des services, les loyers modiques, la disponibilit des logements, la pr sence de parents et d amis dans le voisinage et les caract ristiques ethniques et sociales du quartier sont autant de crit res qui expliquent cette stabilit . Jos e Fabien-Robineault, dans son tude sur les caract ristiques de l organisation sociale de la Basse-Ville Est, rel ve notamment les arguments suivants pour expliquer le choix r sidentiel des 561 personnes interrog es : " c est pr s de tout , " c est canadien-fran ais ici, on se sent chez nous et " j ai mes amis dans la Basse-Ville 39 . Mais cette atmosph re de " village est sur le point d tre boulevers e.
En 1966, alors que le maire Donald Bartlett Reid d clare la " war on ugliness 40 et cherche " se d barrasser autant que possible de la grosse besogne avant les f tes du centenaire de la Conf d ration canadienne 41 , la Basse-Ville Est devient une priorit pour les responsables de l am nagement (voir le tableau 2.1 ). Les ann es pr c dentes ont t consacr es l largissement de l avenue King Edward, scindant le quartier en deux, la construction du pont Macdonald-Cartier - inaugur le 15 octobre 1965, il relie d sormais le Qu bec et l Ontario - et la r alisation d tudes municipales plus pouss es sur les quartiers vis s par la r novation urbaine.

T ABLEAU 2.1 - Principaux intervenants dans la r novation urbaine de la Basse-Ville Est, 1966-1978
Date
Maire d Ottawa
chevin du quartier
Cur de la paroisse
Pr sident du comit
Animateur social
1966
Donald B. Reid
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Pierre Mercier

1967
Donald B. Reid
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Pierre Mercier

1968
Donald B. Reid
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Pierre Mercier

1969
Donald B. Reid
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Inconnu
P re Gilles Robineault
1970
Kenneth H. Fogarty
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Robert Lacha ne
P re Gilles Robineault
1971
Kenneth H. Fogarty
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Andr Gratton
Jean-Fr d ric Bongo
1972
Fogarty puis Benoit
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Pierre Ouellette
Bongo puis Forget
1973
Pierre Benoit
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Ren Campeau
Serge Forget
1974
Pierre Benoit
Jules Morin
M gr C.-A. Demers
Maurice Pag
Serge Forget
1975
Lorry Greenberg
Georges B dard
M gr C.-A. Demers
P re Henri Paquet
Carmen Paquette
1976
Lorry Greenberg
Georges B dard
M gr C.-A. Demers
J. Conrad B dard
Carmen Paquette
1977
Lorry Greenberg
Georges B dard
M gr C.-A. Demers
J. Conrad B dard
Carmen Paquette
1978
Lorry Greenberg
Georges B dard
M gr C.-A. Demers
Guy Jolin
Carmen Paquette
Sources : Archives de la Ville d Ottawa et correspondance des maires.
Apr s la r novation du secteur de la rue Preston en 1963 par la Ville d Ottawa et les expropriations massives des plaines LeBreton par la Commission de la capitale nationale (CCN 42 ) qui, sur les conseils de l architecte Gr ber, voulait y d velopper un complexe d difices f d raux pour faire d Ottawa la Washington du Nord 43 , la Basse-Ville Est est ramen e progressivement en t te de liste. Ce changement intervient sous la pression conjointe du comit municipal de la circulation qui, gr ce au nouveau pont Macdonald-Cartier, entend relier le r seau autoroutier qu b cois la fois au Queensway, au sud d Ottawa, et Vanier par la rue St. Patrick, qui traverse la Basse-Ville 44 , du Collegiate Institute Board, qui souhaite construire une cole dans le quartier 45 , et, enfin, de la Ville, qui constate le besoin croissant de logements modiques au centre-ville 46 .
Les germes de la r sistance (1965-1968)
R actions initiales des leaders communautaires
D s l annonce de la possibilit que le quartier soit touch par la r novation, des repr sentants et des notables locaux, notamment le cur de la paroisse Sainte-Anne, M gr Charles-Auguste Demers, et l chevin du quartier, Jules Morin, expriment leur point de vue respectif sur le projet. Un article du quotidien Le Droit , publi en novembre 1965 et consacr la r novation ventuelle de la Basse-Ville, r v le ainsi que l chevin s inqui te de la " disparition possible du quartier, craignant une intervention qui puisse " d placer la population contre son gr 47 . Pour lui, le relogement des habitants sur place est une n cessit si l on veut mener bien la r novation urbaine, avis que partage M gr Demers. Quelques mois avant l annonce officielle de la r novation du quartier, l inqui tude gagne aussi la population, comme en t moigne cette lettre d un citoyen adress e au maire Reid, le 18 d cembre 1965 :

I have heard from French friends that the occupants of Lower Town are in a state of panic over the redevelopment and that one cur [M gr Charles-Auguste Demers] felt obliged to ask them, from the pulpit last Sunday, to keep calm until the details were known. Ernie Jones suggestion, that they return across the river 48 , can hardly have helped in this situation 49 .
Dans ce climat d j tendu, la Municipalit mandate un petit groupe de citoyens pour valider le plan avant qu une demande de financement ne soit d pos e aux niveaux provincial et f d ral. Ce groupe est essentiellement compos de notables et de propri taires, dont certains ne r sident pas dans la Basse-Ville quoiqu ils soient concern s par la pr servation de la communaut , car y entretenant des affaires et des commerces. Pierre Mercier, la t te de l Association des contribuables de la Basse-Ville Est, pr side le comit . Y si gent galement le cur de la paroisse, les deux chevins de la Basse-Ville, Est et Ouest, ainsi que le pr sident de la Caisse populaire Sainte-Anne.
Le changement dans l ordre de priorit s des quartiers r nover est ent rin par le conseil municipal le 21 mars 1966 dans le " Special Report No. 7B . On y pr sente en d tail les caract ristiques du quartier de la Basse-Ville Est et les tapes de la r alisation du plan de r novation urbaine 50 . Selon le document, le projet a t pr sent au comit de citoyens qui lui a donn son aval, y voyant l occasion de " strenghten family life and improve the residential characteristics of this closely knight neighbourhood 51 . Apr s l approbation officielle du plan par le conseil municipal, l chevin de la Basse-Ville Est change d ailleurs de ton : " J ai confiance au projet [ sic ], il respecte le caract re ethnique de mon quartier. [ ] Je me suis vite aper u que l on ne tentait pas d [en] d truire le caract re particulier 52 . Dans l attente de l valuation de ce plan par les instances provinciales et f d rales, la Ville cr e un bureau d information dans la Basse-Ville et embauche plusieurs travailleurs, pour certains bilingues, charg s d expliquer le plan et le processus d achat des propri t s et de pr parer le relogement des r sidents.
Premi res revendications infructueuses du comit de citoyens
Mais ce climat d entente est corn d s le mois de juin 1966 lors de la premi re prise de position collective des habitants du quartier : le comit de citoyens pr sente en effet la Municipalit une p tition sign e par 500 personnes 53 d non ant l absence de terrains r serv s la construction de maisons unifamiliales et de duplex dans le nouveau plan du quartier, ce qui contribuerait " l exode de plusieurs familles canadiennes-fran aises en dehors de la paroisse Ste-Anne 54 . Une deuxi me inqui tude porte sur l cole qui appara t sur les plans du nouveau quartier : sera-t-elle de langue anglaise, ce qui " contribuerait vraisemblablement changer le caract re fran ais et catholique du secteur 55 ? Pierre Mercier, le pr sident du comit de citoyens, d nonce le silence de la Municipalit sur ces points, plus pr occup e de " convaincre les autorit s sup rieures [ ] que l unanimit existe et que tout va rondement dans le meilleur des mondes 56 . Cette premi re friction importante entre la population et les d cideurs r v le une prise de conscience diffuse des caract ristiques l mentaires du quartier qui assureraient le maintien de la population canadienne-fran aise : celle-ci veut avoir acc s des logements qui correspondent ses besoins et critique l ventuelle arriv e d anglophones en lien avec la construction d une cole qui perturberait l quilibre du quartier francophone.
Au lendemain de cet accrochage, la Ville embauche, le 4 juillet 1966, la firme d urbanistes Murray and Murray, qui sera charg e de proposer un nouveau projet, plus abouti - la SCHL a en effet jug tr s insatisfaisant le premier plan d utilisation des sols du futur quartier, r alis par des employ s municipaux manquant d exp rience. Pour compenser cet important contretemps, le MADO accepte toutefois, le 13 juillet 1966, que la Ville commence l acquisition des propri t s d molir. La Municipalit se lance aussit t dans l achat de terrains, avant m me la validation du plan et, lorsque les propri taires s opposent la vente, elle a recours aux expropriations.
Alors qu environ 150 achats de propri t s l amiable et plus d une vingtaine d expropriations ont d j eu lieu, le pr sident du comit de citoyens revient la charge, le 22 septembre 1967, dans une lettre directement adress e au maire. Mercier y d nonce le fait qu aucune d marche n a t entreprise par la Ville pour informer les associations locales de ses plans et en conclut que la Municipalit n a aucune intention de consulter les citoyens dans le cadre de la mise sur pied et de l application du projet. Il crit ensuite :

At a recent meeting of our association, it was evident that many people had reached a stage of near panic not knowing what was going to happen to their property nor where they could go if they were expropriated, for many of them wish to remain within the limits of the parish. Others do not even know whether they will be expropriated and they [ can not ] decide whether they should effect certain necessary repairs to their properties or let them deteriorate 57 .
Cette absence de communication ne surprend gu re. Elle est attribuable non seulement au flou dans lequel la Ville est plong e dans l attente d un plan d finitif, mais galement la position d fendue par les urbanistes Murray and Murray, pour qui " direct democracy has to be avoided in implementing urban renewal schemes 58 . Cette m thode est d autant plus d cri e par le comit qu elle entrave, selon lui, la capacit des citoyens pr parer leur futur r sidentiel et communautaire.
D parts des habitants, d gradation du b ti et plan d finitif de la Basse-Ville Est
Quatre mois plus tard, la fin de janvier 1968, et apr s l acquisition par expropriation d une soixantaine de propri t s suppl mentaires par la Ville, laquelle a entra n le d part de plusieurs familles incapables de se reloger dans le quartier, le cur de la paroisse monte aux barricades : M gr Demers affirme que le processus d expropriation " risque d amener l limination de ce bastion canadien-fran ais qu est le secteur de la Basse-Ville 59 . Il reproche aux urbanistes municipaux de n avoir " pas assez r fl chi au c t humain du projet et constate que la qualit des logements dans le quartier s est d grad e depuis l annonce de la r novation urbaine, du fait de la " n gligence de la part de nombreux propri taires qui croyaient " une expropriation rapide 60 .
L incertitude dans laquelle sont plong s les habitants contribue ainsi au laisser-aller dans l entretien des habitations : anticipant leur expropriation, ils prennent progressivement leurs distances avec leur milieu de vie. Si les dirigeants locaux cherchent emp cher la fragmentation du quartier qu annonce cette lente d gradation des logements, signe d un certain d tachement identitaire, ce d sint ressement est, dans certains cas, attribuable l espoir d acqu rir un meilleur logement dans un autre quartier : une partie des r sidents parviennent ainsi envisager positivement leur d placement.
En f vrier 1968, la firme Murray and Murray publie le nouveau plan d utilisation des sols. La zone touch e par la r novation ayant t largie, en raison de la d gradation du b ti d nonc e par les dirigeants locaux, le budget des travaux est revu la hausse. Le rapport r v le que " the benefits derived by eliminating and controlling blight in the neighbourhood as a whole makes the investment and effort well worthwhile 61 . On apprend galement que, parmi les 1400 familles qui seront d plac es, 75 % d sirent rester dans le quartier 62 . Le projet est officiellement accept par la SCHL : il s agit de la plus grande op ration de r novation urbaine jamais entreprise au Canada, apr s celle de la Petite-Bourgogne, Montr al 63 .
En mai 1968, les urbanistes Murray and Murray se voient cette fois confier le soin de pr parer les plans d am nagement et les concepts de design urbain du projet. Ces plans sont publi s un mois plus tard, en juin 1968, dans le Lower Town East Urban Renewal Project , tr s partiellement bilingue - seules deux parties du plan sur douze sont propos es galement en fran ais. Les urbanistes entendent, entre autres, renforcer la fonction communautaire centrale du parc Anglesea en l entourant d un centre commercial, d un centre paroissial et d un ar na. Le plan int gre galement le trac d une autoroute urbaine " en d pression l est du quartier, au niveau de la rue Nelson, qui reliera le pont Macdonald-Cartier au Queensway 64 . La m me ann e, la Ville distribue aux habitants un livret bilingue portant sur les tapes de la r novation urbaine (voir les figures 2.2 et 2.3 ).


