Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes
336 pages
Français

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Description

Partez à la découverte d'un monde mystérieux.
- Un guide de terrain facile à consulter pour identifier 125 espèces de papillons de nuit et leurs chenilles parmi les plus communes et les plus spectaculaires.
- Des fiches d'identification par espèces bien documentées.
- Des illustrations et des photos de grande qualité.
- Des cartes de répartition et la nomenclature les plus à jour.
- Des textes éclairants sur la biologie et l'écologie des papillons nocturnes.
- Des trucs et des conseils pour les attirer et les photographier.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 avril 2018
Nombre de lectures 25
EAN13 9782897623333
Langue Français
Poids de l'ouvrage 25 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0050€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Michel Leboeuf
PAPILLONS DE NUIT ET CHENILLES
Stéphane Le Tirant
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
PAPILLONS
DE NUIT
ET CHENILLES
DU QUÉBEC ET DES MARITIMESPartez à la découverte d’un monde mystérieux
Un guide de terrain facile à consulter pour identifi er 125 espèces
de papillons de nuit et leurs chenilles parmi les plus communes
et les plus spectaculaires
Des fi ches d’identifi cation par espèce bien documentées
Des illustrations et des photos de grande qualité
Des cartes de répartition et la nomenclature les plus à jour
• Michel Leboeuf Stéphane Le Tirant
Des textes éclairants sur la biologie et l’écologie des papillons
nocturnes
Des trucs et des conseils pour les attirer et les photographier
Vulgarisateur scientifi que et auteur prolifi que, Michel Leboeuf a déjà
à son actif une quinzaine d’ouvrages documentaires sur la fl ore et
la faune. Récipiendaire à deux reprises du prix Hubert-Reeves pour
le meilleur ouvrage de vulgarisation, il a été rédacteur en chef du
magazine Nature sauvage pendant 10 ans. Il œuvre désormais au
sein d’une fi ducie de conservation dans Lanaudière.
Conservateur de la collection scientifi que de l’Insectarium de Montréal,
Stéphane Le Tirant est le co-créateur de l’événement Papillons en
liberté au Jardin botanique de Montréal. Auteur de nombreux articles
scienti fi ques sur les insectes, il a aussi co-écrit avec Michel Leboeuf
le guide Papillons et chenilles du Québec et des Maritimes dans la
même collection.
ISBN 978-2-89762-305-0 editionsmichelquintin.ca
FSC
to come
9 782897 623050
C1_EMQ_PapillonDeNuit_OK.indd 1 2017-12-29 12:46PAPILLONS
DE NUIT
ET CHENILLES
DU QUÉBEC ET DES MARITIMES
• Michel Leboeuf Stéphane Le TirantCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du
Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Leboeuf, Michel, 1962-, auteur
Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes / Michel
Leboeuf, Stéphane Le Tirant.
(Guides nature Quintin)
Comprend des références bibliographiques et un index.
ISBN 978-2-89762-304-3 (couverture rigide)
ISBN 978-2-89762-305-0 (couverture souple)
1. Papillons nocturnes - Québec (Province) - Identifcation. 2. Papillons
nocturnes - Provinces maritimes - Identifcation. 3. Chenilles - Québec (Province)
- Identifcation. 4. Chenilles - Provinces maritimes - Identifcation. I. Le Tirant,
Stéphane, auteur. II. Titre. III. Collection : Guides nature Quintin.
QL552.L422 2018 595.7809714 C2017-942569-2
Édition : Johanne Ménard
Illustrations : Marthe Boisjoly
Révision linguistique : Serge Gagné
Conception graphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron
Mise en page : Sandy Lampron

Édition : Johanne Ménard
Illustrations : Marthe Boisjoly
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de Révision linguistique : Serge Gagné
livres — Gestion SODECConception graphique : Ruth Pelletier et Sandy Lampron
Mise en page : Sandy LampronLes Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC et
du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour
leurs activités d’édition.

Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute
reproduction d’un extrait quelconque de ce livre, par procédé mécanique ou
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Les Éditions Michel Quintin bénéficient du soutien financier de la SODEC et ISBN 978-2-89762-305-0 (reliure souple)
du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour ISBN 978-2-89762-304-3 (reliure cartonnée)
leurs activités d’édition.
Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2018
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute – Bibliothèque et Archives Canada, 2018
2018, Éditions Michel Quintinélectronique, © interdite sans
l’autorisation écrite de l’éditeur.Éditions Michel Quintin
Montréal (Québec) Canada ISBN 978-2-89762-305-0 (reliure souple)
editionsmichelquintin.ca
info@editionsmichelquintin.caISBN 978-2-89762-333-3 (PDF)
2018, Éditions Michel Quintin©
FSC Éditions Michel Quintin 18-Leo-1 to comeMontréal (Québec) Canada Imprimé en Chine
editionsmichelquintin.ca Cet ouvrage est dédié à toutes les personnes
qui œuvrent, la plupart du temps dans l’ombre
et souvent bénévolement, à étudier et protéger
les espèces sauvages et à conserver les milieux
naturels pour les prochaines générations. Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes qui, de près
ou de loin, ont contribué à la réalisation de cet ouvrage : le Dr
JeanPierre Bourassa pour ses encouragements, son amitié et, plus spécif -
quement, pour avoir accepté avec enthousiasme de signer la préface ;
Christian Hébert, chercheur scientifque en écologie et diversité des
insectes forestiers au Centre de foresterie des Laurentides, pour ses
commentaires et annotations quant à nos propositions de noms
communs pour 11 espèces de lépidoptères qui étaient orphelines d’une
désignation française avant la parution de l’ouvrage, de même que
Rémi Hébert, coordonnateur de la situation générale des espèces au
Service canadien de la faune, pour la collaboration et la considération
des propositions formulées dans le cadre du même exercice ; Vincent
Lacombe, pour son aide quant aux espèces du genre Catocala, un groupe
dont les individus sont parfois diffciles à identifer ; Anne Bugnet et
Réjean Dumas, biologistes au ministère des Forêts, de la Faune et des
Parcs du Québec, pour leur aide à la recherche d’informations sur la
répartition des espèces à l’île d’Anticosti et, pour les mêmes raisons,
Gaétan Laprise, technicien de la faune au même ministère, ainsi qu’Éric
Savard, responsable du Service de la conservation et de l’éducation
au parc national d’Anticosti ; Carle Bélanger et Joël Malouin, pour leur
aide quant à la répartition de plusieurs espèces sur la Côte-Nord ou
à Anticosti ; Marthe Boisjoly, qui a réalisé toutes les illustrations de
chenilles et de papillons du livre avec une patience d’ange et un grand
souci d’exactitude ; enfn les Éditions Michel Quintin et son équipe de
production – Johanne Ménard, éditrice ; Sandy Lampron, graphiste ;
Serge Gagné, réviseur linguistique − et, plus particulièrement, Michel
Quintin, qui a accepté de publier ce travail, donnant ainsi au grand
public une clé pour ouvrir un monde merveilleux et insoupçonné, celui
des papillons de nuit. Table des matières
Préface ................................................................................................8
Introduction ......................................................................................11
Première partie
CONNAÎTRE ET OBSERVER LES
PAPILLONS DE NUIT ET LEURS CHENILLES ...............................15
1. Évolution, diversité et biologie ............................................17
2. Où et quand observer ...........................................................33
3. Attirer les papillons et trouver des chenilles .......................43
4. Des papillons et des hommes ...............................................53
Deuxième partie
125 PAPILLONS DE NUIT
À CONNAÎTRE ET RECONNAÎTRE 59
Comment utiliser les fches d’espèces ..................................... 60
Neuf familles à découvrir .........................................................62
Tortricidés .................................................................................64
Drépanidés ...............................................................................66
Géométridés .............................................................................72
Lasiocampidés ..........................................................................86
Saturnidés 94
Sphingidés ..............................................................................110
Notodontidés .........................................................................150
Érébidés ...................................................................................186
Noctuidés ................................................................................246
POUR EN SAVOIR PLUS .............................................................315
Glossaire ..................................................................................316
Correspondance entre les noms communs
et scientifques des plantes hôtes ....................................320
Liste des espèces observées ....................................................326
Crédits photographiques .......................................................328
Références bibliographiques ..................................................329
Index .......................................................................................332Préface
e ne peux que me réjouir de la sortie de ce nouveau livre, surtout qu’il J porte sur un monde séduisant, celui des papillons nocturnes. Il émerge
de la passion de deux grands naturalistes québécois dont la mission
est de susciter l’intérêt du public sur les composantes de la nature et,
surtout, sur leurs fonctions dans l’équilibre de nos écosystèmes. Ces
auteurs, dont les écrits sont nombreux et très consultés, tentent de
rejoindre non seulement les spécialistes ou habitués de l’observation
des papillons, mais aussi ceux qui veulent s’y initier. Papillons de nuit et
chenilles du Québec et des Maritimes est un véritable hymne à la beauté
de ces insectes et aussi une réfexion sur leur fragilité.
Cet ouvrage trouve son originalité dans le choix de papillons tout à fait
merveilleux. Il nous présente aussi des informations pertinentes pour
leur observation et leur identifcation. Les photographies, très bien
choisies, révèlent par ailleurs des caractéristiques utiles à l’observateur.
En période nocturne, alors que tout semble au ralenti, ces espèces
s’activent, s’alimentent, se séduisent en vue de se reproduire. Ils
accomplissent ainsi, par des comportements souvent très complexes, leur
cycle vital. Les auteurs n’ont pas hésité à décrire les différentes étapes
de développement de ces papillons, en fournissant notamment une
description détaillée de leurs chenilles dans les fches d’identifcation.
En ce sens, Papillons de nuit et chenilles du Québec et des Maritimes est
accessible à la fois aux profanes et aux étudiants en sciences naturelles
soucieux d’en connaître davantage sur ces animaux.
Les noms populaires donnés aux papillons nocturnes sont
exceptionnellement beaux. Voici quelques exemples choisis parmi les 125 espèces
présentées : papillon impérial, papillon à épaulettes, sphinx, géomètre,
papillon lune, livrée, noctuelle, spongieuse, légionnaire, tordeuse,
saturnie, chenille rhinocéros, chenille licorne, isie isabelle − une espèce
dont on croise souvent la chenille, bien visible, sur les pistes cyclables
ou près des maisons. Tous ces noms sont évocateurs de formes, de
couleurs et de comportements particuliers qui ne peuvent que déclencher
une passion pour l’observation des papillons ainsi nommés et les faire
apprécier à leur juste valeur. Ces insectes jouent des rôles essentiels
dans la nature, bien que certains puissent parfois s’en prendre à des
ressources végétales que nous convoitons aussi ! Michel Lebœuf, vulgarisateur scientifque et rédacteur en chef du maga -
zine Nature sauvage, et Stéphane Le Tirant, entomologiste à l’Insectarium
de Montréal, peuvent être fers de cette contribution à la sensibilisation
du grand public et à l’avancement des connaissances des entomologistes
amateurs et des professionnels en exercice et en devenir.
