Réflexions sur l
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Réflexions sur l'Algérie

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Description

Il y a quinze ans à peine, on se refusait, en France, à croire que l’Algérie nous resterait d’une manière définitive ; bien des gens en désiraient l’abandon, pour mettre un terme aux sacrifices qu’elle nécessitait depuis 1830.... A ceux qui parlaient de coloniser ce pays (comme ressource indispensable de l’avenir), pour y attirer, avec le temps, le trop plein de nos populations, pour s’y occuper d’agriculture..., on opposait l’insalubrité du climat, on regardait comme des rêveurs ceux qui vantaient la fertilité du sol, l’immense parti qu’on pourrait tirer de sa culture.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346112975
Langue Français

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À propos de Collection XIX
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Noël-Bernard Baillet
Réflexions sur l'Algérie
PREMIÈRE PARTIE
INTRODUCTION
Il y a quinze ans à peine, on se refusait, en France, à croire que l’Algérie nous resterait d’une manière définitive ; bien des gens en désiraient l’abandon, pour mettre un terme aux sacrifices qu’elle nécessitait depuis 1830.... A ceux qui parlaient de coloniser ce pays (comme ressource indispensable de l’avenir), pour y attirer, avec le temps, le trop plein de nos populations, pour s’y occuper d’agriculture..., on opposait l’insalubrité du climat, on regardait comme des rêveurs ceux qui vantaient la fertilité du sol, l’immense parti qu’on pourrait tirer de sa culture.
En 1847, on rencontrait encore des hommes honorables, animés des meilleures intentions, qui doutaient que les céréales pussent venir à bien dans cette partie de l’Afrique ! D’autres admettaient que les céréales pourraient y réussir, mais. rejetaient la pensée qu’on pût y obtenir aucun autre produit ; suivant ces derniers, il y avait inconvénient à développer en Algérie la culture des céréales, parce qu’avec le temps elles feraient une concurrence redoutable à l’agriculture française... ; puis ils craignaient aussi qu’il ne s’établit un courant trop considérable d’émigration, et, par suite, le manque de bras sur certains points pour les travaux agricoles, etc., etc.
Aussi et par des motifs tout différents, on blâmait le gouvernement de s’occuper de l’Algérie, les uns parce que c’était une chimère et une folie immense que de vouloir s’y établir autrement que sur des points choisis des côtes, pour en faire des ports de refuge ou des mouillages pour nos flottes, ou notre marine marchande... Nous ne pourrions nous acclimater, et coloniser... la terre était insalubre et improductive, etc., etc... D’autres, au contraire, parce qu’elle produirait trop, et pourrait devenir un danger !...
Parmi ceux qui avaient foi dans la fertilité du sol, et qui regardaient la colonisation comme indispensable pour créer un débouché à nos produits et préparer une nouvelle patrie aux populations que l’industrie ne manquerait pas de ne pouvoir toujours nourrir, il y avait une grande divergence d’opinions. Les uns ne voulaient que de grands propriétaires appelant à eux des familles pour y cultiver leurs terres, etc., etc... D’autres, au contraire, n’apercevaient de colonisation sérieuse et stable qu’à l’aide du plus grand morcellement possible pour y établir des millions de petits colons qui par leur nombre pourraient se défendre seuls en cas de conflagration en Europe, ou d’attaques de puissances africaines, etc., etc.
Au milieu des luttes incessantes de tribune, et des tiraillements que le gouvernement antérieur à 1848 avait à souffrir, et par suite des bouleversements politiques que nous avons subis depuis cette époque et des craintes qui en ont été la conséquence, l’attention publique n’a pu se reposer avec assez de recueillement peut être sur cette grande question de la colonisation de l’Algérie.
Cependant, et pour qui veut réfléchir sérieusement, il est hors de doute que l’avenir nous réserverait de grands embarras si nous n’arrivions à utiliser le territoire conquis en 1830, pour y transplanter successivement les familles qui souffrent chez nous, et dont la misère ne peut aller qu’en s’augmentant, par suite des inventions modernes, qui tendent chaque jour à substituer les machines à l’emploi des bras, et à diminuer aussi les salaires pour des populations qui s’accroissent toujours, et, chez lesquelles on a surexcité les besoins de bien-être et de luxe relatif.
Malgré l’insuccès de mes tentatives algériennes, je crois utile de revenir encore sur ce que je disais en 1847, sur la nécessité de cette colonisation, pour la France en général, mais spécialement dans notre département, que tant d’intérêts rattachent à l’Algérie, ainsi que dans tous ceux où les salaires sont insuffisants pour faire face aux besoins des populations rurales : je dis populations rurales, car c’est presque exclusivement parmi elles qu’on devrait chercher des émigrants cultivateurs : ces familles connaissent, pour la plupart, les travaux agricoles ou pourraient y être formées en peu de temps ; elles ont des habitudes plus sobres, et souffrent d’ailleurs plus de besoins que celles accoutumées à la vie des grands ateliers de l’industrie, dont le salaire est plus élevé.