F IGURE 2.2 - Propri t s de la Basse-Ville Est acqu rir par la Ville, 1968.
Source: Ville d Ottawa, " Projet de r novation de l est de la Basse-Ville : renseignements destin s aux locataires et propri taires , Ottawa, 1968, Universit d Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, Fonds Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, C57 1/22/30.
Le 13 septembre 1968, Mercier crit une derni re fois au maire Reid avant la dissolution du comit de citoyens, bout d nergie devant le manque d coute de la part des d cideurs. Dans sa lettre, il durcit consid rablement le ton :

I must say that I for one, and many others as well, have been shocked at the total disregard for the interests of the residents of Lower Town East over the past months as evidenced by deliberate falsehoods, broken promises and breach of verbal agreements on the part of certain administrative officers of the City of Ottawa with only one apparent thought in mind, namely, getting rid of these residents as soon and as cheaply as possible with no concern whatever about where, how or when they will relocate 65 .


F IGURE 2.3 - Plan d utilisation future du sol dans la Basse-Ville Est, 1968.
Source: Ville d Ottawa, " Projet de r novation de l est de la Basse-Ville : renseignements destin s aux locataires et propri taires , Ottawa, 1968, Universit d Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, Fonds Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, C57 1/22/30.
La r sistance s organise, mais reste d fensive (1969-1970)
Cr ation d un nouveau comit de citoyens 66
Sous la pression d une nouvelle directive du MADO : " a municipality must show to the satisfaction of the province that a program of citizen participation exists 67 , la Ville d Ottawa d cide, au d but de l ann e 1969, de retenir les services d un animateur social temps plein afin de susciter la participation des habitants. Cette initiative est ent rin e le 27 ao t 1969 par l embauche, au Conseil de planification sociale d Ottawa (CPS), du p re Gilles Robineault, un activiste uvrant dans le quartier.
Apr s plusieurs rencontres de citoyens organis es par Robineault pour discuter des probl mes des r sidents affect s par la r novation urbaine, 30 personnes r unies le 6 novembre 1968 cr ent le Comit du r veil de la Basse-Ville Est (CRBVE), dont l objectif est de prot ger les int r ts des propri taires et des locataires du quartier 68 . La cr ation de ce comit , qui gagne en ind pendance l gard de la Ville par rapport au pr c dent, constitue le d but d une nouvelle tape dans les prises de position de la population et de leurs repr sentants. La r sistance s organise, se fait plus syst matique et revendicatrice. Elle demeure cependant d fensive dans la mesure o elle r pond aux initiatives de la Ville au lieu de les anticiper et de d finir les termes du d bat.
Le 13 novembre 1968, le comit tient une r union publique laquelle sont convi s tous les citoyens. Une cinquantaine de personnes se pr sentent la rencontre. Selon le compte rendu des discussions, le comit se d sole de l " apathie des r sidents, qu il attribue au fait que " le projet tra ne d j depuis trois ans 69 . Le comit d cide alors de d signer onze " responsables de blocs , chacun se voyant attribuer certains des lots r sidentiels de la Basse-Ville Est avec l objectif de " se faire conna tre et [d tre] reconnus par les r sidents de ces blocs comme leurs d fenseurs et leurs porte-paroles 70 . Une deuxi me r union publique est organis e le 28 novembre 1968 en pr sence des responsables du projet de r novation urbaine, et ce sont cette fois plus de 200 personnes qui y participent.
Au cours de leurs premi res rencontres et de leurs premiers changes avec la Municipalit , le comit et les citoyens r clament principalement des pr cisions sur le plan et le processus d expropriation, informations fournies au compte-gouttes jusqu alors. Le CRBVE ne se pr sente pas encore comme le d fenseur de l identit du quartier : il cherche informer et accompagner propri taires et locataires afin qu ils retirent le plus d avantages possible du processus de r novation urbaine, quitte ce qu ils s tablissent en dehors du quartier. Les objectifs du comit , tr s clairement influenc s par la vision de l animateur social Robineault, portent donc essentiellement sur les enjeux li s la gestion de l information et l am lioration des conditions de logement des r sidents.
Quelques r f rences aux questions identitaires font toutefois ponctuellement surface dans les comptes rendus des r unions du nouveau comit . Le 8 janvier 1969 71 , l occasion de leur huiti me rencontre, les membres du CRBVE saluent le fait que la future cole secondaire publique du quartier, dont la construction doit d buter en janvier 1970, sera francophone 72 . Pour la premi re fois au sein du comit , les discussions portent sur la r alisation d un b timent public pouvant desservir l ensemble de la communaut et non pas sur l expropriation de logements individuels. Les d molitions, in vitables pour construire l difice, sont pr sent es comme un mal n cessaire qui contribuera au bien- tre de la communaut : l cole sera une source de fiert pour le quartier, de rayonnement pour la francophonie et, surtout, l occasion pour les Canadiens fran ais de se former et de s panouir. C est ainsi qu un nouvel id al se dessine pour le quartier. En se pla ant dans une perspective collective, les membres du comit se r approprient donc le projet de la Municipalit . Ils y voient aussi l occasion d opposer une certaine r sistance aux imp ratifs de la Ville et de renforcer l identit francophone du quartier.
Lors de la r union du 22 janvier 1969 73 , un autre sujet de pr occupation force le comit prendre une nouvelle fois en consid ration les int r ts de la communaut et la n cessit de lutter pour son maintien dans le quartier. En effet, de grandes lettres rouges (" O-C pour " Ottawa City , sigle cens faciliter la livraison de combustibles) fleurissent sur les fa ades des logements expropri s appartenant d sormais la Ville. Selon les membres du comit , ces inscriptions, qui seront retir es quelques mois plus tard apr s la plainte des habitants, t moignent du d part d finitif de r sidents du quartier et inciteraient les propri taires du voisinage vendre eux aussi leur maison et quitter le quartier. Dans le compte rendu du CRBVE, elles sont tour tour qualifi es de " d moralisantes , d " irrespectueuses , de " v ritable atteinte la dignit humaine et d " insulte aux Canadiens fran ais 74 .
Malgr ces prises de position, l orientation g n rale du comit reste focalis e sur l organisation des expropriations et des d parts, et il n est pas question d agir comme vecteur de v ritable changement social. L animateur social Robineault rapporte d ailleurs qu en 1969 un " groupe de mao stes a tent d infiltrer le Comit dans le but de promouvoir sa propre action subversive et que " les citoyens ont d cid d expulser les mao stes et de retenir les services de l animateur social 75 .
Le 5 mars 1969, les membres du comit pr parent la distribution aux habitants d un petit m moire, dont les co ts d impression ont t pay s par la paroisse et la Caisse populaire Sainte-Anne (voir la figure 2.4 ). R dig par le p re Robineault, ce document rassemble les recommandations du comit destin es aux propri taires et aux locataires. On y conseille notamment l expropriation plut t que la vente libre, car la premi re donne lieu des d dommagements plus int ressants pour le propri taire. Reflet d une certaine inqui tude par rapport au devenir de la communaut , le document invite aussi les citoyens s opposer l chelle de loyers utilis e par la Ville pour d terminer le co t de location des futurs logements, lequel sera index en fonction du revenu du locataire. Avec ce syst me, qui ne prend pas en compte le nombre d enfants par famille, les personnes gagnant entre 5000 $ et 8000 $ par ann e n auront acc s aucune solution de relogement.
Depuis le d but de la r novation urbaine, 256 propri t s ont t acquises par la Ville, soit environ 30 % du total pr vu au d part, mais les travaux de reconstruction ne peuvent pas commencer avant que la Commission des affaires municipales de l Ontario (CAMO) n ait valid les d cisions du conseil municipal et consult la population 76 . La Ville s inqui te par ailleurs de la possibilit que le gouvernement f d ral mette fin au projet, en lien avec les recommandations du rapport Hellyer, et d cide, en cons quence, de ralentir le rythme des d molitions 77 .
Pr s de trois ans apr s l annonce de la r novation urbaine du quartier, le projet cumule donc un retard consid rable, et la Municipalit peine toujours offrir des r ponses claires aux habitants. Dans un change confidentiel du 2 avril 1969, la Ville exige d ailleurs de son ing nieur en am nagement, Doug Borrowman, que soient dissimul es dans le compte rendu certaines rencontres avec les citoyens au cours desquelles est soulev le manque de coop ration de la Ville dans le partage de l information, et que soit minimis e l importance des revendications de la population, sans doute afin de ne pas compromettre la validation du nouveau plan par les partenaires provinciaux et f d raux qui pourraient prendre connaissance des rapports municipaux.