Messieurs les auteurs et chers collègues entomologistes, par ce travail,
vous soulèverez la passion du grand public pour de magnifques bestioles
auxquelles personne ne peut rester insensible. Vous êtes manifestement
soucieux de transmettre les fruits de vos observations et aussi cette
affection qui vous anime pour le monde naturel. Ce livre doit faire
partie de la collection de tout amoureux de la nature.
Bravo à vous deux, Michel et Stéphane. Mon admiration de biologiste
entomologiste vous accompagne.
Dr Jean-Pierre Bourassa
Professeur émérite
Université du Québec à Trois-Rivières
Sphinx du peuplierDiacrisie de VirginieIntroduction
Les papillons nocturnes forment d’autres encore s’attaquent aux
un groupe d’insectes des plus forêts exploitées par l’industrie.
Au chapitre économique, ces espè-éni gmatiques. La plupart
surgisces sont parfois responsables de sent au crépuscule ou à la nuit
pertes fnancières considérables tombée et disparaissent aux
premais, écologiquement parlant, mières lueurs du jour. Ni vus ni
elles contribuent à la régénération connus. On ne prend conscience
des peuplements. de ces êtres fugaces que durant les
plus belles nuits de l’été, tandis
Les papillons nocturnes jouent
qu’ils tournoient sous le porche, ainsi un rôle de premier plan dans
étourdis, autour des lumières les milieux naturels. D’autres
de la maison. Ou encore on les exemples de services écologiques
découvre immobiles, au matin, rendus par les adultes et leurs
checontre le mur du chalet ou le tronc nilles ? Ces espèces représentent
d’un arbre. une source alimentaire de premier
plan pour les oiseaux, les petits
Les chenilles des lépidoptères
mammifères terrestres et les
noc turnes rampent dans les bois
chauves-souris. Plusieurs d’entre
les plus profonds, mais elles
fréelles, butineuses au stade adulte,
quentent aussi les jardins,
arpenaident également à la pollinisation
tant le feuillage des arbres et des
des feurs des végétaux cultivés et
arbustes, sillonnant les parterres
sauvages. Enfn, les déjections de
gazonnés, broutant parfois à
leurs chenilles stimulent l’activité
notre grand dam le feuillage de
des animaux décomposeurs de la
nos légumes. Certaines, les plus
litière forestière.
poilues et les plus colorées, ne sont
pas aussi douces qu’il n’y paraît : À propos de cet ouvrage
quelques-unes peuvent provoquer
L’objectif du livre que vous tenez des réactions allergiques lorsqu’on
entre les mains est de vous aider les manipule avec les mains. On
à mieux connaître la biologie et laisse parfois les enfants jouer avec
l’écologie des papillons nocturnes, elles, sans le savoir.
de même qu’à identifer 125 des
D’autres larves, par leur abon- espèces les plus communes et les
dance, causent des dommages plus singulières qu’il est possible
économiques aux cultures maraî- de rencontrer au Québec et dans
chères comme le maïs ou le soya ; les Maritimes. On compte près de 2 600 espèces chenille d’une espèce (apparence,
couleurs, comportements, etc.) de lépidoptères dans nos régions,
ou encore son impact écologique et environ 95 % d’entre elles sont
ou économique (par exemple, la des papillons de nuit. Il nous a
tordeuse des bourgeons de l’épi-donc fallu faire des choix. Si
plunette) qui a fait en sorte qu’elle sieurs espèces sont minuscules,
fgure dans le livre. rares, diffciles à trouver ou à dis -
tinguer les unes des autres pour
le non-spécialiste, d’autres sont
grandes, colorées, communes,
largement réparties sur le territoire et,
surtout, faciles à identifer.
La liste des espèces présentées
dans l’ouvrage a été déterminée
selon l’abondance (espèce commune
ou très commune), mais aussi en
fonction de la facilité d’identif -
cation. Parfois c’est le caractère
exceptionnel de l’adulte ou de la
Noctuelle verte
Chenille à raies jaunes
12Diacrisie de Virginie
La première partie est tout autant La deuxième partie, le cœur de
encyclopédique que pratique. On y l’ouv rage, brosse le portrait de
traite de la biologie et de l’écologie 125 espèces réparties au sein de
des lépidoptères nocturnes, mais neuf grandes familles au Québec et
on y présente aussi des conseils et dans les Maritimes (géométridés,
des trucs pour repérer et observer saturnidés, sphingidés,
notodonces espèces en milieu naturel. tidés, érébidés, noctuidés, etc.).
Le chapitre un s’intéresse à l’évo- Enfn, la troisième partie regroupe,
lution, au cycle de vie et à la notamment, un glossaire des
terdiversité des papillons de nuit. mes utilisés, des références
biblioLes exigences écologiques des graphiques et un index.
espèces, de même que les lieux
Du vol erratique du papillon lune à et les moments les plus propices
celui, rapide, du vif sphinx colibri, à l’observation sont les thèmes
de la singulière livrée de la faucille abordés dans le chapitre deux. Les
lignée au parfait camoufage de la meilleures manières d’attirer et
likenée rose, les papillons de nuit d’observer les adultes ailés et leurs
envoûtent, hypnotisent, ensor-chenilles sont les principaux sujets
cellent. Partez à leur découverte. du chapitre trois. Enfn, le chapitre
quatre traite de la conservation des
lépidoptères nocturnes.