PREMIÈRE SECTION
Renseignements sur l’Algérie, dérivant soit de l’Exposition universelle, soit de l’importance de ses relations commerciales
Ceux qui ont visité l’Exposition ont pu facilement se convaincre qu’en Algérie on pouvait obtenir les céréales de toute espèce et de la plus belle qualité ; mais outre les céréales on a pu voir aussi que ce pays pouvait fournir de magnifiques soies, des colons de la plus belle espèce, de bons tabacs, de la garance fort estimée et ne redoutant aucun rivale, des huiles de ricin, etc., etc., indépendamment des nombreux produits de ses mines, quand on pourra les utiliser sur de larges proportions, etc., etc. Cette visite a dû convaincre les plus incrédules, que les terres algériennes n’étaient pas improductives, qu’elles pourraient donner, au contraire (avec une population suffisante), en quantités considérables, les produits les plus divers et les plus riches ; qu’il ne serait pas raisonnable de rejeter plus longtemps avec un quasi dédain les excitations essayées en faveur de la colonisation à l’aide de grandes exploitations agricoles, de la formation de villages départementaux, et pour l’emploi des enfants trouvés des deux sexes, et même en recourant aux détenus d’une certaine catégorie, qu’on utiliserait dans des établissements spéciaux.
Qu’il me soit donc permis, en présence de l’expérience maintenant acquise et des faits devenus constants, de faire les observations suivantes, et sur certaines productions, et sur l’extension des relations commerciales avec notre colonie.
En 1847, la province de Constantine était la seule qui pût produire assez de céréales pour sa consommation ; il fallait au contraire un nombre fort respectable de millions, dans les provinces d’Alger et d’Oran, pour nourrir notre armée et la population européenne qui s’était aventurée à sa suite, partie (et c’était la moins nombreuse, mais la plus utile) pour fournir les premiers pionniers de la colonisation, une plus grande portion pour s’occuper de commerce, et une parcelle pour y brocanter principalement de biens ou de rentes, et exploiter Arabes et Français !
D’après les statistiques, c’est en 1850 seulement que l’Algérie est parvenue à produire des céréales au-delà de ses besoins, et à en fournir à la mère patrie 2,868 hectolitres.
En 1851, cette exportation était de.. 107,803 hectolitres. En 1852, de 362,595 dito. En 1853, de 516,929 hectolitres. En 1854, elle a été de 1,700,000 dito. ( 1 )
On pense qu’en 1855 cette exportation approchera fort de quatre millions d’hectolitres. Depuis 1847, comme on peut le remarquer, c’est là un progrès énorme, malgré le manque de bras et de capitaux ; car l’un et l’autre font défaut à ce pays, qui sans doute devra des adeptes et des défenseurs à l’Exposition de 1855.
En 1847, la culture du tabac était encore insignifiante, quoique commençant à se vulgariser sous les efforts de l’administration. (C’est une souveraine justice de proclamer que les fonctionnaires, chargés du service de la manutention des tabacs, n’ont rien négligé pour pousser à cette riche culture toutes les familles auxquelles ils ont pu donner des conseils, en les assurant qu’à s’y livrer elles trouveraient une large compensation de leurs sueurs.) Eh bien ! en 1854, et malgré la masse assez considérable de tabacs employés pour la consommation locale, la régie de France en avait reçu et payé 4,130,000 kilogrammes (page 174 de la livraison de septembre dernier, des Annales devant citées).
La production sera plus considérable encore en 1855, et cette culture est telle maintenant qu’on devra songer à en exporter des produits aux Etats qui ne fournissent pas le tabac, parce que la régie, en France, ne pourrait utiliser tout ce que l’Algérie pourrait lui livrer !
En 1851 et même en 1852, on regardait comme une rêverie que le coton pût y réussir... Et dès le mois de septembre dernier, on avait récolté et expédié en France 57,287 kilogrammes (c’est à dire 45,000 kilogrammes de plus qu’en 1854), et la récolte n’était pas finie, et cette culture est toute récente, et les bras manquent pour la faire (il faudrait des jeunes gens de douze à quinze ans des deux sexes, pour faire la culture, au lieu de payer très et très-chèrement des hommes faits), comme ils manquent pour la plupart des travaux de l’agriculture ; ce qui, en 1854 et en 1855, n’a pas même permis, sur certains points, de récolter tout ce qui avait été ensemencé, ou au moins de s’en occuper en temps opportun.
On ne doute plus maintenant que la soie de la plus belle qualité ne puisse nous venir de l’Algérie ; déjà on en a reçu et utilisé, et à côté d’échantillons de toute espèce envoyés à l’Exposition, on a pu voir de magnifiques étoffes fabriquées avec les soies algériennes.
Les garances réussissent très-bien, et leur qualité les fait marcher de niveau avec ce que les autres pays peuvent produire de meilleur ; cette culture a pris, dans le département d’Oran, une extension assez considérable.