F IGURE 2.4 - Carte du Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa illustrant l organisation de la distribution aux citoyens des recommandations r dig es par le p re Robineault.
Source: Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Rapport de r union , Ottawa, 5 mars 1969, Universit d Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, Fonds Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, C57/1/8.
Des revendications plus fortes face une municipalit peu conciliante
Alors que les questions du comit et des r sidents se font plus pressantes, la Municipalit multiplie les rencontres et tente d apaiser leurs craintes avant l valuation de la CAMO. Un avis est d ailleurs envoy tous les propri taires touch s, les invitant exprimer leurs objections avant le 30 juillet 1969 78 . Le 27 ao t, l ing nieur Borrowman soumet un compte rendu 79 ce sujet au conseil municipal, r sumant les plaintes crites de 15 citoyens, que la Municipalit rejette toutes l exception de deux d entre elles qui portent sur le traitement qui sera r serv certains espaces communautaires : l une demandant que la salle communautaire Sainte-Anne ne soit pas d truite et l autre, que la taille du terrain dont b n ficiera le Patro reconstruit soit revue la hausse. Les autres objections portent sur la d molition de propri t s en bon tat, l absence de logements ad quats permettant le relogement des familles expropri es, le trop grand nombre de locations r serv es aux personnes faible revenu et la lenteur d ex cution du plan.
Dans sa lettre dat e du 25 juillet 80 , Louise Moffet, une habitante du quartier, t moigne ainsi de son incompr hension devant la d molition de trois logements " well kept , occup s par de " good people, not rich, but good people , et construits il y a moins de cinq ans. Elle d nonce galement le plan de r alisation de l autoroute, parall le l avenue King Edward, art re qui a d j cr une cicatrice dans le quartier. " The only thing they have in mind is road for cars, no houses for people , conclut-elle, notant de fa on acerbe l cart entre sa vision du quartier, fortement li e la qualit des logements, et celle des techniciens, pr occup s d accessibilit , de connexions et de perc es routi res.
Pour sa part, Andr Gratton, pr sident du CRBVE, reproche la Ville son absence d efforts pour pr server la culture canadienne-fran aise du quartier. La Municipalit r pond cette question identitaire en renvoyant la balle la communaut , consid rant que le r le de la Ville consiste seulement garantir le maintien physique de certaines institutions locales :

The physical renewal proposed was based on a recognition of local cultural institutions, and efforts made to provide for their physical retention and/or renewal. Beyond this point, the retention of the French cultural aspects of the area goes beyond the physical into the social aspects of the situation. Accordingly, the trapping of French culture beyond the physical framework attempted by the plan becomes a matter of local neighbourhood human effort and desire. Certainly, the social agencies and workers now operating in the area would attest to the fact that, even in this regard, public effort is being expended to aid in this aspect as well, but the main effort must be from the people themselves 81 .
Cette position, selon laquelle il ne rel ve pas de la responsabilit de la Municipalit d assurer le maintien de l identit du quartier puisque la communaut en est la seule v ritable garante, est reprise dans les conclusions de l enqu te publique de la CAMO, qui se tient du 9 au 11 septembre dans la salle Sainte-Anne, et au cours de laquelle dix habitants interviennent pour contester certains aspects du plan. Dans son rapport dat du 26 septembre 1969, le pr sident de l enqu te, Armour L. McRae, estime, en effet, que la Ville joue un r le suffisant dans le maintien des caract ristiques du quartier :

It would be foolish indeed to pretend that this particular area will retain the physical characteristics presently existing. [ ] The characteristics of a neighbourhood however, are not shaped by steel and concrete alone, but rather by the people who will utilize the facilities to be provided. I am sure the municipal intention to re-establish upon request as many of the presents residents back into the area [ ] should in the final analysis help to retain the unique character of Lower Town East despite the fact that the setting will be changed 82 .
L ouverture de l enqu te est, par ailleurs, marqu e par un vif conflit entre l enqu teur McRae et l animateur social Robineault. Celui-ci r clame que les discussions se tiennent en fran ais afin d assurer une meilleure compr hension de la part des r sidents. Apr s avoir vu sa demande rejet e deux reprises, il est menac d expulsion, et la rencontre est finalement ajourn e pr matur ment 83 . La demande de Robineault t moigne de la volont nouvelle d acc der pleinement un autre niveau de participation, en fran ais, au-del de l acc s l information : celui de l change, du d bat, de la contestation.
Mais les responsables ne semblent pas encore pr ts entendre les citoyens, comme en t moigne le contenu du rapport du pr sident de l enqu te de la CAMO. McRae y r sume les points qui ont suscit la plus vive opposition de la part des habitants : d molition de bonnes maisons dans un contexte de crise du logement ; indemnisations trop faibles ; impossibilit pour les propri taires de faire construire eux-m mes dans le quartier, un privil ge que l on r serve aux promoteurs ; loyers trop lev s. Il note toutefois que le plan en tant que tel n a pas t remis en question : " Those in opposition are not really opposed to redevelopment but to the municipality s decision regarding its implementation 84 .
Le reste de son rapport est particuli rement repr sentatif de l esprit de l poque, pleinement confiant dans les changements positifs qu am neront le progr s et la modernit , m me s ils n cessitent quelques sacrifices individuels. Le ton est aussi p remptoire que paternaliste. Les habitants vont devoir accepter les " hard realities of modern living , la r novation y est consid r e d int r t public : " It is readily apparent that in the public interest sometimes the private interest must yield , et le trac des routes in vitablement " geared to modern requirements, whether or not valuable parcels of land had to be utilized puisque " the country moves on wheels today . Quant la d molition de maisons, vieilles ou r centes, " it is a prerequisite if the new is to rise from the ashes of the old 85 .
La CAMO donne donc son approbation finale le 7 novembre 1969 pour que commence enfin la mise en uvre du plan de r novation de la Basse-Ville Est. La situation est urgente : la Municipalit est alors " in the position of landlord for 427 tenants in temporary housing and many more to come as the remainder of the area is cleared 86 , et envisage de r viser ses plans dans le but d augmenter la densit des futures constructions afin d assurer le relogement rapide de ces locataires.
Les expropriations se poursuivent un rythme soutenu tandis que les audiences de citoyens se multiplient, tout particuli rement depuis que la Province a mis en place de nouvelles proc dures d expropriation : d sormais, chaque propri taire peut contester son expropriation et faire ouvrir une enqu te devant la CAMO, ce qui n tait pas le cas auparavant puisque la Ville valuait elle-m me la pertinence des appels. Le 18 d cembre 1969, dans un change interne, l un des responsables la Ville s inqui te d ailleurs de ces nouvelles mesures, qui pourraient " very well slow up the Lower Town East urban renewal project 87 . Trois audiences ont lieu le 30 janvier 1970, chacune rassemblant plusieurs propri taires, mais la Ville en sort toujours victorieuse.
Une r sistance proactive (1970-1973)
La cr ation de la coop rative d habitation Parc Beausoleil
Les checs cons cutifs essuy s par les habitants, lors des enqu tes de la Ville puis de la CAMO et au cours des audiences contestant les expropriations, poussent le CRBVE se repositionner. La r sistance d fensive n ayant pas fait ses preuves, elle devient alors proactive. On assiste une v ritable rupture entre deux visions du quartier : celle des r sidents qui associe la pr servation du quartier au maintien de la communaut sur place, et celle plus limitative des d cideurs qui se focalise sur les proc d s qui permettront de r nover le plus rapidement le quartier, sans se pr occuper de ses caract ristiques socioculturelles.
Cette divergence de vues concernant l avenir de la Basse-Ville Est incite les citoyens prendre des initiatives et viter pour un temps les situations de confrontation directe. Tandis que la Ville commence la reconstruction en mai 1970, elle met la disposition de la Soci t d habitation de l Ontario (SHO) des terrains destin s accueillir 317 logements, pour la plupart au loyer index sur le revenu de l occupant, r partis dans un difice de 11 tages et une s rie de 87 maisons en rang e (voir la figure 2.5 ) 88 . Parall lement, elle ratifie une entente avec le Ottawa Board of Education pour la vente des terrains o sera tablie la future cole secondaire francophone De La Salle. Le CRBVE se concentre, pour sa part, sur un projet de coop rative d habitation, concept totalement nouveau Ottawa.