13Première partie
CONNAÎTRE ET OBSERVER
LES PAPILLONS DE NUIT
ET LEURS CHENILLESNoctuelle rose de l’onagreÉvolution, diversité et biologie1
L’histoire évolutive des lépidop- très tôt, pour leur bénéfce mutuel.
tères est mal connue, en raison du À preuve, les trois stades vitaux de
peu de traces fossiles de ce groupe développement des lépidoptères
d’espèces. On croit néanmoins précédant le stade adulte (l’œuf,
que l’émergence des papillons – et la chenille, la chrysalide), qui se
l’explosion du nombre d’espèces déroulent à proximité d’une ou de
au sein de cet ordre d’insectes – quelques plantes hôtes leur
serest liée à celle des plantes à feurs. vant de garde-manger et de site
Ces dernières ont été, et sont tou- de nidifcation.
jours, une source de nourriture
Les premiers lépidoptères auraient pour les lépidoptères : le nectar
été des insectes crépusculaires ou pour les adultes ; le tissu même des
noctambules, récoltant le nectar à végétaux pour les chenilles. Co-
la nuit tombée, à l’abri du regard évoluant ensemble depuis la
pédes prédateurs. Cette prédomi-riode du Crétacé (de 144 à 65
millions d’années avant aujourd’hui) nance des lépidoptères nocturnes
sur les lépidoptères diurnes est en-et peut-être même durant le
Jurassique (de 205 à 144 millions d’an- core manifeste de nos jours (95 %
des espèces à l’échelle mondiale nées avant aujourd’hui) , papillons
et plantes se seraient ainsi associés ont un mode de vie nocturne).
Diacrisie de Virginie
17Fossile de Seresilepidopteron dualis, découvert en Chine et remontant
à 165-164 millions d’années
La diversifcation des papillons par deux caractéristiques, soit
s’est poursuivie au fl des millé - la présence d’ailes recouvertes
naires pour atteindre un nombre d’écailles et de pièces buccales
actuel d’espèces variant entre en forme de trompe pour aspirer
175 000 et 500 000, plusieurs res- des liquides.
tant encore à découvrir et à
déCertains papillons n’ont cepen-crire dans de nombreuses régions
dant pas de pièces buccales et ne
du monde.
se nourriront donc pas au stade
adulte, consacrant alors leur un peu d’anatomie
courte existence à la seule
recherLes papillons affchent des carac - che d’un partenaire du sexe
optères morphologiques partagés posé pour perpétuer l’espèce.
avec les autres insectes, dont la
présence d’antennes et d’yeux papillons diurnes contre
composés et une organisation du papillons nocturnes
corps en trois parties (tête, thorax,
Dans l’usage courant, on distingue abdomen). Le thorax est à son tour
deux groupes de lépidoptères : les
segmenté en trois sections,
chapapillons diurnes (rhopalocères) cune munie d’une paire de pattes
et les papillons nocturnes
(hété(pour un total de six).
rocères). Cette classifcation n’est
Au sein de la classe des insectes, cependant plus utilisée de nos
l’ordre des lépidoptères (une dési- jours par les entomologistes
prognation dérivée des termes grecs fessionnels, et ce, pour diverses
lepidos signifant « écaille » et pte- raisons. La distinction jour/nuit est,
ron, « aile ») se distingue t outefois entre autres, loin d’être p arfaite
18AnAtomie du pApillon
THORAX
TÊTE
ABDOMEN
PATTES POSTÉRIEURES PATTES MÉDIANES PATTES ANTÉRIEURES
Noctuelle de Smith
ANTENNES
YEUX COMPOSÉS
PALPE LABIAL
TROMPE
Catocala cara
THORAX
TÊTE
AILES
AILES POSTÉRIEURES ANTÉRIEURES
Géomètre safran
19Antennes en forme de
massue d’un papillon de jour,
le polygone virgule
pour départager ces deux grou- nocturnes, elles, rabattent leurs
pes, certaines espèces dites noc- ailes à l’horizontale, de chaque
turnes − comme des sphinx − côté de leur corps.
volant par exemple le jour ou en
Les ailes postérieures sont rare-fn de journée.
ment visibles chez les papillons
Mais la classification diurnes/ de nuit, mais elles cachent souvent
nocturnes demeure néanmoins des couleurs plus éclatantes ou
pratique et facile d’utilisation. des motifs particuliers qui servent,
On départage habituellement parfois, à effaroucher un prédateur,
les espèces des deux groupes en comme de faux yeux.
utilisant plus spécifquement le
critère des antennes : tout papillon macro contre
muni d’antennes dont l’extrémité microlépidoptères
se termine en forme de massue ou
À leur tour, les papillons noc-de crochet est un papillon de jour ;
turnes se subdivisent en deux
tous les autres sont des nocturnes.
autres groupes arbitraires, une
Aussi, lorsqu’elles sont au repos, subdivision cette fois basée sur
les espèces dites diurnes ont la taille, et comprenant les petites,
habituellement les ailes redressées moyennes et grandes espèces
et jointes les unes aux autres ; les – l es m acrolépidoptères – et les
20très petites espèces – les micro- des indigènes,
lépidoptères –, dont la longueur, des exotiques,
de la tête au bout de l’abdomen, des cosmopolites
n’atteint parfois que 5 à 6 mm.