Déjà on a reçu en France une certaine quantité de cochenille, de plantes textiles, et tout prouve qu’en dehors des céréales, l’Algérie peut se prêter à la culture des produits les plus divers, nécessitant une population plus nombreuse, et offrant un avenir satisfaisant aux familles qui voudraient aller s’y fixer.
Indépendamment de ce que l’Algérie peut produire, et produire beaucoup, il n’est pas moins important de reconnaître et de constater que, sans elle, notre industrie de la Seine-Inférieure éprouverait de grands embarras, et que le chômage eût forcément atteint une foule d’usines où l’activité ne règne que grâce aux produits que reçoit cette colonie.
En 1854, et d’après le tableau du commerce général de France (page 22), le commerce total de l’Algérie, en exportations ou importations, s’est élevé à 160,984,997 fr., savoir : avec la France, 143,927,481 fr., et avec les autres puissances, 17,057,516 fr.
Un pays qui ne fait que naître, qui n’est pas encore sorti de l’enfance, pour ainsi dire, et dont les opérations commerciales dépassent déjà 160,000,000 fr., mérite bien qu’on s’en préoccupe ; mais ce n’est pas tout, et je dois encore consigner l’observation suivante, qui atteint notre département d’une manière toute spéciale.
Il résulte du même tableau général du commerce, que, dans l’exportation des tissus de coton, toiles, percales, calicots écrus et blancs, qui en 1853 s’était élevée à 3,608,105 kil., et à 3,634,272 kil. en 1854, l’Algérie seule a reçu plus des trois quarts de toutes nos exportations de ce genre, savoir : en 1854, 2,710,416 kil., et, en 1853, 2,683,547 kil. L’autre quart s’est trouvé réparti entre nos autres colonies et les autres nations chez lesquelles nous pouvons exporter.
Pour les étoffes de coton, teintes ou imprimées, dont l’exportation générale est de 17 à 18,000,000 kil., l’Algérie en absorbe seule la huitième partie.
Un pareil débouché pour nos manufactures est bien de nature à provoquer l’attention de ceux qui, au lieu de vivre au jour le jour et de ne penser qu’à eux et pour eux, se préoccupent de l’avenir !
Sans doute, il est satisfaisant de voir que nous sommes les principaux consommateurs de ce que nous fabriquons dans nos manufactures en produits comme ceux dont je viens de parler, mais il n’en est pas moins digne de remarque que l’Algérie seule, malgré les langes dont elle s’efforce de sortir, en reçoit déjà les trois quarts.
En 1855, notre exportation à cet égard devra être plus considérable encore, car, d’après les documents de la douane pour les six premiers mois de 1855, les envois faits dépassaient déjà de 1,516,756 fr. ceux faits dans le même délai en 1854 (page 247, livraison d’octobre des Annales de la colonisation).
Sans ce grand marché algérien, qui deviendra d’autant plus considérable que nous travaillerons plus activement à l’augmenter en aidant la colonisation, que seraient devenus les chefs d’établissement qui ont produit ces plus de 3 millions de kilogrammes de marchandises de coton blanc, teint ou imprimé ?
Comment auraient vécu les ouvriers employés à la confection de ces marchandises, à les filer, tisser, teindre ou imprimer ?
Ou en serions-nous maintenant avec la cherté de tout ce qui sert à l’alimentation, si l’Algérie n’entretenait chez nous de si nombreuses branches de travail ?
Une pareille question nous intéresse tous en France, manufacturiers, négociants, filateurs, fabricants ou propriétaires. Mais elle nous intéresse d’une manière plus directe encore dans la Seine-Inférieure, puisque c’est nous dont le principal commerce se fait à l’aide de l’Algérie.
Aussi je crois que la charité chrétienne bien comprise, la raison, et nos intéréts bien entendus doivent nous porter à concourir à la colonisation d’un pays qui nous offre de si grandes ressources et qui en réalisera de bien plus vastes encore, quand il sera cultivé sur une plus grande étendue, et peuplé à l’aide de familles qui souffrent et végétent chez nous, où elles pourraient devenir un sujet toujours croissant d’inquiétude pour l’avenir, tandis qu’en allant contribuer à fertiliser l’Algérie et à la peupler, elles iraient conquérir, par un travail plus productif, une aisance réelle en échange de leur misère actuelle, à laquelle nous devenons de plus en plus impuissants à remédier.
Je vais, dans la troisième section, essayer de justifier cette triste proposition.
DEUXIÈME SECTION
Le tissage à la main dans le pays de Caux, et les machines nouvelles en général, mais surtout de celles destinées à l’agriculture... Du progrès chez les autres nations, et de la part qu’elles donnent à l’émigration
Les perfectionnements apportés aux machines destinées à la filature ou à la fabrication de nos diverses étoffes ont assurément servi, sinon à en augmenter la qualité, au moins à en diminuer le prix. Ils ont développé une immense masse de travaux en constructions d’établissements, de machines, de matières ; ils ont offert des salaires plus élevés aux milliers de bras qui sont venus se grouper dans les centres de l’industrie.

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