F IGURE 2.5 - Maisons en rang e et immeuble r sidentiel (qualifi de " monstre par les habitants), r alis s par la Soci t d habitation de l Ontario en 1971.
Source: Photographie de Caroline Ramirez, 2012.
Un sous-comit de citoyens avait t cr par le CRBVE le 5 f vrier 1969 afin de se renseigner sur les moyens d obtenir du financement pour construire des maisons en rang e dans le quartier. Tr s vite, le projet prend de l ampleur, et les membres se concentrent presque exclusivement sur la cr ation de la coop rative 89 . Offrir un lieu de r sidence permanent aux habitants ne pouvant ou ne voulant pas avoir recours aux logements publics est en effet urgent : quand les familles n ont pas d j quitt le quartier, elles sont d plac es d un logement temporaire l autre. M me si le comit vient d tre dot par la Ville de locaux et d un financement qui sera maintenu jusqu en 1979, toujours dans le but de satisfaire les exigences du gouvernement provincial 90 , il voit le nombre de ses membres diminuer de moiti en un an du fait de ce repositionnement, n cessitant un travail technique et de longue haleine, et du d m nagement de plusieurs propri taires hors du quartier : au d but de l ann e 1970, les r unions ne rassemblent plus que dix personnes, dont huit locataires. Ce ralentissement des activit s du comit est accentu par le d part de l animateur social Robineault. Lui succ de l animateur du Conseil de planification sociale d Ottawa, Jean-Fr d ric Bongo, qui ne parviendra pas se faire accepter par le comit .
Alors que les expropriations se poursuivent - entre le d but de la r novation et mars 1971, 379 propri t s ont t acquises par la Ville sur les 652 cibl es, et 191 ont d j t d molies 91 -, le CRBVE, avec sa t te Andr Gratton, se consacre d sormais exclusivement la mise sur pied de la coop rative, qui prend le nom de Parc Beausoleil 92 . Au d but de l ann e 1971, cette derni re, ayant re u de la part de la Ville la promesse d avoir un terrain sa disposition, lance un appel projets pour la construction de 65 logements et demande une aide financi re la SCHL 93 . Les rapports d activit s du comit portent d sormais l en-t te " Parc Beausoleil .
En juillet 1971, pr s de 100 personnes soumettent leur candidature pour obtenir l un des nouveaux logements, dont la construction n est pas encore commenc e, et les membres du projet Parc Beausoleil, d sormais compl tement ind pendant du comit de citoyens, envisagent aussit t de cr er d autres coop ratives dans le quartier, qui souffre de l absence d initiatives de la part des promoteurs priv s 94 . Ainsi, en d cembre 1976 sera entreprise la construction de la coop rative Br beuf, compos e d une soixantaine de maisons en rang e 95 .
Forte mobilisation pour la d fense des institutions et des services communautaires
Apr s cette p riode uniquement consacr e la cr ation de la coop rative d habitation, le comit se repositionne progressivement au d but de l ann e 1971 avec l lection d un nouveau pr sident, Pierre Ouellette, et la relative stabilisation de la population dans le quartier apr s la vague d expropriations : les habitants sont plus nombreux assister aux r unions, d veloppent un discours plus revendicateur l gard de la Ville et prennent r solument position en faveur du maintien des institutions traditionnelles de la Basse-Ville 96 . Le 8 f vrier 1971, lors d une rencontre rassemblant les acteurs des diff rentes associations et institutions et les d cideurs municipaux, les r sidents exigent ainsi que le terrain qui avait t r serv par la Ville la construction d un ar na accueille plut t un centre communautaire et une piscine int rieure, pour remplacer celle du Patro, qui sera d molie l t 1971. En mars 97 , le comit s oppose cette fois la suppression du service de garde de la pr maternelle 98 . Celui-ci est maintenu in extremis , en juin 1971, en passant sous l gide du Programme d aide sociale.
La mobilisation des habitants atteint son sommet en septembre 1971. La Ville vient d acheter un terrain situ pr s du Patro sur lequel se trouvaient deux patinoires ext rieures, afin de le revendre la commission scolaire pour qu y soit cr e une piste de course. Le Patro, lui seul, occupait ces deux patinoires plus de 800 heures par hiver pour ses ligues de hockey et de ballon-balai. Perdant l acc s ces lieux de rencontres et de loisirs communautaires, les r sidents, soutenus par le comit , s insurgent et expriment leur exasp ration face aux retards que conna t le projet de r novation, les qualifiant de v ritables nuisances au fonctionnement et au maintien de la vie communautaire, en train de s effriter depuis 1966 99 .
Prenant acte du manque d efficacit des p titions et des actions entreprises jusque-l ainsi que du dialogue improductif avec la Municipalit , le comit a, pour la premi re fois, recours aux manifestations et aux occupations comme moyens de pression. Aid des jeunes du Patro et de l quipe sacerdotale de M gr Demers 100 , le comit organise la distribution de d pliants dans le quartier, invitant la population contacter les m dias pour faire part de son m contentement. Tr s vite, le journal Le Droit et l antenne radiophonique locale CJRC sont congestionn s d appels. Ce blitz t l phonique est suivi d une manifestation devant l h tel de ville et la r sidence de Pierre Benoit, un des conseillers si geant au Bureau des commissaires et charg du dossier de la r novation urbaine du quartier. Plus de 200 jeunes en tenue de hockey viennent protester et r clament la relocalisation des patinoires. Trois semaines plus tard, la Ville acc de leur demande en promettant de cr er deux patinoires ext rieures dans un parc voisin 101 . Cette victoire ne fait pas oublier aux citoyens que la question des patinoires est rattach e plus largement celle de la construction d un centre communautaire, qu il faudra d fendre elle aussi.
Une rencontre publique organis e ce sujet le 30 septembre 1971 laisse esp rer le d but d un changement d attitude plus profond de la part de la Municipalit , qui se montre l coute de la centaine de citoyens pr sents au cours des changes 102 . En plus des derni res prises de position des habitants, le contenu du m moire de la F d ration canadienne des maires et des municipalit s n est sans doute pas tranger la meilleure disposition des d cideurs leur gard 103 . Ce document, dont le conseil municipal vient de prendre connaissance, affirme que les municipalit s ont la responsabilit " de s assurer que les objectifs du plan [de r novation urbaine] refl tent les d sirs de la population qui habite [le] territoire . On y propose galement des solutions la crise du logement qui touche les m tropoles canadiennes, comme le d gel de cr dits suppl mentaires qui financeraient " la conservation, l am lioration et le r am nagement des quartiers touch s par les r novations.
Le 28 octobre 1971, le Bureau des commissaires vote la prolongation du contrat des urbanistes Murray and Murray 104 et les charge " to consult with all the users of the cleared land and with owners in the conservation and rehabilitation areas within the Lower Town East urban renewal project . Mais si la r habilitation prend progressivement le pas sur la r novation partir de 1972, gr ce des mesures incitatives mises en place par le gouvernement f d ral 105 , les expropriations et les d molitions ne s arr tent pas pour autant dans la Basse-Ville Est : en 1971, 35 actes d expropriation sont d livr s 106 et 140 maisons individuelles d truites 107 . Entre le d but de la r novation et le mois de f vrier 1972, environ 2600 personnes ont t contraintes de trouver un autre logement - seules 16 % d entre elles taient propri taires. Plus de 450 autres familles, soit environ 1800 personnes, ont d cid de d m nager hors du quartier 108 .
T moignant de l ampleur de ce bouleversement d mographique, la communaut juive Machzikei Hadas, qui poss dait une synagogue rue Murray, avait pr f r d m nager en novembre 1971 dans le quartier Alta Vista, o la majorit de ses membres s tait relog e 109 . L cole York, qui accueillait avant la r novation urbaine 700 gar ons et filles, dont environ 60 % d origine juive, enregistre en septembre 1971 le taux d inscription le plus bas de son histoire : 400 l ves, dont une quinzaine seulement d origine juive, rejoignent ses rangs, avant une remont e des inscriptions au cours de l ann e. Les coles catholiques, Sainte-Anne pour les filles et Br beuf pour les gar ons, connaissent la m me tendance 110 .
partir de l t 1972, le CRBV cherche recentrer son action : le logement, les loisirs et, en corr lation avec les deux autres, la conservation d un esprit communautaire deviennent ses priorit s officielles 111 . Les initiatives du comit finissent par porter leurs fruits : en juillet 1972, on amorce enfin la construction des 56 maisons en rang e de la coop rative Parc Beausoleil ; le 14 septembre 1972, la Ville renonce son projet de construire un ar na dans le quartier apr s avoir trouv un terrain de remplacement dans le quartier de la C te-de-Sable gr ce la CCN 112 ; et le choix des citoyens de la Basse-Ville est ent rin lors d une assembl e publique, tenue le 17 octobre 1972, rassemblant plus de 100 personnes : un centre communautaire, qui accueillera le Patro et les services sociaux, sera construit dans le quartier 113 .
La question du relogement : l ultimatum des citoyens
Lorsque la Ville annonce, le 8 f vrier 1973 114 , que l am nagement de la nouvelle rue St. Patrick entra nera l viction de plus de 80 familles puisque les logements disponibles dans la Basse-Ville ne peuvent en accueillir que 36, le Comit du r veil de la Basse-Ville envoie aussit t une lettre sans r plique au maire, dans laquelle il r clame que la mise en chantier de l art re soit retard e jusqu ce qu un immeuble r sidentiel permettant de loger toutes les familles soit construit dans le quartier 115 . Le maire Benoit r torque que, si les travaux de la nouvelle rue St. Patrick ne sont pas entrepris dans les plus brefs d lais afin de permettre, notamment, la r alisation d une maison de retraite et d habitations prix modique, " le retour des Acadiens sera retard encore plus longtemps 116 . Comparant le bouleversement des habitants du quartier au " grand d rangement de la population acadienne, le maire le qualifie de n cessaire : " [I]l faut changer les meubles de place quand on veut nettoyer le plancher, m me s il ne faut pas comparer les gens des meubles , et estime que le programme de r novation urbaine est " l un des meilleurs qui ait t r alis 117 .
Devant le refus du maire de promettre par crit que plus personne ne quittera le quartier, le comit rassemble, le 22 mars 1973, les familles qui seront expropri es afin de d finir une strat gie. Le 29 mars, au cours d une seconde r union, ce sont 135 personnes qui " mandatent le Comit du r veil faire tout en son pouvoir pour r gler le probl me du logement 118 et retiennent les services d un avocat avec l intention d entamer une poursuite judiciaire contre la Ville.
Devant une telle fermet , la Municipalit accepte, le 18 avril 1973, de suspendre la mise en uvre du plan de r novation et de le r valuer, avec la collaboration des citoyens. Alors que la r novation touche sa fin, les responsables municipaux prennent eux-m mes conscience de l inad quation de la " m thode bulldozer pour am liorer le parc immobilier, comme en t moigne une lettre du responsable du d partement des services communautaires d Ottawa au maire, le 13 f vrier 1973, apr s une discussion, Toronto, au sujet de la conservation des quartiers urbains :

I think everyone realizes today that while we do need a significant amount of new housing, it is really a false economy to adopt the wholesale destruction of older neighbourhoods to accomodate it. Not only do you lose that, in many cases is good, solid, large family housing through this method, you also displace, to a large degree, the lower income families which depend on this older stock to supply them with reasonably-priced accomodation which they cannot find elsewhere 119 .
Les travaux en cours se poursuivent, mais plus aucun logement n est expropri dans la Basse-Ville Est tant qu une solution de rechange au plan initial n aura pas t approuv e. partir du 25 avril, les services de la Ville travaillent de concert avec la firme Murray and Murray 120 et consultent ponctuellement le CRBV afin de produire un plan r vis et d terminer l usage qui sera fait des terrains qui avaient t expropri s en vue de la construction de la future autoroute, projet que vient alors d abandonner le gouvernement provincial.
La participation du comit la mise sur pied du nouveau plan, quoique limit e, et ses perspectives sociales ambitieuses se heurtent un constat : la transformation du quartier est d j tr s avanc e et la majorit des expropriations a d j eu lieu. Dans un des rapports du comit , on note, d ailleurs, que " l identification au quartier est faible 121 et que la communaut qui aurait pu se mobiliser a t tiol e par les d parts. Pourtant, fort de ses derni res r ussites, le comit n h site plus s opposer au conseil municipal et remettre en question sa politique. Il s interroge plus particuli rement sur le processus d attribution des logements loyer modique, le d part des habitants se poursuivant malgr le fait que la Ville ait donn l assurance que les locataires seraient relog s dans le quartier de mani re prioritaire.
Apr s plusieurs changes, les membres du comit d couvrent ainsi que les r sidents de la Basse-Ville Est ne b n ficient d aucun traitement particulier par rapport aux autres familles en attente de logements locatifs et originaires d autres quartiers d Ottawa, alors qu " il tait entendu, au d but de la r novation urbaine, que les gens de la Basse-Ville auraient priorit sur les logements construits dans la Basse-Ville 122 . Un manque de communication entre l administration municipale et l Ottawa Housing Authority (OHA) est en cause.
Un autre enjeu central de la mobilisation citoyenne est celui du maintien du programme d animation sociale dans le quartier, que la Ville entend abolir. Dans ce dossier, les citoyens peuvent compter sur un alli pr cieux. Aur le Allard, un des fonctionnaires responsables du programme de r novation urbaine qui avait transmis en primeur des documents municipaux au comit , cosigne, en mars 1974, une lettre dans laquelle les signataires s opposent l abandon du programme d animation sociale, consid rant que celui-ci est essentiel au " d veloppement d un esprit communautaire d muni par les activit s de la r novation urbaine . Le maire Benoit r agit aussit t : " Aur le Allard should not be signing these things at all. [ ] His views should be communicated through official departmental channels. This is not the first time this has happened 123 . Devant l avalanche de lettres provenant de responsables d associations locales et de citoyens, la Ville accepte toutefois de renouveler le contrat de l animateur social jusqu la fin de la r novation.
L entente apr s la temp te (1974-1975)
Le plan des citoyens : la r sistance spatiale en action
La collaboration entre la Ville, Murray and Murray et le CRBV se poursuit, bien que perturb e par des lenteurs administratives et le manque de communication persistant. Le 13 mai 1974, le comit se plaint au maire de n avoir pas re u les documents de travail promis trois mois auparavant, pas plus qu une r ponse crite concernant l ch ancier des travaux, les priorit s dans l allocation des logements subventionn s et les solutions que la Municipalit compte trouver au double, voire au triple d m nagement des habitants qui essaient de se reloger d finitivement dans le quartier 124 . Les n gociations avec Murray and Murray reprennent, bon an mal an.
En novembre 1974, la firme d urbanistes transmet au maire une version pr liminaire de son rapport sur la situation actuelle de la Basse-Ville Est ainsi que l bauche du plan d am nagement r vis du quartier. Les urbanistes notent que la population a vieilli depuis le d but de la r novation : 14,5 % de la population du quartier a 65 ans ou plus, comparativement 6,4 % pour la ville d Ottawa, et ce chiffre ne tient pas compte des deux nouvelles maisons de retraite construites dans le quartier et d une troisi me de 210 places alors en construction 125 . Le rapport note galement la diminution de la taille des m nages et l anglicisation du quartier, acc l r e par l arriv e de nouveaux r sidents dans les logements subventionn s.
Le 12 d cembre 1974, la firme Murray and Murray propose finalement au comit quatre alternatives au plan, n cessitant la d molition de 188 271 logements suppl mentaires selon l option choisie. Le comit les rejette toutes avant de soumettre une liste de 19 contre-propositions, exposant sa vision compl te pour le quartier sous les applaudissements des 150 citoyens pr sents 126 . Cette prise de position t moigne d une ambition qui d passe clairement tout ce qu avait entrepris le CRBV jusque-l . Pr par e au cours de plusieurs rencontres avec les r sidents du quartier et la distribution d un questionnaire lors de l assembl e g n rale publique du comit le 4 d cembre 1974 - assembl e qui avait t annonc e dans les m dias et le bulletin de la paroisse Sainte-Anne d Ottawa, intitul " R veillez-vous ! 127 -, cette liste de recommandations dessine un quartier l image de ses citoyens. Ces derniers souhaitent, entre autres, r duire le nombre de voies de l avenue King Edward de six quatre voies, prendre soin de leur environnement r sidentiel, d terminer les crit res de s lection des maisons d molir ou pr server, diminuer le nombre de logements comprenant une seule chambre et celui des logements subventionn s, encourager les jeunes m nages s installer et les anciens r sidents revenir dans le quartier et, finalement, am nager en priorit les terrains vagues. Les citoyens d sirent galement pr server le " caract re francophone de " leur Basse-Ville 128 .
Mais la firme Murray and Murray ne semble pas pr te int grer dans son plan les propositions des citoyens. Alors que la d molition des logements les plus d labr s se poursuit et que quelques expropriations ont encore lieu - 25 actes d expropriation sont d livr s en 1974 et seulement 12 en 1975 129 -, le comit s inqui te de voir que, plus d un mois apr s la pr sentation de ses contre-propositions, ces derni res ne figurent toujours pas dans les plans des urbanistes :