La faune de lépidoptères noc-Ces dernières sont méconnues :
turnes de nos régions compte aussi des dizaines d’espèces restent à
quelques espèces venues d’ailleurs découvrir et à décrire, et on en sait
(du continent européen dans la généralement assez peu sur leur
plupart des cas), introduites for-histoire naturelle.
tuitement ou volontairement.
La tordeuse des bourgeons de Du nombre, un trio d’espèces
l’épinette (page 64) mise à part, incontournables : la spongieuse,
tous les papillons présentés dans Lymantria dispar, le papillon satiné,
l’ouvrage sont des macrolépidop- Leucoma salicis, et la fancée, Noctua
tères nocturnes. Le lecteur inté- pronuba. Ces insectes partagent
ressé à en apprendre davantage tous des caractéristiques
comsur les microlépidoptères pourra munes, dont une grande tolérance
consulter d’autres guides ou sites quant à leur type de nourriture ou
sur Internet plus spécialisés sur ce d’habitat, de même que de bonnes
groupe particulier d’espèces, en aptitudes en matière de dispersion
général discrètes et très diffciles et de colonisation de nouveaux
à identifer. territoires.
Les microlépidoptères ne font que quelques millimètres de longueur de la tête au
bout de l’abdomen. En haut, Crambus agitatellus, 13-14 mm ; en bas : Archips
strianus, 10-15 mm.
21Accouplement de spongieuses (la femelle, blanche, est en haut)
De son arrivée dans la décennie On trouve par exemple le ver-gris
1860 à aujourd’hui, la spongieuse a noir, Agrotis ipsilon (p. 298), une
par exemple augmenté considéra- espèce cosmopolite, sur tous les
blement son aire de répartition en continents, sauf en Antarctique.
Amérique du Nord. On la trouve Excellent colonisateur, ce
papilmaintenant dans tout le centre et lon peut voler vite et loin : dans
l’est du continent. Opportuniste, le cadre d’une étude réalisée au
l’espèce a connu une expansion milieu des années 1980, des mâles
fulgurante, particulièrement de capturés, marqués, relâchés et
rela fn de la Seconde Guerre mon - capturés ont franchi, en moins de
diale au milieu des années 1980, 4 jours, des distances
impressionlaquelle est attribuable au compor- nantes allant de 921 à 1 266 km.
tement des femelles qui pondent L’espèce est considérée comme un
fréquemment leurs masses d’œufs ravageur du maïs et de différentes
sous les voitures ou les camions, plantes graminées.
propageant ainsi rapidement et au
loin les prochaines générations. de l’oeuf À l’adulte
D’autres papillons de nuit sont Les lépidoptères passent, au cours
présents à la fois en Amérique du de leur cycle vital, par quatre
Nord et sur d’autres continents. On stades de développement : l’œuf,
dira alors de ces espèces qu’elles la chenille (ou larve), la chrysalide
sont cosmopolites (présentes à peu (ou nymphe) et l’adulte (imago).
près partout dans les deux
hémisSelon les espèces, une femelle phères) ou encore holarctiques
(dans les régions septentrionales pondra tous ses œufs en un seul
de la planète : nord de l’Amérique endroit ou les répartira sur
pludu Nord, de l’Europe et de l’Asie). sieurs sites de ponte : celle de la
22Une vie, quatre stades
Le cycle vital des papillons passe par quatre stades de développe­
ment : l’œuf, la chenille, la chrysalide et l’adulte. De haut en bas,
les différents stades de la cténuche de Virginie, Ctenucha virginica :
1) œufs ; 2) chenille ; 3) chrysalide dans son cocon ; 4) stade adulte.
Les papillons qui fréquentent les régions tempérées, boréales ou
arctiques survivent à la saison froide en ralentissant leur métabolisme.
Selon l’espèce, ils passent l’hiver sous l’une ou l’autre forme propre
à chaque stade de développement.
1
2
3 4
23La spongieuse pond ses œufs en grosses masses caractéristiques sur le tronc
des arbres d’où émergent de minuscules chenilles.
s p on g i e u s e , Lymantria dispar, pond La chenille
ses œufs sur les troncs des arbres
Entre le moment où la chenille sort
en une grosse masse spongieuse
de l’œuf et celui où elle
s’immobiprotectrice ; celle de l’arpenteuse
lise, quelques semaines plus tard,
de la pruche, Lambdina fscellaria ,
pour passer au stade de chrysalide,
pond les siens en paquets de 2 ou 3
la larve du papillon passe le plus
sur les lichens, les mousses ou les
clair de son temps à brouter afn de
branches des plantes nourricières
gagner du poids, beaucoup de poids.
de l’espèce.
