Émilie Fortin-Tremblay
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Émilie Fortin-Tremblay , livre ebook

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Description

«Femme des bois, femme de prospecteur, imaginez-la semant des radis sur le toit de sa cabane. C’est dans son cœur de pionnière, dans son âme d’accoucheuse, dans sa façon magnanime d’accueillir, de soigner, d’accompagner qu’on eût pu trouver, à travers tout le Yukon, le plus gros pesant d'or.»

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Date de parution 10 avril 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782895966357
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0002€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La collection «Mémoire des Amériques» est dirigée par David Ledoyen
Ce texte est extrait de l'ouvrage de Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, De remarquables oubliés , t. 1, Elles ont fait l'Amérique , Montréal, Lux Éditeur, 2011.
Illustration de couverture: Francis Back
© Lux Éditeur, 2011 www.luxediteur.com
Dépôt légal: 2 e trimestre 2014 Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec ISBN(ePub) 978-2-89596-635-7
Ouvrage publié avec le concours du Conseil des arts du Canada, du programme de crédit d’impôt du gouvernement du Québec et de la SODEC . Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada ( FLC ) pour nos activités d’édition.
Émilie Fortin-Tremblay
F emme des bois,
femme de prospecteur, imaginez-la semant des radis sur le toit de sa cabane. C’est dans son cœur de pionnière, dans son âme d’accoucheuse, dans sa façon magnanime d’accueillir, de soigner, d’accompagner qu’on eût pu trouver, à travers tout le Yukon, le plus gros pesant d’or.
C ETTE HISTOIRE DÉBUTE EN 1893 à Cohoes, dans l’État de New York. Cette histoire? Disons plutôt: une aventure, une saga, une autre traversée de la démesure vécue par une petite femme simple, en des temps où les expressions «randonnée pédestre», «canot camping» et «sport extrême» n’avaient aucun sens. Cette femme, elle s’appelle Émilie Fortin, elle a vingt et un ans et, comme tout le monde dans la région, elle travaille à l’usine. Au XIX e  siècle, et jusqu’en 1930, près d’un million de Canadiens français ont immigré en Nouvelle-Angleterre pour gagner leur vie dans les manufactures de textile, formant peu à peu des îlots francophones, littéralement des «Petits Canada». Parmi eux, la famille Fortin, originaire du Saguenay. Cléophas, le père, excédé par ce régime de misères et de soupe aux pois qui était le lot des colons, a déménagé les siens d’Alma à Chicoutimi, puis à Québec, pour finalement s’établir aux États-Unis. Émilie a alors quinze ans et un minimum d’instruction. À Québec, elle a étudié au couvent des sœurs de la Congrégation de Saint-Roch, cumulant tout au plus quelques années d’école primaire. De quoi peut-elle rêver, à présent? D’un bon mariage, certes, avec un garçon de l’usine, et d’une existence rangée auprès d’une famille nombreuse.
Or, le garçon qui va se présenter est tout autre. Voyez-le faire le paon dans les salons de la petite communauté! Il se nomme Pierre-Nolasque Tremblay. À trente-trois ans, c’est déjà un homme fait, un colosse de deux cent vingt-cinq livres, un chercheur d’or qui arrive de loin. De retour au pays le temps d’une petite visite, il va de maison en maison, affichant son sourire et sa bonne fortune; il impressionne parents et amis avec ses histoires épiques, ses anecdotes abracadabrantes. Né à Chicoutimi en 1860, n’ayant pas l’esprit cultivateur, Pierre-Nolasque s’en était allé, dans la jeune vingtaine, en quête d’aventure. Après cinq ans de tribulations aux États-Unis, il s’était retrouvé au Yukon, dans un lieu extrêmement isolé, le Miller Creek, près de la frontière alaskane. Avec quelques associés, dont certains étaient aussi des Canadiens français, il était devenu l’un des premiers prospecteurs permanents du territoire. Nolasque Tremblay était resté presque sept ans à Miller Creek, où il avait trouvé assez d’or pour accumuler dix mille «piastres», un fort beau pécule. En 1893, il avait pris la décision de sortir de sa concession pour faire un voyage vers le monde civilisé afin de revoir les siens. Une décision importante, car la «petite visite» demandait de voyager des mois et des mois, à ses risques et périls, au travers d’une nature indomptée et d’innombrables épreuves. Or, il avait fait le voyage, vécu mille privations, passé des semaines à ne manger que des fruits sauvages, marché, grimpé, poussé son canot à la perche, puis avait atteint la côte du Pacifique pour finalement rejoindre l’Est par le train.
C’est lors d’une veillée à Cohoes qu’il fait la connaissance, les yeux dans les yeux – qu’on dit gais, enjoués, espiègles – de la belle Émilie Fortin. Celui qui s’apprêtait à retourner au bout du monde, clamant que quiconque voulait l’accompagner était le bienvenu, tombe éperdument amoureux, aussitôt déchiré entre l’appel du Nord et la chaude étreinte d’une fille du pays. Pourtant, à sa grande surprise, et à l’immense étonnement de toute la communauté, Émilie accepte non seulement de devenir sa femme, mais de le suivre dans ces confins que l’imagination même ne parvient à saisir. Ils se marient rapidement, en décembre 1893, malgré l’opposition de la famille. Bien sûr, l’homme est fortuné, mais y pense-t-on: emmener la jeune Émilie au Yukon! Il fallait une volonté, une vigueur, un courage quasiment aveugle pour s’enfoncer aussi loin dans l’inconnu; ce n’était pas une affaire de femme! Émilie rassure tout le monde, et après une tournée de la parenté à Alma et à Chicoutimi pour les fêtes de Noël et du Jour de l’An, le couple, prêt à affronter le pire, entreprend un voyage de noces de plus de cinq mille milles, destination Miller Creek au Yukon.

Mais quel est ce bout du monde? C’est la taïga: des territoires mal cartographiés, difficiles d’accès en raison de distances impensables, d’un climat glacial, d’une topographie spectaculairement redoutable. Depuis le nord de la Colombie-Britannique jusqu’en Alaska continental, la cordillère des Rocheuses atteint ses plus hauts sommets, répercutant ses courbes et ses cols jusqu’à l’intérieur du Yukon. Les forêts boréales s’étendent à l’infini, les froids sont extrêmes en saison, c’est le pays du soleil de minuit en été et de la pleine noirceur en hiver. Le fleuve Yukon traverse ces terres de part en part, s’alimentant à même une chaîne de trois grands lacs – Binette, Marsh et Laberge –, coulant son interminable parcours vers le nord et le nord-ouest, sinuant sur toute la longueur du Yukon, puis traversant l’Alaska pour aller se jeter dans le détroit de Behring. Nous sommes au pays des Inuits, sur les côtes et dans les parties les plus nordiques du territoire. Ce sont des régions abordées seulement par les baleiniers russes, américains et acadiens. Nous sommes aussi au pays des Indiens de la famille athapascane (ou déné), des peuples nommés Tagish, Tlingit, Tutchone, Tanana, Koyukon, Han, Gwich’in et d’autres encore, qui vivent tranquilles sur leurs terres ancestrales, protégées par les barrières naturelles de la distance et de la hauteur.

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