Apr s 4 mois de consultation avec les citoyens de la Basse-Ville, il semblerait que la firme d architectes Murray et Murray n ait pas pris au s rieux les revendications des citoyens de la Basse-Ville. [ ] Apr s nous avoir fait subir le plus gros massacre urbain et des erreurs monumentales, que m me les politiciens et la firme Murray et Murray reconnaissent, on tente de nous faire croire que la vraie participation peut exister ! [ ] Quand les sp cialistes reconna tront-ils qu il existe dans la Basse-Ville une sagesse populaire qui fait appel au gros bon sens et non des traites d urbanisme ? [ ] Et nous crierons qui veut l entendre que l assaut bulldozers versus la Basse-Ville a non seulement t un massacre urbain, mais une trahison la morale des bonnes gens de la Basse-Ville, nous irions jusqu dire meurtre social. [ ] Il est encore temps de finir en beaut , les lots vacants y sont, les maisons ne sont pas toutes d molies et les citoyens sont pr ts reb tir mais avec des planificateurs qui comprennent et respectent notre culture et qui donnent priorit aux citoyens plut t qu une esth tique sophistiqu e 130 .
Pour Georges B dard, qui a succ d Jules Morin au poste d chevin du quartier, ce profond sentiment de frustration des citoyens est renforc par le r le jou par la firme Murray and Murray dans la vague d expropriations des ann es 1960 131 . De plus, la barri re de la langue pose toujours d normes probl mes de communication entre la firme et les r sidents, qui ne parviennent pas coop rer, Tim et Patrick Murray tant tous deux unilingues anglophones 132 . L atmosph re de rancune tant peu propice l avancement du projet, les consultants et les planificateurs municipaux proposent de recruter un urbaniste francophone qui sera charg de faire le lien entre la firme et les habitants. La Ville estime toutefois trop co teuse l embauche d ing nieurs de la voirie galement francophones, malgr les requ tes des citoyens contraints de n gocier avec les experts de la firme De Leuw Carter, galement unilingues anglais.
Citoyens et d cideurs municipaux sur un pied d galit
Ce n est qu avec l arriv e de Lorry Greenberg au poste de maire en 1975 qu un climat de confiance s instaure entre les diff rents acteurs. Greenberg contribue r ellement au changement de ton de la Ville l gard du comit : juif originaire de la Basse-Ville Est et convaincu du bien-fond des prises de d cision au niveau communautaire, Greenberg, contrairement son pr d cesseur Pierre Benoit, se montre publiquement tr s critique l gard de la r novation urbaine : " Too many pseudo-experts intermingled their opinions with pressurized city officials to create one of the worst fiascos the municipality has ever known , d clarera-t-il au Ottawa Citizen le 15 f vrier 1977 133 . Avant de devenir maire, Greenberg avait d ailleurs d j pris position, en 1968, contre la r novation urbaine et en faveur de la r habilitation 134 .
Lui aussi lu en 1975, le nouvel chevin du quartier, Georges B dard, invite les citoyens se montrer beaucoup plus critiques l gard du processus d am nagement que ne l a t l lu local pr c dent, le controvers Jules Morin. B dard qualifie notamment la r novation urbaine de " folie et d " id e idiote 135 et affirme que " les citoyens ne sont plus pr ts accepter passivement les affronts du pass 136 . Il soutient galement les populations de la Basse-Ville Ouest et de la C te-de-Sable dans leurs revendications, en mettant profit l exp rience de la r novation.
C est dans ce contexte politique favorable que le 25 avril 1975 est qualifi de " moment historique par le nouveau pr sident du CRBV, Henri Paquet. Le maire accepte, ce jour-l , de remettre entre les mains des citoyens le plan de r novation et d organiser des discussions r guli res entre ing nieurs et habitants, " d gal gal . Le 28 juillet 1975 commence galement une tude qui permettra de r valuer la qualit des logements qui devaient tre d molis, tude que le comit r clamait depuis plus d un an. Quant aux maisons situ es entre l avenue King Edward et la rue Nelson, expropri es pour laisser place au projet de l autoroute d sormais abandonn , la Ville envisage la possibilit de les revendre leurs propri taires 137 .
Dans son rapport pr sent lors de l assembl e g n rale du comit , le 3 d cembre 1975, Henri Paquet se r jouit des rencontres fructueuses entre la Municipalit et les r sidents :

Les gens ont pris en main leur quartier et maintenant ils peuvent voir sur des cartes les id es et les projets qu eux-m mes ont choisis et qui seront r alis s dans une prochaine tape comme nous l esp rons. [ ] Si le r le du Comit du R veil est d tre un agent de changement social, il a accompli r ellement une grande t che en 1975. Il a r ussi faire participer au plan de r novation des dizaines de citoyens qui ont appris changer et discuter, en un mot s impliquer efficacement dans leur milieu 138 .


F IGURE 2.6 - Plan de la Basse-Ville Est, r alis conjointement par le Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, la Ville et Murray and Murray, 1976.
Source: Murray and Murray, Ville d Ottawa, D partement du d veloppement communautaire, " Basse-Ville Est : plan de red veloppement pr liminaire , janvier 1976, [entre les pages 12 et 13 ], Universit d Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise, Fonds Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, C57/8/11.
Lors de cette rencontre publique, le comit recueille galement aupr s des habitants la liste des probl mes qu ils ont relev s dans le quartier. ces commentaires s ajoutent ceux de jeunes r sidents du quartier, g s de 16 18 ans : leurs t moignages, rassembl s au cours d une enqu te r alis e par le comit plus t t dans l ann e pour conna tre leur avis sur l aspect physique et social de la Basse-Ville Est r v lent une perception tr s n gative des nouveaux logements, qualifi s de monotones et tristes, et le constat que les immeubles d habitation " emp chent les gens de se conna tre et contribuent la d t rioration du groupe uni qu tait la Basse-Ville 139 .
Presque un an jour pour jour apr s le rejet des propositions de la firme Murray and Murray, le nouveau plan, r alis gr ce au travail de vingt membres du CRBV, est d voil au cours d une rencontre laquelle assistent une centaine de personnes, le 15 d cembre 1975 140 . Les nouveaux plans de circulation et d habitation, qui se concentrent sur l am nagement de l ancien trac de l autoroute, sont approuv s par le conseil municipal le 2 f vrier 1976 (voir la figure 2.6 ).
Les textes qui accompagnent ces plans font tat des cons quences n fastes du processus de r novation urbaine :

L un des probl mes les plus essentiels de la Basse-Ville-est tait la diminution radicale de la propri t priv e et la perte de la vari t de constructions [ ]. [L]es logements pour faibles revenus, subventionn s et les logements pour personnes g es taient devenus les composantes principales de la Basse-Ville-est, affaiblissant ainsi la constitution sociale et conomique du quartier dont elles d truisaient l quilibre 141 .
Ils marquent aussi l mergence d une v ritable conscience patrimoniale : " Il faut maintenant veiller la pr servation de ce qui reste de la structure originale du quartier afin de conserver le patrimoine de cette communaut 142 , consid rant que le maintien des derni res traces de l ancien quartier " contribue ce sentiment d appartenir une communaut 143 .
La fin de la r novation urbaine : l heure du bilan (1976-1978)
Le 26 avril 1976, lors d une rencontre avec le maire Greenberg, les recommandations du comit ont des accents de bilan apr s des ann es de lutte : elles s inspirent, en effet, des le ons tir es au cours de la r novation urbaine, mais en marquent aussi la fin. On veut s assurer que les r sidents participent la mise en uvre des futurs plans, que des rencontres continuent d avoir lieu entre les citoyens et les responsables de l am nagement du quartier, que l on arr te la construction de maisons de retraite et de logements subventionn s dans le quartier - plus de 1000 logements de ce type y existent d j -, et que l on effectue une deuxi me inspection avant de d molir les maisons acquises par la Ville pour des terrains qui, finalement, sont inutiles au plan. Une seule expropriation a lieu en 1976 et six en 1977 144 .
En 1977, la Ville se montrant ouverte au retour des habitants d plac s hors du quartier, le CRBV, aid par le programme " Jeunesse Canada au travail , prend l initiative de demander aux anciens r sidents s ils souhaitent revenir s tablir dans le quartier. Le sondage, accompagn d un questionnaire, est envoy aux r sidents gr ce la liste lectorale de 1968. Des annonces publicitaires paraissent galement dans les journaux locaux et le bulletin paroissial. Quelque 260 questionnaires sont envoy s et 106 sont retourn s, d ment remplis par les anciens r sidents. Moins de 50 % d entre eux souhaitent revenir habiter dans la Basse-Ville, et le rapport note que la plupart des anciens propri taires se consid rent bien r install s dans d autres quartiers. Toutefois, l vocation nostalgique de la Basse-Ville revient dans la plupart des r ponses au questionnaire.
D anciens habitants profitent galement de la tribune offerte par le questionnaire pour faire part de leur m contentement l gard de la Ville d Ottawa 145 . Plusieurs insistent sur le manque de suivi apr s l expropriation et l impossibilit d tre relog s dans le quartier, malgr les promesses de la Ville 146 . On lit ainsi : " Croyez-moi, c est la premi re fois que je suis contact[ e] ; " a d l air qu ils font trois offres en dehors de la Basse-Ville juste pour nous enlever de leur liste [de demandeurs de logement subventionn ] ; " Certains d entre nous avons accept un logis en dehors de la Basse-Ville parce qu Ottawa Housing nous disait que notre nom serait enlev de leur liste si on refusait ; " Ils nous ont pas dit dans le temps [que l on pouvait revenir dans le quartier] ; et un d finitif : " Il est trop tard .
L expropriation et l impossibilit de retourner vivre dans le quartier donnent galement lieu des descriptions douloureuses de l exp rience v cue. Ainsi, l un des r pondants soutient que la d molition de son logement a t " la plus grande des injustices . Un autre affirme : " Ils m ont chass de mon chez-nous . Un dernier, enfin, reproche au CRBV de rouvrir de vieilles blessures :