La masse de certaines espèces ira
jusqu’à croître de 3 000, voire de À la sortie de l’œuf, les chenilles
30 000 fois sa valeur initiale. Man-s’alimentent sur une seule plante
ger, manger et éviter d’être mangé, (appelée plante hôte ; par exemple
c’est le lot de toutes les chenilles. le mélèze laricin, dans le cas de la
saturnie du mélèze), parfois sur Cette croissance très rapide exige
le passage par plusieurs mues suc-plusieurs végétaux d’un seul genre
cessives, appelées stades. (par exemple les érables, le genre
Acer) ou d’une seule famille (par
Le nombre de stades varie de 3 à
exemple celle des bétulacées : les
15 selon les espèces. La plupart
bouleaux, les aulnes, le charme
des chenilles des papillons de nuit de Caroline, le noisetier à long
passent par cinq stades de crois-bec, etc.).
sance, bien que chez certains les
Plusieurs espèces traitées dans le femelles aient droit à un stade
guide sont polyphages ; elles se supplémentaire − comme chez
nourrissent du feuillage de mul- la spongieuse −, ce qui permet à
ces dernières de mieux préparer tiples arbres, arbustes et plantes
herbacées dans leur habitat. la ponte des oeufs et de faire en
24sorte que lors de leur émergence en les 10 autres segments, qui
devienadulte, au sortir de la chrysalide, dront l’abdomen, on remarque de
les mâles adultes seront déjà là et « fausses » pattes (pattes ventouses)
prêts à féconder les femelles. qui aident à la locomotion de la
chenille. Elles disparaîtront durant
Les chenilles sont parfois fort
difla métamorphose. La tête de la
férentes d’un stade de croissance
chenille compte 6 yeux simples,
à un autre. Elles changent aussi
de chaque côté, et des mandibules
leur comportement à l’approche de
pour déchirer et découper les
tisleur métamorphose en chrysalide,
sus végétaux. Sur les fancs de son
s’aventurant parfois à découvert
corps se remarquent des ouver-dans l’habitat pour trouver
l’entures, appelées stigmates, pour ses droit idéal pour entreprendre cette
échanges gazeux avec l’extérieur. étape. C’est la plupart du temps
sous la forme du dernier stade Les chenilles des papillons de nuit
avant la métamorphose qu’on peuvent compter sur des
adaptarencontre les chenilles en milieu
tions destinées à les camoufer,
naturel – et c’est ainsi que nous ou encore à repousser ou effrayer
les avons illustrées dans l’ouvrage.
d’éventuels attaquants. Car elles
doivent affronter bien des périls Le corps de la chenille compte
avant de passer au stade suivant 13 segments, dont trois – les
pre(celui de chrysalide) et les préda-miers situés juste derrière la tête –
teurs sont nombreux : araignées, composeront le thorax du papillon
petits mammifères et beaucoup adulte en devenir. Les six « vraies »
pattes de l’adulte à venir (ou pattes d’oiseaux forestiers insectivores
ambulatoires) sont localisées sur (parulines, viréos, roitelets et
ces trois segments antérieurs. Sur compagnie).
AnAtomie de lA chenille
THORAX
(3 segments)ABDOMEN
TÊTE(10 segments)
PATTE
AMBULATOIRE
PATTE
VENTOUSE
PATTE ANALE
Cuculie de Speyer
25Chenille à houppes blanches
La livrée verte de plusieurs che- l’halysidote maculée (Lophocampa
maculata). D’autres encore, comme nilles de sphinx ou de grands
saturnidés comme le papillon lune les l’arctiide délicat ou l’arctiide de
l’asclépiade, en broutant les tissus de rend pratiquement invisibles dans
plantes contenant des substances la végétation. Les larves de
géomérépulsives, absorbent ces compo-tridés sont des as du camoufage :
sés et sont à toutes fns pratiques non seulement leur robe imite-
inconsommables, notamment pour t-elle à la perfection la tige ou la
les oiseaux. ramille d’une plante hôte, mais ces
chenilles adoptent aussi des
comL’aptitude de certains insectes à
portements qui accentuent l’effet,
projeter des sécrétions défensives
se tenant par exemple immobiles, sur leurs assaillants s’observe chez
en équilibre précaire, projetant tout plusieurs groupes (coléoptères,
leur corps dans le vide, mimant termites, fourmis, etc.) dont des
ainsi une tige divergente. chenilles de papillons. C’est le
cas de quelques notodontidés La stratégie des chenilles velues les
tels que la chenille licorne, Schi-plus colorées est tout autre.
Cerzura unicornis (p. 174), qui lorsque taines ont une toison urticante
dérangée – ou maintenue trop
forvisant à décourager tout ennemi
tement entre les doigts – lance un
potentiel. Les longs poils creux sont
jet d’acide (formique et acétique)
fragiles et, lorsque brisés, libèreront
provenant d’une glande située
des substances irritantes. Qui s’y
juste derrière la tête.
frotte s’y pique : avis aux intéressés.
Leur visibilité dans l’habitat est un Les défenses qui sont
généralesignal d’alarme pour les prédateurs. ment effcaces contre les préda -
C’est la stratégie adoptée par la ruti- teurs (camouflage, substances
lante chenille à houppes blanches toxiques, etc.) le sont beaucoup
(Orgyia leucostigma) ou celle de moins dans le cas d’attaques de
26la part de pathogènes ou d’ani- La chrysalide
maux parasites ou parasitoïdes,
À la fn du stade larvaire, selon les
dont, dans ce dernier cas, des
espèces, la chenille s’attache à un
guêpes minuscules qui pondent support rigide et s’immobilise ou
leurs œufs sur ou dans le corps des
s’enfouit dans la terre meuble pour
chenilles, assurant à leurs propres amorcer le stade nymphal. La
translarves, une fois écloses, une source formation d’une chenille en
chrysade nourriture fraîche. La chenille lide peut parfois être rapide, d’une
ainsi parasitée n’arrivera pas au durée de 36 à 48 heures seulement
terme de son développement. chez certaines espèces. À l’intérieur
de la chrysalide, les structures ana-Des virus ou d’autres pathogènes
tomiques de l’ancienne chenille spécifiques aux chenilles des
seront désassemblées pour faire
espèces les plus déprédatrices,
place à celles de l’adulte en devenir. comme la spongieuse, sont en
grande partie responsables des Plusieurs espèces qui passent
cycles épidémiques de ces papil- l’hiver sous forme de chrysalide,
lons. Au pic d’abondance, les comme le sphinx du gaillet ou
pathogènes s’attaquent avec une la saturnie cécropia, ont besoin
telle virulence à la population d’une longue période de froid
qu’il en résulte une forte morta- avant que ne se déclenche
l’horlité engendrant un creux de vague mone de l’éclosion nécessaire à
où très peu d’individus survivent. l’émergence du papillon adulte.