Why all the fuss now, wanting the peoples to come back and live in Lower Town. After so many years and all the heartbreak and worrier they had. Olds and youngs have suffered so much, having to sell their homes and try to adjust to a new live in some other parts of the city. Many of these are still very sick from that change. And now you want to hurt them more by asking them to come back. Their homes have been demolished for modern building which older peoples are not used to have. It used to be very nice to live in Lower Town cause we knew each other. It was like a big family. Now many things have been taken away from you. We even have to live the way they want.
Au cours de l t 1977 est aussi r alis e l tude dirig e par Caroline Andrew, chercheuse et professeure de science politique l Universit d Ottawa, visant recueillir les souvenirs de r sidents de la Basse-Ville et reconstituer la vie dans le quartier depuis la fin du XIX e si cle 147 . Les propos tenus t moignent de l ambivalence des sentiments l gard de la r novation urbaine qui, si elle constituait un " changement pour le mieux 148 , a aussi boulevers le quartier, qui n est plus qu un " vieux souvenir 149 . Le temps utilis pour parler de la Basse-Ville est celui du pass : la r novation urbaine est termin e, et le quartier n existe plus : " La Basse-Ville, ils l ont pas mal tu e 150 ; " C est plus la Basse-Ville 151 .
Ces entretiens r v lent la multiplicit des voix, des opinions, des regards sur la r novation. Pour certains, le processus constitue un " great, terrific improvement [ which ] improved this all area 152 , qui a aid " liquider un peu de gens qui taient mal log s 153 dans de " vieilles cabanes, des vieilles maisons 154 . Les habitants s en sont all s " pour le mieux, pas pour le pire 155 . Pour d autres, la r novation a t un " d membrement 156 , laissant un quartier l " atmosph re bris e 157 . Dans plusieurs entretiens revient enfin l id e d une injustice l gard des Canadiens fran ais, qui " n avaient pas tellement de droit de parole et [ ] taient cras s 158 lors de la prise de d cision, m me s ils constituaient " la souche, la fondation d Ottawa 159 , et qui " aimeraient avoir un endroit o ils peuvent se sentir chez eux une fois pour toutes 160 .
Le dernier rapport annuel du comit , dat du 25 janvier 1978 161 , pr sente les diff rentes initiatives mises en place pour valuer les maisons du quartier qui pourraient b n ficier d une subvention pour embellissement et conservation, et annonce la mise sur pied d une tude portant sur la cr ation d une coop rative d habitation suppl mentaire. La Ville est alors depuis plusieurs ann es entr e dans une phase d am nagement se pr occupant davantage de la pr servation des vieux quartiers, du fait du changement d orientation politique des niveaux provincial et f d ral qui, partir de 1974, ont op r une transition d finitive vers le financement d interventions ax es sur la restauration et la r habilitation. Aucune expropriation n a lieu en 1978 dans la Basse-Ville Est, et le tout dernier acte d expropriation relatif la r novation urbaine du quartier est sign le 2 janvier 1979 162 .

Les habitants de la Basse-Ville Est, au fil des tapes de leur r sistance la r novation urbaine, sont parvenus cr er une spatialit communautaire ind pendante des d cisions de la Ville d Ottawa et des repr sentations que celle-ci cherchait imprimer au quartier. Au cours de cet pisode extr me de destruction et de r am nagement de l espace, les revendications des citoyens se sont parfois heurt es aux choix des d cideurs, d autant plus violemment que nous avions affaire une population doublement minoritaire, populaire et francophone, face une municipalit et des urbanistes majoritairement anglophones dans la capitale d un pays officiellement bilingue. Mais ces revendications ont aussi trouv des raccourcis, des contournements, de nouveaux terrains de r sistance et de d veloppement communautaires.
Au d part compl tement exclus du projet malgr quelques prises de position des repr sentants locaux, les habitants de la Basse-Ville Est se sont adapt s aux d cisions de la Ville : les propri taires ont ainsi tent de tirer leur pingle du jeu, certains voyant dans la r novation l occasion d acc der la vie de banlieue. Une partie de la petite communaut juive du quartier a entrepris, pour sa part, de se d placer Alta Vista, suivie de pr s par sa synagogue. Le comit de citoyens a accompagn ces d parts en s assurant qu ils avaient lieu dans les meilleures conditions possible. Ce premier mouvement de population a toutefois branl la base sociale du quartier, bien avant son cadre physique. Face l incertitude, ceux qui avaient les moyens de quitter le quartier en qu te d un avenir plus s r taient aussi ceux qui taient les plus m me d assurer un leadership communautaire. Pour le cur de la paroisse, les propri taires qui ont quitt le quartier taient les " garants des coutumes et des traditions et, avec eux, a disparu " le splendide esprit de corps qui a toujours caract ris Sainte-Anne 163 . Leur d part a galement acc l r la d gradation du b ti : entour s par des maisons placard es ou lou es temporairement par la Ville, les habitants craignaient d tre expropri s leur tour et n gligeaient l entretien des propri t s, au point d inciter les urbanistes tendre le secteur touch par la r novation en 1968.
Dans un contexte de grande instabilit r sidentielle, le r veil de la solidarit communautaire a t difficile mais encourag , parfois orient , par la pr sence d animateurs sociaux et le maintien de figures centrales dans le quartier, en particulier le cur de la paroisse Sainte-Anne et l chevin de la Basse-Ville Est. La conscientisation des citoyens est d abord pass e par l acquisition d informations. Cette tape, " partie d terminante du processus de participation territoriale 164 , s est r v l e essentielle l autonomisation des habitants, qui acc daient une meilleure connaissance de leur territoire et du processus de r novation urbaine, jusqu tre en mesure de contester les expropriations aupr s de la Ville et de faire part de leurs craintes l gitimes l gard du projet aupr s de la CAMO, notamment celle de voir se former un ghetto de pauvres et d a n s apr s le d part des plus nantis et des jeunes m nages, crainte renforc e par l intention de la Ville de construire un nombre important de logements modiques et de maisons de retraite dans le quartier.
Mais la persistance de la Municipalit , soutenue par les d cisions de la CAMO, ne pas tenir compte des revendications des citoyens, a pouss le comit prendre ses distances avec le processus de r novation urbaine partir de 1970. Un projet de coop rative d habitation na t alors et, avec lui, le comit reprend enfin en main la question du relogement et d finit ses propres crit res de s lection en donnant la priorit aux anciens r sidents. En 1971, si la Municipalit ne rencontre pas d opposition en lan ant la construction de maisons en rang e et d une tour d habitations, elle doit faire face une r sistance marqu e de la part des habitants au moment de toucher au Patro, institution centrale des loisirs et de la vie communautaire. Apr s la cr ation des coop ratives d habitation, la d fense des deux patinoires du Patro constitue ainsi l un des moments cl s de la lutte citoyenne. En 1972, le comit s oppose galement avec succ s au projet de la Ville de construire un ar na et obtient que l on dote le quartier d un grand centre communautaire comprenant une piscine.
partir de 1973, le nouvel ex cutif du CRBV int gre ses luttes un objectif social. En plus de constituer un groupe de pression, il devient un outil de concertation et de dynamisme communautaires et invite les habitants partager sa vision du quartier. Ce travail de terrain l gitimise le comit qui exige, partir de 1974, que les recommandations de la population soient incluses dans le plan de r novation, se pronon ant ainsi sur le type de constructions privil gier, la densit urbaine, les r gles de circulation et les services sociaux. Mais ce n est qu partir de 1975 que la Municipalit s ouvre v ritablement la participation des citoyens dans la mise sur pied du plan de leur quartier. Apr s deux ans de n gociations, un plan final portant sur la circulation et l habitation est adopt en 1976, t moignant galement de l mergence d une conscience patrimoniale. Le CRBV endosse un nouveau r le : il entend surveiller de pr s la mise en application de ses objectifs et se faire le garant de la pr servation du quartier. Ce repli dans une position d observateur et de chien de garde marque la fin de la v ritable r sistance citoyenne. En 1978, le comit se concentre ainsi sur le d veloppement socioculturel de la Basse-Ville Est et travaille en collaboration avec les agences locales et les quartiers voisins.
Le bilan de cette longue r sistance est mitig . Au d but de la r novation urbaine, les francophones repr sentaient environ 75 % des habitants de la Basse-Ville Est. En 1976, ils avaient diminu de moiti et, trente ans plus tard, ils sont moins de 30 % 165 . De la r novation, on pourrait ainsi ne retenir que la disparition d une communaut et d un mode de vie, " le grand d rangement 166 , comme certains l appellent encore aujourd hui, l " ethnocide des Franco-Ontariens de la Basse-Ville , pour Pierre Allard, ancien ditorialiste au journal Le Droit 167 , le " g nocide culturel 168 du quartier, comme l a r cemment qualifi Madeleine Meilleur, d put e provinciale d Ottawa-Vanier. Pourtant, en nous int ressant aux diff rentes formes de la r sistance des citoyens entre 1965 et 1978, en tentant de " reinsert resistance at the more mundane, micrological level of everyday practices and choices about how to live 169 , nous avons aussi mis au jour des acquis durables et des h ritages inattendus de la lutte des citoyens de l poque.
La g ographie de la r sistance nous apprend, en effet, que ces gestes transgressifs et subversifs dirig s contre un pouvoir apparemment unilat ral ont ultimement la capacit de cr er de nouveaux territoires, aussi bien externes (espaces de sociabilit , constructions communautaires) qu internes (r ves, m moires, d sirs, exp riences), en d pit d une pratique oppressive de l autorit , qui vise essentiellement restreindre l utilisation de l espace et cherche s assurer que le " jeu du pouvoir se d roule selon ses propres r gles. En contournant, en transformant ou en se r appropriant ces r gles, la r sistance des habitants de la Basse-Ville Est a permis la re-symbolisation 170 du territoire d poss d comme support de l identit canadienne-fran aise fond e sur des structures mat rielles et immat rielles.
La m moire de cette r sistance reste tr s pr sente aujourd hui dans le quotidien et les r cits portant sur le quartier, et sert parfois d inspiration la mobilisation des citoyens. Par exemple, le traumatisme de la r novation urbaine figure presque syst matiquement parmi les arguments pr sent s pour promouvoir la conservation des difices patrimoniaux t moins de cette poque dans le quotidien Le Droit 171 . En 2013, une quarantaine d anciens habitants ont galement publi une compilation de r cits, d anecdotes et de photographies de la Basse-Ville Est avant la r novation 172 . Marc Aubin, l un des candidats au poste de conseiller du quartier Rideau-Vanier en octobre 2014, avait pour sa part exig dans son programme lectoral des excuses publiques de la Ville pour le fiasco de la r novation urbaine.
Les difices de l cole De La Salle, du centre communautaire du Patro ou, encore, des coop ratives d habitation - Beausoleil, Br beuf, l Auberge - construits gr ce aux efforts du comit , sont des traces plus positives de la r sistance pass e des citoyens et autant de signes de la r silience actuelle de la communaut . Pour Boris Cyrulnik, la r silience est une " d chirure raccommod e , la capacit d un tre ou d une population " exister positivement malgr des traumatismes de plus ou moins grande ampleur et transcender les checs ventuels de la r sistance culturelle 173 . chaque tape de la r novation urbaine, la r silience des habitants s est donc manifest e lorsqu ils se montraient capables de rebondir, de revoir leurs ambitions, de d placer leurs revendications.
Difficile de dire si l identit populaire canadienne-fran aise a nourri le feu de cette r sistance ou si, l inverse, l organisation progressive de cette r sistance dans le quartier a encourag la population d finir et renforcer son identit francophone. Pour Bernard Lamizet, le lien collectif, bas sur le territoire, la langue ou la m moire, s inscrit en fait " dans un processus, historiquement pensable, de rapports de force, de rapports de pouvoir, et d actions inscrites dans l histoire, au lieu de l tre dans un processus identitaire ind passable, dont le sujet de l histoire ne pourrait tre ma tre 174 . Ainsi, lors de la r novation urbaine, la capacit de la communaut de la Basse-Ville Est se rassembler autour de valeurs communes et la persistance de son identit canadienne-fran aise ancr e dans le territoire ont contribu la force de r sistance des citoyens. Et la m moire de cette r sistance, son tour, renforce la conscience identitaire de la population francophone d aujourd hui et sa volont de se mobiliser pour la d fense de ses institutions et de ses quartiers.

1. Murray and Murray Architects and Planning Consultants, " Draft Lowertown East Planning Report , Ottawa, novembre 1974, Archives de la Ville d Ottawa, Correspondance de Lorry Greenberg, A2010-0394/77.
2. Armour L. McRae, " Rapport de l Ontario Municipal Board , Ottawa, 26 septembre 1969, Archives de la Ville d Ottawa, Fonds Bureau des commissaires, A2010-1180/210-5.
3. Marie-H l ne Bacqu et Mario Gauthier, " Participation, urbanisme et tudes urbaines : quatre d cennies de d bats et d exp riences depuis A Ladder of Citizen Participation de S. R. Arnstein , Participations , vol. 1, n 1 (2011), p. 36-66, [En ligne], [ http://www.cairn.info/revue-participations-2011-1-page-36.htm ].
4. Sherry R. Arnstein, " A Ladder of Citizen Participation , Journal of the American Institute of Planners , vol. 35, n 4 (juillet 1969), p. 216-224, [En ligne], [ http://www.cairn.info/revue-participations-2011-1-page-36.htm ].
5. Gr gory Busquet, " Question urbaine et droit la ville , Mouvements , vol. 2, n 74 (2013), p. 113-122.
6. Ibid. , p. 118.
7. Steve Pile et Michael Keith (dir.), Geographies of Resistance , Londres, Routledge, 1997.
8. Michel de Certeau, L invention du quotidien , t. 1 : Arts de faire , Paris, ditions Gallimard, 1990, p. 35.
9. Ibid. , p. 3.
10. David Harvey, " Class Relations, Social Justice and the Politics of Difference , dans Michael Keith et Steve Pile (dir.), Place and the Politics of Identity , Londres, Routledge, 1993, p. 46.
11. Manuel Castells, The City and the Grassroots : a Cross-Cultural Theory of Urban Social Movements , Oakland, University of California Press, 1983.
12. Pile et Keith (dir.), Geographies of Resistance , p. 8.
13. Claude Javeau, Sociologie de la vie quotidienne , Paris, Presses universitaires de France, 2003, coll. " Que sais-je ? .
14. Le Bureau des commissaires de la Ville d Ottawa, cr en 1908 et aboli en 1978, tait compos du maire et de quatre conseillers lus par l ensemble de la population, qui validaient les d cisions des diff rents comit s avant de les soumettre au vote du conseil municipal.
15. Merci Laurence C t -Roy pour son excellent travail de collecte d archives, de synth se et d analyse.
16. Une lecture syst matique des microfilms du Droit a t men e pour la p riode de 1960 1967. Les articles de 1967 1979 ont t tir s des compilations d articles de presse r alis es par le Comit du r veil de la Basse-Ville et conserv es au Centre de recherche en civilisation canadienne-fran aise (ci-apr s CRCCF). Je remercie Dany Boutin, Kayla Cloutier, Laurence C t -Roy, Kathleen Goulet, Louis-Philippe Morin et Jacob Sammon de leur participation au travail de collecte et de classification d archives, dans le cadre du Programme d initiation la recherche au premier cycle (PIRPC) de l Universit d Ottawa. Pour une analyse exhaustive de la couverture de la r novation de la Basse-Ville Est par Le Droit , voir Anne Gilbert, Kenza Benali et Caroline Ramirez, " Le Droit et la r novation de la Basse-Ville d Ottawa : les balbutiements d un journalisme engag dans le dossier de l am nagement urbain , Francophonies d Am rique , n 35 (printemps 2013), p. 117-139, [En ligne], [ http://id.erudit.org/iderudit/1026409ar ].
17. Bacqu et Gauthier, " Participation, urbanisme et tudes urbaines .
18. Robert Fishman, " The Mumford-Jacobs Debate , Planning History Studies , vol. 10, n 1-2 (1996), p. 3-11 ; Christopher Klemek, The Transatlantic Collapse of Urban Renewal : Postwar Urbanism From New York to Berlin , Chicago, The University of Chicago Press, 2011.
19. Richard Morin, " D clin, r am nagement et r animation d un quartier ancien de Montr al , Urban History Review = Revue d histoire urbaine , vol. 17, n 1 (juin 1988), p. 29-39, [En ligne], [ http://id.erudit.org/iderudit/1017699ar ].
20. Jenny Gregory et Jill L. Grant, " The Role of Emotions in Protests Against Modernist Urban Redevelopment in Perth and Halifax , Urban History Review = Revue d histoire urbaine , vol. 42, n 2 (printemps 2014), p. 44-58, [En ligne], [ http://id.erudit.org/iderudit/1025699ar ].
21. Lionel Robert, " La r novation urbaine et la strat gie fiscale des municipalit s , Sociologie et soci t s , vol. 4, n 1 (mai 1972), p. 69, [En ligne], [ http://id.erudit.org/iderudit/001643ar ]. (En italique dans le texte.)
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37. Le quartier accueille les Fr res des coles chr tiennes, les S urs grises de la Croix, plusieurs coles s par es ainsi que la caisse populaire, tablie en 1912 (voir Jos e Fabien-Robineault, tude de certaines caract ristiques de l organisation sociale de la Basse-Ville Est d Ottawa , th se de ma trise, Ottawa, Universit d Ottawa, 1972). La salle Sainte-Anne - v ritable " centre de l action fran aise Ottawa (Jules Tremblay, Sainte-Anne d Ottawa : un r sum d histoire, 1873-1923 , Ottawa, La Cie d imprimerie d Ottawa, 1925, p. 191) ou, encore, " foyer par excellence des francophones ( Le Droit , " La salle Ste-Anne dispara trait , 4 avril 1970, p. 1) - offre des lieux de rencontre et des activit s r cr atives aux paroissiens, tout comme le centre communautaire du Patro Saint-Vincent.
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42. La CCN a remplac la Commission du district f d ral en 1959, la suite de l entr e en vigueur de la Loi sur la capitale nationale .
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47. Louis Rocque, " Le visage de la Basse-Ville sera enti rement transform : un vaste projet de r novation l tude pour ce secteur d Ottawa , Le Droit , 4 novembre 1965, p. 1.
48. Les francophones de la Basse-Ville ont vraisemblablement t invit s, au cours d un commentaire l humour douteux, traverser la rivi re des Outaouais en direction de la rive qu b coise, du c t de la ville de Hull.
49. " Lettre de Richard J. Joy l chevin James McAuley , Ottawa, 18 d cembre 1965, Archives de la Ville d Ottawa, Correspondance de Donald B. Reid, A2010-0373/56. Ernie Jones, dont la lettre fait mention, est l un des chevins si geant au Bureau des commissaires ; il continuera d y si ger au cours des six ann es venir. En invitant la population du quartier retourner du c t hullois, en terre qu b coise, l lu insinue tr s clairement que la place des francophones n est pas en Ontario. Cette remarque est loin d tre anodine : elle r v le que l existence d un quartier compos d une grande majorit de francophones au c ur de la capitale n est pas acquise et peut susciter de la part des repr sentants municipaux des propos teint s de m pris.
50. " Special Report No. 7B - Board of Control , Ottawa, 21 mars 1966, Archives de la Ville d Ottawa, Proc s-verbaux du conseil municipal, p. 1075.
51. Ibid.
52. Louis Rocque, " Le quartier By demeure fran ais : Ottawa approuve en principe le projet de la Basse-Ville , Le Droit , 22 mars 1966, p. 1.
53. G rard Bernier, " la population de By , Le Droit , 20 juin 1966, p. 6.
54. Louis Rocque, " La population du quartier By est fortement d ue , Le Droit , 15 juin 1966, p. 1.
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56. Rocque, " La population du quartier By est fortement d ue , p. 1.
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60. Ibid.
61. Ville d Ottawa, Lower Town East Urban Renewal Scheme Application , Ottawa, The Branch, 1968, p. 3.
62. Ibid. , p. 13.
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65. " Lower Town - Urban Renewal , Ottawa, 13 septembre 1968, Archives de la Ville d Ottawa, Correspondance de Donald B. Reid, A2010-0375/58.
66. Une version pr liminaire de cet aspect de notre recherche a t publi e dans HistoireEngag e . Nous tenons saluer l excellent travail de Laurence C t -Roy, assistante de recherche (PIRPC). Caroline Ramirez et Anne Gilbert, " La r novation urbaine de la Basse-Ville d Ottawa : le r veil des citoyens , HistoireEngag e , 29 octobre 2013, [En ligne], [ http://histoireengagee.ca/la-renovation-urbaine-de-la-basse-ville-dottawa-le-reveil-des-citoyens/ ] (11 d cembre 2014).
67. " Lettre de la Corporation of the City of Ottawa , Ottawa, 27 ao t 1969, Archives de la Ville d Ottawa, Fonds Bureau des commissaires, A2010-1180/210-5.
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69. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Rapport de r union , Ottawa, 13 novembre 1968, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/1/8.
70. Ibid.
71. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Rapport de r union , Ottawa, 8 janvier 1969, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/1/8.
72. Cette d cision du Collegiate Institute Board a t prise la suite du lobbying des chevins francophones, en particulier celui du quartier Saint-Georges, Charles St-Germain, qui s expriment au nom des contribuables francophones de la ville d Ottawa (" Une cole secondaire bilingue r clam e dans l est d Ottawa , Le Droit , 31 janvier 1964, p. 1).
73. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Rapport de r union , 22 janvier 1969, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/1/8.
74. Ibid.
75. Tanner, " Community Service Centres of Ottawa-Carleton , p. 11. Nous ne trouvons pas trace de cette confrontation dans les archives du comit de citoyens, mais cette absence de r flexion sur les classes sociales au sein du comit s explique probablement par le fait que la r sistance des citoyens n a pas t soutenue, comme elle l a t souvent ailleurs, par des intervenants ext rieurs la communaut locale, tr s politis s et cherchant largir la port e des conflits. La r novation du quartier du Portage Hull, ville qu b coise faisant face Ottawa sur la rive nord de la rivi re des Outaouais, a par exemple t influenc e par les aspirations ind pendantistes et les positions marxistes-l ninistes d fendues, entre autres, par les membres du Parti communiste ouvrier, qui avaient noyaut les associations citoyennes s opposant la r novation (Sophie-H l ne Legris-Dumontier, La Commission de la capitale nationale et l le de Hull : entre identit nationale et conscience r gionale (1959-1979) , th se de ma trise, Ottawa, Universit d Ottawa, 2014).
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80. Ibid .
81. Ibid.
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84. Armour L. McRae, " Rapport de l Ontario Municipal Board , Ottawa, 26 septembre 1969, Archives de la Ville d Ottawa, Fonds Bureau des commissaires, A2010-1180/210-5.
85. Ibid.
86. Ibid.
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88. " Projet de logements dans la Basse-Ville , Le Droit , 19 juin 1970, p. 3. En 1971, le maire Pierre Benoit qualifie ce projet de " mod le pour tout le pays . Les habitants du quartier ne tarderont pas surnommer la tour d habitations de " monstre (Edgard Demers, " Le jeu de la r novation urbaine et du hasard , Le Droit , 5 f vrier 1972, p. 3).
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95. " Beausoleil obtient le feu vert , Le Droit , 17 d cembre 1976, p. 4.
96. Se voulant f d rateur et repr sentatif de l ensemble de la population du quartier, le CRBVE abandonnera d ailleurs la particule " Est , le 27 juillet 1971, au profit d un nom plus inclusif.
97. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Rapport de r union , Ottawa, 24 mars 1971, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/1/8.
98. Le service de garde pour les enfants en pr maternelle tait dispens depuis d cembre 1969 dans les locaux du Patro de la Basse-Ville Est la suite d un intense lobbying des m res du quartier, qui avaient constat la d tresse des familles francophones et d favoris es. Avec la r novation, on s inqui te de l arriv e d organismes priv s qui prendraient la rel ve et pourraient supprimer le caract re fran ais et local de ce service.
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114. Ibid.
115. Ibid.
116. Pierre Benoit fait ici r f rence aux propos de certains habitants qui, lors de la premi re vague d expropriations, " avaient cri Acadie ! Acadie ! [ ], insinuant que l urbanisation tait une arme pour servir la dispersion des Canadiens fran ais de la Basse-Ville (Edgard Demers, " La Basse-Ville a son paradis terrestre , Le Droit , 6 mai 1972, p. 5).
117. Andr Guibord, " Le retour des Acadiens sera encore plus retard , Le Droit , 1 er mai 1973, p. 3.
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142. Ibid. , p. 24.
143. Ibid. , p. 61.
144. " Expropriation deeds , Ottawa, 1967-1979, Archives de la Ville d Ottawa, Ottawa Agreements 1870-2000, LG1-OTT1-AG.
145. Nous tenons saluer le travail de Louis-Philippe Morin, assistant du PIRPC pour le Chantier Ottawa sur la question du retour des anciens r sidents dans le quartier, qui nous a permis de nous documenter sur cet pisode.
146. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Sondage la population et " tude sur la mobilit , Ottawa, 1977, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/8/3 et C57/8/4.
147. Kayla Cloutier s est charg e d couter et d annoter l ensemble des enregistrements, environ 50 heures d entretiens, disponibles dans le Fonds Projet Histoire de la Basse-Ville Ouest (C22), conserv au CRCCF.
148. Lionel Robert, " Vie sociale entre fran ais et anglais , Ottawa, juin 1977, CRCCF, Fonds Projet Histoire de la Basse-Ville Ouest (ci-apr s Fonds PHBVO), C22/S15/1/5.
149. J. A. De Gagn , " Activit s personnelles d une famille de la Basse-Ville Ouest d Ottawa , Ottawa, juillet 1977, CRCCF, Fonds PHBVO, C22/S15/1/27.
150. Ibid.
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160. Ibid.
161. Comit du r veil de la Basse-Ville d Ottawa, " Assembl e g n rale annuelle , Ottawa, 25 janvier 1978, CRCCF, Fonds CRBVO, C57/1/7.
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166. Marcel S guin, Ste-Anne d Ottawa : une belle aventure humaine , Ottawa, Marcel S guin diteur, 2013.
167. Pierre Allard, " Ils taient 125 000 ou plus de 10 000 ? , sur le site Pierre Allard, le blogue , [ http://pierreyallard.blogspot.ca/2014_11_01_archive.html ] (19 janvier 2015).
168. Discours de Madeleine Meilleur lors du lancement du livre Ste-Anne d Ottawa : une belle aventure humaine , le 24 novembre 2013, au Patro.
169. Angela McRobbie, Postmodernism and Popular Culture , Londres, Routledge, 1974, p. 162.
170. Pile et Keith (dir.), Geographies of Resistance .
171. Caroline Ramirez, " Presse crite et m moire : une analyse comparative des articles francophones et anglophones documentant la mobilisation contre un projet d am nagement urbain Ottawa , dans Michelle Landry, Martin P quet et Anne Gilbert (dir.), M moires et mobilisations , Qu bec, Les Presses de l Universit Laval, 2015, p. 79-102 ; Benali et Ramirez, " Le plan de Jacques Gr ber .
172. S guin, Ste-Anne d Ottawa .
173. Boris Cyrulnik, Le murmure des fant mes , Paris, Odile Jacob, 2005, p. 19.
174. Bernard Lamizet, Politique et identit , Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2002, p. 303.
Chapitre 3
La communaut francophone de la Basse-Ville au lendemain de la gentrification
Rosalie THIBEAULT, Universit Laurentienne
A U TOURNANT DES ANN ES 1960 , le gouvernement f d ral met en place un important projet d embellissement de la capitale nationale. Ce projet, qui avait pour but d am liorer l image d Ottawa, a eu des r percussions sur plusieurs quartiers. Situ deux pas des difices du Parlement, la Basse-Ville, v ritable bastion francophone, est l objet d une vaste entreprise de revitalisation urbaine visant radiquer ses nombreux taudis, tout en facilitant la circulation sur les art res principales du quartier. Alors que la partie est de la Basse-Ville sera soumise de nombreuses expropriations et d molitions, la partie ouest et ses difices historiques seront, pour leur part, pr serv s et revitalis s 1 . Cette r habilitation de la Basse-Ville Ouest favorise la venue de nouveaux r sidents, dont le profil est fort diff rent de celui de la population qui l habitait traditionnellement : il y a moins d enfants et de familles, le niveau d ducation est plus lev et les emplois occup s sont d une autre nature. Plusieurs groupes s y c toient aujourd hui, depuis les habitants dits de souche et les nouveaux r sidents plus ais s jusqu ceux qui y sont arriv s plus r cemment la faveur de la construction de plusieurs immeubles r sidentiels. Au fil de ces transformations, ce quartier, qui tait jusque-l majoritairement francophone, s est fortement anglicis . La Basse-Ville Ouest compte toujours un nombre important de francophones, mais ils y sont aujourd hui minoritaires.
Avant que la gentrification ne touche la Basse-Ville Ouest, les habitants francophones qui y habitaient partageaient des caract ristiques personnelles, une condition sociale et des traits culturels semblables et, bien s r, une langue commune, ce qui avait pour effet de favoriser leur sentiment d appartenance la communaut . Leur participation la vie sociale, conomique, culturelle et politique du quartier favorisait, par ailleurs, leur communalisation 2 . Or, la population a beaucoup chang dans le sillage de la gentrification 3 . Plusieurs nouveaux r sidents du quartier ne parlent pas fran ais. Ceux qui le parlent pr sentent un profil beaucoup plus diversifi que par le pass . Les liens qui les unissent sont possiblement plus t nus. On peut donc s interroger sur la forme que prend aujourd hui la vie communautaire de la Basse-Ville.
Mon objectif est d analyser jusqu quel point et par quels ressorts les francophones font aujourd hui communaut dans la Basse-Ville d Ottawa, par-del la diversit qui les caract rise. J ai men une enqu te aupr s des francophones de la Basse-Ville Ouest d Ottawa, portant sur les relations qu ils entretiennent avec leurs voisins, sur l importance qu ils accordent ces relations et sur la satisfaction qu ils en tirent. Je leur ai aussi demand s ils avaient le sentiment de partager certains traits avec les autres habitants du quartier, s ils s identifiaient eux, s ils formaient avec eux une " communaut , par-del leurs diff rences. Enfin, j ai cherch cerner les l ments g ographiques sur lesquels pourraient se fonder leur appartenance au quartier et leur identification ses habitants. La Basse-Ville Ouest a ceci d int ressant que la gentrification a modifi en profondeur non seulement la composition sociale du quartier, mais aussi sa composition linguistique et culturelle, la faisant passer d un quartier forte densit francophone un quartier majoritairement anglophone. Ces changements laissent croire que les relations sur lesquelles s est historiquement construite la communaut ont t affect es, tant sur le plan pratique que sur le plan symbolique. Une analyse des formes que prend cette communaut une cinquantaine d ann es apr s le d but de la gentrification du quartier clairera les processus qui concourent son maintien dans l espace, tout en illustrant les tendances qui ont marqu son volution. Effectivement, des transformations d une telle ampleur dans un quartier ne peuvent se produire sans cons quences sur les appartenances de la population, ancienne comme nouvelle.
Ce chapitre est divis en quatre parties. La premi re porte sur le contexte dans lequel se situe cette tude, soit les transformations qu a connues la Basse-Ville Ouest d Ottawa, sous l effet de la gentrification. Je rappellerai bri vement les mesures prises par les autorit s municipales pour r habiliter le quartier ainsi que leurs r percussions sur le paysage urbain. Enfin, je d crirai l volution de sa population de 1961 2011. Dans la deuxi me partie du chapitre, j exposerai la m thodologie que j ai adopt e pour mener mon tude. Je pr senterai, dans un troisi me temps, les r sultats de mon enqu te et m appuierai sur divers travaux portant sur le sujet afin d examiner la communaut telle qu elle se vit aujourd hui dans le quartier. J aborderai cette derni re en tant que n ud de relations, foyer d appartenance et territoire v cu. La quatri me et derni re partie traitera des enjeux ayant trait la langue dans le maintien d une communaut dynamique dans la Basse-Ville Ouest.