Ceux-ci se reproduisent ensuite Cette période d’inactivité,
appeavec succès puisqu’ils ont pour lée diapause chez les insectes, a la
eux une végétation abondante et même fonction que l’hibernation
peu de concurrence. La population de certains mammifères, soit
éviremonte alors à un autre sommet, ter à l’animal la période de l’année
et le cycle recommence. la plus diffcile à vivre.
AnAtomie de lA chrysAlide
STIGMATE
SEGMENT DE
FUTURE TÊTE
L’ABDOMEN
DU PAPILLON
Sphinx du gaillet
27Pour les papillons de nos régions, entièrement consacrée à trouver un
partenaire du sexe opposé pour assu-survivre aux heures les plus froides
rer la perpétuation de l’espèce. C’est sous la forme d’une chrysalide
requiert différentes stratégies comme le cas du sphinx du noyer, qui n’a pas
s’enfouir sous terre − dans le cas du de trompe pour aspirer les liquides.
sphinx du gaillet − ou s’emmitoufer
Comment trouver un partenaire dans un épais cocon − pour la
saturen pleine nuit ? Au contraire des nie cécropia. Pour les aider à passer
papillons de jour qui localisent cette période critique, des substances
leur partenaire visuellement en les de type antigel abaissent le point de
repérant dans l’habitat, les papillons congélation dans leur corps en
préde nuit ont recours aux phéromones venant la formation de cristaux de
pour les trouver, des substances qui
glace à l’intérieur des cellules.
voyagent parfois sur de bonnes
distances. Chez la saturnie cécropia par
L’adulte
exemple, les mâles peuvent percevoir
Le stade de l’adulte n’a qu’une rai- grâce à leurs antennes plumeuses
son d’être : la reproduction. Cer- les émissions de p héromones des
tains papillons n’ont d’ailleurs pas femelles des environs à plus d’un
de pièces buccales et ne se nourri- kilomètre de distance, et ce, à de très
ront pas durant cette période. Leur faibles concentrations de molécules
existence, aussi brève soit-elle, sera dans l’air.
Sphinx du noyer
28Tout comme leurs chenilles, les
papillons adultes sont passés
maîtres dans l’art du
camoufage, ou encore dans celui de se
défendre contre leurs assaillants.
Durant la journée, les ailes à plat
contre le tronc des arbres, la
plupart d’entre eux sont pratiquement
invisibles. Des tons de brun, de
gris ou de vert foncé, ou encore
des lignes cassées et des motifs
marbrés : autant de traits qui font
disparaître les papillons nocturnes
dans l’habitat. La coloration
verdâtre des ailes antérieures de la
noctuelle verte (p. 308) est un
camoufage effcace lorsque le pa -
pillon se pose sur les troncs et les
branches recouverts de mousses
des forêts humides ou
modérément humides qu’il fréquente.
Ceux du genre Catocala sont parmi
les plus difficiles à repérer en
nature ; bien malin celui qui
parviendra à les découvrir alors qu’ils En haut, Catocala innubens, les ailes
fermées ; en bas, la même espèce, ailes restent immobiles sur les troncs.
ouvertes.Lorsqu’ils entrouvrent leurs ailes
pour s’envoler, à l’approche d’un
se nourrir et, surtout, se repro-ennemi, ils laissent alors voir leurs
duire. Ce faisant toutefois, ils sont ailes postérieures, habituellement
confrontés à des menaces car des très colorées, confondant le
prédaprédateurs sont aux aguets. teur, ce qui leur permet de profter
de l’effet de surprise pour s’enfuir.
Les lépidoptères nocturnes fgurent
parmi les proies favorites des Dérangés alors qu’ils sont au
chauves-souris, des mammifères repos, l’automéris io (p. 98) et le
qui s’orientent par écholocation, polyphème d’Amérique (p. 100)
et peuvent se déplacer en pleine tentent également d’effaroucher
noirceur en évitant les obstacles leurs assaillants en dévoilant cette
tout en chassant les insectes vo-fois deux faux yeux sur leurs ailes
lants. Au fl de l’évolution, certains postérieures.
papillons de nuit ont développé des
Quand tombe la nuit, les papil- adaptations pour tenter d’échapper
lons nocturnes s’envolent pour aux chauves-souris : les arctiidés
29 produisent par exemple des clics le système nerveux central de ces
qui contrecarrent les attaques de papillons amorce alors des
séces dernières en brouillant les quences de vol erratiques.
ondes émises par leur « sonar ».