F IGURE 3.1 - Carte situant la Basse-Ville Est et Ouest d Ottawa.
La revitalisation et la r habilitation d un bastion francophone
Situ e au c ur de la ville d Ottawa, la Basse-Ville est d limit e par la rue Rideau au sud, la rivi re des Outaouais et la promenade Sussex au nord-ouest et la rivi re Rideau au nord-est. On fait souvent la distinction entre la Basse-Ville Est et la Basse-Ville Ouest.
L avenue King Edward agit comme fronti re entre les deux parties du quartier, lequel figure parmi les plus anciens et les plus francophones de la ville d Ottawa. Mon tude portera exclusivement sur la partie ouest du quartier, la plus touch e par la gentrification. Plusieurs sources ont t consult es pour dresser le portrait de cette transformation, dont les travaux de Peter J. M. Franklin 4 , de Lucien Brault 5 et de Tim Colfe 6 . L analyse des cartes de zonage, des cartes d utilisation du sol, des photographies a riennes ainsi que des tudes et des plans de d veloppement pr par s par la firme Murray and Murray et le Service de planification de la Ville d Ottawa a permis de mesurer l ampleur des transformations dans le quartier. Les donn es brutes des recensements canadiens, pour les secteurs de recensement de la Basse-Ville Ouest et de la ville d Ottawa, de 1961 2011 7 , t moignent des changements en ce qui concerne la population et le logement. L objectif de cette section sera d illustrer le processus de gentrification subi par la Basse-Ville Ouest, l aide des l ments catalyseurs de la gentrification du quartier et de ceux qui lui ont permis de perdurer.
Un temps propice aux transformations
Pour mieux comprendre les transformations qui se sont op r es l chelle du quartier, il est utile d effectuer un retour sur l enjeu plus g n ral du d veloppement de la ville. Ottawa, en tant que capitale nationale, n a pas le m me statut que les autres villes canadiennes. Plusieurs acteurs sont impliqu s dans son d veloppement. Du c t du gouvernement f d ral, la Commission de la capitale nationale (CCN) a jou un r le cl pour faire d Ottawa " a handsome and efficient National Capital 8 . Cette soci t d tat, cr e le 6 f vrier 1959 par une loi du gouvernement f d ral, la

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