Le papillon lune (p. 102) dispose
Certains membres de ce groupe,
quant à lui de longues queues
dont l’arctiide délicat (p. 216) et
pendantes aux ailes postérieures.
l’arctiide de l’asclépiade (p. 218),
En vol, poursuivi par une
chauvepréviennent aussi les
chauvessouris, le tournoiement des queues
souris, par la même occasion, de
altère les ondes émises par cette
leur toxicité (les chenilles de ces
dernière et la confond. Elle jette
espèces broutent des plantes conte- son dévolu sur les queues au
nant des substances délétères et les lieu de s’en prendre au corps de
molécules passent d’un stade de l’insecte, qui a ainsi plus de chance
développement à un autre, rendant d’esquiver l’attaque.
l’adulte inconsommable).
Les papillons de nuit pris en chasse
D’autres papillons de nuit possè- arrivent dans la majorité des cas
dent un organe de l’ouïe spécial isé, (6 fois sur 10) à se sauver d’une
preen mesure de déceler la présence mière attaque par une manœuvre
de chauves-souris en chasse. Situé aérienne d’évitement, mais une
sous l‘aile, cet organe se compose deuxième tentative de la part de
d’une membrane tympanique fne, la chauve-souris survenant dans
d’une caisse de résonnance et de les 10 secondes suivant la première
neurones sensoriels capables de sera souvent fatale (un papillon
capter les fréquences utilisées par sur 10 seulement arrive alors à se
les chauves-souris. Le cas échéant, sauver). Pourquoi ? Le mammifère
Chauve-souris cendrée avec une proie dans la gueule
30 volant est habituellement en
mesure de prédire la trajectoire de
parade de l’insecte.
Ces prédateurs aériens peuvent
consommer un grand nombre
de papillons de nuit durant leur
période d’alimentation nocturne.
Les chauves-souris cendrées, par
exemple, ont un taux d’attaque
de 2 à 6 proies par minute. Elles
peuvent consommer de 57 %
(pour les mâles) à 100 % (pour
les femelles en lactation) de leur
poids (de 25 à 36 g) en insectes,
et ce, chaque nuit.
Le vespertilion nordique, ou
chauve-souris nordique, est une
Papillon de nuit (espèce indéterminée) autre espèce qui excelle à la chasse
parasité par un champignon du genre aux papillons. Il peut les attraper en
Cordycepsplein vol ou alors qu’ils sont au
repos, posés sur une brindille, ou en
train de s’abreuver, en vol station- qui infectent les insectes et les
naire, du nectar d’une feur. Même araignées en les transformant en
si plusieurs lépidoptères nocturnes « zombies ». Comment ? En
sussont en mesure d’entendre venir les pension dans l’air, les spores du
chauves-souris (ceux des familles champignon se fxent d’abord sur
de géométridés, notodontidés ou la surface externe d’un papillon et
noctuidés, par exemple), d’autres se répandent ensuite à l’intérieur
ne le peuvent pas (famille des la- de son corps. Atteignant le cerveau,
siocampidés). C’est ainsi que ces le champignon prend dès lors
posprédateurs fnissent toujours par session du papillon, dictant
désorcombler leurs besoins alimentaires. mais son comportement. Il enjoint
alors à son hôte de se trouver une
Des rapaces nocturnes
consomposition particulière dans
l’hament aussi leur lot de papillons
bitat, par exemple à un ou deux
de nuit. C’est le cas de la chouette
mètres du sol sur un tronc, puis à
rayée qui, occasionnellement,
s’immobiliser. Solidement ancré,
mettra des saturnidés, notamment
le papillon mourra dans les heures
la saturnie cécropia, au menu.
qui suivent. Le champignon
terminera alors son développement Tout comme leurs chenilles, les
dans des conditions optimales papillons font aussi face à des
orgad’humidité et de température et nismes parasites ou parasitoïdes,
libérera ensuite ses spores dans comme les champignons
entol’air. Et le cycle recommence… mopathogènes du genre Cordyceps
31Apanthèse viergeOù et quand observer2
Certains papillons de nuit sont des Généralement, la relation entre
généralistes ; on les trouve à peu un papillon au stade adulte et sa
près dans tous les habitats, du mo- plante hôte n’est pas aussi étroite
ment que des plantes y poussent, que durant le stade de la chenille ;
car ils ne sont guère diffciles et l’adulte ne volera pas toujours près
n’ont pas de préférences marquées de la plante car, lorsque le papillon
quant à leur nourriture. adulte émerge et prend son envol, il
peut s’abreuver souvent de nectar
D’autres sont, au contraire, des de différentes feurs (s’il se nourrit,
spécialistes ; ils ne fréquentent que car n’oublions pas que plusieurs
escertains types de forêts où croît
pèces ne se nourrissent pas au stade
leur plante hôte. Le sphinx du adulte). Néanmoins, la présence de
noyer, par exemple, n’est présent la plante X dans l’habitat Y est une
que dans les bois les plus riches très bonne indication de la présence
du sud-ouest du Québec, là où on potentielle de l’espèce recherchée.
trouve le noyer cendré, le caryer
cordiforme ou le caryer ovale, les Dans la mesure où certaines
trois plantes nourricières de sa plantes hôtes sont peu communes,
chenille. Connaître les habitats voire carrément rares, tenter de
des papillons de nuit est donc de localiser un papillon fortement
première importance pour savoir associé à l’une d’entre elles (ou sa
où observer les espèces désirées. chenille) relève parfois de l’exploit.
Sphinx du noyer
33

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